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PARAISSANT LE 4° ET LE 15 DE CHAQUE MOIS
Émile DEYROLLE, DireoTEUR-GÉRANT. — Paul GROULT, SECRÉTAIRE DE LA RÉDACTION
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14° Année
6° Année de la 2° Serie
ABONNEMENT ANNUEL
PAYABLE EN UN MANDAT A L'ORDRE DU DIRECTEUR
France
MRÉRLE aerrnere a ère e :
Pays compris dans l’Union postale...
Dons leSautres pays. At een,
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PARIS
BUREAUX DU JOURNAL
LG, RuE pu BAC, 46
1892
10
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plane, la surface du corps des Mam-
14 ANNÉE
9° SÉRIE — N° HIG
1% JANVIER 1892
E NATURALISTE
REVUE ILLUSTRÉE
SUR L'ORIGINE, LA DIRECTION
ET LA DISTRIBUTION DES POILS
La surface du corps d'un grand nombre d'animaux es
recouverte de cellules qui se sont transformées en or-
DES SCIENCES NATURELLES
régions du corps les poils peuvent se transformer en
organes sensoriels, leur principal rôle et la cause de leur
formation ne doivent pas être cherchés ailleurs que dans
la protection des organes. Ce n’est que bien plus tard
que la sélection naturelle et la division du travail en ont
modifié certains en organes des sens et d’autres en or-
ganes de protection, le plus souvent passive. Ces cellules | nements sexuels.
s'incrustent parfois de sels caleai-
res, produisent de la chitine ou de-
viennent cornées. Dans tous les
cas, leur vitalité, lorsqu'elle n’est
pas complètement abolie, se trouve
singulièrement ralentie, et par suite
ces éléments incapables de se régé-
nérer et destinés à l’usure sont su-
jets à une mue périodique ou à une
chute incessante.
Supposons qu'au lieu de rester
mifères, qui, elle aussi, produit
constamment des couches cornées,
vienne à présenter soit de légères
évaginations, soit, ce qui revient au
même au point de vue du résultat,
de petites dépressions devenant peu
à peu de petits sacs. L’exfoliation
normale continuant, la quantité de
matière expulsée par l’orifice sera
très notablement plus grande que
celle qui s’exfolie sur une portion
de la peau égale à la surface de l’o-
rifice. Il en résultera donc de pe-
tites proéminences cornées exter-
nes. Si maintenant le fond du sac,
au lieu de rester plan, remonte jus-
qu'à l’ouverture externe et qu’il y
ait à peine un petit espace compris entre lui et les pa-
rois il se formera de vrais poils. Si l'introversion du sac
s’allonge ou prend une forme plus compliquée, il se pro-
duira, soit des piquants, soit même des dents, soit aussi
des plumes chez les Oiseaux.
Si les poils ne sont ni trop longs, ni trop flexibles pour
transmettre à leur extrémité radicale une pression exer-
cée sur leur extrémité libre, ils deviendront des organes
tactiles rudimentaires qui pourront se modifier dans cer-
tains cas en poils sensitifs (vibrisses des Félins, de quel-
ques Rongeurs, des Phoques, etc.) destinés à atteindre
les objets à des distances considérables et pouvant ser-
vir à l'exploration dans l'obscurité. Mais si dans certaines
Une femme à barbe : Espagnole de la Cata-
logne, âgée de 38 ans. (Reproduction di-
recte d’une photographie.)
C'est Aristote qui a le premier
porté attention sur le but des poils
et leur distribution. « Les poils ser-
vent, dit-il, comme de rempart et de
couverture aux animaux qui en sont
pourvus. Dans les quadrupèdes, ce
sont surtout les parties de dessus
qui ont besoin d’être protégées et
couvertes, plus que le dessous du
corps. Les parties dégarnies le sont
en vue de la courbure et de la
flexion, Mais dans l’homme, comme
le devant du corps est parfaitement
semblable au derrière au point de
vue de la stalion droite, la nature
s'est occupée de prêter surtout se-
cours aux plus nobles parties. Car
toujours elle produit ce qu'il y a de
mieux, avec les matériaux dont elle
dispose. L'homme est de tous les ani
maux celui dont la tête est la plus
velue. C'était nécessaire, Les che-
veux sont destinés à protéger et à
conserver l'animal en le couvrant et
en le garantissantdes excès du froid
etdu chaud. L’encéphale de l’hom-
me étant le plus gros est aussi le
plus irrigué et il a plus besoin de
protection que tout le reste,
« Les sourcils aussi bien que les cilsn'ont pour but que
de protéger les yeux. Les sourcils les préservent contre
les liquides qui y descendent, et leur font comme une
toiture qui les défend contre les sueurs venant de la
tête. Les cils sont faits pour écarter les objets qui peuvent
tomber dans l’œil, comme les haies qu’on met parfois en
avant des remparts. » (Des parties des animaux, livre I.)
Vraiment, ne dirait-on pas que tout ceci estécrit d'hier ?
Dans ce même livre, Aristote indique même d’une facon
formelle la grande loi du balancement organique, loi qui,
pour certains naturalistes, n'aurait été mise en lumière
qu'à la fin du siècle dernier. « La nature a orné les
queues, de erins qui sont longs quand la queue a peu de
6 | LE NATURALISTE
\ ! L'ONR T » en ln NN Pro ER 7
portée, comme dans les Chevaux, et qui sont très courts
quant au contraire sa portée est étendue, Toujours la na-
ture lorsqu'elle veut favoriser un côté, prend une compen-
sation sur l'autre côté... Là où elle fait un corps très velu,
elle diminue l’ampleur de la queue, qui se réduit, comme
on le voit sur les Ours. »
Il est étonnant qu’on ne se soit pas occupé davantage
des lois mécaniques et physiques qui président à la di-
rection et à la distribution des poils. On préfère couper
des cellules en petites tranches, teindre par toutes les
couleurs de l’arc-en-ciel, des animaux marins, les imbi-
ber ensuite dans les essences et les baumes, afin de dé-
terminer leurs ancêtres ! La peine n’est pas grande, et
les résultats sont admirables... pour ceux qui savent se
contenter de peu.
L'implantation des poils dans la peau est presque tou-
jours oblique, par rapport à la surface. Ils sont disposés
en rangées parallèles ou concentriqnes suivant les espèces
et les régions ; et même chez l’homme, les dessins sont
réguliers. Cuvier (Nouv. ann. du Muséum, 1832) avait re-
marqué que les piquants du Porc-épic forment des sé-
ries de sept à onze, sur des lignes un peu courbes et
presque parallèles. Chez l’Aï, les poils semblent être dis-
posés en quinconce et sur le flanc des Chevaux les
lignes d'insertion décrivent des courbes concentriques
ou spiralées autour d’un point. Chez les Mammifères,
principalement chez les coureurs, les poils du tronc
sont obliques d’avant en arrière, et sur les membres ils
sont dirigés de haut en bas. Il ÿ a pourtant une excep-
tion pour les Singes anthropomorphes (Chimpanzés,
Orangs, Gibbons...) et pour l’homme. Les poils de la-
vant-bras sont dirigés en sens contraire de ceux du
bras. La raison qu’on en donne est même fort plaisante :
« Lorsque ces animaux sont accroupis et portent leurs
mains vers la bouche, position qui leur est très ordi-
naire, la totalité du membre se trouve revêtue de facon
à les protéger le mieux possible contre la pluie. »
La distribution des poils chez l’homme serait tout aussi
intéressante à étudier que leur direction. Sur une partie
de la tête, sur le cou, la presque totalité du corps et
les membres, l’homme n’a que des poils clairsemés,
presque nuls même dans certaines races. Cette nudité
plus ou moins complète est un caractère général qui ne
peut être attribué au climat; ce n’est pourtant pas un
caractère générique, car s’il y a des Mammifères plus
velus que nous, il y en a aussi de plus nus. Les moins
poilus de tous sont les Mammifères aquatiques, les Céta-
cés et les Sirénides, puis viennent les plus aquatiques
des mammifères terrestres, les Pachydermes, les Hip-
popotames etaprès eux les Rhinocéros et les Éléphants.
Linné croyait que les Chimpanzés étaient également
moins velus que l’homme (simiæ minus quam homo pi-
losæ). Cette opinion erronée tenait simplement au mau-
vais état de santé des individus observés par lui en
Europe.
La rareté apparente des poils chez l’homme tient à
leur développement très inégal, suivant les diverses ré-
gions. « Le contraste est des plus singuliers, dit Geof-
froy Saint-Hilaire; si nous l'observions sur d’autres ani-
maux, si l'habitude ne nous le rendait familier dès
l'enfance, notre surprise serait extrême. » Les parties les
plus complètement nues, le front, les espaces sus et sous-
orbitaires, le tour de l’oreille, le devant du cou, touchent
aux parties où le système pileux est le plus développé.
Quelles sont les causes qui déterminent la localisation
des poils aux aisselles, au pubis, au périnée; leur abon-
dance et leur longueur sur la tête ??
D'après Girou de Buzareingnes (Répert. gén. d'anato-
mie, 1828), il existerait une relation entre le développe-
ment des poils et celui des muscles sous-jacents. Mais
alors comment les Singes sont-ils moins velus ou même
nus, où l’homme estle plus couvert de poils : aux aisselles
et dans le voisinage des organes génitaux? Pourquoi le
système pileux serait-il variable d’une race à une autre,
d’un âge à un autre, d’un sexe à l’autre? Pourquoi la
femme jusqu’à l’âge critique ressemble-t-elle à l’enfant,
et après l’âge critique à un jeune adolescent imberbe? Si
les caractères sexuels tégumentaires sont très communs
chez les Oiseaux, ils sont très rares chez les Mammifères.
et, rapprochement fort curieux, après l’homme on ne
peut guère citer que l’exemple du Lion et de la Lionne
et du Lion marin. Certains Singes, outre une chevelure
redressée ou couchée en avant, ont bien une barbe el
des favoris, mais dans ce cas leurs femelles ont égale-
ment une barbe au menton. Il est vrai que certaines
femmes peuvent être plus velues que bien des hommes,
sans que leur puissance reproauctrice en soit affectée. La
photographie ci-jointe représente une Espagnole de la
Catalogne, âgée de 38 ans et qui eut sept enfants aussi
poilus qu’elle, Inutile d’insister sur les absurdes rumeurs
qui couraient à ce propos dans l'ignorante population
qui l’entourait. Pour quelques naturalistes qui ne re-
culent devant aucune hypothèse, l’homme primitif était
physiquement un vrai Singe, presque entièrement velu,
une maladie cutanée lui ayant fait perdre le poil sur
de larges plaques, il se serait épilé pour régulariser
sa nudité afin de ne pas être un objet de risée ou de mé-
pris pour ses compagnons.
Grant Allen suppose, lui aussi, l’intervention primi-
tive d’une dénudation physique, « Plus l’homme s’habi-
tuait à la station verticale, plus il à dù se coucher sur le
dos ou sur le côté. Pour l’homme arrivé à son dévelop-
pement complet, avec la disposition particulière de son
cou, de son visage et de ses membres, il est presque im-
possible de se coucher sur le ventre.» Le frottement a
ainsi fait disparaître tout d’abord les poils du dos. « Les
premières phases de cette transformation ont dù en faire
un être d'apparence misérable et abâtardie, Mais la sé-
lection sexuelle est alors intervenue pour accélérer et
compléter la transformation. En effet, si un animal cou-
vert de poils commencait une fois à les perdre, la seule
beauté à laquelle il pourrait viser serait celle d’une peau
noire, glabre, lisse et luisante. »
Si nous considérons la condition malheureuse à laquelle
l’homme a dû se trouver réduit après la perte d’une en-
veloppe protectrice naturelle, perte qui le rendait plus
misérable que les autres animaux et qui le forcait de re-
courir à des vêtements artificiels, nous concevons que .
Wallace ait reculé devant une explication scientifique.
On peut pourtant soutenir que si le désavantage fut réel
pour les premiers individus, il devint un avantage pour
l'espèce. L'absence de poils étant venue primitivement de
l’habitude de la station verticale, elle ne dut apparaître
tout d’abord que chez les êtres les plus voisins de nous.
Par conséquent, cet inconvénient se trouvait uni à
d’autres avantages physiques et intellectuels plus consi-
dérables, et a excité ces ancêtres de l’homme à chercher,
sous forme de vêtements, d’abri et d’ornements, des se-
cours artificiels qui ont fini par donner naissance à un
grand nombre d'arts que nous connaissons. Les petits, il
‘
LE NATURALISTE 7
est vrai, avaient une plus grande difficulté à se suffire
à eux-mêmes dans l’enfance; mais cette impuissance en
exigeant chez les races, qui seules ont ainsi pu se con-
server, plus de soin et d'affection, a produit indirecte-
ment des facultés nouvelles, des liens plus étroits et a
eu pour résultat final l’existence de la famille, de la
tribu et de la nation.
Les poils qui recouvrent le crâne et le menton sont,
chez l’homme, les plus longs que l’on connaisse dans
tout le règne animal. La crinière du Lion, le camail du
Colobe, la barbe du Bouquetin, etc., restent bien en ar-
rière. Chez les races caucasique et mongolique on voit
les cheveux descendre communément jusqu'aux reins,
atteindre souvent le pli du genou, quelquefois même les
talons, Ils mesurent donc cent, cent vingt-cinq centi-
mètres ou davantage, tandis que les poils de la chèvre
d'Angora, de l’Yak, etc., sont bien loin d’atteindre ces
dimensions. Leur longueur semble être en rapport avec
la verticalité de notre attitude et aussi principalement
avec le climat.
Je n'insiste pas davantage ; je désirais simplement
attirer l’attention sur des recherches qui seraient d’un
grand intérêt. En résumé : les poils ne sont qu’une dif-
férenciation des produits exfoliés périodiquement et
normalement par toute surface cutanée, La cause directe
de leur développement fut le besoin primitif de protec-
tion contre les variations atmosphériques. Des adapta-
tions secondaires les transformèrent ensuite, soit en or-
ganes sensoriels, soit en organes de protection passive (cui-
s ses des Tatous, écailles des Pangolins, etc.) ou de
protection active (sabots des Ongulés, griffes, ongles, et
dents). D’autres adaptations les firent disparaître de
presque toute la surface du corps, ou les atrophièrent
. dans certaines régions. Ce n’est que plus tard, enfin,
EL ROE
que la sélection sexuelle modifia dans certaines régions
la longueur de ces organes tégumentaires pour en faire
chez certaines espèces les signes extérieurs de la pu-
berté et de la sexualité mâle ou femelle.
F,. LAHILLE,
D" és sciences naturelles.
NOTE SUR L’Heliophobus scillæ -
(Papillon de la famille des Noctuelles)
Dans le n° 21 du Naturaliste, portant la date du 15 avril 1888,
j'ai décrit la chenille et le mâle de l’Heliophobus scillæ, trouvée
à Bone (Algérie), par M. Olivier.
Depuis, M. Olivier, étant parvenu à obtenir plusieurs spéci-
mens de cette intéressante espèce, m’a fait tout récemment
le-gracieux envoi d’un couple et m'a permis ainsi de compléter
ma note précédente en y ajoutant quelques mots sur la
femelle de cette noctuelle d'Algérie.
Ce qui attire de suite le regard chez cette femelle, ce sont
ses ailes qui sont sensiblement plus petites que celles du mâle
et d'une çoupe fort différente : on pourrait les appeler spatu-
liformes, surtout les inférieures.
En outre, tous les bords de ces ailes, méme la côte, sont gar-
nis de poils assez denses; les plus longs se trouvent sur le bord
externe dont la frange parait ainsi prolongée.
Cette femelle présente les mêmes dessins que le mâle; seule-
ment, tout est plus sombre. La coloration claire des nervures
qui égaie si agréablement le milieu des ailes du mäle fait tout
à fait défaut sur celles de la femelle, — du moins, sur celles du
sujet que j’ai sous les yeux.
L'abdomen est énorme et de forme ovoïde. Les antennes
sont filiformes et brunes.
Il est plus que probable que cette femelle ne doit pas voler.
Avec un abdomen aussi gros et des ailes aussi faibles, le mieux
pour l’Heliophobus scillæ Q est de se tenir cachée sous les
feuilles, de ramper péniblement sur terre ou tout au plus de se
permettre de grimper le long des tiges des arbrisseaux. Quant à
se lancer dans les airs, à parcourir l’espace comme son mâle ou
en sa compagnie, elle doit en faire son deuil.
A cause de ses ailes raccourcics, l’Heliophobus scllæ me
paraît, jusqu’à présent, devoir se placer à côté de l’Heliophobus
hirta Hb, dont la femelle n’a que des ailes rudimentaires.
J'ajouterai que ot LAS scillæ éclôt en octobre et no-
vembre.
P. CHRÉTIEN.
Les Oiseaux utiles 4
Notre collaborateur, M. le Dr LE. Trouessart, vient de publier
tout récemment, à la librairie Baillière, un très bel ouvrage
ayant pour titre les Oiseaux utiles.
Le naturaliste et l’économiste ont le droit de s'inquiéter en
voyant les petits oiseaux insectivores disparaitre peu à peu de
nos campagnes, au grand préjudice de nos céréales ct de nos
arbres fruitiers.
Depuis une vingtaine d’années, les gouvernements européens
se sont émus des dangers que la destruction des petits oiseaux
insectivores et de leurs nids fait courir à l'Agriculture : ils ont
demandé aux naturalistes de leur fournir des renseignements
précis qui leur permettent de reviser les lois qui régissent la
chasse et de réprimer le braconnage. En attendant, on a cher-
ché à répandre dans les masses les notions d’histoire naturelle
qui seules permettent de distinguer les animaux utiles de ceux
qui sont nuisibles. On a donné aux insütuteurs primaires, si
bien placés pour combattre la routine, cette plaie de nos cam-
pagnes, les instructions les plus claires et les plus sûres pour
enseigner aux enfants qu'il ne faut pas dénicher les nids, aux
adultes que le meurtre d’une chouette ou d’un simple moineau
est un véritable crime qui ne peut que nuire à la prospérité de
leurs champs.
C’est aux naturalistes et aux personnes éclairées qui s’inté-
ressent à l'Agriculture, de réagir de tout leur pouvoir contre
les abus qui règnent encore aujourd’hui.
Beaucoup d'oiseaux considérés comme granivores sont en
réalité ommivores. On à vu, dans l’estomac de l’Alouette lulu
et de la Farlouse, des charancons, des vermisseaux, des fourmis
et leurs œufs, des débris de sauterelles, des chrysalides, des
larves... et quelques semences de trèfle, des brins d'herbe et un
peu de sable.
Le Moineau, si décrié, a souvent dans l’estomac des parcelles
de hannetons, de chenilles, des vers, des limacons, des graines
de viornes, de tournesol, de topinambour, et d’autres provenant
des déjections des herbivores, etc.
Le Loriot, considéré dans nos campagnes comme un pillard
de cerises et d’autres fruits, se nourrit exclusivement d'insectes
nuisibles, larves et chrysalides de papillons, de coléoptères et
d’orthoptères.
Tous ou presque tous les petits passercaux sont, au moins
pendant une certaine partie de l’année, notamment au moment
de l'élevage des jeunes, presque exclusivement insectivores. Si
l’on veut être juste, on leur passera facilement les quelques
graines qu'ils dérobent en faveur de la quantité beaucoup plus
grande d'insectes qu'ils détruisent, insectes Qui auraient dévoré
dix fois plus de graines et de fruits que les oiseaux en question.
E00 espèces d'oiseaux d'Europe, et notamment tous les petits
passereaux, doivent être considérés comme utiles et protégés
par tous les moyens possibles contre les causes de destruction
qui les menacent.
Dans ce livre, on n’a pas eu la prétention de figurer et de dé-
crire fousles oiseaux utiles : on s’est contenté de prendre qua-
rante-quatre types choisis parmi les plus répandus dans nos
campagnes ou parmi ceux qui jouissent, à juste titre, d'une
réputation incontestable et incontestée. Ce sont ceux-là qu'il
importe de bien connaître afin de leur accorder toujours et par-
tout la protection qui leur est due à titre d’auxiliaires de lA-
griculture.
Celivre, édité avec luxe, est un magnifique cadeau d’étrennes
(1) 4 volume in-4. éiégamment cartonné, avec 44 planches en
couleurs d’après les aquarelles de Léo-Paul Robert, prix 35 fr.
(Chez J.-B. Bailliére, éditeur, et aux bureaux du journal).
8 LE NATURALISTE F
les 44 planches qui reproduisent les aquarelles de Paul Robert
sont autant de tableaux pris sur le vif et qui nous montrentles
oiseaux au milieu des plantes et des paysages qui leur sont
familiers.
SUR L'INVASION D'UNE PLANTE AMÉRICAINE
Me trouvant il y a quelque temps à Mortagne-sur-
Gironde (Charente-Inférieure), je fus questionné par un
habitant de cette localité au sujet d’une plante qui l’in-
triguait beaucoup.
« Cette singulière plante, me dit-il, se rencontre à
profusion dans les fossés des environs de Mortagne, où
elle recouvre la surface de l’eau d’un épais tapis de
verdure nuancé de teintes pourprées. Ce qui ajoute à sa
singularité, c’est qu’elle était absolument inconnue chez
nous il y a peu de temps encore, elle est venue avec le
phylloxéra et a envahi nos ruisseaux, nos fossés pendant
que ce dernier s’abattait sur nos vignes. »
Le lendemain on me montra la plante ainsi décrite.
Je reconnus de suite un Azolla.
Les Azolla sont des cryptogames vasculaires apparte-
Invasion d’une plante américaine, l’Azolla filiculoides,
très grossie
nant à la famille des Salviniacées. Ce sont de petites
plantes ayant seulement quelques centimètres de hau-
teur, qui se multiplient avec rapidité et forment à la sur-
face de l’eau un revêtement très dense. Le genre Azolla
renferme un petit nombre d’espèces ; on n’en connaît
que quatre, qui toutes sont étrangères à l’Europe.
La présence de l’une d’elles dans la Charente-Inférieure
pouvait donc causer à un botaniste une certaine surprise,
d'autant plus que les flores de la région datant de
quelques années, ne font aucune mention de l’Azolla,
malgré l'abondance extrême avec laquelle cette plante
y est répandue,
Ce fait, en apparence si étrange, peut être expliqué
aisément, etles circonstances dans lesquelles il s’est
produit sont d’ailleurs des plus intéressantes à connaître.
Il y à une douzaine d’années, en 1879, on introduisit au
Jardin botanique de Bordeaux un certain nombre de
pieds d’un Azolla que l’on crut être l'A. caroliniana. Ces
pieds furent confiés aux bons soins de M. Caille, le jar-
dinier en chef de ce jardin. L'hiver 1879-1880 fut, comme
on le sait, très rigoureux, aussi les cultures laissées en
plein air furent-elles détruites par le froid. Mais par pru-
dence on avait placé d’autres cultures sous des châssis ;
ces dernières résistèrent, et M. Caille eut même le bon-
heur de les voir fructifier au mois de juillet de l’année
suivante. C'était la première fois que l’on voyait fruc-
tifier l’'Azolla en Europe. Ces cultures furent conservées
dans la suite et elles existent encore aujourd’hui, mais
elles sont sansintérêt pour nous. Il en est tout autre-
ment de celles dont nous allons parler.
Pendant la même année 1879, quelques pieds de
l'Azolla introduit au Jardin botanique furent jetés dans
les fossés des marais de Boutaut, aux environs de Bor-
deaux. Ces pieds, livrés à eux-mêmes, eurent un sort plus
heureux que celui des cultures en plein air du Jardin
botanique, car ils résistèrent, soit qu'ils furent protégés
par les autres plantes aquatiques, soit qu'ils eurent
acquis plus de vigueur. Et non seulement ils résistèrent
aux froids rigoureux, mais ils se multiplièrent ensuite
avec une telle rapidité qu’ils envahirent promptement
les fossés et lespièces d’eau du voisinage.
Cette multiplication de la plante exotique fut loin d’ail-
leurs d’être considérée comme un bienfait par les maraïi-
chers et les horticulteurs bordelais, car leurs bassins
furent envahis, et les autres plantes aquatiques durent
céder la place à la nouvelle venue. Un autre titre de cette
dernière à la malédiction des jardiniers, c’est qu’elle
s’insinue avec un sans-gêne que rien ne rebute dans les
tuyaux de conduite d’eau et qu’elle obstrue tous les trous
ménagés pour l'alimentation ou pour le déversement.
Aussi ne conseillerai-je point à l’auteur de cette expé-
rience d’acclimatation d’aller se faire connaître à ses
nombreuses victimes.
Mais l’Azolla ne se contenta pas de peupler ainsi les
eaux des environs de Bordeaux, il s’étendit de procheen
proche, agrandissant très vite l’aire de sa répartition. C’est
ainsi que quelques années plus tard il atteignait les envi-
rons de Blaye où M. Deloynes le signalait en 1883. S’éten-
dant sans cesse depuis lors, il gagna Mortagne, qui se
trouve à près de quatre-vingt-dix kilomètres de Bordeaux.
Aujourd’hui il occupe un espace véritablement considé-
rable, et si l’on réfléchit que son introduction date de
quelques années seulement, on est frappé de la puissance
de son invasion.
Cette invasion de l’Azolla a causé de grands ravages
chez les plantes aquatiques qui habitaient la contrée où
elle s’est abattue, Elle a provoqué la diminution en nom-
bre de certaines espèces et la destruction presque totale
de quelques autres. C’est ainsi que les Lemna (Lentilles
d'eau) disparaissent rapidement et que le Salvinia natans
se fait de plus en plus rare. Cette dernière espèce est
une Salviniacée, comme l’Azolla. Elle se trouvait dans les
fossés de Bordeaux où elle se multipliait fort bien avant
l’arrivée de celui-ci. Sa destruction par un représentant
de sa propre famille est un fait qui ne laisse pas d’être
piquant.
L’Azolla introduit en 1879 fut désigné sous le nom d'A:
LE NATURALISTE 9
caroliniana. Plus tard des doutes furent émis sur son
identité; soit que la détermination primitive fût inexacte,
soit que depuis lors on ait introduit des espèces diffé-
rentes, toujours est-il que celle qui paraît prédominer
aujourd’hui est l’A. filiculoides. C’est du moins cette der-
nière que l’on trouve à Mortagne ainsi que j'ai pu le cons-
tater à l’aide des caractères anatomiquestirés des feuilles.
Ces deux espèces d’Azolla sont d’origine américaine ; mais
tandis que l’A. caroliniana habite surtout l'Amérique du
Nord et ne descend pas vers le sud au delà du Brésil, VA.
fiiculoides se rencontre jusque dans la Patagonie etne
remonte pas vers le nord au delà de la Californie.
La connaissance des détaïls qui précèdent explique suf-
fisamment pourquoi la plante envahisseuse n’est pas
signalée dans les flores un peu anciennes,en même temps
qu'elle justifie observation de mon interlocuteur en ce
qui concerne son apparition récente dans les environs de
Mortagne. Mais elle montre en outre commentune obser-
vation juste peut conduire à une interprétation erronée,
car il n’est point besoin d'ajouter qu'il n'y a entre l’ar-
rivée de la plante et celle du phylloxéra qu’une simple
coïncidence.
G. CHAUVEAUD.
SOCIÉTÉ ZOOLOGIQUE DE FRANCE
BULLETIN DE JUILLET ET OCTOBRE 1891
28 juillet 1894.— Etudiant la synonymie el la distribution
géographique du Diaptomus Alluaudi, MM. pe GuERNE Er JULES
RicHarp établissent l'identité de ce copépode d’eau douce avecle
D: Lorteti Barrois et le D. unguiculatus Daday; ïls montrent
ensuite que cette espèce a été signalée aux Canaries, au Caire
eten Hongrie, c’est-à-dire dans les points presque extrêmes de
la région circaméditerranéenne et en présence de ce fait, ils se
demandent « s’il existe chez les Calanides d’eau douce, à côté
d'espèces très largement répandues, des types spéciaux à une
province zoologique déterminée ».— Traduction d’une note de
M: A. Crosa sur la conservation de la couleur des chenilles par
le chlorure de zinc au vingtième et par la glycérine.
2% octobre. — D' RaPpnarz BLANCHARD : Sur la sangsue
de cheval du nord de l’Afrique (Liminatis nilotica Savigny).
Cette espèce que Savigny avait signalée dans le Nil et qui n’a pas
été reconnue depuis, se trouve en réalité dans toute la zone
subtropicale depuis les Acores jusqu’en Syrie, en passant par
notre coloniealgérienne. Malgré les analogies extérieures qu’elle
présente avec les Hirudo, elle à une organisation bien diffé-
rente et mérite de former un genre spécial, qui renferme d’ail-
leurs de nombreuses espèces tropicaleset subtropicales. Comme
notre Hirudo sanguisuqga, quin'existe pas en Algérie, elle peut
rester longtemps attachée aux parois de la bouche des chevaux
et du bétail, et souvent même s’attaque à l’homme. — A l'appui
de cette assertion, M. Mécxix dit avoir observé, à Vincennes,
“des sangsues qui s'étaient attachées en Tunisie à la muqueuse
buccale des chevaux du 12° d’atillerie, et qui s’y trouvaient encore
après plus d’un mois. — Arpx. Laggé : Nole sur un nouveau
parasite du Sang (Trypanomonas Danilewskyi). On sait que
les sangsues renferment dans leur intestin un principe qui
empêche le sang de se coaguler et qui, en raison de ce fait,
paraît permettre aux Hématozoaires de rester vivants en dehors
de l'organisme où ils trouvent normalement leur existence.
M: Labbé décrit un organisme biflagellé, du genre Trypano-
monas, qu'il à trouvé dans le tube digestif d’une sangsue des
Landes, et qui provient probablement de l’âne ou du cheval
dont cette sangsue avait sucé le sang. — M. T. B. Rosserer
de Canterbury : Sur un cysticercoïde des Ostracodes capable de
se développer dans l'intestin du Canard. Le Cysticercoïde en
question habite, avec la larve du Tœnia coronula, dans les
larves du Cypris cinerea; il à un rostre rétractile armé de 10
crochets et 4 ventouses plus richement armées encore. L’au-
teur ayant fait avaler à un canard un grand nombre de cypris
contaminés, il trouva dans le duodénum de l'oiseau, après un
mois, un grand nombre de petits Tæœnia lanceolata Gœæze, dans
|
lesquels se reconnaissaient parfaitement les caractères du cys-
ticercoïde cypridien qui est en fait la larve de ce Tœnia. —
MM. J. pe Guerne ET J. Ricmarp : Swr quelques enlomos-
tracés d'eau douce de Madagascar. Les auteurs signalent seule-
ment un Cyclope cosmopolite (C. Leuchkarli Saw), un Cerio-
daphnia européen (C. Latticanda Müller), un Canthocamptus
et un Alona très voisins d'espèces européennes des mêmes
genres. — Dans une seconde note sur les Entomostracés recueil-
lis par M. Charles Rabot en Russie el en Sibérie, les mêmes
auteurs signalent 45 espèces qui étaient déjà connues ailleurs
et dont la plupart sont répandues dans toutes les parties de
l’Europe. — M. Xavier Raspaiz : Nole sur une Alouette des
champs (Alauda arvensis) se perchant.
E.-L. Bouvier.
IRRÉGULARITÉS DE LA SURFACE DES TERRAINS CALCAIRES
Tout le monde connaît les ressauts de terrain qui,
dans les champs, limitent souvent les diverses parcelles
de culture; ces irrégularités topographiques peu fré-
quentes ou même tout à fait inconnues dans certaines
régions, sont au contraire extrêmement abondantes dans
divers pays et principalement en Picardie et dans l’Ar-
tois, sur les affleurements de la craie supérieure. Ces
ressants sont désignés sous le nom de rideaux; ils ont
été remarqués depuis longtemps; l'abbé Paramelle, dans
Art de découvrir les sowrces, après avoir étudié et décrit
les vallées à pentes plus ou moins raides, parle des
« descentes qui limitent les héritages ».
L’année dernière, l'origine des rideaux de la craie a
été l’objet d’une discussion très intéressante à la Société
géologique de France, entre M. Lasne, qui a émis et sou-
tenu l’idée que ces accidents étaient dus à des glissements
du terrain parallèlement aux fractures ou diaclases de la
craie, à la suite d’une dissolution lente de la roche par
les eaux des nappes souterraines, et M. de Lapparent, qui
ue croit pas devoir attribuer à ces phénomènes une ori-
gine géologique; selon lui, ces rideaux ne seraient que
de simples accidents résultant d’un labourage irrégulier
ramenant toujours les terres dans le même sens, du haut
du champ vers le bas.
Ces deux théories ont été soutenues et développées
avec beaucoup de détails curieux par leurs savants
auteurs. Les lecteurs du Naturaliste qui voudront appro-
fondir cette question un peu spéciale liront avec un vif
intérêt l'exposé de ces deux opinions dans le Bulletin de
Ja Société (1).
L'origine artificielle des rideaux, due à la culture, avait
déjà été admise par l’abbé Paramelle dans l’ouvrage cité
plus haut; il dit en effet: «Le propriétaire du fonds
supérieur ne voulant jamais laisser descendre sa terre
sur le fonds inférieur par le fait de la culture, il dégarnit
le haut et accumule insensiblement la terre sur le bas de
sa propriété, à tel point qu'en beaucoup d'endroits, qui
sont cultivés depuis bien des siècles, on voit au bas des
champs et des vignes des talus de terre végétale qui ont
jusqu’à quatre ou cinq mètres de hauteur. »
Cette théorie me paraît fausse, car, au contraire, si le
laboureur veut, avec raison, retenir sa bonne terre, il doit
chercher à la remonter le plus possible et par suite, dimi-
nuer le talus inférieur.
Le même auteur effleure aussi un peu, cependant,
l'opinion de l'origine naturelle des rideaux quand il
(1) Bulletin de lu Sociélé géologique de France, t. XVHI,
séance du 2 juin 1890; t. XIX, 3 novembre 1890.
10 LE NATURALISTE
ajoute : « Les eaux pluviales contribuent aussi à dénuder
le haut de chaque héritage et à faire descendre les
terres meubles vers le bas. »
J'ai, moi-même, eu l’occasion de voir bien souvent les
pays présentant le phénomène des rideaux et j'ai fait
dernièrement plusieurs tournées spéciales au cours des-
quelles j'ai pu recuillir sur cette question quelques
notes que je vais développer sommairement ici,
Il faut citer parmi les régions géographiques particu-
lièrement riches en rideaux le bassin crétacé de la Somme
et les collines qui le bordent du côté de l'Oise au Sud et
du côté des Flandres au Nord,
Les rideaux picards sont généralement peu élevés, ils
dépassent rarement cinq ou six mètres, mais ils sont
très longs et bordent toutes les vallées, auxquelles ils
sont presque toujours parallèles; ils sont fréquemment
superposés et tellement rapprochés qu’il n’est pas rare
donnerait-il pas lieu ici au même phénomène que sur la
craie ? 1
Si on admet le dégarnissage progressif du haut de
terrain au profit du bas, on est bien obligé de recon-
naître que la couche de terre végétale doit toujours
diminuer d'épaisseur en amont: or, justement dans les
régions riches en rideaux, le bon sol est généralement
extrêmement mince, rien que cette considération oblige
le cultivateur à conduire le labourage de facon à laisser
partout la même épaisseur de terre végétale.
Bien souvent les rideaux sont regardés, avec raison,
comme des obstacles à la culture, surtout quand le même
propriétaire possède et doit labourer d’un seul coup plu-
sieurs parcelles séparées par ces ressauts de terrain; il
voudrait bien les faire disparaître, mais il recule non
seulement devant les travaux de terrassement que cette
amélioration le conduirait à faire, mais surtout, devant
Vallée sèche avec rideaux latéraux à Mory-Mont-Crux (Oise).
de voir des champs de plusieurs centaines de mètres de
longueur, dont la largeur, limitée entre deux rideaux,
atteint à peine deux ou trois mètres. Il existe un champ
cultivé de cette facon sur la rive droite de la Noye, près
d’Ailly (Somme); le cultivateur a été obligé d’accepter
cette forme, très incommode, de son terrain; s’il avait pu
la modifier à peu de frais, il l'aurait certainement fait,
Cette observalion me paraît importante, car, sur une
aussi faible étendue, il n’est pas possible que la culture
ait déplacé un volume de terre dont la hauteur est égale
ou supérieure à la largeur. Il est de plus difficile d’ad-
mettre qu'un héritage aussi étroit soit précisément
allongé dans le sens du thalweg, car c’est précisément le
contraire qui à lieu le plus ordinairement; le seul
moyen de faire un partage absolument juste d’un terrain
incliné consistant à le fractionner dans le sens de la
ligne de plus grande pente. C’est même l'application
plusieurs fois répétée de ce principe qui donne à cer-
taines régions un aspect si singulier. Les environs de
Soissons et toutes les collines qui bordent la vallée de la
Marne présentent des exemples frappants de ce morcel-
lement.
Ces collines tertiaires à pentes souvent rapides ne pré-
sentent jamais de rideaux, Pourquoi le labourage ne
le soin qu’il faudrait prendre pour ne pas enfouir la
faible couche de sol utilisable, ce qui aurait fatalement
lieu s’il se contentait d’abattre les rideaux en faisant
descendre une partie du terrain supérieur sur l'in-
férieur,
Les bords des vallées présentent souvent sur leurs
flancs des ondulations transversales plus ou moins
accentuées; dans ce cas, les rideaux, parallèles au
thalweg principal, traversentles petits vallons secondaires
sans que ‘la hauteur soit modifiée d’une facon appréciable
et cela, quel que soit le sens du labourage,
M. Lasne a accompagné son mémoire d’un tableau
indiquant les principales directions des rideaux dans le
pays qu'il a tout particulièrement étudié : les environs
de Doullens, et il s'appuie sur le parallélisme général
des rideaux et des diaclases pour attribuer une origine
géologique au phénomène et dire que ceux-là dérivent
directement de celles-ci. On peut, je crois, ajouter la
constance de direction sur des étendues considérables;
je citerai dans ce cas, parmi de nombreux exemples, les
rideaux élevés qui existent dans le Cambrésis, entre
Busigny et le Cateau, sur la rive gauche de la Selle;
ceux des environs d'Arras, entre Miraumont et Achiet-
le-Petit, et enfin ceux situés au sud de Mons, près de
LE NATURALISTE al
Frameries, en Belgique, Ces derniers ont de telles
dimensions, qu’il paraît impossible de leur attribuer une
origine artificielle.
Il est bien évident qu’il existe souvent quelques petites
irrégularités du sol qui ne peuvent provenir que de la
culture, mais ce ne sont pas des rideaux.
Il est à remarquer que si les rideaux se rencontrent
surtout dans les pays crayeux du nord de la France, on
en voit aussi et de très caractéristiques, non seulement
à la surface de la craie dans d’autres régions, mais
encore sur les affleurements de formations très diverses.
Seulement, sauf quelques exceptions assez rares, les
rideaux intéressent toujours les terrains calcaires et
parmi ceux-ci les plus facilement délitables sous l’in-
fluence des agents atmosphériques. Dans tous les cas,
la topographie est la même : vallées à flancs peu incli-
nés présentant une succession de terrasses séparées par
des ressauts plus ou moins hauts dont la pente est celle
dés talus naturels d’éboulement.
Dans les exemples, fort -rares, d’ailleurs, de rideaux
sur des terrains argileux ou sableux, il est très probable
qu'une couche calcaire existe à faible distance au-
dessous. Une étude spéciale locale ramènerait sans doute
facilement ces anomalies apparentes dans le cas général.
L'action dissolvante des eaux météoriques paraît évi-
démment étre le principal agent de formation des
rideaux; mais je ne crois pas qu'il y ait lieu de faire
intervenir les nappes générales profondes ; non pas que
_ l'éloignement du support imperméable soit un obstacle,
car l'épaisseur des formations imbibées est quelquefois
considérable ; mais dans les pays qui nous occupent,
l'acide carbonique qui permet aux eaux de dissoudre les
roches calcaires n’a pas une origine interne; il provient
ordinairement de l'atmosphère et surtout de la combus-
tion naturelle des matières organiques de la surface du
sol. Peau, en tombant sur celui-ci, absorbe une forte
proportion d’acide carbonique qui ne tarde pas à se
saturer de carbonate de chaux en pénétrant dans le sol
calcaire,
Si la roche est faiblement fissurée et force ainsi l’eau
à la traverser lentement, celle-ci est rapidement saturée
de bicarbonate de chaux à peu de distance de la surface ;
au-dessous, la température s’élevant progressivement,
même d’une très faible quantité, il y a départ d’acide
carbonique et le carbonate neutre de chaux se dépose
de nouveau. C’est ainsi que dans la craie du nord de la
France, on voit rarement la zone de décalcification
actuelle dépasser une profondeur de quelques mètres.
Onne peut donc pas croire que les eaux profondes de
cette région tiennent encore en dissolution assez d'acide
carbonique en excès pour attaquer la roche. C’est seu-
lement quand il existe des fractures largement ouvertes
que l’eau peut pénétrer rapidement à une grande dis-
tance du sol; or, ce cas est relativement rare,
JL est important de remarquer, en outre, que les rejets
sont beaucoup plus rares que les simples fractures
et que les rideaux; c’est seulement quand celles-ci exis-
tent à proximité du sol qu'elles se terminent par des
rideaux,
Dans les coupes de la craie et de la plupart des ter-
rains calcaires situés sur les bords des vallées, les
diaclases dirigées parallèlement au thalweg sont de
beaucoup les plus abondantes.
Les eaux qui ruissellent à la surface du sol en descen-
dant vers la vallée, rencontrent un grand nombre de ces
fractures dirigées perpendiculairement au sens de leur
écoulement, Si ce sol était homogène et non 'fragmenté,
ces eaux pénétreraient régulièrement dans la masse du
terrain; mais, dès qu’elles rencontrent des fissures, même
peu ouvertes, elles profitent de cette facilité d’introduc-
tion dans la roche; les fentes sont aïnsi rapidement
élargies par dissolution. Si une période de sécheresse
survient après la pluie et si la roche est facilement déli-
table, comme la craie blanche, elle se fragmente et la
lèvre inférieure de la fissure s’affaisse, surtout si le
terrain est en pente un peu raide; une pluie suivante
dissoudra de préférence cette partie délitée en petits
morceaux etla différence du niveau entre les deux bords
de la fracture ira ainsi en s’accentuant à la surface du
sol sans qu’il y ait en profondeur de rejet visible et
quel que soit d'ailleurs, non seulement la distance de
la couche imperméable qui retient la nappe souterraine,
mais encore le niveau supérieur de celle-ci.
Je pense donc que les rideaux ont une origine géolo-
sique intimement liée à celle des diaclases, mais que
l’action des nappes profondes n’y est pour rien, au moins
dans la plupart des cas. Les eaux superficielles, qui sont
les plus dissolvantes, sont généralement suffisantes pour
produire le phénomène. Il faut seulement que le sol
soit-constitué à une faible distance de la surface par une
roche calcaire fissurée, facilement délitable et soumise
sur les pentes à des alternatives de sécheresse et d’hu-
midité.
Cette dernière condition explique l'absence de rideaux
dans les forêts et dans les prairies. Dans le premier cas,
Pépaisse couche des feuilles mortes et l’humus qui
recouvrent le sol diffusent l’eau et l’obligent à pénétrer
très lentement et régulièrement sans choisir les fissures
qui peuvent exister au-dessous; enfin, la végétation
s'oppose à la dessiccation, Quant aux prairies, il est à
peine besoin de dire qu'elles sont utilisées ainsi préci-
sément parce que le sol toujours humide de ces terrain;
se prête parfaitement à ce genre de culture.
La figure ci-jointe est la reproduction exacte d’une
photographie prise spécialement pour accompagner cette
note ; elle représente une vallée sèche, dans l'Oise, à Mory-
Mont-Crux, près de Breteuil. Le fond, légèrement concave,
a 100 mètres de largeur; les flancs sont peu inclinés et
présentent de nombreux rideaux d’une hauteur moyenne
de 4 mètres. A gauche, on voit, devant le bouquet
d'arbres, trois rideaux successifs ; celui du milieu a été
en partie détruit par le propriétaire du terrain, qui à
préféré faire un grand travail, pour labourer deux
champs d’un seul coup. Le parallélisme des diaclases et
des rideaux, peut être observé dans une carrière située
sur la droite de cette vallée.
Cette coïncidence, dans la direction des fractures et
des rideaux est très remarquable dans les magnifiques
carrières de craie blanche à Belemnitelles de Caix-en-
Santerre (Somme).
Comme exemples de rideaux intéressant des terrains
autres que la craie, on peut citer : tout près de Paris,
certains vallons des environs de Louvres (Seine-et-Oise),
sur le calcaire de Saint-Ouen et le calcaire de Louvres.
Enfin, dans le Boulonnais, les champs situés sur les
affleurements oolithiques des environs de Marquise sont
remarquables à ce point de vue et contrastent avec les
autres terrains de culture tout aussi inclinés. mais situés
sur les couches argileuses de l’oxfordien ou du crétacé
inférieur. Henri BoursAULT.
12 LE NATURALISTE
LE CAMPHRIER
SON PRODUIT
Le Camphrier (Cinnamomum Camphora Fr, Nees et
Ebermier — Laurus Camphora, L. Camphora officinarum
G. Bauhin) est un grand arbre qui atteint 10 à
15 mètres de hauteur, qui vit dans une aire très étendue,
car on le trouve dans toute la Chine centrale et les îles
du Japon, En Chine, il abonde particulièrement dans les
près de Gênes, et un autre dans le pare du Palais- Royal.
de Cabo dinbnte près de Naples
Cet arbre a été aussi introduit depuis Ines dans
la basse Provence, où il supporte aisément les petites
gelées. Le Camphrier a été importé à la Réunion; il est
rare dans la basse Cochinchine; on en trouve quelques
pieds dans les forêts du Cambodge qui bordent la pro-
vince de Tay Ninh; les troncs fournissent un excellent
bois, très estimé à cause de son odeur et employé dans
la fabrication des malles, des tiroirs d’armoires et d’un
grand nombre de petits objets.
On retire du camphre
d’autres plantes que le cam-
phrier de Chine parmi les-
quelles la plus remarquable
est le Dryobalanops aroma-
tica, grand arbre de l’Ar-
ch:pel indien, Les deux sor-
tes de Camphre, fournies
par les deux arbres cités ci-
dessus, ont foujours été re-
gardées par les Chinois
comme parfaitement dis-
tinctes; ce fait doit être à
l'esprit quand on étudie
l’histoire du camphre. En
sont fournies par les écrits
chinois, on s'assure que
quoique l’arbre ft évidem-
cle, et probablement à une
époque antérieure, et par-
ticulièrement signalé à cau-
se de son bois précieux, il
n'est fait aucune mention
de son produit.
Le She-Chin, l’auteur du
célèbre traité de britanni-
que Pun-Tsao-Kang-Mieh ,
écrit au milieu du xvi* siè-
cle, connaissait bien les
deux sortes de camphre,
l’une produite par le Cam-
phrier de son propre pays,
l’autre importée des îles
Malaises, Il raconte qu’on
prépare le premier en fai-
sant bouillir le bois et
qu'on le purifie à l’aide de
sublimations répétées. Mar-
co Polo, vers la fin du x
siècle, visila les forêts de
Fig. 1. — Le Camphrier de Chine (Cinnamomaun camphora). Fokien, dans le sud-est de
provinces de l'Est et du Centre, celles de Chekiang, de
Fokien et de Kiangsi. Il est également abondant dans
l’ile de Formose, où il couvre toute la chaîne de mon-
tagnes qui s'étend du nord au sud et s'élève jusqu’à une
altitude de 600 mètres au-dessus du niveau de la
mer. I] croît vigoureusement dans les contrées tropi-
cales et subtropicales. Dans les jardins de l'Italie, ü se
développe en un grand et bel arbre qu'on peut cultiver
Jusqu'au lac Majeur vers le nord, En 1874, j'ai vu un su-
perbe Camphrier dans le jardin de la villa Palavicini,
la Chine et raconte qu’elles
possèdent un grand nombre d'arbres qui donnent du
camphre. Il paraît en résulter que le Camphrier était
connu à l’époque de Marco Polo; cependant il est bien
certain que les renseignements les plus anciens que l’on
ait trouvés sont relatifs au camphre très estimé des îles
Malaises, qui constitue encore aujourd’hui un des corps
les plus en faveur parmi ce groupe de substances,
Il ne paraît pas que le camphre soit parvenu en Eu-
rope En la période classique de la Grèce et de
Rome. La première mention relative à ce corps, que
parcourant les notions qui
ment connu au IV siè-
Lime à > 6
”
had dl ©: DS SA en à
RAR LT A PRE EE ES + ET 21 7 LP ES
l'on connaisse, se trouve dans Pun des plus anciens
monuments de la langue arabe, le poème d’'Imru-I-Kais,
prince de la dynastie de Kindahs, qui vivait dans lHa-
dramank au commencement du vie siècle. À peu près à
la même époque, Æétius, d’Amida (la mo-
derne Diarbekir), employait le camphre en
médecine; mais d’après la facon dont il en
parle, il était à cette époque évidemment
fort rare, Car, pendant plusieurs siècles con-
sécutifs à cette époque, le Camphrier fut con-
sidéré comme l’un des parfums les plus rares
et les plus précieux. Il est mentionné en 6:6
avec le musc, l’ambre gris et le bois de san-
tal, parmi les trésors que Chosroès IT, roi
de Perse, de la dynastie de Sassanian, pos-
sédait dans le palais de Madain, sur le Tigre,
au nord de Babylone. Parmi l’immensité des
choses précieuses, dispersées au Caire, à la
chute du khalif fatimite Mostanser, au xr° siè-
cle, les historiens arabes signalent avec éton-
nement les masses de camphre, et les figures
de melons de camphre ornés d’or et de bijoux
ainsi que de grandes quantités de musc et de
bois d’aloës. Il faut rappeler aussi que vers 642,
les princes indiens envoyaient du camphre,
comme tribut ou présent, aux empereurs de
la Chine, et qu’à l'époque de Teenpaou (742-
159) les Cochinchinois apportaient à la cour
de Chine un tribut de camphre de Barus, re-
—. cueilli, d'après le dire des ambassadeurs,
_ dans le tronc des vieux arbres, et possédant
. un parfum tel qu'on n’en trouverait jamais de
pareil. Masudi, quatre-siècles plus tard, men-
tionne un présent semblable offert par les In-
diens à un potentat chinois; 1,000 menns
(933 grammes) de bois d'aloès étaient accompagnés de
10 rmenns de camphre, dont la qualité supérieure était
indiquée par ce fait qu’il se présentait en morceaux
aussi gros ou plus gros qu'une pistache. Entre 1342
et 1352, une ambassade quitta Pékin portant une lettre
du Grand Khan au pape Benoît XII et des présents'de
Soie, des pierres précieuses, de muse, de camphre et
d'épices.
Le célèbre voyageur Ibn Batuta rapporte qu'après
… avoir visité le roi de Sumatra, on lui présenta, au mo-
… ment de son départ (1347), du bois d’aloès, du camphre,
… des clous degirofle,du bois de santalet diverses provisions.
Ishäk Ibn Amrân, médecin arabe, qui vivait vers la fin
…. durx° siècle, et Ibn Kurdablah, géographe de la mème
— époque, furent les premiers à signaler que le camphre
_ était un produit de l'archipel Malais. Leurs renseigne-
_ ments sont reproduits par les écrivains arabes du
moyen âge, qui affirment tous que le meilleur camphre
—est un produit de Fansür, Cette localité, nommée aussi
Kansür ou Kaisûr, fut visitée au xur° siècle par Marco
Polo, qui parle de son camphre comme se vendant au
poids de l’or. Yule pense que cette localité est la même
que Barus, ville située sur la côte occidentale de Suma-
lra et qui donne encore aujourd’hui son nom au camphre
produit par cette île.
De tous ces faits et de plusieurs autres que l’on pour-
- rait ajouter, il est permis de croire sans aucun doute que
le premier camphre employé fut celui qu'on trouve tout
formé dans le tronc du Dryobalanops aromatica de Suma-
. tra, et non celui du Camphrier,
4
7 » \
es k ONE AO 0 DE NATURXLISLE “
On ignore à quelle époque et sous l'influence de
quelle instigation les Chinois commencèrent à exploiter
le Cinnamomum Camphora pour en extraire le camphre.
Le camphre était connu en Europe comme médica-
Le Camphrier, inflorescence.
ment dès le n° siècle, Cela est prouvé par la mention
qu'en font l’abbesse Hildegard, qui le nomme Gamphora,
Otho de Crémone et le chanoine danois Harpestreng,
mort en 1214. Garcia d’Orta dit, en 1563, que lecamphre
de Chine est seul importé en Europe, celui de Sumatra
et de Bornéo coùtant cent fois plus cher et étant con-
sommé tout entier par les peuples de l'Orient, Kämpfer,
qui visita le Japon en 1690-92 et qui figura l’arbre au
camphre du Japon sous le nom de Lanrus Camphorifera,
déclare expressément que cet arbre diffère entièrement
de celui qui fournit le Camphre de l'archipel Indien. Il
dit aussi que le camphre de Bornéo figurait parmi les
marchandises les plus précieuses importées au Japon
par les Hollandais, dont les cargaisons de retour com-
prenaient le camphre du Japon, dans la proportion de
6.000 à 12,000 livres par an. Ce camphre était raffiné en
Hollande par un procédé qui fut tenu longtemps secret;
on l’introduisait ensuite sur le marché, A l’époque de
Pamet (1,694 et auparavant) le camphre brut était
commun en France, mais on l'envovait en Hollande
pour le faire purifier. Le Laurus Camphora L. appartient
à la famille des Lauracées.
Henri Jorer.
LE PAPILIO MACHAON, Linné
et ses différentes variétés
Le Papilio Machaon, en raison de sa grande fréquence ct
surtout de la parure si riche et si gracicuse dont la nature l’a
14
gratifié, a dû attirer de bonne heure l'attention des observa-
teurs, aussi sa connaissance remonte-t-elle à une époque relati-
vement reculée. Cependant, malgré l’origine déjà ancienne de
cet insecte, son histoire est demeurée incomplète pendant fort
longtemps. Les premiers naturalistes qui ont succédé à Linné,
ne connaissaient d’abord ce gracieux papillon que sous sa
forme normale qui est celle qui est répandue dans les régions
tempérées de l’Europe. Puis, on constata successivement sa
présence sur tous les points de notre continent : dans le Nord
de l’Afrique, dans un grand nombre de stations de l’Asie; et
l'observation attentive permit de découvrir que cette espèce
qui, dans le principe, paraissait être invariable, c’est-à-dire
douée d’une grande fixité de caractères, est sujette, au contraire,
à subir des modifications d’aspect importantes résultant évi-
demment d’influences climatériques diverses.
Machaon, dans l’état actuel de la science entomologique,
constitue donc une forme assez mobile; et il est à présumer
que le nombre de ses variétés est susceptible de s’accroitre à la
suite de découvertes que nous réserve l’avenir. En attendant
la réalisation de cette prévision, nous avons jugé à propos de
réunir dans une notice monographique destinée aux lecteurs du
Natwralisle les différents documents qui intéressent l’histoire
de cette espêce, l’une des plus remarquables parmi nos Lépi-
doptères diurnes.
19 Papilio Machaon Linne (forma lypica).
Le Machaon typique que tous les entomologistes connaissent
ne change pas sensiblement d’aspect dans les régions tem-
pérées de l’Europe. Nous possédons toute une série d’exem-
plaires originaires les uns du Nord et du Midi de la France,
les autres d'Allemagne, de l'Angleterre et de l’Autriche chez
lesquels il est impossible de relever la moindre différence va-
lant la peine d’être signalée, sauf celle résultant de la taille,
laquelle oscille, du reste, dans des limites assez étroites. Cepen-
dant la fixité des caractères de cette espèce n’est pas telle qu’elle
Fig. 1. — Chenille de Papilio Machaon.
exclut toute idée de variation. Nous capturons, en effet, de
temps en temps, sur les premiers contreforts du Jura, dans le
voisinage immédiat de Bellegarde, au premier printemps, vers
la fin d’ayril, des Machaon qui tranchent assez nettement avec
la forme que l’on a l’habitude de voir communément. Chez ces
exemplaires printaniers les couleurs sont, en général, beaucoup
plus ternes que d’habitude; la nuance jaune est un peu blan-
châtre ; les parties noires n’offrent pas la vivacité ordinaire; et
les taches bleues des ailes postérieures ont contracté une teinte
grisâtre lorsqu’elles ne sont pas totalement effacées. Si lon
considère que beaucoup de Lépidoptèéres, tels que les" Vanessa,
qui passent l'hiver à l’état d’insecte parfait, présentent, lors de
leur réapparition au printemps suivant, une décoloration très
sensible de leur livrée, laquelle résulte, soit de l'action du
froid, soit de celle de la lumière, on est tout disposé à penser
que le changement d'aspect que nous signalons ici est attri-
buable aux mêmes causes. Nous supposons, par conséquent,
que les exemplaires du Machaon dont il s’agit sont de simples
retardataires qui ont été surpris par les intempéries et qui ont
accompli une hibernation forcée ; à moins, cependant, qu’ils ne
puissent étre envisagés comme des aberrations purement for-
tuites ou provoquées par des influences locales d’une nature
particulière. Quoi qu’il en soit de cette question, Machaon ne
LE NATURALISTE : FN]
varie guère dans les régions moyennes de l’Europe. Cette
espèce, sous notre climat, est une des plus fixes que nous
connaissions. Elle s’étend vers le Nord en Suède, en Norvège,
dans la Russie septentrionale sans éprouver de variations bien
appréciables, Vers le Sud Machaon couvre tout le midi de
l'Europe, où il présente une variété plus ou moins accidentelle
qui se retrouve également avec des caractères plus fixes sur la
côte septentrionale de l'Afrique. Il passe vers l'est dans l'Asie
Mineure, se répand dans la Perse, dans le Turkestan et jusque
dans les parties les plus orientales de la Sibérie, où il revêt une
forme particulière analogue à celle qui est spéciale au Maroc
et à l'Algérie. Nous étudierons successivement ces différentes
races dans cette notice monographique; mais avant de procéder
à cette analyse, nous devons accorder quelque attention aux
premiers états de notre beau, mais vulgaire papilionide, lesquels
sont généralement moins bien connus que l’insecte parfait.
Machaon provient d’une fort jolie chenille qui se nourrit de
différentes plantes de la famille des Ombellifères, et notamment
de la carotte, soit cultivée, soit sauvage, et du fenouil. A la
sortie de l’œuf, qui est d’un jaune verdâtre, et que la femelle a
pondu pour la première fois en mai ou en juin, la jeune larve
est presque entièrement noire; elle.s’éclaircit ensuite successi-
vement après chaque mue, jusqu’à ce qu’elle ait acquis sa
livrée définitive qu’elle conserve depuis sa quatrième et der-
nière transformation jusqu’à l’époque de sa mise en chrysa-
lide. Dans l’état adulte la robe de notre larve est d’un beau
vert-pomme très vif, qui laisse apparaître sur le milieu de
chaque segment une bande étroite, transversale, d’un noir
profond, marquée de six gros points d’un jaune orangé ou
rougeâtre, lesquels forment par leur disposition respective des
séries longitudinales très régulières, dont deux dorsales et
deux latérales. La bande qui couvre le premier segment thora-
cique est entièrement noire; celle du second ne porte que
quatre points; le segment anal n’est marqué que de deux
points rouges; et sa bande noire est divisée en sept taches
distinctes qui sont disposées sur deux rangs successifs. Chacune
des pattes écailleuses, qui sont vertes, se trouve ornée extérieu-
rement d’un gros point noir qui apparaît également sur le mi-
lieu du côté externe des pattes membraneuses. Enfin, on observe
une rangée de taches noirâtres, doubles ou géminées, qui s’é-
tend immédiatement au-dessus des précédentes, depuis le qua-
trième jusqu’au dernier anneau, ainsi que de nombreuses
macules de mème couleur, de forme irrégulière et de dimen-
sions très inégales sur toute la face ventrale. Cette livrée, qui
est celle qu’on remarque le plus ordinairement, est cependant
sujette à varier. Nous avons, en effet, sous les yeux deux exem-
plaires de la larve de Machaon que le docteur Staudinger nous
a adressés d'Allemagne sous le nom d’Aber-Nigiscans, et qui
différent du type que nous venons de décrire par l’envahisse-
ment de toutes les parties noires. Les différents sesments, très
normalement ponctués de rouge, seul d’un noir fuligineux
presque uniforme; et la couleur verte du fond n'apparaît plus
que sur les côtés, un peu au-dessus des pattes, sous la forme
de taches irrégulières. La face ventrale de ces chenilles est
restée verdâtre; mais les macules foncées y sont plus larges;
et toutes les incisions sont lavées de bistre foncé. Ce change-
ment d'aspect si profond et si anormal n’influe cependant nul-
lement, paraît-il, sur l’aspect de l’insecte parfait; car les papil-
lons qui proviennent de cette variété accidentelle de la chenille
sont semblables à ceux qu'engendrent les larves ordinaires.
Ajoutons iei que c'est généralement en juin que la chenille
de Machaon parvient à son entier développement. Elle se fixe
alors, par la queue ct par un lien soyeux transversal, contre
l’une des tiges de la plante nourricière et ne tarde pas à se
transformer en chrysalide Celle-ci, d’un vert plus ou moins
jaunâtre et finement striée de linéoles plus foncées, se distingue
dela nymphe des espèces congénères par sa tête proéminente et
obtusement bifide, par son dos légèrement caréné etparune ligne
plus claire que le fond qui règne de chaque côté de l'abdomen.
Elle éclôt ordinairement trois semaines après sa formation,
c'est-à-dire vers la fin de juillet, et l'espèce paraît une seconde
fois pendant toute la belle saison. Les pontes nouvelles qui sont +
effectuées à ce moment, produisent des chenilles qui devien-
dront à leur tour adultes avant l'hiver; et c'est sous la forme
de nymphe ou de chrysalide que Machaon passe la mauvaise
saison, en attendant le retour du printemps suivant. Ce Papilio
est, par conséquent, du nombre de ceux qui accomplissent deux
évolutions successives dans le courant de l’année, mais ni l’une
ni l’autre ne produit de modifications appréciables dans le
faciès de l’insecte parfait, du moins dans les latitudes tem=
pérées de notre continent,
LE
20 Papilio Machaon Linné Aberratio Aurantiaca, de Selys.
Machaon, nous l'avons dit plus haut, à passé pendant long-
temps pour une espèce très fixe, mais les observations mo-
dernes ont démenti cette ancienne opinion en établissant, au
contraire, qu’elle est sujette à subir des changements de carac-
tères nnportants, à mesure qu'elle s'éloigne du centre de lEu-
rope pour se répandre sur des stations plus lointaines du terri-
toire Paléarctique. Sans dépasser les limites géographiques de
notre continent, on observe deux variétés très intéressantes de
Machaon que nous allons étudier successivement. La première
est représentée par une forme aberrante accidentelle, mais
assez Constante, qui se distingue du type normal par une colo-
ration ocracée plus ou moins chaude qui revêt d’une manicre
uniforme les deux faces opposées des quatre ailes, sans mo-
difier, en quoi que ce soit, l'ampleur ni la forme des dessins
noirs. La nuance fauve est si vive chez certains exemplaires
quelle devient franchement orangée; tandis que chez d’autres
elle pâlit sensiblement en passent peu à peu, par des termes
transitoires, au jaune clair de la forme typique. C'est un ento-
mologiste belge, M. de Selys-Lonchamps, qui désigna le pre-
mier cette curieuse aberration par un nom spécial, bien qu'elle
füt déjà connue depuis de longues années, puisqu’on la trouve
figurée dans l’ouvrage de Godard, quoique sans désignation
particulière. En général, elle est fort rare et ne s’observe qu’ac-
cidentellement et de loin en loin. M. de Selys l’a signalée en
Belgique; nous-même, nous l’avons capturée pour la première
fois dans les fortifications de Strasbourg, avant les événements
de 1870; et M. Kroëner, alors conservateur du Museum de
cette ville, avait rencontré la même variété quelques années
auparavant sur différents points des bords du Rhin. Nous
avons repris Aurantiaca en 1875 aux environs de Lyon, maïs
en exemplaires moins vifs que ceux d'Alsace; enfin plusieurs
autres entomologistes ont signalé la présence de cette intéres-
sante variété dans le nord de la France; tandis qu’elle aurait
été observée par M. Alpheraky dans le Caucase et dans les
Alpes du Tian-Chan. Il est probable qu’Aurantiaca accompagne
Machaon dans la plupart des stations géographiques que fré=
quente cette espèce, mais qu’elle est plus répandue et surtout
Mieux caractérisée dans les régions tempérées de l’Europe.
AUSTAUT.
(A suivre.)
SUR LE DÉVELOPPEMENT DES AXOLOTLS
A la fin du mois d'octobre 1889 j’ai recu un couple d’Axo-
lotls o? eQ que je pris dans un grand’aquarium avec nom-
breuses plantes. Pendant l’année 1890 la femelle n’a jamais
pondu ; mais le 5 mars 1891, elle se mit à pondre; la ponte
continua jusqu’au {0 mars. Il y avait alors 150 œufs à peu
près; mais j'ai constaté que seulement une quarantaine,
avait été fécondés. Le 9 avril 40 petits éclosérent mais bien-
tôt en moururent 31; les autres se développérent très bien.
J'ai cru intéressant de donner ici une table du développement
depuis l’éclosion jusqu’à l’âge de trois mois.
Valeur moyenne Valeur moyenne
du développement du développement
Jours Longueur moyenne Tota par Jour
Centim. Centim. Millim.
1 1 0,00 0,00
6 1,30 0,30 0,50
25 2,30 1,00 0,50
30 2,60 0,30 0,50
40 3,10 0,50 0,50
30 4,00 0,90 0,90
60 5,00 1,00 1,00
70 6,00 1,00 1,00
80 1,00 4,00 1,00
91 8,50 1,50 1,00
Je n’ai pu m’occuper de mes Axolotls, dans les mois de juil-
let, août, septembre; aujourd’hui 20 octobre, j'ai mesuré mes
amphibiens. Voici la longueur totale etle développement qu’ils
ont eu.en 103 jours.
Longueur 12 eentimètres.
Valeur moyenne du développement total 3,00 centim.
» » » » par jour 0,33 millim.
Leur force de croissance à donc diminué depuis l’âge de
trois mois. J’ai repris mes observations pour voir à quelle
NATURALISTE 15
époque reviendra une nouvelle période de croissance rapide,
ou si l’accroissement se fera toujours aussi lentement jusqu’à
l'âge adulte. J'ai constaté que les pattes antérieures com-
mencent à apparaître vingt jours aprés l’éclosion et sont com-
plètement développées à l’âge de 26 ou 28 jours
Les pattes postérieures apparaissent le ciuquantième jour,
et sont bien développées à l’âge de 64 jours.
Comme il s'était déclaré une espèce de gangrène aux pattes
ct à la queue, j'ai amputé le 2 juillet les membres malades;
e » octobre chaque membre est parfaitement reproduit, sibien
qu'on ne le distingue pas des membres demeurés intacts.
Jean-Marius BERTroLDo.
LIVRE NOUVEAU
Festschrift zur Feier des Funfzigjahrigen Doctor — Jubi-
läums Herrn Prof. Dr Karl Wilhelm von Nägeli in München
und Herrn Geheimrath Prof. Dr Albert von Külliker in Würz-
burg gewidmet von der Universität, dem Eigd. Polytechnikum
der Thierarzneischule in Zürich. — 8 mai 1890 — 9 juin 1891.
— Zurich, in-4°, 1891.
Ce volume, qui comprend 13 mémoires des savants les
plus distingués de Zurich, a été imprimé par les soins de l’'Uni-
versité, de l’Ecole polytechnique et de l'Ecole vétérinaire de
Zurich, en mémoire des illustres maîtres H.-W. Nägeli et
Alb. Küiliker.
1. Dr C. Cramer, Professor der Botanik am Eidgenôssischen
Polytechnikum in Zürich: Ueber Caloglossa Leprieuri (Mont.
Harv.) J.-G. Agardh. 3 PI.
. Dr Px. SrüHr, Professor der Anatomie an der Universität
in Zürich : Die Entwicklung des Adenoiden Gewebes, der
Zungenbälye und der Mandeln des Menschen. 1 PI.
3. Dr Auc. Forez, Professor der Psychiatrie an der Univer-
sität in Zürich, unter Mitworkung von Herrn Director May-
ser in Hildburghausen und Herrn Obcrarzst De Ganser in
Dresden : Ueber das Verhäültniss der experimentellen Atrophie
und Degeneration Methode ‘zur Anatomie und Histologie
des Centralnervensystems. Ursprung des IX, X und XII Hin-
nerven. 1 PI.
4. Dr As. Hem, Professor der Geologie und Director der
geologischen Sammlungen am KEïidgenüssischen Polytech-
nikum und der Universität in Zürich : Ueber Sammlungen
für allgemeine Geologie.
5. Paur MarrTiN, Professor an der Thierarzneiïschule in
Zürich : Die Entwicklung des Wiederkauermagens und
Darmes. 1 PI. et 28 fig. dans le texte.
6. Dr O. Haas, Professor der Ophthalmologie an der Uni-
versität in Zürich : Der Hirnrindenflex der Pupille.
1. Dr Warrxer FELix, Prosector und Privatdocent an der
Universität in Zürich : Die erste Anlage des Excretion-
systems Hühnchens. 4 PI.
8. En. Scxar, Professor der Pharmacie am Eidgenüssischen
Polytechnikum in Zürich: Ueber Einwirkungen des Cyan-
wasserstoffs, des Chloralhydrats und des Chloralcyanhydrins
auf Enzyme, auf Keünfähige Pflanzensamen und auf niedere
Pilze.
9. D' Coran KELLER, Professor der Zoologie und Eidgenüs-
sischen Polytecknikum in Zürich : Das Spongin und seine
mechanische Leistung im Spongienorgarnismus. 1 PI.
10. Dr A. Dopez; Professor der Botanik an der Universität
in Zürich : Beilrage zur Kenntniss der Befruchtungs-Er-
scheinungen bei Iris sibirica. 3 PI.
11. Dr E. Overton, Privatdocent der Biologie an der Uni-
versität in Zürich : Beilrage zur Kenntniss der Entui-
chklung und Vereinigung des Geschlechtsproducte bei Lilium
Martagon. 1 PI.
12. Dr Karz Fieocer, Privatdocent der Zoologie und der
Universität und am Eidgenüssische Polytecknikum in Zü-
rich : Entwicklungsmechanische Stludien an Echinoderm-
Eiern.
43. Dr Arno Lac, Professor der Zoologie und verglei-
chenden Anatomie an der Universität und am Eidgenüs-
sischen Polytechnikum in Zürich : Ueber die äussere Mor-
phologie von Hæmentèria Ghilianii, F. de Filipp. 1 pl. et
3 fig.
19
G, MALLOIZEL.
- LS F. en «ù FI ATTÉRE S
Le K à = 3 DE % pe à fe
16 LE NATURALISTE Tv 4
DESCRIPTION DE LÉPIDOPTÈRES NOUVE AUX 42. Driesch, H. Entwicklungs mechanische Studien.
I. Der Werth der beiden ersten Furchungszellen in der
Echinodermenentwicklung. Experimentelle Erzcugung
, É RAP phoer L von Theil und Do elbildungen.
Phragmatobia Lomphosen, Ho er miblime Le II. Ueber die Rare des Lichtes zur ersten Etappe
Dessus des supérieures d’un beau vert tendre uni opUe et gant Aertbienechon Formbidung. PI. VII.
de poils verts à la base et le long du bord ane ; SeREQue Zeitsch. Wissensch. Zool. 53. pp. 160-184.
des DES ailes lisse, également MerLAnE SEE ER TERRE Gadeau de Kerville, H. Note sur deux vertébrés
pâle. Inféricures diaphanes, blanc verdâtre plus teinté le long albins : Lapin de garenne (Lepus cuniculus L.) et Be
de la côte, par-dessous. Côte des supérieures rose en dessus et De 1 ulus L.) et Bécasse
D RE et ane EN TENE Te IE TES ES bécassine (Scolopax Gallinago L.).
en dessous ; franges et rosé aux HU en D RS . Buil. Soc. Amis Sci. Nat. Rouen. 1891, pp. 61-63.
aux inférieures. Tête Que none e ne mr sr 14. Garstang, MA Noon al nen dd Duntire type +
thorax et ptérygodes couverts d épais poils verts, Sr e Compound Ascidian, fig.
l'abdomen jaune rosé, orné au milieu de ee noirs ns no date G. aggregatin -
le premier peu visible, chaque Harc ve é Le petits poils Zool Anzeig. 1891, pp. 129-424.
blanc verdâtre. Dessous du corps vert pa F: pa pes, Ro 15 De Guerne, J., et Richard, J. Synonymie et de
etédessous du cou xosés, pattes vertes avec les Gxtrémntes bution géographique de Diaptomus alluandi.
rosées. A se ce PES Bull. Soc. Zool. de France. 1891, pp. 213-218.
Une Q des environs de Loja, 1590. 46. De Guerne, J. et Richard, Te Sur quelques Ento-
Zonosoma Alodia, n. sp. — 31 à 33 millimètres. Supé- mostracés d’eau louce de Madagascar.
rieures pointues à l’apex ; inférieures avec deux petites dents Bull. Soc. Zool. de France. 1891, pp. 223-224.
à l’angle anal et une petite queue au bout de la deuxième et | 4%. De Guerne, J.. et Richard, J. Entomostracés re-
de la troisième. Dessus des quatre aïles blanc de lait ; les su- cueillis par M. Charles Rabot en Russie et en Sibérie.
périeures, striées de brun tout le long de la côte, Se quatre Bull. Soc. Zool. de France. 1891, pp. 232-236.
lignes transversales couleur café au lait, à seconde,généralement | 4S. Haïlez, P. Addition à la liste des Bryozoaires du Bou-
plus large et mieux indiquée (dans l’un de nos exemplaires, la lonnais.
troisième ligne manque complètement) ; lés inférieures ont Revue Biol. du Nord. 1891, pp. 119-120.
trois lignes se dirigeant vers la naissance de la queue où elles | 49. Hargitt, E. On two New Species from the Pilcomayo.
FE: en petites stries; un fin liséré noir subterminal borde Ibis. 1891, pp. 604-698.
la plus grande partie du bord externe qui est frangé de noir | 20. Henneguy, L.-F. Nouvelles recherches sur la division
avec poils blonds ; deux points noirs finement bordés d’orange cellulaire indirecte.
ornent la queue, l’un bien marqué au bout de la er Journ. de l’Anat. 1891, pp. 397-423.
l’autre au bout de la troisième, petit et disparaissant dans cer- | 24. Holland, W.-J. Anar Lepidoptera. PI. III-V.
tains exemplaires. Dans l’un de nos spécimens, le gros point Melanitis hylecoctes. — Discophora celebensis. — Er-
lui-même est presque entièrement atrophié et réduit à un fin golis Merionoides. — Erg. celebensis. — Appias
liséré. Dessous des quatre ailes d’un blanc pur. Antennes pec- Panda, var. Nigerrima. — Telicota subrubra. —
tinées, blanches à lames brunes. Tête, corps et pattes Paragerydus Macassarensis. — ITraota Johnsoniana.
blanches. — Elymnias Hicelas. — Elymn. Hewilsoni. — Acraeux
Sept o? et une Q des environs de Loja. Doherlyi. — Tarucus clathratus. — Gerydus maxi-
P. Docnin. nus. (Toutes ces espèces sont figurées.)
— Proc. Boston Soc. Nat. Hist. 25, pp. 52-85.
22. Huet, J. Liste des espèces connues et décrites jusquà ce
jour, appartenant aux familles des Ovidés et Capridés
BIBLIOGRAPHIE ; (suite et fin).
———— Rev. des Sci. Nat. appliq. 1891, pp. 561-570.
É 23. Hyde, J.-H. Notes on the Hearths of certain Mae
ZOOLOGIE Americ. Natural. 1891, pp. 861-864.
4. Ambrose, John. Our Fishes and their Enemies 24. Jeffries, J.-A. Lamarckianism und Darwinism.
Proc. N. Scot. Inst. Nat. Hist. VIT, pp. 394-404. Proc. Boston. Soc. Nat. Hist. 25, pp. 42-52.
2. Beddard, F.-E. Observations upon the Structure of à | 25. Labbé, A. Note sur un nouveau parasite du sang. ({»ypa-
Genus of Oligochacta belonging to the Limiccoline Section. nomonas Danilevsky).
PI. 35. Bull. Soc. Zool. de France. 1891, pp. 229-231.
Transact. Roy. Soc. Edinb. 36, pp. 1-18. 26. Lewis, George. On new Species of Histeridae.
3. Bell Jeffrey, F. Some Notes on British Ophiurids. Ann. Mag. Nat. Hist. 1891, pp. 381-405.
Ann. Mag. Nat. Hist. 1891, pp. 337-344. 24. Macpherson, H.-A. On Pelanogroma marina, a Petrel
4, Blanchard, R. Sur la Sangsue de Cheval du nord de new to the British List.
l'Afrique. Ibis. 1891, pp. 602-604.
Bull. Soc. Zool. de France. 1891, pp. 218-221. 28. Martin, Saint-Ange. Monstre phocoméle avec anoma-
5. Boulenger, G.-A. Description of a new Scincoid Lizard
from North- Western Australia.
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Ann. Mag. Nal. Hist. 1891, pp. 344-346.
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Proc. U. S. Nal. Mus. 14, pp. 917-531.
9. Chilton, Chas. On à new and peculiar Fresh Water
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41. Decaux. Les Acridiens ; leurs invasions en Algérie et en
Tunisie; moyen rationnel de destruction.
(Par la multiplication des Crapauds.)
Rev. Sci. Nal. appliq. 1891, pp. 638-644.
29.
30.
31
32
lies internes.
Journ. de l’Anal. 1891, pp. 424-430.
Maury, M. Observations on the Tentacles of the Echi-
nus. PI. IV.
Proc. N. Scot. Inst. Nat. Hist. VIT, pp. 479-481.
Mégnin, P. Sangsues d'Algérie et de Tunisie ayant sé-
journé plus d’un mois dans la bouche de bœufs et de
chevaux.
Bull. Soc. Zool. de France. 1891, p. 222.
Moniez, R. Notes sur les Helminthes : Sur l'identité de
quelques espèces de Trématodes du type Distoma Cla-
vatum.
Rev. Biol. du Nord, 1891, pp. 108-118.
Müller, L. L'intelligence des animaux.
personnelles.)
Bull. Soc. Amis S. N. Rouen. 1891, pp. 49-60.
299
(Observations
G. MALLOIZEL.
Le Gérant: Émize DEYROLLE.
PARIS, — IMPR. F. LEVÉ, RUE CASSETTE, 11.
LR MERS Tr A lue À RON. par
14° ANNÉE
LE DERNIER VOYAGE GÉOLOGIQUE PUBLIC DU MUSEUM
_ EXCURSION DANS LES VOSGES
\
Nos lecteurs ont eu l’an dernier le compte rendu d’une
excursion à laquelle, suivant l’usage, le public avait été
invité à prendre part comme à un complément du cours
de géologie du Muséum. C’est le bassin houiller de Saint-
Etienne et le massif volcanique de Puy-en-Velay qui
avaient été choisis comme théâtre du voyage.
Cette année la course a concerné la région vosgienne
où les motifs d'intérêt scientifique s'ajoutent en si grand
nombre au pittoresque pour constituer un pays dont
chaque détail est un enseignement et un plaisir.
Pour bien comprendre la structure et le mode de for-
mation de
la chaîne lées Anomo-
des Vosges, pteris Mou-
il est tout geotti a-
à fait utile vaient été
d'en noter mises de cô-
lesrapports té par ‘les
avec les ré- ouvriers
gionsmoins ainsi que
orientales des chau-
et moins mes d’un
soulevées. roseau tout
La ligne du à fait carac-
chemin de téristique,
fer de Paris le Calamites
à Nancy se arenaceus.
prête mer- La ren-
veille use- trée à Plom-
ment à cet- bières est
te recon- une prome-
naissance , nade char-
étant pres- mante où
que géomé- l’art, d’ail-
triquement Eye. 1. — Carrière ouverte dans le grès bigarré à Ruaux près de Plombières, Vosges. — D’après leurs, s’a-
perpendi- une photographie prise par M. H. Boursault, durant la dernière excursion, géologique publique du joute en
eulaire àla Muséum d’histoire naturelle de Paris. maints en-
direction droits à la
d'affleure - nature pour
ment des différents terrains. C'est ainsi qu'à Epernay,
les couches tertiaires, sur lesquelles Paris est bâti, cè-
“dent ia place à la craie blanche; à Vitry-le-Francois on
“entre dans l’infra-crétacé; à Bar-le-Duc on est dans l’oo-
lithe supérieure ; à Commercy on est dans l'oolithe
-moyenne ; à Toul dans l'oolithe inférieure; à Nancy
enfin dans le lias.
— Celui-ci, d’ailleurs, cesse lui-même dès que l’on conti-
nue vers l'est et c’est par ses rapports d’une part avec
l’oolithe qu’il. supporte et d’autre part avec le trias sur
lequel il est étalé, qu'a commencé la série des observa-
tions pratiques du voyage.
Au point de vue du temps, cela n’a pas débuté trop
bien et les carrières d’oolithe de la route de Toul auront
laissé parmi nous des souvenirs passablement humides;
mais le ciel a eu l'attention de se rasséréner les jours
suivants où, entrés en montagne, nous avions besoin de
larges horizons autour des sommets escaladés.
Déjà, du reste, d’intéressants échantillons de roches
-et de fossiles récompensèrent les excursionnistes de
leur vaillance à la peine et c’est sous la charge d’in-
LE NATURALISTE, 46, rue du Bac, Paris.
2 SÉRIE — N° HN 7
15 JANVIER 1892
nombrables cératites, dont chacune a plus de 30 centi-
mètres de diamètre, de terebratules, de myophories, etc.,
qu'ils rentrèrent à Lunéville et de là à Nancy.
De cette ville à Plombières, on voit le trias se soulever
progressivement etseréduire en lambeaux plus ou moins
disséminés à la surface du grès vosgien qui le supporte.
Près de Plombières, à Ruaux, son terme le plus infé-
rieur, connu sous le nom de grès bigarré, est attaqué
par de larges carrières dont la figure 1 reproduit l’appa-
rence d’après une excellente photographie de M. Bour-
sault et où nous avons recueilli beaucoup de fossiles
intéressants.
Les plus remarquables sont des plantes, tantôt à l’état
de tiges, tantôt sous la forme de feuilles dont toutes les
nervures ont été conservées ef qui constituent parfois
de magnifiques spécimens : de grandes frondes de fou-
gères appe-
faire valoir le site, par exemple à la fontaine Stanislas.
Tout le monde sait qu'à Plombières des sources
chaudes sortent du sol: c’est même à ces eaux que la
ville doit la plus grosse part (et de beaucoup) de sa
prospérité, à cause des légions de baigneurs qui chaque
année y sont envoyés par leurs médecins. Déjà les Ro-
mains avaient tiré parti des belles sources dont il s’agit
et qui sont à une température supérieure à 70 degrés: ils
avaient construit des thermes monumentaux dont il
reste encore beaucoup de vestiges et où, dit-on, trois
cents soldats pouvaient se baigner ensemble.
Pour isoler les griffons chauds des infiltrations
froides venant de la surface, ils les avaient captés
à l’aide d’un énorme revêtement de bêton qui, malgré
ses deux mille ans d’existence, est encore en bien des
points parfaitement intact. Ailleurs, il a été crevassé,
sans doute par l’effet des tremblements de terre qui, à
diverses époques, ont agité la contrée et les eaux miné-
rales, ainsi admises dans sa masse, y ont, à la faveur des
siècles, engendré une série de minéraux dont l’étude
été fructueuse à divers égards.
18
LE NATURALISTE
EE EEE TL LL EE
L'activité géogénique des eaux de Plombières se ma-
nifeste encore de tous côtés, non seulement par les
jolies cristallisations de spath fluor violet qu’elle déter-
mine dans les fissures du granit; mais encore et surtout
par le dépôt, en plusieurs crevasses de la roche, de la
curieuse matière connue sous le nom d’halloysite,
La plupart des points où celle-ci se dépose sont cachés
aux regards par des éboulis ou par des constructions.
Grâce à un intelligent habitant de Plombières, M. Colas,
coutelier dans la grande rue, on peut se procurer en
tous temps des spécimens de la curieuse substance. Cet
ami des sciences, dont nous avons recu avec une vive
gratitude l’accueil le ‘plus empressé, a ménagé au fond
de sa maison une porte qui donne contre la paroi du
rocher précisément en un point où le suintement de
l’eau minérale dépose constamment de l’halloysite. Il
faut le voir, — dans cette sorte de petite chapelle élevée
à la géologie et éclairé par une bougie qui semble un
commencent les argilolithes, roches singulières dans les-
quelles sont ouvertes les tranchées du chemin de fer et
qui contiennent cà et là des troncs d’arbres fossilisés et
devenus durs comme de la pierre à fusil,
De l’autre côté de Faymont, sur la route de Remire-
mont, on voit surgir du sol comme un gigantesque obé-
lisque, un filon de quartz de 200 mètres d'épaisseur, tout
rempli de cristallisations élégantes et qui est connu des
touristes sous le nom de Roche Busnière.
Vers Olichamp, après qu’on est sorti des grands bois
d’Hérival, la vallée s’élargit beaucoup et on ne tarde
pas à y observer un accident qui est bien loin d’être ordi-
naire, C’est l’existence de bourrelets du sol qui barrent
cette vallée et que la route entaille en divers endroits.
Il s’agit d’accumulations de galets mêlés sans ordre
avec des graviers, du sable et du limon; ayant en un
mot tous les caractères des murailles que les glaciers
édifient sur leur front et qu’on appelle des moraines.
cierge, — C'est le
se mettre à premier
genoux de- exemple
vant le gi- » que nous
sement, rencon-
pour ex- trons de
traire de la vestiges gla-
crevasse ciairesdans
humide des les Vosges;
fragments mais nous
de ce savon allons en
de Plom- constater
bières qu'il à bien d’au-
distribue tres.
avec tant à Entre Re-
de bonne miremont
grâce]à ses et la Bresse
visiteurs. par exem-
Une visite ple,une bel-
à M. Colas LE le monta-
és EOBRTE Fr. 2. — Le Haut du Roc près de Vagney, Vosges, d’après une photographie prise par M. Bour- gne dite le
un AVant- sault durant la dernière excursion géologique publique du Muséum d'histoire naturelle. G. HautduRoc
goûtdel’ex- granite; V. grès vosgien; B. blocs erratiques de nature granitique, superposés aux assises grèé- et dontl’al-
ploration seuses. titude dé-
des galeries .passe 1,000
de captation des sources chaudes et celle-ci est une
promenade des plus originales et des plus instruc-
tives, sinon des plus agréables, La température régnant
dans les tunnels dépassant 70 degrés, il est tout indiqué
d'adopter pour s'y introduire un costume extrêmement
sommaire : on éprouve tout d’abord, malgré cette pré-
caution, une espèce de suffocation assez pénible, mais
qui ne tarde pas à se dissiper, Les détails de l’instal-
lation balnéaire n'avaient pour nous qu'un intérêt secon-
daire ; il était au contraire fort important de recueillir au
moins un spécimen de béton romain minéralisé.
La sortie de Plombières par la vallée des Roches est
tout à fait pittoresque : la route est entaillée dans un
beau granit traversé, par endroit, d'innombrables vei-
nules cristallines d’un beau violet qu’on peut prendre
pour de l’améthyste et qui sont en réalité du spath fluor.
À chaque pas la roche change de caractères et les ama-
teurs de géologie remplissent rapidement leurs sacs de
types aussi variés que remarquables,
Vers Ja Cascade de Faymont, on voit de puissantes
masses de grès rouge imprégné de silice et rempli de
cristaux de quartz, de barytine et de fer oligiste. Puis
mètres fournit à cet égard un fait des plus remarqua-
bles très nettement exprimé par notre figure 2,
Cette montagne est formée de granit G couronné par un
ensemble épais de couches à peu près horizontales V de
grès rouge plus ou moins chargé de galets et passant
ainsi au poudingue. Eh bien! tout à fait au sommet on
trouve sur le grès, de gros quartiers de granit B consti-
tuant de véritables blocs erratiques dont le transport,
dans leur situation actuelle, ne paraît pas pouvoir s’ex-
pliquer autrement que par la collaboration de l’action
glaciaire.
Des surfaces de roches polies et cannelées par le pas-
‘sage de la glace peuvent être aussi mentionnées et nous
en avons aperçu une dans cette merveilleuse vallée du
Chajoux qui remonte de la Bresse vers le lac de Lispach
et qui est barrée par un très grand nombre de moraines
admirablement caractérisées.
À d'anciennes moraines aussi doivent être attribués
le barrage et l’origine de nombreux lacs vosgiens comme
le lac des Corbeaux des environs de la Bresse, si gran-
diose d’effet malgré ses dimensions restreintes. Et les
arguments de tous genres abondent par conséquent,
LE NATURALISTE
19
comme on voit, pour démontrer l’ancien séjour d’une
bonne partie des Vosges, sous une calotte de ylace
maintenant fondue, mais qui a persisté bien longtemps.
Si personne n'hésite quant à la légitimité de cette
conclusion, il faut reconnaître qu’on n’est pas aussi fixé
sur la cause des anciens glaciers et sur celle de leur
disparition. Le phénomène se reproduisant dans une
foule de localités et parfois avec des dimensions considé-
rables comme aux États-Uuis d'Amérique, on a souvent
voulu invoquer des raisons cosmiques, telles que le pas-
sage, durant les temps quaternaires, d’un écran entre le
soleil et la terre.
Sans nous arrêter ici à cette question qui ne saurait
être convenablement traitée qu'avec beaucoup de détails,
je dirai seulement qu'ayant eu à y toucher maintes fois
durant notre excursion, j'ai, en divers fragments, exposé
tout un ensemble de vues qui permettent, selen moi, de
rendre compte de toutes les singularités apparentes de
Pépoque quaternaire par l'application de la doctrine déjà
si féconde des causes actuelles. Une quantité d’observa-
tions précises montrent que toutes les traces glaciaires
n’ont pas été produites simultanément, et d’un autre côté
l’existence de certaines (le ces traces en des points où la
glace n’existe plus maintenant, tient simplement à ce que
le glacier qui les a produites s’est déplacé peu à peu.
Déjà j'ai eu bien souvent l’occasion de faire remarquer
que la zone des roches moutonnées au-dessus de la glace,
dans les glaciers des Alpes et d’ailleurs, correspond à
des points où la glace s’atteint plus justement parce que,
grâce à son action érosive, elle a pénétré verticalement
dans la masse
rocheuse sous-
jacente. Elle est
vraiment com-
parable à une
scieentrantdans
une pièce debois
et qui bientôt se
meut au-dessous
de points qu’elle
a sciés précé-
demment mais
qui ne datent
pas d’un temps
où sa lame au-
rait été plus lar-
ge.
Cela posé el
poussantles cho-
ses à l’extrême,
on peut se de-
mander ce que,
sous une latitu-
de moyenne
comme celle des
Vosges, devien-
dra, après un
temps suffisant,
un massif mon-
tagneux pourvu
de glacier. La
figure 3 consti-
tue comme un
schema du phé-
nomène dont il
Fc. 3.— Schema destiné à montrer com-
ment par le fait seul de son activité un
glacier substitue au bout d’un temps
convenable le régime vosgien au rè-
gime alpestre primitif. H,H,H;H, hau-
teur de la montagne à divers mo-
ments successifs. MMM; moraines
édifiées successivement par les glaciers
s’agit, L’active dénudation réalisée n'étant en rien com-
pensée par un apport de roche, le massif s’abaisse cons-
tamment : à part des oscillations d'ordre purement mé-
téorologique et quinetroublent pas la marche générale
du phénomène, l’appareil condensateur dimimue d’éner-
gicetles glaciers qu'il alimente diminuent de longueur.
Progressivement la montagne en s’abaissant, sans cesse,
n’atteint plus l'altitude nécessaire à la persistance de la
neige et dès lors les glaces cessent, mais par transition
insensible et seulement après que tout ce qui reste du
massif a subi des frottements qui, si sa substance est favo-
rable, le marquent du sceau des phénomènes glaciaires.
Si un observateur survient alors il sera naturellement
porté à conclure des traces glaciaires dans une région
dépourvue de glaciers que les conditions météorologi-
ques en changeant ont déterminé la disparition de ceux-
ci. C’est tout au contraire ceux-ci qui en disparaissant,
en conséquence même de la dénudation qu’ils ont pro-
duite, ont modifié Le climat du pays.
Le lac de Lispach, que nous citions déjà tout à l'heure,
se signale par les taurbes qui l’envahissent si active-
ment qu'avant peu d'années toute la nappe liquide sera
dissimulée par un revêtement végétal.
Pour l’apparence c’est une prairie, mais malheur à
l’imprudent qui s’aventurerait sur ce gazon trompeur,; il
disparaîtrait Sans retour dans un abîme de ténèbres.
De la Basse-de-la-Mine, la vue s'étend sur le lac de
Retonnemer dominé par la Roche du Diable et les contre-
forts du Hohneck. La route qui le borde suit aussi, d’un
bout à l’autre, le lac de Longemer et aboutit à Gérard-
mer, si apprécié maintenant des touristes, qu’y trouver
place pour une nuit est un véritable problème.
L’excursion du Muséum dont nous ne pouvons donner
ici qu'un sommaire très raccourci a trouvé son complé-
ment dans l’ascensiou du Hohneck, d’où le regard em-
brasse des pays si étendus et si variés, au premier rang
desquels se signale une large surface de la région alsa-
cienne provisoirement séparée, hélas! de la France.
Je ne terminerai pas cet article sans adresser mes sin-
cères remerciements à plusieurs collaborateurs dévoués,
grâce auxquels ce voyage a été tout particulièrement fruc-
tueuxetintéressant. C’est d’abord M.Barthèlemy(de Nancy)
dont les savantes Recherches archéologiques sur la Lorraine
avant l'histoire (1) sont si hautement appréciées par tous
les connaisseurs et qui a mis à notre service, avec une
complaisance jamais lassée, sa profonde connaissance
des gisements de roches et des localités fossilifères.
M. Barthélemy avait poussé le dévouement jusqu’à par-
courir d'avance tout l'itinéraire que nous devions suivre
pour reconnaître l’état précis de chaque point, et grâce
à lui nous avons pu marcher sans la moindre hésitation
et profiter des excavations les plus récemment ouvertes.
Qu'il me soit permis d'exprimer toute ma gratitude à ce
charmant compagnon de route. 6
J'ai profité aussi de la bienveillance avec laquelle
M. Wohlgeruth, de la Faculté des sciences de Nancy,
nous a conduits sur des affleurements de ce terrain ooli-
thique de Lorraine, dont l'étude lui a fourni les maté-
riaux d’un travail maintenant classique. M. le Dr Four-
nier, président du Club Alpin des Vosges, a bien voulu
aussi, dans l’ascension du Hohneck, se prodiguer auprès
de nous en renseignements de tous genres sur cette
belle chaîne de montagnes qu'il connaît et qu'il aime
(4) 4 vol. in-80 avec 31 planches. 1889. — J.-B. Baiïllière.
20 LE NATURALISTE
plus que personne. Enfin, comme les années précé-
dentes, M. Henri Boursault a mis au service de la géolo-
gie son véritable talent de photographe et a pris toute
une série de vues qui s’ajouteront à la précieuse collec-
tion qu’il a déjà réunie et dont deux spécimens sont
placés sous les yeux des lecteurs en même temps que le
présent article.
STANISIAS MEUNIER,
SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE
COMMUNICATIONS CONTENUES DANS LE 3° FASC. 1891.
M. Thouvenin signale la présence de laticifères dans une
Olacacée, le Cardiopteris lobala. — M. G. Rouy continue ses
Annolalions aux Planlæ Europæ de M. Karl Richter. —
MM. Lombard-Dumas et B. Martin terminent la Florule des
Causses de Blandas, Roques et Montdardier (Gard) et des pentes
qui les relient aux vallées adjacentes de la Vis, de l'Arre el
de l’Héraull. — M. G. Gamus présente deux hybrides : Gym-
nadenia souppensis G. Cam. et Orchis Chevallieriana G. Cam.
qui proviennent du croisement d’espèces appartenant à des
senres différents. Ces genres sont Gymnadenia et Orchis pour
le premier hybride, Orchis et Platanthera pour le second. —
M. H. Hua, dans une note préliminaire sw un Cyclamen double,
montre que dans l’exemplaire qu’il présente la duplicature est
due à la formation de fleurs secondaires placées immédiatement
sous les divisions de la: corolle qui forme la fleur principale. —
M. E. Jeanperl indique quelques localités nouvelles de mousses
des envürons de Paris. — Dans un travail sur la Shructure et
affinités des Slachycarpus, genre nouveau de la famille des
Conifères, M. Ph. Van Tieghem est conduit, en se basant sur
les caractères anatomiques, à séparer des autres sections du
genre Podocarpus la quatrième section Séachycarpus. Il attri-
bue à cette section une valeur générique. Ce nouveau genre
Stachycarpus comprendrait dès lors les Sé. andina, spicata,
taxifolia et probablement aussi le Podocarpus ferruginea. Quant
à ses affinités elles sont multiples, ct l’une des meilleures solu-
tions consisterait à réunir les genres Araucaria, Dammara,
Stachycarpus et Podocarpus en une tribu qui serait caractérisée
par l’ovule unique renversé et prendrait place entre les Abié-
tinées et les Taxinées. — M. L. Mangin, dans une note swr la
désarticulation des Conidies chez les Pér'onosporées, étudie les
transformations chimiques de la membrane qui précèdent et
déterminent la chute des Conidies chez certains Champignons.
Pour reconnaitre la Callose, l’auteur emploie un mélange de
bleu soluble dans l’eau et de brun acide ; il colore la cellulose
en bleu par une solution concentrée d’acide phosphorique iodé.
— M. Ph. Van Tieghem, étudiant la Séruclure et les affinités
des Cephalotaxus, arrive à cette conclusion que le genre Cepha-
lolaxus doit être placé dans la tribu des Taxinées tout à côté
du Ginkgo. — M. A. Le Grand donne les Relevés numériques
de quelques flores locales ou régionales de France, comprenant
seulement les Phanérogames et les Cryptogames vasculaires.—
Dans une étude sur l’évolution de l’appareil sécréteur des Pa-
pilionacées, M. P. Vuillemin estime que les systèmes tanifères
des plantes de cette famille offrent une stabilité d’autant plus
grande qu'ils présentent avec les faisceaux des connexions plus
étroites. En ce qui concerne les diverses glandes, il les ramène
à trois types et fait dériver ceux-ci d’une souche organique
commune. — M. H. Léveillé, dans une Note sur lOEnotlhera te-
traplera, pense que le changement de couleur que présente cette
fleur est le résultat de la chaleur ct de la pression. — M. G.
Camus indique un caractère distinctif de l’Ophrys arachnili-
formis emprunté au lobe médian. Il signale en outre la pré-
sence de chatons mâles, de chatons femelles et de chatons à
fleurs hermaphrodites sur un même pied de Salix undulata
rencontré sur les bords de la Marne. — Dans une Note sur trois
plantes de la Sarthe, M. L. Legué estime 40 que le Pellaria
alliacea L. doit être rayé de la liste des plantes françaises ;
20 que l’Hypericum linarifolium Vahl. est uni à l’H. humifu-
sum L. par des formes intermédiaires et enfin 3° que le Carex
Davalliana Sm. existe et en assez grande abondance dans les
prés marécageux de Thorée. — M. Prillieux signale la présence
dans le Seigle enivrant d'un Champignon pour lequel il établit
en collaboration avec M. Delacroix un genre nouveau, le genre
Endoconidium et qu’il appelle £. temulentum. Le seigle infesté
par ce Champignon provient des environs de Miallet (Dordo-
gne). Plusieurs personnes qui avaient mangé du pain fait avec
ce seigle ont été malades. Les animaux auxquels on donna de ce
même pain devinrent mornes et engourdis. Les effets produits
par ces grains ne ressemblent pas à ceux que cause l’Ergot,
mais plutôt à ceux que produit l’Ivraie avec une action plus in-
tense et plus rapide.
COMMUNICATIONS CONTENUES DANS JE 4° rAsc. 1891.
M. Ch. Arnaud, dans une lettre à M. Malinvaud, signale la
présence dans Lot-et-Garonne des deux variétés sublobatum
Milde et crenatum Milde du Ceterach officinarum Wülld. Ces
deux variétés sont pour lui deux formes de la même espèce
produites par la fraicheur et l’ombre. — Dans une note sur
Montaigne botaniste, dates de quelques vieux herbiers; M. A.
Chatin cite les herbiers les plus renommés. Le plus ancien que
l’on connaisse est celui de Saïint-Hildegarde (1100 à 1179).
M. Michel Gandoger donne une Note sur une Campanule voi-
sine des C. hispanica Willk. el C.rotundifolia L. qu’il arécoltée
au Freinet près du bourg d’Oisans. — M. H. Leveillé, à propos
des Palmiers à branches dans l’Inde dont il a déjà entretenu
les lecteurs du Naturaliste, cite un certain nombre d'exemples
nouveaux qui portent à 18 le nombre des Palmiers ramifiés que
l’on a observés dans l'Inde. D’après cet auteur, lo production
de ces branches serait due à un Coléoptère, qui est peut-être
l'Orphnus bicolor? Pour cela, la partie centrale du Palmier
ayant été mise à nu, ces Insectes (Vandous) creusent des trous
dans cette région, et dès lors l'arbre perd sa direction première
et prend autant de chemins que les forages des Coléoptères
lui en ont tracé. — M. A. Battandier présente des observations
sur quelques Silene d'Algérie. — M. J. Daveau présente aussi
des observations sur quelques Carex du Portugal. — Dans une
note ayant pour titre : Variélé ef anomalie, M. D. Clos insiste
sur les définitions de ces deux termes proposées par les auteurs
et notamment par Is. Geoffroy Saint-Hilaire, de Candolle et
Moquin-Tandon. Il conclut en disant que les vrais anomalies
étant des déviations du type spécifique ne devraient pas figu-
rer dans les Flores au milieu des variélés qui en sont de sim-
ples modifications. — M. G. Foucaud donne une Note sur une
espèce nouvelle du genre Muscari dans laquelle il décrit et
figure une plante recueillie aux environs de la Réole (Gironde)
et qu’il nomme M. Motelayi. — M. L. Mangin termine sa com=
munication sur la Désarticulation des Conidies chez les Péro-
nosporées. Cette désarticulation se produit par un mécanisme
uniforme. La cloison qui sépare les Conidies des basides ou des
stérigmates est toujours formée à l’origine par de la callose
pure. Cette callose subit ensuite des modifications chimiques et
devient susceptible de se dissoudre dans l’eau. Il en résulte que
l'apport d’une petite quantité d'eau détermine cette dissolution
et provoque la mise en liberté des Conidies. — M. H. Hua
revenant swr un Cyclamen double dont il a déjà parlé présente
l’analyse détaillée de ses fleurs.
G. CHAUVEAUD.
THÉORIE DE L'HÉRÉDITÉ
Le Naluraliste du 15 novembre dernier contient un article de
M. F. Lahille qui, sous le titre séduisant de Théorie de l’héré-
dité, vise une des plus hautes et des plus difliciles questions
que présente la philosophie naturelle. Je ne reprocherai point
à cette courte note de ne pas tenir tout ce que promet son
titre; il faudrait, sans doute, plus de place pour résoudre une
question si ardue, ct je crois bien que la tentative de l’auteur
est en avance de quelques siècles sur la possibilité de la
science. Nous sommes encore bien loin, à ce qu’il me semble,
d’avoir déterminé les lois de l’hérédité, de savoir au juste
quels caractères de chacun des parents seront transmis à leurs
descendants immédiats, quels caractères, au contraire, dispa-
raîtront chez ces descendants. Nous sommes, par exemple,
toujours à mon humble connaissance, fort peu capables de
dire à l’avance si, parmi les petits chiens d’une même portée,
ily en aura un ou plusieurs dont la robe différera plus ou
moins de celle du père ou de la mère. Les différences que l’on
constate ainsi entre frères conçus au même instant et déve-
loppés dans le même utérus ne laissent pas que d’être difliciles
à ramener à leur cause prochaine. En sorte que j'éprouve
quelque hésitation à attacher une bien grande importance à la
théorie qui prétend me donner le pourquoi des choses avant
LE NATURALISTE 21
que les lois qui formuileraient le comment de ces mêmes
choses soient connues et fixées avec précision.
C’est, en effet, le caractère essentiel de la science moderne
fondée sur la méthode expérimentale que de s’attacher à pré-
ciser les faits avant de disserter sur leurs causes. Képler pré-
cède Newton; le descripteur ouvre la voice au théoricien dans
toutes les branches de notre science positive, et quiconque
veut s’écarter de cette marche obligatoire n’est plus ni biolo-
giste ni physicien, et doit offrir le fruit de ses méditations au
métaphysicien, non au naturaliste.
Aussi n’ai-je pas la prétention de discuter ayec M. Lahille de
la théorie même de l'hérédité. Je conviendrai plutôt qu’il m’a
été difficile de suivre sa pensée jusqu’au bout de son exposé,
ayant, dès les premières lignes de son article, rencontré une
difficulté que je n’ai pu surmonter.
M. Lahille admet, comme chose démontrée, la vie des mi-
néraux, et il attache à cette idée une importance assez capitale
pour conclure que l’hérédité, chez les animaux et les végétaux,
ne pourra être comprise et expliquée que par l’étude de l’héré-
dité chez les minéraux. C’est cette affirmation d’une biologie
minérale qui m’a troublé et géné dans le reste de ma lecture,
c’est elle par conséquent que je voudrais examiner d’un peu
près.
Je crois remplir les conditions requises par M. Lahille pour
étudier la question, me sentant absolument dégagé de toute
idée dogmatique et ayant, comme il le demande, porté mes
études sur les sciences physiques, avant d’aborder celles des
animaux et des plantes.
Reste, il est vrai, une troisième condition : être exempt de
routine, libre de préjugés ; condition que personne n'a le droit
de s'attribuer à soi-même, par cette raison que chacun est
persuadé qu’il la remplit. Ce sera donc au lecteur de juger si
les arguments que je propose sont valables et suffisants, ou
s'ils ne constituent que de vaines formules apprises par cœur
et traditionnellement répétées.
Je tiens en effet que, dans la mesure de nos connaissances
actuelles, nous distinguons deux groupes d’êtres irréductibles
Vun à l’autre ; les uns méritant le nom d’êtres vivants, à
l’exclusion absolue des autres que l’on nomme les corps bruts ;
et j'entends par êtres vivants ceux qui se nourrissent ct se rc-
produisent, double propriété dont je nie l’existence chez les
corps bruts.
Par nutrition, j'entends un échange continu de matières
entre l’être vivant et le milieu qui l’entoure. C’est la continuité
de cet échange qui est le caractère essentiel et fondamental de
la vie, en sorte que, si l’échange vient à être intsrrompu pen-
dant un certain laps de temps, la vie de l'individu, qui a subi
cette interruption, se trouve complètement et à jamais abolie.
J’insiste sur ce caractère de continuité parce qu’il me parait
le seul qui soit propre à établir pratiquement la distinetion
entre les êtres vivants et les corps bruts. Faute de lui avoir
accordé l’attention qu’il mérite, on a pu tomber dans la con-
fusion que je cherche à combattre, et assimiler à la nutrition
vitale certains phénomènes d’accroissement régulier et métho-
dique des cristaux, phénomènes que je tiens, pour moi, tout à
fait étrangers à la vraie nutrition. Je sais, comme tout le
monde, qu’un cristal d’alun, placé dans une solution saturée
du même sel, grossit en conservant sa forme, et j’admets trés
bien que, par une métaphore toute naturelle, on dise que ce
cristal se nourrit aux dépens de la solution qui l’entoure, mais
ce n’est là qu'une image, ct l’expression n'a pas de valeur
scientifique. En effet, ce nourrissage du cristal est quelque
chose d’absolument accidentel, et n’est en rien nécessaire à
Vexistence du cristal une fois formé qui peut, pendant, des
années, des siècles si l’on veut, demeurer hors du contact de
leau mère, sans que ses propriétés soient nullement altérées,
et qui, notamment, reste indéfiniment capable de reprendre
son grossissement quand on le remettra: au sein d’une nou-
elle dissolution d'alun. Qui donc imaginerait de faire une
expérience semblable avec un être vivant? Qui doncignore que
la suspension complète de la nutrition est mortelle ? Mortelle
non pas seulement pour l’animal en pleine activité, la plante
en pleine croissance, mais même pour ces germes, œufs ou
graines, qui, en apparence, ne recoivent rien du milieu, et ne
lui cèdent rien. La question est aujourd’hui définitivement
tranchée, et les expériences de MM. Van Ticghem et Bon-
mer, entre autres, ont montré que les graines, comme les
bourgeons hivernants, ont besoin d'oxygène, ct exhalent de
l'acide carbonique, sous l'apparence du repos le plus complet;
que ces organes, privés d'un milieu respirable, s’asphyxient
comme tous les êtres vivants, devenant alors incapables de
reprendre leur développement suspendu; qu’en un mot, la
prétendue vie latente n’est qu’une vie ralentie, toujours sus-
ceptible d’être manifestée par une observation suffisamment
précise.
Je crois donc que les faits, non les traditions recues ou le
consentement universel, établissent, au point de vue de la
nutrition, une barrière infranchissable entre le monde des
vivants et celui des corps privés de vie.
Voyons s1 le critérium de la reproduction est aussi sûr; nous
examinerons ensuite s’il y a accord ou divergence entre ces
: deux caractères. Par reproduction on, entend que la produc-
tion d’un être vivant reconnaît pour origine un germe issu
d’êtres vivants préexistants, et que le descendant suit une
marche de développement semblable à celle qu'ont suivie ses
ascendants. IL y a donc deux conditions pour qu’on puisse
dire que la reproduction existe : origine vitale du germe d'une
part, répétition du développement de l’autre. Si l’une ou
l’autre de ces productions vient à manquer, le mode de pro-
duction ne saurait être appelé une reproduction véritable. En
ce qui concerne les êtres vivants, la nécessité des germes
préexistants, longtemps douteuse pour la majorité des natu-
ralistes, a été établie, comme chacun sait, par les travaux suc-
cessifs de F. Redi, Spallanzani, travaux que couronnèérent, de
notre temps, les magnifiques expériences de Pasteur. Cette
nécessité s’entend de l’état actuel de la nature, de ce qui est
abordable à notre expérience; elle n’a rien à voir avec l’ori-
gine de la vie dans l’univers, ni même avec son apparition sur
notre planète, problèmes inabordables à la méthode expéri-
mentale, questions insolubles pour le naturaliste, et qu’il aban-
donne entiérement aux controverses des métaphysiciens. Sous
le bénéfice de cette limitation, qui n’est autre que celle de la
science positive, la génération spontanée des êtres vivants
peut être niée sans crainte et sans exception.
L'étude du développement chez les êtres vivants est devenue,
depuis un siècle environ, l’une des principales préoccupations
des naturalistes ct, de tous les champs où leur activité s’exerce,
celui où les belles découvertes ont peut-être été le plus nom-
breuses. Les notions modernes, ainsi ajoutées aux observa-
tions les plus anciennes, n’ont d’ailleurs fait que confirmer, en
l’étendant, la loi rappelée plus haut, que si grande que puisse
être la différence entre l’animal ou la plante adultes et le
jaune qui sort de l’œuf, ce dernier individu répète, dans son
évolution, les stades qu’a parcourus son ascendant, et retrouve
enfin la forme que celui-ci présentait au moment où il s’est
reproduit. La reproduction vitale est donc chose très com-
plexe ; bien loin de se réduire à la formation d'un germe, elle
comprend toute une série d’états successifs, de formes diverses,
mais invariablement enchaïînées l’une à l’autre, dont le germe
porte en puissance la détermination complète, et qui pour-
ront être arrêtés dans leur développement normal, mais qui
jamais ne seront intervertis ni déviés.
Qu'allons-nous retrouver de cela dans la prétendue repro-
duction minérale ? Il faut d’abord bien distinguer deux choses:
la production de la molécule chimique et l’origine de la con-
figuration cristalline du corps à l’état solide. La naissance
chimique n’a évidemment rien de commun avec la reproduc-
tion organique. La molécule de protoxyde d'hydrogène qui
prend naissance par l'explosion d’une certaine quantité de gaz
ionnant, pas plus que celle d'acide sulfureux qui se produit
dans la combustion du soufre, n’ont avec leurs antécédents
les rapports de similitude qui lient, en biologie, le descendant
à ses parents, C’est donc seulement de l'individu cristallin qu’il
peut être question, quand on nous parle de reproduction mi-
nérale, et, en fait, on ne cite guêre, à l'appui de la thèse, qu’un
seul ordre de faits, ceux qui se rapportent à la brusque cristal-
lisation des liquides en suspension et des sels en solution sur-
saturée, mis en contact avec un cristal préformé de même
nature. On oublie, dans cette assimilation, que le fait allégué
est exceptionnel et que, dans la grande majorité des cas, rien
ne décèle, à l’origine d’une cristallisation, la présence d’un
cristal préformé jouant le rôle de germe. Voici un ballon,
sortant de la verrerie, où l’on fait arriver des vapeurs d’iode;
si le ballon est convenablement refroidi, les cristaux d’iode
couvriront sa paroi sans qu’il soit le moins du monde vrai-
semblable qu’un cristal-germe ait dû intervenir. Il serait déri-
soire de chercher d’autres exemples, puisqu'il est évident que,
dans la règle, les cristallisations, soit après la fusion, soit
après la dissolution, se font en l’absence de tout cristal-germe,
ct nous pouvons déjà conclure que la formation des cristaux
est habituellement spontanée, tandis que nous avons vu que la
formation des organismes ne l’est jamais. L’opposition est
[Ro]
19
nette et tranchée, cela suffirait à faire refuser à la production
des cristaux le nom de reproduction.
Mais je dis plus. Dans les cas même où c’est un cristal qui
détermine la formation d’autres cristaux, y a-t-il vraiment res-
semblance entre le procédé minéral et le procédé organique?
M. Lahille n’'ignore pas, sans doute, que la cristallisation
d’une solution sursaturée peut être déterminée non seulement
par un cristal de la substance dissoute, mais encore par tout
cristal isomorphe avec cette substance. De telle sorte, par
exemple, qu'une solution saturée de sulfate de nickel pourra
être amenée à cristalliser par le contact de sulfate de fer d’un
cristal. Le produit n’est plus ici de même espèce que le géné-
rateur ; tant qu’on n’aura pas vu d’un œuf de poule naître un
canard ou une perdrix, il faudra renoncer à assimiler des faits
radicalement dissemblables. Est-il nécessaire d’insister sur une
autre différence? La formation d’un cristal est un acte unique,
pour ainsi dire instantané, auquel le mot de développement ne
peut en aucune facon s’expliquer. Si ce cristal, en effet, peut
s’accroître, il peut aussi ne pas s’accroitre; la croissance n’est
pas nécessaire à son existence, comme elle l’est à celle de
l'embryon qui, fatalement, grandit ou meurt, mais ne saurait
rester stationnaire. Si le cristal grandit, il peut rester sem-
blable à lui-même ou se déformer; cela dépendra des circons-
tances extérieures de sa croissance. Il n’y a pas de règle
établie à l’avance qui lui impose une série déterminée de trans-
formations, comme nous avons vu que cela existe pour les êtres
vivants. Il faut que la chenille devienne chrysalide, puis pa-
pillon, ou qu’elle meure; jamais on n’a vu, et personne ne
craint d'ajouter : jamais on ne verra une chenille parvenue à
l’âge de la nymphose continuer à vivre sans se transformer.
Cette loi de développement interne, qui force l’être vivant à
marcher sans cesse si le milieu est favorable, ou à périr s’il
ne peut réaliser ses métamorphoses, n’a aucun paralléle chez
les corps bruts. Je disais plus haut que cette loi fait partie inté-
grante de l’idée de reproduction, je puis donc conclure que les
minéraux ne se reproduisent pas plus qu’ils ne se nourrissent.
La notion de la vie comprend donc l’union de ces deux
caractères irréductibles : nutrition et reproduction, et il est
légitime de représenter par un mot unique cette combinaison
de deux caractères logiquement étrangers l’un à l’autre, si
LE NATURALISTE
l'expérience nous montre qu’ils sont constamment liés. Or,
c’est bien là ce que l’observation établit, en ce sens, tout au
moins, qu'aucun être capable de reproduction n’est soustrait à
la nécessité de se nourrir. La proposition réciproque, il est
vrai, n’est pas exacte, et beaucoup d'êtres se nourrissent qui
ne se reproduisent pas, quelques-uns même ne peuvent pas se
reproduire. Mais ces exceptions nous apparaissent comme des
individualités incomplètes, et n’entrent pas dans les cadres
des espèces vivantes. De celles-ci, il est donc permis de définir
la nature par la double condition posée plus haut.
Au surplus, M. Lahille, en empruntant à M. Thoulet ce
paradoxe de la vie des minéraux, n’a-t-il peut-être pas fait
suffisamment attention à une circonstance remarquable. Voilà
déjà sept ans que le savant professeur de Nancy a lancé son
idée dans la littérature scientifique. Lui-même disait : « Je
viens de prononcer une parole grave, en parlant de la vie des
minéraux, » et la suite de son discours semblait indiquer que
cette parole grave apparaissait à son auteur comme exigeant
des développements, des explications, en un mot une justi-
fication. Cependant, depuis, M. Thoulet n’a rien écrit pour
préciser sa pensée; d’autres travaux sont venus, je le sais,
l'en distraire. Mais, enfin, il n’est pas défendu de constater
que cette parole grave a toutes les allures d’un entraînement
d'improvisation et que, jusqu’à nouvel ordre, il est permis de
n’en pas tenir grand compte.
C’est du moins le parti que prendront ceux qui pensent que
la science a plus à gagner à l’analyse précise et serrée des
faits, qu'aux synthèses hardies, mais vagues, d'idées médio-
crement müries. M. Lahille ne paraît pas être de cette
école. Tandis que les Sachs, les Van Tieghem, etc.……,
s'appliquent à préciser les différences morphologiques et phy-
siologiques, qui séparent la multiplication végétative de la re-
production proprement dite, lui se complaît à ne voir, dans
tout cela, que les différentes étapes d'un même processus. Je.
n'ai donc pas la prétention de le ramener à ma manière de
voir, et je devrai me déclarer satisfait si ma contradiction a
pour résultat, comme cela arrive souvent, de l’engager à
chercher, pour soutenir sa thèse, des raisons plus solides que
celles qu’il a développées jusqu'ici.
G. L. M.
LES JUMEAUX
Nous don-
nons ci-con-
tre, d’après
le Scientific
american,
les figures
du cas,
peut-être le
plus remar-
quable, de
monstres
humains
qui sont ar-
rivés à l’étal
presque a-
dulte, Ils
sont con-
nus, dit no-
tre confrè-
re améri-
cain, sous
le nom des
frères Gio-
vanni et
Giacomo
Tocci ; ils
naquirent
le # juillet
ii)
11) |
TOCCI
1875, leur
mère ayant
dix-neuf en-
fants, à Lo-
cana, Italie;
la même
mère à eu
neuf en-
fants tous
forts et
sains, Ces
jumeaux
sont réunis
à partir de
la sixième
côteetn’ont
qu’une pai-
re de jam-
bes et un
abdomen ;
les colon-
LS
sai
nes verté-
brales sont
distinctes,
jusqu’à la
région lom-
baire ; ils
sont unis
Kwgerur.
ZLTETR
ai LÉ, 7 En 7 PT L DT TA A "a 4h :
LE NATURALISTE 23
suivant un angle de 130 degrés et le sacrum semble être
unique. Ils ont deux estomacs, deux cœurs et deux pai-
res de poumons; leurs systèmes artériel et respiratoire
sont tout à fait distincts; les battements du cœur et la
respiration diffèrent souvent chez les deux individus.
A l’âge de trente jours, ils pesaient huit livres et dans
les trente et un qui suivirent, ils gagnèrent près de
trois livres, ce fut à cette période de leur vie qu’ils
furent soumis pour la première fois à une étude scienti-
fique. Leur vies sont distinctes, mais ils ont des régions
dé commune sensibilité et d’autres de sensations indivi-
duelles; souvent l’un dort, pendant que l’autre est
éveillé. Il n’y a aussi aucune relation dans leur appé-
tit, l’un peut avoir faim sans l’autre, même pendant le
sommeil de l’autre.
_ A leur aspect il n’y a rien de repoussant ; ils ont des
figures intelligentes et éveillées, ils ont mème quelque
instruction. Ils peuvent se tenir debout, mais n’ont pas
encore pu réussir à marcher. Chez eux ils passent une
grande partie de leur temps sur le parquet se roulant et
se culbutant, ce qui leur donne ainsi un peu d’exercice ;
ils peuvent s’habiller et se déshabiller tout seuls. Celui
qui est à gauche du dessin est Giovanni, il boit de la
bière en quantité considérable, l’autre Giacomo n’aime
pas la bière, il préfère des eaux minérales; Giovanni
aime beaucoup dessiner et le fait avec quelque goût;
quelquefois son frère, qui est plus bavard et remuant,
jette en bas le cahier que l’autre tient sur le genoux,
tout cela en bonne part, car ils s’entendent très bien et
ne semblent pas se rendre compte de leur pénible con-
“dition. Ils sont aussi séparés quant aux maladies; tout
récemment l’un avait eu un refroidissement, pendant que
l’autre souffrait d’une attaque bilieuse.
Les frères siamois Eng et Chang qui, âgés de
soixante ans, moururent à quelques heures de distance,
furent très célèbres, ils étaient, beaucoup moins unis que
. nos jumeaux ; un ligament épais réunissait les extrémités
inférieures de leurs poitrines. Avant les frères siamois
il y à eu les sœurs hongroises Helena et Judith
(4701-1723) qui étaient très remarquables, réunies par le
sacrum.
Les deux négresses Millie-Christine, improprement sur-
nommées « le Rossignol à deux têtes », furent aussi inté-
ressantes et célèbres, elles étaient également réunies
par le bas rein, y compris le sacrum et probablement les
basses régions lombaires, possédaient quatre jambes et
elles n'étaient pas plus gênées que les Siamois. Elles
chantaient et valsaient à ravir, sans aucun doute leurs
intestins étaient unis ; quant à leurs jambes, elles pos-
sédaient un système nerveux sensitif commun, toutes
deux ressentant un attouchement, mais les nerfs moteurs
étaient si distincts, quel’une ne pouvait remuerlesjambes
de l’autre. Elles naquirent vers 1851.
LE PAPILIO MACHAON, Linné
et ses différentes variétés
(Suite)
3° Papilio Machaon Linné Aberratio Sphyrus Hubner.
La seconde variété européenne de Machaon est plus particu-
lièrement propre aux régions chaudes qui bordent le littoral de
la Méditerranée. En Sicile, en Grèce, en Italie et même sur
quelques points du Midi de la France on rencontre une forme
aberrante de notre Papilio dont les dessins noirs offrent plus
d'extension que ceux du type ordinaire, et cela au détriment
des parties jaunes qui se trouvent réduites d'autant. Le dève-
loppement dont il s’agit atteint principalement les bandes anté-
marginales qui coupent les quatre aïles, ainsi que l'entourage
noir des nervures des ailes antérieures. D’un autre côté, les
taches bleues internervurales sont beaucoup plus larges que
celles du Machaon typique, et leur teinte offre aussi un plus
vif éclat. Cette variété, qui a été désignée par Hubner sous le
nom de Sphyrus, fréquente, ainsi que nous venons de dire, tout
le midi de l’Europe; elle n’y remplace pas la forme normale,
ainsi que le ferait une variété géographique proprement dite;
elle vole, au contraire, concurremment avec elle. et se montre
relativement rare partout. Cette circonstance établit clairement
que la présence de Sphyrus en Europe est purement acciden-
telle; qu’elle constitue un cas purement fortuit qui reconnait
pour cause des influences particulières difficiles à définir, telles
que peut être la température exceptionnellement élevée de cer-
taines stations dans lesquelles les chenilles se sont dévelop-
pées. En franchissant la Méditerranée, on retrouve Sphyrus
sur toute la côte septentrionale de l’Afrique, en Algérie, dans
le Maroc et probablement en Tunisie. Dans ce nouveau milieu
notre variété revêt un aspect un peu différent de celui des
exemplaires européens. La forme algérienne, très remarquable
sur tout le Littoral et dans les régions moyennes du Tell, est en
général de grande taille. Les taches bleues qui précédent la
marge des ailes postérieures sont tellement élargies, qu’elles
couvrent presque totalement la bande marginale sur laquelle
elles reposent. Les deux premières macules jaunes qui pré-
cèdent le bord externe de ces mêmes aïles, vers la côte, sont
lavées d’orangé rougeûtre tant en dessus qu'en dessous; l’ocelle
anale est circonscrite dans sa partie supérieure par un arc bleu
très épais, et dans sa partie inférieure par une ligne noire circu-
laire et bien marquée. Enfin, le lavis basilaire noirâtre est plus
développé ; il empiète sur la cellule discoïdale et s’étend ensuite
sur une partie du bord antérieur. Nous pensons, d’après l’expé-
rience que nous avons acquise, que cette forme si accentuée et si
remarquable de Sphyrus remplace totalement dans le nord de
VAfrique le vrai Machaon qui ne paraît pas y exister. Tous les
exemplaires algériens de cette espèce que nous avons pu nous
procurer sont, en effet, identiques à la race que nous venons de
caractériser. Les uns sont originaires de Nemours, sur les fron-
tières de Sidi-bel-Abbés et de Tlemcen où ils ont été capturés.
au printemps, c’est-à-dire dans le courant de la première géné-
ration; et aucun de ces papillons ne dévie vers le Machaon
typique. Cependant, sur les hauts plateaux algériens qui confi-
nent le Sahara, le Sphyrus éprouve une modification particulière
qui ne paraît pas affecter les exemplaires qui volent de bonne
heure dans les régions du littoral. Nous possédons un spéci-
men qui à été récolté en août dans les environs de Sebdou
lequel, bien que semblable à ceux qu’on rencontre en avril et
en mai non loin des bords de la mer par l’empleur des dessins
noirs et des taches bleues offre cependant cette particularité
curieuse, que l’abdomen est dégarni de sa pilosité normale,
et que la bande noire médiane qui en couvre si largement
le dessus chez toutes les variétés connues de Machaon, est au
contraire très réduite. On observe, en outre, que le bord abdo-
minal des ailes postérieures de cet intéressant exemplaire n’est
pas couvert par le lavis foncé de la base qui s’arrète exactement
au rameau principal de la nervure médiane, laissant ainsi à
tout ce bord sa couleur jaune pur. Ce dernier caractère se
retrouve aussi reproduit en partie chez les Machaon qui habitent
les régions chaudes de la Syrie, lesquels cependant, à cause de
la réduction de leurs parties noires, du peu d’ampleur de leurs
taches bleues et du développement tout à fait normal de la
bande abdominale, ne sauraient être confondus avec la race
spéciale du Sphyrus algérien que nous mentionnons ici.
Un peut assez naturellement conclure de ce qui précède que
la variété qui nous occupe, n’habite l'Europe proprement dite
que d’une manière accidentelle; qu’elle y est d'autant plus
fréquente qu’on se rapproche davantage du Midi; que sur la
côte septentrionale de l'Afrique elle est devenue fixe et normale
au point d’exclure la présence du type ordinaire; enfin qu’elle
y subit une modification particulière (l’ablation partielle de la
pilosité et l’oblitération de la bande noire abdominale) très
analogue à celle que nous avons signalée autrefois chez la
variété Lotteri du Feisthameli algérien, et qui est due à
l'influence de la seconde génération.
Ajoutons encore, pour achever d’exposer tout ce que nous
savons sur le compte de la présente variété, que sa chenille
offre, de son côté, des différences notables avec celle du Ma-
chaon typique, au moins sur le continent algérien où cette
24 LE NATURALISTE
variété parait étre devenue fixe et exclusive. Nous avons obtenu,
effectivement, il y a quelques années, des environs de Sebdou,
une larve de Sphyrus qui s’écarte de sa congénère normale par
sa robe d'un jaune verdâtre sur laquelle les bandes transver-
sales noires n'apparaissent plus qu'à l’état rudimentaire. Les
incisions, ainsi que les côtés, sont marquées d'un grand nombre
de petites taches et de stries fines, dont l’ensemble constitue des
séries longitudinales, analogues à celles qui caractérisent la
larve du Papilio Hospiton. Cette chenille est à peu près exacte-
ment semblable à celle que M. Charles Oberthur a figurée dans
la 12° livraison de ses Etudes d’Entomologie (pl. V, fig, 19),
sous le nom de variété (larva) Hospitonides, et qui avait été
récoltée par M. Bleuse aux environs de Biskra. L’une et l’autre
rappellent assez bien le faciès de l’état larvaire du Hospiton
européen, à cause de la direction longitudinale de la forme
vermiculée des dessus dorsaux; bien que la chenille de l’espèce
corse soit beaucoup plus obscure, en général, que celle du
Sphyrus d'Algérie. Nous sommes tout disposé à penser que
ces caractères si tranchés offrent de la fixité, c’est-à-dire qu’ils
s’observent indistinctement chez toutes les larves de la variété
algérienne ; mais le peu de renseignements que nous avons pu
réunir sur ce point, ne nous permet pas cependant de donner
à cette opinion une entière certitude.
L. AusrANT.
(À suivre).
La Flore de l'Inde dans ses rapports avec la Flore
de France
TAMARICINÉES
Tamarix gallica. L. — Midi. Par toute l’Inde du nord-ouest
de l'Himalaya à Ceylan, près des rivières et du bord de la mer.
Madras.
Distribution : Littoral occidental et méridional de l’Europe,
Afrique, Maroc. Septentrionale et tropicale sud de l’Asie.
Var. Indica commune.
Var. Pallasii. Thibet occidental 2.400 à 3.600 mètres.
Myricaria germanica Desv. — Bords des eaux. Est. Midi.
Région tempérée et alpine de l'Himalaya, du Sikkim au Cumaon
3.000 à 4.200 mètres.
Distribution : Europe occidentale.
ELATINÉES
Elaline.— Nilghiris. Ouest de la Péninsule.
HYPÉRICINÉES
Hypericum perforatum L. (Paris). — Haies, près. Himalaya
tempéré et occidental de Cumaou, 1.800 à 2.700 mètres, au
Cachemir 900 à 2100 mètres.
Distribution : Europe, nord de l'Afrique, nord-ouest de l'Asie,
Var. débile.
Hypericum humifusum L. (Paris). — Sables, Nilghiris.
Distribution : Europe, îles de l'Atlantique, sud de l’Afrique.
MALVACÉES
Allhæa officinalis I. (Paris). — Midi, Ouest, Marais, Cache-
mir.
Distribution : A l’ouest jusqu’en Angleterre.
Var, taurinensis. D. C.
Lavalera. — Une seule espèce. Cachemir.
Malva sylvestris L. (Paris). — Haies, chemins. Himalaya tem-
péré occidental du Cumaon, 800 mètres au Cachemir et au Pan-
jab.
Distribution : Europe, nord de l’Afrique, Sibérie, Tripoli,
Maroc.
Var. mauritiana. D. C.
Var. eriocarpa. Bois.
Malva rotundifolia L. (Paris). — Bords des chemins. Pro-
vinces du Nord-Ouest, Cumaon et Sindh.
Distribution : Europe, ouest de l'Asie.
Var, borealis Wall.
Var. reticulata W.
Malva parviflora L. — Midi, nord-ouest de l'Himalaya, 300
à 600 mètres, haut Bengale, Sindh, Panjab.
Distribution : Europe, Levant, Arabie, Nubie, Tripoli. Sida,
parties chaudes de l’Inde : 10 espèces.
Abutilon Avicennæ Gaertn. Sida abutilon. Li. — Midi, Marais,
nord-ouest de l’Inde, Sindh, Cachemir et Bengale,
Distribution : nord de l’Asie, à l’ouest jusque dans le sud de
l’Europe, nord de l'Amérique.
Hibiseus Trionum L. — Cultivé. Himalaya occidental, Cache-
mir, Simla, Bengale, Coucan, Sindh.
Distribution : Sud de l'Europe, parties les plus chaudes de
l’ancien continent.
Hibiscus syriacus L — Naturalisé aux environs de Nice,
Cultivé dans l’Inde et la Chine.
TIBIACÉES
13 genres répandus dans l'Inde.
LINÉES
Linum perenne L. — Midi, clt.
4900 mètres.
Distribution : A l’ouest jusqu'aux Canaries.
Var. stocksianum Boïiss.
Linum surictum L. — Midi, Corse, montagnes du Panjab, s’é-
tend jusqu’à Peshawer, Thibet occidental 3.000 mètres.
Distribution : nord de l'Afrique, Italie, Judée,
Maroc.
Thibet occidental 2700 à
Tripoli,
GÉRANIACÉES
Geranium pratense L. — Prés, bois. Himalaya occidental et
tempéré. Cachemir, Kulhara dans le Gharwal 3100 mètres, Thi-
bet occidental.
Distribution : nord de l'Asie, Europe.
. Geraniwm aconitifolium L'Herith. — Alpes, Thibet occiden-
tal, Alpes de la Suisse et du Nord de lItalie.
Geranium palustre L. — Prairies humides, Cachemir, Cu-
maon à Mana 2.100 à 3.300 mètres.
Distribution : Sibérie, Caucase, milieu et nord de l’Europe.
Geranium pusillum L. (Paris). — Lieux incultes. Himalaya
occidental tempéré, Cachemir, Kishtwar 2.400 mètres.
Distribution : Syrie et Europe, Judée.
Geranium rotundifolium L. (Paris). — Coteaux arides. Pes-
hawer dans le Panjab. Himalaya occidental tempéré. 1800 à
2700 mètres. Cachemir et Gharwal.
Distribution : Sibérie, Europe, nord de l'Afrique, Tripoli.
Geranium molle L. (Paris). — Prairies et bords des chemins.
Forte odeur de musc. Himalaya occidental tempéré, Kishtwar,
1.800 à 2.700 mètres, Cumaon, 400 mètres.
Distribution : Europe, nord de l'Afrique, Tripoli, Maroc.
Geranium robertianum L. (Paris). — Vieux murs, haies.
Corse. Himalaya occidental tempéré, 1800 à 2400 mètres, Cache-
mir Gharwal.
Distribution : Sibérie, Asie Mineure. Caucase, Europe.
Geranium lucidun L. (Paris). — Lieux pierreux et couverts:
Corse, Himalaya occidental tempéré de Kishtwar au Cumaon,
1800 à 2700 mètres.
Distribution : Sibérie, Syrie, Caucase. Europe, nord de l'A-
frique.
Erodium cicutarium l'her. (Paris). — Terrains imcultes,
bords des chemins. Inde occidentale du Sindh et du Panjab à
Simla; jusqu’à 2400 mètres dans le petit Thibet près d'Iskardo.
Distribution : Algérie, Europe, nord de l’Asie tempérée.
Eroninm ciconium Willd. — Midi. Lieux secs. Panjab près
de Kohat dans le Salt Range.
Distribution : Syrie, Caucase, sud de l’Europe, Maroc.
Erodium Malacoides Willd. — Midi, Corse. Terrains arides.
Panjab, vallée de l’Indus à Atiok, Peshawer et Hazara.
Distribution : Sud de l'Europe, nord de l'Afrique, Maroc.
Hecror LÉVEILLÉ.
L'HYPEROODON
Le 28 août dernier, vers 5 heures du matin, des ou-
vriers du fort de la Hougue, à Saint-Vaast, epercurent
en quittant le chantier un monstre marin qui s'agitait
désespérément au milieu des eaux dans l’anse de Mor-
salines. En ce coin isolé de la baie de Saint-Vaast, la
mer est très peu profonde; elle se retire fort loin au flot
descendant, laissant à découvert un fond plus ou moins
vaseux sur lequel s'élèvent, comme des enclos égarés
loin des terres, les barrières en bois et les murs des parcs
à huîtres de Ja Balise, L'animal avançait avec peine et,
ART OL | B PE PTE BATErr
LE NATURALISTE 25
s’égarait de plus en plus; il dépassa bientôt les parcs du
bord, dont il brisa les barrières, puis atteignit le fond et
s’envasa vers la Pointe du Cro, presqu'île étroite et à
peine émergée, qui pénètre dans l’intérieur de l’anse.
C’est là que les ouvriers purent l’atteindre, non sans
danger et sans s’avancer assez loin dans la mer; ils lui
donnèrent des coups de couteau, passèrent un har-
pon dans l’évent et, pour le soustraire à la mer descen-
dante, le fixèrent au rivage par un càäble. Malgré ses
blessures, le monstre s’agitait encore; quand il fut à
peu près à sec, il trouva encore assez de force pour
creuser, d’un coup de queue, un énorme trou dans les
terrains mous de la plage, puis il fut saisi des dernières
des marbrures blanches qui se prolongeaient en arrière
et atteignaient la naissance de la queue. La nageoire
caudale, la nageoire dorsale et les deux nageoires pecto-
rales (ailerons) présentaient la teinte générale du corps,
mais la bosse frontale, située à la base du bec, était un
peu plus claire.
L’anse de Morsalines , dans la baie de Saint-Vaast, est
vraisemblablement un lieu propre à l’échouement des
grands animaux aquatiques ; par sa forme en demi-lune,
sa pente douce et ses eaux peu profondes, c’est une es-
pèce de nasse naturelle dans laquelle, surtout par les
mauvais temps, doivent presque forcément rester les
animaux nageurs de grande taille qui s’y engagent. Il y
L’Hyperoodon échoué à Saint-Vaast le 28 août dernier.
COMvulsions et périt vers sept heures. Dans l’après-midi,
au laboratoire maritime de l'ile de Tatihou, je fus pré-
venu de l’échouement par les soins du directeur, M. le
professeur Perrier, et le lendemain. grâce à l'extrême
obligeance de M. Dubois, commissaire de marine à
Saint-Vaast, je pouvais commencer l'étude anatomique
de l’animal (1).
C'était un cétacé femelle, l’Hyperoodon rostratus ainsi
nommé par Lillejeborg à cause du mufle allongé, en
forme de bec, qui termine en avant la tête comme dans
le Dauphin. Il mesurait 7.20 de longueur, 1,55 de
hauteur vers le milieu du corps et 1".10 de largeur ; la
nageoire caudale n’avait pas moins de 2 mètres de lar-
geur. La couleur générale des téguments était d'un gris
noirâtre, mais on observait sur le ventreet sur les flancs
AG nr de Joie cu up
() M. Millerand, entrepreneur des travaux du fort de la
Hougue, avait mis gracieusement à ma disposition le matériel
dont il dispose; je fus vaillamment secondé par tous les étu-
diants du laboratoire, MM. Coupin, Molliard, Martin, Bordage
et Leroy, ainsi que parle sous-directeur, M. Malard. M. Leroy,
notamment, s'est mis à ma disposition pendant la durée tout
entière de la dissection.
a cinq ans, vers la même époque, deux autres Hyperoo-
dons femelles vinrent y échouer, presque au même
point, mais un peu plus près du fort de la Hougue ; ils
furent étudiés par M. le D' Henri Gervais, aide-natura-
liste au Muséum.
Le lendemain du jour où se produisit l’échouement de
la pointe du Cro, trois Hyperoodons femelles étaient
capturées à l’autre extrémité du département dé la
Manche, à la pointe de la Hague, près du petit port de
Goury.
« Ce jour-là, dans la matinée, dit M. le commandant
H. Jouan (1), on les avait aperçus, engagés entre les gros
rochers balisés qui forment l’entrée du port de Goury;
des embarcations avaient réussi à leur barrer le chemin
vers la pleine mer, et à les approcher d’assez près pour
que ceux qui les montaient leur jetassent des nœuds
coulants autour du corps de manière à pouvoir les re-
morquer dans le port, en même temps qu'ils les frap-
(1) Henri Jouan. — Les Hyperoodons de Goury. Mémoires
de la Société nationale des Sciences naturelles el mathéma-
tiques de Cherbourg, t. XXVII, 1891, p. 281.
26 LE NATURALISTE
paient à coups redoublés avec les avirons, les gaffes et
tous les instruments contondants et tranchants qu'ils
avaient sous la main. Tout cela, bien entendu, ne s’ac-
complit pas sans de grandes difficultés et sans danger
pour les chasseurs ; un coup de queue aurait mis leurs
frêles bateaux en pièces, mais une circonstance heu-
reuse leur vint en aide. La marée était presque basse,
de sorte qu’à mesure qu’on gagnait l’intérieur du port,
les mouvements des animaux étaient de plus en plus
gènés, et enfin paralysés quand ils échouèrent. Épuisés
par les efforts qu’ils avaient faits, par les coups qu'ils
avaient reçus, perdant du sang en quantité telle que
toute l’eau du port en était rougie, ils ne tardèrent pas
à mourir. »
Il est à présumer que la femelle de Saint-Vaast était
un individu égaré, appartenant au même groupe que les
trois femelles de Goury. Les Hyperoodons, en effet,
comme la plupart des cétacés, voyagent par petites
bandes appelées games, et setrouvent rarement isolés. D’a-
près le capitaine David Gray (1), les games d'Hyperoodons
comprennent de quatre à dix individus, rarement davan-
tage, bien qu’on ait fréquemment en vue plusieurs troupes
en même temps. Les mâles vont très souvent seuls ; tou-
tefois on rencontre de temps à autres de jeunes mâles,
des femelles et leurs petits, avec un mâle adulte pour
guide. Les observations du capitaine David Gray sont
celles d’un baleinier expert en sa profession et em-
preintes d’une précision scientifique remarquable; elles
concordent assez bien avec celles du D' Willy Kükenthal
qui, dans son voyage au Spitzherg (2), a vu le plus sou-
vent deux individus ensemble, un mâle et une femelle,
ou bien une femelle et un jeune, plus rarement des
bandes de trois à sept Hyperoodons.
C’est l'illustre cétologue danois, Eschricht (3). qui a
réuni les documents les plus précis sur l’habitat de ces
animaux. Ils passent les mois de l’été, de mai à sep-
tembre, dans les mers polaires, au voisinage des glaces:
à l'automne ils descendent plus au sud, atteignent même
les îles Feroë et passent probablement l'hiver au large
dans les eaux septentrionales de l'Océan atlantique. Ce
sont des games ou des individus égarés qui viennent
échouer sur les côtes plus méridionales de l’Europe; les
échouements sont assez fréquents dans les îles Britan-
niques, où l’Hyperoodon s'engage parfois dans les ri-
vières ; ils sont plus rares sur les côtes des Pays-Bas et
un peu moins sur les côtes françaises de la Manche, sur-
tout depuis Le Havre jusqu’à Barfleur; un individu com-
plètement perdu dans l'Atlantique pénétra dans la
Méditerranée en 1880, et vint échouer sur la plage
d’Aigues-Mortes.
C’est un officier de marine, Baussard, qui décrivit le
premier, avec suffisamment de détails, un échouement
d’'Hyperoodons sur les côtes françaises; le 19 sep-
tembre 1788 deux individus femelles, la mère et son
jeune, échouèrent près d’Honfleur à l'embouchure de
la Seine et servirent aux études de cet officier; comme
tous les Hypéroodons ils présentaient sur le palais de
(4) David Gray. — Notes on the Character and Habits of the
Bottlenose Whale (Hyperoodon rostralus). Proc. Zool. Soc., 1882,
p. 726-731.
(2) Willy Kükenthal. — Einige Notizen über Hyperoodon
rostratus, Lilljeborg und Beluga leucas Gray. Archiv. für
Naturgeschichle, Jahrg, 55. 1889, p. 165. |
(3) Dr F. Eschricht. — Untersuchungen über die nordischen
Walllhiere, 1849, p. 29,
nombreux tubercules cornés qui paraissaient former à
eux seuls toute l’armature buccale; Lacépède décrivit à
tort ces tubercules comme des dents et en raison de ce
fait, donna à l'animal le nom fâcheux d’Hyperoodon (dents
au palais) qui est employé couramment aujourd’hui.
Les échouements se produisent généralement sur nos
côtes vers la fin de l’été et en automne ; on n’en si-
gnale pas en hiver pendant les trois premiers mois de
l’année. Au mois de mars, on rencontre accidentelle-
ment quelques individus au large des îles Shetland, en
mars et surtout en avril, ils sont déjà nombreux dans
les parages de Jean-de-Mayen, où, d’après Kükenthal,
ils sont l’objet d’une pêche lucrative'; plus tard, ils s’a-
vancent encore davantage vers le nord et finissent par
atteindre le 70° degré de latitude nord. Comme Ecchricht,
le capitaine David Gray attribue aux Hyperoodons.
comme zone estivale, l’entrée du détroit d'Hudson et le
détroit de Davis jusqu’au 70° degré, le cap Farewell, les
côtes d'Islande et le Groenland, avec les eaux polaires
comprises entre ces continents et le Spitzherg. Ils ne
paraissent pas s'étendre en dehors de ces longitudes
extrèmes, car les cétacés signalés au Kamtchatka comme
des Hypéroodons, n’appartiennent très probablement,
pas, d’après Eschricht, au genre qui nous occupe. ,
Eschricht a [depuis longtemps observé que les échoue-
ments de mâles sont toujours excessivement rares : « On
trouve l'explication naturelle de ce fait, dit-il, en admet-
tant que les femelles sont moins craintives que les mâles
ou mieux, qu’elles cherchent des eaux plus tranquilles à
cause des jeunes qui les accompagnent. Mais puisque les
jeunes encore à {la mamelle sont en général du même
sexe que la mère, on se voit obligé de conclure que les
femelles sont certainement beaucoup plus nombreuses
que les mâles. »
E.-L. Bouvier.
(A suivre.)
SOCIÈTÉ GÉOLOGIQUE DE FRANCE
Séance du 6 avril 4894. — M. Fournier adresse à la So-
ciété une note sur les « prétendus dépôts marins de l’époque
romaine dans la vallée de la Sûvre », qui paraissent n’être que
des débris accumulés par l’homme. — M. Douvillé entretient
ses confrères des couches traversées par le canal de Panama et
qui peuvent être assimilées à celles qui constituent la forma-
tion tertiaire des Antilles; les unes sont miocènes; d’autres
avec des Orbitoïides et des Nummuliles doivent être rapportées
à l'Oligocène. Enfin la partie méridionale du canal jusqu’au
Pacifique est occupée par la formation lignitifère représentant
l’'Eocène. Toutes ces couches sont horizontales ou peu inclinées.
M. Douvillé compare cette structure avec celle des isthmes de
Corinthe et de Suez également constitués par des terrains rela-
tivement récents. — M. de Margerie signale la découverte faite
récemment par un géologue américain, M. Haye, dans les Appa-
laches, de phénomènes de recouvrement analogues à ceux qui
ont été si bien décrits en Provence par M. Bertrand. Cette
communication est suivie d’un exposé intéressant fait par
M. Bertrand, avec exemple à l'appui, sur la facilité avec
laquelle ces phénomènes permettent d'interpréter des coupes
présentant des anomalies difficiles à expliquer d’une autre
manière. -- M. Toucas a adressé, par l'intermédiaire de
M. Douvillé, une note en réponse aux observations de MM. de
Grossouvre, Bertrand et de Saporta sur l’âge des couches à
Hippuriles dilatatus de la Provence et des Corbières. Cette
note, remplie de faits, de détails, échappe à toute analyse
succincte. — M. Tardy fait une communication sur la forme
générale de l'écorce terrestre et son influence sur la direction
dès plis. — M. Philippe Thomas envoie un travail sur des ro-
ches ophitiques du sud de la Tunisie, toujours accompagnées
LE NATURALISTE
de boues gypsifères et salifères, bariolées de vives couleurs. Par
places, on observe en outre : des blocs du calcaire encaissant
plus ou moins métamorphisés; des fragments de roches sili-
ceuses vertes, noires ou violettes; des cristaux bipyramidés de
quartz, du fer oligiste, de la pyrite et de curieux nodules de
galène argentifère. Ces roches traversent tous les terrains y
compris les mollasses miocénes. Leur éruption à dû être suivie
d’une période d'activité geysérienne correspondant à l’époque
pliocène.
Séance du 20 avril 48914. —}M. Albert Gaudry, rappe-
lant la découverte d’une mâchoire de Phoca groënlandica faite
dans la caverne de Raymonden (Dordogne), parle d’une trou-
aille analogue dans le quaternaire du Nord de l’Europe. —
M. Tardy fait une communication sur quelques sources miné-
rales de l'Auvergne etsur les phénomènes qui les accompagnent.
— M. L. Carez a reconnu, en poursuivant ses études dans les
Corbières, qu’il existe réellement des couches triasiques dans
la vallée de la Sals, dans celle du Bézu et à Saint-Ferriol, con-
trairement à ce qu’il avait annoncé dans une communication
‘antérieure. — M. Toucas présente nne revision des espèces
d'Hippurites qu'il divise en quatre grands groupes. L’auteur
donnée la caractéristique de chacun de ces groupes. — M. Carez
ajoute que, dans les Corbières, il y a quatre niveaux d'Hippu-
rites correspondant bien à ceux qui ont été énumérés par
M. Toucas. — M. Aubert étudie l’Eocène tunisien. L’Eocène
inférieur est représenté par six assises. L’Eocène moyen ne
paraît pas exister. L’Eocène supérieur peut se diviser en trois
assises. Dans le sud de la Tunisie, l’'Eocène n’est représenté
que par l'étage infémeur. — M. Léveillé envoie à la Société une
note sur l’époque glaciaire dans l’Inde méridionale et sur les
effets résultant de cette période.
Séance du 4 mai 48914. — M. de Grossouvre fait une lon-
gue communication sur la position stratigraphique de la craie
des Corbières et de la Provence. Il discute les conclusions for-
mulées par M. Toucas et fait des diverses assises une étude
détaillée qui se prète mal à l'analyse. À cette occasion, M. de
Grossouvre fait connaître qu'il prépare une monographie des
Ammonites de la craie supérieure, étage sénonien, et il fait
appel au concours de ses confrères en les priant de lui commu-
niquer les matériaux qu’ils pourraient avoir en leur possession.
=}. Douvillé décrit diverses formes d’Ammonites carénées à
cloisons cératitiformes (genre Tissolia) du Crétacé et donne
des indications sur leur distribution stratigraphique. — M. Fi-
chewr adresse à la Société une note sur la situation des cou-
ches à Terebratula diphya dans l’Oxfordien supérieur de Ouar-
senis (Algérie). M. Bertrand pour expliquer cette situation
anormale avait suggéré l’idée d’un renversement des couches.
M. Ficheur croit devoir repousser cette interprétation et main-
tenir ses premières conclusions. — M. Collot a envoyé quelques
rectifications de contours géologiques de la carte des Basses-
Alpes.
Séance du 24 mai 48914. — M. Dollfus montre, par des
observations faites dans Eure-et-Loir, vers Chartres, Main-
tenon, Epernon, etc., que l’argile à silex s’est formée même
postérieurement à l’ouverture des vallées et à tous les âges. —
M. E. Pellat adresse à la Société une note sur un gisement de
calcaires à Bulimus Hopei des environs d’Eygalières (Bouches-
“du-Rhône). L'auteur donne des détails sur les caractères du
Bulimus Hopei. — M. Arnaud, s'appuyant sur des textes em-
pruntés à Coquand lui-méme démontre qu’il a adopté pour
Vétase Santonien des limites conformes à celles établies par ce
géologue. — M. Toucas adresse une nouvelle réponse aux
observations de M. de Grossouvre sur la craie des Corbières et
“dela Charente et M. Cofteau fait une communication sur les
oursins de l’ouest de la France.
Séance du 25 mai 1894. — M. Léon Bertrand présente
une note sur trois espèces non figurées du genre Scalpellum
provenant du calcaire grossier des environs de Paris. —
M. Roussel a envoyé une note sur les terrains primaires de
Mérens, dans les Pyrénées ; une seconde note a pour objet de
passer en revue les divers plis que l’auteur a observés dans le
versant français des Pyrénées. — M. Gosselel fait une commu-
nication sur les grès de Beleu, près Soissons. Il expose ensuite
les résultats des travaux de M. Ladrière sur les limons et
autres terrains quaternaires du nord dela France, — M. Zeiller
examine comparativement les caractères des genres Trizygia
et Sphenophyllum. — M. E. de Margerie transmet une note
préliminaire de M. Bogdanowitch sur les observations faites
par ce géologue dans l'Asie centrale au cours de l'expédition
du colonel Piewtzoff. La chaîne du Kouenlun est constituée
par des roches éruptives et cristallines anciennes, par du
21
Devonien inférieur à Stromatopores et par du Carbonifère à
Fusulines, transsgressif sur les terrains antérieurs. La structure
de ces montagnes, d'altitude variant entre 6500 et 1800 mètres,
est très compliquée. La partie explorée du Thibet n’est pas un
vrai plateau mais une région nettement plissée. Les dépôts
thibétains sont d’âge inconnu, non antérieur, dans tous les cas,
au carbonifère. Par suite de l’altitude exceptionnellement élevée
à laquelle se trouve reléguée, dans le Kouenlun, la limite infé-
rieure des neiges persistantes (entre 5.500 et 6.170 m.) les gla-
ciers y sont rares et de second ordre ; aucune trace n’indique
qu’ils aient eu jadis un développement plus considérable dans
la région.
Séance du 8 juin 4894. — M. Carez revient sur quelques
points de la géologie des Corbières. Il rattache au Trias les
argiles rouges de la vallée du Bézu. I1 maintient l’existence de
phénomènes de recouvrement, notamment au pic de Bugarach,
malgré l'opinion contraire de M. Roussel. Enfin il donne quel-
ques détails relativement à la structure des vallées de Bézu et
de la Sals. — M. Chaper expose les quelques faits relatifs à la
géologie de l’île de Bornéo, qu’il a été à même d’observer durant
un récent voyage. — M. D. P. OŒEhlert décrit deux Crinoïdes
nouveaux provenant de la grauwacke dévonienne inférieure
des environs de Néhou (Manche). L’un de ces Crinoïdes, le
Diamenocrinus Jouani constitue le type d’un nouveau genre de
la famille des Rhodocrinidæ. — M. Bertrand fait une com-
munication sur le massif d’Allauch situé au nord-est de Mar-
seille. Sa structure est tout à fait exceptionnelle et parfois très
difficile à comprendre. On y retrouve des plis couchés et d’au-
tres anomalies stratigraphiques curieuses, que M. Bertrand
cherche à expliquer par d’ingénieuses hypothèses. — M. Dou-
villé présente, au nom de M. Parrandier, des profils géologiques
des diverses tranchées du chemin de fer de Dijon à Chalon. Le
secrétaire dépose ensuite diverses notes sur le bureau.
Séance du 22 juin 4894. — M. Lodin expose les raisons
qui doivent, à son avis, faire admettre que les gîtes calami-
naires se sont formés par sulfatisation de gites sulfurés préexis-
tants et précipitation des sulfates ainsi formés par l’action des
épontes calcaires ; à l'appui de ses conclusions, M. Lodin invo-
que les résultats d’un certain nombre d’expériences de labora-
toire. — M. G. Dollfus compare les conclusions du mémoire de
M. Ladrière sur les Limons à la classification du quaternaire
établie par Belgrand ; il discute ces conclusions et fait remar-
quer que M. Ladrière ne tient pas compte des faunes. — M. de
Mercey parle des gîtes de phosphate de chaux de la Picardie et
M. Lacroix de quelques roches de l’Asie-Mineure, — M. Mu-
nier=-Chalmas ajoute quelques faits nouveaux aux remarquables
études de Deslongchamps sur les terrains jurassiques de Nor-
mandie. Le même géologue fait une seconde communication
sur l'équivalent marin du calcaire lacustre de Brie. Il a déja
signalé depuis longtemps dans les environs d'Argenteuil (Buttes
de Sannois et d’Orgemont) la présence, au-dessus des marnes
vertes, de couches marines comprenant des lentilles de gypse
et des alternances de marnes renfermant soit des espèces ton-
griennes, soit des espèces nouvelles. Cét horizon est recouvert
par les marnes à Ostrea cyathula et longirostris. Ces couches
occupent donc la même position que le calcaire de Brie dont
elles sont rigoureusement synchroniques. — MM. Rigaux et
Douvillé communiquent à la Société une série d’observations
faites sur la structure des couches jurassiques le long de la
limite septentrionale du cap Gris-Nez. — M. Lambert présente
une note sur les oursins du genre Echinocyamus. — M. Ph.
Thomas adresse une note sur l’Etage miocène du sud-est de
l'Algérie et de la Tunisie et sur la valeur stratigraphique de
l’Ostrea crassissima. — M. Collot a fait une étude sur le Buli-
mus proboscideus d'Orgon. — M. Depéret fait une communi-
cation sur la terminologie et la synonymie des genres Macro-
therium et Chalicotherium.
IN°e.
LIVRE NOUVEAU
Les Champignons, au point de vue biologique, économique
et taxonomique, par À. ACLOQUE.
1 volume in-16 de 328 pages avec 60 figures (Bibliothèque
scientifique conlemporaine.........,,.... PARU cache PREMIERE
Lamycologie est une science relativement récente. M. Acloque
a pensé qu’il y aurait intérêt à recueillir les observations et à
résumer les travaux des savants qui, pendant ces cinquante
dernières années, ont étudié les champignons le microscope à
la main,et ont fondé la science mycologique. Son livre est
assez exact et assez clair pour instruire ceux qui ne savent pas
et veulent apprendre, et pour rappeler à ceux qui savent ce
qu'ils ont appris. Les descriptions anatomiques sont aussi
claires que possible ; l’auteur n’a pas reculé devant l'emploi
des termes propres, persuadé qu'une science ne s'apprend pas
sans la technologie qui lui est particulière ; mais il les a tou-
jours définis de facon à être toujours parfaitement intelligible.
Après une étude de l’appareil végétatif, il passe à l’étude des
organes accessoires, puis des organes essentiels de l’appareil
reproducteur. La partie anatomique se termine par étude des
cellules-mèêres et de l’hyménium, et des cellules-filles et des
spores. La partie physiologique expose les phénomènes de la
sporification, la théorie du polymorphisme et la question de la
fécondation.
Dans la partie économique sont étudiés les champignons
comestibles, les champignons vénéneux, les champignons nui-
sibles, — la culture, la récolte et la conservation:
Une dernière partie est consacrée à la taxonomie mycolo-
gique et à l'étude des classifications de Bulliard, de Persoon,
de Link, de Nées, de Fries, de Léveillé, de Berkeley, de
M. Bertillon, etc.
CHRONIQUE
Muséum d'histoire naturelle de Paris. — M. Milne
Edwards, professeur au Muséum, est nommé directeur
de cet établissement.
Mort de M. de Quatrefages. — M. de Quatrefages de
Bréau, membre de l’Institut, professeur au Muséum
d'histoire naturelle, est mort mardi soir, 12 janvier, à
l’âge de quatre-vingt-deux ans, des suites d’une conges-
tion pulmonaire double, provoquée par l'influenza.
Docteur en médecine et docteur ès sciences, M. de
Quatrefages, qui était un des représentants les plus émi-
nents de la science française, laisse de très importants
travaux sur lesquels nous aurons à revenir prochaine-
ment,
ACADÉMIE DES. SCIENCES
Séance du 7 décembre 4894. — M. J. Bonnier décrit,
chez les amphipodes de la famille des Orchestidæ, la glande
antennale : question intéressante en ce qu’elle indique, par sa
présence ou son absence, sicette famille doit ètre, comme on le
fait généralement, séparée des Gammaridæ.— MM. G. Pouchet
et H. Beauregard communiquent à l’Académie une liste d’é-
chouements de grands Cétacés sur la côte francaise depuis fé-
vrier 1885. Grâce à l’initiative de Paul Gervais, le ministère
de la Marine a organisé un service d'informations par suite du-
quel la chaire d'anatomie comparée du Muséum est immédia-
tement informée des échouements de grands Cétacés qui peuvent
se produire sur nos côtes. Pour la première fois, la Megaptora
Boops est signalée, dans la mer Méditerranée. — M. À. Giard
croit pouvoir déterminer d’une facon à peu près complète la
position systématique du champignon parasite des Acridiens,
le Lachnidium acridiorum. 11 semble être très voisin des Cla-
dosporium et, comme ce dernier Hyphomycète, devra être rat-
taché plus tard soit aux périsporiacées soit aux sphériacées.
— M. Ed. Heckel signale un mode particulier de germination
qu’il lui a été donné d'observer dans l’Araucaria Bidwilli; et
dont on retrouve seulement quelques indices dans l’Araucaria
Brasiliensis. La radicule à peine sortie des enveloppes de la
graine et des cotylédons se renfle en un tubercule qui absorbe
à peu près toutes les réserves nutritives de la graine et des
cot ylédons, Cette portion vidée et inutile (cotylédons et enve-
loppes) se sépare alors par la formation d’une zone subéreuse
qui se forme à la base des cotylédons. La gemmule restant,
bien entendu, est attenante au tubercule radiculaire. C’est géné-
ralement sous cette forme douée d’une résistance vitale plus
considérable que nous parviennent d'Australie les araucaria.
28 LE NATURALISTE PRE
-
Séance du 14 décembre. — M. de Bruyne décrit le tissu
conjonctif reticulé qu’on observe dans la tunique musculaire
du tube digestif de la Grenouille, du Lapin, etc. — M. L. Roule,
dans ses études sur les premières phases du développement |
des crustacés édriophthalmes, a pu observer deux faits impor- .
tants; 1° la genèse diffuse du mésoderme .par le blastoderme |
presque entier; 2° l’origine double de l’endoderme, les deux |
zones originelles étant séparées par un vaste espace.— M.R. Mo-
niez a retrouvé, dans un cestode parasite de l’Oxyrhina glauca ;
l’état parfait du curieux parasite du poisson lune, le Gymnor-
hynchus reptans qui forme, comme on le sait, un lacis inextri-
cable dans le foie de la môle. — M. F. Regnault a étudié chez
les Indous, où elle est très développée, la fonction préhensile
du pied; il a reconnu que le gros orteil présente des mouve-
ments étendus et énergiques d’adduction et d’abduction, d'éle-
vation et d’abaissement. Jamais il n’a pu observer de mouve-
ment d’opposition. — M. de Quatrefages signale l'importance
de cette note au point de vue dé l’origine de l’homme, — M. Blei-
re " cer la présence de coquilles terrestres tertiaires dans
e tuf volcanique du Limbourg (Limbuwrgile
GES ele 2 ne
Séance du 21 décembre, — Prix décernés par l’Acadé-
mie pour l’année 1891.
Le Prix Delesse est accordé à M. Barrois, de Lille, pour ses
travaux sur la géologie de la Belgique, du nord de la France
des Asturies, de l’Andalousie et enfin sur un travail capital,
quoique inachevé sur la Bretagne. — Le Prix Bordin est donné
à M. Guignard pour ses travaux sur la fécondation des vécé-
taux. — Le Prix Desmazières, à M. A: N. Berlèze pour ses tra-
vaux sur les champignons du nord de l'Italie et en particulier
ses Icones Fungorum. — Le Prix Montagne est décerné à
M. H. Jumelle pour son mémoire intitulée Recherches physiolo-
giques sur les lichens. — Le Prix Thore à MM. J. Costantin et
L. Dufour pour leur nouvelle flore des champignons (en vente
aux bureaux du Journal). — Le grand prix des Sciences phy-
siques est décerné à M. Jourdan pour ses recherches sur les
organes des sens des invertébrés. — Le Prix Bordin pour lé-
tude comparative de l'appareil auditif chez les animaux verté-
brés à sang chaud (Mammifères et Oiseaux) est décerné à
M. Beauregard. — Le Prix Savigny destiné à récompenser les
naturalistes voyageurs principalement dans la mer Rouge est
donné à M. L. Faurot. — Le Prix da Gama Machado est ré-
servé, MM. Raphaël Blanchard et L. Joubin obtiennent un en-
couragement. — Le Prix Cuvier cest accordé au Geologica
surwey des Etats-Unis en témoignage de haute estime pour cette
œuvre collective. — Le Prix Trémont est décerné à M. Émile Ri-
vière pour ses mémoires d’Anthropologie préhistorique. — Le
Prix Petit d'Ormoy est décerné à M. L. Vaillant pour l'en-
semble de ses travaux de Zoologie, et en particulier pour son
travail sur les poissons du Travailleur et du Talisman. —
M. Berthelot termine la séance en prononcant l'éloge de
Henri Milne-Edwards.
Séance du ?8 décembre. — M. À. Lacroix adresse à l’a-
cadémie une note sur la formation de Cordiérite dans les
roches sédimentaires fondues par les incendies des houillères
de Commentry (Allier). — M. Gaubert et Charles Brongniart
montrent que les peignes des Scorpions sont bien, comme l’a-
vait prévu M.Blanchard, des organes propres à l’accouplement;
ils semblent, en outre, être des organes de tact d’une sensibi-
lité exquise. — M. G. Pouchet adresse à l’Académie une note sur
le régime de la Sardine en 1890. — M. Joannes Chain signale la
présence de l’Helerodera Schachtii dans les cultures d’œillets à
Nice. —M. Trouessart signale un cas de phtiriase du cuir che-
velu causé chez un enfant de5 mois par le. Phéirius inguinalis.
— M. L. Mangin communique à l’Académie le résultat d’obser-
vations qu’il a faites sur la membrane cellulosique des Végé-
taux. Il existe, d’après lui, trois séries de colorants caractéris-
tiques pour la cellulose : 40 les réactifs iodés, 20 les colorants du
groupe de lOrseilline BB teignant en bain acide, 30 et enfin la
série des couleurs de Benzidine teignant en bain alcalin. Les
observations de M. Mangin montrent que toutes les membranes
qui donnent un résultat positif avec ces trois séries de réactifs
sont de nature cellulosique ; réciproquement, la cellulose fait dé-
faut dans les tissus où, après l’action des alcalis caustiques, ces
divers colorants donnent un résultat négatif.
L
|
.
|
J
.
Le Gérant: Émize DEYROLLE.
PARIS. — IMPR. F. LEVÉ, RUE CASSETTE, 17. :
14 ANNÉE
2 SÉRIE —
° I1S 1% FÉVRIER 1892
M. DE QUATREFAGES
La science vient de faire une très grande perte en la
personne de M. de Quatrefages. L’éminent professeur
d'anthropologie du Muséum s'est éteint le 12 janvier, à
l’âge de 82 ans. La nouvelle de sa mort a suivi de très
près la nouvelle de sa maladie. La douloureuse surprise
qu’elle a causée à été d’autant plus grande que, peu de
jours auparavant, l’activité physique et intellectuelle de
V'illustre savant faisait encore l’admiration de tous.
Cette Revue a considéré comme un devoir de consacrer
‘une courte notice à la
belle carrière et aux {ra-
vaux scientifiques d'un
homme dont le nom fi-
gurera toujours dans la
liste des grands natura-
listes francais.
Jean-Louis-Armand de
Quatretages de Bréau
était né le 10 février
1810, à Berthezène, pe-
tit village des Céven-
nes, dans le départe-
ment du Gard. Il étudia
d’abord la médecine à
Strasbourg. Nommé au
concours préparateur de
physique et de chimie à
la Faculté, il prit succes-
sivement les grades de
licencié et de docteur
ès sciences mathémati-
ques, de docteur en
médecine et de docteur
ès sciences naturelles.
M. de Quatrefages n’eut
jamais à regretter d’a-
voir consacré une bonne
partie de sa jeunesse à
des études aussi variées
que solides. « Chaque
fois que j'ai dû changer
la direction de mes étu- M
des, disait-il, j’ai trou-
vé, bien souvent, dans
ma nouvelle carrière,
l’occasion d'appliquer des notions acquises dans les
précédentes. »
En 1833, M. de Quatrefages alla se fixer à Toulouse
pour exercer la médecine, Il consacrait à des recherches
d'histoire naturelle les loisirs que lui laissait sa clientèle.
En 1838, il fut chargé du cours de zoologie à la Faculté
des Sciences. Mais, ne pouvant poursuivre ses recherches
en province, il résigna bientôt ses fonctions et vint
s'établir à Paris. Le jeune savant n'étant pas riche il
dut chercher à se procurer des ressources. Il écrivit des
articles dans la Revue des deux Mondes et il dessina un
certain nombre de planches pour le Règne animal illustré.
M. de Quatrefages aimait à raconter ces débuts plus que
modestes aux jeunes gens qu’il voulait encourager.
Dès cette époque, il sut donner à ses travaux une
. dé Quatrefages, décédé à Paris, le 12 janvier 1892
(photographie de M. E. Pirou).
êtres qui le composent, des différences extrêmement
considérables, au point de vue de la complication orga-
nique. À l’une des extrémités de ce règne, les actes
vitaux s’accomplissent à l’aide d’appareils très nombreux
et très complexes; à l’autre extrémité se trouvent des
animaux chez lesquels on ne retrouve qu'avec une
grande difficulté des traces de ces appareils. » Pour
démêler les rapports qui relient entres elles des espèces
en apparence si différentes, M. de Quatrefages, partant
de ses premières études sur l’homme, descendit l’échelle
des animaux et s’attacha à l’étude de ce qu’il croyait
être « la marche suivie par la nature dans la simpli-
fication ou dégradation
des organismes ». Il en-
treprit et mena à bonne
fin un grand nombre
de monographies, dans
lesquelles il s’occupait
de la forme extérieure,
de l'anatomie, dela phy-
siologie et même de
l’embryologie, desespè-
ces étudiées. Ces recher-
ches ont porté sur tous
les embranchements du
règne animal ; les seules
Annélides on fait l’objet
de plus de vingt mémoi-
res. Parmi les mollus-
ques, M. de Quatrefages
s’attacha principale -
ment à l’étude de ce cu-
rieux groupe auquel il a
donné le nom de mollus-
ques phlébentérés, et qui
fut l’objet de tant de
discussions de [a part
des zoologistes de tous
les pays.
En 1840, les natura-
listes étaient bien loin
de posséder les moyens
de travail dont on dis-
pose aujourd’hui. Il n'y
avait pas de laboratoires
de zoologie aux bords
de la mer. Le jeune sa-
vant dut partir pour les
côtes de la Bretagne et aller travailler dans les auberges
ou dans les cabanes des pêcheurs. IL visita successi-
vement l’archipel de Chausey, Saint-Vaast la Hougue,
Boulogne, Saint-Malo, Guettarry, Saint-Sébastien. Plus
tard, en compagnie de Milne-Edwards et de M. Blan-
chard, il parcourut les côtes de la Sicile. Le récit de ces
voyages fut publié par l’auteur en un livre intitulé :
Souvenirs d’un naturaliste. La lecture peut en être recom-
mandée à tous les jeunes naturalistes. Ils pourront com-
parer les facilités du présent avec les difficultés du passé
et admirer le spectacle d’une vocation scientifique que
rien ne saurait altérer ni décourager.
Ces travaux, ainsi que diverses notes publiées sur l’'em-
bryogénie de divers animaux,sur les phénomènes de phos-
phorescence, sur la fécondation artificielle des Poissons,
etc., valurent à M. de Quatrefages sa nomination comme
MO eSSeUr d'histoire naturelle au lycée Henri IV, Trois
30 LE NATURALISTE
ans plus tard (1832), il fut élu membre de l’Académie des
Sciences, dans la section de zoologie, en remplacement
de Savigny.
En 1855, M. de Quatrefages fut appelé à la chaire d’an-
thropologie du Muséum. Cette nomination fut le point de
départ de ce qu’on peut appeler la seconde période de
la carrière scientifique de l’illustre savant. La chaire
d'anthropologie, fondée en 1832 pour Flourens, qui était
un physiologiste, avait été occupée ensuite par Serres,
qui était un anatomiste, M. de Quatrefages s'appliqua
à élargir le cadre, par trop médical, où ses prédécesseurs
avaient enfermé la science de l’homme. Naturaliste, il
voulut étudier l’histoire naturelle de l’homme et appliquer
à l'espèce humaine les principes qui l'avaient guidé dans
l'étude des animaux inférieurs. Il fut conduit à aborder
les problèmes les plus élevés et les plus délicats. Ce fut
d’abord la question de l’unité de l’espèce humaine. M.de
Quatrefages se déclara monogéniste ; il développa les
arguments en faveur de son opinion dans son enseigne-
ment et dans des livres qui furent traduits dans un grand
nombre de langues. Malgré sa parfaite loyauté et le
caractère exclusivement scientifique de ses œuvres,
l’auteur ne put parvenir à plaire à tout le monde : « Le
dogmatisme et l’antidogmatisme, disait-il récemment
dans un discours à la conférence Scientiu, ont de tout
temps, et aujourd’hui plus que jamais, pris pour théâtre
de leur lutte ce terrain (de l'anthropologie) qu’ils auraient
dù respecter. Trop souvent, ils ont été conduits à consi-
dérer les faits à travers le prisme de leursdoctrines et à
résoudre, en vertu d'a priori qui n’avaientrien de scien-
üifique, des questions relevant de la science seule.
Chargé d'enseigner l’histoire naturelle de l'homme, je me
promis bien de ne jamais écouter ni l’un ni l’autre et de
rester exclusivement naturaliste. Je puis dire que je suis
resté fidèle à cette promesse. Par cela même je ne fus
pas toujours compris, surtout au début, On interpréta
mes paroles, on me prêta des opinions. Un de mes col-
lègues de la Société d'anthropologie me traita un jour
de mystique, parce que je soutenais l'unité spécifique
de tous les hommes; peu après, j’apprenais qu’un jour-
nal m'avait représenté comme un matérialiste déguisé,
parce que j’admettais la multiplicité des centres de créa-
tion pour les animaux et les plantes. En fait, dans les
deux cas, j'avais seulement répété ce que m'avaient
appris l'expérience el l’observation. »
Plus, tard M. de Quatrefages eut à s'occuper du Darwi-
nisme. Tout le monde sait qu'il a toujours combattu
cette théorie tout en faisant le plus grand éloge de
Darwin, Veut-on connaître son opinion exacte? Il la
résumée lui-même dans le discours précité, lequel cons-
titue une sorte d’autobiographie scientifique. Voici
comment il s’est exprimé : « Laconception de Darwin est
le plus vigoureux effort qui ait été fait pour éclaircir ce
qu'il a appelé lui-même le mystère des mystères, savoir le
développement et la succession des êtres vivants à la
surface du globe. C'est même la seule en réalité qui
mérite le nom de fhéorie, parce que seule elle em-
brasse les faits d'ensemble et de détail, et les coor-
donne par un petit nombre de lois ou principes logi-
quement enchaînés. Pour qui accepte toutes les hypo-
thèses de Darwin, le passé, le présent des faunes et des
flores n’ont presque plus de secrets, et leur avenir
. même peut en partie être prévu : Je comprends toutes
les séductions que ne pouvaient manquer d’exer-
cer ces merveilleuses perspectives ouvertes à l’esprit
humain par un homme d’un savoir profond, servi par une
intelligence des plusingénieuses, ennobli par une bonne
foi, par une loyauté que l’on ne saurait trop proclamer.
Mais un trop grand nombre de ces hypothèses sont en
contradiction flagrante avec une foule de faits démontrés
par l'expérience aussi bien que par l’observation; et j'ai
dù combattre Darwin avec d'autant plus de persévérance
que ses idées étaient plus séduisantes et plus généra-
lement adoptées,
« Deux devoirs s’imposaient à moi, dans cette lutte
avec le grand penseur anglais. Le pemier était de me
rendre un compte rigoureusement exact de sa pensée et
de Pexposer fidèlement avant de la combattre; le se-
cond, de reconnaitre et ne jamais oublier les services de
premier ordre rendus par lui à la science positive, non
seulement par des travaux accomplis en dehors de
toute théorie, mais encore et plus encore, peut-être,
par ceux-là mêmes dont j'avais à discuter les données
fondamentales. Il m'est permis de dire que je me suis
efforcé de les remplir de mon mieux et que j'ai réussi.
J'en ai pour garant Darwin lui-même. Il répondit à l’en-
yoi de mon livre en me remerciant d’avoir été l'inter-
prète exact de sa doctrine; en ajoutant qu'il aimait
mieux être critiqué par moi que loué par bien d’autres.
Son fils Francis Darwin, en répétant ces paroles au ban-
quet que lui offrit Scientia, a attesté qu’elles n'étaient
pas une simple politesse, mais que telle étaiten réalité la
pensée de son père. De tous les témoignages bienveillants
que mwa valus ce livre, c’est bien celui dont j'ai été le
plus heureux. »
Indépendamment de ses travaux sur les grandes ques-
tions de philosophie naturelle, M. de Quatrefages a pu-
blié un grand nombre d’ouvrages d'anthropologie pro-
prement dite. Nous ne pouvons que citer ici sa magis-
trale étude sur les Polynésiens et leurs migrations, ses
livres intitulés : Hommes fossiles et hommes sauvages ; les
Pygmées ; Introduction à l’étude des races humaines ; Rap-
port sur les progrès de l’Anthropologie en France, etc.
Il fut l’un des premiers à admettre et à proclamer l’an-
tiquité géologique de l'Homme et son existence dans
notre pays, à l’époque quaternaire. En collaboration
avec M. le docteur Hamy, il a publié les Crania ethnica,
une volumineuse monographie des races humaines vi-
vantes et fossiles.
De pareils travaux méritaient Les plus grands honneurs.
Ils n’ont pas manqué à l'illustre savant. Il a présidé
plusieurs fois des congrès internationaux et recu des
marques de distinction considérables de la part de plu-
sieurs gouvernements étrangers. Il faisait partie de la
Société royale de Londres, de la Société impériale de
Moscou, des Académies des Sciences de Bruxelles, de
Munich, etc. En France, il a présidé plusieurs fois la
Société de géographie. Enfin il était commandeur de la
Légion d'Honneur et officier de l’Instruction publique.
11 est à peine besoin de parler de la noblesse de ca-
ractère et des qualités de cœur de M. de Quatrefages, Elles
se reflètent dans ses travaux. Pourtant, ilfaut signaler
sa belle conduite pendant et après le siège de Paris.
Resté dans la capitale, dans la maison de Buffon quil
habitait au Muséum, il eut la douleur de constater que
le Muséum d'histoire naturelle servait souvent de cible
aux obus prussiens. Il protesta d’une belle manière, en
publiant une dernière « monographie » : la Race prus-
sienne.
Jusqu'à sa dernière heure, M. de Quatrefages a gardé
en. 4 ra gite CEE ut des de 1) 96 SN). IE te
LE NATURALISTE 31
—
toute l’ardeur, tout l'enthousiasme scientifique de la jeu-
nesse. Nul n’a eu plus de confiance en l'avenir. Dans
un de ses derniers cours du Jardin des Plantes, il di-
sait à ses auditeurs : « Je ne répéterai pas le mot déses-
péré de du Bois-Raymond. L’éminent physiologiste a
terminé un de ses discours en disant : Ignorabimus!
nous ignorerons à jamais. Je me borne à dire : Ignora-
mus! nous ignorons pour le moment. Qui donc, en pré-
sence des merveilleux progrès accomplis dans ce siècle,
peut s’arroger le droit d’assigner les limites au savoir
de l’avenir ? »
M. Boure.
LE PAPILIO MACHAON, Linné
et ses différentes variétés
(suite et fin).
4°Papilio Machaon Linné, Variété Asiatica. Ménétriès.
Si d'Europe on passe en Asie, on constate la présence de
Machaon sur un grand nombre de points de ce vaste continent,
depuis les régions centrales et méridionales de la Sibérie au
nord, jusqu’au midi de l’Indoustan et aux rivages de la Mer de
la Chine. Mais l’aspect de ce Papilio dans les différentes sta-
tions de cette vaste étendue de pays est loin d’être semblable à
celui qui nous est si familier. Dés l’année 1840, Ménétriès
désigna sous le nom d’Asiatica une variété de Machaon spéciale
aux contrées orientales de l'Asie, et qui diflére du type euro-
péen par une taille généralement plus grande, par la forme du
contour du bord externe des ailes supérieures qui est sensible
. ment dentelée, et surtout par l’extension de tous les dessins
ordinaires. La marginale, les taches discoïdales, ainsi que les
nervures des mêmes ailes, sont tellement élargies, que les taches
jaunes qui couvrent le milieu du disque se trouvent presque aussi
réduites que celles du Papilio Xuthus Linné. La bande pré-
marginale des secondes ailes, de son côté, offre une largeur si
considérable, qu’elle touche presque le bord de la cellule dis-
coïdale. Son contour intérieur est, du reste, assez caractéristique ;
il s’étend à peu près en ligne droite, ou à peine courbée, depuis
la côte jusqu'à l’angle anal; tandis que, chez le Machaon
typique et même chez la forme Sphyrus, ce contour est concave
et assez profondément denté. Asialica s’écarte donc franche-
ment du type normal qui vole autour de nous; mais on ne sau-
rait disconvenir qu’il se rapproche beaucoup du Sphyrus pré-
cité; et l’analogie qui existe entre ces deux races de papillons
d'origine et de milieux si différents mérite d’être relevée. La
ressemblance ne dégénére cependant pas en une similitude
parfaite. La variété établie par Ménétriès est, en général, en-
core plus obscure que celle de Hubner. La marginale postérieure
est plus large, son bord intérieur qui frise la cellule est plus
droit; les taches bleues qui en couvrent les espaces internervu-
raux sont, en revanche, moins développées et moins brillantes,
bien que celle qui surmonte l’ocelle anale soit exceptionnelle-
ment très vive. Il est, par conséquent, toujours possible de
distinguer Asiatica de Sphyrus dans la grande généralité des
cas; et cela étant, cette variété nous paraît devoir conserver le
nom qui lui a été imposé par son auteur. Nous ne pouvons,
par conséquent, partager l’avis du docteur Staudinger qui assi-
mile dans son grand catalogue la présente race asiatique de
Machaon à celle du Midi de PEurope et du Nord de l'Afrique.
Asiatica est, il est vrai, ainsi que le dit ce savant lépidoptériste
pour son Sphyrus latinus nigro fasciala; mais il ne répond nul-
lement à la caractéristique exprimée par ces mots : Maculis
cœruleis permagnis; et ce défaut, très important en lui-
même, nous paraît suffisant pour maintenir ces deux variétés
séparées.
Asiatica se trouve répandu dans tout le sud-est de la Sibérie,
dans PAmurland, en Daourie, dans toute la partie orientale de
la chaîne des Monts Altaï et peut-être dans le Kamtchatka,
Dans ces différentes stations, il constitue une forme constante
qui parait exclure celle du Machaon normal, absolument comme
Sphyrus lui-même dans le nord de l'Afrique. Il pénètre, vers le
sud-ouest dans le massif alpin de l'Asie centrale où M. Alphe-
raky et les chasseurs du docteur Standinger l’ont recueilli dans
beaucoup de localités. Selon l'explorateur du district de Kouldja,
Asiatica volerait pendant tout l’été sur les montagnes du Tian-
Chan, depuis une altitude relativement élevée jusqu’aux limites
inférieures des neiges perpétuelles; et, selon Ménétriès, la
même forme se rencontrerait sur les cimes élevées de la chaîne
de l'Himalaya. Il semble permis de conclure de ces indications
séographiques que la variété qui nous occupe ne tend à se
développer que sous des climats relativement très froids, ce qui
est exactement le contraire de notre race Sphyrus qui ne com-
mence à se montrer en Europe que dans des régions d’une
température élevée. Ce rapprochement que nous notons en pas-
sant semble donc démontrer que ces deux variétés que nous
considérons comme distinctes, résultent aussi de causes diamé-
tralement opposées.
50 Papilio Machaon Linné, Variété Hippocrates Staudinger.
La plus intéressante de toutes les variétés connues de Ma-
chaon est certainement celle qui vient de paraître au jour,
sous le nom d’'Hippocrates et que le docteur Staudinger répand
dans les collections sous ce nom; elle est plus remarquable, à
tous les points de vue, que toutes celles que nous avons étu-
diées jusqu'ici. Hippocrates, qui a été découvert d’abord dans
la partie septentrionale du Japon et retrouvé ensuite dans les
régions de l’Amurland, entre la Chine et la Sibérie, se distingue
de la forme précédente avec laquelle elle manifeste le plus
d’analogie par sa grande taille, qui n’est pas inférieure à celle
des plus forts exemplaires de Xuthus Linné, et par l'intensité
plus vive de la teinte jaune générale du fond. Puis, en ne con-
sidérant que la face supérieure, on trouve que les taches mar-
ginales jaunes des premières ailes sont presque réduites à l’état
de points; que le grand espace triangulaire noir sablé, de jau-
nâtre qui couvre la base fait une saillie vers le bord interne et
s'unit ainsi visiblement à la bande transversale qui précède
l'extrémité de l'aile; que les taches triangulaires du fond alignées
sur le milieu du disque sont salies extérieurement par un semis
d’écailles noires assez denses. Les taches lunulaires jaunes
qui précédent le bord de l'aile postérieure, au nombre de six
seulement, parce que la première vers la côte est ordinaire-
ment absente, sont également couvertes par un lavis obscur
semblable à celui dont il vient d'être question. La bande
noire prémarginale, au bord de laquelle ces taches reposent,
est extrémement dilatée; son contour interne presque rectiligne
couvre l'extrémité inférieure de la cellule discoïdale ; elle n’est
marquée que de légères macules internervurales bleuâtres ; et
elle englobe totalement l’ocelle anale qui est d'un rouge beau-
coup plus sombre que chez n'importe quelle autre varitté.
Le dessous d’Hippocrates est encore plus tranché que la face
opposée, surtout celui de l'aile postérieure. La bande prémar-
vinale, toujours plus ou moins grisàtre chez toutes les formes
de Machaon, est, au contraire, dans le cas qui nous occupe d’un
noir profond, avec une zone médiane dun bleu brillant qui
rêone d’une manière ininterrompue d’un bord de l’aile à l’autre.
Cette bande est appuyé du côté intérieur contre trois taches
ferrugineuses, analogues à celles qui s'observent soit chez la
faune normale, soit chez ses différentes variétés; mais elle est
bordée, en outre, extérieurement, par une large ligne flexueuse
dun fauve rougeâtre qui n'existe jamais, même à l’état de
vestige, chez aucune modification de l'espèce. Sans les carac-
ières si remarquables de la face inférieure Hippocrates pour-
rait passer pour un ferme extrême, et en quelque sorte pour
une exagération de la forme Asiatica; mais, à cause de ces
détails absolument insolites et, par conséquent, d’une grande
importance au point de vue de la séparation des races, la
curieuse et remarquable variété dont il s’agit ne saurait être
confondue avec aucune des formes de Machaon observées jus-
qu’à ce jour. Ajoutons que ce grand et beau Papilio possède
un faux air de Xuthus, dont il atteint, du reste, la taille, mais
que l’analogie est toute superficielle, car ces deux types sont
spécifiquement distincts et ne montrent aucun indice de parenté
sérieuse,
L. AUSTAUT.
LES ANIMAUX-PLANTES
On rencontre fréquemment dans la nature des pro-
ductions bizarres, qui sembleraient tenir des deux
règnes si on ne les regardait d’un peu près. Il y a long-
temps que ces animaux-plantes ont fixé l'attention des
observateurs. Vaillant, Linné, Bulliard, ont parlé d’une
32
des plus belles espèces européennes, le Cordyceps mili-
taris aux coloris bariolés, La Mouche végétante des An-
tilles ou des Caraïbes est, depuis longtemps, l'objet d’une
attention toute spéciale dans l'Amérique centrale, Voici
d’ailleurs ce qu’en dit le naturaliste Bosc : « La nymphe
morte d’un insecte de Cuba et de Saint-Domingue porte,
sur son dos, une espèce de champignon du genre des
Clavaires. Des personnes peu éclairées en ont voulu
conclure que des animaux pouvaient se transformer
immédiatement en végétaux; mais l’on sait que telle
est la nature de certains champignons, notamment de
cette Clavaire, de ne pouvoir croître que sur des sub-
stances animales déterminées. Si le temps n’est pas fa-
vorable, il périt plusieurs de ces nymphes de Cigales
qui vivent dans la terre sous les feuilles mortes. La se-
mence de la Clavaire s’y attache et s’y développe, voilà
tout le merveilleux. De longs filets blancs et soyeux
couvrent aussi le corps de ces nymphes de Gigales, de
même que celui de quelques guêpes et de quelques
Sphinx. »
Le merveilleux qui entoure ces aériennes produc-
tions, ne pouvait faire autrement que de leur attribuer
des propriétés qu’elles n’ont pas. C’est ainsi que, dans la
médecine chinoise, le Cordyceps Sinensis est réputé
comme un remède à tous les maux, que ne peuvent
employer que les grands personnages. Actuellement on
vend, par petits paquets soigneusement préparés, les
larves desséchées
el leur parasite
sur tous les mar-
chés chinois: on
les fait servir à
des mets délicats
dont nous autres
Européens, nous
ne nous faisons
certainement pas
une idée bien
exacte.
LE NATURALISTE
Au Japon, c’est
un hémiptère qui
porte fixé entre
la tête et le cor-
selet, un long ap-
pendice terminé
par la partie fruc-
tifère, Voici ce
1 É qu'en dit un ou-
Fig, 1. — Paquet de larves desséchées s :
et leur parasite (Cordyceps sinensis rage JÉRORÈS
destiné aux écoles
primaires de ce
pays, — où l’ins-
truction est obli-
gatoire! — « En
Tchikongo, sous-préfecture de Rox-Mu, à Yabeoura
montagne de Miyakouano, on trouve un insecte qui, en
été, se remue, s’agite et vole, et en automne se change
en plante; la racine en est de couleur violette, » II pa-
raîtrait même, d’après la lettre d’un missionnaire, que
«les partisans de Darwin au Japon en font un grand cas
pour appuyer leurs théories transformistes »,
A la Nouvelle-Zélande croît le géant du genre, le re-
marquable Cordyceps Robertsii qui figurait en 1889 à l’ex-
position néo-zélandaise, La larve parasitée est l’Hepialus
virescens qui vif, pendant une partie de l’année, sur les
Berk.) vendu sur les marchés chinois.
Fig. 2. — Hémiptère du Japon portant
fixé entre la tête ei le corselet un
Cordyceps sphecocephala (Dicks.).
N? Ô ve ' 1
Gi DS NN ET PR TG Re A NU tt
= NL) Ÿ VPN UT IAURS he": …
feuilles d’un certain nombre de plantes et particulière
ment d'un Metrosideros. En février elle s’enfonce en terre
pour y subir ses métamorphoses; mais, au lieu d’un pa-
pillon, on voit souvent apparaître à l’endroitoù elle s’est.
enfoncée dans le sol, une longue tige grêle, surmontée
d’une massue. Il paraît même que cette espèce est vi-
vace et dure plusieurs années : chaque année la partie
supérieure du réceptacle fructifère se détruit et, à sa place,
s’en développe un autre qui sera à son tour remplacé
l’année suivante,
Nombreux sont les insectes qui donnent naïssance, en
une partie quelconque de leurs corps, à de semblables
parasites : les Diptères, les Hémiptères, les Orthtopères,
les Lépidoptères, les Coléoptères,les Hyménoptères, etc.,
tous y passent. Les Araignées elles-mêmes n’en sont pas
exemptées depuis les minuscules Lucifuges qui se réfu-
gient sous l'écorce des arbres de nos bois jusqu'aux
grosses Mygales des régions chaudes du nouveau monde.
Le relevé que nous avons fait porte à 55 le nombre des
espèces de Cordyceps actuellement connus; mais il est
probable que beaucoup d’entre elles, décrites souvent sur
un exemplaire unique et par conséquent peu connues,
doivent faire double emploi.
Quels sont les caractères des Cordyceps et à quoi peut-
on les reconnaitre? Ils consistent
généralement en un stipe allongé,
dressé, fixé sur le corps d’un insecte
ou d’un arachnide et claviforme, la
massue pouvant occuper une grande
partie de la longueur du stipe (com-
me dans le C,militaris) ou seulement
l'extrémité supérieure. Quant aux or-
ganes fructifères (périthéces), ils sont
enfoncés dans la substance même de
la massue ou superficiels. A lin-
térieur de ces périthèces on trouve
des sacs clos de toutes parts, allongés
(asques) contenant huit petits corps
auxquels on donne le nom de spores.
Ces spores sont filiformes, en longs
bâtonnets, cloisonnées de place en
place et se séparant facilement et de
bonne heure à la hauteur de ces cloi-
sons, Dans un genre voisin, le stro-
ma, au lieu de former une colonne
plus ou moins allongée, est ténu,.
membraneux, et les spores sont obs-
curémentseptées. M. Boudier à don-
né à l’unique espèce dont il est com-
posé le nom de Torrubiella aranicida.
On peut se demander pourquoi ce ;
nom de Torrubiella? Ge n’est autre 1
chose que le diminutif de Torrubia l
proposé par Léveillé pour désigner l
le genre plus anciennement connu
sous la désignation Cordyceps, en
l'honneur du moine espagnol Tor-
rubia qui s'était occupé, avec succès,
de l'histoire naturelle de l’Amérique
espagnole.
Quel est le rôle joué par ces champignons dans l’har-
monie de la nature? Il est assez difficile de se prononger
à ce sujet. La mortalité qu’ils causent n’est pas très con-
sidérable et, de plus, les insectes parasités ne comptent
pas parmi les plus redoutables,
Fig. 3. — Asque el
spores de Cordy-
ceps.
LE NATURALISTE 33
Comme tous les champignons, les Cordyceps présentent
un polymorphisme assez complexe. Les massues longue-
ment stipitées, aux teintes plus ou moins vives, ne cons-
tituent pas leur seul mode de reproduction. Souvent on
rencontre des insectes ou des Arachnides recouverts
d’une poussière blanche ou bien encore de petits buis-
sons floconneux, comme saupoudrés de farine: ces pro-
ductions, qui portent le nom de Botrytis dans le premier
cas, d'Isaria dans le second, ne sont que desétats impar-
faits de champignons dont les Cordyceps, avec leurs
Fig. 4. — Cordyceps militaris (Link) sur une chenille.
Fig. 5. — Isaria farinosa (Fries) sur une chenille.
massues, représentent le stade Le plus avancé de dévelop-
pement, ce que les mycologues appellent la forme asco-
phore. Les Botrytis et les Isaria sont formés par des
conidies. Ces dernières formes sont loin d’être toutes
connues à l’état parfait. Si le magnifique Cordyceps mili-
taris qui joue son rôle en détruisant les Bombyxdelaronce
est représenté sous sa torme conidienne par l’Isaria fari-
nosa, on n’en pourrait dire autant de beaucoup d’autres,
particulièrement des Botrytis Bassiana et tenella.
Ces deux champignons, le dernier surtout, sont à
Vordre du jour ;presque semblables par tous leurs ca-
ractères essentiels, ils se distinguent par la forme et la
dimension de leurs corps reproducteurs, de leurs spores
et plus encore par leurs propriétés. Le premier est une
espèce nuisible avant tout : c’est lui qui, pendant de
longues années, a jeté la désolation dans les magnane-
ries en détruisant les vers à soie; le second est aussi re-
cherché que le premier est redouté, c’est à lui que
semble dévolue la tâche bienfaisante d’anéantir les larves
du Hanneton. Nous n’entrerons pas dans de longs détails
sur ce sujet d'actualité que tout le monde connaît plus
ou moins,
Quelquefois Les Isaria présentent des dimensions rela-
tivement considérables, par exemple l’Isaria gigantea qui
habite Cuba où il se développe aux dépens d’une Mygale.
C’est probablement à une de ces grandes formes que fait
allusion M. Ed. André dans le récit de son voyage dans
l'Amérique du Sud. À San Pablo son guide lui parla d’un
animal-plante,le Cuso, qu’on lui dépeignitainsi: « un gros
ver blanc à tête noire et à six pattes. Il vit dans le sol.
Quand il va mourir ou plutôt se transformer. il s'enfonce
profondément, ses pattes deviennent autant de racines
et sa tête une tige couverte de feuillage et de fleurs. L’ar-
buste, que vous devez avoir rencontré, porte le nom de
l’insecte. » Pour l'intelligence du récit, il est indispen-
sable de faire remarquer que, souslenom de Cuso, on con-
naît une Rubiacée à feuilles dorées en dessous. Le voya-
geur français promit 100 piastres fortes au premier qui
lui rapporterait l’animal-plante, L’appât d’une telle
somme produisit ce qu’on devait en attendre et, le jour
même, on lui rapportait une larve rappelant celle des
Hannetons dont chacune des pattes se prolongeait en une
sorte d’appendice renflé en massue à son sommet, ce à
quoi s'attendait M. Ed. André. Ces appendices n'étaient
autres que des champignons appartenant au genre Isaria.
De là à expliquer les affinités de l’insecte avec la Rubia-
cée à laquelle il avait emprunté son nom, il n’y a qu'un
pas : le Cuso, retiré dans le sol, se nourrit aux dépens
des racines de la plante sous lesquelles il reste parfois
engagé en partie par la tête après sa mort et après le dé-
veloppement du parasite. Il semble alors — avec beaucoup
de bonne volonté — donner naissance à la plante du Cuso
avec laquelle on pourrait croire qu'il est intimement
lié, et les appendices résultant des rameaux de l’Isaria
ressemblent vaguement à de véritables racines. C’est ainsi
que le merveilleux s’évanouit quand on ose le fixer.
P. Hartor.
DESCRIPTION DE LÉPIDOPTÈRES NOUVEAUX
Borocera Esteban, n. sp. — 50 millimètres. Aiïles supé-
rieures très allongées avec l’angle interne aplati, ne formant
qu'une sorte de coude ; inférieures arrondies aux angles interne
et anal, droites au bord terminal. Dessus des supérieures brun
ferrugineux avec une ombre plus päle traversant l’aile au tiers
extérieur. Dessus des inférieures noir brun, ferrugineux le
long de la côte, garni de poils au bord abdominal et avec une
large bordure jaune de l’apex jusqu’un peu avant l’angle anal.
Franges presque nulles aux supérieures, jaunes aux inférieures.
Dessous comme le dessus, mais plus ferrugineux et l’ombre des
supérieures plus jaune. Antennes pectinées jusqu'aux extré-
mités, mais beaucoup plus rrcfondément dans la première
moitié, recourbées à partir du milieu. Abdomen très allongé.
Corps et pattes brun ferrugineux.
Deux ©” des environs de Loja, 1890.
Lobeza Favilla, n. Sp. — © 60, e 10 millimètres. Dessus
des supérieures grisaille, traversé par une première ligne grise,
sinueuse (lextrabasilaire) à peine distincte, puis au-delà de la
cellule par une seconde ligne mieux indiquée, également grise
et sinueuse et sur le centre de laquelle s'appuient intérieure-
ment deux éclaircies blanches. Une ligne subterminale blanche
dentée, termine le dessin de ces ailes qui sont bordées d’un
point noir entre chaque nervure. Dessus des inférieures gris,
recouvert de poils blonds. Dessous des quatre ailes gris, en partie
recouvert de poils blonds. Franges blanches aux quatre aïles.
Antennes pectinées dans les deux sexes, plus faiblement dans
la
Tête, thorax, antennes, cendrés; dessus de l’abdomen et des-
sous du cou bruns.
Un ©” ex larnà, éclos à Loja le 2 juin 1890; un re également
de Loja 1890.
Le cocon envoyé avec le mâle mesure 30 millimètres, est
allongé, souple et de teinte grise.
P. Docxin,
LA REMIZ PENDULINE
Ægithalus pendulinus (Boie).
De toutes nos Mésanges de France, celle-ci est avec la
Panure à moustaches, la plus rare et la moins connue ;
c’est pour ces motifs que nous lui consacrons cetarticle.
Le mâle a le dessus de la tête, la gorge et le cou blancs,
quelquefois grisâtres, le bas du dos et les couvertures de
34 LE
la queue d’un roux cendré, la poitrine grise nuancée de
rose, le front et lesjoues d’un noir bistre, les rémiges et
les rectrices noirâtres, bordées de blanc roussâtre, l'œil
brun, le bec d’un noir plus ou moins foncé, les pattes
grises.
La femelle ne diffère du mâle que par des teintes plus
claires et par le noir des joues moins étendu.
Ce charmant petit oiseau, qui n’a qu'une longueur de
0 m. 10, est
remarquable
par sa vivaci-
té, son agilité
etsa hardies-
se, mais il
est en même
temps d’une
telle pruden-
ce qu'il se dé-
robe sans
cesse à l'œil
du chasseur
et se laisse
difficilement
prendre aux
pièges.
Temminck,
qui avait éta-
bli trois divi-
sions dans le
genre Mé-
sange (Pa-
rus ), avait
placé la Ré-
miz dans cel-
le des Rive-
rains ; c'est,
en effet, sur
les bords des
étangs et au
milieu desro-
seaux qu'elle
habite exclu-
sivement, et
on ne la ren-
contrejamais
dans les bois
autres que
ceux quisont
situés dans
les endroits marécageux, Elle vit au milieu des ro-
seaux dont elle mange les graines; elle se nourrit en
même temps d'insectes et de leurs larves, Aussi agile
que les autres Mésanges, elle se suspend aux roseaux el
s’y cache si complètement que l’on entend souvent
son cri retentissant sans parvenir à l’apercevoir.
En automne, les Rémiz se réunissent par petites trou-
pes de trois à six individus, mais ne s'arrêtent que dans
les lieux humides.
L’art que cet oiseau apporte dans la construction de
son nid a attiré depuis longtemps l’attention des natu-
ralistes : « Je lui ai donné, a dit Buffon, le nom de pen-
duline qui représente à l’esprit la singulière construction
de son nid, » Ce nid est, en effet, le plus curieux de ceux
de tous les oiseaux de France et ne peut être comparé
qu'aux nids de certaines espèces de Tisserins de l'Inde et
MÉSANGE REMIZ, mäle et femelle, el
leur nid. (Dessin de P. Mahler,
NATURALISTE
de l'Afrique, car il est également en forme de bourse ou
de besace, fixé par son extrémité supérieure et suspendu
le plus souvent au-dessus de l’eau.
Baldamus (1) en a donné une description très exacte :
«Le mâle et la femelle déploient une grande ardeur à
construire leur nid, et cependant on a de la peine à com-
prendre comment ils achèvent une œuvre pareille en
moins de quinze jours. La Rémiz penduline commence
par faire
choix d’un
rameau min-
ce, pendant,
présentant
une ou plu-
sieurs bifur-
cations à peu
de distance
de son point
d'origine ; el-
le l'entoure
de laine, plus
rarement de
poils de chè-
vre, de loup,
de chien ou
de filaments
d’écorces.
Entre les
branches de
la bifurcation
elle fixe les
parois latéra-
les du nid, les
tisse jusqu’à
ce qu’elles
dépassent as-
sez ces bran-
ches pour
qu’elle puis-
se les ratta-
cher en bas
l'une à lau-
tre et former
ainsi un plan-
cher aplati.
Ce nid, ainsi
ébauché, res-
semble à un
panier à
bords plats, Les parois extérieures sont ensuite solidi-
fiées. L'oiseau se sert à cet effet du duvet des peupliers
ou des saules qu'il agglutine au moyen de sa salive et
qu'il fixe avec des filaments d’écorce, de la laine et des
poils. Le nid présente alors la forme d’un panier arrondi;
à ce moment l’oiseau commence à construire une petite
ouverture latérale circulaire. Cette ouverture n’est ce-
pendant pas la seule : le nid en a deux, l’une est munie
d’un couloir de un à trois pouces de long ; l’autre reste
ouverte. Une des ouvertures est fermée plus tard, j'ai vu
cependant un nid où cette ouverture n'avait pas été
bouchée. Enfin la Rémiz penduline dépose au fond de
son nid une couche d'environ un pouce d'épaisseur de
duvet végétal et la construction est terminée. »
d’après nature.)
(1) Baldamus. Naumannia, 1, p. 50.
LE NATURALISTE 35
Toutefois nous devons faire remarquer que nous avons
vu un certain nombre de ces nids qui présentaient entre
eux des différences de forme assez sensibles, provenant,
sans doute, des matériaux employés et des endroits où
ces nids avaient été suspendus. Ils ont généralement la
forme d’une bourse de 16 à 22 centimètres de haut et de
11 à 14 centimètres de diamètre ; l’ouverture qui figure
assez exactement le goulot d’une bouteille est tantôt
placée horizontalement, tantôt située obliquement en
bas.
C'est dans ce charmant berceau que l'oiseau dépose de
5 à 7 œufs d’un blanc pur, sans reflet, et de forme allon-
gée et cylindrique.
La Rémiz n’est pas commune en France; elle n’a été
tuée qu'accidentellement dans le Nord et l'Est; elle est
cantonnée en été dans les environs de Pézénas ; on la
trouve également dans l’Aude, les Pyrénées-Orientales,
le Gard et surtout sur les bords du Rhône.
La véritable patrie de cet oiseau est la Russie, la Li-
thuanie et la Galicie. Dans ces contrées le nid si curieux
de la Rémiz devait naturellement frapper d’étonnement
- les gens superstitieux, aussi a-t-on attribué à ces nids
des propriétés thérapeutiques. Le naturaliste de Radde
dit que, chez les Mongols, pour guérir la fièvre intermit-
tente, on fait respirer la fumée dégagée par un morceau
d’un de ces nids que l’on brüle ; un nid ramolli dans
l'eau chaude guérit les rhumatismes ; il suffit de l’appli-
quer sur la partie douloureuse.
« Les nids de ces oiseaux passent en Russie pour être
très efficaces contre toutes sortes de maladies qu'ils ont
la propriété d’éloigner, surtout la fièvre et les épizooties.
Un paysan du gouvernement d’Astrakan arriva un jour à
Kasan avec une voiture chargée de ces nids. » (Everr-
mann.)
Enfin dans les marais des environs de Bologne les gens
simples ont pour ces nids une vénération superstitieuse :
chaque cabane a un de ces nids suspendu près de la
porte; les propriétaires le regardent comme un véritable
paratonnerre et le petit architecte qui le construit comme
un oiseau sacré. Dans la partie de la France où niche la
Rémiz nous n'avons pas eu heureusement à constaterdes
_ préjugés aussi naïfs,
On est parvenu à conserver quelquefois des Rémiz en
captivité en les nourrissant avec la pâtée des Rossignols
mélangée d'œufs de fourmis; mais, comme toutes les
autres Mésanges, ces oiseaux sont si remuants, si actifs
qu'ils ne peuvent survivre longtemps à la perte de leur
liberté.
Albert GRANGER.
DESCRIPTION DE DEUX OPHIDIENS
ET D'UN BATRACIEN D'ESPÈCES NOUVELLES
Idiopholis n. g. (Calamar.)
Corps cylindrique, tête non distincte du cou, queue trés
courte. Trois internasales et deux préfrontales ; pas de frénale,
ni de préoculaire, ni de susoculaire, ni de temporale en con-
tact avec les postoculaires ; narine ouverte entre deux plaques:
œil petit, à pupille arrondie; deux paires de sous-maxillaires,
lantérieure en contact avec la mentonnière. Ecailles lisses,
anale simple, urostèges doubles. Dents maxillaires nombreuses,
égales et très petites.
1. Idiopholis collaris, n. sp.
Tête non distincte du cou, terminée par un museau assez
étroit; corps cylindrique; queue très courte, égale à un peu
plus du huitième de la longueur totale; rostrale étroite, plus
haute que large, en forme de triangle à sommet arrondi; trois
internasales, les deux externes plus larges que longues, très
étroites en avant, la médiane plus petite et plus longue que
large ; préfrontales grandes, quadrangulaires, un peu plus larges
que longues, à peine rétrécies à leur extrémité antérieure, cou-
pées transversalement en avant et en arrière, en contact par
leur bord externe avec la 2e et la 3e supéro-labiale et par leur
angle postéro-externe avec l'œil; frontale notablement plus
large que longue, pentagonale, à bord antérieur transversal,
touchant à l’œil et à la postoculaire supérieure par son bord
externe le plus court, terminée en arrière par un angle obtus;
pariétale presque 2 fois aussi longue que la frontale, en con-
tact, en dehors, avec la 5e supéro-labiale et, dans sa moitié
postérieure, avec une grande temporale unique qui la sépare
de la 6e supéro-labiale. Narines percées entre 2 petites plaques,
dont l’antérieure est en continuité avec la première supéro-
labiale ; pas de frénale ni de préoculaire; œil petit, à pupille
arrondie, bordé inférieurement par la 4€ supéro-labiale et l’an-
gle postéro-supérieur de la 8e; 2 petites postoculaires. Supéro-
labiales au nombre de 6, la 5e de beaucoup la plus grande.
Mentonniére très courte, en contact avec les sous-maxillaires
de la paire antérieure, qui sont beaucoup plus longues que
celles de la postérieure; 6 labiales inférieures, les 3 premières
en contact avec les sous-maxillaires antérieures; 15 séries
d’écailles lisses, sans fossette ; 121 gastrostèges ; anale simple;
28 urostèges divisées.
Un seul spécimen, d’une longueur totale de um190.
Recueilli par M. Chaper dans la vallée du Sebroeang (ouest
de Bornéo).
2. Causus rostratus, 2. sp.
Cette espèce se distingue de C. rhombeatus par les carac-
tères suivants :
Le museau est plus étroit à son extrémité et la rostrale est
carénée en dessus; les écailles, de forme losangique plutôt que
lancéolée, sont disposées suivant 171 séries longitudinales, au
lieu de 18 à 20; les gastrostèges sont moins nombreuses (114 à
125 au lieu de 133 à 161), de même que les urostèges (13 à 16 au
lieu de 18 à 26); les pariétales ne dépassent pas en arrière ou
dépassent fort peu les temporales adjacentes de la première
rangée, tandis que chez C. rhombeatus, elles sont presque
toujours deux fois aussi longues que ces temporales; enfin, la
carénation des écailles est plus accusée.
La coloration ressemble beaucoup à celle de C. rhombeatus.
Le Muséum possède 6 spécimens de C. rostratus; 5 ont été
envoyés de Kondoa (Afrique orientale) par M. le capitaine
Bloyet, le 6° vient de Zanzibar.
Le plus grand spécimen est une femelle gravide, qui présente
une longueur totale de 07365, dont 0®024 pour la queue. Ces
faibles dimensions d’un individu adulte portent à penser que
cette espèce n’arrive pas à une taille aussi forte que C. rhom-
beatus.
Chaperina n. g. (Engystomatidarum).
Langue elliptique, libre en arrière; pas de dents vomérien-
nes; un repli transversal de la muqueuse palatine en avant de
Vœsophage ; tympan distinct; doigts et orteils libres, dilatés en
petits disques à leur extrémité; dernière phalange terminée en
T; métatarsiens externes unis ; pupille horizontale. Apophyses
sacrées assez fortement dilatées ; précoracoïdes présents, très
grêles ; sternum cartilagineux ; pas d’omosternum.
3. Chaperina fuseca, n. sp.
Tête petite. aussi large que longue, terminée par un museau
assez étroit et arrondi, un peu plus long que le diamètre de
V’œil. Pas de canthus rostralis; narines beaucoup plus près de
l’extrémité du museau que de l’œil; espace interorbitaire pres-
que deux fois aussi large que la paupière supérieure ; tympan
petit, un peu plus du tiers du diamètre de l’œil. Doigts libres,
le premier plus grêle et beaucoup plus court que le second ;
orteils également libres, terminés comme les doigts par de
petits disques; tubercules sous-articulaires et métatarsien in-
terne peu développés (tubercule métatarsien externe douteux).
Le membre postérieur étant dirigé en avant, l’articulation tibio-
tarsienne atteint l’œil.
Peau lisse sur ses deux faces dorsale et ventrale, sans repli
d’aucune sorte.
Régions supérieures d’un brun uniforme très foncé; les infé-
rieures recouvertes de taches inégales, plus ou moins réguliè-
rement arrondies, d'un jaune sale sous le ventre, jaune orangé
sous les cuisses, séparées par un réseau de raies brunes en con-
tinuité avec la teinte sombre des parties supérieures.
Un spécimen de Sintang (Bornéo), par M. Chaper.
Taille petite et assez syelte; 0m022 du museau à l’anus.
Dr Fr. Mocquarn.
36 LE NATURALISTE
LES RACES DE L'INDE
LES BADAGAS
Les Nilghiris renferment cinq tribus intéressantes et
aborigènes qui sont les Todas, les Badagas, les Kotas,
les Kurumbas, les Irulas, Les trois premières sont parti-
culières à ces montagnes. Nous avons déjà étudié la
première de ces tribus : les Todas. Il nous reste à passer
en revue les quatre dernières, Nous nous étendrons
moins sur celles-ci, qui ne présentent pas le même
intérêt ethnographique que les Todas.
Les Badagas ou Vadagas sont venus, suppose-t-on, du
Nord par suite de famine ou de persécution, il y a envi-
ron trois cents ans après le démembrement du royaume
de Vijayanagar. Ils constituent la plus nombreuse, la
plus riche et la plus civilisée des tribus indigènes et
aussi la plus honnète. Les hommes portent à peu près
le même costume que ceux de la plaine et se recouvrent
le corps et les épaules d’une couverture. Les femmes
portent un vêtement blanc attaché par un cordon sous
les bras. Ce vêtement laisse à nu les bras, les épaules
et les jambes au-dessous des genoux. Leur chevelure est
rejetée en arrière et nouée en désordre sur le cou. Les
Badagas aiment les ornements et portent des bagues,
des bracelets, des colliers, des pendants au nez et aux
oreilles, Toutes ces parures sont en fer ou en argent.
Les Badagas payent un tribut nommé « gudu » aux
Todas, Leur principale nourriture consiste en céréales
peu nutritives. Leur langage est un ancien dialecte
canara. En religion, ils sont Hindous : leur principale
divinité est Rangaswami, dont le temple est situé à la
cime du pic Rangaswami, le point le plus oriental des
Nilghiris ; ils adorent aussi un grand nombre de divinités
inférieures mâles et femelles. Ainsi ils rendent un culte
à Hereadeo, à la déesse Hethadeo et à Kankoloukarodia,
leur déesse tutélaire.
En 1871, les Badagas comptaient 19476 personnes, et
en 4881 ce nombre était monté à 24 130. Il est probable
que le recensement que le gouvernement anglais vient
de faire exécuter dans toute l’Inde dans l’espace d’une
seule nuit, accusera un chiffre encore plus élevé pour
1891.
Voici comment se contractent chez eux les alliances
matrimoniales : le jeune homme passe environ un mois
à faire de petits présents à celle qu’il veut épouser ;
puis, il stipule avec les parents la somme que l’on doit
payer. Cette somme varie de 15 à 20 roupies, c’est-à-dire
de 30 à 40 fr. Il emmène ensuite sa femme, et le mariage
se termine par un repas. La polygamie n’est pas rare
chez eux. Ils peuvent avoir deux ou plusieurs femmes,
selon les circonstances, En cas de séparation des deux
conjoints, les enfants demeurent avec le père. Il n’en
est pas de même chez les Todas. Chez ceux-ci, en effet,
les filles appartiennent à la mère, l’aîné des enfants au
mari en titre, le second enfant au plus âgé des frères
du mari, le second au second frère et ainsi de suite.
Chez les Badagas, si la femme séparée de son mari
épouse un second mari, celui-ci est responsable des
dettes passées de sa femme, et s’il ne peut les liqui-
der, on les sépare de force. La femme est alors mariée
à un troisième mari que lui choisit la communauté.
Leurs cérémonies funèbres se célèbrent de la facon
suivante : Le corps est déposé sur un lit et placé sous
une sorte de dais de 3 pieds de haut environ, Au centre
s’élève une perche de trois mètres de hauteur, suppor-
tant des espèces de vergues enguirlandées ou ornées
de toile blanche. On place au-dessous des provisions
comme offrandes au défunt. Les parents et voisins du
mort dansent longtemps en chantant autour du cadavre.
La cérémonie se termine de la manière que voici: on
attache à l’extrémité du linceul un petit rouleau de
feuille de palmier que la veuve du défunt porte à son
oreille ou un léger morceau de bois que porte le mari,
si c'est, au contraire, la femme qui est morte. Le corps
est ensuite porté au bücher avec accompagnement de
musique et brûlé avec les offrandes. Il y a toutefois
chez les Badagas une secte qui ensevelit ses morts. Après
la cérémonie funèbre, les fils du défunt rasent entière-
ment leur tête et leur visage.
LES KOTAS
Les Kotas ou Gauhatars (tueurs de vaches) sont bien
faits et de taille moyenne. Ils ont les traits assez doux
et la peau claire, la tête bien conformée, la chevelure
longue et inculte, le front étroit et proéminent, la figure
allongée, les traits expressifs, les oreilles plates et rap-
prochées du crâne. Leurs femmes sont de taille moyenne,
mais elles n’ont pas la physionomie noble des hommes.
La plupart d’entre elles ont le front proéminent, le nez
camus et l’air distrait, Les Kotas se livrent à l’agricul-
ture et, bravant les préjugés des castes, exercent tous
les métiers. Ils sont bons voituriers. Ils remplissent les
fonctions de domestiques et de serviteurs vis-à-vis des
Todas et des Badagas, et,comme ces derniers, payent aux
Todas l'impôt nommé « gudu ». Ils adorent des divinités
idéales qui ne sont représentées par aucune image déter-
minée, On pretend qu’à l’une d’elles, nommée Cumba-
todeo, ils élèvent de petits édifices et font des offrandes
dans certaines occasions.
Le langage des Kotas est un vieux dialecte canara un
peu rude, Toutefois, il est dépourvu de ce son guttural
ou pectoral particulier aux Todas. Les Kotas mangent
de tout sans distinction. Ils ont en tout sept villages
dont six sont disséminés sur les montagnes. Le septième
se trouve à Goudelour. Chaque village renferme au
moins de 30 à 60 cases de grandeur moyenne, Ces cases
sont bâties avec de la boue et recouvertes en chaume ;
elles ressemblent parfois aux « paillottes » de la plaine
et sont ordinairement malpropres. En 1871, les Kotas
étaient au nombre de 1112 et en 1881 de 1065.
Leurs mariages s’accomplissent par le consentement
mutuel des deux parties contractantes. Les parents de
la jeune épouse recoivent la valeur de 6 à 10 fr, de notre
monnaie. Si la femme met au monde successivement
trois filles, l’homme, pour obtenir un mâle, a le droit
de prendre une autre femme. Le cas, d’ailleurs, se pré-
sente rarement, les deux époux paraissant être généra-
lement assez attachés l’un à l’autre.
Hecror LÉveiLré.
SOCIÈTÉ BOTANIQUE DE FRANCE
Communications contenues dans le 5° fasc. 1891.
— M. Michel Gandoger dans une note Swr la longévité des
bulbilles hypogés de l'Allium roseum L. indique que cette lon-.
gévité peut atteindre dans certains cas jusqu’à quinze années:
— M. Ed. Borncet présente la détermination des Alques du dé-
parlement de la Haute-Vienne contenues dans lherbier
d'Edouard Lamy de la Chapelle. — M. Giraudias propose de
MCE VU
laire une espèce nouvelle sous le nom d’Anémone Janczewskii
de la plante que M. Janczewski considére comme une variété
orientale de l’A. Halleri. — M. A. Chatin signale la découverte
de la Clandestine aux Essarts-le-Roi (Seine-et-Oise). — M. Co-
pinéau dans une note sur ?Ophrys pseudospeculum D. C. émet
des doutes sur lidentité de la plante ainsi désignée par de
Candolle avec celle qu'on appelle ainsi aujourd’hui. Ces doutes
sont confirmés par des observations de M. Malinvaud et de
M. Burnat. — M. G. Rouy fait connaître un certain nombre
d’Espèces nouvelles pour la flore française : Polycarpon roton-
difolium, Santolina Benthamiana (S. pectinata Benth.) Calluna
Belesiæ, Scrofularia provincialis et Myosotis bracteata. — A
propos de cette dernière plante, M. l'abbé H. Coste donne une
descriplion d’un Myosotis, d’après de nombreux exemplaires
récollés le 25 mai sur la plage d’Argelès-swr-Mer dans laquelle
il signale, à côté de la forme à fleurs blanches susindiquée,
une forme à fleurs bleues, semblable, au reste, à la précédente.
— M. H. Bocquillon dans une Nofe sur le Gonolobus Condu-
rango indique les caractères botaniques de cette Asclépiadée,
décrit la drogue qu’elle fournit par son écorce et fait l'étude
anatomique du Condurango de Loxa. — M. D. Clos donne une
interprétation des parties germinalives du Trapa natans, de
quelques Gultifères el des Nelumbium.D'après cet auteur, l’em-
bryon du Trapa n'aurait qu'un seul cotylédon et serait dépour-
xu de radicule, la prétendue racine n'ayant pas de signification
propre. Parmi les autres embryons macropodes et indivis
comme celui du Trapa, il distingue trois types de germinations :
1° prolongement des deux extrémités de l'embryon, d’abord de
lune en racine, puis de l’autre en une, deux, trois gemmules
(Lecythis ollaria); 2° Une seule racine se dirigeant au-dessous
de la gemmule en sens inverse de celle-ci (Ochrocarpus siamen-
sis); 3° deux sortes de racines, une à chaque extrémité de
Pembryon (Xanthochymus pictorius). Quant à l’embryon du
Nelumbium, il faudrait peut-être voir dans le gros corps
charnu, qui devient à la germination bipartite et étalé, une for-
nation résultant de la concrescence complète du nucelle et de
la secondine nerviée. Dans une Herborisation à Méry-sur-
… Seine (Aube) faite en juin, M. Paul Hariot énumère un grand
nombre de plantes intéressantes qu'on peut recueillir
en quelques heures. — M. G. Rouy présente une note sur
PEuphorbia ruscinonensis Boïss. et l’Hieracium Loscosianum
Scheele. La première de ces plantes n’appartient pas à la flore
francaise qui, par contre, doit s’enrichir de la seconde. — M. G.
Camus fait une présentation de Cirses hybrides el descrip-
bion de l’Orchis Boudieri (0. morio latifolia), cette dernière
plante se rencontre dans les prairies de Domont. — M. H.
Léveillé signale un cwrieux phénomène présenté par le Manqui-
fera indica (Manguicr). Plusieurs manguiers dépourvus de
fruits ont cette année, sous l'influence de la chaleur non précé-
dée de pluies, laissé exsuder, pendant plusieurs jours, par
Pextrémité de leurs jeunes pousses, un liquide jaunâtre, vis-
queux et sucré, identique à celui que renferment d'ordinaire
leurs fruits (mangues). Ce liquide était même parfois si abon-
dant qu’il tombait à terre sous forme de pluie continue. —
M: Fernand Camus présente ses Glanwres bryologiques dans la
Flore parisienne, daus lesquelles figurent un certain nombre
d'espèces rares et une vingtaine d'espèces nouvelles pour la
flore des environs de Paris, avec indication des localités où les
unes et les autres ont été récoltées. — MM. J.-A, Battandier
ët L. Trabut communiquent les Extraits d'un rapport sur
quelques voyages botaniques en Algérie, entrepris sous les
œuspices du Ministre de lInstruction publique pendant les
années 1890-1891. Dans un voyage à Bou-Saada par Aumale,
ils récoltèrent de nombreuses plantes, dont ïls donnent la
liste, mais ils trouvèrent les terrains de parcours, qui vont de
Msila à Bou-ben-Arreridj, en pleine voie de dépérissement.
Sur ces terrains très déclives, la terre n’est retenue en haut
que par V'Alfa, plus bas par l’Anabasis arliculata. Entre ces
régétaux poussent de petites plantes herbacées Schismus mar-
ginalus, Plantago albicans dont se contentent les moutons,
mas, pour tirer plus de produit du sol, on 4 multiplié les
chèvres qui broutent l’Anabasis jusqu'à la racine, Cette plante
détruite, la terre est entrainée par les eaux et la steppe devient
désert. L’alfa résiste mieux aux chèvres, mais comme c’est le
seul combustible du pays, on l’arrache malgré le règlement.
4 devrait essayer de planter le pin d'Alep et l’Oxycédre qui,
après les auteurs, réussiraient très bien.
Dans leur voyage à Terni, ils rencontrèrent le Persil à l’état
absolument spontané. Dans le Nord de la province de Cons-
tantine à Djijelli, les indigènes vendent le chêne-liège comme
ècorce à tan, au lieu d'exploiter le liège, ce qui leur serait
LE NATURALISTE
31
beaucoup plus rémunérateur et aurait l’immense avantage de
conserver les forêts,
G. CHAUVEAUD.
L'HYPEROODON
(Suite et fin)
L'Hyperoodon est caractérisé par un certain nombre
de traits qui permettent de le distinguer aisément de
tous les autres cétacés. Son bec grêle et plus ou moins
allongé est dépourvu de dents, mais présente des sail-
lies cornées dans sa moitié supérieure immobile; sa
mâchoire inférieure est au contraire armée toujours de
deux dents qui sont situées en avant près de l’extrémité
du bec. Ces dents sont ordinairement saïllanteset attei-
gnent parfois un décimètre de longueur chez le mâle;
chez la femelle, elles sont, dans la plupart des cas,
sinon toujours, cachées dans l'épaisseur des gencives
et complètement invisibles à l’extérieur. En arrière de
ces dents, on en trouve assez fréquemment deux autres
plus petites et, dans certains exemplaires, toute une
rangée qui s'étend de chaque côté, sur le maxillaire
inférieur. Ces dernières, sont toujours cachées dans
les gencives et disparaissent tôt ou tard; leur décou-
verte, qui est due à Eschricht, n’est pas sans impor-
tance; c’est elle qui a permis tout récemment à Max
Weber (1) de considérer l’'Hyperoodon et les formes voi-
sines, comme des cétacés encore hétérodontes, et par
conséquent beaucoup plus voisins des ancêtres hétéro-
dontes du groupe, que les Delphinidés qui sont homo-
dontes, quoique pourvus, d’un nombre de dents visibles
beaucoup plus considérable.
L’estomac de l'Hyperoodon. est beaucoup plus com-
pliqué que celui des Baleines et des Dauphins. Il com-
mence par une énorme dilatation dont les parois glan-
dulaires sécrètent les sucs nécessaires à la digestion.
A cette poche digérante faisait suite, dans le spécimen
de Saint-Vaast, un chapelet de neuf chambres plus ré-
duites qui allaient en augmentant de dimension de la
poche digérante jusqu’au pylore. Des becs de Calmars
assez nombreux (au nombre de cinq à six cents) se trou-
vaient dans les divers compartiments de l’estomac el
dans le dnodénum; ils étaient emboîïtés les uns dans
les autres et formaient par leur réunion des arceaux
solides qui comptaient parfois une vingtaine de becs.
Cette curieuse disposition, qui a une origine purement
mécanique a été représentée très exactement par Vrolik,
dans son étude de l’'Hyperoodon (2).
L’Hyperoodon, en effet, comme le Cachalot, le Ziphuis
et les cétacés voisins, se nourrit à peu près exclusive-
ment de Céphalopodes, dont on trouve les restes, man-
dibules, osselets et cristallins, dans l’estomac ou dans
l’intestin.Il ne paraît pas rechercher les Poissons comme
les Delphinidés, ou les petits animaux de surface comme
la baleine, et c’est sans doute un fait accidentel que
celui, signalé par Eschricht et par Weber d’un Hyper-
oodon dans l’estomac duquel on trouva mêlé du poisson
(4) Max Weber, — Studren über Säugethiere. Ein Beitrage
zur frage nach dem Urspruny der Cetaceen, 1886, p. 197.
(2) W. Vrolik. — Natur en Ontleedkundige beschouwing
van den Hyperoodon. Natuurkund. Verhaandel. Van de Holl.
Maatsch. der Wetensch. te Harlem, Il, Very. 1848, PI. 9,
fig. 28.
SM MEURT ANRC LÀ où AE LE NA TE Ar AO Pa MEN AE
38 LE NATURALISTE MES R
à des restes de céphalopodes. D'ailleurs l’ambre gris,
qu'on trouve dans l'intestin du Cachalot, ne paraît pas
se produire chez l’'Hyperoodon.
Par contre il y a des analogies très étroites entre le
revêtement graisseux de l'Hyperoodon et celui du Cacha-
lot; l’huile qu’on tire du lard a, dans les deux espèces,
une composition à peu près semblable, comme le prou-
vent les analyses faites en Angleterre; en outre, on
trouve sur la tête de l’animal un réservoir à spermaceti
(blanc de baleine) de même nature que celui du Ca-
chalot mais beaucoup plus réduit. Ce réservoir est
formé par un tissu spongieux situé sous la peau entre
la forte crête transversale qui forme l'os frontal, et les
deux puissantes saillies parallèles qui s'élèvent des
maxillaires supérieurs. Il renferme une huile claire qui
laisse déposer par refroidissement le spermaceti. D’a-
près le capitaine David Gray, cette huile claire serait
remplacée, chez le mâle, par une masse solide de graisse
ayant la forme et deux fois les dimensions d’un melon
d’eau. |
Le réservoir à spermaceli de l’'Hyperoodon est protégé
en avant par une bosse frontale toujours plus ou moins
développée ; cette bosse est formée par des fibres ser-
rées et des aponévroses musculaires entre lesquelles se
trouve la matière huileuse ; comme Deslongchamps, nous
pouvons dire, en parlant de l'Hyperoodon de Saint-
Vaast, que « l’ensemble de la proéminence formait une
masse excessivement solide et résistante qui fut très
difficile à exploiter. Les couteaux les mieux affilés
étaient bientôt hors de service, il fallait les repasser à
chaque instant.» Le professeur de Caen faisait en outre
lPobservation suivante dont les baleiniers pourront
seuls vérifier l’exactitude : « En réfléchissant sur la
grande solidité de cette proéminence de la tête, et sur
la manière dont elle est appuyée contre les crêtes des
maxillaires supérieurs, on peut, je crois, conjecturer
quel est son usage : les Hyperoodons doivent s’en servir
comme d’un bélier pour frapper, à la manière des mou-
tons, soit quand ils se battent entre eux, soit pour re-
pousser les grands Dauphins qui chercheraient à les at-
taquer (1). »
Fig. 2. — Hyperoodon mâle du plus jeune (1) au plus âgé (4)
et Hyperoodon femelle (5).
(4) Eudes, Deslonchamps. — Remarques z0ologiques et
anatomiques sur l’Hyperoodon, p. 10. Mémoires de la Société
linnéenne de Normandie, t. VII, 1842.
Les variations de forme et de volume de cette proémi-
nence sont très considérables et dépendent à la fois du
sexe et de l’âge. Elle est toujours peu développée chez la
femelle et son bord antérieur forme un angle obtus avec la
face supérieure du rostre. Il en est encore de même chez
Fig. 3. — Cràâne de vieux mâle représenté au n° 4 dela figure
précédente.
les jeunes mâles, mais l’angle ‘obtus se réduit déjà d’une
manière sensible; la réduction de l’angle s'accentue de
plus en plus avec l’âge, on voit bientôt la face antérieure
de la proéminence devenir verticale, et former finale-
ment, chez les vieux mâles, une forte saillie séparée de
Fig. 4. — Crâne de jeune représenté au n° 1 de la figure 2.
la base du rostre par une échancrure plus ou moins pro-
fonde. C'est en s'appuyant sur ces observations intéres-
santes du capitaine D. Gray que Flower à pu démontrer
l'existence d’une seule espèce d'Hyperoodon (1).
Les mœurs des Hyperoodons nous sont surtout connues
d’après les communications du capitaine Gray : « Ils
sont très peu défiants, dit-il, et viennent jusque sur les
flancs du bateau, tournent autour, passent par-dessous,
jusqu’à ce que leur curiosité soit satisfaite {2). La troupe
ne quitte jamais un compagnon blessé pendant qu'il
vit encore, mais elle l’abondonne dès qu’il a expiré.
Quand d’autres peuvent être harponnés avant la mort du
blessé, on peut souvent capturer le groupe entier; assez
fréquemment, nous avons pu ainsi en prendre dix,
(4) W. Flower.— Onthe Whales of the genus Hyperoodon. M
Proc. Zool. Soc., 1882, p. 722. .
(2) J’ai appris, par expérience, qu'on peut en dire autant des
Marsouins.
LE NATURALISTE 39
et dans un cas jusqu'à quinze. Ils viennent séparément
et à la sourdine de tous les points de l'horizon vers l’in-
dividu qui a été frappé.
« Ils ont une grande « endurance » et sont très dif-
ficiles à tuer, entraînant avec eux rarement moins de
trois à quatre cents brasses de ligne; de grands mâles
complètement adultes ont même entraîné plus de
sept cents brasses, restant sous l’eau pendant plus de
deux heures et revenant à la surface aussi vigoureux que
s'ils avaient pas été frappés. Ils ne meurent pas sans
combattre : la mer écume autour d’eux, ils bondissent
hors de l’eau, fouettent les bateaux de leur queue, les
frappent de la tête et quelquefois brisent leur bordage,
fréquemment même ils entrainent de lourdes baleiï-
nières avec une grande rapidité. »
Le Dr Willy Kükenthal pense que les femelles mettent
bas vers le mois de mai, mais il est certain que cet acte
peut être plus tardif, car la femelle de Saint-Vaast, que
nous avons étudiée, était encore dans la période d’allai-
tement. Les mamelles étaient gorgées d’un lait jaune
päle, extraordinairement crémeux, et d’une saveur de
noisette fort agréable. Nous n’en avons pas pris une
quantité suffisante pour savoir s'il jouissait des proprié-
tés purgatives du lait de baleine (4). Les jeunes, nés ré-
cemment ont envio n trois mètres de longueur; les
adultes de grande taille peuvent atteindre jusqu'à
15 mètres.
Les anciens auteurs, comme la plupart des observateurs
récents, paraissent assez bien s’accorder pour reconnaitre
au lard et à la chair de l’'Hyperoodon des propriétés pur-
… gatives très prononcées, Cette observation est déjà ensei-
gnée dans le Speculum reg ale, publication latine qui parut
en 1768. D’après Eschricht, elle se trouve relevée en
outre par Otto Fabricius (Fauna groenlandica), dans les
termes suivants, d’un latin fort expressif: « Caro et
lardum supra modum purgantes : hinc nomen ejus groe-
landieum, quod est cacare faciens. » L'auteur fait allusion
ici au nom d’Anarnak qui est donné à l’Hyperoodon par
les Groenlandais, et qui lui a été conservé de nos jours,
par le savant américain Cope. Au reste les Groenlan-
dais feraient volontiers leur nourriture de l’'Hyperoodon,
wétaient ses propriétés purgatives par trop énergiques.
Parlant d’un Hyperoodon échoué sur les côtes du Groen-
land, en 4829, le capitaine Holboll relève l'appréciation
des naturels du pays : «Ils trouvèrent le lard et la
chair (Mattuk) très savoureux, mais si fortement pur-
gatifs que le lard, presque immédiatement, fut rejeté à
peu près intact, sans colique aucune toutefois, et sans
autre conséquence fâcheuse. » Nous avons mangé un
bon morceau d'Hyperoodon mariné sans éprouver aucun
dérangement appréciable; quant au lard nous nous
Sommes abstenus d’en goûter laissant cette expérience
peu attrayante au palais moins difficile des Groenlan-
dais.
C'est pour l’huile, et le spermaceti qu’elle renferme,
qu'on fait la chasse à l’Hyperoodon. Chaque individu
donne en moyenne une tonne d’huile (1,015 kilog.) qui
vaut 30 livres anglaises, soit 750 fr. la tonne; ce sont les
Norwégiens qui font surtout la pêche de ce cétacé; en
(4) Le commandant Jouan, dans la note dont nous parlons
plus haut, rapporte, d’après le Dr Thiercelin (Journal d'un
Baleinier, t. Ier, p. 32, 1886), que le lait de baleine à une sa-
veur àcre et huileuse, et que quelques onces sullisent pour
purger assez fortement.
1888, d'après M. Southwell (1), ils équipèrent 30 bateaux
pour cette pêche et ne capturèrent pas moins de
1,100 Hyperoodons.
E.-L. Bouvier.
ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance du À janvier 1892.
M. À. Milne-Edwards présente une note de M. Sylvain
Jowrdain sur l’'embryologie de la Sagitta. Suivant l’auteur la
Sagitta, les ascidies et lPamphyoxus paraissent rentrer dans
un groupe particulier où l’on voit paraître les premiers linéa-
ments des vertébrés dont ils sont comme des précurseurs el
que, pour cette raison, on pourrait désigner sous le nom de
Groupe des Provertébrés.
Séance du 44 janvier 1892.
M. A. Chatin étudie la truffe au point de vue chimique ; il
fait à ce point de vue un parallèle entre les Terfas ou Kamés
d’Afrique et d'Asie et les truffes d'Europe, sous le rapport de
la composition chimique des terres et des tubercules. — M. A.
Pomel a eu l’occasion, lors d’une excursion géologique dans la
région comprise entre Aïn-Sefra et les Moghar, d’observer le
Sciurus Getulus ou écureuil de Barbarie connu jusqu’à pré-
sent seulement au Maroc. Cet écureuil ne vit pas dans les
arbres comme la plupart de ses congénères, mais paraît se
tenir dans des terriers ou dans des anfractuosités de rochers
à la facon du Gundi. Cet écureuil paraït assez facilement sup-
porter la captivité, il a la vivacité, les allures et presque la
physionomie de nos écureuils d'Europe et comme ceux-ci
devient très familier. — M. V. Chabaud adresse à l’Académie
un nouveau modèle de thermomètre à renversement, pour
mesurer les températures de la mer à diverses profondeurs.
— M. J. Lajard adresse une note sur le langage sifflé des
Canaries; suivant lui ce langage n’est que la langue espagnole
elle-même dont l'intensité est renforcée à l’aide du sifflement.
— M. G. Pouchel, pendant un séjour de trois semaines aux
Féroë, a observé la flore pélagique de Naalsoëffjerd ; une cu-
rieuse transformation s'opère par suite de la mort dans la
coloration des végétaux qui la composent : primitivement bruns
ils deviennent verts sitôt morts. Ce phénomène existe aussi pour
les Algues brunes et les Laminaires de la même région. —
M. S. Seunes ayant étudié les calcaires crétacés supérieurs de
la vallée d’Aspe, conclut que leur âge est turonien, et, par
suite des relations qu’il signale, il montre, en outre, que la
transgressivité discordante de la mer turonienne à été plus
considérable que celle du cénomanien.
A.-E. Mararp.
LIVRE NOUVEAU
La Rose, histoire et culture, 500 variétés de rosiers, par
J. Bec. 1 volume in-16 de 100 pages avec 4 figures; Prix :
2 francs ; franco, 2 fr. 20.
Parmi toutes les fleurs, il n’en est pas de plus universelle-
ment appréciée que la rose. M. J. Bel à pensé que tous ceux
qui s'intéressent à cette reine des fleurs trouveraient avec
plaisir rassemblé et condensé en un petit volume tout ce qui a
trait à la rose, son histoire, la place qu’elle y a occupée et le
rôle qu’elle a joué chez les divers peuples anciens et inodernes,
— puis la description des principales variétés qui font l’orne-
ment de nos jardins. (Rosiers Thé, Bengale, Noisette, Ile-
Bourbon, hybrides remontants, perpétuels, cent-feuilles, grim-
pants, rosiers de Provins, etc.)
Le côté pratique devait nécessairement avoir sa part. Plu-
sieurs chapitres lui ont été réservés et résument tout ce qu’il im-
porte de savoir sur la culture, la multiplication, le greffage, la
taille et l’entretien du rosier, sur les insectes et les plantes qui
lui sont nuisibles.
(4) T. Southwell. — Notes on Sealand Whales Fishery
of 1889. The Zoologist, t. XIV, 1890, p. 84.
40
LE NATURALISTE
Un dernier chapitre est consacré aux usages industriels de la | 53
xose en parfumerie et en pharmacie. ;
Une cinquantaine de figures ajoutées au texte en favorisent
Vintelligence et permettent de saisir plus facilement tous les
détails des descriptions.
Amateurs et horticulteurs liront ce petit livre avec autant
de plaisir que de profit.
33.
34.
26.
37.
38.
39.
40.
AA.
42.
43.
46.
44.
48.
A9.
50.
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ciée à la tridymite et au quartz comme minéral de nou-
elles formations dans les enclaves quartzeuses du basalte
de Mayen.
(2) Note préliminaire sur un minéral nouveau de Monte-
bras (Creuse).
(3) Sur l’anatase et la Brookite de quelques roches fran-
caises.
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Le Gérant: Émize DEYROLLE.
PARIS, — IMPR. F. LEVÉ, RUE CASSETTE, 17. :
14° ANNÉE 95 SÉRIE — IN 119 15 FÉVRIER 1892
UN DRAGONNIER GIGANTESQUE près ceux des arbres dycotylédones. C’est à ce genre
qu’appartient le Dragonnier des Canaries (Dracæna
Draco L.), liliacée gigantesque dont le tronc, d’abord
Les Dragonniers (Dracæna) sont des arbustes qui de- | simple, cylindrique et terminé par une seule touffe de
viennent parfois des arbres énormes dont le port devient | longues feuilles ensiformes, se ramifie à un certain âge
à la longue bien différent de celui qu’on est habitué à | et prend dès lors avec les années des LIBRES qui en
trouver chez les végétaux monocotylédonés. Dans la | font le rival des plus gros arbres.
Fig. 1. — UN DRAGONNIER GIGANTESQUE
jeunesse, le tronc est couronné d’un bouquet de feuilles Parmi les Dragonniers gigantesques connus jusqu’à ce
qui s’élève simple, cylindrique, plus ou moins droit; avec | jour, on peut citer : le Dragonnier du jardin royal bota-
l’âge, son écorce se fendille comme chez les arbresde nos | nique d’Ajuda près Lisbonne. C’est un des plus beaux
climats ; enfin dans quelques espèces, lorsqu’il est arrivé | exemplaires qui existe dans toute l’Europe. Sa hauteur
à l’état adulte, il se ramifie, grossit en diamètre et se | est de 6 mètres sur 36 mètres de circonférence, consi-
outre dès lors sous des aspects qui rappellent d’ass éré dans son entier, le tronc primordialest de &mètres
LE NATURALISTE, rue du Bac, 46, Paris. |
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URAL 227
42 LE NATURALISTE
65 centimètres ainsi que la circonférence dudit tronc.
De cet énorme cylindre partent onze branches princi-
pales qui se divisent en une infinité de rameaux secon-
daires, tous bifurqués plusieurs fois à l'extrémité; de
ces ramifications s’épanouissent de nombreux bouquets
de feuilles lancéolées et dilatées à Ja base. Ces feuilles
qui atteignent 50 centimètres de longueur forment, par
leur réunion, un vaste et épais parasol absolument im-
pénétrable aux rayons du soleil, Ces dimensions seraient
de beaucoup plus considérables si, en 1856, le directeur
du Jardin botanique ne lui avait pas fait couper la tige
à coups de hache sous prétexte que le puissant arbre
avait fait éclater la caisse de pierre où il était planté,
mais encore les autres caisses avoisinantes qui étaient
également en pierre.
Un deuxième Dragonnier existe à Ténériffe, à Seod de
las Vinas, dans le jardin de don Tamualdo Barasso. Cet
arbre est parfaitement sain et la masse de ses branches
est tellement serrée que, de loin, il produit l’effet d’un
chou-fleur colossal. Son tronc est couvert d’une écorce
grise très lisse; il va en diminuant régulièrement à
partir de sa base, Au niveau du sol, il a au moins
12 mètres de tour et 9,50 centimètres à 2,65 centi-
mètres de haut. La hauteur totale de ce sujet est de
22 mètres environ.
En Espagne, dans le Jardin botanique de la ville de
Cadix, il existe un Dracæna Draco qui mesure 5 mètres
de hauteur. Sa circonférence à la partie inférieure du
tronc est de # mètres.
Le plus remarquable exemplaire de Dragonnier qui a
existé et signalé dans les ouvrages botaniques pour ses
dimensions gigantesques est celui qui se trouvait dans
la propriété de M, Franchi, dans la ville d’Orotava. Ce
colosse a été vu en 1771, par un Francais T.-Ch. Borda,
qui en fit un dessin publié plus tard par Humboldt. En
1795, il a été vu par Sir Georges Stauton, voyageur an-
glais. En 1799, Humboldt assignait au tronc de cet arbre
45 pieds de tour ; cette mesure avait été prise à plu-
sieurs pieds du sol; peu de temps après, Le Bru l'ayant
mesuré lui trouva 74 pieds de tour; une mesure prise
en mai 1843 par A. Biston lui donnait 44 mètres de dia-
mètre. La hauteur de l'arbre n’était pas en proportion
de la grosseur de son tronc, elle était de 5 m. 50 jusqu’à
la première branche et de 14 mètres de ce point jusqu’au
sommet, au total 19 m, 50. La tempête du 21 juillet
4819 priva l'arbre d’une partie de sa couronne, mais
sans empêcher qu’il ne restàät un remarquable sujet d’é-
tonnement :
Voici ce qu’en disait, en 4867, M. E. O.-Fenzi, de Flo-
rence. L'arbre était en parfaite santé, son immense cou-
ronne était couverte d'innombrables panicules de fruits
écarlates, et l'énorme tronc, bien que complètement
ruiné à l'intérieur, soutenait vigoureusement la masse
immense de ses branches charnues et de ses feuilles
ensiformes.
Du côté du couchant, où le terrain était en pente une
solide muraille avait été construite jusqu'au tiers de la
hauteur du tronc tandis que de l’autre côté deux tuteurs
soutenaient les branches les plus avancées. Tout autour
du tronc, un épais buisson de plantes grimpantes revé-
taient sa base dans une confusion ; c’étaient des Bigno-
nies, des Jasmins, des Héliotropes, des Abutilons, et
même un Amandier couvert de fleurs. La circonférence,
autant que les inégalités de terrain permettaient de la
mesurer, n’était pas inférieure à 25 mètres, la hauteur
de l’arbe n’excédait pas 75 pieds. Ce qu'il y avait de
remarquable, c’était de voir sortant par une crevasse du
tronc, un petit Dracæna poussant spontanément ettirant
sa nourriture de la nourriture interne de larbre
mère,
Ce Dragonnier avait, assure-t-on, 6,000 ans d'existence,
aujourd’hui il n’existe plus, il fut renversé par un ou-
ragan pendant l’automne de 1867. Le Dragonnier a été
introduit en Europe en 1640.
D'après l'historien Viera, les habitants primitifs des
Canaries faisaient un grand cas du Dragonnier, Le suc
gommeux qui découle de cet arbre par des incisions
Fig. 2. — Inflorescence ct fruit du Dragonnier.1
pratiquées sur sa tige et qui est connu dans le com-
merce sous le nom de sang-dragon, formait une
branche d'exportation assez considérable dans le com-
mencement de la conquête de ces îles. Lors de l’explo-
ration de Madère et de Porto Santo, au quinzième siècle,
cette matière fut l’un des principaux produits recueillis
par les voyageurs. Alvise da cada Mosto, en 1454, lui
donna le nom qu’il porte encore. Il est aussi mentionné
par le médecin allemand Hieronymus Münzer qui visita
Lisbonne vers 1494. Il paraît qu'il était aussi connu, en
1402, du chevalier français Jean de Béthencourt, qui oc-
cupa les Canaries jusqu’en 1414, époque à laquelle les
Espagnols s'en emparèrent.
Divers morceaux de cette gomme qu’on a trouvés
dans quelques grottes sépulcrales des Guanches feraient
soupconner que les anciens insulaires employaient le
sang-dragon dans leurs embaumements.
Le nom de sang-dragon a encore été donné à un pro-
duit d’exsudation recueilli, dans les Indes occidentales;
sur le Pterocarpus Draco, et le Croton Draco Schlecht.
mais ce dernier d'après Heckel, possède la nature du
Kino, et on ne le trouve pas dans le commerce européen.
| Le Calamus Draco Willd (Doemonorops Draco Mart.) est
LE NATURALISTE 43
un palmier qui fait partie du groupe des Palmiers Ro-
tangs remarquables par leurs tiges très longues et
flexibles, grimpant sur les branches des arbres et s’y
- maintenant à l’aide d'épines dont sont munis les pétioles
de leurs feuilles. Cette espèce se nomme en malais Ro-
tang Jernang ; elle croît dans les forêts marécageuses de
la Résidence de Palembang, sur le territoire de Jambi,
dans l’est du Sumatra et dans le sud de Bornéo, régions
qui fournissent le sang-dragon du commerce.
Elle passe aussi pour exister à Penang et dans
quelques îles du détroit de la Sonde.
Ce sont les fruits de ce Palmier qui produisent le
sang-dragon ; à la maturité, ces graines sont recouvertes
d’une couche de résine rouge qui en exsudent une si
grande quantité que l’on ne peut plus voir les écailles
qu'avec difficulté. Cette résine est friable ; on la recueille
engrattant les fruits ou en les secouant dans un sac, par
ce procédé, elle se sépare très vite. On la tamise ensuite
pour la débarasser des écailles et des autres portions du
fruit qu’elle entraîne.
Le sang-dragon est expédié de Singapore et de Bata-
via. On en exporte chaque année de grandes quantités
de Banjarmanie dans l'ile de Bornéo, à destination des
ports de la Chine; cette matière n’est employée en
médecine que pour les emplâtres et les poudres den-
tifrices ; dans les arts, elle sert à préparer des vernis.
Henri Jorer.
NOTE SUR LA REPRODUCTION
DU SYRRHAPTE EN EUROPE
Ces temps derniers, on s’est beaucoup préoccupé des inva-
sions successives du Syrrhapte ou Hétéroclite (Syrrhaptes
paradozæus Pall) dans nos contrées où on l’avait déjà signalé
il. y à une vingtaine d’années. Comme nous le savons, cet
Oiseau est originaire des steppes Kirghises et des déserts
turkmènes. Des données relatives à ces apparitions, aux lieux
de ses séjours, enfin à ses allures en Europe, ont paru dans les
publications de différents pays. On a même pu tracer la carte
de quelques-unes des régions qu’il a visitées.
Mais des observations récentes et de grande valeur ont sin-
gulièrement enrichi la notion que nous avions de cette curieuse
espèce. M. le professeur A. Newton a présenté dans la séance
de septembre 1889 de la British Associalion for the advance-
ment of science un jeune, éclos en liberté, sous le climat de la
Grande-Bretagne (1).
Dans les derniers jours du mois de juin 1888, M. Scott fit
lever, près de Binsness, une paire de Syrrhaptes et découvrit
peu après, au même lieu, deux jeunes Oiseaux âgés de trois ou
quatre jours. Malheureusement ces exemplaires n’ont point été
conservés. Le 8 août de l'année suivante, l'on retrouva dans la
même localité d’autres jeunes, et l'un d'eux fut adressé à
M: Newton. L’éminent professeur de l’Université de Cambridge
ROus raconte ainsi l’arrivée chez lui de ce précieux spécimen :
« Dans laprès-midi du 9 août 1889, je recus une petite boîte
“ Qui portait la mention de « Oiseau vivant ». Habitué que
« Je suis à des envois inattendus de ce genre, je fermai aus-
« sitôt la fenêtre avant d’ouvrir ce paquet afin d'éviter la fuite
« possible de l’Oiseau. Cette précaution resta cette fois inutile.
« Je trouvai le petit captif déjà mort. Mais je laisse aux lec-
« teurs à juger du sentiment que j’éprouvai, lorsqu’en face de
« quelque Moineau marqué de blanc ou de quelque autre sujet
« tout aussi remarquable — envois auxquels ma longue expé-
« rlence m'a préparé — je trouvai une pareille surprise. »
La planche coloriée, représentée dans V’Ibis, est l’œuvre de
M. Frohawk. Elle a été dessinée quarante-huit heures après
nl ne run) na net de
(1) The Ibis, 1890, p. 207-214.
Ce mémoire à paru en traduction dans le Journal für Orni-
thologie, 1890, p. 159-165.
l’arrivée de l’Oiseau et elle nous donne une idée très nette du
Syrrhapte à l’état jeune.
La première figure représente la tête vue de profil. Le bec
est gris bleu. Le front, la gorge, le bas du cou d’un jaunâtre
mêlé d’un peu de noir. Du blanc marqué de taches inégales
brunes, parfois bordées de noirâtre, environnent les côtés de
la tête. La région sourcilière est d’un blanc rosé, et au-dessus
l’on voit une sorte de bandeau formé par des taches noires et
brunes.
Sur le second dessin, le poussin est vu de dos; il est figuré
dans son entier. L’on remarque que tout le corps, à l’excep-
tion des extrémités des aïles et des régions des pattes, est
comme couvert d’écailles. Ce sont de très petites plumes noires,
brunes, jaunâtres ou blanches, et la couleur de ce duvet se
trouve distribuée d’une manière assez régulière. Région fron-
tale brunâtre. Une ligne de couleur plus claire passe sur la
tête; elle est bordée de taches brunes et noires qui se ramifient
au-dessus de la région orbitale. Occiput clair ; bas du cou d’un
gris rosé. Le dos est jaune blanchâtre, où l’on voit se dessiner
deux à trois lobes bruns, tachetés de noir. La ligne dorsale,
très tranchée, est jaunâtre avec des bords noirs. Couvertures
claires tachetées irrégulièrement de brun et de noir. Extré-
mités des ailes d’un blanc jaunâtre uniforme. Près des pattes
et du croupion, le duvet est gris rosâtre. Pattes et ongles
jaunes.
Le musée de Durham conserve la dépouille de cet exem-
plaire. Cette figure est pour la première fois exacte et rectifie
une erreur généralement admise. L’on avait toujours décrit le
jeune de l’Hétéroclite comme étant revêtu d’un duvet noir. Or
ce caractère est particulier au Roi de Caille (Crex pratensis L.).
Et cela laisserait à supposer que quelques-uns des jeunes
recueillis en Europe, il y a des années, n’appartenaient même
pas au Syrrhapte paradoxal.
Pour ce qui concerne sa reproduction en captivité, nous
possédons aussi des renseignements nouveaux, d’après une
notice de M. Wingc parue dans les Communications de la
Société d'Histoire naturelle de Copenhague (1) et qui a été
récemment exposée par M. Harting (2). Ces revues n’étant pas
à la portée de tout le monde, il m’a paru utile d’en traduire ici
les points principaux :
« M. B. Christensen, de Copenhague, recut, en 1888, trois
« Syrrhaptes vivants, un mâle et deux femelles, capturés
« dans le Jutland. Il les placa dans une grande chambre, en
« compagnie d’un grand nombre d'Oiseaux. En 1889, ils ne se
« montraient point encore disposés à se reproduire ; l’une des
« femelles même mourut. Mais, vers la fin de mai 1890, la
« seconde pondit cinq œufs en l’espace de quelques jours. L’un
« de ces œufs fut cassé par un Perroquet; deux avaient la
« coquille si mince qu’ils se brisèrent bientôt : les deux qui
« restaient furent placés sous une Colombe qui les couva pen-
« dant dix-huit jours, puis les abandonna. Tous deux conte-
« naient des embryons bien développés ; ils manifestèrent des
« signes de vie deux jours après la désertion de la Colombe.
« Environ un mois plus tard, le Syrrhapte pondit cinq autres
« œufs, dont deux furent détruits par les Perroquets. On mit
« les trois derniers sous une Poule bantam (3) qui était
« chargée en même temps de couver dix œufs de Caille et sept
« de Francolin. L'un des œufs de Syrrhapte fut couvé jusqu’à
« éclosion ; mais le poussin fut écrasé par la Poule. Les jeunes
« renfermés dans les deux autres œufs avaient acquis tout leur
« développement, mais n’avaient pu casser leur coquille. »
Corame nous le dit M. Harting, il est très regrettable qu’en
voyant l'Oiseau disposé à se reproduire, on n’ait pris aucune
mesure pour le préserver, en tout cas pour l’isoler de ses
autres compagnons de volière. On aurait pu mieux étudier les
phases du développement du poussin. En 1890, les Hétéro-
clites étaient abondants, à l’état libre, dans plusieurs localités
du Danemark, et l'on croit qu’ils y nichaient. Mais il est inté-
ressant de constater l’époque tardive à laquelle le Syrrhapte
s’est reproduit sous notre climat. On saït que, dans sa patrie,
suivant Badde, « au milieu de mars, lorsque la neige recouvre
« encore les coteaux des hautes steppes, cet Oiseau arrive du
« Sud; il est déjà accouplé... Dans les premiers jours d’avril,
«on trouve ses œufs; à la fin de mai, il a une seconde
« couvée. » Comparons les observations qui ont été relevées lors
(1) Année 1889-90.
(2) The Zoologist, 1891 (numéro de septembre), p. 351.
(3) Petite race de Poule à laquelle on attribue une origine
anglaise ; excellente couveuse.
44
LE NATURALISTE
de ses précédents voyages... En 1860, le Syrrhapte fut signalé
pour la première fois dans l’Europe centrale ; on le nota en 1861,
et il est probable qu’il se montra en 1852. Mais, en 41863, il
apparut par compagnies très nombreuses, et il se repro-
duisit dans le Danemark et le Jutland. Le 6 juin, Reinhardt
recut un nid avec trois œufs. Dans nos contrées, ce nid consis-
tait en un creux peu profond dans le sable et revêtu intérieu-
rement de jones; ou placé au milieu des bruyères, il était
garni d'herbes sèches. Trois ou quatre œufs composent la
ponte. Ces œufs, de forme elliptique, l’une des extrémités
étant parfois plus arrondie que l'autre, varient du gris brun
au gris verdâtre pâle, et l’on remarque sur leur coquille de
petites taches d’un brun terreux. Leurs dimensions sont de
% millimètres où un peu moins. En juin 1863, on découvrit
d’autres nids sur les dunes. Enfin, le 27 juillet, un chasseur
en trouva un avec trois œufs. A cette époque, on recueillit des
jeunes qui périrent bientôt faute de soins suffisants.
L’espèce est monogame; le mâle prend part à l’incubation.
Suivant Radde, elle se réunit souvent en petites colonies com-
posées de quelques couples. Au printemps, les Syrrhaptes
arrivent régulièrement, à heures fixes, pour boire aux puits
d’eau douce; ils y viennent de toutes les directions. C’est pro-
bablement le manque d’eau dans leur pays natal ou la disette
de nourriture qui ont obligé ces Oiseaux à envahir l’Europe
par migrations successives, mais distantes par un long inter-
valle d’années.
F. ne SCHAECK.
VARIÉTÉ DE ARCTIA CAJA
Le spécimen ci-contre est une variété remarquable
d’Arctia caja; c’est une femelle née dans une cage
d'élevage le 20 juillet dernier. Les ailes antérieures sont
entièrement brunes, sauf une tache en forme de virgule
blanche, située entre le bord costal et l'angle anal; celle
de l’aile gauche est un peu plus petite. la queue dela
virgule est séparée de la portion supérieure. Sur l’aile
droite, il y a une très petite tache additionnelle blanche
entre le bord et la virgule; cette petite tache manque
Variété remarquable de Arctia Caja.
sur l'aile gauche. Il y a aussi un point blanc ovale à la
base des deux ailes, près du thorax.
Les ailes postérieures ne présentent pas de variété
bien différente des types, mais l'aile droite est un peu
plus irrégulière comme tache. Le côté gauche du thorax
est jaune clair, le reste brun; c’est d’ailleurs un petit
spécimen ayant environ 6 centimètres, La chenille de ce
spécimen a été prise jeune avec 60 autres de diverses
localités et ont été nourries d’orlie séchée et de lierre
de Virginie. (The Entomologist.) R. LADO&INAU,
ROTIFÉÈRES
ORGANISATION ET FAUNE DE LA ROUMANIE
A proprement parler, nous n’avons rien sur la Faune de la
oumanie, faute de Naturalistes d’abord, et depuis que nous
les avons, faute de Bibliothèques de Sciences naturelles.
Quand il s’agit de déterminations, nous sommes réduits à des
recherches des plus fatigantes.
Ayant déjà publié quelques remarques sur les Rotifères
(voyez le Naturaliste Nos 97 et 99, année 1891 ct Bulletin de la
Société Zoologique de France, 13e vol., page 167), je me pro-
pose d’énumérer les espèces cueillies par moi dans les eaux
des environs de Jassy et quelques autres localités de la
Roumanie.
Les déterminations sont faites d’après l’ouvrage de MM. C.
T. Hudson, L. L. D. Cantab assisted by P. H. Gosse F. R.S.
(1866), London.
10 En premier lieu, nous avons le genre piLopINA (Ehrb.) et
comme espèce, Ph. roseola, trouvée en abondance dans les
eaux des gouttières des maisons de Jassy. C’est aussi le spéci-
men que j’ai étudié le plus, au point de vue de l’organisation.
Philodina roseola nous laisse voir aussi clairement que
possible (fig. 1) que les Rotifères ont une rÈrE, portant au
bout l’ouverture buccale, en forme de fente, qui joue aussi le
rôle de ventouse, ouverture garnie de cils vibratiles à l’aide
desquels l’animal, quand il arpente, sonde en quelque sorte le
terrain, avant d'appliquer sa bouche et prendre appui. Plus en
arrière et du côté dorsal, la tête porte un tentacule médian et
à sa base deux points oculifères.
Quand le Rotifère, fixé par le bout de son appendice caudal,
ne trouve pas le terrain convenable ou ne veut pas arpenter,
il rétracte la tête, provoquant de la sorte un élargissement de
la fente buccale et renverse les roues fixées sur les côtés et -
au-devant du cou pour mettre en mouvement les cils dont elles
sont garnies. En pareil cas les cils, provoquent un tourbil-
lonnement d’eau de dehors en dedans et vers le dos, de sorte
que les particules alimentaires et autres, entraînées par les
courants d’eau sont rejetées vers la fente buccale et peuvent
Fic.
1. — Philodina roseola vue par sa face dorsale.
Fig. 2. — Le même vu par le côté droit.
étre attirées à l'intérieur du tube digestif, grâce à un autre
courant d'appel entretenu par les cils garnissant la fente buc-
cale, l'œsophage, et surtout par le courant d'appel du pré-
tendu appareil masticateur (maslax).
L'animal se rend fort bien compte, s’il ne parvient à déta-
cher aucun corps alimentaire et, avant d'abandonner la place,
il renverse le mouvement des cils, tantôt d’une seule roue,
tantôt des deux, et ce n’est que dans le cas qu’il reste sans au-
cun résultat qu'il se décide à lâcher la place, quand il meut
les cils de l’appareil rotateur de dedans en dehors, provoquant
de la sorte des courants d’eau qui le font avancer avec rapidité
ou tournoyer.
En d’autres termes, le Rotifère meut les cils, suivant sa vo-
lonté et les nécessités.
A untrès fort grossissement, le /entacule, aussi contractile,
se voit composé de deux articles et celui du bout porte une
houppe de petits cils. C’est le premier organe que l'animal dis-
tend, ensuite il avance la tête, et ce n’est qu’en dernier qu’il
fait sortir les roues.
Ayant une autre opinion sur l’organisation de ces vers, je
dois ajouter à ce que j'ai publié déjà (/oco cit.) les observa-
tions suivantes :
a) Tue picesrir. À l'ouverture buccale suit un canal étroit,
cilié, canaL ruocaz, lequel, bientôt s’élargit et dans ses parois
musculeux ct latéraux (1) vient se loger un organe appelé appa-
reil masticateur, auquel je propose la dénomination d'appareil
(1) Dans toutes les descriptions qui vont suivre, l'animal est
considéré avec la tête en haut.
fer, en cuivre ou de graines, de coquillages, de verroterie
LE NATURALISTE 45
aspiro-foulant. Les pièces (une paire) qui le composent, en mon-
tant vers l’ouverture buccale, s’éloignent par leur extrémité su-
périeure, et s’il y a un bol alimentaire, quand les pièces se rap-
prochent, elles le saisissent et le poussent, sans le fragmenter,
vers l'intestin, l'appareil subissant un mouvement opposé, vers
la queue et les pièces de l’appareil s’éloignant latéralement
par leur extrémité inférieure. On dirait que ce sont deux mains
qui s'étendent vers l’ouverture buccale, s'éloignent latérale-
ment, se rapprochent en s’inclinant vers l'intérieur et ensuite
se raccourcissent, tout en descendant. Par ce mouvement, les
pièces aspirent l’eau qui entre parlafente buccale et la poussent
à l'intérieur du tube digestif, et avec l’eau elles entrainent les
particules alimentaires. s
On décrit cette région de l’appareiïl digestif sous le nom de
PHARYNx auquel suit un canal très court, l’&œSoPHAGE qui dé-
bouche dans l’Eesromac. Celui-ci, pyriforme, à parois glandu-
leuses, s’ouvre dans l'INTESTIN à parois épaisses et glanduleuses,
colorées en jaune si l’animal est à jeun, en rouge orangé s’il
est bien nourri ct plus épaisses dans ce dernier cas. Le canal
intestinal est creusé en spirale et les cils fins dont il est tapissé,
entretiennent un courant rotatoire de haut en bas et en sens
inverse de la marche d’une aiguille de montre. Les aliments, en
descendant, se fragmentent et tournent avec rapidité. L’in-
testin, quand il a les parois moins épaisses, subit des mouve-
ments de latéralité bien prononcés, à l’intérieur du segment
qui le renferme, ce qui prouve son indépendance dans la cham-
bre viscérale.
L’intlestin s’ouvre dans une poche à parois minces, tapissées
de cils très fins, où passent les granulations du tube intestinal
pour subir une dernière absorption. Là, les particules sont de
nouveau mises en mouvement et de temps en temps, poussées
à la fois dans le croaque (vésicule contractile), pour être re-
jetées immédiatement au dehors, par l'ouverture cloaquale
(non anale). J’ai donné le nom de RÉSERVOIR STERCORAL à la
dernière poche du tube digestif, réservoir situé à la face dor-
sale de la vésicule contractile (cloaque). Ce réservoir se vide,
tout à la fois, pour être presque immédiatement rempli par
d’autres particules qui lui arrivent de l'intestin.
(A suivre.)
Dr Léon C. Cosmovrcr.
LES RACES DE L'INDE
LES KURUMBAS
Les Kurumbas ou bergers, la moins civilisée des cinq
tribus des Nilghiris, sont de petite taille. Ils sont sales et
d'aspect repoussant ; ils ont la chevelure épaisse et en
désordre, le corps le plus souvent nu, la mine farouche,
le ventre proéminent, la bouche large, les lèvres épaisses,
On remarque chez.eux un prognathisme assez accusé.
Les femmes ont le même aspect que les hommes. Elles
ont le nez épaté et l'air maussade, Elles portent une
simple toile qui va des aisselles jusqu'aux genoux. Quel-
ques-unes portent une espèce de gilet,
Hommes et femmes aiment à se parer d’ornements en
qu'ils portent aux oreilles, au cou, aux bras, aux pieds,
aux doigts, etc. Leurs villages ou « muttas » sont ordi-
nairement placés dans les vallons, les forêts ou entre
les crêtes des montagnes à une altitude de 609 à 1000 mè-
tres. Leur maison consiste en une longue chambre de
9 à 15 mètres de longueur sur une hauteur de 4 m, 50 à
peine. Elle est recouverte de chaume placé au hasard et
entourée de broussailles et de bambous, Cette longue
chambre est divisée en plusieurs petits compartiments
qui n’ont pas plus de 3 mètres carrés chacun. IL y à
ni porte ni fenêtres à proprement parler, mais la nuit
on ferme les cases en plaçant des broussailles contre
l’ouverture, Le langage des Kurumbas est un tamoul
corrompu. Quoiqu’ils ne soient point cultivateurs, ils .
cultivent en petite quantité des légumes et quelques
céréales.
Leurs croyances religieuses sont très vagues; ils ado-
rent une foule d'objets naturels, Les Kurumbas qui
vivent sur les montagnes remplissent les fonctions de
« gourous » ou prêtres vis-à-vis des Badagas. Ils sont
superstitieux et sont redoutés des autres tribus de la
montagne, hormis des Todas qui leur inspirent du respect
ou plutôt de la crainte. Les Kurumbas recueillent sur la
montagne des graines, des plantes médicinales, des
racines, du miel qu’ils vont échanger dans la plaine
contre des toiles ou d’autres graines. Un bon nombre
d’entre eux travaillent aux plantations de café et de
quinquina. Ils étaient, en 1881, au nombre de 3185.
Hector LÉVEILLÉ.
PLUIE DE PIERRES D'ORIGINE TERRESTRE
RÉCEMMENT OBSERVÉE DANS L'AUBE
Le 6 juin 1891, des cultivateurs de Pel-et-Der, arron-
dissement de Brienne, département de l'Aube, retour-
nant aux champs d’où venait de les chasser, vers
cinq heures du soir, un violent orage mélé de grêle et
de grand vent, furent très surpris de trouver la terre
entièrement couverte de petites pierrailles différant abso-
lument à première vue de toutes les roches du pays. Les
fourrages fauchés les jours précédents et des tas de fu-
mier déposés la veille étaient saupoudrés de ces maté-
riaux insolites.
D’après une lettre que M. Charles, juge de paix de
Brienne, a bien voulu m'écrire, la surface ainsi lapidée
mesure 200 mètres de longueur et 50 mètres de largeur.
Selon un autre correspondant, c’est sur 16 hectares que
le phénomène se serait développé.
Dans tous les cas, personne ne fait de doute que les
cailloux n’aient été précipités sur le sol au moment de
orage, et ce n’est pas sans quelque peine qu’on à per-
suadé à tout le monde qu'il ne s’agit aucunement d’une
averse météoritique,
À en juger par les spécimens que j’ai sous les yeux et
dont deux, de grosseur moyenne, sont représentés ci-
contre, les pierrailles de Pel-et-Der sont de dimension
Pierrailles calcaires tombées avec la grèle le 6 juin 1891 à
Pel-et-Der (Aube). Echantillons du Muséum de Paris. Gran-
deur naturelle.
variant de 20 à 50 millimètres. Elles sont en général ar-
rondies comme des galets, aplaties et de forme très
irrégulière offrant de nombreuses dépressions cupuli-
formes et même des tubulures. Plusieurs, comme le
46 LE NATURALISTE
montre précisément l’échantillon de droite de la figure,
sont perforés d’outre en outre par des canaux plus ou
moins cylindriques. Toutes sont d’un blanc crayeux à
l’extérieur, mais la cassure montre qu’elles sont consti-
tuées par une roche compacte, d’un gris bleuâtre plus
ou moins foncé. Il s’agit donc là d’une patine dont la
production peut se rattacher sans doute au séjour dans
le milieu très froid constitué par le nuage à grêle. Une
goutte d'acide chlorhydrique suffit pour révéler la na-
ture calcaire des pierrailles, et l’on est frappé, pendant
l’effervescence, d'une forte odeur bitumineuse.
Le sol, à Pel-et-Der, est formé, sous une couche épaisse
d’alluvions anciénnes, par la craie où, d’après la re-
marque de Leymerie (1), « on trouve des ammonites et
de nombreux inocérames et jamais de silex, caractères
qui doivent la faire rapporter à l’assise inférieure, mal-
gré sa couleur qui est ordinairement blanche ».
Or, les essais chimiques auxquels j’ai soumis les pier-
railles tombées le 6 juin et les comparaisons que j’en
ai faites avec des spécimens conservés au Muséum, me
conduisent à penser qu’elles sont constituées par le tra-
vertin tertiaire si abondant, par exemple, au sud-est du
département de Seine-et-Marne, où il est connu sous le
nom de calcaire de Château-Landon. Il a été facile d’as-
sortir toutes. les variétés de nuances et de structures.
Des analyses sommaires ont permis de reconnaître tous
les détails de la composition, et jusqu’à la proportion
d'argile et de bitume que dégage la dissolution dans
l'acide chlorhydrique.
Cette identité étant admise, et elle paraît tout à fait
certaine, il convient de remarquer que Pel-et-Der est
éloigné de plus de 150 kilomètres, à vol d’oiseau, du
gisement le plus proche du travertin dont il s’agit. Il
faut donc qu’un météore ait arraché sur le sol, pour l’en-
lever dans les hautes régions de l’atmosphère, une masse
considérable de pierrailles qui ont ensuite parcouru
horizontalement un très long trajet aérien avant d’être
précipitées avec la grêle. Un pareil fait, par sa précision
même, fournira peut-être des arguments aux discussions
aujourd’hui pendantes sur les grands mouvements de
l'atmosphère.
Il me reste à adresser de très vifs remerciements
à M. Pierre Carrive, président du tribunal civil d’Ar-
cis-sur-Aube (actuellement président à Rambouillet),
età M. Charles, juge de paix de l’arrondissement de
Brienne, pour les renseignements et les échantillons que
je leur dois, ainsi qu'à M. Jacquot, qui a pris la peine
d'apporter quelques pierrailles de Pel-et-Der au labo-
ratoire de géologie du Muséum.
Stanislas MEUNIER.
ALBINISME ET DIFFORMITÉ
Deux cas d'albinisme. — 1° Au mois de septembre dernier,
aux abords des bois d’Amaïlloux, près Parthenay, une compa-
gnie de vingt-deux perdreaux rouges était signalée par les
chasseurs du pays comme comptant dans ses rangs quatre per-
drix blanches. L’une a été tuée par un habitant du bourg de
Faye-l’Abbesse qui en prit une autre vivante. Il la garde, pa-
raît-il, en volière. La troisième a été tuéc par M. Proust, pro-
priétaire à Villebouin. La quatrième enfin est tombée sous le
plomb de M. Jarrassé, ancien avoué, propriétaire à Parthenay.
Cette dernière, que j’ai sous les yeux, est de la taille de la per-
drix grise de passage que l’on nomme vulgairement raquette.
(4) Géologie de l'Aube, p. 44%
Elle est entièrement blanche, maïs d’un blanc sale, les pores
le bec et les yeux rouges.
20 Le jeudi 4 décembre, M. Demellier, propriétaire, dant
à Vautebis, près Parthenay, a tué dans les bois avoisinant sa
demeure une bécasse entièrement blanche. Cette bécasse natu-
ralisée par M. Beau, est d’un blanc absolument pur; le bec
ct les pattes sont blanc rosé et, chose extraordinaire chez un
albinos, les yeux sont noirs comme du jais. J’ai constaté le fait
avant l’empaillage.
Difformité chez un lapin. — I1 y a quelques jours, Mme la
comtesse de Monti a tué, dans les bois de son château du Theil,
un lapin dont la mâchoire présente une telle difformité qu’on
ne s’explique pas comment cet animal a pu se nourrir et at-
teindre la taille des plus gros lapins de garenne.Je vous envoie
ci-joint le dessin que j'ai fait du crâne disséqué qui est en
ma possession. Le maxillaire supérieur présente les diffor-
mités suivantes : les deux incisives atteignent une dimension
exagérée; l'une a environ un centimètre et derai de longueur
et se conforme à la courbure de l’autre; la seconde, qui at-
teint près de trois centimètres, se recourbe en cercle et vient
perforer la voûte palatine dans laquelle elle se perd. Du
maxillaire inférieur sortent deux incisives d’environ deux cen-
timètres et demi de longueur chacune, sortant hors de la
bouche et inclinées du côté gauche. Lorsque la bouche est
. fermée, les deux dents du maxillaire inférieur sortent comme
deux défenses accolées.
Albinisme partiel chez un lièvre. — M. Frère, propriétaire à
Fenioux, a tué il y a environ un an un lièvre qui présentait
la particularité suivante : une bande blanche d’environ deux
centimètres de largeur lui partait de la nuque, descendait sur
chaque flanc, et les deux bandes étaient rejointes par deux
bandes transversales de même largeur, l’une à la nuque et
l’autre sur la croupe.
P. FRADIN.
SOCIÉTÉ Z00LOGIQUE DE FRANCE
Mémoires, 4° année (1891), fasc. 3 et 4.
RaPpHaEz BLancHaro. Résultats d'une excursion zoologique
en Algérie. Ce mémoire est le compte rendu détaillé d’une
rapide excursion dans la région des chotts (lacs salés) depuis
Biskra jusqu’à Tougourt et Temacin ; il renferme d’intéressants
détails sur le degré de salure des ‘chotts, sur le forage des
puits artésiens et sur les oasis à la limite du désert, enfin sur
la faune des chotts et sur celle de la nappe d’eau souterraine
qui alimente les puits artésiens naturels (behour ou chrias) et
ceux qui ont été forés par les indigènes ou par les colons fran-
cais. Qu'ils soient naturels ou artificiels les puits artésiens de
la région rejettent de temps à autres des poissons (Hemi-
chromis, Cyprinodon), des Crustacés décapodes (Telphusa flu-
vialilis) et des Gastéropodes (Melanopsis, Melania, Hydro-
bia, etc.). Ces animaux sont de même espèce que ceux qui.
habitent les ruisseaux dans les oasis arrosées par des sources
naturelles et l’on doit considérer comme vraisemblable qu'ils
ont pénétré dans les eaux souterraines en se servant de voies
semblables à celles qui les ont ramenés au jour. L’Arte-
mia salina des marais salants se retrouve en abondance dans
les chotts, mais ce qui étonne surtout, c’est la présence, à
la limite du désert, de l’Orchestia littorea et du Chlamydo-
monas Dunali, espèces qu’on regardait jusqu’ici comme loca-
lisées dans la région littorale. L’Orchestia liltorea est un
Amphipode qui habite les lieux humides au voisinage de la
mer aux endroits que chaque jour vient recouvrir le flot; la
voici maintenant à 380 kilomètres du rivage, sur la berge des
réservoirs, toujours un peu salés, de l’oasis de Sidi Yahia.
Quant au Chlamydomonas Dunali c’est un flagellé qui colore
en rouge les eaux des marais salants où se dépose le sel, et
c’est lui aussi qu’on retrouve en abondance dans les eaux
fortement salées des fossés de Temacin. — M. Moniez étudie
ensuite les Ostracodes des lacs salés qu’a visités M. Blanchard.
Ces crustacés forment neuf espèces, dont deux nouvelles
(Cypris ungulata, C. Blanchardi). Les mâles sont très rares
et parfois même inconnus chez la plupart des espèces d’Ustra=
codes. « Or, dit M. Monier, sur neuf espèces récoltées en.
Algérie par M. Blanchard, six présentaient un nombre de
mâles presque aussi grand que celui des femelles, ce qui con-
stitue un fait surprenant, auquel je n’ai pu trouver d’expli-
LE NATURALISTE
—
cation. » — M. Enmonp PERRIER, Sfellérides nouveaux pro-
venant des campagnes du yacht l'Hirondelle. Ces Stellérides
se rangent dans neuf genres dont quatre sont nouveaux (Pro-
gnaster, Calycaster, Sclerasteria, Hexaster) ; les espèces nou-
velles décrites sont au nombre de neuf. — M. F. pe SCHAECK,
Monographie des Francolins ; étude longue, minutieuse et fort
détaillée des oiseaux de ce groupe, qui ne compte pas moins
de 55 espèces dont une seule, le F. vulgaris habite l'Europe
(plaines et région alpine de l’Europe méridionale). Le mémoire
comprend les parties suivantes que je ne puis qu’indiquer :
I: Caractères des Francolins : squelette et organes internes
(permettant de rapprocher les Francolins des Perdrix), carac-
tères extérieurs (plumage bigarré, parties dénudées sur la face
et sur la gorge de certaines espèces). II. Mœurs des Franco
lins (vivent sur le sol au voisinage de l’eau, vol peu étendu,
monogames, jeunes assez forts déjà pour courir). III. Acclima-
tation (on en trouve plusieurs espèces au jardin du Bois de
Boulogne). IV. Classification. Cette partie est de beaucoup la
plus longue, car elle contient une étude fort détaillée de chaque
espèce et surtout du Francolin vulgaire, qui s'étend de
l'Espagne à l'Himalaya. — M. E.-L. Bouvier, Etude de quel-
ques Paguriens recueillis par M. Jules de Guerne sur les côtes
de France et de Norvège. Aucune espèce nouvelle, mais l’au-
teur démontre que le Diogenes pugilator (D. varians) s’étend
des côtes anglaises jusqu’à celles du Gabon. — M. 3J.-M.-F.
Braor, Diplères nouveaux ou peu connus; table dichotomique,
avec discussion des genres et renvois bibliographiques, des
Tabanidés jusqu'ici connus. — M. RAPHAEL BLANCHARD, sur
les Téniadés à ventouses armées. L’auteur étudie un ténia dont
le cysticerque fut trouvé par M. Rosseter dans les Cypris et
Padulte dans les canards ; il en fait le type du nouveau genre
Echinocotyle (E. Rosseteri) caractérisé par la présence de cro-
chets sur les ventouses. Le mème auteur étudie longuement
‘deux autres genres, Davainea R. Blanchard et Raiïlliet, Ophryo-
cotyle Fries, de Ténias à ventouses armées. Chez les Echino-
colyles, il y a trois séries convergentes de crochets sur chaque
ventouse, chez les Davainea les crochets sont sur les bords
“et chez les Ophryocotyles 11s forment un arceau vers le milieu
de la ventouse. — Cestodes du groupe des Anoplocephalenæ.
Ces cestodes des herbivores sont inermes, leurs anneaux sont
courts et pourvus d'un appareil piriforme ; ils renferment les
genres Moniezia nov. gen. (deux pores sexuels latéraux et
symétriques sur chaque anneau), Arcoplocephala E. Blanchard
(pores sexuels unilatéraux) et Berfia (pore sexuel unique et
alterne sur chaque anneau). Le travail se termine par l'étude
d'un certain nombre de Distomes déjà connus.
E.-L. Bouvrer.
LES CÉCIDIES LIGNEUSES DES RUBUS
La Cécidiologie, science ayant pour objet l’étude des Cécidies
(Galles), présente, aux naturalistes qui veulent sérieusement se
livrer à son étude, un champ riche en futures découvertes.
Les observateurs les plus savants et les plus scrupuleux ont
parfois pris les locataires, c'est-à-dire, les parasites, les com-
mensaux et les simples successeurs, pour les véritables posses-
seurs des productions cécidiaires; cela n’a rien qui puisse
étonner, car la nature, gardienne jalouse de ses secrets, ne les
livre que difficilement; mais, s’il est encore beaucoup de Céci-
dies dont la genèse est obscure, il n’en cest pas ainsi de toutes,
comme par exemple des deux productions dont nous allons
parler : l’hyménoptérocécidie de Diastrophus rubi Hart., et
la diptérocécidie de Lasioptera rubi Heeg; nous pensons
devoir faire observer que les productions similaires ont été
nommés Galles variqueuses par Réaumur.
7
1.
L’hyménoptérocécidie de Diastrophus rubi se présente géné-
ralement sous là forme d'une agglomération plus ou moins
étendue (7 centim. environ de long.) de bosses, formant une
surface ondulée entourant une partie du rameau (Typus) dont
la portion portant la cécidie est ordinairement arquée. Il
arrive parfois que la cécidie entoure tout le rameau (F. circu-
lala), parfois aussi elle ne présente que des bosses isolées,
(F. isolata), qui même peuvent ne consister qu’en un simple
renflement de la base des aiguillons (F. spiculorum).
Les chambres larvaires, de 2 mm. de diamètre, formant de
petites cavités subsphériques à parois ligneuses, contenant
chacune unc larve, sont situées dans toutesles zones du
AT
——————————————_—
rameau; nous ferons observer à ce sujet qu’il est assez curieuk
de voir des chambres larvaires à parois ligneuses dans la moelle.
Fig. 1. — Cécidie de Diastrophus rubi.
Fig. 2. — Coupe de la Cécidie de Diastrophus rubi.
Notre savant correspondant M. l’abbé J.-J. Kieffer, auquel
nous devons de précieux renseignements cécidiologiques, a
observé l’évolution de cette cécidie; ce naturaliste obtint le
8 mai l’éclosion de deux femelles de Diastrophus rubi. Le len-
demain l’une d'elles piqua la pousse terminale d’un Rubus. Au
bout de huit jours deux nouvelles feuilles s’étaient développées
au sommet de la plante ; leurs pétioles paraissaient visiblement
renflés, de même que la portion de la tige qui les séparait. Le
20 mai ces excroissances étaient devenues fusiformes, et leur
surface tuberculeuse. Environ un mois plus tard elles avaient
atteint leur développement normal, mais restèrent encore
vertes jusqu’en novembre. Le genre Diastrophus ne renferme
en Europe que deux espèees, les D. rubi et D. Mayri Reich.
Le Diastrophus rubi Hart. est un Hyménoptère de la famille
des Cynipides ; sa larve, longue de 4 mm., larg. de 2, figure au
nombre des larves des Cynipides gallicoles, dont voici, d’après
Schaek.? la description : Larves blanchâtres, apodes, cylin-
driques, non poilues, courbées ; tête à peine plus petite que le
premier segment, blanche et poilue de chaque côté, faiblement
mamelonnée, sans yeux. Mandibules supérieures à pointe
brune; palpes remplacées par quatre petites verrues. Voici
maintenant les principaux caractères de l’insecte parfait :
Antennes ® 13 & 14 articles d’un jaune rougeâtre. Mésonotum
avec sillon longitudinal ; jambes jaune rougeâtre. Tête, thorax
et abdomen noirs. Deuxième cellule cubitale des aïles supé-
rieures très petite, presque imperceptible. Long. 22 mm. 1/2.
La cécidie de Diastrophus rubi est parfois habitée par d’autres
Hyménoptères appartenant à la famille des Chalcidites les
Torymus macropterus Walh. et Eurytoma Diastrophi Myr. Les
larves de ces insectes sont poilues.
IT
La diptérocécidie de Lasioptera rubi se présente le plus
souvent sous la forme d’un renflement ramaire, bruni et for-
mant hernie (Typus). Ce renflement est plus ou moins volumi-
neux (environ 2 cent. de long, et 4 d'épaisseur); il arrive par-
fois que la cécidie entoure le rameau (F. circulata); dans les
deux cas l’écorce est fendillée et la portion du rameau sur
laquelle se trouve la cécidie généralement non courbée. Nous
avons observé cette production sur les rameaux, les pétioles
et les pédoncules des Rubus.
La coupe de cette cécidie nous a présenté les cellules de la
moelle brunies et désorganisées; c’est dans ces cellules, qui ne
contiennent pas de chambres larvaires bien formées, que se
Fig. 4, — Coupe de la Cécidie de Lasioptera rubi.
trouvent les larves de Lasioptera rubi et qu’elles subissent
toutes leurs métamorphoses. Ces larves éclosent pendant les
mois de mars et d'avril.
Le Lasioptera rubi est un diptère de la famille des Galliti-
pulaires, dont voici les principaux caractères : tête globuleuse;
trompe peu saillante, terminée par deux grandes lèvres; sucoir
de deux scies; antennes allongées; yeux réniformes; ocelles
nulles; abdomen divisé en huit segments: point de cellules
18
basilaires ni discoïdales; sa larve, atteignant environ # mm.
de long. sur un de larg., est orangé, munie d’une armure tho-
racique, et possède 14 anneaux très chagrinés. É
Voici la description de l’insecte parfait : Antennes n’attei-
gnant pas la longueur du thorax et dela tête, 2 + 18 et
2 + 19 articles sessiles, très serrés ; corps noir; milieu du dos
et base des ailes couverts de poils écailleux, jaune d’or; bor-
dure du dos, écusson, bord postérieur du dessus des anneaux
abdominaux, ventre, hanches à poils écailleux, d’un blanc
argenté ; base et sommet des fémurs et tibias, tarses et dessous
des tibias d’uu blanc argenté; ailes vitrées; bord antérieur
couvert d’écailles noires, à la base et au milieu un gros point
blanc. Comme dans tous les Lasioptera, les deux premières
nervures longitudinales sont très près du bord antérieur qu’elles
atteignent vers le milieu de l’aile, ce qui est leur caractère
générique. La troisième nervure est bifurquée. Long.2 mm.
La cécidie de Lasioptera rubi est parfois habitée par les
Hyménoptères suivants : l'orymus macropterus Walk., Enten-
don galaclopus Ratz., de la famille des Chalcidites, et Plaly-
gaster ater Kief., de la famille des Proctotrupides.
Emile BAzLé.
LES TRUFFES EN AFRIQUE ET EN ASIE
Les peuples européens n'ont pas seuls le privilège
de la gourmandise : il y a beau temps que l'Afrique et
l'Asie connaissent des productions analogues aux Truffes
et savent en tirer parti dans leur alimentation.
Pline, Athénée, peut-être Dioscoride, parlent en plu-
sieurs endroits de leurs écrits du Mison et du Misy que
l'Afrique envoyait aux gourmets de la vieille Rome. Ju-
vénal — qu'il faut toujours consulter en matière culi-
naire — constatait l'estime que les gastronomes de la
ville éternelle professaient pour les Truffes d'Afrique.
Mais c’est dans un auteur arabe, qui écrivait au com-
mencement du xvie siècle (vers 1526), que nous trouvons
les premiers détails circonstanciés sur le Terfez. Léon
l’Africain, à la fin de son neuvième livre, s'exprime ainsi
à propos du Terfez : « Ceci se peut plus proprement
appeler racine que fruit, car il croît en l’arène aux lieux
chaleureux, semblable à la « Trufe » (sic) et plus gros
ayant l'écorce blanche; et connoît-on là où il est à la
terre, qui est un peu enlevée et crevassée. Il s’en trouve
de la grosseur d’une noix et d’une orange aussi. Selon
l'opinion des médecins (qui l’appellent Camha), il a la
propriété de rafraîchir. Les déserts de Numidie en pro-
duisent en grande abondance, de quoi les Arabes man-
gent autant volontiers comme si c'était du sucre, et à
bonne raison; car, à dire vrai, étant mis sur le brasier,
puis nettoyé et remis dans un bouillon gras, c'est une
viande très singulière et délicate. Ils le mangent sembla-
blement bouilli dans l’eau ou du lait, et s’en trouve à
foison en l’arène prochaine de la cité de Séla. »
Les voyageurs Olivier et Chabrœus ont signalé la pro-
fusion avec laquelle les Terfez croissent en Asie, et la
consommation prodigieuse qu’on en faisait de leur temps
à Bagdad. Il est probable que c’est la même plante qu’a-
vait en vue Clusius quand il parlait du Turmas consommé
par les Espagnols du royaume de Léon, de la Castille et
de Grenade.
Tulasne, dans son admirable mémoire consacré à l’é-
tude des champignons hypogés, a le premier indiqué
nettement la constitution du Terfez, pour lequel il a pro-
posé le genre Terfezia. L'espèce connue depuis longtemps
devenait en même temps le Terfezia Leonis. L’illustre
botaniste a fait connaître d’autres espèces appartenant
LE NATURALISTE
au même genre et en d'excellents dessins à montré tous
leurs détails d'organisation.
En quoi donc les Terfez diffèrent-ils des Truffes? dans
ces dernières on aperçoit sur une coupe des veines de
deux couleurs, les unes blanches et opaques, les autres
plus ou moins foncées et pellucides ; dans les Terfezia, au
contraire, les veines sont dans toute la masse unifor-
mément colorées. C’est là le grand caractère qui saute
aux yeux de prime abord, et permet de différencier
les deux genres.
Le Terfezia Leonis était resté jusqu'à ces derniers
temps, en même temps que l’espèce type, la seule qui
fût connue pour servir à l'alimentation dans les régions
NS
pbs eg:
FA
SEE
Fig. 1. — Terfezia Leonis Tulasne.
Fig. 2. — Coupe.
où on le rencontre : le nord de l’Afrique, l’Asie Mineure,
l'Italie, la Sicile, l'Espagne et quelques points du sud-
oues# de la France, où le Terfez serait connu sous le nom
de Turo de placo. M. Chatin, qui, depuis de longues
années, s'occupe de la Truffe et de ses congénères, a pu,
en réunissant de nombreux spécimens de diverses pro-
venances, montrer que le Terfezia Leonis était une espèce
complexe, et que, sous le même nom, existaient plusieurs
plantes distinctes. Il résulterait même de ses recherches
que le type anciennement connu serait moins répandu
que certaines autres formes. Les observations manquent
encore ou tout au moins ne sont pas assez nombreuses,
pour qu'on puisse accepter sans hésitation les idées
émises par M. Chatin. Les caractères tirés du nombre
des spores dans les asques, les ornements plus ou moins
développés à la surface de ces organes, sont-ils toujours
constants? N’a-t-on pas pu prendre quelquefois pour
des formes différentes les organes
fructifères encore jeunes, n’ayant pas
encore subi toute leur évolution ? C’est
ce qui se présente à l’idée quand on
cherche à se rendre compte attenti-
vement des caractères invoqués par le
savant botaniste pour différencier les
espèces qu'il a créées.
D'une manière générale la fructifi-
cation des Terfezia rappelle celle des
Truffes. Les spores du T. Leonis pré-
sentent, suivant l’expression deM. Cha-
tin, des verrues qui rappellent des
dents d’engrenage. Fréquemment aussi
ces appendices sont beaucoup plus fins, et auraient,
été pris par Tulasne pour l’état jeune de son T. Leonis.
Fig. 3.—T. Leonis
Tul. (asque et,
spores).
M. Chatin considère les spécimens qui présentent cen
caractère comme formant une espèce nouvelle qu'il
LE NATURALISTE 49
appelle Terfezia Boudieri, Quoi qu’il en soit, ce point de
systématique demande de nouvelles recherches.
Outre les deux espèces ou formes dont nous venons de
parler, on trouve encore en quantité sur les marchés de
Bagdad, de Damas et de Smyrne, trois autres Terfez-qui
seraient, parait-il, distincts de la plante de Léon l’Afri-
cain et de Tulasne. Les Kames de Bagdad seraient fournis
par le T. Hafizi Chatin et par le T. Metaxasi du même
auteur, Les caractères nous paraissent bien voisins de
l'espèce type; c'est par des plus ou des moins qu'ils
peuvent être seulement définis.
Il paraît en être tout autrement pour le Kammé de
Damas, le Terfezia Claveryi. Les spores y sont réticulées
et non verruqueuses ou papilleuses. La découverte de
cette espèce présente une réelle importance : elle permet
d'établir un parallélisme intéressant entre les Truffes
proprement dites et les Terfez. On distingue dans les
Tuber deux grands groupes : dans l’un les spores sont
réticulées, dans l’autre elles sont papilleuses. Au pre-
mier correspondent les espèces les plus recherchées, les
Lruffes noires ; au second les Truffes blanches de qualité
quelquefois secondaire. Ces deux mêmes divisions
existeraient chez les Terfezia.
Je dois à mon ami, M.Patouillard, des renseignements
recueillis au cours d’un voyage en Tunisie, et qui trou-
veront ici tout naturellement leur place, Les Terfez (T.
Leonis et Boudieri) ont la chair marbrée, peu homogène,
recouverte par une écorce assez épaisse, Cette chair
présente une couleur rosée qui se tache en vert quand
on la touche ; cette coloration apparaît également sur l’é-
corce quand on la froisse. La saveur en est fade, ou plutôt
tout à fait insignifiante, quoique certains auteurs l’aient
qualifiée d’exquise. Les Terfez croissent sous certaines
plantes, particulièrement sous des Helianthemum. M. De-
flers en à recueilli dans l'isthme égyptiaco-syriaque,
Sous l’Helianthemum Lippii. Il n’est pas inutile de rappeler
que la désignation de Turmas sous laquelle les Espagnols
le connaissaient au temps de Clusius, dérive de Turmeras,
nom sous lequel on désigne les Helianthemum salici-
folium, Tuberaria, etc.
Au cours d'un voyage à El-Goléah, notre ami, M. Dy-
bouski, avait recueilli une Tubéracée, qui se distinguait
de toutes les autres espèces africaines, par sa chair jaune
sur le sec, et ses spores ovales lisses et à {peine
ponctuées à l’extrême maturité, M. Patouillard en fit le
Terfezia ovalispora. Peu de temps après M. Chatin recut
également cette plante d'Algérie, y trouva des caractères
génériques nouveaux et proposa pour elle le nom de
V4 Fig. 4. — Tirmania ovalispora Pat. :
(d’après un dessin communiqué par M. Patouillard).
Tirmania africana. La valeur générique en peut être
maintenue : la chair est blanche (de même que la surface
extérieure), homogène et non marbrée comme dans les
Terfezia ou seulement un peu plus lâche dans la portion
centrale. Le tubercule est méplat ou piriforme, semi-
hypogé, à partie supérieure rugueuse et crevassée par
l'effet du soleil et devenant légèrement brune; le pied
plus ou moins incrusté de sable présente toujours une
base stérile. IL n’existe pas de pied dans les Terfezia. Les
thèques sont allongées ou sub-globuleuses (elles sont
globuleuses dans le Terfez) et renferment des spores
ovales et lisses. Le goût est à peu près nul. Le Tirmania
Fig. 5. — T. ovalispora Pat. (coupe).
Fig. 6. — T. ovalispora Pat. (asque et spores).
croît sous le Passerina hirsula et V'Atractylis serratuloïdes.
Il peut acquérir la grosseur de la tête. Les légendes
arabes prétendent que ce champignon sert de refuge à
des serpents, probablement à des Cérastes; le fait est
que, dans le sud de la Tunisie, il est souvent creux.
L'aspect sur le sol en est tout spécial, et rappelle celui
d’une grosse vesse de loup ou mieux d’un Bovista.
La priorité spécifique de cette plante appartient sans
contredit au premier botaniste qui l’a décrite, c’est-à-
dire à M. Patouillard. C’est donc le nom de Tèrmania
ovalispora qui devra être maintenu. M. Dybouski est le
premier voyageur qui l’ait rencontrée et rapportée en
Europe; M. Ben Hafiz, pharmacien à Biskra, ne l’a
signalée que plus tard.
Quelle est l'aire d’extension des plantes que nous
venons d'étudier ? Le Tirmania n’a été rencontré jusqu'ici
qu’en Afrique (Algérie et Tunisie), les Terfezia habitent
au contraire l’Asie et l’Afrique. D’après M. Chatin, le
Terfezia Leonis existe dans le nord de l’Afrique et aux
environs de Smyrne; les Terfezia Boudieri et Claveryi de
Damas croissent au sud de Biskra; les T. Metaxasi et
Hafizi seraient particuliers à la région désertique de
Bagdad. Les Terfez s’étendraient donc en latitude du
40 au 25 degrés nord, de la Sicile et de l'Espagne, en
Afrique et en Asie, par une longitude de 12 à 15 degrés.
A l'opposé des Truffes qui recherchent un climat tem-
péré, les Terfez aiment un climat chaud; ils se plaisent
dans les terres légères et limoneuses, pourvu qu’elles
soient (comme celles qui conviennent à la Truffe) assez
riches en fer et en chaux, et ne sont que peu enfoncés
dans le sol dont ils émergent même en partie.
L'époque de maturation est, pour les Terfez, le mois
d'avril ; pour le Tirmania, le mois d'octobre. Les Truffes
noires de France ne présentent leur saveur et leur odeur
parfaitement développées que de novembre à décembre ;
de juin à août mürissent nos Truffes blanches. En sachant
profiter des arrivages que l’on peut tirer d'Algérie, on
arriverait facilement à être pourvu de Truffes pendant
la plus grande partie de l’année. Mais... car il y a un
50 LE NATURALISTE
mais : jamais nos gourmets ne raffoleront des Terfez,
aliments insipides qui ne peuvent lutter même de très
loin avec la Truffe, ce condiment merveilleux que l’on
connaît. Tandis que la Truffe est un produit de haut
luxe, le Terfaz est une véritable matière nutritive, qui,
d’après M. Chatin, l’emporterait sur la pomme de terre
elle-même au point de vue de la teneur en azote et en
phosphore.
Le Terfez aurait-il les avantages ou les inconvénients
de la Truffe? Il est probable que oui quoiqu'il contienne
une quantité moindre de phosphore. Que nos lecteurs
s'en rendent compte par eux-mêmes, ce sera la manière
Ja plus simple et la plus agréable en même temps de
résoudre la question.
P. Harror.
DIFFORNITÉS DBSERVÉES
CHEZ LES INSECTES COLÉOPTÈRES
On rencontre parfois chez les insectes, comme chez les autres
animaux, des individus présentant des organes plus ou moins
atrophiés, plus ou moins déformés.
Le Naturalisle a déjà eu, à plusieurs reprises, l’occasion
d’entretenir ses lecteurs de ces cas de difformités. Je citerai
plus particulièrement, à ce sujet, un article paru le 15 mai 1890
et intitulé : « Expériences tératogéniques sur différentes espèces
d'insectes. »
Ces expériences, fort intéressantes, sont la confirmation
exacte de ce qui se passe évidemment assez souvent dans la
vie naturelle des insectes, car les déformations que l'on observe
chez ces êtres sont le résultat d’accidents survenus soit à la
larve, soit à la nymphe, et les unes, comme les autres, sont sou-
vent exposées à être blessées.
Chez la larve, ce sont presque toujours les antennes, les
pattes ou les palpes qui ont été coupées ou mutilées, soit acci-
dentellement, soit dans une lutte, et qui, selon les lois posées
par l’auteur de l’article que je viens de rappeler, ou bien ne
se reforment pas, ou bien se reforment, mais incomplètement,
ou enfin se reforment en entier, mais plus courts qu'ils ne
l’eussent été.
Chez la nymphe ou la chrysalide, ce sont surtout les aïles
qui se trouvent froissées ou comprimées, et alors l’insecte,
lorsqu'il éclôt, présente des ailes ou des élytres fripées ou
ratatinées.
Je donne (fig. 1) le dessin d’un Geotrupes mutator, dont
l’élytre droite a subi, vers le milieu de la suture, une dépres-
Fig. 1. — Geotrupes mulalor dont l’élytre droite présente une
échancrure.
sion qui la fait paraître comme coupée à l’emporte-piéce,
tandis qu’en réalité l'échancrure est produite par un rétrécis-
sement local de l’élytre. Cette difformité en a entrainé une
autre. En effet, cette même élytre a légèrement dévié et, au
lieu d’être parallèle à celle qui lui correspond, elle la recouvre
légèrement vers l’extrémité.
Parfois même les ailes ne peuvent parvenir à se colorer.
Des expériences précises m'ont permis de constater que c’est
ce qui arrive aux coléoptères chaque fois que, pour une raison
quelconque, l’insecte ne peut faire prendre à ses élytres ou à
ses ailes leur position naturelle lorsqu'il quitte sa dépouille
nymphale, opération qui paraît être fort délicate, surtout en ce
qui concerne les ailes fines.
C'est ainsi que les nombreuses larves de Celonia aurata que
j'ai élevées m’ont souvent donné des individus ayant les élytres
RE RSS EE NPC CNE CAE EEE SNA ES LS ENQUETE SEE CANRERE EEE DE PARLE LS pe
ou les ailes présentant la teinte et le peu de consistance du
papier roussi.
La sécheresse influe également beaucoup sur le développe-
ment des organes du vol. Les collectionneurs de papillons n’en
ont que trop souvent la preuve pour peu que les chenilles
qu’ils ont élevées se soient trouvées dans un milieu dépourvu
d'humidité.
Ordinairement les insectes dont les nymphes ont été dans de
semblables conditions présentent des ailes fripées ou même
tout à fait informes; mais il arrive parfois que ces ailes son
simplement atrophiées, sans trace de déformation.
Je citerai, par exemple, un Smerinthus ocellata que j'ai
obtenu au mois de mai 1891 et dont les ailes, bien que trés
courtes, n'étaient ni froncées ni recrocquevillées et avaient
simplement l’air d'une miniature des ailes normales.
Ces dernières causes de rachitisme sont, peut-être, celles qui
se rencontrent le moins dans la vie naturelle des insectes, car
larves et chenilles choisissent, en général, avec un instinct
merveilleux, le lieu de leurs métamorphoses. Elles savent fort
bien se ménager l’espace, l’air et, selon les circonstances, la
lumière ou l’obscurité qui leur sont nécessaires.
Mais il n'en est pas de même en ce qui concerne la conser-
vation de leurs antennes, de leurs palpes ou de leurs pattes.
C’est qu’en effet, comme je le disais plus haut, il existe une
foule de circonstances par suite desquelles des êtres aussi déli-
cats peuvent se trouver blessés, car ces êtres, tout petits qu'ils
soient, ont souvent à combättre, tantôt pour se nourrir, tantôt
pour se défendre.
Voyons, par exemple, les larves de coléoptères qui sont les
seules dont je m’occuperai ici.
Les unes, recouvertes, en totalité ou en partie, par une cara-
pace chitineuse (Carabides, Dytiscides, {Clatérides, Staphyli-
nides, Coccinellides, etc.), sont bien protégées, il est vrai,
mais elles s’attaquent à des proies énormes, souvent plus
grosses ou, tout au moins, aussi bien armées qu’elles.
C’est ainsi que la larve de l’Ocypus olens ne craint pas de
lutter avec le Carabus auratus.
Les autres, dont le corps est entièrement nu (Lucanides, La-
mellicornes, Buprestides, etc.), vivent à couvert dans des
branches ou dans des troncs d’arbres et semblent, par le fait
même de cette existence cachée, moins exposées à recevoir des
blessures. Il n'en est cependant pas ainsi, car, en dehors des
larves parasites, leurs ennemis naturels, elles ont à se défendre
contre leurs propres congénères ävec lesquels elles se trouvent
souvent réunies en grand nombre dans un espace assez
restreint.
Il n’est pas rare, en effet, de rencontrer dans des souches
d'arbres de très petites dimensions une véritable cohorte de.
Larves, de Lucanes ou de Priones. î
Je me souviens d'avoir trouvé dans une branche d'osier,
moitié grosse comme le bras, une douzaine d’Aromia moschata,
tant à l’état parfait qu'à l’état de nymphes, à peine séparées
les unes des autres par des cloisons extrémement minces, for-
mant les parois des galeries que leurs larves avaient creusées.
Au mois d'avril de l’année dernière, j'ai trouvé à Marly dans
un tronc de pin mort, haut environ de 80 centimètres, 21 Rham-
nusium bi-fasciatum tout transformés et à peu près autant de
larves. |
Tant que des larves, ainsi réunies dans un espace aussi
petit, ne se trouvent pas directement en contact les unes avec
les autres, tant que les matériaux ligneux suflisent à leur
subsistance commune, elles ne cherchent pas à se nuire; mais, Si
la nourriture vient à leur manquer, fatalement une lutte devient
inévitable, Le plus souvent, les larves qui sont blessées meurent,
car, sous l’état larvaire, les insectes, et notamment les coléop=
tères, sont fort délicats, mais il arrive cependant que quel- #
ques-unes s'échappent n'ayant qu’une patte ou des palpes
decoupés, blessures qui, généralement, n’entraînent pas la mort.
C’est alors que ces membres, ainsi mutilés, se cicatrisent et
se reforment, soit au moment d’une mue, soit au moment de la
métamorphose nymphale, en présentant les caractères de dif-
formité dont j'ai parlé plus haut.
Je possède dans ma collection une Cetonia floricola dont la
larve, que j'ai élevée, a eu la patte antérieure gauche coupée par
une larve de Dorcus parallelipipedus, avec laquelle je l'avais
rapportée.
La patte correspondante s’est reformée chez l’insecte parfait
mais les tarses, légèrement plus courts que ceux de l’autre
patte, sont restés incolores et la Cétoine, étant vivante, ne
pouvait s'appuyer dessus pour marcher.
Parfois c’est l’organe tout entier qui se modifie. J’ai trouvé
LE NATURALISTE 51
au mois de juin 4891, à Croissy-sur-Seine, un Lucanus © dont
toute la patte antérieure gauche est difforme (fig. 2). Non
seulement les tarses sont moins longs qu’à l'état normal, mais
Fig. 2. Lucanus cervus mâle ayant une des pattes antérieures
plus courte que l’autre, et la cuisse de cette même patte
munie d’une épine. — Fig. 3. Purpuricenus Kæhleri mâle
ayant une déformation au 4er article de l'antenne. — Fig. 4.
Cette même antenne grossie.
encore la patte, proprement dite, est plus courte. De plus elle
est élargie, fortement ponctuée, et rappelle assez une patte de
Lucanus ©. Enfin la cuisse est amincie vers l’extrémité et
présente en ce point, à sa partie externe, une épine assez
forte, recourbée en dedans.
La figure n°3 représente un Purpricenus Kæhleri à; cap-
turé aux environs de Paris par un de mes amis, et qui pré-
sente une difformité antennaire bizarre et très rare (1).
Ainsi qu’on peut le voir par cette figure et par celle n° 4
1e premier article de l'antenne droite est divisé en 2 lobes, non
pas soudés, mais formant corps l’un avec l'autre. L’inférieur,
Qui a le volume de l’article normal, porte l’antenne; le supé-
rieur est surmonté de deux petites articles dont le premier,
légèrement plus court, a la forme d’un cône renversé et dont
le second est tout à fait conique. À
J'ai dit que chez les nymphes ou chrysalides ce sont les ailes
qui sont le plus susceptibles d'éprouver des altérations, en
raison même de la difficulté avec laquelle linsecte les fait
Sortir de leur enveloppe au moment de la transformation défi-
nitive.
Cependant les autres organes subissent également quelquefois
des modifications; cela est assez fréquent chez les coléoptères,
les nymphes de ces insectes ayant les pattes et les antennes
Simplement repliées et non pas soudées comme cela se voit chez
les Lépidoptères.
… La figure n° 5 représente l’extrémité de l'antenne droite
Fig. 5. — Antenne d'Aromia moschata mâle (grossie) ayant des
articles déformés.
d’une Aromia moschata ©? que j'ai prise au bois de Boulogne
en 1891 et dont la nymphe s'est probablement trouvée trop à
l'étroit dans la loge que la larve s’état creusée. L’antenne a
subi une dépression à son extrémité et les deux avant-derniers
articles se sont courbés à angle aigu vers le milieu et présen-
(4) J'ai été forcé de figurer cet insecte avec des antennes
incomplètes, car il avait été brisé dans la collection où il se
trouvait, collection qui, d’ailleurs, n’avait pas été faite dans
un but d’étude. |
tent la trace d'un léger rétrécissement à l’endroit de cette cour-
bure. Je possède également en collection une femelle de Ceram-
byxheros que j’ai prise au bois de Boulogne et dont toute l’an-
tenne droite est contournée et mal venue. Les Longicornes
paraissent, d’ailleurs, assez sujets à voir leurs antennes
froissées pendant la période nymphale.
La raison en est évidemment dans la délicatesse et la lon
gueur de ces organes et aussi dans l’exiguïté des loges ou des
coques dans lesquelles les insectes de ce groupe ont l’habitude
de se transformer.
Ainsi qu'il est facile de le constater par ce qui précède, le
meilleur moyen de se rendre compte des diverses causes de
déformations qui peuvent se présenter chez les insectes est
d'étudier ces derniers sous leurs premiers états.
Cette étude est souvent longuc et diflicile, surtout en ce qui
concerne les coléoptères, mais elle est fort intéressante et,
comme le dit l’auteur de l’article que j’ai rappelé au début de
cette note, on ne saurait trop engager ceux quise livrent à ces
recherches à faire connaitre le résultat de leurs observations.
Louis PLANET.
LIVRE NOUVEAU
Cours complet d'histoire naturelle, ouvrage rédigé suivant les
nouveaux programmes de 1891, par GASTON BonNier, pr'ofes-
seur à la Sorbonne.
M. Gaston Bonnier, le savant professeur de la Sorbonne,
vient de publier un cours complet d'histoire naturelle qui se
fait remarquer, sur plus d’un point, des ouvrages similaires.
Ce traité d’histoire naturelle a été rédigé d’après les nouveaux
programmes d’enseignement de 1891 qui, chacun le sait, ont
été remaniés l’an dernier.
Nous signalerons tout d’abord dans cet ouvrage deux
sortes de texte qui se distinguent l’un de l’autre par des carac-
tères d'œil différent. On a imprimé en texte plus gros les para-
graphes qui se rapportent à tous les programmes, et en texte
plus fin ceux de classification et de géologie qui ne se rap-
portent qu’à certains programmes. C’est ainsi que, par exemple,
les parties du volume imprimées en gros caractères sont suffi-
santes pour les élèves des Lycées de philosophie, mathéma-
tiques élémentaires, enseignement moderne, etc. D’un autre
côté, toutes les matières de l’ouvrage, c’est-à-dire les para-
graphes en gros et petit texte, sont nécessaires pour le bacca-
lauréat ès sciences restreint, le professorat des écoles normales
d’instituteurs ou d’institutrices, des lycées de jeunes filles, etc.
De nombreux résumés, placés à la fin de chaque chapitre, et
des résumés généraux terminant les principales divisions de ce
traité, facilitent aux élèves la récapitulation des matières étu-
diées et leur montrent en même temps quelles sont les parties
des cours qui sont les plus importantes.
Voici donc l’ouvrage considéré dans ses grandes lignes.
Nous donnerons maintenant un apercu du traité lui-même.
L'introduction donne les trois divisions de l’histoire naturelle ;
puis les caractères distinctifs des êtres. Les deux divisions
zoologie et botanique se subdivisent chacune en deux parties:
1° anatomie et physiologie, et 2° classification générale. La
troisième division, qui traite de la géologie, est divisée en trois
parties : roches, modifications du sol, principales périodes
géologiques.
Ce qui fera, croyons-nous, le grand succès de ce traité,
c’est la facon méthodique et la clarté avec lesquelles l’ensei-
gnement est donné. Tout y est expliqué, aucun mot ne laisse
de doute dans l’esprit de l’étudiant ou du lecteur. Ajoutons à
cela que ce volume est orné de 767 figures dans le texte. C’est
pour nous une grande satisfaction d'avoir à annoncer l’ap-
parition de ce Cours complet d'histoire naturelle, et nous
adressons nos humbles félicitations à son éminent auteur.
N.
Les Sciences naturelles et l'Éducation, par Th. HuxLey.
M. Huxley a réuni dans un livre (1) une série de discours
ou d’essais dans lesquels il a cherché à montrer l'importance
des sciences naturelles, leur valeur au point de vue de l'édu-
cation, les vices de l'éducation de la jeunesse (en Angleterre),
(4) 4 vol. de 320 p.; prix: 3 fr. 50. (Chez J.-B, Baillière,
éditeur, et aux bureaux du journal.)
52 LE NATURALISTE
et les améliorations qu'il désirerait y voir apporter, etc.
M. Huxley lutte depuis longtemps en Angleterre pour obtenir,
dans l’enseignement officiel, certaines réformes qu’il juge, avec
raison, indispensables, mais qui, pour des causes assez com-
plexes, ne paraissent pas devoir être réalisées de sitôt. Ce
sont les discours qu'il a prononcés, ou les écrits qu’il a publiés
en faveur de la cause qu’il défend, qui constituent la partie la
plus importante de ce nouvel ouvrage. Aussi son livre ne
forme-t=il pas un tout parfaitement homogène ; mais on y
retrouve toujours la même justesse de raisonnement et la
même grandeur de vues qui caractérisent les ouvrages du
savant zoologiste anglais.
Je laisserai de côté les chapitres sur le Discours de la mé-
thode, le Positivisme, l'Utilité de travailler au développement
des connaissances naturelles, et je signalerai surtout les cha-
pitres dans lesquelles M. Huxley montre les erreurs et les la-
cunes de l'enseignement officiel en Angleterre, et recherche les
moyens de rendre cet enseignement pratique et réellement
utile à la jeunesse. Quoiqu'il s’agisse de l’éducation en An-
gleterre, bien des desiderata signalés par M. Huxley pourraient
être appliqués à notre enseignement en France, et il est fort
intéressant de constater, à cette époque surtout où les réformes
succèdent aux réformes, et où chacun s’efforce, sans grand
succès d’ailleurs, de trouver un programme d’éducation, que
l'Angleterre souffre du même mal que nous, et plus encore que
nous. Après avoir montré combien sont incomplets en Angle-
terre les enseignements primaire, secondaire et supérieur,
M. Huxley recherche ce que devraient être les écoles primaires
et secondaires, et il insiste sur la part importante qui devrait
être donnée aux sciences naturelles absolument laissées de
côté. Mais il s’occupe surtout de l’enseignement supérieur ;
dans deux chapitres intitulés : Les Universités, le réve et la
réalité, et l'Education universitaire, il indique les vices de cet
enseignement et les réformes qu’il conviendrait d’y introduire.
Les personnes que les choses de l’enseignement intéressent
trouveront, dans le livre de M. Huxley, d’abord des renseigne-
ments fort intéressants sur l’état des études officielles en
Angleterre, mais aussi des réflexions fort sages et des idées
très justes sur l'éducation de la jeunesse, ainsi que des conseils
dont elles pourront tirer profit.
Dr R. Kœuzer.
ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance du 48 janvier. — M. L.-F. Henneguy, ayant pu
observer le développement d’un chalcidien parasite de Stra-
tiomys strigosa, le Smicra crassipes, communique à l’Aca-
démie le résultat de ses observations. Chez le Smicra, la seg-
mentation de l'œuf est totale; une membrane embryonnaire
unique apparaît de bonne heure, avant la formation de l’em-
bryon, par un processus très différent de celui qui donne
naissance à l’amnios des autres insectes. L’œuf subit un accrois-
sement de volume considérable pendant son développement,
grâce à l’élasticité remarquable de son chorion. La membrane
embryonnaire suit l’accroissement de l'embryon; des cellules
atteignent de grandes dimensions et ne se multiplient pas.
Lorsque l'embryon est bien constitué, les cellules de la mem-
brane embryonnaire se dissocient et entrent en dégénéres-
cence graisseuse. L'œuf emprunte par endosmose au sang de
hôte les matériaux nutritifs nécessaires à son développement.
Longtemps encore après son éclosion, la larve ne paraît se
nourrir qu'aux dépens du sang de son hôte. — M. ?P. Thé-
lohan décrit deux coccidies nouvelles, parasites des poissons.
L'une, parasite du Caranx trachurus (Coccidium crucialum) ;
l'autre, parasite de la Tanche (Coccidium minutum). — M. Léon
Guignard décrit l’appareil mucifère des laminaires, appareil
sécréteur tout particulier et n’existant dans aucun autre groupe
de plantes. — M. Gustave Chauveaud, en étudiant les phéno-
mènes de la reproduction chez les Asclépiadécs, a observé
chez certaines d’entre elles une insertion dorsale des ovules
(Vinteloxicwm officinale). —M. Pierre Lesage à étudié le mode
d'action du chlorure de sodium sur les plantes littorales (Le-
pidium sativum, Raphanus salivus). 11 ressort clairement de
ces études que le sodium pénètre en plus grande abondance
. dans les tiges de Lepidium et dans les tubercules du Radis
quand les arrosages sont plus riches en sel marin. — MM. F.
Jolyet et H. Viallanes adressent: à l'Académie le résultat de
leurs études sur le système nerveux accélérateur et modéra-
:) FEB 1392
teur des crustacés. Ces études ont porté uniquement sur Car-
cinus Mœnas. — M. G. Pouchet, de son étude sur la faune pé-
lagique de Dyrefjord (Islande), conclut que, dans ces régions,
la vie semble étre exclusivement animale et que la matière
vivante forme environ un centimètre cube par mètre cube
d’eau de mer. L’être dominant est un Rotifère, Synchæta pec-
linata.
A.-Eug. Mara.
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PI. XVII. |
Ber. Deutsch. Bot. Gesells. 1891, pp. 214-280.
G. MaLLorzeL. %
Le Gérant: Émize DEYROLLE.
PARIS, — IMPR. F, LEVÉ, RUE CASSETTE, ÂT.1
ro
CP
14 ANNÉE
2e SÉRIE — IN° 120
1% MARS 1892
EEE
LES POISSONS COMMENSAUX ET PARASITES
Parmi les animaux inférieurs, il ÿ a presque dans
chaque groupe,un nombre plus ou moins grand d'espèces
qui vivent en commensales sur d’autres animaux, soit
dans un but de protection, soit pour se nourrir plus faci-
lement; d’autres sont parasites et se nourrissent alors
entièrement aux dépens de leurs hôtes. IL y a même des
groupes entiers qui ne comptent que des parasites (Tré-
matodes, Cestodes, Acanthocéphales, Gordiens, majorité
des Nématodes, etc.).
Chez les Vertébrés, le commensalisme et le parasi-
tisme sont au contraire très rares; les quelques cas
connus se présentent tous ou presque tous chez les
Poissons. Dans cet article, j'ai rassemblé et résumé les
observations éparses dans divers recueils, et dont quel-
ques-unes, m’a-t-il paru, sont tombées dans l'oubli.
Un cas de commensalisme particulièrement étroit a
été constaté par Lunel entre un Scombéroïde, Caranæ
melampygus G. V.,.et une Méduse du groupe des Rhizos-
tomides, Crambessa palmipes Hæckel, provenant de l'ile
Fig. 1. — Commensalisme du Caranx melampygus et de la
Crambessa palmipes; individus conservés dans l’alcool, ré-
*duits d’un quart (d’après Lunel).
Maurice. Comme tous les Rhizostomes, la Crambessa n’a
pas de bouche; celle-ci est remplacée par une quantité
de petits orifices épars sur les bras et le centre de la face
inférieure de l’ombrelle, qui ne peuvent naturellement
introduire à l’intérieur de l’animal que des particules
alimentaires à un très grand état de division; de plus,
- elle offre une anomalie singulière :
on sait que les
Méduses ordinaires présentent sur la face inférieure de
Pombrelle quatre poches creuses (sacs génitaux), débou-
chant au dehors par autant d’orifices; or, dans le genre
Crambessa et les formes voisines. ces quatre poches
S’agrandissent énormément en se rejoignant au centre
du disque; elles forment ainsi une cavité cruciforme
{portique sous-génital d’Hæckel) communiquant avec
l'extérieur par quatre grandes fenêtres : l'animal est
ainsi séparé en deux parties, d’une part l’ombrelle,
d'autre part, le disque oral portant les bras; ces deux
parlies sont reliées l’une à l’autre par quatre piliers,
entre lesquels se trouvent les orifices du portique sous-
génital, Le Poisson observé par Lunel était engagé hori-
zontalement dans le portique, comme le montre bien la
figure, sa tête et sa queue dépassant seulement par deux
LE NATURALISTE, rue du Bac, 46, Paris.
des ouvertures; le portique est élargi et déformé par
suite de l’usage continuel
qu’en faitle Poisson ; mais
la Méduse est parfaitement
intacte, ce qui prouve qu'il
y a bonne entente et con-
sentement mutuel entre
les deux commensaux. Il
paraît quele Caranx quitte
souvent la Méduse pour
nager aux environs, sans
doute pour pêchersa nour-
riture, et qu'il y rentre
rapidement à la première
alerte; il est à remarquer
qu'ildoitnager decôtépour
y entrer, et que sa station
devient horizontale, ce qui est assez anormal pour un
Poisson.
Sur nos côtes, on peut souvent constater un autre cas
de commensalisme : c’est l’association des jeunes Tra-
churus trachurus Günther (Caranx trachurus Lacépède, ou
Saurel) et d’une Méduse; sur les côtes de l’Océan et de
la Méditerranée, quand on pêche le Chrysaora isocela,
charmante Méduse très urticante, tachetée de brun, on
trouve presque toujours sous l’ombrelle un nombre
variable de jeunes Poissons, longs de quelques: centi-
mètres, qui s’y abritent dans un but évident de protec-
tion, car il est peu de carnassiers qui osent entrer en
contact avec ces redoutables Cœlentérés, munis, comme
l’on sait, d'armes de jet venimeuses (nématocystes) capa-
bles de foudroyer les petits animaux marins. Presque
toujours on trouve les Trachurus au voisinage de la
Chrysaora; Giard dit en avoir vu associés avec Rhizos-
toma Cuvieri Pér. et Les. — Les Trachurus adultes vivent
complètement libres et ne s’approchent des côtes que
pour frayer; les jeunes Poissons éclos gagnent le large
et mènent quelque temps la vie vagabonde en haute mer
avec les Méduses, jusqu’à ce qu’ils soient devenus assez
forts pour,pouvoir échapper à leurs ennemis.
D'autres Scombéroïdes accompagnent aussi les Méduses,
mais peut-être moins constamment : les Sfromateus de la
Méditerranée et le Schedophilus medusophagus Cocco
(Méditerranée, Atlantique). Le Stromateus a un corps
ovale comprimé, couvert de petites écailles lisses, le
museau court, les nageoires dorsale et anale longues, la
nageoire caudale très échancrée, les ventrales très
petites ou nulles. Le Schedophilus très aplati également,
Fig. 2. — Schéma de l’organi-
sation d'une Crambessa; un
stylet est passé dans le portique
sous-génital.
a le corps oblong, couvert de petites écailles, la dorsale
et l’anale très longues, la caudale presque rectangulaire ;
les ventrales assez grandes ont une épine et 5 rayons
mous; malgré son nom, il est certain que le Schedophilus
medusophagus ne se nourrit pas de Méduses; l’estomac
d'un échantillon examiné par Ogilby (cité d’après
Günther) renfermait du fretin de Hareng. Les tissus de
ce Poisson sont exftrêmemement délicats,ce qui fait penser
que c’est un habitant de mer profonde; les jeures vivent
à la surface et suivent les objets flottants et surtout les
Méduses, dans un but évident de protection; on les a
souvent observés nageant autour de celles-ci, comme
les Trachurus.
Alexandre Agassiz rapporte avoir observé dans la
baie de Nantucket (États-Unis) une Méduse nocturne du
groupe des Pélagies (Dactylometra quinquecü'ra Agassiz)
accompagnée constamment par une espèce de Hareng.
DA
Dans les Physalies ou Galères (Siphonophores), dont le
contact cause une douleur si vive qu’elle peut aller jus-
qu’à l’évanouissement, on trouve de petits Scombéroïdes
adultes, blottis par douzaines entre les cirres de leur
hôte redoutable. Il est probable que ces associations de
Méduses et de Poissons sont plus fréquentes qu’on ne le
croit, et qu’il ne serait pas difficile, par des observations
suivies, d’en trouver de nouveaux exemples.
D’autres Poissons affectionnent les Actinies, dont le
contact n’est guère moins redoutable que celui des Mé-
duses, Dans la baie de Batavia, sur les récifs madrépo-
riques qui y forment de petites îles, vit une très grande
Actinie, richement colorée, dont le disque mesure jus-
qu'à quarante centimètres de diamètre; très souvent,
surtout sur les grands échantillons, on trouve entre les
nombreux tentacules qui couvrent le disque un couple,
parfois même trois ou quatre petits Poissons, longs-de
cinq centimètres, colorés en orange avec des bandes
d’un blanc d'argent: ce sont des Trachichthys (Amphi-
prion Bleeker) Tunicatus Cuvier. L’Actinie ne paraît
aucunement se soucier &e ses hôtes; lorsqu'elle mange,
ceux-ci se précipitent sur les bribes qu’elle laisse échap-
per, mais sans jamais quitter le disque. Ces petits pois-
sons recherchent évidemment une protection puissante;
Sluiter, à qui l’on doit ces observations, a remarqué que
lorsqu'on les mettait dans un aquarium sans leur Acti-
nie, ils étaient immédiatement pourchassés et dévorés
par les gros Poissons; aussi cherchent-ils à se cacher,
l’un derrière un morceau de Madrépore, l’autre entre
les piquants d'un Oursin (Echinothrix calamare), mais ils
ne tardent pas à tomber au pouvoir de leurs ennemis;
au contraire, lorsqu'ils sont associés avec leur redou-
table Actinie, il est évident qu’ils sont protégés contre
toute attaque. Sluiter a gardé vivants les deux associés
pendant plux de six mois.
Egalement à Batavia, une autre espèce du même genre,
le Trachichthys Clarki Cuvier (Anthias Clarkii de Bennett),
qui est probablement identique à T. chrysogaster Cuvier
ou du moins très voisin, vit aussi en commensal sur une
Actinie du genre Bunodes. Ces petits poissons, longs de
huit centimètres, nagent entre les longs tentacules du
Bunodes, qui leur fournit évidemment une puissante pro-
tection, comme dans le cas précédent; lorsqu'une proie
passe à portée, les Poissons s’élancent, la saisissent et
reviennent aussitôt se placer sur le disque et les tenta-
cules de l’Actinie; ils se nourrissent aussi des bribes de
nourriture qu’elle laisse échapper.
Collingwood (en 1868), dans la mer de Chine, a observé
les mêmes faits, très probablement sur les espèces pré-
cédentes (Sluiter en 1888 n’a pas eu connaissance de ce
travail); il dit avoir délogé d’une même Actlinie jusqu’à
six Trachichthys tunicatus qui, d’après lui, pourraient se
loger dans la cavité gastro-vasculaire. Lorsque le Poisson
est séparé de l’Actinie et isolé dans un aquarium, il reste
en bonne santé pendant plusieurs mois, ce qui prouve
que son commensalisme est purement défensif et qu’il
peut parfaitement se nourrir et subsister sans avoir
recours à l’Actinie.
L'observation de M. de Crispigny, rapportée par Van
Beneden, sur le commensalisme analogue d’un Poisson
malacoptérygien, qu'il appelle Premnas biaculeatus, et
d’une Actinie de la mer des Indes, se rapporte très pro-
bablement à l’une des espèces précédentes.
Ce qui est vraiment curieux dans cette association des
Poissons et des Cœlentérés,c’est que les nématocystes de
LE NATURALISTE
ces derniers, qui explosent habituellement au contact
d’un animal quelconque, restent tout à fait insensibles
au contact de ces commensaux habituels; il y a là une
inhibition particulière, évidemment sous la dépendance
du système nerveux, qui annule, pour ainsi dire, dans ce
cas les excitations ressenties par les cnidoblastes; peut-
être aussi les Poissons commensaux ont-ils acquis une
immunité relative vis-à-vis du poison des nématocystes?
On rencontre aussi beaucoup de commensaux dans la
famille des Ophidiides (dont l’Equille ou Lancon est le
représentant le plus connu), caractérisés par un corps
allongé presque anguilliforme, et la réunion des nageoires
impaires en lames membraneuses s'étendant sans inter-
ruption d’un bout à l’autre de l'animal. Ces commensaux,
appartenant aux deux genres voisins Fierasfer et Enche-
liophis, se logent de préférence dans des Echinodermes
(Astéries ou Holothuries), Sur nos côtes de la Méditer-
ranée vivent deux Fierasfer : l’un, Fierasfer acus Brünnich
(F. imberbis Cuvier), commensal de l’Holothwria tubulosa
et du Stichopus regalis; l’autre, beaucoup plus rare, Fie-
rasfer dentatus Cuvier, commensal de l’Holothuria tubulosa.
— On sait qu'à l’extrémité postérieure des Holothuries
s'ouvre un large orifice donnant accès dans une poche
cloacale musculeuse, continuation de l'intestin, qui porte
deux sacs très ramifiés (organes arborescents) servant à
la respiration; l’animal, par suite des contractions cloa-
cales, absorbe et rejette alternativement l’eau qui pé-
nètre dans les organes arborescents; c’est dans ceux-ci
que se loge le Fierasfer.
A l’état de liberté, ce qui ne lui arrive vraisemblable-
ment que la nuit, il nage plus ou moins rapidement par
des mouvements ondulatoires, en explorant les objets
environnants; lorsqu'il rencontre- une Holothurie, il
manifeste une certaine agitation. en fait le tour comme
pour reconnaître l’extrémité anale, qui laisse passer par
intervalles le courant d’eau de la respiration. Il choisit
le moment où le cloaque est largement ouvert, se courbe
Fig. 3. — Fierasfer acus en train de pénétrer dans des Holo-
thuria tubulosa (2/3 de grandeur naturelle); d’après Emery.
en deux, la queue acuminée venant s'appliquer contre le
côté droit du corps, et enfonce avec prestesse son extré-
mité caudale dans le corps de l’Holothurie; puis il se
2
LE NATURALISTE 55
redresse vivement, la queue restant prise dans le cloaque.
J1 s'enfonce progressivement, profitant des moments où
l'animal relâche les muscles cloacaux pour respirer.
Pendant ce temps, le Fierasfer respire placidement, sans
paraître aucunement émotionné de sa situation singu-
lière ; enfin, lorsque la partie la plus grosse de son corps
a franchi le détroit, par quelques mouvements ondula-
toires énergiques, il pénètre entièrement dans l’organe
arborescent (Emery).
Quelquefois, la scène varie un peu : les petits Fieras-
fer peuvent s'introduire en un seul temps dans les
grosses Holothuries; par contre, les grands individus,
lorsqu'ils ont choisi une Holothurie mal proportionnée
à leur taille, mettent un temps très long à y pénétrer;
“parfois même renoncent à la lutte et se remettent en
quête d’un autre hôte.
Dans une Holothurie ainsi pourvue, il peut parfois
pénétrer un second Fierasfer, même un troisième et un
quatrième; mais, dans ce cas, l’hôte ne tarde pas à dépé-
rir, il rejette ses viscères et le cloaque se dilate énormé-
ment, laissant apercevoir la tête des Fierasfer qui vien-
nent respirer — Normalement le Fierasfer est logé dans
lun des organes arborescents, d'ordinaire celui qui est
libre dans la cavité générale; il n’entre jamais dans l'in-
testin, rempli de sable et d’excréments; quand par hasard
on en trouve dans la cavité générale, c’est certainement
par suite de rupture des parois délicates de l’organe
arborescent.
Le Fierasfer acus ne demande à l’Holothurie qu’un abri
protecteur; mauvais nageur, dépourvu de toute arme
défensive, il serait inévitablement la proie des autres
Poissons s’il ne parvenait à déjouer leurs poursuites.
Dans son estomac, Emery a trouvé constamment des
débris de petits Crustacés; probablement il abandonne
“pour aller pêcher le corps de son hôte, ou en passant la
tête hors du cloaque peut-être attrape-t-il les animaux
qui passent à portée. En tous cas, il ne porte habituelle-
ment aucun dommage sérieux à l’Holothurie.
Le Fierasfer dentatus, plus petit que le précédent, se
loge aussi dans les organes arborescents de l’Holothuria
tubulosa et a probablement les mêmes mœurs.
Le Fierasfer Homei, découvert par Quoy et Gaimard
dans le voyage de l’Astrolabe, revu par H. Mertens et
Bleeker sur la côte du Japon et le Pacifique, vit dans une
grande Holothurie ({Stichopus tuberculosus) et dans une
Astérie globuleuse (Culcita discoïdea) ; il se loge, paraît-il,
dans la cavité du corps de cette dernière. Doleschall a
trouvé le Fierasfer gracilis (Oxybeles gracilis) dans l'estomac
de l&æ même Culcita discoïidea, vivant aussi en commensal,
Le Fierasfer dubius (Putnam) de la côte américaine de
PAtlantique vit quelquefois dans des Holothuries, mais
plus ordinairement entre les valves de l'Huître perlière
(Meleagrina margaritifera); au musée de Cambridge, en
Amérique, on conserve une valve de Méléagrine dans
laquelle se trouve un cadavre de Fierasfer recouvert d’un
dépôt de nacre.
L’Encheliophis vermicularis vit aux îles Philippines dans
l’Holothwria scabra, tantôt dans l'organe arborescent, tan-
tôt dans la cavité du corps; d’après Semper, il paraît
que ce Poisson est en train de devenir parasite, car il s’a-
limente des viscères de son hôte; il a trouvé en effet
dans l'estomac de quelques échantillons des restes à
moitié digérés de l’organe arborescent de l’Holothurie.
Il est accompagné souvent par deux espèces différentes
de petits Crabes (Pinnotheres) qui s’abritent dans l’Holo-
thurie probablement dans le même but défensif. Semper
a aussi trouvé une fois un Encheliophis nageant libre-
ment.
La famille des Lophobranches (branchies en houppe),
à laquelle appartiennent les Hippocampes, Syngna-
thes, etc., nous offre encore un cas de commensalisme,
peut-être accidentel : Lunel a trouvé deux exemplaires
de Dorichthys excisus Kaup, un mâle et une femelle, dans
une Holothurie indéterminée provenant de l’île Maurice.
Sans même aller jusqu’à la mer, nous pouvons cons-
tater dans nos rivières un cas intéressant de commensa-
lisme, chez la Bouvière (Rhodeus amarus), petit poisson
Fig. 4. — Jeune Rhodeus amarus, retiré des branchies de
l'Unio piclorum ; d’après nature.
ressemblant à une jeune Carpe, long de 5 à 8 centimè-
tres, et très commun dans la plupart de nos cours d’eau
par les fonds clairs de sable et de gravier; les jeunes de
cette espèce habitent jusqu’à leur complet développement
les branchies d’un Mollusque bivalve également très
commun, l’Unio ou Mulette des peintres. Au printemps,
lorsqu'on ouvre les Unios, on trouve souvent entre les
feuillets branchiaux, dans ce qu’on appelle la chambre
intrabranchiale, des œufs jaunes, ovoïdes, longs de trois
millimètres environ. Ces œufs éclosent et donnent nais-
sance à de petits Rhodeus, qui restent engagés dans les
branchies de leur hôte, non sans causer quelques dégâts
(par places, l’épithélium branchial est enlevé). Quand on
ouvre ces branchies, ils s’échappent et nagent vivement,
puis se posent sur le fond où ils restent immobiles, cou-
chés sur le côté. Ils restent dans l’Unio jusqu’à résorp-
tion complète de leur sac vitellin, et sortent alors du
Mollusque pour mener la vie libre.
Au moment du frai, la femelle du Rhodeus amarus pré-
sente une particularité curieuse, qui à autrefois fort in-
trigué les naturalistes : un peu en arrière de l’anus appa-
raît un long boyau rougeàtre, un peu conique, qui peut
atteindre plusieurs centimètres de long, et n’est autre
chose qu’un prolongement de l’oviducte. Au printemps,
époque de la ponte, la femelle et son mâle qui l’accom-
pagne partout, se mettent en quête des Mollusques con-
venables : lorsqu'ils en ont trouvé, la femelle se redresse
verticalement, la tête en bas; au moment où un œuf
s'engage dans l’oviducte et le dilate, elle engage le tube
dans les branchies du Mollusque et y dépose un œuf; on
peut trouver dans le même Unio jusqu’à une quarantaine
de ces œufs (dans des Unio pictorum de la Meurthe, j'ai
Fig. 5. — Branchie d'Unio piclorum renfermant 3 jeunes
Rhodeus amarus, d’après nature.
trouvé de 3 à 8 Rhodeus développés dans les branchies).
Pendant cette opération, le mâle surveille attentivement
les mouvements de la femelle. La ponte terminée, le
tube oviducal se flétrit graduellement et se réduit à une
simple papille saillante.
Il est à peine besoin de faire ressortir le caractère dé-
d6 LE NATURALISTE
fensif de ce commensalisme passager ; les jeunes Rhodeus
passent tranquillement à l'abri la période critique de leur
existence, qui est fatale à tant de jeunes Poissons.
Tout récemment Knauthe a signalé un cas de com-
mensalisme accidentel chez le Gobius fluviatilis; il dit
avoir trouvé des œufs et des jeunes dans la chambre
branchiale de divers Unios et de l’Anodonta complanata
(Zool. Anz., 30 novembre 1891, page 416).
Un seul groupe de Poissons présentent un vrai parasi-
tisme : ce sont les Myxinoïdes, qui appartiennent à
l’ordre le plus archaïque, celui des Cyclostomes; l’'es-
pèce européenne, Myxine glutinosa Linné, est un animal
vermiforme, atteignant environ 20 centimètres, et habi-
tant de préférence les grandes profondeurs des mers
septentrionales (mer du Nord et Atlantique Nord). Au
moyen de sa forte ventouse buccale armée de dents, la
Myxine se fixe sur les téguments d’autres Poissons; elle
pénètre souvent dans la cavité du corps des Morues,
Esturgeons, Turbots et même d’un squale (Lamia), soit
en perforant les téguments, soit par l'anus ; les animaux
attaqués par la Myxine, dépérissent et ne tardent pas à
mourir. — Le genre Bdellostoma J. Müller, qui a les
mêmes habitudes, vit dans les parties sud de l'océan
Pacifique.
Les Stégophiles ou Vandellies, Siluroïdes à peau nue
et de très petite taille, vivent en commensaux dans la
cavité buccale d’autres Poissons; d’après Reinhardt, le
Stegophilus insidiatus du Brésil vit ainsi aux dépens d’un
autre Siluroïde, le Platystome, habile pêcheur grâce à
ses nombreux barbillons.
Risso dit avoir vu à Nice dans l’énorme sac branchial
de la Baudroie (Lophius piscatorius) un poisson de la
famille des Murénides, le Sphagebranchus imberbis Dela-
roche (Aptérichte ocellé, Sphagebranchus oculatus Risso) :
qui s’y abriterait en qualité de commensal et prélève-
rait sa part sur les pêches de la carnassière Baudroie.
Ce Poisson, à corps très allongé plus ou moins cylin-
drique, ef à peau nue, est connu comme fort rare dans
la Méditerranée, mais je ne sais pas si l'on a observé à
nouveau son commensalisme.
Les Poissons munis de ventouses sont parfois des com-
mensaux accidentels en se fixant sur des Poissons,
comme ils se fixent habituellement sur Jes corps étran-
gers ; c'est ainsi que Francis Day rapporte qu’on trouve
parfois le Cyclopterus lumpus sur l'Anarrhichas lupus; on
sait que chez le Cycloptère, qui appartient au sroupe des
Discoboles ou Porte-Ecuelles, les deux nageoires ven-
trales se sont soudées de façon à constituer une puis-
sante ventouse ; habituellement les Cycloptères adhèrent
aux parois des aquariums et y restent des heures entières,
ne se déplaçant que si une proie passe à portée de la
bouche. Pennant dit même avoir vu un Cycloptère surle
front duquel avait poussé une petite Algue longue de
15 centimètres, ce qui ne se comprend qu'avec les habi-
tudes singulièrement indolentes de cet animal, Il est pos-
sible qu'au lieu de se fixer comme d'habitude sur les
rochers, il puisse adhérer par hasard sur un autre Pois-
son, mais cela est probablement très exceptionnel.
Les Rémoras (Scombéroïdes) présentent un cas ana-
logue ; sur la tête, on trouve un disque adhésif ovalaire
formé de petites lamelles imbriquées qui est capable de
se fixer avec une très grande force aux corps étrangers :
cette curieuse ventouse résulte d’une modification parti-
culière de la première nageoire dorsale, Habituellement
les Rémoras se fixent aux corps flottants, aux navires, etc.;
très souvent aussi ils adhèrent à des squales, des céta-
cés, parfois à de grandes tortues de mer, auxquelsils ne
demandent d’ailleurs qu’un support ; lorsqu'ils voient
une nourriture à portée, ils se détachent, nagent rapide-
ment avec des mouvements anguilliformes pour s’empa-
rer de leur proie, puis reviennent se fixer au même en-
droit; lorsqu'ils sont livrés à eux-mêmes, ils nagent le
plus souvent le ventre en haut à l'inverse des autres
poissons; cette allure bizarre explique leur coloration
particulière ; nos Rémoras (Echeneis remora et Echeneis
naucrates de la Méditerranée et de l'Océan) sont d’une
couleur uniforme, brun ardoise ou bleuâtre foncé, le
ventre étant aussi coloré que le dos, tandis qu'il a tou-
jours une coloration plus claire chez les autres poissons.
Vaillant rapporte qu'un Echeneis pêché sur un squale
(Carcharias), lors de la campagne du Talisman, avait le
ventre et Les flancs d’un noir blanchâtre chatoyant, tan-
dis que le dos était bleuâtre et argenté, de sorte qu’au
premier abord, on aurait été tenté de prendre le dos
pour le ventre, et vice versa. Toutes ces observations sont
facilement explicables : lorsque l’Echeneis est fixé par sa
ventouse céphalique aux poissons ou aux corps submer-
gés, la face dorsale est entièrement dans l'ombre, les
faces latérales et ventrales sont seules un peu éclairées;
et lorsqu'il nage, c'est la face ventrale qui recoit direc-
tement la lumière du soleil; or, on connaît l'influence
considérable de la lumière sur la production des pig-
ments, surtout chez les poissons; les parties abritées,
non éclairées, étant en général d’une coloration plus
claire que celle du reste du corps.
Le Pilote (Naucrates ductor), autre Scombéroïde, pré-
sente encore un commensalisme accidentel; il suit habi-
tuellement les navires, soit pour se cacher dans l’ombre
qu’ils projettent, comme on voit si souvent des poissons
accompagner obstinément les épaves flottantes, soit at-
tiré par les débris de cuisine que l’on jette à la mer;
très souvent ils accompagnent de grands squales (qui
eux-mêmes suivent fort souvent les navires), comme on
l’a observé bien des fois, en rôdant à droite et à gauche,
Van Beneden a constaté que le Pilote se nourrit pour
son compte et ne profite pas des restes de ses compa-
gnons ; il a trouvé dans leur estomac des pelures de
pommes de terre, des carapaces de crustacés, des débris
de poissons, des morceaux de fucus, etc. Il est probable
que c’est dans un but de protection que le Pilote accom-
pagne si souvent les squales ; comme il est très bon na-
geur, il évite facilement d’être dévoré par ceux-ci, qui
peut-être ne s’en soucient guère ; et il est sûr d’être bien
à couvert, car fort peu de grands poissons osent appro-
cher de leurs redoute5les compagnons. Mais il est ex-
trêmement douteux que ce commensalisme accidentel
profite en quelque facon aux requins, comme le fait
supposer le nom de Pilote,
En résumé, les cas exceptionnels de parasitisme mis à
part, on voit que la plupart du temps le commensalisme
des poissons a un caractère nettement défensif; ce sont
de mauvais nageurs, à peau délicate, dépourvus d'armes
défensives, qui cherchent un abri capable de les préser-
ver des attaques de carnassiers mieux armés et plus vi-
goureux., Aussi il est logique que ce soient surtout des
jeunes qui vivent en commensalisme (Trachurus, Schedo-
philus, Rhodeus amarus), les adultes menant la vie libre;
et d'autre part que les hôtes recherchés soient tous des
animaux bien défendus, invulnérables même, les uns
par leurs nématocystes,comme les Méduses et les Actinies
LE NATURALISTE 57
les autres par lépaisseur de leurs téguments et leurs
sécrétions, comme les Holothuries etles Astéries, ou leur
épaisse coquille comme les Méléagrines et les Unios.
L. Cuénor.
OUVRAGES CONSULTÉS :
Van Beneden. Commensaux et parasites, Paris 18178.
Collingwood. Note on the existence of gigantic Sea-Anemones
in the China Sea containing within them quasi-parasitic fish,
Ann. Mag. Nat. Hist., 1868, vol. 1, p.31.
Emery. Fierasfer. Fauna und Flora des Golfes von Neapel,
1880.
Lunel, Commensalisme d’un Caranx et de Crambessa, Rec.
Zool. Suisse, t. I.
Sauvage. Poissons, dans Brehm, Merveilles de la nature, Pa-
ris, 1885.
Semper. Reisen im Archipel der Philippinen, t. I, p. 96.
Sluiter. Ein merkwürdiger Fallvon Mutualismus, Zool. Anz.,
x1 Jahrg., n° 278, 1888.
On complétera facilement la bibliographie dans les ouvrages
précités.
La Flore de linde dans ses rapports avec la Flore
de France
(Suile)
OXALIDÉES
Oxalis corniculata L. (Paris). — Lieux cultivés. Parties les
… plus chaudes de l’Inde et de Ceylan, Pondichéry. S’élève dans
PHimalaya jusqu’à 2100 mètres. Abondante et variable.
Oxalis acetosella L. (Paris). — Bois, haies. Himalaya tem-
péré du Cachemir, 2.400 mètres au Sikkim, 3.600 mètres.
Distribution : nord de l'Asie, Europe, nord de l’Afrique,
nord de l'Amérique.
A cette famille appartient la gracieuse plante à mouvement,
rivale du Mimosa pudica : Biophytum sensitivum. DC. Elle
habite les contrées les plus chaudes de l’Inde, se trouve aux
Nilghiris, aux Shivarohills et aux Himalayas, où elle s’élève jus-
qu'à 1800 mètres. Elle se trouve en abondance entre Calicut et
Mahé.
: BALSAMINÉES
Impatiens. — Ce genre, qui n'est représenté en France que
par une seule espèce : Impatiens noli tangere L. en renferme à
peu près 450 espèces dont près de 130 croissent dans l'Inde.
Impatiens Balsamina L. — Notre Balsamina hortensis DC.
ne comprend pas moins de 6 variétés. Elle croît dans toute
l'Inde et à Ceylan.
Distribution : Archipel Malais, Chine.
RUTACÉES
Tribulus terrestris L. — Midi. Lieux stériles. Par toute l'Inde
s'élève jusqu’à 3.300 mêtres dans le Thibet occidental, nord de
_ Ceylan.
Distribution : Toutes les régions chaudes du globe. Espèce
cosmopolite. Judée, Tripoli.
Ruta graveolens L. — Midi. Cultivée dans l'Inde,
Distribution : À l’ouest jusqu'aux Canaries.
Dictamnus albus L. — Bois du Midi. Cultivé. Himalaya occi-
dental tempéré du Cachemir au Cunaou 1.800 à 2.400 mètres.
Distribution : Japon, Sibérie, France, Espagne.
: HESPÉRIDÉES
Citrus medica L. — Vallées au pied de l'Himalaya, du Gher-
wal au Sikkim s’élève jusqu’à 1.200 mètres. — Monts Kharas,
monts Garrou, Chittagong, Ghottes occidentales, monts Sat-
pura.
Var. medica proprement dite W. et A.
Var. limonum W. et A. Citrus limonium Risso.
Var. acida Roxb.
Var. limetta W. et A. correspond au Citrus limetta Risso.
Citrus aurantium L. — Vallées chaudes au pied de l’Hima-
laya du Gharwal au Sikkim, monts Kharias. Cultivé aux Shiva-
rohills et aux Nilghiris jusqu'à 4.500 et 1.800 mètres.
Var. bigaradia correspond au Citrus vulgaris Risso.
Var. bergamia W. et A.
MÉLIACÉES
Melia Azedarach L. — Indigène aux environs de Nice, natu-
ralisé dans le Midi, cultivé communément dans l'Inde, pousse
à Vétat sauvage et spontané dans la région subhimalayenne.
600 à 900 mètres.
Distribution : Perse, Chine. Cultivé aïlleurs,
ILICINÉES
Ilex.
CÉLASTRINÉES
Evonymus.
RHAMNACÉES
Zizyphus vulgaris Lam. — Acclimaté en Provence, Panjab
himalayen jusqu’à 2.000 mètres, sauvage et cultivé s’étendant
jusque dans le Bengale.
Distribution : Béloutchistan, Asie occidentale, Chine, Japon.
sud de l’Europe.
Rhamnus.
AMPÉLIDÉES
Le genre Vitis compte dans l’Inde environ 715 espèces.
Vilis vinifera L. — Peut-être sauvage dans le nord-ouest de
l'Himalaya, cultivée en grand dans le nord-ouest de l'Inde et
rarement dans le Sud et à Ceylan.
Distribution : Native de l’Asie occidentale.
ŒSCULACÉES
Œsculus Hippocastanum L. (Paris). — Nord de l’Inde dou-
teux; n’y est pas connu jusqu'ici à l’état spontané.
ACÉRINÉES
Acer. — Himalaya.
STAPHYLÉACÉES
Staphylea. — Himalaya.
TÉRÉBINTHACÉES
Rhus Cotinus L. — Collines du Sud-Est et du Nord. Hima-
laya occidental et subtropical 900 à 1.500 mètres. De la Syrie
jusqu’en France.
Pistacia.
CORIARICÉS
Coriaria. — Himalaya.
LEGUMINEUSES
PAPILIONACÉES
Argyrolobium Eckl.
Ononis. — Himalaya, Thibet, Cachemir, une espèce.
Trifolium pratense L. (Paris). — Partout. Cachemir au Ghar-
wal 1.200 à 2.400 mètres.
Distribution : Afghanistan, Sibérie, Europe.
Trifolium repens L. (Paris). — Prairies. Régions tempérées
et alpines de l'Himalaya jusqu’à 6.000 mètres. Nilghiris et Cey-
lan.
Distribution : Europe, Asie, nord de l'Amérique.
Trifolium fragiferum L. (Paris). — Prairies, Cachemir, zone
tempérée.
Distribution : Europe, Orient, nord de l’Afrique, Abyssinie.
Trigonella fœnum græcum L. — Midi. Lieux cultivés. Cache-
mir, Panjab, plaines supérieures du Gange.
Distribution : Sud de l’Europe et Orient, largement cultivée.
Trigonella polycerata L.— Lieux incultes du Midi, Panjab et
plaine supérieure du Gange, monte jusqu’à 1800 mètres. -
Distribution : Sibérie occidentale, Orient, sud de l’Europe
jusqu’en Espagne.
Trigonella corniculata L. — Coteaux du Midi, Bengale,
Cachemir et Cumaon, 1.500 à 3.600 mètres.
Distribution : Afghanistan, Orient, sud de l’Europe.
Melilotus parvifiora Desf. — Midi, prés humides, ouest de
la péninsule Bengale, provinces du Nord-Ouest, zone tropi
cale.
Distribution : Orient, Europe, introduite dans beaucoup d’au-
tres régions, Tripoli.
Melilotus alba L. (Paris). — Prairies. Provinces du Nord,
des plaines du Bengale jusqu’à 4.000 mêtres, Nubra, et
3.300 mètres Ladak.
Distribution : Europe, Orient, Sibérie.
L'elilotus officinalis Willd (Paris). — Prés humides, bord des
eaux, Nubra et Ladak.
Distribution : Europe, Orient.
Medicago falcata XL. (Paris). — Prés, coteaux secs, Cachemir,
Ladak, Kunawar, 1.500 à 3.900 mètres.
Distribution : Afghanistan, Europe.
Medicago lupulina L. (Paris). — Très commune. Régions
tropicales et tempérées du Nord-Ouest, montant de la vallée de
lIndus et des plaines du Gange jusqu’à 3.000 et 3.600 mètres.
58 LE NATURALISTE
Distribution : Sibérie, Europe, Abyssinie, souvent cultivée.
Medicago orbicularis AU. (Paris). — Moissons, lieux incultes.
Cachemir, région tempérée.
Distribution : Région méditerranéenne, Abyssinie.
Medicago laciniata All. — Terres du Midi, Panjab, région
tropicale.
Distribution : Région méditerranéenne, Abyssinie, Tripoli.
Medicago denticulata Willd (Paris). — Zone tropicale du
Nord-Ouest, Sindh, Bengale, Oude, Panjab, Cumaon.
Distribution : Abyssinie, Europe, Japon, Chine, Sibérie, Tri-
poli.
Medicago minima Lam. (Paris. — Lieux secs. Cachemir
1.500 à 1.800 mètres.
Distribution : Afghanistan, Europe, région méditerranéenne,
Abyssinie, Tripoli.
Lolus corniculatus L. (Paris). — Prés, bois. Himalaya occi-
dental, s'étend à l'est jusqu’au Nipal, principalement dans la
zone tempérée au-dessus de 3.0€0 mètres, descend pourtant
dans les plaines.
Distribution : Europe, Abyssinie, Japon, Australie.
Var. Minor. Sindh.
Psoralea L.
Colutea arborescens L. — Coteaux calcaires, centre, est
Himalaya tempéré occidental; Kunawar, Thibet, Nipal 2.400 à
3.300 mètres.
Distribution : Sud de l'Europe.
Astragalus Lamosus L. — Midi, lieux secs et pierreux, plai-
nes du Panjab à Lahore, à Peshawer.
Distribution : Canaries, région méditerranéenne, Tripoli.
Astragalus Alpinus D. — Phaca astragalina D. C., hautes
montagnes, Thibet occidental, passe de Burgil.
Distribution : Région alpine, au nord de la zone tempérée.
Le genre Astragalus compte actuellement dans l'Inde 70 es-
pèces.
Oxytropis DC. — Himalaya, Thibet.
Onobrychis Gaertn. — Une seule espèce. Panjab.
Hedysarum L. — Himalaya.
Cicer acrilinum L. — Cultivé. Cultivé communément dans
les provinces du Nord-Ouest et aux Nilghiris.
Distribution : Cultivé dans diverses contrées tempérées et
tropicales.
Vicia telrasperina Mœnch Ervum tetrasperinum L. (Paris.)
— Moissons. Nord-Ouest de l'Himalaya, région tempérée, rare,
Cumaon.
Distribution : Europe.
Vicia hinerta Koch (Paris). — Moissons. Provinces du Nord-
Ouest, du Panjab ou Nipal, dans les régions tropicales et tem-
pérées, fréquent dans les terrains cultivés, monte jusqu’à
1.800 mètres, Nilghiris.
Distribution : Europe.
Vicia sativa L. (Paris). — Provinces du Nord-Ouest montant
des plaines du Bengale jusqu’à 2.200 mêtres dans le Cumaon,
probablement toujours cultivée. :
Var. Angustifolia Roth., plaines du nord-ouest indigène.
Distribution : Europe, Tripoli.
Vicia peregrina L. — Moissons. Midi, plaines du Panjab.
Distribution : Europe.
Vicia sepium L. (Paris). — Prairies, haies, Cachemir, région
tempérée,
Distribution : Europe, Sibérie.
Vicia Narbonensis L. — Moissons du Midi, Corse, Panjab,
près de Peshawer, peut-être introduit.
Distribution : Sud de l'Europe.
C’est probablement l'origine de la fève cultivée.
Lathyrus aphaca 1. (Paris). — Moissons. Répandu dans les
provinces du Nord-Ouest, montant des plaines du Bengale à la
zone tempérée, Aazara, Cachemir, Cumaon.
Distribution : Europe, Abyssinie.
Lathyrus sativus L. (Paris). — Lieux cultivés. Répandu dans
les provinces du Nord-Ouest, monte des plaines du Bengale
jusqu'à 1.200 mètres dans le Cumaon.
Distribution : Europe, Afrique tropicale.
Hector LÉveILLÉ.
ROTIFÈRES
ORGANISATION ET FAUNE DE LA ROUMANIE
(Suite.)
b) APPAREIL EXCRÉTEUR. Les deux lubes de l'appareil, très
plissés dans le segment qui renferme l'estomac, sur les côtés
duquel on les aperçoit le plus souvent, se terminent à la base
du segment céphalique par une portion en forme de glomérule
allongé. Ces glomérules sont sans aucune ouverture et il n’y à
pas de raison pour qu’il y en ait et cela non seulement chez
les Rotifères, mais chez aucun autre animal, si ce n’est dans les
cas que les conduits évacuateurs des organes reproducteurs,
viennent se greffer sur les organes excréteurs (rénaux).
Sur la vésicule contractile des Rotifères, j’ai déjà exprimé
mon opinion (Bul. Soc. Zool. 1888, p. 168) et je répète que
c’est un cloaque et non uñe vésicule annexée à l’appareiïl ex-
créteur (urinaire) inclusivement. Elle est située chez Philodina,
dans le dernier segment du corps, portant en arrière et un peu
plus haut, le réservoir: stercoral, sur les côtés et toujours vers
la face dorsale, les orifices des tubes excréteurs (rénaux) et
plus en avant, les conduits d'écoulement des glandes repro-
ductrices. j
c) ORGANES REPRODUCTEURS. En observant un nombre consi-
dérable d'individus, je suis arrivé à me convaincre que les
Philodines portent deux ovaires, mais à un inégal degré de dé-
veloppement. Toujours une des glandes est dans un état d’a-
trophie prononcée et généralement c’est l'ovaire droit qui est
bien développé.
La figure 1 (voir dernier numéro) représente une Philodine
vue par la face dorsale et complètement allongée. Si on la
compare aux figures, mêmes du magnifique ouvrage men-
tionné, on la trouve tout à fait différente. Je dois dire à
regret que généralement les figures représentant les Rotifères
sont mal exprimées. Surtout l’extrémité céphalique. Tout ce que
je viens de dire relativement à l’organisation de cette extre-
mité, peut être facilement lu sur les figures 1 et 2 et en la
comparant à la même extrémité des Brachionus, on arrivera,
je l'espère, à comprendre l’organisation de cette dernière et ne
pas la dessiner ct décrire, comme on l’a fait d'ailleurs dans les
ouvrages, descriptions et représentations incompréhensibles
et inexactes.
Et pour terminer avec ce genre, je dois ajouter que le corps
pr. dit de l’animal se compose de quatre anneaux, l’appendice
caudal de quatre autres et l'extrémité céphalique porte le
nombre à neuf. Celle-ci peut se cacher à l'intérieur du pre-
mier segment du corps, après avoir rétracté sous sa gorge les
deux roues, segment qui loge le mastax. Le second renferme
l'estomac, l'intestin descend dans le troisième, et le réservoir
slercoral avec la vésicule contractile se trouve logé dans le
quatrième.
2° Après Philodina, je dois mentionner le genre ACTINURUS
(Ehrb.) et l'espèce 4. Neptunius, trouvée pour la première fois
le 20 mars 1889 dans un bocal renfermant de l’eau de la ri-
vière Bahlui, cueillie au mois de septembre 1888. C’est encore
un spécimen à tête bien marquée, à long cou, sur les côtés du-
quel se trouvent fixées les roues. Cette tête porte comme on
dirait sur la nuque (fig. 3) un tentacule et, plus en avant, deux
\L
Fig. 3.— Actinurus neptunius vu par le côté gauche; l’appen-
dice caudal en grande partie contracté et logé dans la gout-
tière dorsale.
Fig 4. — Œcistes serpentinus, vu de profil.
yeux. Le tentacule a son bout contractile et garni d’une
houppe de petites soies.
L'ouverture buccale, coupée en biseau du dos vers la face
LE NATURALISTE )9
ventrale, joue encore le rôle de ventouse et l’animal, avant de
Pappliquer sur un corps quelconque, sonde le terrain à l’aide
des cils, tapissant le plafond de l’ouverture, lesquels vibrent
comme la langue d’un serpent.
Ce genre est remarquable par son appendice caudal com-
posé de quatre segments qui rentrent les uns dans les autres
comme les tuyaux d’une longue-vue et le tout se loge dans une
gouttière creusée sur la face dorsale du corps de l’animal.
Quand les trois crochets à ventouse du bout de l’appendice se
fixent sur un objet et que l’animal ressort tous les segments, le
corps est porté assez loin, tout en basculant d’un côté à
l’autre.
Le premier segment des quatre qui composent le corps pro-
prement dit, le seul avec le dernier, bien visibles, est échancré
assez largement vers la face ventrale, pour laisser sortir les
roues fixées assez bas sur le devant et les côtés du cou.
Ce n’est que sur l’Actinurus Neptunius que j'ai pu obser-
ver et dessiner une partie du SYSTÈME NERVEUX. Il est repré-
senté par un volumineux ganglion situé un peu plus bas que
insertion du tentacule et visiblement composé de deux gan-
glions, l’un droit et l’autre gauche. Du milieu et du bord supé-
rieur.de cette masse nerveuse (cerveau) part un gros cordon qui
va. à la tête et au tentacule et immédiatement plus en bas une
paire de nerfs pour les yeux, suivie d’une autre paire qu’on
dirait aller aux roues sans pouvoir l’affirmer. Enfin du bord
latéro-inférieur du cerveau, partent deux paires de nerfs qui
descendent dans ie corps sans avoir pu les suivre plus loin.
Le dessin de l’Actinurus du travail mentionné est encore
mauvais.
3° Le genre Rorirer, assez abondant dans l’eau du lac de
Cristesti (près de Jassy) mérite d’être mentionné pour sa tête,
tout aussi bien prononcée que celle d’Actinurus et de Phi-
lodina. È
« Comme espèces j'ai trouvé R. {ardus et R. macrurus.
Ce sont les seuls genres de la famille des PHILODINADÆ
et même de l’ordre de Bdelloida (Classif. Hudson et Gosse),
que. j'ai trouvés jusqu’aujourd’hui dans les eaux douces de la
Moldavie.
4° Le genre œcisres (Ehrb.) et l’espèce 0E. serpentinus je
Pai trouvée une seule fois, le 27 septembre 1890, dans l’eau du
ruisseau de Ciric (nord de Jassy). Contre la paroi et au fond
du bocal, renfermant l’eau cucillie, j'ai apercu, à la loupe,
un ruban, long de 2 centimètres, d’une espéce de zooglée,
lequel sous microscope m’indiqua la présence de cette espèce
de Rotifère. Par un bord le ruban était appliqué contre la pa-
roi et par le bord opposé, libre, d'un aspect accidentel sor-
laient les OEcistes en grand nombre, logés chacun dans une
Sorte de zoécie, Rotiféres fixés au fond de leur loge, par le bout
de leur appendice caudal, qui est d’une longueur excessive.
Je dois ajouter que les figures de Vouvrage mentionné (fig. À
et 2, PI. IX) représentent Pappareil rotateur d’une facon incom-
préhensible. En réalité, on leur distingue une tête un peu
courbe (fig. 3) portant une paire de tentacules assez courts, ce
que Gosse nomme crochets dorsaux et au devant de la tête se
trouvent deux palettes ciliées, lesquelles en s’étalant dessi-
nent un disque presque circulaire. Et puis sur la face ventrale,
il n’y a pas de tubereule, représentant une antenne, comme le
veut M. Gosse (loc. cit. vol. I, p. 80).
De l’ordre de Rhizota, c’est le seul genre et la seule espèce
que J'ai trouvées.
Je n'ai pas eu le temps de bien fouiller l’eau du lac de Cris-
testi, étant assez loin de la ville, mais jugeant d'après la faune
trouvée dans les quantités d’eau que j'ai rapportées ce mois-ci
(Septembre 1891), probablement que jetrouverai presque tous
les autres genres,
Le plus grand nombre d’espèces de Rotiféres trouvées ap-
partient à l’ordre des Ploima et partagées comme il suit ;
Parmi les 11. loricata, renfermant six familles, je n’ai trouvé
des spécimens que pour trois d’entre elles.
(À suivre.)
Dr Léon C. Cosmovicr.
DESCRIPTION DE LÉPIDOPTÈRES NOUVEAUX
Bryoptera Pruna, n.sp. — 32 et 35 millimètres. Dessus des
supérieures gris avec trois lignes transversales, larges et for-
mécs d’écailles noires; la premiére basilaire, incomplète, n’at-
teignant pas la côte; la seconde suivant immédiatement et
complète; la troisième enfin, dans la seconde moitié de l'aile,
formant un angle à la hauteur de la cellule. Un point cellulaire
noir et quelques traits terminaux noirs terminent le dessin des
supérieures. Dessus des inféricures blanc brillant avec une
bordure terminale noirâtre plus ou moins bien indiquée.
Franges grises aux supérieures, blanches, mêlées de quelques
poils gris aux inférieures. Dessous des supérieures gris, moins
chargé d'atomes dans la moitié inférieure, avec l’apex blanc
largement cerclé de brun et le point cellulaire. Dessous des
inférieures blanc, plus ou moins strié de gris et deux lignes
brunes partiellement interrompues, la première centrale, la
seconde bordant l’aile,
Antennes pectinées à extrémités filiformes dans le ©”, entiè-
rement filiformes dans la à: Un o” et une à des environs de
Loja. Cette espèce par sa coloration et ses dessins offre une
vague ressemblance avec nos fidomas européennes.
Scotosia Confirmata, n. sp. — 48 à 50 millimètres. Taille
et port de Scotosia Affirmata Gn. Dessus des quatre aïles brun,
parfois teinté de vineux, en d’autres endroits de gris. Les quatre
ailes sont traversées par de nombreuses lignes dont la princi-
pale, qui limite extérieurement l’espace médian, forme aux
supérieures un angle prononcé. Cette ligne est bordée par une
série detraits ou points blancs. L’extrabasilaire, à son départ
du bord interne, suit une direction presque parallèle à la
côte, puis s’arrondit et rejoint celle-ci assez haut; les deux
extrabasilaires sont comme déliées entre elles par une ligne
ochracée qui traverse le corps en dessous du thorax. Une série
submarginale de points blancs, dont un central, plus gros,
borde les ailes qui sont profondément dentées, surtout les infé-
rieures. Enfin un large trait ochracé part de l’apex des supé-
ricures parallèlement à la côte et s’arrète à la ligne principale.
Franges brunes. Dessous gris ardoise (plus foncé dans certains
exemplaires) traversé par une quantité de lignes ondulées noi-
râtres parfois bordées de jaune; apex et bord terminal garnis
de points jaunes dans les quatre ailes. Un point cellulaire noir
placé en dedans des lignes aux supérieures, sur la première de
celles-ci aux inférieures. Décrit sur 14 exemplaires © provenant
des environs de Loja.
P. Docxix.
CLASSIFICATION DES TUNICIERS
GROUPES PRIMORDIAUX.
Dans une brochure publiée tout récemment, M. Herdman,
le savant ascidiologue de Liverpool, revise la classification des
Tuniciers et présente des tableaux dichotomiques pour la dé-
termination des espèces et des genres actuellement connus.
Comme il est indispensable que, dans toute branche de la
science, l’accord se produise parmi ceux qui la cultivent, je
tiens à mettre en parallèle la classification qu’Herdman pro-
pose et celle que j’ai cru devoir adopter moi-même.
Le naturaliste anglais établit d'abord trois groupes fonda-
mentaux : les Ascidiacés (Blv.), les Thaliacés (v. d. Hoev.) et
les Larvacés (Herd.). La dernière division ne renferme que les
appendiculaires dont la figure 1 indique le schéma et qui for-
meront toujours dans toutes les classifications un groupe émi-
nemment naturel. Il en sera de même des Ascidiacés (fig. 2)
(fig. 5-9) qui comprennent les Ascidies simples, les Ascidies
composées et les Ascidies lucies ou Pyrosomes.
Quant aux Thaliacés, qui comprennent les Salpes (fig. 3) et
les Doliolums ou Barillets (fig. 4), il est nécessaire d’en opérer
le démembrement. On ne peut en effet invoquer un seul carac-
tère anatomique qui soit commun à ces deux types et quine
se retrouve pas chez les autres Tuniciers.
Ils sont pélagiques ettransparents, mais les Appendiculaires
et les Pyrosomes le sont aussi. Leurs muscles sont générale-
ment disposés en anneaux plus ou moins complets, mais cette
même disposition se retrouve dans les muscles buccaux et
cloacaux des Ascidiacés qui leur sont rigoureusement homo-
logues. Le dernier caractère commun que l’on pourrait invoquer,
ce semble, avec le plus de raisons, serait l’existence de la géné-
ration alternante chez ces animaux.
Mais ce mode de reproduction est loin d’être admis par tous
les ascidiologues, et il est plus que probable que la prétendue
génération alternante des Salpes et des Doliolums n’est qu’un
cas de polymorphisme. Supposons qu’on l’admette, mais alors
les Pyrosomes doivent à ce titre être rangés dans la même
section. Bien plus, chez les Botrylles et chez quelques autres
60 LE NATURALISTE
ascidiacés comme l'individu sexué n’apparaît'qu’après plusieurs
générations asexuées, il s’ensuivrait que ces animaux devraient
changer de section si on attribuait à la génération alternante
une importance qu’elle ne doit pas avoir dans les classifications
anatomiques, c’est-à-dire naturelles. Nombreuses sont les
lums sont extrêmement voisins des Didemniens ; comparez les
figures 7 et 8, et vous verrez qu'aucun caractère anatomique
essentiel ne permet de les placer dans un ordre différent. Les
Salpes formeront donc à elles seules le groupe des Thaliacés tel
que Savigny l’avait établi.
5 6
Fig. 1. — Schéma d’un Appendiculaire. La queue g a été sec-
tionnée à la hauteur de l’orifice buccal de l'animal afin de
montrer la disposition de l’axe central, du cordon nerveux
et des quatre bandes musculaires. N, centre nerveux; b, ori-
fice buccal; V, sillon ventral; P, cavité pharyngienne; o, ori-
fices respiratoires; E, estomac; a, anus; ce, cœur; T, testi-
cule ; 0, ovaire.
Fig. 2. — Distomidé (Cystodiles durus Dr) vu du côté gauche.
Ei, estomac; P#, post-estomac; Fs, follicules testiculaires;
Ds, canal déférent; Ai, anus; A/, baguc de cellules tuni-
cicres.
Fig. 3. — Salpe (Pegea confæderata, forme agrégée). On aper-
familles d'animaux où on rencontre à côté de certaines espèces
à développement direct des espèces présentant soit des méta-
morphoses, soit une reproduction alternante.
Première conclusion. Entre les Salpes et les Doliolums on
ne rencontre aucun caractère anatomique commun, exclusif ou
important. Si ces animaux se rapprochent par leur genre de
vie et par leur transparence, cet effet est dû à la convergence
des types par suite de l'adaptation à un même milieu (Loi de
la convergence de M. le professeur Giard). Au fond, les Dolio-
8 9
coit latéralement les quatre prolongements d'attache. Les
lignes transverses représentent les bandes musculaires.
Fig. 4. — Schéma d'un Doliolum sexué. B, cavité branchiale;
C, cavité cloacale; Lb, Le, lobes buccaux et lobes cloacaux;
M, à M3, les huit bandes musculaires buccales et cloacales;
V, sillon ventral: E, estomac; An, anus; O, ovaire; T, tes-
ticule; P, pavillon vibratile; a, sillon antérieur; N, ganglion
nerveux ; {, trémas; S, terminaisons sensitives.
Fig. 5. Schéma d’un Amaroucium. — Fig. 6. Schéma d'un Apli
dium. — Fig. 7. Schéma d’un Didemnum. — Fig. 8. Dolio-
lum Ehrenbergi Blastozoïde encore fixé au stolen. — Fig. 9.
Jeune nourrice de D. Ehrenbergi.
Les différences que présentent les Salpes et les Doliolums
sont en cffet trop nombreuses pour qu’on puisse persister à
réunir quand même ces animaux. Chez les Doholums, la larve
est munie d’une queue natatoire comme chez les Ascidiacés ;
cette queue est absente chez les Salpes. Comme chez les Asci=
diacés, les Doliolums ont leur orifice buccal lobé; il ne Pest
jamais chez les Salpes. La branchie des Doliolums est une
branchie des Didemniens; celle des Salpes est rudimentaire et
sa constitution est bien différente.
Enfin, la ressemblance de certaines jeunes formes des
Didemnes et des Doliolums est telle que séparer ces animaux
c’est refuser de voir leurs affinités les plus éclatantes.
Deuxième conclusion. Les Tuniciers forment trois grands
groupes naturels : les Appendiculaires (Copelata Geg. —
Larvacea Herd, — Atremata Lah.). Les Salpes (Thaliacea Sav.
non Herd. = Hemitremata Lah. — Hemimyaria Herd.). Les
Ascidiacés et les Doliolums (Ascidiacea ou Eutremata Lah.).
absente. Fentes respiratoires secondaires (tré-
mas) absentes... Atremala.
Cavité ; J rudimentaires :
érib his présente. Fentes respi- CA ne
pénDrancmale | ratoires secondaires { k
développées :
(trémas). Eutremata.
DU U © UUQaU U
Big. 10. — Portions de branchie d’Eutrematés aplousobranches.
À, Clavelina Rissoana Edw.; B, Distaphia magnilarva, D. V.
Fig. 11. — Portion d’une branchie de phlébobranche (Diazona
. violacea Sax). Au-dessus de la branchie on voit la couronne
tentaculaire et les lobes buccaux.
Faut-il donner à ces divisions le nom d’ordre ou le nom de
classe ? Si on considère l’ensemble des Tuniciers comme for-
ant un embranchement, les groupes précédents sont des
classes. Si, au contraire, les Tuniciers constituent une classe,
ces groupes sont des ordres. Cette question du reste est assez
secondaire, et il faudrait d’abord s'entendre sur la définition
Scientifique de l’embranchement, du type, de la classe et de
lordre. La meilleure des solutions est de considérer toutefois
les Puniciers comme formant un embranchement constitué par
une classe unique.
Entre Herdman et moi, les subdivisions en familles des Atre-
mata ct des Hemitremata ne donnent lieu à aucune diver-
gence dans la manière de voir :
dépourvus de cœur et de sillon ventral.
Kowalevskidæ (Lah. 1887).
Atremata : à
présentant un cœur et un sillon ventral.
Appendicularidæ (Br. 1862).
à corps cylindrique ou fusiforme.
hate: Salpidæ (Forbes 1853).
à corps étoilé, à huit prolongements.
Octacnemidæ (Herd. 1886).
LE NATURALISTE 61
RIRE On UN À
I1 n’en est plus de même pour les subdivions des Eutrémata.
Herdman conserve l’ancien groupement en ascidies simples,
composées et lucies en continuant donc d’attribuer au bour-
geonnement une importance aussi prépondérante qu’imméritée.
Je m’étonne de voir à l’heure actuelle un naturaliste établir
encore un groupement basé sur la blastogenèse, Mais alors
pourquoi ne pas conserver aussi la division des plantes, en
herbes, arbustes et arbres ? En définitive, elle aurait le même
genre de valeur, puisqu'elle serait basée sur la présence et la
puissance plus ou moins grandes des phénomènes de bour-
geonnement. Ce qu’il y a de piquant, c’est que l'évidence wa
pas permis à Herdman de placer les Ascidies sociales ailleurs
que dans les Ascidies simples, quoiqu’elles bourgeonnent ; il a
même été obligé d’y placer une ascidie franchement composée,
13 B
Fig. 12. — Portion d’une branchie de stolidobranche (Microcos-
mus vulgaris Hell.) Vr, côtes longitudinales; C;, R;, côtes
transversales ; C,R, côtes intérmédiaires.
Fig. 13. — Eutrematis, phlébobranches (Ascididue). A. Pero-
phara Listeri Wilg.; B, Perophoropsis Herdonani Lat.
la Diazone. On ne peut rencontrer un exempie plus frappant
de la lutte entre le jugement scientifique et la puissance des
anciennes idées. Qu’on me dise une bonne fois en quoi diffère,
au point de vue anatomique, un être qui à bourgeonné et un
autre qui ne s’est pas reproduit encore ainsi. Est-ce que la
stérilité des unions est un caractère ordinal ? Il n’est pas même
spécifique et, parmi les Tuniciers, certaines espèces comme Cir-
cinalium, Archidistoma et même Clavelina peuvent présenter
des individus adultes et toujours solitaires à côté d’individus
bourgeonnants. Blastogenèse et stérilité ne sont que des manifes-
tations diverses de la multiplication et de la reproduction. Elles
proviennent de la même cause, elles sont réductibles l’une à
l’autre et n’ont qu'une même valeur.
Si comme de juste on laisse donc de côté, une fois pour
toutes, les caractères blastogénétiques, comment divisera-t-on
les Eutremata ?
J’ai indiqué il y a longtemps les deux procédés qui seuls
permettent d'établir des groupements naturels, et je les rap-
pellerai ici.
Premier procédé. — Les caractères les plus généraux et les
plus constants d’un groupe naturel par évidence et reconnu
62 LE NATURALISTE
comme tel par tous les classificateurs seront les caractères les
plus importants de ce groupe...
Deuvième procédé. — Les caractères sont d'autant plus impor-
tants que sont importants les organes qui les fournissent.
Tout ceci me paraît indiscutable, et, si on me démontrait le
contraire, j'en serait très heureux. Passons aux applications de
ces principes. Un groupe naturel par évidence est bien celui
des Ascidies supérieures. Or un caractère général et constant
de ces animaux est d’avoir le tube digestif et les organes
reproducteurs rejetés sur un côté de l'organe respiratoire; par
suite leur corps ne forme qu’une seule masse plus ou moins
ovoïde. Dans d’autres groupes naturels par évidence et qui ne
renferment que des types inférieurs, le tube digestif et les
organes reproducteurs étant situés plus ou moins loin de la
branchie, le corps de ces animaux présente une division en
deux ou trois régions placées l’une au-dessous de l’autre. Dans
ce cas, la position du cœur est également différente de ce
qwelle est dans la première.
Il s’ensuit que la classification, basée sur la disposition rela-
tive des organes présidant aux lrois fonctions fondamentales
de respiration, de nutrition et de reproduction, aura bien des
chances d’être naturelle, surtout si en appliquant le second
procédé on arrive à un même goupement. C’est effectivement ce
qui a lieu.
« Incontestablement la branchie est l’organe dominateur de
l'organisme ascidie ; incontestablement aussi elle peut fournir
des caractères de premier ordre quand il y a lieu de déterminer
quelques grandes divisions. » Cette opinion de M. De Lacaze-
Duthiers est également, je crois, celle de fous Les ascidiologues,
et il n’y à donc pas lieu d’hésiter dans le choix de l’appareil
dont les modifications, concomitantes du reste avec les autres
caractères, permettent un classement naturel. La complication
de l'organe respiratoire des Tuniciers se trouve en eflet tou-
jours exactement proportionnelle à la complication de tout
l'organisme.
Les branchies des Tuniciers cutrematés se rapportent à trois
types bien distincts, dont les deux premiers n’offrent seuls
qu’un ou deux exemples de passage, montrant une fois de plus
que tout se relie dans la nature.
La paroi interne des branchies de la premitre forme présente
des replis horizontaux, et l’organe respiratoire reste fort sim.
ple. J'ai proposé de donner à ce groupe le nom d'eutrématés
aplousobranches (&rdode, simple) (fig. 10 À et B). Dans la se-
conde forme de branchie, qui rappelle alors celle des chau-
dières tubulaires, la surface respiratoire s’accroit par l’adjonc-
tion de vaisseaux sanguins longitudinaux. Ce sont les eutrématés
phlébobranches (9X£b vaisseau) (fig. 11). Enfin, dans le dernier
groupe, on remarque l’existence des replis verticaux de la paroi
interne de la branchie. Comme dans les poëles à aïlettes, il y
a donc ici un accroissement de surface supérieur à l’accroisse-
ment proportionnel du volume total. J’ai donné à ces Tuniciers
à branchies plissées le nom d'Eutrématés stolidobranches
(orohèoc, plissé) (fig. 12).
Remarquons maintenant que toutes les Ascidies dont l’orga-
nisation est, de l’avis de tout le monde, la plus supérieure ont
des branchies de la troisième forme et en outre ont un corps
disposé en une masse unique. Les Ascidies les plus inférieures
ont des branchies de la premitre forme et le corps divisé en
trois ou deux régions, jamais en une seule. Enfin, dans le groupe
intermédiaire, le corps présente des caractères intermédiaires
en ce qu’il est formé d’une ou de deux masses (fig. 13 À et B).
Puisque l’application de principes différents nous amène aux
mêmes résultats logiques, que, d'autre part, l’ancien groupement
des familles de Tuniciers, basé sur le bourgeonnement, ne peut
se soutenir, je crois que, dans l'état actuel de la science, on doit
admettre ies trois grandes subdivisions que j'ai proposées pour
les Eutrématés. Du reste, une justification nouvelle se rencontre
postérieurement dans la mise en lumitre des aflinités naturelles
des diverses familles ainsi groupées.
Les Aplousobranches renferment les Doliodidés, les Didem-
nidés, les Pyrosomidés, les Distomidés et les Polyclinidés.
Les Phlébobranches : les Cionidés {1) et les Ascididés.
Les Stolidobranches : les Botryllidés, les Molgulidés et les
Cynthidés.
Outre ces familles, Herdman admet celles des Cœlocormidés,
Diplosomidés, Polystyélidés et Clavelinidés ; à mon avis aucune
d'elles ne saurait être conservée. 11 est impossible de trouver
un seul caractère anatomique propre ou important qui per-
(4) Les Cionidés pour Herdman ne sont qu’une sous-famille
des Ascididés.
mette de distinguer les Diplosomidés et les Cœlocormidés des
Didemnidés. De même les Polystyélidés ne sauraient être sé-
parés des Cynthidés, et il serait si aisé de le démontrer qu’il est
inutile d’insister sur ce point. ;
Quant à la famille des Clavelinidés, qu'Herdman place dans
les Ascidies simples, il y réunit des Ascidies simples comme
Rhopalona, des Ascidies sociales comme Perophora, Clavelina
et quelques nouveaux genres voisins ; enfin des Ascidies com-
posées comme Diazona. Non seulement cette famille des Cla-
velinidés ne peut revendiquer un seul caractère qui lui soit
propre, mais encore tous les genres qu’elle renferme ont des
rapports bien plus intimes avec d’autres familles qu'ils n’en
ont entre eux, et pour les y rattacher il suflit d’étudier leurs
caractères et de lire ceux des Ascididés, des Distomidés et des
Cionidés. On verrait ainsi que les genres Sluiteria, Pero-
phora et Perophosopsis appartiennent aux Ascididés comme
ayant une branchie à vaisseaux longitudinaux et un corps for-
mant une masse unique. Que les Clavelina, Stercoclavella et
Podoclavella sont de véritables Distomidés par leur branchie
simple, par leur corps divisé en deux régions et par tous leurs
autres caractères. Enfin que les Diazones et les Rhopalones se
rattachent aux Cionidés par leur branchie à vaisseaux longitudi-
naux et par leur corps divisé en deux régions très marquées.
Il est du reste incontestable que ces trois familles sont inti-
mement unies l’une à l'autre, précisément par tous ces genres.
Les Clavelines, Distomidésprimitifs, ont divergé d’une part vers
les Cionidés par les Diazones etles Rhapalones, d'autre part
vers les Ascididés par les Sluiteries et les Perophoropsis. C'est
pourquoi nous trouvons des espèces comme Ecfeinascidia tur-
binala et Perophora Listeri qui ne présentent qu’un seul carac-
tère de la famille à laquelle on doit les rattacher pour ce motif
que des espèces extrémement voisines el du même genre pré-
sentent normalement les deux caractères réunis.
Dans un prochain article, nous examinerons les caractères des
diverses familles de Tuniciers et nous donnerons des tableaux
dichotomiques trés simples pour la détermination des genres
cet des espèces qui vivent sur notre littoral.
F. LAHILLE.
LE TRACGHELIUS
(Infusoire cilié)
Lorsque l’on prend l’eau d’une mare ou d’un fossé
herbeux, dans lequel les détritus de la végétation se
mêlent aux conferves et aux algues filamenteuses et que
l’on examine cette eau par transparence, à travers les
parois d’un bocal ou d’un verre, l’on aperçoit souvent
de petites masses blanches arrondies, semblables à des
outres minuscules semi-transparentes qui flottent de ci
et de là. Avec un peu d’attention et de patience, l’on ne
tarde pas à remarquer que ces petites outres sont animés
d’un mouvement propre, qu’elles se déplacent d’elles-
mêmes lentement, lourdement et qu’elles tendent à se
rapprocher des bords de leur prison de verre. Ces petites
outres sont des Trachelius ovum un des plus beaux et
des plus remarquables types d’infusoires ciliés holo-
triches. Pour les étudier il suffit de les recueillir, au.
moyen d’une pipette effilée et de les transporter sur une
lame de verre dans une gouttelette d’eau.
A l’état libre et dans toute la liberté de ses mouve-
ments le Trachelius présente] à peu près la forme d’une
poire un peu plus déprimé d’un côté que de l’autre. Ge
côté déprimé porte un sillon peu profond qui partant de
l'extrémité postérieure du corps, longe le milieu de la
face aplatie pour s’y perdre en s’atténuant. C’est sur
cette face aplatie que l'individu repose d'habitude quand
il parcourt la surface des objets, et nous l’appellerons
pour cette raison la face ventrale, Au sommet antérieur
du corps, l'on remarque un tentacule, la queue de la
poire et, à sa base, une petite ouverture entourée d'un
bourrelet saillant, glabre, la bouche.
Bien des particularités intéressantes signalent le Tra-
ü
LE NATURALISTE D)
EEE
chelius à l'attention des naturalistes, et cet infusoire est
de ceux qui ont donné le plus matière aux controverses
_ scientifiques. Ehrenberg l'avait pris comme type de ses
infusoires à estomacs multiples (polygastriques). Gegen-
baur était venu l’appuyer de sa haute autorité et pen-
dant longtemps, alors que la théorie cellulaire des Pro-
lozoaires semblait presque victorieusement établie, le
Trachelius semblait demeurer comme un dernier té-
moin de la véracité des ‘allégations de l’école Ehren-
bergienne. Siebold et Balbiani cependant ne tardèrent
pas à éclairer son histoire et à donner une expli-
ment sans l’écraser. Sous l’influence de cette gène il se
gonfle de facon à devenir tout à fait sphérique, son ten-
tacule se couche le long de son corps et ses mouvements
déjà lents le deviennent davantage encore. L’on s’apercoit
alors, si l’on dispose d’un grossissement suffisant
(400 fois environ), que la surface du corps est couverte
de stries granuleuses très fines et qu’au niveau du sillon
ventral, maintenant effacé, ces stries s’écartent pour
former une zone plus claire. C’est ce point clair que les
anciens observateurs avaient pris pour une bouche, con-
sidérant l’ouverture supérieure, soit comme un pore gé-
1 Trachelius ovum vu par la face ventrale et nageant libre-
ment.
2 Le même vu de côté.
3 Trachelius légèrement comprimé.
4 Région de la fossette buccale vue en surface, pour montrer
la disposition des stries en ce point du corps.
cation rationnelle des anomalies apparentes de son \
organisation.
Le Trachelius en effet ne présente pas un proto-
plasma compact comme celui des autres ciliés, ses con-
génères; son corps est creusé de vastes lacunes remplies
d'eau ou plutôt de liquide cellulaire et le protoplasma
proprement dit est constitué par de vastes travées cloi-
sonnant le corps et aboutissant à une masse épaisse,
placée contre la face ventrale, dans laquelle siègent le
noyau et les nucléoles. Nous retrouvons là chez un cilié
la même organisation que nous avons déjà étudié chez
un Flagellé, la Noctiluque miliaire. Seulement chez cette
dernière la masse protoplasmique dense, finement réti-
culée, tapisse la paroi du corps et s’accole à l’ectoplasme.
Dans l'épaisseur de cette couche latérale l’on remarque
tout un système contractile formé de canalicules anasto-
mosés, fins, difficiles à voir et qui aboutissent à des
vésicules contractiles disséminés sur la surface au
nombre de 60 environ.
Telle est rapidement exposée la constitution générale
de notre Infusoire, mais examinons-le d’un peu plus près
en le couvrant d’une lamelle, qui le comprimera légère-
5 Une portion très fortement grossie de la surface du corps,
montrant trois vésicules contractiles en diastole et les canali-
cules contractiles de l’ectoplasme.
6 Trachelius en train de s’enkyster.
Dans toutes ces figures b — bouche, n = noyau, f = fossette
ventrale.
nital, soit comme un pore aquifère. L'on voit aussi que
la bouche est constituée par une sorte d’entonnoir ou
plutôt de massue protoplasmique perforée à son centre,
constituée par un amas de filaments et se reliant au
plasma du corps par deux ou trois travées claires.
Le noyau, tantôt simple, tantôt en boudin, parfois
aussi en chapelet, tranche par sa transparence sur le ton
grisâtre du plasma. L'action des réactifs le montre
constitué par des grains de chromatine irréguliers,
plongés dans une masse homogène et finement granu-
leuse. L’on ne possède encore que très peu de renseigne-
ments sur la multiplication de cette espèce. Si le Tra-
chelius n'est pas une forme rare qu'il faille chercher
bien longtemps, il n’est pas non plus un de ces gros man-
geurs de bactéries qui se mettent à pulluler dans les infu-
sions dès qu’un corps organique en décomposition favo-
rise le développement des microbes. On le trouve presque
toujours en individus isolés et lorsque l’on a la bonne
fortune de le rencontrer en abondance dans une culture
il faut se hâter d’en profiter. Si l’eau dans laquelle on le
garde est bien pure, s’il ne forme pas à sa surface une
pellicule trop épaisse de bactériacées saprophytes, le
64 | LE NATURALISTE | CF
Trachelius y vivra fort bien pendant une quinzaine de
jours. Tous ceux qui nous ont servi pour la matière d’une
étude assez complète provenaient d’un vase d’un demi-
litre de capacité dans lequel nous avions recueilli l’eau
d’une petite mare en Bretagne. Quoique! l’ayant étudié
constamment pendant une quinzaine de jours, jamais
nous n'avons pu rencontrer un seul individu en train de
se diviser, et comme aucun auteur ne traite ce point de
son histoire, nous en serions réduits aux conjectures si
nous n'avions eu l’heureuse chance de trouver dans le
macérateur du muséum un individu en division transver-
sale, individu que des circonstances fortuites nous ont
fait perdre avant d’avoir pu le fixer.
Abandonné à lui-même sur une lame de verre dans la
chambre humide, le Trachelius ovum vit assez longtemps
sans trop souffrir de sa captivité; mais, dans cet état, il
ne mange pas et pourtant ceux que l’on vient de capturer
sont gorgés de proie souvent énormes, Jamais l’on n'a
pu assister à leur déglutition et nous sommes amenés à
conjecturer que pour engloutir sa proie cet infusoire à
besoin comme un autre Trachelien, le Loxode, de fouiller
dans les détritus, au milieu desquels il vit. Au bout d’un
certain nombre de jours l'individu captif se rapetisse
considérablement, ses lacunes aqueuses disparaissent ;
il est devenu anatomiquement semblable à n'importe
quel autre cilié. IL s’enkyste alors et tombe dans l’état
de vie latente, pendant laquelle le fonctionnement des
organes est complètement suspendu; mais viennent des
circonstances plus favorables, l’eau gonfle à nouveau les
mailles du protoplasma, les lacunes reparaissent dans le
corps qui. grossissant peu à peu, fait éclater les fragiles
parois qui l’enserraient, et le Trachelius, un instant hési-
tant, reprend bientôt ses allures normales pour flotter de
par le monde à la recherche d’aliments réparateurs d’un
trop long jeûne.
FABRE-DOMERGUE.
——————
=
ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance du 4er février. — M. À. Pizon a étudié le déve-
loppement de l'organe vibratile chez les Ascidies composées.
En résumé, chez ces animaux, l'organe vibratile débute par un
tube aveugle formé par un diverticule de la vésicule endoder-
mique primitive et qui s’ouvre secondairement dans la vésicule
branchiale, tandis que sa partie postérieure subit une atrophie
plus ou moins rapide. L’organe vibratile n'étant pas formé
par une invagination buccale, contrairement à ce que MM. V.
Beneden et Julin ont décrit chez les clavelines, l’homologie
qu’ils ont établie avec l’hypophyse des vertébrés ne peut être
maintenue. Etant donné son apparition précoce, en même
temps que le péricarde, les sacs péribranchiaux et les tubes
épicardiques, l’organe vibratile doit être considéré comme un
organe éminemment ancestral qui à joué vraisemblablement
un rôle iaportant chez les formes primitives des Tuniciers ;
mais l’étude de ces variations pendant la durée totale de
l'évolution d’un même ascidiozoïde, l’atrophie progressive
qu’il subit ct qui arrive à être presque complète chez certaines
formes (didemnidés) conduisent M. Pizon à admettre que cet
organe ancestral est actuellement en voie de disparition et
qu'il ne remplit plus de fonctions importantes chez les Tuni-
ciers d'aujourd'hui. — M. Kunckel d'Ilerculais étudie les chan-
gements de coloration du criquet Pélerin (Schistocerca pere-
grina Oliv.). Suivant M. Kunckel d’'Herculais le rôle des pig-
ments dans les phénomènes d’histolyse et d’histogenèse qui
accompagnent la métamorphose est tel qu’on peut jusqu’à un
certain point le comparer au rôle que joue l’'Hémoglobine chez
les vertébrés. Ce pigment semble être la Zoonérythryne ou Pun
de ses dérivés du groupe des lipochromes de Krukemberg,
déjà signalé par M. Méréjkowski 1881 chez un grand nombre
d'invertébrés et notamment chez les crustacés. — M. Emile
Mer étudie le réveil et l’extinction de l’activité cambiale dans
les arbres. — M. Ch. Decagny les vacuoles plasmogènes du
nucléole dans l’endosperme du Phaseolus.
Séance du 8 février. — M. N. Grehant conclut de diverses
expériences que l’oxyde de carbone se dissout dans les globules
du sang en obéissant à la loi de Dalton. — MM. Jules de Guerne
et Jules Richard : De l'étude de la faune des eaux douces de
l'Islande qu'ils ont pu entreprendre, grâce à des matériaux
récoltés par M. Rabot, concluent que la faune des eaux douces
de l'Islande, en ce qui concerne spécialement les entomos-
tracés, présente des caractères mixtes, rappelant à la fois les
faunes analogues de l’Europe et, à un degré moindre toutefois.
de l'Amérique septentrionale dans les zones tempérée et arc-
tique. L'explication de ce fait semble devoir étre cherchée
dans les conditions climatologiques de l'Islande, située, comme
l'on sait, presque au point de contact des courants chaud et
froid de l'Atlantique nord. — M. Gustave Chauveaud étudie la
structure de lovule et le développement du sac embryonnaire
du Dompte-Venin. (Vincetoxicum oflicinale.)
A.-E. Marano.
RECTIFICATION
Dans Le Naturalisle du 1er février, j'ai décrit, comme espèce
nouvelle un Causus de l'Afrique orientale, sous le nom de
Causus rostratus.
M. Boulenger a eu l’obligeance de m’informer que cette
espèce a été décrite sous le même nom de C, rostratus, par
Günther, dans les Proc. Zool. Soc. of London, 1864, p. 415
pl. XV, et qu’elle a été figurée par Jan sous le nom de Hete-
rodon De flilippii dans son Icon. génér. des ophidiens
14e livre, pl. IV, fig. 3. Î
Rien n’est plus exact. J'ajouterai que la description de Gün-
ther à d'abord paru dans les Ann. Mag. Nat. Hist., 3e série,
t. XII, p. 363, novembre 1863 ; mais que Jan a décrit Heterodon
De Filippii dans Archivio per la Zoologia, t. II, fasc. 2, la
même année au mois de mars, en lui assignant, par erreur,
Buenos-Ayres pour provenance. Ce dernier nom spécifique a
ss la priorité et l'espèce doit s’appeler Causus De Filippüi,
Jan.
F. Mocquarn.
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BOTANIQUE
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G. MarLorzer.
101.
103.
105.
Le Gérant: Émize DEYROLLE.
PARIS, — IMPR. F. LEVÉ, RUE CASSETTE, 171.
14 ANNÉE
LES RACES DE L'INDE
LES IRULAS
Les Irulas habitent sur les flancs desmontagnes, dans
les parties basses et marécageuses et dans les forêts qui
s'étend depuisle pied des Nilgiris jusque dansles plaines.
Ils ne sont donc pas, à proprement parler, des habitants
des montagnes; aussi ne sont-ils pas reconnus comme
Fig. 1. — Lama mendiant du Bhoutan
(reproduction directe d’après une photographie).
tels par les autres tribus. Leur physionomie est assez
douce. Leurs femmes sont fortes, de constitution ro-
buste, mais de couleur presque noire,
Les hommes ne portent dans leurs maisons qu’un
langouti ou une simple bande d’étoffe ; mais, quand ils
travaillent aux plantations, ils s’habillentcomme ceux des
autres tribus. Les femmes portent une toile deux fois
enroulée autour de la partie inférieure du corps, de
facon qu’elle les couvre de la ceinture jusqu'aux genoux,
le buste demeurant nu. Elles aussiaiment les ornements;
aussi portent-elles des colliers blancs ou rouges, des
bracelets, des pendants d’oreilles et des anneaux au nez.
La tribu des Irulas est paresseuse et dissolue. Ce n’est
pourtant point la force qui lui manque car elle est
forte et robuste. Les Irulas mangent la chair des ani-
maux de toute espèce et sont chasseurs habiles. Leur
LE NATURALISTE, rue du Bac, 46, Paris.
AV USE
PAT 1 L'OPRE L " PO
9° SÉRIE — IN° 121
15 MARS 1892
langage est un tamoul grossier mêlé de mots emprun-
tés aux langues canara et maleyalam. Au nombre de
4,400 en 1871 ils ne comptaient plus en 1881 que 946
personnes.
LES BHUTANIENS
Les Bhutaniens sont un peuple de montagnards qui
habitent la région alpine adjacente aux pics neigeux de
PHimalaya depuis le Kumaou jusqu’au Bhoutan propre
inclusivement.
Fig. 2. — « La beauté de Ghoom », vieille Bouthanienne
(reproduction directe d’après une photographie).
Ils appartiennent à la race mongole ou thibétaine. IL
en est parmi eux qui prétendent descendre des Tatares
laissés dans l’Inde par Tamerlan. En religion, ils étaient
autrefois bouddhistes ; mais, depuis, ils ont adopté
quelques croyances et quelques pratiques brahmaniques :
aussi ont-ils recours indifféremment aux lamas ou aux
brahmes. Nous donnons ici d’après photographie le por-
d’un lama mendiant du Bhoutan.
Les Bhoutaniens n’ont aucune distinction de castes;
cependant, il n'y à jamais d’unions matrimoniales entre
les individus, non seulement de diverses castes, mais
même de villages différents.
La population comprend trois classes : les prêtres, Les
chefs et les cultivateurs. Le peuple est industrieux et se
livre volontiers à l’agriculture. Malheureusement la
constitution géologique du sol et le peu de garanties de
66 | LE NATURALISTE | |
"EEE
la propriété rendent l’agriculture difficile et la restrei-
gnent à quelques parties moins ingrates du territoire.
De plus le peuple est opprimé et pauvre. Le Bhoutanien
ou Bhoutya ne possède rien en propre : tout est la proie
de la cupidité du plus fort. Les plus malheureux sont
certainement les esclaves des fonctionnaires. A ceux-ci
on ne reconnaît aucun droit de propriété, ils doivent li-
vrer à la première réquisition ce qu'on leur demande.
Au Bhoutan le fameux principe : La force prime le
droit,règne en maître soit dans la loi, soit dans les cou-
tumes. Les fonctionnaires publics ne touchent aucun
traitement : on leur confie certains districts; ils peu-
vent s’y livrer à toutes les exactions. Ils doivent envoyer
de l’argent au gouvernement: plus ils extorquent, plus
ils envoient, et mieux ils sont vus en haut lieu, et plus
ou les maintient longtemps en place. Les Bhoutaniens
ont des sentiments très peu élevés : c’est le résultat im-
médiat de leur état de servitude. Leur morale est avilis-
sante et leur énergie paralysée.
Ils s’adonnent à la polyandrie, ce qui amène une di-
minution de la race.
Au point de vue physique les Bhoutaniens sont une
race robuste et vigoureuse. Ils sont assez noirs et ont
les pommettes proéminentes, ils sont dans leurs habits
etleur personne d'une saleté révoltante. J'ai pu m'en
convaincre lors de mon voyage aux Himalayas.
Leur nourriture consiste en viande, surtout en viande
de porc, en navets, en riz, en farine d’orge et en thé de
Chine. Leur boisson rot est le « choug» qui pro-
vient de la distillation du riz, ou de la farine d’orge ou
de millet. Ils aiment aussi le « marua », bière faite du
millet fermenté.
Les Bhoutaniens usent beaucoup de liqueurs fortes.
Un vaste habit de laine qui leur descend jusqu'aux
genoux et qui s'attache autour de la taille par le moyen
d’une toile de coton ou d’une ceinture de cuir forme
l'habillement des hommes.
Ajoutez-y des guêtres en drap attachées aux souliers
qui sont généralement en peau de buffle. Les Bhouta-
niens en effet, redoutent beaucoup de voyager l'hiver
dans la neige si leurs jambes et leurs piéds ne sont pas
suffisamment protégés.
Enfin un bonnet en fourrure ou en laine grossière
complète leur costume. Les femmes portent un long
manteau à larges manches.
On peut se rendre compte de leur habillement en
jetant les yeux sur la gravure qui représente une vieille
Bhoutanienne, bien connue des voyageurs de l'Himalaya
sous le nom de «la Beauté de Ghoom ». C'est en effet
dans ce village, situé à plus de 2,000 mètres d'altitude,
que je l'ai vue il y a quelques mois.
Les maisons des Bhoutaniens sont à trois et quatre
étages. Les planchers sont en bois de sapin. Des deux
côtés de la maison estune véranda ornée de sculptures
généralement peintes.
Les Bhoutaniens sont habiles menuisiers leurs
portes et leurs fenêtres sont bien travaillées. Ils n’em-
ploient point le fer; aussi les gonds de leurs portes sont-
ils en bois ingénieusement ouvragé.
Leurs maisons ont l'apparence de chalets suisses tout
à Ja fois pittoresques et confortables. Il n’y manque que
des cheminées dont ils ignorent le mode de construc-
tion.
Nous avons déjà parlé de la religion de ce peuple.
Ajoutons cependant à ce qui précède qu'ils invoquent
les esprits mauvais et récitent mécaniquement, au
moyen de moulins à prières, un petit nombre de sen-
tences sacrées. Ce qu'il y a de plus remarquable dans
leurs cérémonies religieuses, c’est le bruit dont ils les
accompagent. Trompettes, chalumeaux, cornes, conques,
cymbales, tambours et gongs font un vacarme assour-
dissant,
Le langage des Bhoutaniens est un dialecte thibétain
plus ou moins chargé de mots empruntés aux dialectes
des peuples voisins.
Hector LÉVEILLÉ.
Mœurs et Métamorphose du Xyloperta pustulata. Fab.
Coléoptère de la famille des Térédiles.
L’insecte que nous allons faire connaître à ses divers états
est un Coléoptère de la famille des Térédiles, du groupe des
Sinoxylides : il appartient à cette légion de ravageurs connus
sous le nom de Bostrichus.
Larve : longueur 3 à 3 1/2 millimètres, largeur 3 millimètres.
Corps courbé en arc, blanc, charnu, avec pubescence rousse
clairsemée, un peu plus dense sur le bourrelet latéral ; con-
vexe en dessus, déprimé en dessous, fortement renflé à la région
thoracique.
Téle petite, blanchâtre, avec longs poils roux épars sur la
surface, finement chagrinée, à bords latéraux arrondis ; —
épistome brunâtre, trapézoïdal, translucide au milieu ; — labre
court, en demi-ovale, frangé de poils roux, dorés, courts, très
denses, brunâtre à ses bords latéraux, translucide au centre ;
— mandibules fortes, lisses, cornées, noires, à base ferrugi-
neuse, à bout arrondi, faiblement bidenté, se joignant sans se
croiser, cachées par le bord cilié du labre qui les déborde ; —
mâchoires testacées, claires, subtriangulaires, à bord externe
coudé, à base forte, à lobe épais, cylindrique, fortement frangé
de cils roux ; — palpes maxillaires rougeâtres, de trois articles,
courts, la première testacé cylindrique ; deuxième rougeûtre,
même forrne, mais un peu moins gros, annelé de testacé à
l’extrémité ; troisième petit, rougeâtre, à bout obtus dirigé vers
l’intérieur ; — menton cardiforme, charnu, blanchâtres —
palpes labiaux petits de deux articles, premier moniliforme,
testacé, annelé de roux à l'extrémité, deuxième roux, à bout
obtus ; — languctte petite, triangulaire, pointue, bordée de
courts cils roux; — antennes émergeant en arrière du milieu
de la base des mandibules, d’un espace blanchäâtre circonscrit
par le bord de deux taches triangulaires ferrugineuses ; rétrac-
tiles, rougetres, cylindriques, de trois articles, premier cupuli-
forme, allongé, testacé, deuxième plus court, moïns large,
cylindrique, rougeâtre, troisième très petit, rougeûtre, terne,
s’il y a article supplémentaire, il est imperceptible ; ocelles,
pas de traces.
Segments thoraciques mous, blanchâtres, avec quelques
poils épars sur le disque, ciliés au bourrelet latéral; premier
segment grand, large, fortement convexe, s’élargissant en s’ar-
rondissant d’avant en arrière, transversalement ridé, avec
ligne longitudinale se terminant au bord postérieur par une
petite excavation ; enclosant à son bord latéral un mamelon
triangulaire, le côté supérieur du triangle marqué d’un trait
rougeâtre, et d’un point de même couleur à l'extrémité de la
ligne; près du milieu de la ligne inférieure est le premier
ostiole; — deuxième et troisième segments égaux, courts,
étroits, transverses, formés de deux bourrelets, le bourrelcet
supérieur n’atteignant pas le bord latéral.
Segments abdominaux gris pâle, avec poils épars sur le
disque, plus denses sur les côtés ; les six premiers de la lar-
seur des deux précédents, étroits, transverses, formant bour-
relet, précédés et suivis d’un demi-bourrelet ; ; septième un
peu plus long, lisse avec le demi-bourrelet antérieur seulement,
huitième et neuvième un peu plus longs encore, mais moins
larges, lisses, pubescents, de poils clairsemés, sans bourrelcts;
extrémité ovale tronquée, trilobée avec pubescence plus serrée;
— Ja région dorsale est longitudinalement parcourue par une
large baie roussâtre qui tranche sur le fond, dont la couleur
est “due par transparence à la matière absorbée, couleur qui
disparaît après la mort.
Dessous : Segments thoraciques fortement renflés et oblique-
LE NATURALISTE 67
ment incisés, l’espace entre deux incisions forme boursouflure ;
segments abdominaux déprimés et traversés par de petites
rides longitudinales et obliques; l’anus à fente longitudinale
est placé sur un mamelon tronqué, à bords renflés : un double
bourrelet latéral, à bord extérieur central fortement cilié, sert
de partage aux deux régions inférieure et supérieure, le bour-
velet terminal est saïllant, en forme de losange, fortement
boursouflé à chaque arceau ; — pattes testacées, longues, droites,
fortement ciliées de poils roux doré, douées de forts mouve-
ments ; hanches courtes à base large; trochanters courts ;
cuisse longues, droites, cylindriques ; jambes courtes, arquées
en dedans, un peu renflées à la base, terminées par un petit
crochet acéré, carré, entourées d’une bordure de longs cils
roussätres ; le crochet de la première paire de pattes est long,
rougeâtre, l'extrémité se relève en se recourbant en forme de
croc; aux deuxième et troisième paires de pattes, ce crochet
de couleur pâle est plus petit et droit : la progession de la
larve se fait au moyen des pattes et en particulier du double
bourrelet latéral.
Sligmates, la première paire grosse, rousse, elliptique, à
péritrème brunâtre, est sise au bas de la masse charnue trian-
gulaire qui termine le côté du premier segment thoracique ;
les huit autres, plus petits, sont placés au fond du renfiement
sur lequel s’appuic la base du bourrelet latéral des huits pre-
miers segments abdominaux.
Provenant d'œufs pondus en nombre sur la même tige, la
jeune larve chemine côte à côte et à proximité d’une foule de
camarades tous plus occupés les uns que les autres à leur
œuvre de destruction ; leurs galeries sont cylindriques, chacun
suit la sienne, sans que celle-ci se confonde jamais avec la
voisine ; le travail de cheminement se fait en remontant et en
Suivant une direction longitudinale ; si quelquefois elle est un
peu sinueuse, c’est qu’il y a eu obstacle, elle revient à la direc-
hon primitive dès que la cause a cessé. Les détritus provenant
de la digestion de la matière ligneuse absorbée sont refoulés
et fortement tassés; l’appétit augmentant avec l’âge, les galeries
S'élargissent insensiblement, de sorte qu’à la fin de son travail,
on peut facilement suivre et se rendre compte du trajet de la
larve dans le bois.
Commencée en automne, l’œuvre de destruction se continue
sans interruption tout l’hiver, pour ne s’arrêter qu’au printemps ;
parvenue à ce moment au terme de son accroissement, ce qui à
lieu fin mars et dans le courant d’avril, la larve quitte la direc-
tion longitudinale pour se diriger vers des couches superfi-
cielles du bois et cela dans le but de ménager pour plus tard
la facile sortie de l’adulte ; travaillant dans du bois mort, elle
n’a pas besoin de ronger circulairement la branche pour arrêter
la sève ; à l'endroit où elle se trouve, sans aucun autre soin
que de tasser fortement les détritus qu’elle a laissés derrière
elle, elle se prépare à subir un changement profond.
Transformation. À cet effet, son corps perd peu à peu de sa
forme courbe, il s’étend, s’allonge, se ride, puis se raidit, se
redresse, prend une teinte jaunâtre ; le bourrelet latéral, si
apparent jusqu'alors, disparait, il n’en reste que le bouquet
de poils central ; les bourrelets secondaires de la région dor-
Sale s’effacent, les pattes s’appliquent contre les segments tho-
raciques, le corps est devenu cylindrique, les contractions
commencent : À la suite de mouvements alternatifs répétés à
de courts intervalles, la peau céde, elle se fend au premier
anneau, au point de division que limite la ligne longitudinale,
Ment ensuite le tour de la tête, puis successivement des seg-
ments abdominaux ; au fur et à mesure que la peau se déchire,
elle glisse à chacune des contractions ; à la fin de ce pénible
labeur, lorsque le masque nymphal est complétement dépouillé
de la peau larvaire, cette peau se trouve acculée au fond de la
loge; chiffonnée et en forme de tampon, elle sert encore à ce
moment de protection à la jeune nymphe, contre les chocs qui
pourraient être imprimés aux branches dela plante nourricière.
Aux environs de Ria (Pyrénées-Orientales) où nos observations
ont, été faites, la larve du X. pustulata vit dans les branches
petites et moyennes de trois espèces de chène : Quercus robur,
quercus ilex, quercus coccifera.
Comme toutes les larves xylophages, celle-ci ne dédaigne
pas le bois un peu carbonisé par le feu.
Nymphe. Longueur 3 1/2 millimètres, largeur 1 1/2 millimétre.
Corps mou, blanchâtre, yeux seuls roussâtres ; convexe en
dessus, subdéprimé en dessous ; masque buccal proéminent et
ixréféchi ; bord frontal excavé avec quatre petits tubercules;
régiondorsale transversalement longée aux arceaux abdominaux
par de petites aspérités; extrémité ovale bilobée ; stigmates
apparents ; pas la moindre trace de pubescence ; aucune autre
particularité ne lui reste que le cachet caractéristique de ce
que sera l’adulte à l’état parfait.
Sous l’impression de la crainte ou de la défense, la nymphe
peut faire mouvoir librement ses segments adbominaux : la
phase nymphale dure une quinzaine de jours, durée qui peut
se prolonger, s’il survient des temps froids ou humides, ce
qui a assez souvent lieu à l’époque correspondante aux éclo-
sions : pendant. que dure ce repos latent, les organes intérieurs
subissent une révolution de nature à identifier le corps avec
les nouvelles fonctions, et comme résultat final de cette série
. de modifications successives, disparait en dernier lieu la faible
membrane qui enveloppait le corps de la nymphe ; aussitôt les
antennes, les ailes, les pattes se détachent successivement du
corps, le masque disparait pour faire place à l’insecte parfait.
Adulle. Passant de la teinte blanche au rougeâtre, le corps
de l’adulte ne prend sa couleur définitive qu'après un certain
laps de temps qui peut avoir une durée d’une quinzaine de
jours ; alors ses téguments ont durci, ses mandibules sont
assez fortes pour entamer la mince couche de bois qui le sépare
du dehors ; il se met à l’œuvre, en peu de temps, il pratique
un trou circulaire correspondant à la dimension de son corps,
mais il ne profitera pas encore de sa liberté pour s’élancer
dans l’espace, il tient trop à son berceau où il est bien à
Pabri, il s'y plait; ce ne sera que {lorsqu'une force, à laquelle
il ne saura résister, le poussera à sortir, qu’il se risquera dans
le courant d’une nuit calme à se mettre en quête d’une com-
pagne : la mème nuit, le même temps, protégeant les mêmes
ombres, les mêmes influences produisant les mêmes effets sur
chacun des deux sexes, ces désirs ne tarderont pas à se réaliser,
tous ses semblables y concourront chacun pour sa part, chacun
pour son rôle; dès lors de nouvelles générations seront en
germe, de nouvelles déprédations s’ensuivront, sans qu'il
puisse y avoir, dans ce roulement, que quelques perturbations
dues aux agents atmosphériques, les seules ayant un effet po-
sitif sur le rôle funeste dévolu à nos dévastateurs.
X AMBEU.
OBJETS QUATERNAIRES
Il existe auprès de Montereau, dans le département de
Seine-et-Marne, une petite localité qui, sous le nom d’Es-
mans, est très connue des géologues. Ch. d’Orbigny y a
signalé, en 1837, un lambeau de calcaire pisolithique,
et le terrain d'argile plastique y est surtout représenté
par des sables qui se rattachent d’une facon fort inté-
ressante au célèbre poudingue de Nemours. Le fond du
sol est constitué par de la craie blanche qui, sur les
flancs de la vallée, est recouverte d’un épais manteau de
matériaux quaternaires activement exploités pour le
balast et pour d’autres usages,
En y travaillant ces temps derniers, un ouvrier a mis
la main, sous 5 mètres de graviers et de sables en lits
alternatifs, divers objets remarquables représentés
par les figures ci-jointes et qu'il a eu la bonne pensée
d'adresser au laboratoire de géologie du Muséum.
Nous représentons dans le nombre une corne de cerf
et un petit vase en terre.
La corne de cerf provient évidemment d’un animal de
haute taille, et, en létudiant, on s'assure qu’elle diffère
des cornes appartenant aux espèces de cerfs actuel-
lement vivants. Elle provient d’un animal maintenant dis-
paru, très abondant au contraire à l'époque quaternaire et
que les paléontologistes connaissent sous le nom de
Cervus megaceros ou de Megaceros hibernicus. Le fragment
représenté a 180 millimètres de longueur et 58 milli-
mètres de diamètre dans sa région moyenne. Il est brisé
à la base, mais, à l’autre extrémité, où il se bifurque, il
se termine par deux sections tout à fait planes de 32 et
de 28 millimètres de large.
En examinant les deux sections, on y reconnaît avec
certitude des traits de scie dont l'un, représenté à
68 LE NATURALISTE
gauche dans le dessin, n’a pas traversé tout le bois, qui
s’est séparé en formant un éclat pointu sur la droite de
Fig. 1. — Bois de Cervus megaceros portant des traits de scie
préhistoriques. — Échantillon trouvé à Esmans, près Monte-
reau, Seine-et-Marne, et conservé au Muséum d'histoire na-
turelle de Paris (grandeur naturelle).
la section. Le trait de scie est fort ancien et date du
temps où le bois de cerf avait une grande dureté con-
trastant avec sa friabilité actuelle. On peut hardiment
admettre qu’il a été fait avec un instrument en silex et
qu'il est l’œuvre d’un homme quaternaire, contemporain
de l'animal.
Le Cervus megaceros est représenté encore dans l’envoi
que j'ai recu par divers autres débris provenant du
crâne et du bois, Les premiers sont tout à fait indéter-
minables; parmi les autres, et outre celui qui vient
d’être décrit et figuré, il en est un qui mérite d’être
mentionné.
C'est la base même d’un bois présentant la meule par-
faitement conservée et remarquable par sa dimension
qui atteint 28 centimètres de circonférence. Get échan-
tillon est cassé irrégulièrement, mais le voisinage du
fragment scié permet de croire que ses fractures sont
cependant le fait de l’'hommme.
D'ailleurs, un intérêt très vif est certainement ajouté
à cette trouvaille par la rencontre faite en même temps
et au contact des bois de cerf, d’un débris de vase que
représente la figure 2 avec sa dimension exacte. C’est
Fig. 2. — Vase en terre très grossier et très mal cuit, trouvé
avec le boïs de cerf à Esmans, et conservé au Muséum d’his-
toire naturelle (grandeur naturelle).
une petite poterie très primitive, dont les irrégularités
de forme montrent bien qu’elle n’a pas été confectionnée
au tour. La cuisson en est fort imparfaite aussi, et seule,
une très mince couche superficielle a été un peu rougie;
la pâte est noire, remplie de petits vides et contenant
quelques grains d'apparence crayeuse.
Le diamètre de ce petit vase est de 59 millimètres et sa
base circulaire et plane a 15 millimètres de largeur. On
voit à l’endroit le plus saillant comme une ceinture mar-
quée par un méplat dont l'intention ornementale es
probable. Le débris a 37 millimètres de hauteur. Il sera
intéressant de le comparer à d’autres poteries du même
âge.
Stanislas MEUNIER.
DEUX SPHINGIDES NOUVEAUX DE L'ASIE ORIENTALE
1° Smerinthus Heyneï. Austaul.
Ce nouveau Smerinthus que je tiens de l’obligeance de
M. Ernst Heyne, de Leipzig, à qui je me fais un plaisir de le
dédier, est de la taille des plus grands exemplaires de notre
Quercus d'Europe ; mais ses caractères le rapprochent de
Carstanjeni. Stgr (Roseipennis) de l’Amurland et surtout de
Goschkewitchi Bremer qui habite les provinces septentrio-
nales de l’empire chinois. :
Ses ailes supérieures, faiblement dentées au bord externe
qui est brièvement entrecoupé de blanc, sont en dessus d'un
brun fauve et très finement aspergées d'écailles d’une teinte
plus sombre.On y distingue les lignes transversales suivantes,
lesquelles sont très distinctement écrites en brun noirâtre &
19 une basilaire située prés du thorax et aboutissant à un
pinceau de poils rougeâtres qu'on remarque à l'intersection de
la base et du bord interne ; 2° trois extrabasilaires convexes,
un peu flexueuses, très espacées à la côte, mais convergeant
toutes vers un point unique à leur rencontre avec le bord in-
terne ; 3° deux lignes médianes très rapprochées bien paral-
lèles, légèrement dentelées formant une inflexion vers la base
au tiers inférieur de leur parcours ; 4° deux submarginales,
ondulées, plus espacées entre elles que les lignes précédentes,
dessinées à peu près comme celles des espèces voisines ct
aboutissant également, comme chez ces dernières, à deux
grosses taches noirâtres situées non loin de l’angle externe:
Tout le bord extérieur de l’aile est d’un brun sombre uniforme,
à l’exception de la région de l’apex où il existe une tache plus
claire écrite à peu près comme celle de notre Populi. Il ya
lieu d'ajouter, en outre, que tout le bord interne est couvert,
depuis la base jusqu'aux deux taches dont il vient d’être quess
LE NATURALISTE 69
tion, d'une large bande longitudinale d’un brun sombre ana-
logue à celle de Carstanjeni, mais beaucoup mieux accentuée ;
et que la tache cellulaire dessinée, en un croissant foncé, semble
diffluer dans le sens des ramifications des nervures.
Les ailes postérieures de Heyneï sont d’un rouge vineux à la
base et sur le disque, passant ensuite au brunätre vers leur
périphérie. L’angle anal est occupé par deux grosses macules
noirâtres, arrondies, contiguës, lesquelles, au lieu d’être suivies
vers l’intérieur d’une éclaircie jaunâtre, comme c’est fréquem-
ment le cas des espèces congénères, s'appuient, au contraire,
sur une teinte brune qui longue une grande partie du bord
abdominal.
Le dessous de cette intéressante nouveauté offre un système
de coloration absolument inverse à celui de la face opposée.
Les ailes supérieures, de ce côté, sont brunes, sans trace de
lignes transversales, largement lavées de rouge vineux, avec
la côte grise depuis la base jusqu’à l'emplacement des raies
submarginales, et une grosse tache fauve indécise sur l’angle
externe. Les ailes postérieures montrent une teinte générale
cendrée sur laquelle se détachent deux lignes tranverses se
coupant presque vers le bord anal, ainsi qu’une large bande
brune sinueuse, couvrant tout le limbe extérieur. L’angle anal
proprement dit laisse apercevoir une tache marron analogue
à celle qui existe à la place correspondante des ailes supé-
rieures. J'aurai achevé la caractéristique du :phingide qui
m'occupe lorsque j'aurai fait remarquer que son corps tout
entier, y compris les pattes et les palpes, est d’un brun très
foncé; et qu’il règne sur le milieu du thorax une bande
longitudinale presque noirâtre, très étroite, laquelle se fond
insensiblement avec la teinte générale de l’abdomen.
J'ai dit plus haut que Heynei est voisin de Carstarjeni et de
Goschkewitchi; il ne peut, en effet, être comparé à aucun
autre Smérinthe connu. Cependant il est bien distinct de l’une
et de l’autre de ces deux espèces. Il diffère de la première par
sa grande envergure, par la découpure moins profonde du
bord externe de ses ailes, par la disposition relative des lignes
transverses et par l’aspect général qui cst beaucoup plus
obscur ; Carstanjeni étant sur ses deux faces d’un rouge brun
rosé. Il s’éloigne de Goschkewitchi parce que sa coloration est
plus intense et plus sombre, parce que les lignes ordinaires ne
suivent pas les mêmes mouvements et parce que ses secondes
ailes, d’une couleur vineuse et non d’une teinte brique plus ou
moins claire, n’offrent pas de tache jaunâtre dans le voisinage
des macules anales.
J’ai eu sous les yeux plusieurs exemplaires mâles de cette
curieuse espèce dont l'un fait actuellement partie de ma col-
lection. Elle est originaire de la partie septentrionale du
Japon; mais il est probable qu'elle ne tardera pas à être re-
trouvée dans les régions orientales de l’Amurland dont la faune
offre tant d’aflinité avec celle de la grande île voisine.
2° Deilephila Proxima. Austaut.
C'est également dans le nord du Japon qu’a été découvert
depuis peu de temps ce nouveau Deïlephila qui vient se placer
dans le voisinage de Célério-Linné, d'Osyris Dahl ct surtout de
Japonica Stgr, avec lequel il offre la plus grande analogie. En
effet, la taille, le port et l’aspect sont à peu près les mêmes
chez les deux espèces. Cependant, avec de l’attention, on re-
marque qu’elles diffèrent nettement l’une de l’autre par les
caractères suivants : sous le rapport de la coupe, Proxima a
les ailes moins aiguës, moins falquées à l’apex; puis la bande
oblique grisätre, qui descend chez Japonica du sommet de
Paile supérieure au milieu du bord interne par un mouvement
courbe, est dirigée, au contraire, chez la nouvelle espèce dont
il s’agit, en ligne parfaitement droite, elle est du reste plus
large, plus vive, d’un blanc légèrement nacré et se trouve ac-
compagnée de chaque côté d’une bande brune très nette dont
celle de l'intérieur est fort développée. Les secondes ailes de
Proxima sont d’un brun noirätre terne avec une bande sub-
marginale jaunâtre, quelques éclaircies de même couleur à la
base et tout l’espace de l’angle anal de la nuance générale du
fond; tandis que les mêmes ailes de Japonica sont d’un noir
beaucoup plus vif, la teinte jaune couvrant tout l'angle anal
et pénétrant ensuite dans l’intérieur de l'aile sous forme de
bande prémarginale vague ou assez indécise. Enfin, bien que
la face opposée soit presque semblable chez ces deux papillons,
on observe cependant, entre autres particularités différentielles,
que l’aile antérieure de notre nouvelle espèce ne présente au-
cune trace de cette tache noire digitée qui occupe l'extrémité
de la cellule discoïdale chez l'espèce congénère. Du reste.
cette dernière ne laisse apercevoir sur le milieu de son abdo-
men qu’une sorte de vestige de la double ligne longitudinale
d'un blanc brillant qui est si vivement indiquée chez Proxima.
J'ai vu chez M. Heyne quatre exemplaires des deux sexes de
cette intéressante nouveauté, dont l’un d’eux, une femelle, a
servi d'objectif à ma description. Je la place dans le genre
Deïlephila pour me conformer à l’usage généralement adopté;
mais elle appartient réellement au genre Chacrocampa que le
docteur Standniger a réuni, bien mal à propos, dans son
grand catalogue de l’année 1871, à celui des Deilephila pro-
prement dits.
L. Ausraur.
SOCIÉTÉ ZOOLOGIQUE DE FRANCE
Séance du 10 novembre 14894. — Note de M. Enr.
ANDRE sur une collection de Fourmis rapportées de Bornéo,
par M. Chaper. Parmi les espèces nouvelles s’en trouve une,
le Gesomyrenex Chaperi, dont le genre n’était jusqu'ici repré-
senté que par deux espèces fossiles, provenant de l’ambre eu-
ropéen ; la nouvelle espèce est elle-même très voisine de
l'espèce typique de l’ambre de la Baltique. — Communication
de M. GreenouGx sur lo formation du mésoblaste dans les
larves d’oursins. — Note de M. W. Srirer sur l’hôte inter-
médiaire de l’Echinorhynchus gigas en Amérique. On sait
qu’en Europe le Hanneton ct la Cétoine dorée sont les hôtes
intermédiaires de l’'Echinorhynque ct que ces deux insectes
sont la source à laquelle le Porc s’infecte avec le dangereux
parasite. Ces coléoptères n’existant pas aux Etats-Unis, M. St-
ler a trouvé que les Porcs américains se contaminent dans les
champs où pullulent les larves du Lachnosterna arcuata et que
ce coléoptère sert bien certainement, en Amérique, d'hôte in-
termédiaire à l’'Echinorhynque.
Séance du 24 novembre 48914, — MM. A. RarLLreT et
A. Lucer fixent la valeur et complètent l’histoire de quelques
Coccidies encore peu étudiées : le Coccidium perforans de l’é-
pithélium intestinal du Layæn, le Coccidium tenellum (nov) de
l’épithélium intestinal de la Poule, le Coccidium traucatum
(nov.) des reins de l’Oie,enfin le Coccidium bigeminum des vil-
losités intestinales du chat.— M. R. BrancraRp signale, chez
un têtard de Rana fusca, une hydropisie bizarre, due au dé-
veloppement exagéré des sacs lymphatiques de l’animal.
Séance du S décembre 48914. — Note préliminaire sur
les Paguriens de la Melila, par MM. Ep. Cuevreux, et E. L.
Bouvier. La collection des Paguriens de la Melia comprend
dix-sept espèces dont quatorze proviennent du Sénégal, deux
des Canaries et une de Cadix. Les espèces nouvelles sont l’Ana-
pagurus curvidactylus, VEupagurus triangqularis, l'Eupagurus
minimus, le Diogenes denticulatus, le Clibanarius Melitis et
le Cl. senegalensis. — M. En. CHevreux décrit et figure en
outre deux amphipodes nouveaux, l’Hyale Grimaldii et-le Ste-
nothæ Dollfusis, recueillis par l’Hirondelle aux Acores.—M. DE
GuERNE donne la provenance exacte des stellérides de l'Hi-
rondelle, précédemment décrits ou signalés par M. Ed. Perrier.
Séance du 22 décembre 45891.— M. P. MarcHar à
étudié un Pagurus strialus qui habitait la coquille sénestre du
Neptunea contraria; comme l’avaient vbservé précédemment
MM. A. Milne-Edvards et Æ.-L. Bouvier sur un Paguristes
marocanus logé dans une coquille sénestre, le pagure présen-
tait la même asymétrie et la même conformation que ses con-
génères logés dans des coquilles dextres. — M. Er. Jourpax
décrit un Epizoanthus nouveau des Acores (E. Hirondellei)
qui se fixe, comme l'E. paguriphilus, sur un Pagurien des
abysses, le Parapagurus pilosünanus. — M. X. RaspaiL éta-
blit, d’après des observations multipliées, que les Hannetons
déjà adultes peuvent rester sous terre huit mois avant de
prendre leur essor poursereproduire et pour détruire la feuillée;
il rappelle d’ailleurs que la période larvaire de l’insecte peut
durer suivant les circonstances trois ou quatre ans. — M. Cu.
Brcor étudie les Diptéres recueillis par M. Ch. Alluaud aux
îles Canaries ; ces espèces sont au nombre de trente-neuf, dont
trente et une se rencontrent en France ct en Algérie; les
espèces nouvelles sont au nombre de dix.
E.-L. Bouvier.
10
ROTIFÉÈRES
ORGANISATION ET FAUNE DE LA ROUMANIE
(Suile.)
5° Le genro TrIARTHRA (Ehrb.) de la famille des TRIAR-
THRADÆ et l'espèce Tr. longisela trouvée pour la première
fois le 19 juillet 1883 dans l'eau de l’étang d’Ontceni (près de
Botochany) et au mois de septembre 1890 dans l’eau de la ri-
vière Bahlui (sud de Jassy).
6° Le genre nypariINA (Ehrb.) de la famille des HYDATI-
NADÆ ct l’espèce H. senta trouvée le 19 avril 1890, en masse,
dans l’eau du bassin du Muséum (cabinet d’hist. nat.) de la ville
de Jassy et depuis pas ailleurs.
70 De la même famille, le genre norops (Hudson) et l'espèce
N. hyplopus (Ehxb.) trouvée une seule fois dans l’eau du ruis-
seau Ciric, le 15 septembre 1889. Je lai obtenue de l’intérieur
d’un œuf, en faisant éclater la coque qui le renfermait. Ce sont
des spécimens d'une transparence excessive.
Je dois mentionner que leur vésicule contractile se trouve
foulée vers la face ventrale et recoit par le côté dorsal le ré-
servoir slercoral qui s'ouvre par un long tube tout près du ca-
nal qui conduit de la vésicule contractile au dehors. L’ouver-
ture cloacale est dorsale et près de la base de l’appendice
caudal.
L’æsophage chez les Notops cest très long, tandis que l’esto-
mac est assez court, comme une boule.
8° Enfin de la famille des NOTOMMATAD Æ, un seul genre
NOTOMMATA (Gosse) et l’espèce N. ansala Ehrb.) trouvée une
seule fois le 2 novembre 1888 dans l’eau de Bablui.
J’ai trouvé encore six représentants pour les dix familles des
Loricata.
9° Le genre maAsrTIGocERCA (Ehrb.) de la famille des RATTU-
LIDÆ et l’espèce M. bicornis trouvée une seule fois dans l’eau
de l'étang d’Ontceni (1883).
10° Le genre scaripium (Ehrb.) de la famille des DINOCHA-
RIDÆ et l'espèce Sc. longicaudum, trouvée dans l’eau du lac
de Cristesti le 25 septembre 1891.
11° Le genre monosryLA (Ehrb.) de la famille des CATHYP-
NAD/ÆE, représenté par quatre espèces dont une nouvelle
M. lepadella, lunaris dans l’eau de Bahlui, M. solidus dans
Veau de Ciric, ce dernier plus volumineux que celui de
M. Gosse et enfin M. {entaculata (n. sp.) trouvé le 22 décem-
bre 1888 dans l’eau de Babhlui, ayant deux petits tentacules à
la base desquels se trouvent les points oculiféres.
120 Le genre prERODINA (Ehrb.) de la famille des PTERO-
DINADÆ et l'espèce Pf. patlina trouvée contre Algues de
l'eau de Bahlui (30 novembre 1890) et plus tard (septembre 1891)
dans l’eau du lac Cristesti.
Les figures représentant les espèces de ce genre (oc. cit.)
indiquent assez mal le placement des yeux, et cela tient à la
facon dont on se figure la conformation de l'extrémité cépha-
lique. Les yeux ne sont point fixés sur le mammelon des
roues, mais bien sur la tête, peu proéminente chez ces Roti-
fères.
13° Le genre grAcronus (Ehrb.) de la famille des BRA-
CHIONIDÆ ; jel’aitrouvé représenté par quatre espèces, dont
une, nouvelle. Comme c’est le type choisi par MM. Carl. Vogt
et Yung pour la monographie des Rotiféres, Jj’ai laissé exprès
à décrire maintenant la conformation de l’extrémité céphalique
des Ploïma, Rotifères les plus nombreux en genres et espé-
ces.
D’abord je suis d'avis que, pour se convaincre de la véritable
organisation de cette extrémité, qu’il faut avoir beaucoup de
patience et suivre l'animal, sous le microscope, dans toutes
ses évolutions jusqu’à ce que l’eau, s’évaporant en partie, l’em-
pêche de se mouvoir avec autant d’impétuosité. En même temps,
il faut dessiner à chaque instant tout ce qu’on apercoit ou ce
qu'on croit apercevoir. Répétant cette manière d'observation,
bien des fois et, à la fin, rapprochant tout ce qu'on a dessiné,
on arrivera, je suis convaincu, à reconnaître l’exactitude de
tout ce que je viens d'écrire et de dessiner. En tuant les ani-
maux, même avec la s{rychnine ou curare, on a sous les yeux
quelque chose de confus, vu la contraction plus ou moins pro-
noncéc du corps, et on dessine mal. Tandis que les dessins ob-
tenus sur le vivant,vous montrent l'appareil rotateur,dans diffé-
rentes positions, suivant les désirs et besoins dè l’animal.
Chez les Ploïma, tout comme chez les Bdelloïda, il y a une
TÊTE contractile, conique, terminée par une troncature arrondie
LE NATURALISTE
et portant, chez le Brachionus, sur sa face dorsale, un tenta-
cule et sur la face ventralc une fente ciliée, contractile qui
est la bouche de l’animal (fig. à).
À B
Fig. 4. — Extrémité supérieure du corps des Brachionus. À, vue
par la face ventrale. B, vue par le côté droit. &, tête. Un,
tentacule. p, palette. pg, peigne. c, carapace. pe, pédoncule
droit de l'appareil rotateur.
Sur le devant il y a deux pédoncules — l’appareil rotateur —
ayant chez les Ploïma une organisation plus compliquée que
ceux des Bdelloïda.
Tout comme chez ces derniers, chaque roue est représentée
par un gros pédoncule (fig. 4.) charnu, pouvant être retiré en
dedans du premier segment du corps, ou avancé, grâce à des
muscles appropriés, et leur extrémité libre a la forme d’un en-
tonnoir à bords rigides ou plus ou moins pliants. Dans ce der-
nier cas se trouvent ceux des Brachionus.
Les différences qu’on aperçoit dans l’aspect de cette extré-
mité des roues tiennent aux nombres des éminences dissémi-
nées sur les parois des entonnoirs. Il s’ensuit que l’appareil
rotateur n’a pas la forme d'un seul entonnoir fendu du côté
ventral, dont le goulot serait la bouche (Vogt et Yung, Ana-
tomie, p. 426), mais de deux entonnoirs ct la bouche se trouve
en arrière d’eux.
Chez les Brachionus, du fond de chaque entonnoir se relève
une espèce de palette (p., fig. 4) faisant plus ou moins saillie,
suivant sa contraction et à leur base et du côté ventral, por-
tant une toute petite éminence, mobile, ayant l’aspect d’un
peigne (p9, fig. 4).
Les bords de chaque entonnoir sont garnis de cils vibratiles
qui provoquent un tourbillonnement dans l’eau. Leurs mouve-
ments très rapides sont soumis à la volonté de l’animal. Ces
bords peuvent se renverser quand ils s’appuient sur les mar-
ges de la carapace (fig. 4) et alors le mouvement des cils leur
donne l’apparence des roues’et les éminences décrites devien-
nent assez apparentes.
Les bords de chaque palette sont garnis de gros cils, assez
raides et sans mouvements. Quand l'animal reste sur place,
fixé par le bout de son appendice caudal et cherche la nourri-
ture, les courants d’eau entretenus par ses roues, arrivent du
dehors en dedans et se brisent contre l’ouverture buccale. Les
palettes, de temps en temps, se rabattent vers la bouche, de
sorte que leur rôle est assez marquant.
Les peignes, aussi à soies raides, situés plus bas, jouent le
même rôle. Ils poussent contre la bouche les particules alimen-
taires arrivées entre les roues et devant être rejetées par le
brisement des courants qui les ont apportées.
Vers la face ventrale, chaque roue porte un gros flagellum,
qui balaye de temps en temps le champ de l'appareil rota-
teur et fort souvent imprime aux particules alimentaires un
mouvement vers l’ouverture buccale.
Tout est donc rationnellement placé et, pour terminer, je
dois dire que la fente buccale est ciliée et le plafond de la
bouche porte une houppe de cils délicats, que l'animal pro-
jette assez souvent, quand l'aspect de l’appareil change encore
une fois.
L'aspect change encore toutes les fois que l'animal rétracte
la tête et relève les bords des entonnoirs seulement du côté
dorsal. Dans ce dernier cas, la figure qu’on obtient ressemble
en partie à celle des ouvrages (loc. cit.) et qu’on décrit à tort
comme représentant la véritable conformation de l’extrémité
céphalique.
L'animal, quand il veut cacher son appareil, relève les bords
des roues en enveloppant presque entièrement les palettes,
rétracte ces derniers et puis le tout est tiré en bas. L’animal
rétracte aussi la tête, laissant son tentacule se balancer dans
l’échancrure médiane et dorsale du bord de la carapace.
Quant aux espèces trouvées, nous avons Br. urceolaris,
dans l'eau du ruisseau de Ciric (1889), dans l’eau du bassin du
Muséum (1890), et je l'ai trouvé même (1888) dans l’eau des
LE NATURALISTE
==
gouttières de ma maison. Ensuite Br. rubens dans l'eau de
Calcaina (ruisseau traversant la ville), trouvé en février 1888
au moment du dégel. Br. Dorcas, dans l’eau de l’étang de Ba-
biceni (Dept. Botochany). Enfin dans l’eau du lac de Cristesti
(4891), il ya un Brachionus qui ressemble un peu au Pala(?)
de l'ouvrage cité (PL. XXVIII, fig. 3), qu'on décrit comme une
variété du Pala et qu'Ehremberg avait désigné : Br. amphi-
ceros.
Mon exemplaire porte à la surface de la carapace une fine
ponctuation, due à des protubérances. Si Ehremberg (je n'ai
pas son ouvrage, Die Infusionsthierhen. Leïpzig, 1858, p. 511.
Taf. BXUII, fig. 2) lui décrit ces ponctuations, l’amphiceros à
raison d'être, tout différent de Br. pala. Si non, et si M. Gosse
à raison, mon spécimen à droit à une nouvelle dénomination
Spécifique. Jusqu'à contre-preuve, je lui garde le nom de
Br. amphiceros, le séparant du Br. Pala.
1% Le genre anuREA (Gosse) de la famille des ANU-
RÆADÆ est représenté par deux espèces, À. cochlearis
trouvée dans l’eau de Bahlui (1890) et l’A. aculeata, dans l’eau
du bassin du Muséum (1890).
159 Le genre noroLca (Gosse): je l’ai trouvé une seule fois
(1887) dans l’eau de Bahlui ct encore le spécimen diffère de
Nacuminata par la forme des épines de sa carapace et par
le bout candal de cette enveloppe qui n’est pas tronqué, mais
ovoïdal. Par la forme de l'appareil rotateur, il ressemble aux
N: scapha et N. thalassia, spécimens marins.
Le bord de la carapace porte six épines d’égale longueur,
dont deux dorsales, deux ventrales et deux autres latérales.
Elles sont aussi également espacées. Je lui ai proposé la dé-
nomination de N. equispinala.
Dr Léon C. Cosmovict.
LES CHENILLES CARNASSIÈRES
… Nous sommes si habitués à associer par la pensée les
végétaux et les chenilles que nous observons sur un
grand nombre d’entre eux, que les appellations de car-
nassières ou de carnivores, appliquées aux larves des
Lépidoptères, nous paraissent étranges au premier
abord.
Il est cependant parfaitement exact que toutes les
Chenilles ne sont pas exclusivement phytophages et que
le nombre de celles qui dévorent des matières animales
n'est pas négligeable. Les unes ne sont carnassières que
momentanément, d’autres mangent des substances ani-
males et même des animaux vivants, depuis l’éclosion
jusqu’à la transformation en chrysalide.
Fig. 1. — Chenille de Pieris Cralægi.
Rappelons en premier lieu quelques cas de chenilles
ne montrant d'appétits carnassiers qu’en certaines phases
de leur existence.
Beaucoup de Chenilles, comme, par exemple, celle de
la Pieris Cratægi, à peine sorties de l’œuf, rongent et
avalent la coque dont elles viennent de s’échapper.
71
D’assez nombreuses chenilles, parmi lesquelles nous
signalerons celles de Dicranura vinula, Deilephila Eu-
phorbiæ et Cucullia Verbasci, changent pour quelques
instants de régime après la mue, s'attaquent à la vieille
peau dont elles se sont dépouillées et la mangent com-
plètement avec avidité (1).
Enfin, on a vu des chenilles de Bombyx Rubi dévorer
des chrysalides de Piérides (2) encore molles et récem-
ment formées.
Passons actuellement aux chenilles qui sont carnas-
sières d'une facon plus accentuée.
Tout le monde connaît les Teignes : la Teigne tapis-
sière, Tinea tapezella, la Teigne pelletière, Tinea pellio -
nella, la Teigne fripière, Tinea fuscipunctella, etc., ron-
geant surtout les étoffes de laine et commettant des
dégâts irréparables qui font le désespoir des ménagères,
2, — Chenille de Dicranura vinula à différents âges.
Maurice Girard cite, sans donner de nom spécial, la
chenille d’un Microlépidoptère vivant en parasite sur les
Paresseux ou Édentés arboricoles de l'Amérique méri-
dionale.
Si l'on habite une région où l'élevage des Abeilles se
fait sur une certaine échelle, on aura entendu les api-
culteurs se plaindre des ravages des chenilles de Gallé-
ries, Microlépidoptères, de la famille des Crambides, qui
dévorent la cire dans les ruches. La Galleria mellonella L..
(G. cerella Fabr.) est la plus répandue, la Galleria gri-
sella Fabr. (G. alvearia Dup.) est moins commune, ex-
cepté dans le Midi.
Remarquer que ces chenilles ne touchent pas au miel
dont l’origine est végétale, mais bien à la cire qui,
sécrétées par les glandes cirières des Abeilles, doit être
considérée comme substance animale. Elles creusent la
cire dans tous les sens et construisent de longs tuyaux
(4) Lacordaire. Introduction à l'Entomologie (Suites à Buffon),
t. Ier, p. 425.
(2) Maurice Girard. Les Insectes (Trailé élémentaire d'Ento-
mologie, t. II, p. 96.
79 LE NATURALISTE | 4
irréguliers, formés de parcelles de cire et de leurs excré-
ments unis par de la soie (1).
Dans la lamille des Noctuides, il existe toute une série
de formes dont les chenilles, quoique se nourrissant en
majeure partie de feuilles, ont des instincts carnassiers
si développés qu’elles attaquent et mangent les che-
nilles de leur propre espèce ou d’espèces différentes
qu’elles rencontrent sur la plante leur servant de sup-
port. Si on veut les élever en captivité, il est nécessaire
de les isoler dans des récipients distincts. Nous indi-
querons brièvement certaines chenilles d'Orthosia, de
Cucullia, de Xanthia, et surtout celles de Cosmia trape-
zina L.
Des faits analogues ont été observés chez des chenilles
de Papillons diurnes : S.-H. Scudder, dans son admi-
rable ouvrage sur les Rhopalocères des États-Unis (2),
cite à cet égard, parmi les Licœnides de l'Amérique du
Fig. 3. — Chenille de Cucullia.
Nord : Cyaniris pseudargiolus, Everes amyntula et Thecla
acadica, dont les chenilles dévorent parfois leurs voi-
sines.
Récemment, W.-J. Holland a appelé l’attention des
naturalistes sur des cas encore plus intéressants. Il
s’agit, cette fois, de chenilles de Rhopalocères aphidi-
vores, c’est-à-dire se nourrissant régulièrement de puce-
rons (3).
On connaît jusqu’à présent, avec certitude, quatre es-
pèces offrant ces mœurs spéciales et appartenant toutes
à la tribu des Licœænides; ce sont : Feniseca Tarquinius
Fabr., des Etats-Unis, vivant exclusivement de puce-
rons ; Liphyra brassolis Westwood, de l'Inde; Spalgis epius
Westwood, de Ceylan, et Spalgis S. signata Holland, de
VAfrique occidentale.
IL est probable, dit Holland, que lorsque nous connaïi-
trons mieux les habitudes des Lycœnides des régions
tropicales de l’ancien monde, d’autres genres à chenilles
carnivores viendront allonger la liste ci-dessus, « Je
soupçonne fort, ajoute-t-il, les larves de Lachnocnema et
d'Euliphyra Mihi de se nourrir de la même manière que *
celles de Spalgis et de Feniseca. »
Voilà, certes, un nouveau champ d’investigations ou-
vert aux naturalistes observateurs, non seulement à ceux
qui résident dans les pays chauds, mais aussi aux tra-
vailleurs européens : ainsi, en ce qui concerne nos che-
nilles carnassières de Noctuelles, sait-on exactement dans
quelles circonstances elles dévorent leurs semblables, à
quel degré une alimentation exclusivement animale
(1) Maurice Girard. Les Abeilles, p. 233. Paris, 1878.
(2) Scudder. The Bullerflies of (he eastern Uniled-Slales
and Canada, with special Reference lo New-England, vol. I,
part. vir, p. 1012, Cambridge, 1889.
(3, Holland. The Life History of Spalgis S. signata Mol.
(Psyche, vol. VI, n° 189, p. 201, January, 1892.)
pourrait remplacer chez elles la nourriture végétale ha- |
bituelle et quelles conséquences cette substitution au-
rait pour l’aspect des Insectes parfaits ?
Ces questions ne sont pas posées à la légère. On a
constaté, dans ces dernières années, par des recherches
nécessairement encore incomplètes, mais promettant
beaucoup, que la quantité de lumière, ia qualité de cette
lumière, la température, pendant certaines phases de la
période larvaire ou de l’état de chrysalide, déterminent
incontestablement des variations plus ou moins intenses,
Fig. #. — Chenille de Xanthia.
soit chez les chrysalides, soit même chez les Insectes
parfaits.
T.-W. Wood, dès i867, puis Meldola en 1873, Mme M.-E.
Barber en 1874, plus tard R. Trimen, Fritz Müller,
enfin E.-B. Poulton démontrèrent, les uns par l’obser-
vation directe, les autres par de véritables expériences,
Fig. 5, — Chenilles de Selenia illustraria
(ab, chenilles: c, chrysalide),
que la coloration des chrysalides de Rhopalocères euro*
péens ou exotiques est directement influencée par la.
quantité de lumière que réfléchissent les surfaces avoi
sinant les chenilles pendant la période d’immobilité.
.Q
LE NATURALISTE 13
précédant la nymphose. Une surface blanche ou claire
amenant la production de chrysalides pâles, une surface
noire ou obscure causant la production de chrysalides
foncées (1).
D'autre part, les expériences de F. Merrified (2) sur
trois séries de Selenia illustraria prouvent que les indi-
vidus parfaits, éclosant au printemps et provenant de
chrysalides ayant passé l'hiver, comme les individus
résultant de chrysalides d'été, offrent des teintes mani-
festement différentes, suivant la température basse ou
élevée à laquelle ces chrysalides ont été soumises durant
les derniers temps de la nymphose. Cet auteur avait déjà
constaté des phénomènes du même ordre chez l’Ennomos
autumnaria.
Les faits curieux que je viens de rappeler semblent
indiquer qu'une alimentation partiellement ou aussi
complètement animale que possible, fournie à des
chenilles phytophages, mais offrant, par moments, des
appétits carnassiers, pourrait aussi donner des résultats
intéressants. Le but à atteindre mérite que l’on tente
quelques essais sérieux.
F. PLATEAU:
Thèses de la Faculté des sciences de Paris
Recherches anatomiques el physiologiques sur les nœuds et les
entre-nœuds de la tige des Dicotylédonées, par ApoLpne
PRuNET.
On sait qu'on peut distinguer dans une tige les nœuds —
points d'attache des feuilles des entre-nœuds — espaces qui
Séparent deux nœuds consécutifs. La forme extérieure seule de
Vorgane permet en général d’assigner aux régions nodales des
Caractères spéciaux. M. Prunet a voulu chercher si l'étude
comparative de la structure de la tige aux nœuds et aux entre-
nœuds ne fournirait pas de nouveaux caractères : c’est l’objet
de la première partie de son travail. Il s’est ensuite demandé
Si la physiologie viendrait corroborer les données fournies par
Panatomie : c’est l’exposé des résultats obtenus dans cette voie
qui occupe la seconde partie.
Étude anatomique. — Dans son étude anatomique d’un nœud,
M°Prunet commence par suivre ceux des faisceaux vasculaires
qui se rendent à la feuille correspondante. Au niveau du
mæud, la section transversale d’un tel faisceau modifie sa
forme : elle s’allonge dans le sens tangentiel et se réduit, par
contre, dans le sens radial. Les vaisseaux du bois deviennent
plus nombreux, mais en même temps plus étroits; de sorte que
la capacité totale de l'appareil conducteur foliaire passe, en
définitive, par un minimum. Tous les vaisseaux sont-annelés ou
Spiralés, leur membrane gardant un fond mince; enfin ils sont
ordinairement disposés avec une grande régularité en files ra-
diales: L'appareil de soutien du faisceau subit une réduction,
soit par la diminution de son volume, soit par une modifica-
tion. de la nature de ses éléments : les fibres et les cellules
“ligneuses font place à un parenchyme mou, à parois purement
è cellulosiques. Les fibres d’origine péricycliqué qui accom-
“pagnent la face externe du faisceau réduisent au moins leur
lignification.
“Ces modifications que subit le faisceau foliaire avant de quit-
ter la tige pour pénétrer dans la feuille, présentent leur maxi-
mum d'intensité pendant le passage du faisceau à travers l’é-
corce de la tige; puis le faisceau, qui avait perdu graduelle-
ment ses caractères caulinaires, les reprend pour une bonne
part en devenant faisceau pétiolaire,
; Pendant que les faisceaux foliaires du nœud subissent la dif-
férenciation qui vient d’être indiquée, que deviennent les tissus
propres de la tige ?
L’écorce, au niveau du nœud, augmente de volume, soit par
multiplication de ses éléments, soit par leursimple dilatation. La
EE —Ù—."— "à
(4) Poulton. The Colours of Animals, p. 113 ({nternational
Scientific series), London, 1890.
(2) Entomological Society of London, Mareh. 4, 1890.
moelle se développe de son côté, mais généralement moins que
l’écorce ; quelquefois aussi la nature de ses éléments se modi-
fie : on peut voir, par exemple, leurs membranes, cellulosiques
dans l’entre-nœud, se lignifier au niveau du nœud, ou inverse-
ment. Dans la moelle comme dans l'écorce, les dimensions lon-
gitudinales des cellules diminuent; tandis que leurs dimensions
transversales, qui augmentent dans l'écorce, varient peu dans la
moelle. Les rayons médullaires se multiplient et s’élargissent.
Dansle bois, le nombre despctits vaisseaux, spiralés et annelés,
augmente; mais on observe, en somme, une réduction dans la
capacité totale de l’appareil vasculaire. Dans le péricycle, les
éléments sclérifiés cèdent la place à des éléments collenchyma-
teux : l’apparcil de soutien se réduit.
En résumé, l’étude des modifications subies au niveau du
nœud, soit par les faisceaux foliaires, soit par les tissus de la
tige, manifeste un développement caractéristique des tissus pa-
renchymateux, accompagné d'une réduction des appareils de
conduction et de soutien.
La généralité de cette proposition paraît suffisamment éta-
blie par le nombre des espèces (plusieurs centaines) que
M. Prunet a empruntées à quatre-vingts familles de Dicotylédo-
nées pour en faire l’objet de ses recherches.
Il restait à établir d’une mamière certaine une relation entre
les modifications observées dans la structure du nœud et la
présence des feuilles. C’est ce que l’auteur a fait en associant
heureusement l’expérience à l’observation. Toutes les fois qu’un
nœud, au lieu de porter des feuilles normales, supporte de sim-
ples écailles dépourvues de chlorophylle, comme il arrive dans
les tiges souterraines, sa structure reste à peu près identique
à celle des entre-nœuds voisins. Quand on supprime, dans un
bourgeon, une feuille encore très jeune, le nœud ne prend pas
ses caractères spéciaux et ne se distingue plus des entre-
nœuds. Quand, après la chute d’une feuille, la tige correspon-
dante est encore le siège de la formation de tissus nouveaux,
ces tissus sont identiques dans le nœud et dans l’entre-nœud.
Bref, partout où la feuille disparaît ou perd ses fonctions
essentielles, le nœud perd en même temps sa différenciation
propre.
Étude physiologique. — La première question qui arrête
l’auteur dans l’étude physiologique est celle de la répartition
comparée de l’eau dans les nœuds et dans les entre-nœuds.
Lorsque la croissance de la tige est achevée et que, par suite,
ses diverses régions ont acquis leurs différenciations propres,
les nœuds se montrent plus riches en eau que les entre-nœuds ;
le rapport entre les poids d’eau que contient un même poids
sec de tissus prélevés au nœud ou à l’entre-nœud peut atteindre
se — 1, 4. Le rapport est complètement renversé dans les tiges
dont les feuilles n’ont pas achevé leur développement : les
nœuds y sont moins riches en eau que les entre-nœuds. Quant
à la répartition de l’eau dans l’étendue d’un même entre-nœud,
que l’auteur à voulu aussi déterminer, elle affecte quatre
formes principales : le maximum de la richesse en eau peut se
trouver vers le milieu ou vers la base de l’entre-nœud; ou bien
c’est un minimum que l’on constate dans l’une ou l’autre de ces
régions.
La répartition des cendres dans les nœuds et les entre-
nœuds, que M. Prunet a ensuite étudiée, obéit à peu près aux
même lois que la répartition de l’eau : suivant que leur déve-
loppement est achevé ou incomplet, les nœuds sont plus riches
ou plus pauvres en cendres que les entre-nœuds. L’auteur
donne de cette coïncidence une explication qui paraît fort vrai-
semblable : il l’attribuc à l'attraction que doivent exercer sur
l’eau, grâce à leur pouvoir osmotique considérable, les sels qui
forment les cendres.
La répartition des acides, libres ou combinés, celle des hy-
drates de carbone et des matières albuminoïdes solubles, suivent
encore les mêmes lois. En somme, le développement caracté-
ristique des tissus parenchymateux au niveau des nœuds
trouve son explication dans l’afflux considérable d’eau, de sels,
d'acides, d’hydrates de carbone, de substances albuminoïdes,
en un mot de réserves, dont ces régions sont le siège.
Cet apercu sommaire des résultats principaux consignés
dans la thèse de M. Prunet en montre toute l'importance. Le
lecteur qui aura le loisir de l’étudier de plus près pourra se
convaincre que bien d’autres points intéressants, parmi lesquels
la formation des bourgeons dormants, ont recu de ce travail
d’utiles éclaircissements.
A. D.
14 LE NATURALISTE
—————————_—— ————————— — —+
LIVRE NOUVEAU | ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance du 15 février. — M. L. Cayeux signale la pré-
sence de nombreuses diatomées dans les Gaixes crétacées du
bassin de Paris. L’étude micrographique des Gaïzes permet à
La lecture de ce livre est des plus attrayantes. L’auteur a su : l’auteur de conclure que les Diatomées, qui prennent de nos
résumer avec beaucoup de fidélité et de talent les progrès de | jours une part si active à la confection ÊSE boues siliceuses
l’histoire naturelle, depuis l'antiquité la plus reculée jusqu’à | des mers profondes et de certains dépôts d’eau douce, consti-
nos jours. Il a réussi à faire mieux qu’une œuvre de pure com. | tuaient déjà un puissant agent dé sédimentation au début de
pilation : il a traité le sujet d’une manière personnelle par le | la période crétacée. — M. 4. Lacroix à observé ee présence
soin qu’il a apporté à établir les rapports généraux du déve- de la zéolithe dans les calcaires jurassiques de l'Ariège et à
loppement de la science avec l’évolution historique, les chan- | PFOPOS de dissémination de ces minéraux dans les Pyrénées,
gements politiques, religieux et létat de la civilisation aux 2 fait observer qu'il y a peu de régions Qu il soit possible
diverses époques de l'humanité, M. Pizetta a su éviter, de cette | d'observer une aussi grande quantité de zéolithes, formées
manière, l’aridité et la monotonie qu’entraine fatalement avec dans des conditions de gisements aussi différentes. À «ce poimb
elle l'énumération des noms et des travaux de plus de deux cents | de vue les Pyrénées méritent d'appeler tout particulièrement
naturalistes. Des détails sur leur vie intime et sur leur carac- | l'attention. — M. Gonzalvès de Almeida annonce qu’un gise-
tère, des aperçus souvent ingénieux sur la qualité de leurs | ment d’ossements fossiles vient d’être découvert au Brésil dans
travaux et la nature de leur esprit témoignent d’une érudition | la DÉRONANE de Rio grande do Sul. nds ER.
de bon aloi. Enfin, sans nous arrêter à relever quelques er- Séance du 22 février. — M. A. Certes à étudié la vitalité
reurs portant sur des points de détail, nous louerons l’auteur des ÉORMEE des Organismes microscopiques des eaux douces
pour son impartialité et la facon discrète avec laquelle il a su | €t salées. En résumé, Line les lois biologiques qui se déga-
distribuer l'éloge ou le blâme quand il a dû traiter des natura- | sent de cet ensemble d'observations et d'expériences sont con-
listes du xvme et du xrxe siècle. Loin de tomber dansle défaut | formes aux prévisions dela théorie. Tout se passe _de telle
de beaucoup d’auteurs d’aujourd’hui qui, cherchanttrop souvent | Sorie que le repeuplement des mares, des lacs, des étangs et
à mettre en opposition des savants d’un égal mérite, n’exaltent | des chotts soit assuré après comme avant les sécheresses pro-
les uns qu’en diminuant injustement les autres, M. Pizzetta a longées auxquels ils sont exposés, malgré la température
su tenir la balance égale pour tous. À ce point de vue, les para- | développée par un soleil torride et quelle que soit la com-
graphes relatifs à Lamark, Cuvier, Geoffroy Saint-Hilaire mé- | POSition chimique des RENE Rien de pareil DER produit
pour les espèces marines qui, d’une manière générale, n'ont
jamais à subir l’épreuve de la dessiccation prolongée. Le
microbe, qui est le grand artisan de la putréfaction et des
fermentations, ayant en un mot pour rôle de ramener les
matières organiques à leurs principes immédiats, se retrouve
partout et résiste toujours à la dessiccation prolongée —
M. S. Jourdain communique à l'Académie par l’entremise de
M. Alph, Milne-Edwards, le résultat des recherches qu'il à
entreprises sur l’Embryogénie de l'Oniscus murarius (Cuy.) et
du Porcellio Scaber. (Leach). Ces recherches portent particu-
lièrement sur le développement des appendices de ces deux
isopodes et sur l’organe énigmatique appelé « organe dorsal »,1
suivant M. S. Jourdain, cet organe ne serait qu’une dépression
ombilicale, résultat d’une disposition particulière des enveloppes
de l'embryon, dépression qui, mal interprétée aurait fait croire
à l’existence d’un organe qui, en réalité, n'existe pas. —
MM. F. Hennegquy et A. Binet au cours de recherches entre-
prises sur la structure du système nerveux larvaire de Shra
liomys slrigosa ont rencontré des éléments probablement
conjonctifs non encore décrits et auxquels ils donnent le nom
de cellules des connectifs.
Séance du 29 février. — M. A. Tréeul a étudié l’ordre
d'apparition des vaisseaux, dans les fleurs du Taæraxacum dens
leonis; dans toutes les fleurs convenablement développées on
trouve toujours plusieurs capitules dont les premiers vaisseaux
existent seulement dans l’ovaire. Quelquefois cependant om
rencontre des fleurs dont un ou quelques lobes de la corolle sont
pourvus d’une ou de quelques cellules vasculaires, ‘alors que
l'ovaire n’en présente pas encore. Les vaisseaux des filets des
étamines ne naissent qu'après ceux de l'ovaire et de la corolle®
Ce n’est qu’un peu plus tard que se manifestent les premiers.
vaisseaux des lobes stigmatiques qui, ensuite seulement, sont
prolongés dans le style. — M. À. B. Griffiths a étudié et donné.
la composition chimique de l’hémocyanine du sang de Homard!
de la Seiche et du Crabe. — MM. Costantin el Dufour aprés
Georges Cuvier, d'après une estampe de la Bibliothèque avoir étudié la maladie des champignons de couche connue}
nationale. sous le nom de Molle montre que cette maladie résulte de la
présence d'un champignon parasite ou mycogone [forme fruc
tifère (Chlamydospores) des Hypomyces.] D'autre fois, le
parasite affecte la forme d'un Verticillium mycogene. I n’y
pas deux maladies distinctes ; mais le parasite peut présente
deux formes fructifères très dissemblables. — M. Emile Me
a étudié la constitution du bois de printemps et du bois
d’automne. La structure des zones de printemps et d'automne
Przzerra (J.).—Galerie des naturalistes (1). Histoire des sciences
nalurelles depuis leur origine jusqu'à nos jours.
ritent d’être cités comme exemples. Nous ajouterons que cet
ouvrage est orné de 16 beaux portraits hors texte, gravés par
MM. Hotelin et Moller; nous donnons ci-contre comme spé-
ciuen le portrait de Cuvier, dont M. Hennuyer a bien voulu
nous prêter le cliché.
M. B.
(1) Un vol. in-8° de 396 pages, orné de 16 portraits hors texte, par un arrêt de développement. — M. Gustave Chauveau
prix 7 fr. 50, franco 8 fr. 25, chez l'éditeur A. Hennuyer et aux adresse une note sur la fécondation dans les cas de polyemi
bureaux du journal. bryonie chez le Vincéloæicum; la polyembryonie semble étre
LE NATURALISTE
normale et en même temps les grains de pollen présentent
assez fréquemment dans la même espèce deux noyaux généra-
teurs. La multiplicité des organes sexuels se manifestent donc
dans le vincétoxicum avec un parallélisme frappant dans
l'organe mâle et dans lorgane femelle. — M. Decagny étudie
Vaction du nucléole sur la turgescence de la cellule. —
M. G. Rolland communique à l’Académie le résultat de ses
études sur le régime des eaux souterraines dans le haut Sahara
de la province d'Alger.
À. E. MaLarr.
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LE NATURALISTE | 2
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G. MALLoIZzEL.
Le Gérant: ÉmizEe DEYROLLE.
PARIS, — IMPR. F. LEVÉ, RUE CASSETTE. 17,
14° ANNÉE
LES CHENILLES DU CHOU
Voilà qu’elles ont encore fait parler d'elles ces bes-
tioles! En septembre et en octobre derniers, elles ont
causé tant de dégâts, qu'un moment les chasseurs et les
gourmets ont craint de ne pouvoir manger leur perdrix
aux choux cette année.
Ab! combien plus nombreux ceux qui mangent tou-
jours des choux sans perdrix!
Mais il faut avouer que c’est un triste spectacle, comme
je lai pu constater par moi-même dans maints champs
des environs de Paris, de voir tous les choux déchiquetés,
ésquelettés, réduits à ne montrer, au lieu de larges,
épaisses feuilles et de têtes bien pommées, que des
votes décharnées et des trognons dénudés. Certes! ce
nest pas pour obtenir ce résultat — pittoresque, c’est
possible, mais pitoyable, c’est certain — que le cultiva-
eur a planté ses choux et ce n’est pas de semblables
choux non plus que l’on met dans la marmite!
Disons donc quelques mots des chenilles du chou, en
faisant la part de chacune dans les dégâts, dont on a
trop souvent raison de se plaindre. :
Pieris brassicæ L.
La Piéride du chou doit commencer la série et se pré-
Senter la première pour qu’on lui dise son fait.
C'est elle, en effet, la plus coupable. Ce grand papillon
blanc, au vol rapide et dévergondé, est loin de se can-
lonner dans des localités restreintes; il aime à se dépla-
cer, à voyager. Qu'il se laisse emporter par le vent, ou
qu'il s'élance à la recherche d’autres champs d’exploita-
tion, il peut infester des pays souvent fort éloignés de
lendroit qui l’a vu naître. A différentes reprises, on a
constaté des nuées de ce papillon traversant et obscur-
cissant les airs, et dont le passage durait de cinq à six
minutes.
Big: 1. — Chenille (4) et chrysalide (b) du Pieris Brassicæ,
Comment voulez-vous qu’un champ de choux résiste
à une pareille avalanche, quand toute cette multitude
ailée s’abat sur ces plantes! Les feuilles reçoivent les
pontes, puis les petites chenilles éclosent, grignottant,
mangeant peu d’abord, quand elles sont petites. Mais,
lorsqu'elles sont grosses, elles ne mangent pas, elles
avalent, elles dévorent, elles engloutissent, Une à une les
feuilles disparaissent; et ce festin pantagruélique, cette
orgie de boustifaille, ne prend fin que lorsque l'heure de
la nymphose a sonné, f
25 SÉRIE — N° 12%
1° AVRIL 1892
une table aussi copieuse, aussi grassement servie et où
il reste encore de bons morceaux — il faut, cependant.
bien laisser quelque chose pour les autres, — elles s’en
vont toutes, grasses, dodues, pleines, chercher un écha-
las, un mur, ou tige quelconque, une simple pierre
même, et là, après avoir trouvé une place convenable,
tissent quelques fils, s’accrochent par les pattes anales,
s’entourent d’un mince ceinturon et s’immobilisent,
attendant leur transformation en chrysalide d’où, au
bout de quinze jours ou de trois semaines, de nouveaux
papillons blanes s’échapperont dans les airs... à moins
qu'il n’en sorte plutôt quelque parasite,
Car, de toutes ces chenilles, bien peu doivent donner
leur papillon, la grande majorité n’aboutit pas. Elles
ont mangé, dévoré les choux, mais ce n’est pas pour
elles qu’elles ont éravaillé; c'est surtout pour ce petil
hyménoptère auquel on à donné le nom de Microgaster
glomeratus et qui se paye le malin plaisir, après avoir
vécu de leur substance dans l’intérieur des chenilles, de
leur coller sur la peau tous ses petits cocons jaunes.
connus sous le nom d’œufs de chenilles.
Tout petit qu'il soit, cet insecte rend de grands ser-
vices : il joue le rôle de modérateur, et c'est grâce sur-
tout à lui que la Piéride du chou ne se propage pas
davantage et devient même quelques années d’une rareté
relative.
La chenille de la Piéride du chou a deux apparitions
par an : la première en juin, la seconde en septembre-
octobre. Il est bon de dire que parfois on la rencontre
beaucoup plus tard, témoin cette note de A.-C. Hervey
dans l’Éntomologist de février 1883, où il dit avoir trouvé
plusieurs chenilles de Pieris brassicæ à la Noël de 1881
et en décembre et Noël 1882.
Cette seconde génération passe l'hiver en chrysalide.
Les Piérides de la rave et du navet.
A côté de la chenille d’un vert jaunâtre, portant sur le
dos une ligne jaune nettement prononcée et de chaque
côté une stigmatale large et jaune, dont le corps est
couvert de nombreux petits points noirs, quelques-uns
tuberculeux, et de taches brunes plus ou moins arron-
dies, surtout sur le dos, on trouve les chenilles vertes
de deux autres Piérides : les Pieris rapæ L. et napi L.
Ni]
Fig, 2. — Chenille (a) et chrysalide (b) de Pieris rapæ.
Elles portent sur le dos une ligne jaunâtre plus ou
moins accentuée, quelquefois absente dans Pieris napi,
plus une autre ligne stigmatale mal définie, formée de
petites taches jaunes. Tout le corps estlégèrement poilu,
velouté, garni de petits points noirs nombreux sur le dos,
clairsemés sous le ventre, absents même dans Pieris napi.
Ces chenilles qui ont à peu près les mêmes mœurs, ont
deux générations : la première en juin, juillet; la
78 LE NATURALISTE
Mais, si Pieris rapæ se rencontre assez fréquemment
sur les choux, elle y occasionne moins de degâts que la
Pieris brassicæ, quoique, cependant, elle paraisse s’atta-
quer de préfé-
rence au cœur
du végétal. Aussi
lui a-t-on donné
le nom de ver
du cœur.
Quant à la Pie-
ris napi, jamais
elle ne sera un
fléau pour les
choux. Elle me
paraît vivre plus
solitaire, ne pas
aimer beaucoup
la société; du
reste, commeon
le sait, elle se
dissémine au
bois ou dans la
plaine où elle
est sûre de trou-
ver nombre d’es-
pèces de cruci-
fères pour sa nourriture, les Sisymbrium surtout, puis
les résédas.
Autour de Paris, c’est le Diplotaxis tenwifolia qui en
nourrit le plus.
À Paris, aux fenêtres ou aux balcons garnis de fleurs,
jardins économiques, si appréciés des Parisiennes, se
trouve-t-il quelque plant de capucine ; bien rare s’il n’est
pas attaqué par les chenilles de ces deux Piérides, en com-
pagnie de la Mel. fluctuata. Elles .en raffolent.
Avant de passer à une autre espèce nuisible aux choux,
un dernier mot à l’adresse des trois Piérides dont il
vient d’être question, pour les féliciter de ce qu'elles ont
jugé à propos d’apparaître jusqu’à ce jour avec des ailes
blanches et non jaunes! Combien elle nous ont épargné
d'observations «judicieuses », de rapprochements « ingé-
nieux » de considérations « élevées » en repoussant cette
couleur jaune qu’il eût été si naturel, si rationnel pour
elles d'admettre, puisqu'elles se nourrissent et tirent
toute leur substance d’un végétal que l’on dit sulfureux
par excellence! Ë
Il n’y a pas à dire, elles sont blanches et resteront
blanches,
Fig. 3. — Chenille de Pieris napi.
La Noctuelle du chou.
Le papillon de cette Noctuelle n’est pas blanc, certes,
tant s’en faut. Il porte sur les ailes un mélange de gris
et de brun, quelques lignes confuses, quelques taches
blanches à la réniforme; mais tout cela ne lui constitue
pas une bien belle apparence et son aspect ne flatte pas
le regard.
Quant à sa chenille, c’est un fléau; elle s'adresse à
toutes les plantes basses, ne faisant aucune distinction
entre elles; et cette faculté de pouvoir dévorer n’importe
quel végétal herbacé est tellement innée chez cette bes-
tiole, je dirai même tellement consciente, que la femelle
ne prend pas même la peine de déposer ses œufs sur un
végétal approprié.
J'ai fait cette remarque déjà pour quelques espèces
essentiellement polyphages, telles que Triphæna pronuba,
sorte de sphéroïde a-
comes, dont on trouve quelquefois les pontes ou parties de
pontes, sous une feuille d’arbre, au sommet d’une tige
de graminée, sur un piquet, etc. Quand les petites che-
nilles éclosent, elles M
ne sont nullement em- RE
barrassées; elles se
laissent choir tout dou-
cement, retenues par
un fil de soie, qu’elles
émettent en descen-
dant; une fois à terre,
elles se dispersent.
Comme elles sortent
de l’œuf avec douze pat-
tes seulement, les
quatre premières ven-
trales étant rudimen-
taires, elles marchent
en arpenteuses et vont
assez vite.
En septembre der-
nier, j'ai recu de M.E.
Lelièvre une graine de
raisin, garnie d'une
ponte de Mamestra bras-
sicæ L. : ce fait confir-
me précisément ce que
je viens de dire au su-
jet de l’insouciance des
femelles pour leur pro-
géniture. L'œuf de cet-
te Noctuelle est une
plati surtout à la ba-
se; la surface est can-
nelée ou à côtes assez
nombreuses.
Il est très différent,
par conséquent, de
ceux des Piérides, qui
sont allongés, amincis
au sommet, et qu'on pourrait appeler lagéniformes,
car ils affectent assez exactement la forme d’une bou-
teille.
La chenille de Mamestra brassicæ est d’abord d'un blanc"
verdâtre dans son jeune âge ; mais, après la quatrième ou
la cinquième mue, la plupart revêtent une autre livrée :
le dos surtout se rembrunit et quelques-unes deviennent
d’un brun foncé. |
Elles se cachent bien un peu pendant le jour, mais pas
toujours, et quand cela leur plaît, elles mangent bien à
toute heure.
Pour se chrysalider, elles s’enfoncent un peu en terre
et se forment une coque peu consistante.
Cette Noctuelle a plusieurs générations par an.
Fig. #.
— Chenille du Triphæna
pronub«.
Pionea forficalis L.
En raison de sa petite taille, cette botyde ne peut pasM
être considérée comme aussi nuisible que les espèces
précédentes; mais soyez persuadés qu’elle fait bien tout
ce qu’elle peut pour détériorer les choux.
Elle est d’un aspect vitreux, d’un vert jaunâtre à vas=
culaire verte et stigmatale blanchâtre ; précédant cetté
ligne et placé au-dessus de chaque stigmate, un gros
point noir luisant, se voit sur chaque segment, à parti
LE NATURALISTE
du second. Cette chenille setient ordinairement ramassée
sur elle-même; elle est renflée au milieu et atténuée aux
extrémités ; ses pattes membraneuses sont du genre de
celles que Réaumur dénommait « jambes de bois ».
Elle vit entre les feuilles ou dans les replis, les cavités
des feuilles, abritée par quelques fils de soie qui arrêtent
ses excréments et donnent un aspect assez dégoûtant
aux choux qu’elle attaque.
Cette espèce a deux générations : la première en juin;
la seconde en septembre, octobre. Les chenilles de cette
seconde génération passent l’hiver dans leur cocon et
ne se chrysalident qu’au printemps.
L'ALUCITE XYLOSTELLE
(Plutella cruciferarum Z.)
Cette toute petite tinéite n’a jamais été signalée en
France comme désastreuse pour les choux, quoiqu'il soit
certain qu'elle s’en nourrisse; mais je tiens à rappeler
qu'en 1837, M. Desjardins l’a signalée à la Société ento-
mologique de France, comme dévastant les choux de
Vîle Maurice.
Il est inutile, n’est-ce pas, de parler d’autres ravageurs
du chou. En voilà bien assez, en voilà plus qu’il n’en
faut pour mettre à mal nombre de plants de choux.
Cependant, il faut bien mentionner au moins le nom
dé la Triphæna pronuba, qui, pendant l'automne et l'hiver
ne se prive pas de les endommager; de la Mamestra ote-
Fig, 5. — Chenille de Plusia gamma.
lacea, qu'on est presque certain de rencontrer où il y a
un dommage de causé dansun jardinsur les plantes bas-
ses; enfin, de l’Agrotis saucia et de la Plusia gamma : ces
bêtes sont capables de tout, et lorsqu'elles tombent sur
la « grosse légume » dont il est ici question, il est in-
contestable qu’elles en font leurs « choux gras » !
P. CHRÉTIEN.
DEUX CAS D'ALBINISME
Monsieur le directeur,
Vai lu dans un dernier numéro du Natwraliste les deux cas
d'albinisme que M. Fradin signale dans deux perdreaux et dans
1
ÉE
une bécasse. Je puis ajouter deux autres cas qui paraîtront,
je crois, assez intéressants.
1° Au mois de septembre dernier je me trouvais en Suisse,
à Waltringen (canton de Berne). Par une belle matinée, entre
neuf à dix heures, j'ai pu observer sur une haie un moineau
commun entièrement blanc. Le jour suivant je remarquai une
troupe de moineaux dans une prairie. Il y en avait à peu près
une vingtaine: parmi eux, deux étaient d’un blanc pur, sauf
quelques taches sur les ailes et à la pointe de la queue. Je ne
pus malheureusement m’emparer de ces intéressants oiseaux,
étant dépourvu d'arme, et, d’autre part, la chasse étant inter-
dite.
20 Un de mes amis, M. Ostorero possède depuis quelque
temps un merle d’un blanc très pur. C’est un très bel exem-
plaire mâle qui chante fort bien, quoique sa voix, chose assez
curieuse, ne paraisie pas aussi forte que dans les individus
communs. Sa gamme est bien plus douce et harmonieuse que
dans l’espèce ordinaire. Les pattes sont d’un blanc rosé; son
bec est jaune clair, les paupières rosées, mais ses yeux sont
aussi noirs que dans les merles communs. C’est un oïseau très
doux et familier, aussi charmant à le voir qu'à l'entendre
chanter.
Je me permettrai quelques considérations sur mes moineaux
de Suisse. Le fait d’avoir rencontré ces trois individus blancs
ou presque blancs, dans la même contrée, me fait supposer
qu’ils devaient être le produit d’une seule couvée. Mais comment
expliquer le hasard d’une couvée toute d’albinos? Il faudrait
que les parents, ou un seul pour le moins eut déjà quelque
caractère d’albinisme. S'il n’en est point ainsi il faut faire
remonter la chose à l’atavisme. C’est, je crois, le même cas
des perdreaux de M. Fradin, car je ne crois pas qu'on puisse
faire dériver ce fait du pur hasard.
Jean Marius BERTOLDO
(de Turin).
NOTES SUR QUELQUES OISEAUX
Dans les notices suivantes, il m'a paru utile de résu-
mer quelques faits nouveaux signalés dans des publica-
tions étrangères et qui ont rapport à la classification et
à la biologie des Oiseaux.
IL existe en Australie des Pigeons terrestres (Geophaps\
qui paraissent différer sous certains rapports des autres
Oiseaux de cet ordre. En ces derniers temps, on avait
même proposé de les séparer complètement des Columbaæ.
Le Jardin de la Société zoologique de Londres vient
d'élever ces Pigeons. D’une communication (1) de
M. Sclater, il résulte que leur développement ne diffère
guère de celui des autres genres. ;
En 1878, M. le professeur A. Newton exposa à la So-
ciété zoologique de Londres un hybride provenant du
Grouse scoticus (Lagopus) et du Tétras ptarmigan (Lago-
pus alpinus). D’après le « Zoologist » un nouvel exemple
de croisement entre ces deux Tétras vient d’être observé
en Angleterre.
Un correspondant du « Land and Water » annonce que
le garde-chasse de Rotherfield Park, près d’Alton a tué,
dans les premiers jours de février, un exemplaire de
l’Ardea minor. Ce petit Héron qui habite les États-Unis
s’est montré cinq ou six fois déjà dans la Grande-Bre-
tagne. Depuis vingt ans environ, il n’a pas, que je sache,
été signalé. Suivant les observateurs, le vol de cette
espèce est lourd ; elle se repose à chaque instant. L’in-
térêt est d’autant plus grand de la voir émigrer d’Amé-
rique jusqu’en Angleterre.
D'après le « Newcastle Weekly Chronicle » la possibilité
d'élever et de voir reproduire le Roi de Cailles (Crexæ pra-
tensis) en captivité est maintenant établie. M. A. Shiels
(1) Proceedings of the Zoological Society of London (Séance
du 2 février).
80 LE NATURALISTE
de Belfast obtint une couvée de cinq jeunes, dont deux
se blessèrent et moururent par accident, mais dont les
trois autres se portent à merveille.
Rencontrer des bouchons de liège, en place d'œufs,
dans un nid habité par des Oiseaux, paraît être un fait
bien extraordinaire. M. Brownswood nous commu-
nique (1) cette curieuse trouvaille, qu’il a faite l’été der-
nier à Sainte-Anne près de la mer, dans le Lancashire,
Au mois de mai, M. Brownswood découvrit un nid du
Pluvier à collier (Ægialites hiaticula). La femelle qui
couvait s’envola. Le nid contenait quatre bouchons pro-
venant de bouteilles de bière et ramassés par l'Oiseau sur
le rivage. M. Brownswood les enleva. Quelques jours
plus tard il en retrouva quatre dans le nid. Il les rejeta
de nouveau. Au mois de juin, il y en avait six. On aurait
pu croire avoir affaire à quelque plaisanterie de la part
d’un promeneur. Pourtant la femelle se tenait conscien-
cieusement sur ses bouchons comme sur ses propres
«ufs,
Un jour, en se tenant caché, l’observateur à pu sur-
prendre l’Oiseau comme il rapportait dans son bec un
bouchon qui lui avait été enlevé quelques instants aupa-
ravant. M. Brownswood ayant dû quitter cette localité,
nous ne sommes pas renseignés sur la suite de cette
étrange manœuvre de la part du Pluvier.
Le colonel Wilson signale dans | « Asia » une Bécasse
blanche (Scolopax rusticola) qu’il a tuée près de Null aux
Indes,Les cas d'albinisme chezles Echassiers, et particu-
lièrement dans les Scolopacidæ s'observent rarement. Je
rappellerai pourtant que l’on peut revoir dans les collec-
lions du Muséum de Paris deux albinos du même Oiseau,
‘dont l’un, originaire des Ardennes, est presque totale-
ment blanc. Tout récemment, M. P. Fradin a signalé (2)
une Bécasse entièrement blanche tuée près de Parthenay
en France. M. Gadeau de Kerville décrit (3) aussi une
Bécassine blanche (S. gallinago). En 1890, un exemplaire
partiellement albin du Gallinago cochotis fut rencontré
dans le Norfolk. On le conserve au Musée britannique.
D’après les « Notes from the Leyden Museum », les Pics
causent parfois certains dégâts aux lignes télégraphiques.
En 1881, à l'exposition d'électricité de Paris, on a pu
voir un poteau provenant de Norwège avec un trou de
1 cm., de diamètre qui était l’œuvre d’un Pic. Récem-
ment, on observa de nouveau, à Java, comme ces grim-
peurs (Picus analis) perforent les arbres ( Eriodendron an-
fractuosum, Tectona grandis) que l’on utilise pour suppor-
ter les fils. Sur ce dernier bois, aussi dur que du fer,
ils pratiquent de grands trous, surtout près de l’isola-
teur.
On suppose que l'Oiseau se trompe en prenant le
bourdonnement que l’on entend parfois dans l’intérieur
des supports pour le bruit de quelque Insecte à tarière.
De même, en Scandinavie, il arrive souvent que les
poteaux de télégraphe sont arrachés; les pierres qui-ser-
vent à les consolider sont rejetées de tous côtés, Ici, on a
surpris l'Ours au travail, Cet aimable plantigrade pense-
t-il avoir affaire au bourdonnement des Abeilles ?
F, DE SCHAECK
(1) Les observations détaillées ont paru dans le Zoologist
la revue Land and Waler et d’autres journaux anglais.
(2) Le Naturaliste n9 119. (1892) page 46.
(3) Bullelin Soc. amis se. nalur. Rouen,
page 1-8.
xxvn (1891),
Nouveau procédé de production de l'Opale artificielle |
Beaucoup d’expérimentateurs ont essayé la reproduc-
tion artificielle de l’opale ou silice hydratée et les mé-
thodes qu’ils ont mises en œuvre, avec des succès d’ail-
leurs fort divers, sont extrêmement variées.
C’est à Ebelmen qu'on doit la première opale artifi-
cielle ayant la composition, la dureté, la densité et la
translucidité du minéral à reproduire, Son procédé, qui
certainement n’a jamais été employé par la nature, con-
siste à décomposer l’éther silicique soit par la chaleur
soit par l’eau. La décomposition ignée fournit une es-
pèce d’hydrophane, c’est-à-dire une matière opaque
quand elle est sèche mais qui devient translucide dès
qu'elle est mouillée, L'autre méthode donne naissance, …
quand la réaction est suffisamment lente, à des masses
tuberculeuse transparente et possède tous les caractères
extérieurs de l’opale, bien que la densité, égale à 1,77
soit quelque peu inférieure à celle du produit naturel:
Par l’action très lente du silicate de potasse dissous sur
une lame de gypse, dansunflacon non bouché, Becquerel
a déterminé la formation d’une variété intéressante
d’opale. C’est un dépôt pulvérulent blanc, résultant de la
décomposition, par l'acide carbonique atmosphérique,
du silicate de chaux lentement produit et qui, renfer-
mant 12 0/0 d’eau, est assez dur pour rayer nettement
le verre.
Becquerel est aussi le premier qui ait appliqué la poro-
sité à la reproduction de l’opale : il fit réagir au travers
d’une cloison poreuse de l’acide chlorhydrique étendu sur
du silicate de potasse en solution aqueuse, et obtint des
lamelles transparentes, rayant le verre et ayant les pro-"
priétés hydrophaniques dontnous parlions tout à l'heure.
Bien plus récemment M. Monier a superposé et non,
mélangé une solution très lourde de silicate de soude
etune solution étendue d'acide oxalique etil a vu se
faire, à la surface de jonction, des croûtes de silice hy-
dratée ayant avec l’opale d’intéressantes analogies. C’est
une matière résistante, plus dure que le verre, bien
qu’elle contienne 25 0/0 d’eau. Elle happe fortement à
la langue, s’effleurit à l'air, se dissout dans les les-,
sives alcalines à l’ébullition et jouit d’une densité de
1,97 égale à celle des variétés naturelles.
Il faut enfin citer les expériences de M. Fremy, où le
silicate de potasse à divers degrés de concentration à
été décomposé comme dans les expériences de Becque-
rel par des acides étendus, et mentionner spécialement
l'emploi de l’acide sulfurique dilué. Parfois les produits
avaient l'apparence extérieure du quartz, mais consis-
taient pourtant en hydrates solubles dansles lessives al-
calines. |
En présence de ces différents résultats je me suis,
demandé si l’on ne pourrait par se rapprocher des pro-
duits naturels en opérant avec le moins d’eau possible et.
en mettant en face de la silice, au moment où elletend à,
s’isoler, quelque substance particulièrement avide d’hu-
midité.
Comme le montre la figure 1, l'expérience consiste à
immerger dans du silicate de soude sirupeux un vase,
poreux de pile électrique rempli d’acide sulfurique fu=
mant dit de Nordhausen.
En moins de quarante-huit heures, tout le silicate al
calin est remplacé par une matière grenue, hyaline,
LE NATURALISTE 81
incolore et fragile, Après une ébullition prolongée dans
acide sulfurique ordinaire renouvelé plusieurs fois, on
constate que tout le sulfate de soude a été extrait et la
substance ne con-
tient plus que de la
silice avec une pe-
tite quantité d’eau.
On a d’abord ex-
trait l’acide sulfu-
rique interposé en
soumettant la ma-
tière à un courant
de gaz inerte (hy-
drogène) dans un
tube chauffé à 110
degrés; ensuite on
a constaté qu’on
peut, sans inconvé-
nienf, faire tous les
lavages à l’eau dis-
tillée bouillante
sans modifier le
produit.
Le dosage de l’eau
a donné comme
moyenne de trois
opérations : 5,69 p.
100, ce quiest in-
férieur à ce que
donnent la plupart des silices précipitées. Mais il faut
ajouter que tous les grains ne sont évidemment pas hy-
dratés au même degré. En effet le résultat de la calci-
mation montre des parties qui sont devenues opalines et
opaques tandis que d’autres très nombreusessont restées
absolument hyalines et transparentes, Ces dernières bien
qu'elles soient solubles, däns les lessives alcalines con-
centrées, se montrent extrêmementactives sur la lumière
polarisée, On n’y voit pas de formes cristallines mais
des cassures planes qui rappellent des clivages et qui
donnent aux fragments une forme allongée ; l’extinction
se fait suivant l’allongement. Beaucoup de cassure sont
conchoïdales. On retrouve tous ces caractères dans l’o-
pale de Pont-du-Château (Puy-de-Dôme).
Parmi les portions qui ne se modifient aucunement
par la calcination au rouge blanc dans le creuset de pla-
tine, il faut mentionner des plaquettes minces à sur-
faces parallèles, souvent larges de plus d’un centimètre,
ot dont l’aspect simule à s'y méprendre celui de lamelles
“le verre. Elles donnent entre les nicols croisés des
croix noires comme celles de l’opale sphérolithique et
que reproduit la figure 2,
Dans de nouvelles expériences, j'ai reconnu qu’en pla-
gant l'appareil de la figure 1 dansun bain de sable chauf-
fé à 150 degrés environ, on obtient un produit où la si-
lice hydratée est mélangée d’une forte proportion de
silice insoluble dans les lessives alcalines même con-
centrées et bouillantes et rayant le verre à la manière
du quartz.
Ces dernières tentatives peuvent paraître d’autant plus
intéressantes que, dans la nature, des variétés d’opale
très différentes les unes des autres par la proportion de
leur eau constitutive sont associées dans un même
gisement. C’est spécialement ce qui alieu dans les cra-
tères des geysers ou à leur voisinage, où la substance
constituante est qualifiée de geysérite.
DRE sene opt
sp
À
Fig. 1.— Production artificielle del'o-
pale. La conserve de verre contient
une solution sirupeuse de silicate de
soude ; le vase poreux est rempli d'a-
cide sulfurique de Nordhausen.
Aussi dans le Heart Lake Bassin qui fait partie de la
région du Parc national des Etats-Unis, M. Peale a
trouvé une géode dont les régions externes étaient une
geysérite fort peu hydratée décrite en 1872 par M. End-
Fig. 2. — Esquille d’opale artificielle observée entre les ni-
cols croisés à un grossissement de 60 diamètres et montrant
des branches d’hyperbole sombres et tournantes.
lich sous le nom de pealite, tandis que les parties in-
ternes étaient remplies d’une demi-opale. C’est une ob-
servation conforme, comme on voit, à cette opinion de
Bischof que l’opale peut être comparée à une masse so-
lidifiée de silice gélatineuse dans laquelle, selon la du-
rée de la dessiccation, la proportion d’eau combinée
varie dans de larges limites. La série constituée par les
geysérites et la pealite semble donc devoir se continuer
par l’hyalite qu’on a trouvée par exemple dansle Gibbon
Bassin, près du grand geyser et dans les geysers de
Black Sand, dans le bassin supérieur de la Fire Hole;
près de l’Union Geyser et de la source de Yellow Crater,
dans le Basin de Shoshone sur le White Creek, etc., tan-
dis qu’elle aurait pour terme le plus hydraté la curieuse
substance que les lithologistes américains désignent
| sous le nom de viandite (1) et qui a les analogies les plus
manifestes avec la silice gélatineuse des laboratoires.
Stanislas MEUNIER.
Suites à la Flore de France
DE GRENIER ET GODRON
Mentha Mülleriana F. Schultz ir Unter-
suchungen über die Arten, Abarten und Bastarde
der Gattung Mentha, in Jahresb. d. Pollichia, XI,
p. 37; Malinvaud Études sur le genre Mentha,
p. 34-36; Briquet Fragm. monogr. Labiat, \, p.38.
— Cette Menthe appartient, de même que les HZ. sta-
chyoides Host, M. scordiastrum F. Schultz, M. mol-
lis F. Schultz, M. Wolwerthiana F. Schuliz, M. Ca-
rinthiacx Bor. (an Host ?), M. Schultzeana Rouy
(=. arvensis var.micranthaF.Schultz, non W. mi-
crantha Fisch.), A. subtomentosa Strail, M. trie-
marginata Strail, à la série des hybrides produits
par le croisement du M. arvensis L. avec le M. ro-
(4) Pour plus de détails sur ce minéral, voyez mon récent
volume : les Méthodes de synthèse en minéralogie, p. 21 et 53.
82
LE NATURALISTE
tundifolia L.— Geshybrides sont ainsi caractérisés: |
Plantes + abondamment velues, à poils simples
entremélès de poils rameux. Tige de hauteur varia-
ble, ascendante ou couchée, à axe floral terminé
le plus ordinairement par un faisceau de feuilles.
Feuilles ruqueuses, velues, très courtement pétiolées
ou subsessiles, glanduleuses en dessous, ovales ou
suborbiculaires à dent terminale aiguë ou obtusius-
cule, toutes lâchement dentées. Fleurs disposées le
long de la tige ex verticilles, tous ou les inférieurs
et les moyensau moins placés à l’aisselle des feuilles ;
bractées à poils épars, linéaires-lancéolées, plus
courtes que les fleurs. Pédoncules glabres ou munis
de queiques rares poils. Calices ovales-campanulés,
abondamment poilus, glabres intérieurement, 4
dents étroitement Zancéolées-aiquës, dressées, à
peine plus courtes que le tube.Corolles tubuleuses-
campanulées, glabres à l’extérieur et à l’intérieur,
mais un peu pubescentes à la gorge, à lobes étalés,
Ces Mentha, à aspect si caractéristique et qui
présentent pour la plupart des variétés à étamines
incluses et d’autres à étamines exsertes, se distin-
guent immédiatement du A. rotundifotia par la
disposition de l’inflorescence qui est le plus souvent
tout à fait celle du AZ. arvensis, la forme et la vil-
losité différente des feuilles, la présence de poils à
la gorge de la corolle, etc. Elles se rapprochent bien
plus du M. arvensis, mais elles s’en séparent faci-
lement par la pubescence rugueuse, à poils simples
entremèêlés de poils rameux ou bifurqués au sommet,
les calices à dents lancéolées, dressées (et non trian-
gulaires-aiguës, étalées), les feuilles plus courtement
pétiolées ou subsessiles, etc.
Mais il est plus difficile de reconnaître les diverses
formes produites par l’hybridation des WM. arvensis
et M. rotundifolia. On doit, selon nous, et en accep-
tant notre opinion déjà souvent exprimée que le
nom di parent auquel ressemble le plus l’hybride
doit être placé le premier, considérer comme des
M. rotundifolia-arvensis (M. rotundifolia > ar-
vensis) les M. Wolwerthiana et Mülleriana à feuilles,
même les supérieures, plus rugueuses et larges ou
très larges à la base, subtronquées ou cordiformes,
subsessiles, à poils crépus en dessous et souvent
presque tomenteuses, et les dents du calice un peu
plus étroitement lancéolées, surtout le M. Wolwer-
thiana à verticules florifères supérieurs souvent très
rapprochés et formant presque une grappe termi-
nale allongée. Le M. Mülleriana s'en sépare Æ bien
par ses feuilles supérieures plus largement tronquées
ou cordilormes, plus rarement un peu atténuées à la
base, à dents plus aiguës et plus étalées, les verti-
cilles florifères plus écartés, les calices plus ovales
ct plus courts. — Les WW. stachyoides, mollis, scor-
diastrum, subtomentosa, triemarginata, Schultzeana
sont des M. arvensi-rotundifolia (M. rotundifolia
< arvensis). [ls sont surtout caractérisés par des
feuilles plus petites, peu profondément dentées mais
plus régulièrement, sensiblement plus étroites, plus |
nettement pétiolées et + atténuées à la base, cen-
drées en dessous, à pubescence moins rugueuse et
à nervation réticulée presque nulle, les calices à
dentsplus courtes et un peu plus larges, enfin parleur
port qui est à peu près celui d’un Y. arvensis. On
peut les séparer en deux groupes, celui qui com-
prend les hybrides du M. rotundifolia avec des
formes de 4. arvensis à feuilles larges, subcordi-
formes, arrondies ou brusquement atténuées à la.
base (M. agrestis Sole, Scribæ F. Schultz, ete.) ou
avec des formes à feuilles étroites, lancéolées, lon-
guement atténuées à la base (/. Austriaca Jacq.,
M. pulchella Host, M. deflexa Dumort, etc.). Au
premier de ces groupes appartient le I. Carinthiaca
Bor., an Host? (17. triemarginata Strail), qui pré-
sente presque le port du W. Müälleriana, mais a
cependant les feuilles inférieures moins larges à la
base et plus atténuées sur le pétiole un peu plus
long. Le second groupes comprend les autres Men-
thes citées, et si nous mettons à part le #. Sczult-
zeana Rouy (W. arvénsis var. micrantha F. Schultz
non W. micrantha Fisch.)reconnaissable par sa taille
réduite, ses tiges rameuses souvent dès la base, les
entrenœuds très rapprochés, les feuilles petites,
brièvement pétiolées et arrondies à la base, les su-
périeures aiguës, les autres obtuses, Jaiblement
dentées, il ne reste plus que le AZ. stachyoides Host
avec ses variations M. mollis F. Schultz (W. subto-
mentosa Strail) et f. scordiastrum F.Schultz auquel
je rattache le A. rotundifolia anqustata F. Schultz
({lerb. norm., n° 1194), dont les parents ont sans
doute été mal définis par Schultz, car ce Mentha
qui a tous les caractères d’un M. rotundifolia < ar-
vensis, ne laisse nullement soupçoriner comme
ascendant le 17. angustata qui est un hybride de
l'arvensis et de l’aguatica. Le M. moilis se dis-
üngue du M. scordiastrum, dans ses exemplaires
les mieux caractérisés, par les feuilles plus larges,
les verticilles plus écartés, les tiges plus développées,
les fleurs plus pâles; mais F. Schultz Ini-même,
ayant observé des passages évidents entre les deux
plantes, a dû se borner à ne plus faire du W. mollis
qu’une variété laxa du M. scordiastrum (1).
Il nous reste à donner les habitats français de ces
diverses Menthes.
M. Wolwerthiana F.Schultz Herb. norm.,n° 117,
117 bis (var. inclusa), 335 (var. exserta) ; Malinvaud
Menthe exsice., n° 66 (var. inclusa). — ALSACE :
Environs de Wissembourg (herb. R., P. Müller). —
Haures-PyRÉNÉES : Champs humides près des
Lourdes (herb. R., Bouligny). — HauTE- VIENNE :
(Lamy de la Chapelle sec. Malinvaud). 4
M. Mülleriana. — Herb. R., F. Schultz Herb.
norm., n° 118 et 118 bis (Palalinat bavarois); Ma-«
linvaud Menthe exsice.. n° 68 (même localité). —"
AUBE : Marais tourbeux de Droupt-Sainte-Marie
(herb. R., P. Hariot.) — Isère : Champs au-des-
(4) Voir le Naluraliste du 15 avril 1891.
LE NATURALISTE 83
sous des Jacques, à Dionay (herb. R., Ed. Marçais
sub. nom. M. arvensis, f. latifolia, ap. Ch. Magnier
Flora selecta, n° 646). — ALLIER : Prairie des
Gazériers, canton d’Ebreuil (Lamotte). — Cor-
RÈZE : Environs de Brive (herb. Lamotte). — Vau-
GLUSE : Avignon (Requien, sec. Malinvaud).
M. Carinthiaca. — Exsice., Billot, n° 3749;
Malinvaud Menthe exsicc., n° 69. — SEINE-ET-
Marne : Bords des champs et fossés de la route de
Bray, entre Provins et Longueville (Damiens ;
herb. R.. Malinvaud). — Indiqué par MM. Paillot
et Vendrely à Vans (Douss), ainsi que le M. Wol-
werthiana.
ML. Schultzeana. —K. Schultz Lerb. norm., n°126;
Malinvaud Menthe exsice., n° 10. — ALSACE : Pi-
turages près de Wissembourg, avec le M. Pulegium
(herb. R., F. Schultz). — SerNg-ET-MARNE : Pâtu-
rages entre Provins et Longueville (herb. R.) Malin-
.vaud. — LorREe-INFÉRIEURE : Clermont-sur-Loire
(Gadeceau).
M. scordiastrum. — F. Schultz ÆHerb. norm.,
n° 727 ; et 1114 (sub. nom. M. rotundifolia angus-
tatæ) : Malinvaud Menthe exsice., n° 12. — ALSACE:
Collines près de Wissembourg(herb.R ,F.Schultz).
— SEINE-ET-MARNE : Lieux frais et ombragés entre
Provins et Lonqueville (herb. R., Malinvaud).
M. mollis. — Herb. R., F. Schuitz Herb. norm.,
n° 1116, et Malinvaud Menthe exsice., n° 71. —
Arsace : Bords des champs près de Wissembourg.
G. Rouy
(A suivre.)
ROTIFÈRES
ORGANISATION ET FAUNE DE LA ROUMANIE
(Suite et fin)
LISLE DES ESPÈCES TROUVÉES JUSQU’A CE JOUR EN ROUMANIE
Quinze genres représentés par 23 espèces ;
A. Ordre Rhizota.
Famille MELICERTAD Æ.
Genre : œcisres (Ehrb.)
1° OE. serpentinus,
B. Ordre Bdelleïda,
Famille PHILODINAD Æ.
Genre : PHILODINA (Ehrb.)
20 Ph. r'oseola,
Genre : RoTIFER (Schrank.}
30 R. lardus.
40 R. macrurus.
ACTINURUS (Ehrb.)
»0 Ac. Neplunius.
Genre :
C. Ordre Ploïma,
Famille TRIARTHRADÆ,.
Genre : TRIARTHRA (Ehrb.)
60 Tr. longisela.
Famille HYDATINADÆ,
Genre : ayDATINA (Ehrb.\
70 Hy. senta.
Genre : Norops (Hudson.)
80 N. hyplopus.
Famille NOTOMMATAD Æ.
Genre : orommara (Gosse.)
90 No. ansata.
Famille RATTULIDÆ.
Genre : MasrIGocERCA (Ehrb.)
100 M. bicornis.
Famille DINOCHARID Æ.
Genre : scaripiuM (Ehrb.)
11° Sc. longicaudum.
Famille CATHYPNADÆ,
Genre : monosryLzA (Ehrb.)
120 M. lepadella.
130 M. lunaris.
14° M. solidus.
150 M. lentaculata (n. sp.)
Famille PTERODINAD Æ.
Genre : PTERODINA (Ehrb.)
16° P. palina.
Famille BRACHIONIDÆ.
Genre : BRACHIONUS (Ehrb.)
17° B. urceolaris.
180 B. rubens.
19° B. Dorcas.
20° B. amphiceros (n. sp.)
Famille ANURÆADÆ.
Genre : ANUREA (Gosse.)
21° À. cochlearis.
220 À. aculata.
Genre : NoroLcA (Gosse.)
230 N. equispinatla (n. sp.)
Si nous comparons cette liste à celle publice par M. le Dr A.
Wierzejski, de l’Université de Cracovie (V. Bullelin de la So-
ciété Zoologique de France, t. XVI, n° 1, p. 52), pour les Roti-
fères trouvés en Galicie (proche de la Roumanie), nous voyons
que la faune de Galicie renferme 26 genres et 50 espèces dont
9 genres communs et 17 différents contre 6 pour la Roumanie.
Parmi les espèces, 11 communes aux deux pays et 39 en Gali-
cie, contre 12 en Roumanie, différentes.
Dr Léon C. Cosmovrcr.
Tableaux dichotomiques
pour déterminer les Lépidopières d'Europe
DU GENRE COLIAS
ABRÉVIATIONS
inf. —= Aïles inférieures.
sup. — Ailes supérieures.
tech. — Tache disc. = discoïdale.
COLIAS F.
1. — Bordure noire des sup. bien tranchée. Le fond clair, non
saupoudré de noir, ou seulement la base des sup. et les
inf. sont couvertes d’une poussière noire.
Bordure noire des sup. plus ou moins fondue avec la teinte
générale. Le fond clair saupoudré d'une poussière noire.
2. — Fond chez le ©? d’un jaune verdâtre ; la bordure noire
divisée par un rang de taches de couleur du fond. Sup.
avec la tch. disc. noire pupillée de blanc en dessous. La
Q a le fond des aïles d'un blanc sale ou jaunâtre. Les
taches jaunes dans la bordure noire très grandes, for-
mant souvent une bande, surtout sur les inf. ou cette
bande est à peine limitée en arrière par un liséré noir.
Environ 40-45 m/m. — Alpes, Pyrénées, Carpathes. Juil-
let, Août.
Phicomone. Esp.
Ressemble à l’espèce précédente. Le fond est d'un jaune plus
foncé, quelquefois glacé de violet. Sup. avec la tch. disc.
noire, peu visible en dessous. Tch. disc. des inf. d’un
orange très pâle, en dessous elle est petite, rougeûtre et
pupillée de blanc. Les taches jaunes de la bordure noire
des sup. petites et oblongues, formant une rangée régu-
laire. Inf. plus pâle que les sup.; leur dessous d’un vert
foncé, avec le bord extérieur plus clair. Le fond chez la
Q plus clair avec les taches marginales plus grandes et
plus marquées. Var. Werdandi Zet. de la Laponie mon-
tagneuse et de la Suêde est plus grande et moins sau-
poudrée de noir. Le fond chez le ©? d’un blanc verdâtre,
saupoudré à la base des inf. d’un vert foncé. La tache
disc. des sup. très étroite, linéaire ; celle des inf. à peine
visible. La © plus pâle ; la bordure noire plus large avec
les taches claires bien marquées; Sup. avec la tch. disc.
grosse, elliptique et pupillée de blanc; celle des inf.
orange. Dessous des inf. d’un vert bleuâtre foncé avec
84 LE NATURALISTE
une rangée de 4-5 taches pàles et quadrangulaires, pré-
cédant le bord extérieur. Environ 40-#5 m/m. Laponie
boréale.
Nastes. B.
3. — Bordure noire des sup. sans taches, divisée tout au plus
par des nervures jaunes.
Bordure noire des sup. divisée par des taches de la couleur du
fond.
4. — Dessus d’un jaune orangé ou d’un rouge orange vif;
ordinairement avec une tache pulvérulente, ovalaire,
située au bord antérieur des inf. près de la base.
Dessus jaune ou blanchâtre sans la tache pulvérulente au bord
antérieur des inf.
5. — Inf. avec la tache pulvérulente au bord antérieur.
Inf. sans cette tache.
6. — Bordure noire des inf. se terminant en point un peu
ayant l’angle anal.
Bordure noire des inf. ne se terminant pas en point vers l’angle
anal.
1. — Tch. disc. au-dessous des inf. bipupillée de blanc et
arrondie. Dessous de toutes les ailes avec les taches
marginales obscures, bien marquées. Dessus d’un jaune
oranvé avec une large bordure noire, divisée par de fines
nervures jaunes. Sup. avec la tch. disc. grosse et noire;
celle des inf. d’un rouge orangé. (Descr. de la © sous
n° 25). Environ 45-50 m/m. — Syn. Electra Lew. Helena
H. S. Hyale Esp. — Europe centr. et mérid. Caucase.
Mai, Juin, Aoùt-Novembre.
Edusa F. ©.
Tch. disc. au-dessous des inf., simplement pupillée de blanc et
anguleuse. Les taches marginales obscures peu visibles.
Dessus d’un rouge orangé vif, souvent glacé de violet
avec une large bordure noire divisée par des nervures
orangées. Sup. avec la tch. disc. noire plus étroite que
chez l'Edusa. Tch. disc. des inf. grande, presque quadran-
gulaire, d’un rouge orangé clair. Dessous des sup. avec
trois taches marginales noires. On distinguera aussi cette
espèce de l’'Edusa par sa taille plus grande. (Descr. de la
? sous n° 18 et 26). Environ 55-60 m/m. Syn. Chryso-
coma Ev. Tamara Nordm. — Transcaucasie. Juillet,
Août.
Aurorina H. $S. ©.
8. — Dessus d’un rouge orange de feu, souvent glacé de vio-
let. La côte un peu plus claire. La bordure noire des
sup. large et devant l’angle interne, l’orange formant un
angle assez aigu pénètre dans la bordure. Tch. disc. des
sup. noire et assez épaisse, celle des inf. d'un rouge
orangé clair avec le contour légèrement accentué. Des-
sous jaune; le milicu des sup. d’un orange très clair.
Deux taches crochues devant lextrémité et plusieurs
taches marginales sont noires ou brunes. (Descr. de la Q
sous n°5 18 et 27. Environ 55-65 m/m. Syn. Myrmidone
var. Lec. Myrmidone v. caucasica Stgr. (Cat. 1871
No 71 b.). — Transcaucasie. Caucase orient. (Daghestan).
Mai, juin, juillet.
Olga Roman. ©.
(Hor. Soc. Ent. Ross. XVII 1882).
Dessus d’un rouge orange plus clair avec la côte jaune et moins
convexe. L'orange ne forme pas un angle aigu dans la
bordure noire devant l’angle interne. Les taches discor-
dantes comme chez l’Olga, mais plus petites et celle des
sup. pupillée de blanchâtre en dessous. Dessous jaune;
la base des sup. orange. Les taches marginales obscures
peu marquées. On distinguera aussi cette espèce de la
précédente par sa taille plus petite (Descr. de la Q sous
n° 47). Environ 45-50 m/m. — Centre et sud-est de
l'Allemagne, Autriche, Tyrol mérid., Istrie, nord-ouest,
sud-ouest et centre de la Russie, Caucase, Mai, Août.
Myrmidone Esp. ©’.
9. — Tch. disc. des sup. bien marquée, ovale; dessus d'un
jaune orange.
Tch. disc. des sup. longue et étroite. Dessus d’un jaune orangé,
vif avec la base plus foncée et la côte d’un jaune ver-
dâtre. La bordure noire étroite, ordinairement divisée
par des nervures jaunes. Tch. disc. des inf. d’un rouge
orangé, pupillée en dessous d’un blanc argenté. Dessous
des sup. d’un jaune orangé avec le bord terminal d’un
jaune verdâtre et le sommet bleuätre. Dessous des inf.
d’un vert bleuâtre foncé; le bord terminal d’un vert jau-
nâtre avec des taches marginales jaunes, oblongues.
(Descr. de la © sous n° 20.) Environ 45-50 m/m. Syn.
Boothii B. — Laponie boréale. Juillet, août.
Heela Lef. ©.
10. — Bordure noire assez étroite, faiblement dentée en dedans
et matteignant pas sur les inf. l'angle anal. La côte
droite, presque concave.
Bordure noire large, fortement dentée en dedans, atteignant
sur les inf. l'angle anal. La côte des sup. convexe. Au
bord antérieur des inf. on remarque quelquefois la tache
pulvérulente. Du reste semblable au type. (Vide n°13.)
Environ 45-50 m/m. Syn. ab. Helichta Ld. — Sud-est de
la Russie, nord du Caucase.
Erate Esp. hyb. Chrysodona Kind. ©.
(Boisduval. Gén. et [Ind, 1840 p. 1.)
11. — Dessus d’un jaune orangé clair, bordé de jaune, tirant
quelquefois sur le verdâtre. Base des inf. saupoudrée de
noirâtre. Tch. disc. des sup. noire, pupillée en dessous
d’un blanc argenté; celle des inf. d’un jaune orange,
bipupillée de blanc en dessous. Dessous d’un jaune ver-
dâtre. Sup. avec la base d’un jaune rougeñtre et une
rangée de taches marginales noires ; inf. avec de taches
marginales d’un brun rouge, faiblement marquées. (Descr.
de la ® sous N° 2%). Environ 40 m/m. — Sud-Est de
l'Europe (sauf la Grèce) y comprenant aussi Hongrie,
Autriche et sud-est de l’Allemagne. Tyrol méridional,
centre d'Italie (Toscane), Pyrénées-Orientales et Caucase.
Avril, juillet-octobre.
Chrysotheme Esp. ©’
Dessus d'un jaune orangé vif. Inf. saupoudrés de noir avec la
base et le bord interne d’un jaune verdätre. Tch. dise,
des sup. très petite, noire, pupillée de blanc en dessous;
celle des inf. d’un jaune orange, bipupillée de blanc en
dessous. Dessous d'un jaune verdäâtre avec le disque des
sup. d’un jaune rougeâtre et 3 taches marginales noires
sur les dernières. Inf. avec de taches marginales rou-
geâtres, faiblement marquées (Descr. dé la © sous n° 21.)
Environ 45-50 m/m, Syn. Eos. H. S. — Montagne de la
Transcaucasie. Juillet.
Thisoa Men. ©
K. Bramsox.
(A suivre.) (de Ekaterinoslaw.)
Hommage à la mémoire de Chrétien Louis Brehm,
Alfred Brehm et Schlegel
La Sociélé scientifique de l'Est, à Altenburg (Saxe), célébrera
le printemps prochain le 75e anniversaire de sa fondation. A
cette occasion, elle. se propose de rendre hommage à la mé-
moire de trois naturalistes du pays, membres honoraires, en
leur élevant un monument à la fois simple et digne.
Ces hommes illustres sont Chrétien Louis Brehm, son fils
Alfred Brehm et le professeur Schlegel, décédé à Leyde. Leurs
précieuses recherches en zoologie et spécialement leurs études
des Oiseaux sont connues de tous ; car, si leur gloire reste
aujourd’hui le patrimoine des savants, leur renommée a pénétré
dans toutes les classes cultivées. Ce juste souvenir leur est
bien dü.
Le comité, placé sous le haut patronage de Son Altesse le
prince Maurice de Saxe-Altenbure, membre honoraire de cette
société, s’adresse donc aux nombreux amis ct admirateurs de
ces naturalistes célèbres pour qu’ils l’aident dans sa tâche.
On peut envoyer des dons à M. Hugo Kœbhler, conseiller
de commerce à Altenburg et les demandes d'informations à
M. le D' Kœpert à Altenburg. ;
Le Comilé,
Maurice, pr'ince de Saxe-Altenburg.
Prof. Dr Blasius, Brunsvich. Dir. prof. Flemming, Alten-
burg. Major A. de Homeyer, Greifsvald. Hugo Kæbhler, con-
seiller de commerce, Altenburg, D° Kæpert, Altenburg. Prof.
Dr Liebe, conseiller aulique, Gera. Prof. Dr Pilling, Altenburg
D' Reichenov, Berlin. D' Rothe, conseiller de médecine, Alten-M
burg. Le chevalier de Fschusi de Schmidhoffen, Hallein.
Dr Voretzsch, Altenburg. D' Leverkühn, Munich.
LE NATURALISTE 85
LA PLANTE DE NEIGE DES SIERRAS
Nous donnons ci-contre, suivant Scientific american,
d'après une photo-
graphie par M.Ta-
ber, de San-Fran-
cisco, un dessin
de la plante de
neige de Califor-
nie (Sarcodes
sanguinea), ainsi
nommée parce
qu'elle pousse
sous la neige ; sa
tige s'élance à u-
ne hauteur de 25
à 30 centimètres
au-dessus de la
couche de neige;
et porte desfleurs,
alors qu'il est im-
possible d’aperce-
voir d'autre végé-
tation.
Cette plante cu-
rieuse, qui appar-
tient à l’ordre Eri-
caceæ, est voisine
du Pterospora;
mais elle a des
fleurs beaucoup
plus larges et plus
grandes, une forme plus allongée, des graines nues, Il
y à qu'une espèce, celle figurée ci-contre, qui est
un parasite herbacé avec des feuilles scalariformes et
surchargée de fleurs pendantes; la plante est toute en-
lière d’une couleur rouge sang.
DESCRIPTION DE LÉPIDOPTÈRES NOUVEAUX
Prionoptera Serraoïdes, n. sp. #5 millimètres. Trés
voïsin de Serra H. Sch. dont il se distingue : 4° par la forme
des supérieures dont le bord terminal, bien arrondi, est récu-
liérement échancré et n'offre pas de rentrée au bout de la 1 ;
2° par la tache réniforme, plus grande, allongée, dont la
hointe extérieure se dirige du côté de l'apex ; 3e par la déli-
Mitation intérieure de la bordure subterminale des supérieures
qui, dans Serra, est irréculiére ct dentée et dans Serraoides,
au contraire, est presque droite, seulement coudéc vers l’apex ;
&® par la disposition différente des lignes du dessous, plus
irondies dans Serraoides ; 50 enfin par la teinte du dessous,
unie dans Serraoides tandis qu’elle est plus où moins sau-
Poudrée d’atomes noirs dans Serra. Herrich-Schæfter a figuré
une Prionoptera Serra ® à antennes filiformes, de l’Amé-
rique centrale; de Loja j'ai recu plusieurs ©”, à antennes
lortement pectinées et se rapportant exactement au dessin
d’Herrich-Schæffer. Je n'ai recu encore qu’un exemplaire de
Serraoides, ©”, à antennes fortement pectinées; le corps beau-
coup plus court que dans Serra, n’atteint pas le bord des
inférieures.
Ê Nerice disjuncta, n. sp. 60 millimètres. Dessus des supé-
ricures gris Cendré, en partie teinté de verdätre et traversé au
tiers supérieur de l'aile par une ligne noire bien marquée
parallèle à la côte, droite du bord extérieur jusqu’à un point
noir à peu près central. Au delà de ce point la ligne noire
s’efface, puis reprend par un trait plus fin et plus rapproché
de la côte jusqu’à la base. En dedans de la ligne, de la base
au delà du centre, l’aile est marquée de blanc ‘argenté pur. À
côté du point coupant la ligne se trouve un petit trait noir
Deux séries de petits points noirs très ténus se voient : 10 pa-
rallèlement à la côte dans le tiers supérieur de l’aile ; 29 tra-
versant l’aile de la côte au bord interne au delà du milieu.
avec quelques petites ramifications près de la ligne. La teinte
du fond s’éclaire de roux le long du bord interne jusqu’à la
ligne de points et l’on remarque deux ombres gris violacé
extérieurement à cette ligne. Chaque nervure se termine à la
côte par un petit trait blanc. Frange concolore.
Dessus des inférieures gris de plomb, recouvert à
de poils jaunâtres, frange jaunâtre.
Dessous des quatre ailes gris, teinté de jaunâtre le long des
côtes et à la base, franges concolores coupées à l'extrémité
des nervures par de petits traits blancs, mieux indiqués aux
supérieures. Tête rousse, collier brun foncé, cerclé de roux ;
antennes, corps et pattes cendrés; extrémités de l’abdomen
brun.
Un ©” très frais des environs de Loja, 1890.
P. Docxnx.
la base
De la différence du développement chez les insectes
Coléopières
Dans un précédent article où je passais en revue différents
cas de difformités qui sont susceptibles de se présenter chez
les Coléoptères, je faisais remarquer que ces anomalies sont
souvent le résultat des mauvaises conditions dans lesquelles
se sont trouvées les larves et les nymphes.
Une conséquence beaucoup plus fréquente des conditions
défectueuses de la vie larvaire est une sorte de rachitisme qui
se traduit, non par une déformation ou un rapetissement d’un
ou de plusieurs organes, ainsi que je le signalais pour un
Smerinthus océllata, mais bien par une décroissance de l'in-
secte tout entier.
Ce rachitisme offre ceci de particulier qu’il modifie souvent
très profondément la forme des individus qui en sont atteints,
au point que ces individus ne ressemblent plus que d’une facon
très éloignée à ceux que l’on considère comme les types de
l'espèce. Ces modifications dans la structure externe se mani-
festent surtout chez les Coléoptères, dont les caractères sexuels
sont très tranchés et consistent notamment en ornements ou en
protubérances céphaliques ou prothoraciques.
Aussi sont-elles rares dans certaines familles; c’est ainsi
quelles se rencontrent peu et n’offrent qu’un intérêt médiocre
chez les Carabides, Dyticides, Silphides, Chrysomélides, etc.,
familles où les sexes diffèrent, la plupart du temps, à peine
l un de l’autre. Chez les Longicornes, au contraire, où les mâles
se distinguent généralement des femelles par des antennes
beaucoup plus longues (Cerambyx, Aromia, Acrocinus, etc.)
ou par des mandibules plus fortes (Macrodontia), la différence
entre les individus bien développés et ceux qui ne le sont
qu’incomplètement commence à devenir très apparente. Mais
nulle part ce rachitisme n’est aussi fréquent ni aussi curieux
que chez les Lamellicornes et les Pectinicornes.
ig. 1, 2, — Geotrupes typhœus présentant des différences de
développement.
Déjà très sensible chez les Lamellicornes coprophages (com-
parez les 2 Gcotrupes typhæuso” représentés fig. 1 et 2), il
devient tout à fait remarquable chez les Lamellicornes arbori-
coles.
Prenons, par exemple, les Dynastines, et parmi eux, le beau
scarabée de Porter (Golofa Porteri) [Hope], qui vit dans le
bambou, d’après les observations faites par M. E. Simon dans
son voyage au Venezuela (1)
(1) Voyage de M. E. Simon au Venezuela. — Décembre 1887.
— Avril 1888. — 152 mémoire (Annales de la Sociélé entomola-
gique de France- — Séance du 1% janvier 1890.)
86 LE
Ainsi qu'on peut le voir par les figures 3 et 4, non seulement
les cornes, céphalique et prothoracique, sont beaucoup plus
courtes chez les individus de petite taille, mais encore elles n’ont
nullement la même direction.
De plus, la corne céphalique est cylindrique et lisse, tandis
que, chez les exemplaires bien développés, elle est excavée dans
son milieu interne depuis la base jusque vers l’extrémité et
présente latéralement, de chaque côté de cette excavation, une
série d’épines en forme de dents de scie.
Mais c’est surtout, à mon sens, dans la famille des Luca-
nides que l’on trouve les -plus grandes inégalités de développe-
ment et les formes les plus aberrantes.
Notre Cerf-volant (Lucanus cervus L.) en est une preuve
facile à constater.
Les mandibules et la tête tout entière se modifient très pro-
fondément et l’on concoit aisément que les premiers entomo-
logistes aient eu peine à admettre que le L. capreolus (Sulz)
fût le même que le L. cervus.
C’est d’ailleurs dans cette famille qu’il est le plus facile de
constater que plus les individus mäles ont un petit développe-
ment, plus ils se rapprochent, comme apparence, des femelles.
Chez certains Odontolabis, chez les Néo-Lucanides, le Neo-
Lucanus Lama, par exemple, la distinction est souvent très
difficile à établir à première vue.
Aussi est-il important, pour la détermination des espèces,
Fig, 3. — Scarabée de Porter ( Golofa Porteri) ayant les cornes
céphalique et prothoracique très développées (réd. 1/3 de
gr. nat.).
Fig. 4. — Golofa Porleri, individu de petite taille (réd. de 1/3
de gr. nat.).
davoir sous les yeux une série de types aussi complète que
possible.
On a beaucoup discuté sur le point de savoir à quelles causes
sont dues exactement des différences de taille aussi considé-
rables et aussi étranges.
Les uns ont voulu y voir une conséquence du plus ou moins
de nourriture que la larve a rencontrée, et ils en donnent pour
raison que ces differences se rencontrent peu chez les coléop-
tères carnassiers, et fréquemment chez ceux qui se nourrissent
de matières ligneuses.
NATURALISTE
D’autres y trouvent l'influence du climat, l'exposition et la
nature du terrain où les larves ont vécu.
D’autres, enfin, envisagent la question au point de vue du
transformisme.
Quelque intéressantes que puissent étre les théories émises
à ce dernier sujet, je ne m’y arrêterai pas, considérant ce terrain
comme beaucoup trop fertile en discussions.
Quant aux autres opinions il me paraît difficile d'admettre
les unes à l’exclusion des autres.
S'il est, en effet, évident qu’une larve qui s’est trouvée en
présence de matières ligneuses difficilement assimilables, doit
voir son développement entravé, il est non moins certain que
les conditions de température, de sécheresse ou d’humidité,
doivent ètre prises en considération et que certaines régions pa-
raissent plus ou moins propices au développement de tel ou
tel insecte.
C’est ainsi que les Dynastes Hercules L., qui proviennent de
la Guadeloupe, sont généralement plus grands que ceux de la
Martinique ou de la Colombie, et que le Bucanus cervus, qui
s \
Fig. 5, — Cerf-volant (Lucanus cervus, var. turcicus) d’après
un individu de Syrie (réd. de 1/3 de gr. nat).
2
atteint très rarement une grande taille aux environs de Paris,
se présente fréquemment sous forme de beaux exemplaires
dans d’autres parties de la France, en Touraine et en Auvergne,
par exemple, et paraît atteindre en Orient un développement
tout à fait anormal. Le muséum d'histoire naturelle de Paris
en possède deux magnifiques exemplaires provenant de l’expé-
dition de Syrie. Ces deux insectes, qui sont annotés L. turci-
cus, ne constituent qu’une variété de L. cervus caractérisée
par la présence de six feuillets à la massne antennaire. C’est
le L. cervus, var. turcicus Sturm. La fig. 5 représente le plus
srand de ces deux insectes.
D’après Maurice Girard (métamorphose des insectes), ces
lucanes « étaient venus frapper avec tant de force dans Île
« schako d'un capitaine commandant un détachement qué
« celui-ci crut d’abord à une agression à coups de pierres ».
Ce qui est incontestable et résulte des observations et des
expériences faites, c'est que plus la métamorphose en nymphe
a lieu tardivement, plus l’insecte est petit. Or, la métamor-
phose en nymphe est d'autant plus retardée que la larve s’est
trouvée dans des conditions anormales. Il m’est arrivé, par
exemple, de recucillir des larves de Lucanes à toute leur taille
qui, souffrant chez-moi de la captivité, ne se sont transformées
que l’année suivante, après avoir réduit de volume, et m'ont
donné des insectes beaucoup plus petits que ceux que j'aurais.
pu attendre de larves aussi fortes au début.
D'ailleurs, ce fait de larves se transformant plusieurs années
LE NATURALISTE 81
seulement après l’époque normale de leur métamorphose n’est
pas rare, et c’est même ce qui arrive généralement. h
Un de mes collègues de la Société entomologique a même
= L
cité le fait d’une larve de Cerambyx cerdo, n’étant éclose qu’au
bout de cinq années, il va sans dire que l’insecte qui en pro-
venait était de fort petite taille.
Louis PLANET.
+
LIVRES NOUVEAUX
Les pigeons voyageurs el leur emploi à la querre (1),par EuGÈxe
Causrier, agrégé des Sciences naturelles, professeur au lycée
Blaise-Pascal.
Voici un petit livre que liront avec fruit, et non sans plai-
Sir, tous ceux qu'intéresse l'histoire naturelle des animaux ct
ceux, plus nombreux encore, que passionnent les problèmes
stratégiques de la défense nationale. Il n’est pas le premier,
{ant s’en faut, qu’on ait consacré à l'étude du pigeon voyageur,
mais il est le seul, croyons-nous, dans lequel se trouvent con-
densées les connaissances d’un naturaliste consciencieux et les
observations d’un amateur éclairé.Car M. Caustier est non seu-
lement un naturaliste de la bonne école, mais il aime le pi-
geon voyageur, il l’a étudié de près et personne mieux que lui
ne pouvait mettre en relief les facultés admirables ct les modi-
fications progressives qu'a subies, sous l'influence de l'élevage,
Jutile et charmant messager.
L'auteur passe rapidement en revue l’organisation bien con-
nue des Colombidés, pour s'attacher au problème bien plus cap-
tivant de lorigine et de la faculté d'orientation du pigeon voya-
“eur. Comment l'oiseau retrouve-t-il sa volière ? Quelle in-
fluence exercent sur la direction du vol les accidents de terrain
et les influences climatériques ? Le Pigeon est-il pourvu d’un
Sens spécial d’orientation ? ou bien emploie-t-il les organes
normaux pour s'orienter dans l’espace? Lisez je vuus prie,
les divers chapitres consacrés à ces intéressantes questions,
ét vous verrez avec combien de charme et avec quelle luci-
dité l'auteur a su tirer parti de ses connaissances biologiques
pour dégager ce qu'il y à de vrai ou au moins de possible, dans
les hypothèses nombreuses relatives à ces multiples problèmes.
Je recommande aussi au lecteur un chapitre consacré au dres-
Sage progressif des pigeons voyageurs et un autre, plus dé-
taillé, où se trouvent décrites les méthodes rationnelles de re-
production et d'élevage. Les diverses races qui, par leur croi-
Sement ou par une sélection habilement faite, ont donné nais-
Sance aux types les plus robustes ou les plus rapides, sont
également passées en revue dans l'ouvrage, et l'on peut juger,
par la comparaison qui en est faite, des avantages relatifs que
présentent les pigeons français sur ceux qu’on élève à l’étran-
ger. :
Disons, pour terminer, que l'auteur a consacré un long etin-
iéressant chapitre à l’étude du réseau des colombiers mili-
taires dans les différents pays de l’Europe, et qu’il a illustré
cette étude d’un certain nombre de cartes où se trouvent repré-
sentées toutes les stations de ces oiseaux.
E.-L. Bouvier
P.Topiar». L'homme dans la nature (2).
Dans la préface de ce livre, l’auteur déclare qu’il y a âeux
Sortes d’anthropologistes : ceux qui ne changent jamais d’opi-
mions et qu’il qualifie de systématiques, et ceux qui ne craignent
pas de varier, abandonnant leurs idées anciennes pour des
idées nouvelles leur paraissant plus justes. L’auteur se range
Parmi ces derniers qui sont les progressistes. Il est très
difficile de distinguer, dans le livre de M. Topinard, ses idées
nouvelles de ses idées anciennes. Cela tient peut-être à ce que
le volumineux recueil de faits qui constitue son livre pèche
par un défaut de méthode ou d'unité et par des négligences
de style qui en rendent parfois la lecture difficile. En tout cas,
on à de la peine à dégager nettement l'exposé de la thèse sou-
tenue par l'auteur Il est, dès lors, difficile d’en discuter lori-
ginalité. Le plus simple est de donner un apercu de la matière
des divers chapitres.
(1) 4 vol. in-12 de{25 pages avec nombreuses figures dans le
texte. Prix 1,50, franco 1,70, chez Masson, éditeur et aux bu-
rcaux du Journal. :
(2) L'homme dans lu nalure, 1 vol. in-8°, relié toile anglaise.
Prix : 6 francs, franco : 6 fr. 60, chez Alcan, éditeur, et aux
bureaux du journal.
Les onze premiers sont consacrés à la définition, au but, aux
méthodes et aux procédés de l’anthropologie en général. Ce
west qu'au douzième chapitre que l’auteur aborde le sujet
répondant au titre de l’ouvrage : La place de l'homme dans la
nature. Il s’agit d’étudicr les rapports de l’homme et des
autres animaux. L’homme étant indubitablement un Mammi-
fère du groupe des Primates, le problème se restreint à la
recherche des rapports entre l'Homme et les singes : Pour
résoudre cette question, dit M. Topinard, il n’y a qu’à dresser
le bilan des faits en prenant un à un tous les appareils, tous les
organes, à pointer le pour et le contre et à voir qui l’emporte.
M. Topinard pense que le meïlleur moyen de juger et de com-
parer les caractères serait la zoométrie, qui les évaluerait en
chiffres, à la manière de l’Antluopométrie. Beaucoup d’Anthro-
pologistes avouent volontiers l'impuissance de cette méthode.
Tels déclarent se rendre compte plus exactement des caractères
d’une série de crânes humains par une inspection à simple vue
que par l’application laborieuse des procédés craniométriques
renforcés de calculs logarithmiques.
Si la méthode laisse tant à désirer dans son application à la
recherche des caractères dans une même espèce, que sera-ce
lorsqu'on voudra l'appliquer à tous les Mammifères? Il y «a
peut-être là une voie nouvelle. Mais, en attendant qu'elle soil
tracée et que ses avantages soient reconnus, beaucoup de
naturalistes resteront sceptiques à son égard On pourrait
d’ailleurs faire remarquer que, depuis longtemps, les z0olo-
gistes font des mensurations. Les livres de Cuvier sont remplis
de données numériques d’ostéologie et les paléontologistes
continuent à suivre son exemple. Mais ils en font un emploi
judicieux, en enfermant les comparaisons dans les limites de
la race, ou de l’espèce. M. Topinard voudrait les étendre aux
senres, aux fanulles, aux ordres de Mammifères. À ce point
de vue, en effet, tout est à faire ct nous attendrons avec impa-
tience les résultats des recherches de M. Topinard. Nul ne
connait mieux que lui l’anthropométrie ; nul n’est donc mieux
préparé pour faire de la zoométric.
Dans les chapitres suivants, l’auteur examine successivement :
1° le cerveau ; 2° les transformations que le volume du cerveau
fait subir au crâne animal pour en faire le crâne humain;
3° tout ce qui dépend de l'attitude bipède; 4° la main et les
dispositions du membre supérieur en rapport axec les fonctions
de préhension et du toucher; 5° les caractères ne se rattachant
ni au cerveau ni à l'attitude bipède, ni à la préhension ; 6° les
caractères ataviques ct les rudiments d’organes. Il faut signaler,
comme le plus original et Pun des plus intéressants, le chapitre
relatif au mécanisme de la transformation du cräne animal en
crâne humain, où l’auteur s'est inspiré des méthodes de travail
d'Huxley.
La discussion de tous ces caractères amène M. Topinard à
confirmer purement et simplement les classifications de Cuvier
et d’Huxley. L'Homme, les singes (y compris les Anthropoïdes)
etles Lémuriens constituent trois groupes d’égale valeur, dont
M. Topinard fait des sous-ordres de l’ordre des Primates.
Le livre se termine par des considérations relatives à l'origine
paléontologique de l'Homme et à son avenir.
M. B.
Les Mavières grasses (1), caractères, falsifications et essais des
huiles, beurres, graisses, suifs et cire, par le Dr BeauvisAce,
professeur agrégé d'histoire naturelle à la Faculté de Méde-
cine de Lyon, pharmacien de 4re classe, etc.
Les matières grasses sont des subtances utilisées sur une si
grande échelle pour tant d’usages alimentaires, médicinaux et
industriels, que tout le monde a intérêt à connaître les carac-
tères qu'elles présentent à l’état normal et ceux qui permettent
de reconnaître leurs falsifications.
Leur emploi journalier, qui en fait des articles de consom-
mation courante, leur nombre considérable, les qualités pré-
cieuses de certaines d’entre elles, la grande ressemblance que
présentent trop souvent, au premier abord, avec les bonnes.
celles qui leur sont inférieures, expliquent aisément pourquoi
elles ont été de tout temps l'objet de si nombreuses sophisti-
cations.
Ce livre rendra de grands services à fous ceux qui, à un
titre quelconque, se préoccupent des moyens de reconnaître la
pureté des matières grasses ou d’en déceler les falsifications ;
industriels ou commercants, fabriquant, vendant ou employant
(4) Les Matières grasses, 1 vol. in-16 de 524 pages, avec
90 figures, cartonné, prix : 4 francs, franco : # fr. 40, chez
J.-B. Baillière éditeur, et aux bureaux du journal,
no)
83 LE NATURALISTE
des huiles, beurres, graisses, suifs ou cires, savonniers, stéa-
riniers, pharmaciens, parfumeurs, chimistes des laboratoires
municipaux, etc., trouveront rassemblés ici les principaux pro-
cédés qui leur permettront de lutter avec succès contre la
fraude. :
Plusieurs de ces procédés, n’exigeant pas l’emploi d’appa-
reils compliqués et coûteux, sont même à la portée de tout
consommateur désireux de contrôler la bonne qualité de cet
emploi pour son usage domestique.
CHRONIQUE
Variétés de lièvre et de perdrix. — Le ntéro du
15février du journal le Nalturaliste cite trois cas dalbinisme
intéressants. Les variétés ne se rencontrant que très acciden-
tellement, je crois que les deux sujets suivants tués cet hiver
dans l'arrondissement de Saint-Omer sont dignes d’attention. Le
11 octobre 1891 on m’apporta une perdrix grise mâle tuée sur
le territoire de Batinghem, village situé à 4 kilomètres de la
ville ; le plumage est complètement isabelle, sauf le dessous du
corps qui est gris cendré, le fer à cheval ne diffère pas. Cette
robe est remarquable. Le 14 novembre, je trouvais au marché
un lièvre abattu sur la commune d’Ouve-Wirquin à 16 kilomc-
tres de Saint-Omer; son pelage estjaune d’or très brillant; jen’a-
vais jamais rencontré cette variété jusqu'ici. — Ch.Van KeMPEN.
La culture des Morilles. — La question des Morilles est
à l’ordre du jour. À l’une des séances de la Société de Myco-
logie, un membre à communiqué une intéressante observation
relative à ce sujet. Une personne de Pontarlier placa des dé-
bris de Morille sur une couche composée de bois de sapin
pourri et réduit en poussière, de boue de sable ramassée sur
une route et deterre recueillie dans une forêt de sapins au pied
d'un vieux tronc La couche ainsi préparée fut disposée dans
un bücher très éclairé, au pied d’un vieux mur, sur un sol qui
présentait une certaine humidité. Six semaines plus tard ap-
paraissaient deux énormes Morilles pesant jusqu'à 155 gr.
[L'auteur de cette observation affirme que dans cette pièce où
était disposée, la couche n’avait jamais paru de Morilles. Le
procédé est facile à suivre ; aussi conscillons-nous vivement la
reprise de cette opération. (Jardin)
Plomb percé par un insecte. — Nous donnons, d’après
Insect Life, la figure dune balle en plomb qui a été rongée d’un
bout à l’autre par une larve d'insecte percant ordinairement le
bois Cette balle a dû être tirée par une arme à feu dans un
chène, probablement pendant la :guerre de sécession ; quand
Balle en plomb percée par une larve d’insecte.
ou arracha l'arbre pour le débiter. on trouva une larve adulte
d’insecte, d’un orfhosoma, qui avait creusé un canal à travers
la balle. ,
La larve avait évidemment commencé son attaque à l'extré-
mité concave de la balle, creusé jusqu'aux deux tiers de la
longueur, et était sortie par un des côtés. La balle avait con-
servé sa forme normale étant seulement un peu aplatie au
sommet, Ce spécimen fut trouvé parle Dr Eversfied, à Mary-
land.
Académie internationale de géographie botanique.
__ I] vient de se former sous ce titre une société composée de
20 membres seulement.
La société a pour but : 4° de publier un Trailé de géogra-
phie botanique accompagné d’un Allas indiquant quelle est, à
la surface du globe, la répartition des espèces; 2° de pro-
mouvoir l'étude de la Géographie botanique au moyen d'her-
borisations et d'explorations méthodiques dans les parties du
monde encore inexplorées ou insuflisamment connues au point
de vue botanique.
Notre collaborateur M. H. Léveillé (104, rue de Flore, Le
Mans) a été élu directeur de cette académie pour l'année pré-
sente.
La fertilité d'un grain de blé. — Un observateur à re-
marqué qu'un grain de blé semé au printemps et préservé
contre les dégradations de la gent ailée, avait au mois de juillet
suivant, lorsqu'on l’arracha, donné 56 tiges, et n’avait pas pro:
duit moins de 1,551 grains.
Les empoisonnements par l'If. — Combien de fois n’a-
t-on pas annoncé que l’If était un véritable. poison pour les
animaux qui ont la singulière idée de le brouter ? Malgré toutes
les recommandations faites par les comités d'hygiène pour
éveiller l’attention des gens de la campagne, à chaque instant,
dé nouveaux accidents se produisent. C’est la Bretagne cette
fois-ci qui a été le théâtre d'un nouvel empoisonnement. Quatre
vaches qui avaientdégusté des branches d’Iflaissées maladroi-
tement sur le sol d’un pâturage, sont mortes quelques heures
après l’ingestion de laredoutable conifère.
ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance du % mars. — Note de MM. Berthelot el G. André
sur la fermentation du sang. Après 130 jours de fermentation
au bain-marie à 45°, on obtient de l’acide carbonique, de l’am-
moniaque, des acides gras volatils et des principes azotés fixes, M
ces derniers se répartissant en quatre groupes. — M. Chauveau
présente une note de M. Ch. Contejean sur la sécrétion pylorique
chezle chien. L’auteur reprend les expériences de Klemensièwiez
et Heidenhaim, et conclut de ses observations que la sécrétion
pylorique chez le chien est normalement acide, et que la pro-
duction de lacide du suc gastrique ne peut être localisée dans
les cellules de revêtement — M. Ranvier présente une note de
M. B. Ségall sur de nouveaux anneaux ou anneaux intercalaires
des tubes nerveux, produits par l’imprégnation d'argent, dont
l'action est associée à celle de Pacide osmique. Aux étrangle-
ments on observe que la barre transversale de la croix et entre
deux étranglements, on remarque une série d’anneaux variant
du brun au noir, et paraissant situés sous la gaine de Schwann.
— M. Duclaux présente une note de MM. C. Sauvageau, et
M. Radaïis sur deux espèces nouvelles de Streptothrix, et sur
la place de ce genre dans la classification. Le geure Actino-
myces qui cause chez les bœufs la maladie nommée Actino-
mycose est nommé par certains auteurs Cladothrix par d’autres
Streptothrix. Des recherches de l’auteur il résulte que l’Acti-
nomyces est bien un Streptothrix, lequel est un Champignon
hyphomycète, qui rentre dans le genre Oospora. Ce dernier
nom seul doit être maintenu d’après la loi de priorité. L'acti-
nomycose est donc due à des Champignons et non pas à des
Bactérics. — M. Duchartre présente une note de M. J. Vesque,
sur l’histoire des Garcinia du sous-genre Xanthochymus. Les
Xanthochymus sont les plus anciens des Garcinia. Dans ce
sous-genre le groupe nodal est représenté par le Garcinia spi-
cata, duquel partent trois amorcements différents, l'un tendant
au pilosisme, le second tendant à l’épaississement de la cuti-
cule, le troisième, modifiant l’inflorescence.
Séance du 44 mars. — Note de M. Ranvier sur les bran-
ches vasculaires coniques. Sur la membrane periæsophagienne
de la Grenouille injectée à la gélatine et imprégnée au nitrate
d'argent, on remarque certains capillaires qui au lieu d’être
cylindriques sont coniques, le petit orifice débouchant dans les
artères. La signification morphologique de cette structure,
d’après M. Ranvier, cst la suivante. Chez la Grenouille, l’origine
du réseau capillaire n’est pas une cellule vasoformatrice: son
développement se fait par l’extension des branches vasculaires
préexistantes. De la paroi des-vaisseaux partent des pointes
d’accroissement qui se mettent en rapport entre elles, et se ca=
nalisent pour recevoir les globules. Les capillaires ainsi formés
procèdent-ils des artères ou des veines, ou des deux systèmes.
Les branches vasculaires coniques paraissent trancher la ques:
tion, ce sont en effet des pointes d’accroissement émanant des
veines, et venant s’accoler aux parois des artères. Il en résulte-
rait que, chez les batraciens, l’appareil vasculaire ne dériverail
que de deux systèmes artériel etveineux; les capillaires n’étant
qu'une dépendance de ce dernier. — M. de Lacaze-Duthiers
présente une note de M. Fred. Guilel sur l'ovaire et l’œuf du
Gobius minutus. Dans son travail l’auteur étudie les papilles qui
constituent la partieessentielle de l'ovaire, et développe successi=
vement leurs parties constitutives, d’abord l’épithélium germi=
natif, puis les œufs, en insistant sur appareil fixateur au moyen
duquel les femelles les fixent à la face inférieure des coquilles
et enfin le stroma vasculaire. A.-E. Macarv.
Le Gérant: Émize DEYROLLE.
PARIS. — IMPR. F. LEVÉ, RUE CASSETTE, 11. J
14° ANNÉE
Empreintes problématiques jurassiques
DU PAYS DE BRAY
Le pays de Bray est une des régions géologiques les
plus curieuses, non seulement des environs de Paris,
mais encore de la France, C’est là, que les Parisiens
peuvent voir nettement sans un déplacement trop long
les failles et les soulèvements importants auxquels on
doit la faculté d'étudier des terrains qui sans ces inté-
ressants accidents géologiques n’affleureraient qu’à des
distances beaucoup plus grandes de la capitale. Aussi
est-ce avec un très grand empressement que de nom-
Fig. 1. — Empreintes problématiques sur un bloc de calcaire
portlandien de Montboïis (Seine-Inféricure). Échelle 1/2.
breux excursionnistes ont suivi et écouté mon savant
maître, M. Stanislas Meunier, lorsque l’année dernière,
ila dirigé une des excursions géologiques du Muséum
d'histoire naturelle dans les environs de Gournay.
… On à pu voir en quelques heures, dans un rayon de
moins de deux kilomètres de cette ville, les assises prin-
cipales comprises depuis le kimméridgien jusqu’au sé-
nonien inclusivement, Malheureusement, la pluie, qui
n'a cessé de tomber que pendant le temps strictement
nécessaire pour le déjeuner, nous a fait apprécier d’une
facon toute spéciale des qualités éminemment plastiques
des roches de cette contrée.
Le pays de Bray a naturellement de tout temps attiré
Pattention des géologues; de nombreux travaux ont été
publiés sur{ce sujet et, parmi eux, il faut citer en pre-
mière ligne l’étude si intéressante et si complète que
LE NATURALISTE, rue du Bac, 46, Paris.
2e SÉRIE — N° 123
15 AVRIL 1892
l’on doit à M. de Lapparent (1) qui a profité des coupes
fraîches exécutées pour les travaux des lignes de Pon-
toise à Dieppe et d'Amiens à Rouen; cette dernière,
surtout, a fourni de précieux documents, car elle est
dirigée perpendiculairement à l’axe du soulèvement; ses
tranchées ont montré au jour la presque totalité des
assises qui affleurent dans la région. Actuellement, les
talus sont gazonnés, c’est à peine si quelques lits ro-
cheux font encore saillie en certains points privilégiés.
Depuis plusieurs années, j’ai eu l’occasion de parcou-
rir ce pays et de voir la plupart des points caractéris-
tiques entre Précy-sur-Oise et Neufchâtel-en-Bray. J'ai
été assez heureux pour faire au cours de ces excursions
Fig. 2. — Empreintes problématiques sur un bloc de calcaire
portlandien de Montbois (Seine-Inférieure). Echelle 1/2.
Côté opposé de la figure 1.
quelques observations nouvelles qui ajoutent un chapitre
à l’histoire de cette région.
Le pays de Bray et le Boulonnais ont une foule de
points communs que tous les auteurs qui se sont occu-
pés des deux pays se sont appliqués à mettre en relief.
Une analogie nouvelle existe au point de vue paléonto-
logique. Les curieuses empreintes problématiques géné-
ralernent réunies sous le nom de bilobites et signalées
pour la première fois dans les assises boloniennes du
Pas-de-Calais par M. Stanislas Meunier (2), existent
aussi dans le pays de Bray exactement au même niveau,
c’est-à-dire dans les couches de passage du kimmérid-
gien supérieur au portlandien inférieur.
(1) À. de Lapparent. Le pays de Bray. 1879.
(2) Comptes rendus de l'Académie des sciences, t. CII.
n° 22, mai 1886.
90 LE NATURALISTE
La première observation que j'ai faite à ce sujet date
déjà de plusieurs années ; j’ai vu à Beaubec-la-Rosière,
sur le chémin .de Serqueux à Mesnil-Mauger, dans une
ancienne exploitation de grès pour empierrement des
blocs de grès coquiller a Ostrea catalaunica présentant
des empreintes malheureusement fort usées et tout à fait
indéterminables. La carrière n'étant plus en activité et
les échantillons examinés n’étant pas suffisamment pré-
sentables je me suis contenté alors de noter le fait, me
réservant de le signaler plus tard si je parvenais à pré-
ciser le niveau et surtout à faire de nouvelles observa-
tions.
L'examen des échantillons extraits d’un forage pro-
fond entrepris à la gare de Serqueux est nee venu
me permettre de poursuivre cette étude. J’ai en effet été
assez heureux pour recueillir parmi les débris généra-
lement informes ou pulvérisés par le trépan quelques
fragments présentant des empreintes très petites, il est
vrai, mais parfaitement caractéristiques, surtout pour
celui qui, comme moi, était prévenu.
Je ne puis donner ici la coupe détaillée du sondage de
Serqueux ; commencé dans des couches inférieures des
sables néoconniens, ce forage a traversé toutes les
assises portlandiennes et a pénétré assez profondément
dans le kimméridgien supérieur.
Les empreintes problématiques remontées au sol ap-
partiennent au genre Eophyton, et je crois même pouvoir
rapporter l’une d'elles à l’espèce E. Danguyanum (Stan.
Meunier). Ce fossile a été rencontré, à 68 mètres du sol
à l’altitude 101. On a trouvé un second fragment sem-
blable plus bas, à 75 mètres (altitude 94).
Ces observations ont une grande importance, car elles
fixent l’âge des couches à bilobites du Bray. Malgré le
mauvais état et la pulvérisation des échantillons remon-
tés par les outils du sondeur, j’ai pu avec un peu d'atten-
tion isoler un certain nombre de fragments de fossiles
présentant des détails suffisants pour la détermination.
Le passage du kimméridgien au portlandien est très
difficile à déterminer, même un affleurement, et à plus
forte raison dans les conditions spéciales du sondage de
Serqueux; mais, d’après M. de Lapparent, l’Ostrea vir-
gula striée est spéciale au kimméridgien et n’existe plus
dans les couches immédiatement voisines du portlan-
dien inférieur; là, on ne trouve plus qu’une petite huître
ressemblant beaucoup à la première, mais complètement
dépourvue de stries. Or, les fragments d’huîtres qui
accompagnaient les premières plaques d'Eophyton étaient
lisses, tandis que le dernier fragment a été remonté
empâté dans une argile bleue contenant une charnière
d’Ostrea virgula striée parfaitement déterminable.
Les bilobites existent donc dans le jurassique du Bray :
au niveau des {argiles et lumachelles virguliennes du
kimmeridgien supérieur et à la base des grès calcaires
glauconieux à anomies du portlandien inférieur.
Cette question de niveau étant bien établie, 1l ne res-
tait plus qu'à rechercher les bilobites en suivant les
points d’affleurement de ces couches. Par malheur, le
pays de Bray est presque entièrement dépourvu de car-
rières; il n'y a que des exploitations temporaires de
cailloux pour l'empierrement des routes, surtout au ni-
veau qui m'intéresse spécialement. Les habitants creu-
sent dans les champs un trou suffisant pour extraire les
quelques mètres cubes de pierres dont ils ont besoin
pour la prestation en nature, et s’empressent ensuite de
niveler le terrain, J'ai pu cependant en m’aidant de
2
l'observation des tas de cailloux disposés le long des
routes, retrouver un assez grand nombre de points d’ex-
traction, mais ‘il m'a été impossible d'avoir de belles .
plaques suffisamment complètes pour se prêter à une
étude minutieuse de ces très intéressants fossiles. Je
compte cependant profiter de toutes les occasions que
j'aurai de parcourir ce pays pour faire de nouvelles ob=
servations.
On peut dès maintenant citer comme localités parti-
culièrement riches en empreintes problématiques, outre
Beaubec-la-Rosière, dont il a été question plus haut,
les environs de Pommereux, à droite et à gauche du
chemin de Forges-les-Eaux; non loin de {là, la ferme de
Monthulin; une exploitation située à gauche du chemin
de Cuy-Saint-Fiacre à Gancourt-Saint-Étienne, sur la rive
gauche de lEpte; dans les chemins de Montbois à
Gournay et enfin près de la ferme de Courcelles dans le
chemin creux nouveau qui monte vers Armentières.
J'ai rapporté quelques échantillons provenant de ces
diverses localités. Partout les empreintes sont à la sur-
face d’un calcaire grèseux un peu glauconieux, rappelant
les beaux blocs d'Equihen près de Boulogne-sur-Mer. A
la ferme de Courcelles : j’ai pu rencontrer, comme dans
le puits de Serqueux, l’Eophyton Danguyanum accompa-
gnant des empreintes cylindroïdes de 10 à 13 millimètres
de diamètre presque complètement en relief sur la face
supérieure des blocs.
Enfin l'échantillon le plus curieux provient de Mont-
bois, au nord de Gournay; c’est celui dont la reproduc-
tion accompagne cette note, Les deux surfaces sont éga-
lement intéressantes. Je n’ai pas trouvé le bloc en place:
il m'est donc impossible de dire quelle est la face supé-
rieure, mais il est dans tous les cas important de re-
marquer que des deux côtés les empreintes sont en
relief.
D'un côté (fig. 1), comme empreintes principales,
on voit des tiges cylindriques de 8 à 10 millimètres de
diamètre enchâssées dans un sillon un peu plus large;
elles.rappellent assez bien les vestiges du Portelia Meu-
nieri que j'ai trouvés au Portel et décrits ici même (1)
il y a quelques années; mais l’identification ne me paraît
pas certaine, car on ne retrouve pas l’aspect épineux
caractéristique de l’espèce du Boulonnais.
Près de ces empreintes, il existe un sillon en gout-
tière d’un diamètre plus grand, 15 à 18 millimètres, for-
tement strié perpendiculairement à l’axe ;: il a certaine-
ment contenu un corps cylindrique peu adhérent qui a
été détaché. Il devait appartenir aussi au genre Portelia.
L'autre face du bloc (fig. 2), porte deux empreintes ab=
solument nouvelles ; elles occupent toute la surface de
l'échantillon. L'une, la principale, a 580 millimètres de
largeur : c’est un cylindre écrasé présentant un double
système de nervures parallères à l’axe ; les principales;
assez saillantes sont espacées de 15 millimètres ; les
secondes, plus fines, existent au nombre de trois dan |
les intervalles des premières.
La seconde empreinte, celle de gauche, est beaucoup
plus usée, on n’y distingue pas le HoubIe système de
cannelures; elle est surtout caractérisée par sa formes
générale légèrement recourbée et renflée vers la base.
qui se termine en forme de massue.
Au point de vue de l’origine de ces dernières em=
preintes, il me paraît impossible de ne pas admettre
(1) Naluraliste, 2° série, n° 71, 1890. + (0
LE NATURALISTE 91
avec M. de Saporta qu’il s’agit de végétaux fossilisés;
car la forme même des corps problématiques de Mont-
bois ne peu pas s'expliquer autrement, et, de plus, nous
retrouvons là, comme à Boulogne, ce fait absolument
caractéristique de l’existence de reliefs des deux côtés
d'un même bloc; j'y vois donc un nouvel argument en
faveur de l’opinion de ce savant botaniste.
Le pays de Bray, sans être, à beaucoup près, aussi
riche que le Boulonnais en empreintes problématiques,
peutnéanmoins en fournir une assez grande variété.
Cependant, les corps fossilisés franchement bilobés pa-
raissent jusqu'à présent manquer, mais je ne doute pas
qu'une recherche plus minutieuse que celle que j’ai pu
faire en quelques jours n’amène la découverte d’échan-
tillons nouveaux suffisamment beaux et complets pour
se-prêter à une étude et à une détermination complète.
Je crois même pouvoir préciser un peu plus et dire que
lesrecherches devraient être entreprises soit entre Cour-
celles et Armentières, soit près de Gancourt-Saint-
Étienne. Le premier de ces points me paraît surtout in-
téressant, car, parmi les échantillons que j’y ai trouvés,
il y en a un qui contient une empreinte malheureuse-
ment fort courte et frottée, mais qui pourrait bien être
très voisine du genre Cruziana.
Henri BoURsAULT.
L'ORCHESTE DU HÊTRE
Orchestes Fagi. (Schünher). Ordre des Coléoptères. —
Famille des Rhynchophores.
Sur l’extrème limite d’un grand bois, qui est souvent
le but de mes promenades, se trouve un gros hêtre sécu-
laire, dont les grosses branches inférieures, respectées
du bûücheron, laissent tomber presque jusqu’à terre,
leurs brindilles chargées de feuilles, qui se trouvent ainsi
très à portée pour l'observation. Cet arbre, l’un des plus
gros de la forêt, n’avait pourtant pas, jusqu’alors, attiré
particulièrement mon attention, lorsque il y a quelques
années, je m'aperçus au mois de mai, qu’une très grande
partie de ses feuilles, à peine épanouies et d’un vert si
tendre et si gai, étaient souillées de taches fauves plus
ou moins grandes et recroquevillées. Ces taches affec-
taient la forme d’un triangle très allongé, commençant
Sur la nervure médiane et s’élargissant vers le sommet
de la feuille. Mon attention ayant été ainsi attirée, je
voulus connaître la cause de ces souillures, et j’examinai
un certain nombre de feuilles. En regardant par trans-
parence les feuilles tachées, je découvris une petite
larve entre les épidermes des deux faces, qui dévorait
le parenchyme. J'avais donc à faire à une larve mineuse,
qui détruisant la substance verte de la feuille en faisait
dessécher l'épiderme et causait ainsi les taches jaunes
et fauves observées. La mine prend toujours naissance
sur la nervure médiane et se dirige, d’abord très mince
et à peine perceptible, vers le sommet de la feuille
qu'elle atteint en s’élargissant beaucoup, en donnant
assez exactement la figure d’un fleuve formant un delta
à son embouchure dans la mer. Sur une seule feuille il
n’y a ordinairement qu’une mine, mais quelquefois il
s'en produit deux, trois et, bien que rarement, jusqu’à
quatre. Dans ce cas, toutes ces mines commencées sur
un point différent de la nervure médiane, ayant toutes
une tendance à s’élever vers le sommet de la feuille, il
arrive que plusieurs se rencontrent, se confondent et
couvrent une grande partie de la feuille,
La larve qui creuse ces mines est la larve de l’Or-
chestes Fagi (Schônher) : elle se développe très rapide-
ment et donne en quelques semaines l’insecte parfait.
L’œuf est pondu probablement dès les premiers jours de
mai, et l’insecte parfait éclot dès la fin du même mois.
Le plus généralement les feuilles du hêtre sont encore
enveloppées dans leurs écailles lorsque commence le
mois de mai: ce n’est que dans les premiers jours de ce
mois que, se développant à la facon d’un éventail, elles
s'étalent complètement. À ce moment on n’apercoit pas
traces des mines, et cependant déjà quelques insectes,
peut-être l’orcheste du hêtre lui-même, ont en man-
geant ces jeunes feuilles percé quelques trous vers
Fig. 2. Fig. 1.
Fig. 4. — Larve de l’Orcheste du Hêtre.
Fig. 2. — Feuille de Hètre minéc par la larve de l'Orcheste
du Hêtre et montrant le cocon dans la mine.
leur sommet. Deux ou trois jours après l'épanouissement
on voit les mines commencer à se former; vers Le 10 ou
le 12 mai, la mine attire déjà l’attention ; vers le 20, elle
atteint le bord de la feuille; la larve commence à se
transformer en nymphe; avant le 31 mai l’insecte par-
fait est éclos et il a quitté la mine. C’est donc une évo-
lution très rapide et pour laquelle environ trois semaines
suffisent.
Lorsque la larve atteint le bord de la feuille, elle le
suit en élargissant sa mine, qui prend une-.forme trian-
gulaire très prononcée : dès qu’elle a atteint son entier
développement, 5 à6 millimètres, elle file vers le sommet
de la feuille un petit cocon sphérique ou un peu ovale
de 3 millimètres de diamètre, en soie blanche, où elle se
transforme en nymphe. C’est ordinairement du 20 au
22 mai que ces cocons sont filés: dès le 23, en les ou-
vrant, on trouve la nymphe formée, et l’on distingue
facilement ses organes, la tête, les pattes, les élytres.
Le 31 mai il est rare que l’on trouve encore des insectes
dans les cocons.
u2 LE NATURALISTE
Dans certaines années tardives, cependant, comme
en 1891'par exemple, la ponte est probablement retardée ;
la nymphose ne se produit que vers la fin de mai, et
l'éclosion des insectes parfaits se prolonge jusque vers
le 15 juin au plus tard.
Si la feuille est minée par plusieurs larves et que les
mines se soient confondues en une seule, toutes ces
larves se rapprochent vers le sommet de la feuille et
filent leurs cocons dans un espace très restreint. Si
chaque mine est demeurée distincte, le cocon est filé
dans chacune à la partie supérieure de la mine et tou-
jours sur le bord de la feuille, Ce cocon n’est pas très
facile à découvrir à la vue sans ouvrir la mine ; mais on
le sent très facilement entre les doigts, comme une.
petite boulette arrondie,
Il est assez remarquable, que toutes les larves vivant
sur un même arbre paraissent arriver en même temps
au même point de leur évolution. Le même jour on trouve
toutes les larves qu’on recueille sur les diverses parties
d’un arbre parvenues au même développement ; on les
voit toutes filer leur cocon le même jour, éclore le même
jour.
Bien que les feuilles minées par la larve de l’orcheste
du hêtre soient trèsnombreuses, que ces larves semblent
parvenir presque toutes au dernier terme de leur évolu-
tion, l’insecte n’est pourtant pas lui-même très commun:
on ne le trouve pas abondamment, même sur les feuilles
de hêtre. J'ai cherché à être témoin de la ponte, mais à
part une seule fois, un 16 mai, où j'ai cru voir un
orcheste pondre sur la nervure médiane en dessous
d’une feuille, je n’ai jamais pu satisfaire ma curiosité.
Au surplus je n’ai guère rencontré d'insectes parfaits au
commencement de mai sur les hêtres, qui quelques jours
après avaient un grand nombre de leurs feuilles minées.
On trouve l’insecte parfait sur les arbres, hêtres, saules,
marceaux, etc., depuis le commencement de mai, jusqu’à
la fin d'août, mais jamais en grand nombre. J’ai aussi
vu en août quelques feuilles minées renfermant des
larves ; il paraïîtrait donc y avoir plusieurs générations,
deux tout au moins dans l’année. L’Insecte parfait semble
aussi hiverner, j'en ai rencontré à la fin d'août dans des
feuilles de hêtre contournées et recroquevillées.
J'ai remarqué aussi que les arbres placés sur la lisière
des bois portent bien plus de feuilles minées par les
larves d’orchestes que ceux qui croissent dans le
milieu de la forêt.
La larve, lorsqu'elle à atteint tout son développement,
est longue de 5 à 6 millimètres; elle est alors presque
blanche ou d’un blanc verdâtre, plus jeune elle est verte
avec le canal intestinal plus foncé ; elle est apode et nue,
sa forme est atténuée d'avant en arrière; elle est com-
posée de treize segments nettement séparés les uns des
autres et arrondis sur les côtés, la tête brune est en-
foncée dans le deuxième segment, qui est aussi brun
noirâtre et un peu moins large que le troisième, à partir
duquel les suivants vont en diminuant de largeur; le
dernier est très étroit. Cette larve file à la manière des
chenilles; si on la tire de sa mine, elle demeure sus-
pendue à un fil de soie.
L'orcheste du hêtre est un infime petit coléoptère de
la famille des Curculionides, ou charançons: il n’a
guère plus de 2 millimètres de long; il est couvert d’une
légère pubescence. La tête et le corselet sont noirs, le
bec est assez long, filiforme, un peu courbé. Les antennes
sont coudées, leur funicule est composé de six articles;
le premier, bien plus grand et plus gros que les autres,
est conique; la massue est ovale. Les antennes en entier
et les tarses sont d’un testacé pâle. Les élytres ovales
sont un peu plus larges que le corselet à la base, elles
sont striées, ponctuées, d’un brun marron foncé; les
pattes sont noires, les cuisses sont faiblement unidentés :
les postérieures, renflées, sont propres au saut,.'Il n’est
pas rare de voir ce petit insecte se promener pendant
l’été sur les feuilles de hêtre, mais il s’échappe facile-
ment en sautant dès qu'il se voit observé; quelquefois
aussi il se laisse tomber à terre, Il prend aussi son vol
aisément, étant muni d'ailes sous ses élytres. :
L’orcheste du hêtre est dévoré à l’état de larve par
un parasite que je crois appartenir à la famille des
Hyménoptères braconides, sans pouvoir pourtant l’af-
firmer; ce parasite ne me semble pas très commun dans
les mines, et le seul que j'aie vu y parvenir à l’état
parfait m'a échappé et je n'ai pu létudier ni le déter-
miner.
E. Pissor.
Suites à la lore de France
DE GRENIER ET GODRON
(Suite.)
Thymus Pannonicus Al. Ælora Pede-
montana, T, p. 20; Koch Synopsis f. Germ. et
Helvet., éd. I. p. 558 ; Sturm Deutschlands Flora,
XVI, t. 70 ; Cesati, Passerini ‘et Gibelii Comp. fl.
Ttal., p. 300; T. Serpyllum L. var. Pannonicus
Koch Synopsis, éd. ?, p. 641; T. Allioni Kern.
ap. Déségl. Obs. sur les Thymi Opiziani (1882),
ph. 13. — Sect. Camptodromi Kern. in Œsterreiche
botanischen Zeitschr. (1874), p. 185 (Nervures
secondaires des feuilles arquées, sensiblement plus
faibles vers la marge nullement épaissie, à la fin
presque pulles); s.-sect. Æolotrichi Borb. Symbol.
Thym. Europ. med. (1890), p. 49 (Ramuscules
florifères subarrondis, poilus sur toute leur sur-«
face), gr. Lanuginosi Borb. in Geogr. atque Enum.
pl. Castriferr., 125. — Exsice. Bitlot, n° 2337. —
Tiges non radicantes, entourées, ainsi que les ra-
meaux, de poils blancs Æ denses, longs (plus longs
que le diamètre de la tige), étalés horizontalement,
non réfléchis. Feuilles longuement poilues sur les
deux pages, ciliées à la base, olonques-lancéolées, à
nervures fines. Glomérules florifères très fournis,
les supérieurs rapprochés en épi ovale-oblong, sous,
vent allongé, les inférieurs écartés. Calice relati-
vement grand (5-6 millim. de long), à lèvre supés
rieure trifide jusqu'au milieu, à dents allongées lon
quement acuminées. Corolle rose, assez longuement
exserle. |
L’habitat de cette plante en France est assez dif=
ficile à préciser, car elle est confondue très souvent
avec le T!. lanuginosus Mill. T. Austriacus Bernh.,
T. Pannonicus Schur non Ai., T. hirsutissimus
Kit., T. piligerus Opiz) qui s’en distingue par SES
calices sensiblement plus petits (3-4 millim. de"
|
o |
4
LE NATURALISTE 93
long), à lèvre supérieure trifide seulement jusqu’au
tiers de sa longueur, à dents triangulaires-acu-
minées, la corolle rosée ou blanchâtre petite, à
peine exserle. Le T7. Pannonicus n’en est pas
moins seulement, pour nous, une sous-espèce du
T. lanuginosus Maell., qui comporte aussi comme
var. le 7. Kostelechkyanus Opiz, à feuilles étroites,
presque toutes linéaires, alor: que ie T. Pannonicus
a pour variété le 7. Ortmannianus Opiz, à feuilles
ovales à nervures épaisses.
Nous ne connaissons le 7°. Pannonicus que dans
les Haures-Arpes, d’où M. Lannes nous l’a envoyé
provenant du Bois de l’Echelle près de Plaimpinet.
M: Saint-Lager (ap. Cariot Etude des Fleurs,
82eédit., [!, p. 664) l'indique dans le département
de la Lorre aux environs de Æive-de-Gier, de
Saint-Chamond et de la Valla, puis en SAvoIE, à
Saint-Jean, Lanslebourg et Bessans. Peut-être
quelques-unes de ces localités s’appliquent-elles
au vrai 7. lanuginosus Mill.
Aire géographique (du 7”. Pannonicus All.).
— Irazre : Piémont ; Vénétie ; Hongrie. — La var.
Ortmannianus (Opiz) en Vénétie (1).
Micromeria Piperella Bentham Zabia-
tarum genera et species, p. 319; ap. DC. Prodro-
mus, XIF, p. 221 ; de Notaris Rep. #. Lig., p. 320;
Ardoino Æ7. Alpes-Maritimes; p. 295; Nyman
Conspectus #. Europ., p. 591 ; Satureia Piperella
Bertol. Æ2. Ztal., VI, p. 50 ; Ces. Pass. e. Gib.
Comp. f. Ital., p. 302; Arcang. Comp. fl. Ital.,
p. 540; Tendana Piperella Reiïichb. f. Zcon. fl.
Germ., XNIIT, p. 39, t. LXX, fig. 1; Moggridge
Contrib. fl. Ment., t. XXXII, Caruel Flora Ita-
liana, p.11; Thymus Piperella AI. FT. Pedem.,
}, p. 21, xonL. — Sect. Piperella Benth. (Loc. cit.)
— liante de 1-2 décim. suffrutescente, rameuse à
la base à rameaux herbacés,pubescents, grêles, pres-
que filiformes, allongés. Feuilles sessiles, largement
ovales-obtuses, très arrondies à la base ou subcordées,
glabres sur les deux pages ou légèrement pubes-
centes en dessous, les inférieures souvent ondulées,
les moyennes plus grandes (8-10 millim. de lon-
gueur), les supérieures oblongues, plus petites, acu-
tiuscules. Fleurs disposées à l’aisselle des feuilles en
verticilles axillaires, écartés, pédonculés, unilaté-
raux, lâches et pauciflores ; bractées petites, oblon-
gues. Culice subsessile, pubescent extérieurement,
elu à la gorge, longuement tubuleux, souvent rou-
geâtre ou purpurin, à 13-15 stries, 4 dents subulées,
inégales les deux inférieures droites égalant le tiers
environ de lalongueur du tube, les trois supérieures
étalées, égalant le cinquième de cette longueur.
(1) Déséglise rapporte à cette plante (Tym. Opiz., p. 13) le
T. Carniolicus Boxb.; c'est une erreur que M. Borbas à déjà
relevée.—La forme T. Carniolicus, du sous-type T. Polylrichus
Kern., se distingue des T. Pannonicus et Orémannianus par les
entrenœuds des rameaux alternativement glabres, les calices
petits, les feuilles largement ovales, etc.Il est connu en France
à Soulage (leg. Hervier), à Badaroux (leg. Poitrasson), à Mont-
Dauphin (leg. Rouy), etc.
Corolle manifestement bilabiée, à lèvre supérieure
dressée, presque plane, @ tube étroit, lonquement
atténué et une fois plus long que le calice. Etamines
à filets non dentés, à anthènes biloculaires, à loues
longiludinalement déhiscentes. Style allongé ; stig-
mate profondément bipartite, à lobes égaux, Nucules
lisses, mucronés au sommet.
G. Rouy.
Tableaux dichotomiques
pour déterminer les Lépidopières d'Europe
DU GENRE COLIAS
(Suile)
ABRÉVIATIONS
inf. — Aïles inférieures.
sup. — Aïles supérieures.
ich. — Tache disc. — discoïdale.
12 Tch, disc. des sup. petite, pupillée de blanc en dessus et en
dessous ou elle manque. Tch. disc, des inf. blanchâtre.
Dessous du & d’un jaune soufre, celui de la © blanchätre
avec une large bordure noire, ordinairement non divisée
par des nervures claires. Dessous jaune avec le bord ter-
minal plus foncé ; inf. saupoudréde gris. Chez la var. La-
ponica Stgr. [Werdandi H. S.) de la Laponie et Russie
boréale, le fond est plus clair; la tch. disc est plus petite
et les inf. ont un teint verdâtre ; la © en dessus d’un gris
perle avec la bordure divisée par des nervures claires.
L’ab. Europomene O. en Allemagne et en Suisse est plus
petite que le type avec la bordure noire plus large et le
jaune du fond plusfoncé. Chez l’ab. alpine © Werdandi H.
S. (Philomène Dup.) le fond est d’un jaunesoufre clair et
la bordure noire des sup. avec des taches jaunes effacées.
L'ab. © Illgneri Rühl (Sociét. entom. 1890-89) en Alle-
magne orientale (bassin de Prosna) a le fond de toutes les
ailes d’un jaune verdâtre vif et la bordure entièrement
noire. L’ab. © Cretacea Schilde (Entom. Nachr. 1884, 339)
en Finlande boréale est en dessus d'un blane cretacé, le
dessous des inf. est bleuâtre et la frange est blanche.
Env. 40-50 mm. Pyn. Ewropome Esp. Philomene H. B. —
Centre et midi de l’Europe ; Russie orient. Juillet, août.
Palæno L.
Tch. disc. des sup. grosse et bien marquée, pupillée de blanc
seulement en dessous ou non pupillée.
13 Tch. disc. des sup. pupillée de blanc en dessous. Dessus
d’un jaune soufre avec la base saupoudrée de noirâtre
et une large bordure noire des sup. fortement échancrée.
Dessous comme chez hyale LE. (n° 45) différant en ce
que la tch. disc. des sup. est pupillée de blanc et que les
inf. sont à la base d'un vert plus vif. (Descr. de la ©
sous n° 18) Env. 45-50. Syn. Neriene F. D. W. — Midi
et sud-est de la Russie, Caucase. Avril, août, octobre.
Erate. Esp.
Tch. disc. des sup.nonpupillée de blanc en dessous. Tch. disc.
des inf. efficace d’un jaune ochracé clair en dessous or-
dinairement simplement pupillée de blanc et arrondie.
Dessus d’un blanc bleuâtre plus ou moins teinté d’un
vert jaunâtre. La base faiblement saupoudrée de noirâtre
et la bordure noïre n'est pas fortement échancrée. Des-
sous d’un jaune citron ; sup, au bord interne d’un blanc
verdâtre avec les ordinaires taches marginales obs-
cures. (Descr. de la © sous n° 19). Env. 55-60 mm. —
Sud-ouest de la Transcaucasie. Juin, juillet.
Chlorocoma, Chr. ©
(Romanoff. Mémoires sur les Lépid. Y 1889, 193).
14 La large bordure noire des sup. avec des taches del
couleur du fond n’atteint pas l'angle interne. L’étroite
bordure noire des inf. atteignant seulement le milieu du
bord terminal; ordinairement est-elle précédée d’un rans
de taches noires peu marquées et liées avec la bordure.
Dessus du ©* d’un jaune citron, celui de la® d’un blane
jaunâtre, Tch. disc. des sup. grosse et bien marquée.
Tch. disc. des inf. grande, d’un jaune orangé et bipupil-
lée en dessous de blanc. Dessous jaune (dans la © les
sup. blanchâtres) avec une rangée marginale de taches
94
noires sur les sup.et 2 taches de la même couleur à la
côte avant le sommet. Bord terminal des inf. précédé
d’une rangée de taches d’un brun rougeâtre et-une tache
de la même couleur à la base. Var. Sareptensis Stor. au
midi et sud-est. de la Russie, ainsi que dans la Hongrie,
est plus grande que le type ayant les aïles plus longues.
Le fond du c* d’un jaune plus vif presque comme chez
l'Erate ©? (n° 13),'et la bordure noire des sup. atteignant
ici l'angle interne, à peu près comme chez l’Erate ab.
Pallida Stgr. (n° 18). Ab.9 Flava Husz (Entom. Nachr.
1883, 134), en Hongrie a le fond d’un jaune vif et les
taches jaunes de la bordure sont quelquefois très grandes
formant même une bande continuée. Sur les inf. manque
la rangée de taches, qui précèdent la bordure. Dans
Pab. Nigro-fasciata Grumm-Grshimaïlo (Romanoff. Mé-
moires sur les Lépid. I, 1884, 163) en midi et sud-est de
la Russie, la bordure noire des sup. est très large, at-
teignant presque le milieu d’aile et se réunissant avec la
tch. disc. par une bande noire. Dessous avec les taches
marginales obscures prolongées vers la base en forme
de raies. Env. 45-50. Syn. Palaeno Esp. — Centre et
midi de l’Europe, Caucase. Avril-octobre,
Hyale. L.
La bordure noire des sup. avec des taches de la couleur du
fond atteignant l’angle interne et celle des inf. se pro-
longe ordinairement au delà du milieu du bord terminal
ou jusqu’à l’angle anal.
15 Ford du dessus blanchâtre ou jaune.
Fond du dessus d’un jaune orangé ou d’un rouge orangé.
16 Env. 45-50 mm. Bordure noire des sup. avec les taches
claires qu’elle contient pas bien tranchées ; les dernières
quelquefois très grandes ou réunies en une bande presque
continue.
55-60. Bordure noire des sup.
qu’elle contient bien tranchées.
17 Taches marginales noires en dessous des sup. bien
marquées.
Taches marginales noires en dessous des sup. effacées. Dessus
Env. et les taches claires
LE BISON
LE NATURALISTE
à peu près comme dans Edusa ab. Helice Hb. (n° 18); se
distingue par sa taille plus petite, les inf. plus claires et
la bordure plus étroite avec les taches claires de la
bordure plus nombreuses et plus marquées sur les sup.
et plus grandes et plus anguleuses sur les inf. Distincte
de l’Érate ab. Pallida Stgr. (n° 18) aussi par la tch. disc.
non pupillée de blanc en dessous et par le fin plus
large de la bordure noire ou l’angle interne. (Descript. -
du type sous N° 8 et n° 26.)
Myrmidone Esp. Ab. — Alba Ster.
Compar. C. Palaeno L. Ab. — Werdandi H. S. (n° 12).
18 Tch. disc. des sup. pupillée de blanc en dessous. Bordure
noire des sup. pupillée de blanc en dessous. Bordure
noire des sup. n’atteignant pas dans toute sa largeur
l'angle interne. Fond du dessus d’un jaune soufre.
Bordure noire fondue à la côte avec le fond jaune ct
divisée par des taches grandes de la couleur du fond. Du
reste comme dans le c* (n° 12). L’ab. Pallida Ster. est
plus grande que le type avec le fond d’un blanc jau-
nâtre et les taches claires dans la bordure des-inf.
quadrangulaires. Env. 50 mm. {
Erate Esp. ©.
Tch. disc. des sup. non pupillée en dessous. Bordure noire des
sup. atteignant dans toute sa largeur l'angle interne et
non fondue à la côte avec le fond d’un blanc jaunâtre.
Taches claires de la bordure connue dans le type (n° 26)
mais moins tranchées. Inf. plus ou moins saupoudrées
de vert foncé avec la tch. disc. d’un d’un jaune orangé
clair. Du reste, semblable au type. Ressemble aussi à
VErate ab. Pallida Stgr. ainsi qu'à la Myrmidone Esp.
ab. Alba Stor. (n° 17) et Hyale L © (no 14). — Env.
45-58 mm.
| Edusa F. ab. © Helice Hb.
Comp. Hyale L. var. Sareptensis Stgr. ® (no 14),
K. BRaAMsON.
(A suivre.) (de Ekaterinoslaw.)
D'EUROPE
L'an dernier, le Maturaliste a publié une note de
M. Gutman sous ce même titre, mais l’auteur n’envi-
sageait que l'animal au point devenu historique. Il
CL
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CNY 44,
Le BISON d'Europe d'après une gravure du xvue siècle.
reste à dire quelques mots rapides sur le Bison
d'Europe en tant qu’espèce.
Le Bison, le Wisent des Allemands, le Subr des
AA
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ñ
LE BISON D'E
96 LE NATURALISTE
Polonais, dit Vogt, n’existe plus aujourd'hui que
dans la grande forêt de Byalowicza, gouvernement
de Grodno en Lithuanie, et au centre du Caucase,
dans le voisinage des sources du Térek el du Kouban.
Le Bison d'Europe est un fort animal, puissant : un
vieux taureau peut atteindre jusqu'à 2 m. 30 de
hauteur au garrot (Vogt). La tête a le front bombé et
large, les oreilles courtes, le mufle boursouflé et
élargi; deux petites cornes rondes et pointues, qui
se courbent en haut, sont placées de telle sorte que
les pointes se trouvent au-dessus des bases implan-
tées latéralement sur les bords du front. Les jambes
sont courtes et massives, les sabols arrondis, les
ergots petits, la queue courte, épaisse, garnie d’un
pinceau terminal. Une toison épaisse, constituée de
laine et de longs poils mous, forme une sorte de
crinière, enveloppant la tête, le cou, le poitrail, les
épaules et le garrot; elle s'allonge considérable-
ment sur le fanon du cou, entre les cornes et le gar-
rot déjà relevé par lui-même, de sorte que l’animal
paraît porter une bosse. La lLoison serrée, mais plus
courte, se continue sur tout le corps. La couleur est
d’un brun noirâtre sur le dos, plus claire sur les
flancs. Chez les jeunes animaux, le poil est plus
mou et plus court que celui des vieux. Le mâle dif-
fère de la femelle par sa taille plus grande, sa tête
plus forte, son front plus large, ses cornes plus
courtes. Les Bisons vivent en troupeaux autrefois
très nombreux, sous la conduite d’un vieux mâle,
les troupeaux sont de 15 à 20 individus en étéet de
30 à 40 en hiver. Chaque troupeau a son domaine
fixe d’où il ne s’écarte pas.
Le Bison femelle ne met bas qu’une fois tous les .
trois ans, et, lorsqu'elle a atteint un certain âge,
elle reste stérile pendant plusieurs années avant de
concevoir à nouveau. On a remarqué que les bisons
se multiplient plus rapidement en captivité qu’en
liberté. Les jeunes ou taureaux sont toujours fa-
rouches, et les vaches, quoique beaucoup plus do-
ciles, tuent invariablement les veaux lorsque ceux-
ci ont été touchés par des mains humaines.
Nous donnons ci-contre la figure du Bison, d’après
une vieille gravure de Joannes Jonstomes de 1650,
puis une belle planche représentant l'animal d’après
un récent document russe.
lafluence de la domination arabe dans la Faune
DE L’ANDALOUSIE
On sait que les anthropologistes etles cthnographes étudient
avec soin les influences des diverses raccs humaines qui ont
habité une contrée, sur celles qui les peuplent actuellement.
Mais je ne crois pas qu’on ait encore fait une étude analogue
concernant les animaux qui peuplent les diverses régions au
point de vue de l’infiuence des diverses populations humaines
dans la propagation des espèces zoologiques. Il est vrai qu’on
ne peut rencontrer que rarement un ensemble de circonstances
nécessaires pour pouvoir fixer d’une manière certaine ce qu’il
y aurait d’indigène ou d’importé dans la faune d’une région.
Les études que je poursuis sur la faune vivante et fossile de
la basse Andalousie m’ont permis de tirer quelques conclusions }
à ce sujet. En ce qui concerne les plantes, on a fait de nom-
breuses études sur l’origine des ‘espèces importées dans di-
verses régions, mais ces études ne peuvent avoir que rarement
de valeur comme preuve du séjour d’un peuple dans cette con-
trée à cause de la propagation facile et des moyens variés que
possèdent les végétaux. Les animaux offrent un champ de
recherches beaucoup plus sûr, pourvu qu’on laisse de côté
certains groupes, tels que les oiseaux, les chiroptères, les in-
sectes qui émigrent, et qu’on ne tienne pas compte des groupes
dont le transport est dû à l’homme, d’une manière soit inten-
tionnelle, soit fortuite. On ne doit pas non plus se baser sur
les races domestiques, car elles peuvent avoir été introduites
dans la région par accident ou dans un but commercial et
toujours à une époque impossible à déterminer. Je ne parlerai
pas non plus de l’influence des races de chevaux arabes dans
certaines races de l’Andalousie, ni de l’âne pur arabe qui vit
encore ; je me borncrai à quelques exemples tirés des animaux
sauvages. En 1879, le Dr Servain dans une excursion malaco-
logique qu'il fit dans l'Espagne recueillit dans les alluvions du
Guadalquivir plusieurs échantillons appartenant à des espèces
nouvelles d’un mollusque du genre Cælestele. M. J. R. Bour-
guignat (1), en décrivant ces espèces, fit remarquer que, jus-
qu’alors, on ne connaissait le genre en question que dans l'Inde
où Benson l’avait découvert, dans l'Arabie où Issel le trouva
ensuite, et en Espagne, d’où Servain le rapporta. Mes recherches
personnelles montrent que seuls les dépôts d’alluvions entrai-
nés par le Guadalquivir, et non ceux d’autres cours d’eau, ont
fourni jusqu’à présent des Cœlesteles (2). L’isolement de cette
région, et la grande distance qui la sépare de la mer Rouge,
ont obligé M. Bourguignat à expliquer la présence de ces petits
gastéropodes sur les bords du Guadalquivir comme le fait d’une
acclimatation accidentelle due à des transports de plantes ou
d’arbustes de l'Inde ou de l’Arabie. Ces animaux, trouvant un
climat favorable à leur développement, se seront propagés en
se sélectant en des formes spéciales, sous l'influence desmilieux
nouveaux dans lesquels ils se sont acclimatés. Peut-être même
d’autres mollusques assez rares que j’ai récoltés dans les bords
du Guadalquivir, et qui sont à l'étude, auront une même ori-
gine. Parmi les arachnides, je crois que cette origine est très
probable pour la Gluira dorsalis Latr., le seul solifugue curo-
péen très abondant dans les bords de ce fleuve.
M. le professeur Machado (3) a indiqué la Testudo marginata
Schæff. comme vivant librement dans quelques endroits de la
province de Huelva; mais M. Boscà (4) pense que son nom
vulgaire de éortuga inorisea indique qu'elle aura été importée
d'Afrique. Si elle est réellement abondante et naturalisée, son
importation doit être ancienne et probablement de l’époque de
la domination arabe.
Cette origine est indiscutable à mon avis en ce qui concerne
le curieux mammifère appelé dans le pays meloncillo, variété
de l’Herpestes ichneumon L., l'unique espèce de sa famille re-
présentée en Europe. Il vit exclusivement dans la basse Anda-
lousie, en troupes, sans que jamais on le trouve dans aucune
autre région de l'Espagne. Le naturaliste Gray décrivit cet
animal comme une espèce nouvelle, mais on sait aujourd’hui
qu’elle n'est qu’une variété africaine du Herpestes ichneumon L.
M. Puiggener (5), d'accord avec moi sur ce sujet, a fait
remarquer que le meloncillo est un carnivore introduit en Es-
pagne, apprivoisé par les Arabes, revenu par accident, à l’état
sauvage et deyenu par suite une nouvelle variété en s'adaptant
aux nouvelles conditions du milicu. On sait que l’Herpestes
était considéré comme animal sacré en Egypte et qu'une de
ces espèces se trouve en domesticité au Bengale, où elle rend
les mêmes services que les chats chez nous. M. Regnera (6)
dit aussi qu’à Montoro, dans la Sierra Morena, il les a vus en
domesticité. Cette circonstance explique que les Arabes pou-
vaient faire venir l'Herpestles en Espagne avec leurs animaux
domestiques.
Je mentionnerai finalement la troupe de singes de Gibraltar
(4) Description de diverses espèces de Cœlestels et de Pala-
dilhia. Angers, 1880,
(2) Calderon. Una cuestion de gcografia zoologica. Bol. de
la Instil. libre de Ensen. 1890.
(3j Herpetologia hispanensis. Sevilla, 1859.
(4) Catälogo de los rept. y anfib. de España y Portugal. Anal.
Soc. Españ. de His. mat., 1871.
(5) Nota sobre el Herpesles Widdringloni Gray. Anal. Soc.
Españ. de Hist. nat. 1888. à
(6) Fauna de Sierra Morena. Madrid, 1881.
LE
NATURALISTE 97
dont on a si souvent parlé. Dans une note précédente (1) j'ai
résumé tout ce qu’on a écrit de plus important sur l'existence
de ce seul représentant des singes en Europe. Les faits démon-
trent que ce singe n’est pas originaire du sud de l'Espagne, et
toutes les considérations géologiques et paléontologiques tirées
de la présence du singe à Gibraltar n’ont pas de base sérieuse.
Blainville (2) l’envisageait déja comme une importation ana-
logue à celle de l'ile de Bourbon où ces bêtes se maintiennent
.sous la protection de l’homme. Mais d’après M. G. Smith, une
ancienne légende arabe parle du singe à Gibraltar; il faut
donc rapporter à l’époque de la domination de ce peuple lim-
portation du Jnuus ecaudatus.
Peut-être trouvera-t-on peu concluant les faits pour rapporter
au séjour des dominateurs orientaux l'existence en Andalousie
desdites espèces, plutôt que de considérer les bètes comme les
descendants de la faune post-pliocène à l’époque antérieure à
la rupture du détroit de Gibraltar. Certainement, dans plusieurs
cas, la provenance arabe ou pré-arabe des animaux est très
incertaine, mais dans d’autres cas la paléontologie et la géo-
graphie zoologique peuvent résoudre la question. Les belles
explorations des cavernes de Gibraltar par Falkoner et Busk (3
ont amené la découverte des ossements de diverses espèces
purement africaines, comme la Hyæna brunnea, le Lynx vul-
garis, le léopard, le serval et le cerf de Barbarie. La plupart
n'ont pas de représentants actuels en Andalousie; par contre
aucun reste fossile du singe, ni des autres espèces que J'ai attri-
buées à une importation humaine, n'a été rencontré.
Ces importations se caractérisent en outre par leur tendance
à se localiser et à disparaitre. Ainsi l’Herpestes devient chaque
jour de plus en plus rare : il n’existe mème plus dans cer-
tains endroits où leurs troupes étaient encore abondantes il y
a vingt ans. Le même fait se produit avec le singe de Gibraltar
qui s’y maintient grâce aux soins de l’administration anglaise,
qui a déjà dû faire venir un mâle du Maroc pour empêcher
l'extinction de cette petite colonie.
J'incline par analogie à attribuer la même origine à un
rongeur essentiellement marocain, le porc-épic, qui existait
certainement en Andalousie et en Estramadure il y a une cin-
quantaine d’années et qui, d’après les recherches faites à mon
instigation par le Dr Adame (4), a complètement disparu de
l'Espagne.
Des recherches plus approfondies sur d’autres groupes Z00-
. logiques pourraient peut-être augmenter le nombre des docu-
ments sur l'influence du long séjour des Arabes en Espagne
sur la faune de ce pays ; mais je me borne aux preuves les
plus certaines, n’ayant pour but présentement que de faire
entrevoir les lumières que l'influence des hommes et la géo
graphie zoologique peuvent se jeter mutueilement.
Salvador CALDERON (de Séville).
DESCRIPTION D’UNE NOUVELLE ESPÈCE D'AMPULLAIRE
Aumpullaria Brohardi
Testä ovato-globulosä, lenui, supernè planulatä, obliquè
shriatä, virescente ; apice erosä, aperturd magnä supernè qua-
dratd, intus purpurascente ; umbilico minimo, labro incrassato
margine columellarie flexo ; operculo calcareo.
Dimension : longueur : Tcentimètres ; grand diamètre : cen-
timètres, longueur de l’ouverture : 5 centimètres : : largeur à la
base : 3 centimètres
Coquille ovale globuleuse ; test assez mince ; sommét déprimé
et présentant une surface plane comme celle de certains cônes
(conus lifteratus millepunctatus, proteus); coloration gé-
nérale verdâtre ; stries obliques un peu saiïllantes formant de
légères ondulations sur la coquille. Ombilic en partie recouvert
par le bord columellaire. Ouverture de la coquille grande,
large et arrondie à la base, plus étroite et carrée au sommet,
d’une nuance violacée à l’intérieur, rougeâtre sur le bord colu-
mellaire. L’opercule est calcaire et épais; de forme oblongue
allongée, il ne forme pas exactement la partie supérieure de
l'ouverture qui est carrée.
(4) Calderon. Nota sobre la existencia del Inuus en Gibral-
tar. Anal. de la Soc. Españ. de Hist. nat., 1889.
(2) Ostéographie. Chap. Primates.
(3) Quart. Journ. Geol. Society, t. XXI.
(4) Nota sobre el Zyxtris cristata L., Anal. Soc. Espan. de
Hist. nat., 1888.
Cette particularité pourrait faire supposer que cette coquille
west qu'une monstruosité ; nous ne pouvons admettre cette hy-
pothèse, car l’unique exemplaire que nous possédons est adulte
Ampullaria Brohardi (espèce nouvelle). Grand. nat.
et parvenu à son entier développement, et la coquille ne pré-
sente aucune trace de fracture ancienne ni de déformation acci-
dentelle.
Cette belle espèce à été recueillie par M. Brohard, conduc-
teur de travaux publics au Cambodge, Nous la tenons de notre
excellent ami, M. Jumeau, architecte à Béziers, qui l’avait
reçue de M. Brohard et a bien voulu s'en dessaisir en notre
faveur. C’est pour nous conformer au désir de notre ami que
nous l’avons nommée Ampullaria Brohardi en souvenir deson
inventeur mort depuis quelques années au Cambodge.
M. Brohard avait trouvé cette ampuliaire dans un petit lac
situé derrière la ville de Pnom-Penh (Cambodge) ; au moment
où il la captura elle rampait sur desplantes aquatiques, sur les
bords de ce lac dont l’eau est un peu stagnante. Placée dans
un aquarium, elle vécut environ cinq semaines, se nourrissant
de racines de plantes aquatiques. M. Brohard n'a fait aucune
remarque sur animal vivant.
; Albert GRANGER.
SOCIÉTÉ PHILOMATIQUE DE PARIS
M. H. Fuoz décrit et figure le crâne, jusqu'ici inconnu, de
l'Anthracotherium minimum, d’après une pièce en bon état
recueillie par M. Vasseur à la Milloque (Lot-et-Garonne):
comme celle des Hyopotames, la tête se fait remarquer par
son énorme élargissement au niveau du crâne et du front; elle
à la même allure dans les deux genres et ces nouvelles observa-
tions viennent confirmer le rapprochement que faisaient les
paléontologistes, en se basant sur le système dentaire, entre
lPAnthracotherium et l'Hyopotamus. — M. Frrmo décrit et
figure également une portion de mâchoire de Felis, trouvée
par M. Clouet près de Saintes, dans la caverne du Gros-Roc. La
Soon maxillaire que l’auteur fait connaître cest bien diffé-
rente de celle qui lui.correspond sur des Felis spelæa trouvés
dans le midi de la France, en même temps qu’elle s’éloigne de
celle des Felis spelæa de l'Angleterre. Les proportions indiquent
un animal plus petit que ne l’étaient les Felis spelæa trouvès
jusqu’à présent. Ce qui donne à cet échantillon un caractère
tout particulier, c’est dans la grande britveté de la barre,
alors que le corps de la mandibule conserve ‘une grande hau-
teur. —Note de M. Léon Var LANT, sur un nouveau genre de
Siluroïdes trouvé à Bornéo par M: Chaper. Ce genre ne ren-
ferme jusqu'ici qu'une seule espèce à laquelle l’auteur donne
le nom de Diastatomycter Chaperi; elle se distingue de l’Hemi-
silurus scleronema par la présence d’une paire ‘de barbillons
mandibulaires et par la situation de la narine postérieure. —
M. E.-L. Bouvier étudie et figure le système nerveux de la Li-
mule polyphème; il signale notamment le trajet des deux nerfs
frontaux inférieurs qui aboutissent à une fossette prébuccale
98 LE
sensorielle, puis il fait observer que les prétendus nerfs frontaux
supérieurs sont en réalité des nerfs tégumentaires récurrents qui
suivent sensiblement le trajet du nerf optique, pour se dis-
tribuer aux téguments ventraux dans la région située en arrière
de Pœil. — M. V. Tnésaurr donne une anatomie détaillée
du larynx du Casoar à casque femelle; il décrit spécialement et
figure les muscles jusqu'ici peu connus qui font partie de cet
organe. — M. L.-F. Hennecux étudie et représente certains
stades du développement du Smicra clavipes, chalcidien para-
site à l’intérieur des larves de Sératiomys. Il se forme une mem-
brane embryonnaire unique par un processus très différent de
celui qui donne naissance à l’amnios des autres insectes. Lors-
que l'embryon est bien constitué, les cellules dela membrane
se dissocient et subissent une dégénérescence graisscuse. L’œuf
emprunte par endosmose, au sang de l’hôte, les matériaux
nutritifs nécessaires à son développement. Longtemps encore
après son éclosion, la larve ne paraît se xourrir qu’aux dépens
du sang de son hôte. — M. P1z0oN décrit, avec une grande pré-
cision, le développement de l'appareil vasculaire colonial dans
les colonies d’Ascidies du groupe des Botryllidés. Il a étudié
le système vasculaire colonial de la larve fixée, celui de chaque
blastozoïle, et a suivi la complication de cet appareil à mesure
que de nouveaux individus s’ajoutent àla colonie. — M. Cx. Cox-
TEJEAN observe que les parois stomacales de la Grenouille, dont
les sécrétions sont normalement acides, sécrètent pendant la
période d'activité de l’ovaire des produits alcalins; il attribue
ce fait à la circulation de l'estomac qui est alors très réduite, et
il montre quelle part le système nerveux et le développement
des organes sexuels prennent dansla production de ce phénomène.
— M. CoNTETEAN a réalisé en outre l'expérience de Sténon sur
des Mammifères nouveau-nés, et il à trouvé que le système ner-
veux de ces derniers, bien moins actif que celui des adultes,
résiste aussi plus longtemps à la privation de l’apport des ma-
tériaux nutritifs du sang. Chez un chien nouveau-né, trois heures
après la ligature de l’aorte en arrière du diaphragme, des mouve-
ment en apparence volontaires se produisaient encore dans les
pattes postérieures. — M. E.-L. Bouvrer étudie le contenu des
cellules graisseuses du foie chez les Crustacés décapodes. Ces
corps gras sont solides à la température ordinaire chez les Pagu-
riens terrestres et liquides chez les autres crustacés jusqu'ici
étudiés. Les Paguriens terrestres se font en outre remarquer
par une quantité de graisse beaucoup plus considérable que les
crustacés aquatiques, ce qui tient certainement à leur activité
musculaire qui est plus développée. — M. Cv veauD donne
la description et la figure du microzèle, appareil pour la pré-
päration, la recherche et le montage des coupes.
Ne
RHIZOPODES ET FLAGELLÉS
Parmi les Protozoaires, un groupe trés important est celui
des Rhizopodes; un autre groupe non moins intéressant est
celui des Flagellés : d’une manière générale, il est facile de
distinguer les représentants de l’un et l’autre groupe.
Les Rhizopodes se déplacent au moyen de pseudopodes : ce
sont des prolongements du protoplasma fondamental qui s’al-
longent, s’élargissent, s’étirent, rentrent dans le corps pour se
montrer à nouveau, ils changent plus ou moins rapidement de
forme et de position. Fréquemment, ces pseudopodes se
montrent sur toute la surface du corps comme dans les Acti-
nophrys, Vampyrella, Nuclearia et certaines amibes; [d’autres
fois, ils sont localisés en un point déterminé du corps qui
correspond à l'aire d’ingestion des aliments (Platoum, Groo-
mia, etc.).
Les Flagellés ont un autre moyen de progression : ils pos-
sèdent des flagellums ; ce sont, comme les pseudopodes, des
prolongements du protoplasma fondamental, mais ces prolon-
gements ont une forme fixe, déterminée, ce sont de fins fila-
ments souvent difficiles à apercevoir, leur nombre varie avec
les espèces; ils occupent en général l’extrémité antérieure du
corps et sont dirigés en avant. Le mouvement du flagellé con-
siste alors en une rotation rapide du corps sur lui-même avec
progression. Parfois, avec deux flagellums par exemple, on
trouve une disposition différente : un seul est dirigé en avant,
le second est trainé à l’arrière et joue le rôle de gouvernail.
Les flagellums, comme les pseudopodes, peuvent, à certaines
périodes du développement, rentrer dans le protoplasma fon-
NATURALISTE
damental pour en sortir à nouveau plus tard; mais il n’est pas
rare également de voir ces flagellums se détacher, lorsque les
conditions de milieu deviennent défavorables.
Il semble, d’après la différence dans la nature de ces organes.
de la locomotion, qu'il est toujours facile de distinguer un
Rhizopode d'un Flagellé et que les deux groupes sont bien dis-
tincts, bien tranchés : ce serait une grave erreur de le croire.
L'histoire de ce petit être que j'ai maintenant à décrire sous le
nom de Ciiophrys marina sp. nov. en est une preuve mani-
feste.
Comme son nom l'indique, il habite la mer, se nourrissant
de débris d’algues. Pour l'obtenir en grande quantité et l’ob=
server facilement rien de plus facile. ne suflit de ramasser dans
une cuvette, avec de l'eau salée, ces lames vertes qui souvent
tapissent entièrement les rochers : ce sont des Ulves; on les
rencontre en abondance sur toutes les plages, depuis le bord
du rivage jusqu’au niveau des basses mers. Si l'on abandonne
la culture à elle- -même, l’algue se décolore plus ou moins vite :
l’eau se peuple donnees divers et il est bien rare que le
Cilioplu'ys marina ne s’y trouve pas en majorité respectable.
Si vous n’avez pas la mer à proximité, le malheur n’est
pas irréparable : le Ciliophrys marina a un frère ainé qui
habite les eaux douces : c’est le Ciliophrys infüsionum décou-
vert et étudié par Cienkowski : il vous montrera les mêmes
transformations.
Revenons au Ciliophrys marina pour lequel on nous per-
mettra d’avoir une préférence marquée : il se développe tout
aussi bien sous la forme « Rhizopode » que sous la forme
« Flagellé » et ses transformations sont véritablement surpre-
nantes.
Sous la forme Rhizopode, c’est une petite sphère de proto-
plasma ayant un diamètre de 10 y en moyenne; ce protoplasma
est nu; il n’est pas recouvert d'une membrane, il donne naïs-
sance par toute sa surface à de très nombreux pseudopodes
longs et ténus (fig. 1-2); selon les individus, ce protoplasma
est tantôt à peu près complètement hyalin, tantôt chargé de
globules graisseux comme chez les Acinétiens. Au centre du
corps se trouve le noyau (fig. 1), il n’est visible qu’à l’aide de
réactifs ; ce noyau est nucléolé; il est parfois facile de voir de
petites vacuoles dans le protoplasma.
Souvent, le Ciliophrys n'a aucune nourriture ingérée;
d’autres fois, on distingue un granule de chlorophylle dans
une vacuole (fig. 3).
La division se produit fréquemment pendant la vie active
par simple étirement (fig. 6); souvent aussi, à ce moment, une
vacuole grandit démesurément et paraît servir à la rupture
définitive de la mince travée qui réunit les deux parties
(fig. 4-5).
La multiplication à ce stade « rhizopode » s'opère encore
d’une manière différente : le Ciliophrys s'arrête, rentre ses
pseudopodes, se sécrète une mince membrane et reste ainsi
quelque temps à l’état de repos; puis, en deux points opposés,
deux individus, encore réunis à l’intérieur de l’enveloppe, se
montrent à l’extérienr avec leurs pseudopodes (fig. 7), ils se
dégagent bientôt tout à fait (fig. 6), et alors, ou ils se dis=
persent isolément ou ils se réunissent momentanément en un
seul individu (fig. 9) : la séparation définitive a lieu plus tard;
cela rappelle beaucoup ce qui a lieu dans les sporanges des
Vampyrelles.
L’enveloppe abandonnée est mince, incolore, sans structure;
on ne distingue aucun résidu d'aliments, le rejet de ces der-
niers ayant lieu avant la formation du sporange.
Souvent, plusieurs individus se touchent par leurs pseudo=
podes (fig. 10), se rapprochent au contact, se fusionnent : ce
sont toutefois des réunions passagères dans lesquelles les
noyaux restent distincts et qui n’ont aucun caractère de sexua=
lité; on observe de semblables associations chez beaucoup de
Rhizopodes. 11 faut remarquer, qu’ à cet état, le Ciliophrys ou
plutôt la colonie ainsi formée peut retirer ses pseudopodes et
s’entourer d'une membrane pour former un sporange : On }
distingue encore une sorte de limite entre les individus
(fig. 21).
Rien n’est plus curieux que d'assister à ia transformation en
« Flagellé » de ce « Rhizopode »; elle se produit si brusque
ment que l’observateur reste tout étonné d’une pareiïlle méta= M
morphose s’accomplissant sous ses yeux. En un point qui sera
la partie antérieure du « Flagellé » pousse rapidement un long
flagellum (fig. 11); les pseudopodes se raccourcissent en s'épais-
sissant (fig. 12, 13, 18), et, en même temps que le contour du
corps se nivelle, souvent même avant, le Flagellé part d'un
LE NATURALISTE
99
mouvement assez vif et le flagellum dirigé en avant (fig. 12, 14) :
la forme normale du Ciliophrys, à ce stade, est ovalaire
(fig. 15, 16). j
Sous cette forme, cette espèce est susceptible de se nourrir,
de se diviser, de s’associer tout comme au stade rhizopode;
ainsi, on trouve des individus avec une vacuole renfermant des
aliments (fig. 46); d’autres sont réunis par deux (fig. 11) et
voyagent ainsi accouplés, quelques-uns sont en division longi-
tudinale (fig. 19); enfin, il est possible de les voir s’arréter,
S’'arrondir et s’entourer d'une membrane (fig. 20).
La structure d’ailleurs n’a pas varié; le protoplasma est hay-
lin ou granuleux;
les vacuoles ne
semblent pas avoir
une position fixe
(ig. 43, 14); enfin,
vers le centre, se
trouve le noyau
nucléolé (fig. 18).
Le Ciliophrys
doit-il être placé
dans le groupe des
Rhizopodes ou
dans celui des Fla-
gellés ? On peut
avec autant de
raison le classer
dans l’un ou dans
Pautre; pournous,
sa place est entre
les deux : c’est un
trait d'union si
parfait même que
Ciliophrys marina, sp. nov. Grossissement : 500.
des granulations réfringentes qui se trouvaient à la partie
postérieure du corps.
À partir de ce moment, les changements de forme se succé-
dèrent rapidement : un troisième flagellum se forma à côté du
flagellum postérieur avec tous les caractères de finesse et de
fixité ordinaires (fig. 2) ; ensuite, il se raccourcit légèrement en
augmentant son diamètre, se rapprocha de l’autre et se fusionna
avec lui à partir de la base (fig. 3). On pouvait suivre
facilement cette fusion : la fusion opérée, ce flagellum
diminua de diamètre en affectant l’aspect d’un pseudopode
hyalin groset court; un second, de même nature, poussa
rapidement à côté
et tous deux se
fondirent encore
ensemble pour s'é-
tirer ensuite en fla-
gellum ordinaire,
un gros renflement
noduleux se ren-
dit de la base à
l’extrémité.
La série des mo-
difications se ter-
minade la manière
suivante : le flagel-
lum revint à l’état
de pseudopode et
se déplaca perpen-
diculairement au
corps de la base
Vers sa partie
antérieure pour
revenir ensuite de
: 1-2. Deux aspects différents. — 3. Un individu avec sa vacuole digestive e. — 4-5. Di- A ë
’on ne saurait en SE VENTRE Jesse : Nc e Ë Ë mêm i
Rene el. vision à l’aide d’une vacuole v. — 6. Division par simple étirement. — 7-8. Deux la ] ï: sn À
SUPPOSE individus sortant d’une sporange. — 9. Fusion des deux individus à l’extérieur du *à P'ace orainaire
leur. sporange. — 10. Union de trois individus. — 11-14. Passages de la forme « rhizo- (fig. 4-5). Ilse fu-
On voit par là
‘combien il est im-
pode » à la forme « flagellé », — 15. La forme normale du flagellé. — 16. Vacuole
digstive e. — 17. Deuxflagellés réunis et progressant de concert.— 18. Un flagellé
sionna une troi-
l à ce sième fois avec
portant d'étudier avec son noyau et son contour lobé. — 19. Début d’une division. — 20. Individu un second pseudo-
un être dans tout au repos. — 21. Plusieurs individus réunis au stade de repos. pode de même
son développe-
ment pour le connaitre.
Il est également nécessaire souvent d’étudier un organc
dans tout son développement pour en trouver la véritable si-
gnification; examinons à ce point de vue les fflagellums des
Cercomonas.
« Les Cercomonas, dit Dujardin, ne diffèrent absolument des
Monades que par un prolongement postérieur, formé par la
Substance même du corps qui s'agglutine au porte-objet et
S'étire plus ou moins de manière à n'être tantôt qu’un tuber-
cule aminci, tantôt une queue allongée transparente, tantôt
enfin un filament presque aussi fin que le filament antérieur et
susceptible d’un mouvement ondulatoire, mais bien souvent
j'ai cru voir les Monades passer par degrès à l’état de Cerco-
monas. »
Nous rapportons l’espèce dont nous allons décrire les modi-
fications au Cercomonas crassicauda sans essayer de décider si
c’est bien là l’espèce décrite par Dujardin : c’est du moins, il
semble, celle dont Stein a, sous ce nom, décrit plusieurs
aspects.
Au moment où nous avons commencé l'observation, le Cer-
comonas avait sa forme normale (fig. 1), le corps était ovale; le
protoplasma hyalin, le noyau nucléolé central ou un peu anté-
rieur, au-dessous du noyau, existaient quelques granulations
réfringentes ; à l'avant, se trouvait un flagellum de la longueur
du corps, légèrement aminci vers son extrémité ; à l’arriére,
était traîiné un second flagellum excessivement long : son dia-
mètre était aussi faible que celui du flagellum antérieur sans
aucune différence appréciable de grosseur dans toute sa
longueur. ;
A cet état, le Cercomonas progresse assez rapidement en
tournant sur lui-même à la manière d’un Anisonema, par
exemple. Sous quelle influence éprouve-t-il les modifications
qui vont suivre ? Peut-être y a--il réaction du protoplasma
contre un milieu anormal comme dans certaines expériences de
Zacharias, ou bien est-ce là simplement-une propriété particu-
liëre du protoplasma de cet être. C’est à la suite d’une expul-
sion des résidus de la digestion que ces modifications se
produisirent : le Cercomonas s’arrêta un instant et rejeta
brusquement, par une rupture de sa surface, quelques-unes
nature et très ra-
pidement s’eflila en flagellum ordinaire (fig. 6).
Le Cercomonas crassicauda avait repris sa forme normale :
il la conserva pendant une demi-heure encore que dura l’obser-
vation.
On peut donc dire que les flagellums ne sont que du proto-
Cercomonas crassicauda Dujardin.
1. Aspect normal du flagellé avec ses deux flagellums. —
2. Un troisième flagellum se montre à l’arrièére. — 3. Ii
se fusionne avec l’autre flagellum postérieur. — 4-5. Di-
verses transformations en pseudopodes.— 6. Retour à la
forme normale.
plasma condensé, étiré, ce qui rend bien peu probable l’exis-
tence dans ces organes d’une structure particulière autre que
celle du protoplasma lui-même; on peut ajouter à cette pre-
mière constatation que les flagellums peuvent dériver directement
de la transformation de pseudopodes, tandis qu’inversement un
flagellum peut repasser à l’état de pseudopode.
Partout le progrès à une tendance à niveler : il s’affirme
dans les sciences naturelles par la suppression progressive des
lacunes qui séparent les êtres organisés et leurs groupements.
P.-A. DANGEARD.
100 LE
LIVRE NOUVEAU
Eléments d'anatomie comparée par RÉMY PERRIER. 1re partie
(pages 1 à 544) (1).
Allons-nous cesser enfin d’être tributaire de l’étranger pour
les ouvrages classiques d'anatomie comparée? Si l’on met à
part l’œuvre magistrale. de Milne-Ewards sur l'anatomie et
la physiologie comparées, nous manquons absolument de tra-
vaux synthétiques récents sur cette branche pourtant si fran-
caise des sciences naturelles, et nos étudiants sont obligés
d’avoir recours aux ouvrages, souvent mal traduits et dans tous
les cas peu adaptés à notre tournure d’esprit, des savants
étrangers. N’avons-nous pas tous päli sur le Traité de Gegen-
baur et n’étions-nous pas obligés, pour comprendre ce texte
parfois fort obscur, de consacrer de longues études aux mono-
graphies ou aux mémoires originaux ?
La jeunesse des Ecoles saura gré à M. Rémy Perrier d’avoir
habilement coordonné et réuni, dans un ouvrage bien francais
d’allure, les travaux classiques sur l’organisation des animaux.
Elle possède maintenant le vade-mecum qui nous manquait, et
l'expérience m’a prouvé déjà qu'il lui rendrait les plus grands
services. On est un peu dépaysé quand on passe de la lecture
de Gegenbaur à celle du livre de M. Perrier. Les sciences natu-
relles ont fait d'immenses progrès depuis dix ans et nous
sommes agréablement surpris de voir la tournure nouvelle et
fort originale qu’elles présentent. Comparez, je vous prie,
le chapitre des Echinodermes dans les traités classiques et
dans celui que je vous présente; c’est une transformation
complète et l’on s'étonne à bon droit du chemin parcouru : il a
fallu à l’auteur une grande habileté et une étude fort conscien-
cieuse des travaux récents, pour mettre au point et rendre
claire l’organisation si compliquée de ces animaux, dont l’orga-
nisation était autrefois considérée comme rudimentaire. Lisez
aussi le chapitre consacré aux Brachiopodes, aux téguments et
aux appendices des Articulés, et vous verrez avec quel art l’au-
teur a su enchaïner les faits, avec quelle précision il a su les
présenter.
Et j'en dirai autant de toutes les autres parties de l’ouvrage.
Les généralités du début nousprésentent, sous une forme concise
et claire, l'exposé des théories philosophiques sur la descendance
et celles, souvent admirables, des illustres naturalistes qui ont
précédé la génération actuelle. L'auteur a su choisir ce qu’il y
a de fondé dans chacune d'elles, et il à donné pour cadre à son
ouvrage une des plus célèbres d’entre elles, la théorie de l’unité
de plan de composition, en la restreignant dans les limites où
elle ne cesse pas d’être sensiblement exacte. C’est ainsi qu’au
lieu de suivre, à l’exemple de Gegenbaur, un même appareil
dans toute la série animale, il limite cette étude aux groupes
homogènes seulement, si bien qu’on passe successivement en
revue, sous une forme synthétique et comparative, tous les
appareils et tous les organes d'un même groupe. Cette méthode,
la seule logique au point de vuc scientifique, est incontesta-
blement d’une commodité extrême en ce sens qu’elle rattache
intimement l’étude de l’anatomie à celle de la zoologie.
Le volume qui vient de paraître comprend tous les inver-
tébrés à l’exception des Plathelmintes, des Mollusques, des
Tuniciers et des Vertébrés. Il est orné de 311 figures dont
beaucoup sont originales ou relevées dans les mémoires les
plus récents ; c’est la première fois, à ma connaissance, qu'on
feuillette en France un ouvrage sans rencontrer constamment
des figures vues el revues déjà cent fois. Certaines de ces
figures ont été modifiées par l’auteur et réduites en schémas fort
clairs, d'autres sont tirées à part et forment trois planches en
couleur dans le corps même de l’ouvrage.
Les étudiants pour la licence et pour l’agrégation, et tous
ceux qui s'intéressent de nos jours aux progrès de l'anatomie
comparée, étudieront ou consulteront avec fruit le traité de
M. R. Perrier. Sorti des mains d’un travailleur qui a pu cons-
tater, il n’y à pas longtemps, les lacunes et les défauts des
ouvrages aujourd’hui en cours, il sera bien accueilli par les tra-
vailleurs et à coup sûr occupera bientôt une des premières
places dans leur bibliothèque.
E.-L. Bouvier.
(1) 17e partie, page 1 à 544, avec 311 figures dans le texte et
trois planches en couleurs, prix 10 francs, franco, 10 fr. 80.
(L'ouvrage complet formera un volume d’environ 900 pages ; le
prix de l’ouvrage complet sera de 20 francs.) Chez J.-B. Baiïl-
lière, éditeur, et aux bureaux du Journal.
NATURALISTE
ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance du 214 mars. — Note de M. 4rm. Gaulier sur
l'origine des matières colorantes de la Vigne, sur les acides
ampelochroïques et la coloration automnale des végétaux.
D’après M. Gautier, le pigment de l'enveloppe du grain de
raisin vient de la feuille d’où il émigre pour venir se fixer et
s’oxyder dans le fruit. L'auteur conclut de ses observations
que la coloration automnale des végétaux nest pas duc aux
altérations successives de la chlorophylle, mais à des pigments
qui se mélent au pigment chlorophyllien, lequel, à cette époque,
jaunit et tend à disparaître. — Note de M. Ranvier sur les ré-
flexes vasculaires produits expérimentalement sur les oreilles
du lapin par compression de l'artère auriculaire ou par exci-
tation du nerf de Poreille du côté opposé. — M. Bouchard pré-
sente une note de MM. F. Jolyet et C. Sigalas sur l’azote du
sang. Les globules du sang fixent l’azote, et il résulte des ex-
périences que les globules ne se combinent pas avec ce gaz, |
mais agissent comme corps solides, en en retenant mécanique-
ment une certaine quantité. — M. Bouchard présente une note
de M. Lannegrace, sur l'anatomie de l’appareil nerveux hypo-
gastrique des Mammifères. Les organes intrapelviens sont
desservis par les deux plexus hypogastriques, lesquels 1eCoi-
vent chacun deux nerfs afférents : le nerf hypogastrique mé-
dullaire et le nerf hypogastrique lombaire. — M. Milne-
Edwards présente une note de M. Depéret sur la faune d’Oi-
seaux pliocénes du Roussillon. L’auteur en distingue plusicurs -
groupes, le groupe européen, le groupe indo-malais, auxquels
se rattachent diverses formes. Les espèces se rapportant au
premier groupe présentent des affinités avec les oiseaux indi-
gènes actuels d'Evrope, tandis que les autres se rapprochent
d’une facon curieuse de la faune des régions indo-malaises,
Séance du 28 mars. — M. 4. Laboulbène donne lecture
de son mémoire sur un Essai d’une théorie de la production
des diverses galles végétales. Certaines galles sont dues à des
Insectes (Cynips, Curculio, différents Diptères, Pucerons) ou
à des Acariens, d'autres au contraire sont occasionnées par
des végétaux ou des Bactéries. L’examen comparatif des galles
produites par ces animaux et ces végétaux amène M. Laboul-
bène à conclure qu’elles sont uniquement occasionnées par
les substances liquides sortant du corps des animaux ou des
végétaux galligènes et provenant des glandes génitales, des
glandes de succion, ou transsudation des parois du corps des
larves. Les piqûres, les incisions, ne peuvent pas en produire,
ainsi qu’il a pu le constater expérimentalement. —M. de Lacaze-
Duthiers présente une note de M. G. Uarlet sur le mode
d'union des anneaux de l’abdomen chez les Hyméènoptères.
— M. Milne-Edwards présente une note de M. E.-L. Bouvier sur
le développement embryonnaire des Galathéides du genre
Diptychus. Comme chez les types abyssaux les œufs sont très
gros et peu nombreux, à l’inverse de ce qui se passe chez les
formes côtières où ils sont petits en ombreux.—M. de Lacaze-
Duthiers présente une note de M. G. Saint-Rémy sur l'histo-
logie de la glande pituitaire. L'auteur conclut de ses obser-
vations que les deux sortes de cellules admises par les auteurs,
cellules principales à protoplasma réfringent, doivent étre
considérées comme correspondant à des stades différents
d'évolution d’éléments identiques.—M. de Lacaze-Duthiers pré-
sente une note de M. F. Heim sur la matière colorante bleue du
sang des Crustacés. — M. de Lacaze-Duthiers présente une note
de M.Æ. Topsent sur un nouveau Rhizopode marin, le Ponto-
myxa flava, substance sarcodique jaune qu’on trouve sur les
Microcosmus Sabalieri à Banyuls. Il est dépourvu d’enveloppe
et formé d’un protoplasma hyalin enfermant des granules
jaunes et une grande quantité de noyaux sphériques, incolores,
limités par une membrane. De plus il y à absence complète de
vacuoles. Ces caractères autorisent la création d’un genre et
d’une espèce du sous-ordre Amabæa, ct par ses pseudopodes,
il prend rang parmi les Reliculosa. — M. P. Pelseneer envoie
une note sur le systèmenerveux streptoneure des Hétéropodes.
A.-E. Marar».
Le Gérant: Émize DEYROLLE.
PARIS. — IMPR. F. LEVÉ, RUE CASSETTE, 17.
14° ANNÉE 2° SÉRIE — N° 124 1 MAI 1892
ET ITS 2 EE TG ET ON CR EE
LES ANCÊTRES DE N0OS CHIENS | Les chiens de vénerie se trouvent presque partout. Lés
premiers sont ceux d’Hircanie, nés du chien et du tigre;
on les trouve en Épire, dans le royaume des Molosses et
Il est peut-être intéressant de rapprocher des notions | en Chaonie. Chez les Perses, au dire de Mégasthène,
qui sont fournies de nos jours par les ouvrages qui | étaient les plus audacieux et les plus rapides. Dans la
traitent de l’histoire naturelle des chiens; celles qui res- | région du Thibet sont les plus grands ; dans la province
sortent de l'étude d’écrits moins modernes. Ilest permis | du Gange, ils sont si audacieux qu’ils ne craignent pas
de revenir aux œuvres des naturalistes du xvu siècle et | d'attaquer le lion.
d'examiner si, parmi les faits qu’ils ont avancés, quelques- Le chien de lièvre est excellent quand il a la tête longue
uns, oubliés par la critique, sont réellement dépourvus | et plate, les oreilles petites, pointues et dirigées en ar-
de tout caractère instructif. rière, Ces chiens ne doivent aboyer que rarement ou pas
Joannes Johnston, qui vivait à Francfort vers le milieu | du tout. Les uns sont conduits à la chasse, les autres
du xvue siècle, connaissait l’anatomie du chien qu'il | sortent seuls et reviennent à la maison avec le lièvre
avait apprise ailleurs dans une Zootomie de Marc-Aurel- | qu'ils ont attrapé; on appelle ces derniers les Vertages
Séverinus. Johnston effleure la question de la distribu- | ou Vautres.
lion géographique des chiens, il affirme qu'il n’en exis- Les chiens sagaces sont représentés par autant de va-
fait pas au Brésil avant l'expédition de Vilagagnon et | riétés que les chiens de grande chasse, En Scorie, il y a
Canis Indics 9.
Canis Indi Vos
Fac-similé des figures de Johnston (1600)
qu'ils ne peuvent vivre dans certaines îles voisines de
VArabie, Si nous arrivons à la distinction des espèces,
Je fantastique côtoie encore le réel, Autrefois, dit John-
Ston, on a trouvé, paraît-il, dans l’Hellespont, des chiens
cornus. En certaines îles espagnoles, les chiens ’aboient
pas. En Guinée, ils essaient d’aboyer, mais ils ne peuvent
y parvenir, Si, au point de vue de l'habitat, on peut les
distinguer en Épirotes, Scoticiens, Anglais, Cyréniens,
Arcades, Indiens, on peut, au point de vue pratique, les
classer en : chiens enragés, chiens d'agrément, chiens de
vénerie, chiens de lièvre, chiens sagaces, chiens de ferme,
chiens de combat et chiens inutiles.
Les chiens deviennent enragés pendant les chaleurs,
s'ils se nourrissent d’aliments et de viandes putréfiés
et attaqués par les vers.
Les chiens d'agrément ou Maltais prennent leur nom
de l’île de Malte qui immerge près du promontoire de
Pachynus en Sicile. Ils sont soit à poil long, soit à poil
court et à crinière. Ils sont de la taille des belettes des
forêts. En Gaule, on les vend dix pièces d’or. Ils sont.
très recherchés des dames.
trois espèces de chiens, dont les unes sont célèbres par
leur audace et leur vitesse, les autres, doués d’un odorat
excellent, savent trouver les poissons cachés sous les
rochers, Ils poursuivent avec tant d’habileté les voleurs
et les objets volés qu’ils ne sont même pas arrêtés par
les fleuves.
Le chien de ferme et de berger sont ceux à qui l’on
confie la garde des maisons et des troupeaux. Ils doivent
être blancs pour qu’on puisse les distinguer des loups.
Les chiens de combat viennent d'Angleterre, où l’on
élève des chiens sanguinaires. Les Espagnols se ser-
virent de tels chiens dans les combats contre les Indiens.
On les habituaït, en les nourrissant de chair humaine, à
donner la chasse aux hommes. Ils servent quelquefois
de bourreaux. Nieremberg donne quelques renseigne-
ments sur les chiens des Indiens.
Les chiens comestibles des Indiens constituaient non
seulement un aliment, mais un régal. Ils étaient nourris
d’une facon spéciale; comme d'ailleurs en Espagne, ils
étaient traités comme les chapons et ils engraissaient
nn,
LE NATURALISTE, rue du Bac, 46, Paris. F9 YVES D
(2 ad. ÿ 4)
\ CA
102
de chien, dont la société les réjouit énormément; ils en
sont aussi appelés chiens muets qui n’aboient jamais et
dont la tête ressemble à celle du renard, L'île de Cozu-
Canis Leporari,
LE NATURALISTE | - 0
Telles sont les connaissances que les naturalistes
avaient des chiens au temps de Johnston. On peut recon-
naître dans ces courtes descriptions et dans les quelques
SEP
Fac-similé de la figure de Johnston (160w)
melle les nourrit; Pline parle aussi de ces chiens, et un
auteur anonyme, dont les manuscrits furent recueillis
par Johnston, rappelle aussi qu'en Espagne existèrent
de petits chiens qui n’aboyaient jamais et grognaient
seulement.
LA NOUVELLE FLORE DES MOUSSES FT DES HÉPATIQUES
PAR [. DouIN
Ouvrage formant la 19° partie de l'Histoire Naturelle
de la France.
La nouvelle Flore des Mousses et des Hépatiques de France,
et des espèces communes d'Europe, vient de paraître; c’est
M. I. Douin, professeur au lycée de Chartres, qui en est l’au-
teur. Cet ouvrage, fait sur le même plan que la nouvelle flore
de MM. Gaston Bonnier et de Layens, comporte 1288 figures
inédites: il compose la 19e partie de l’histoire naturelle, de la
France.
Nous ne saurions mieux faire qu’en reproduisant la préface
que M. le professeur Gaston Bonnier à bien voulu écrire pour
présenter cet ouvrage.
« Parmi les divers groupes du Règne végétal, celui des
Mousses est l'un des plus intéressants à étudier. Les Mousses
et les Hépatiques sont d’élégantes petites plantes qui forment le
tapis de nos forêts, revétent les rochers ou les troncs d’arbres,
les toitures, les tranchées des chemins ombreux, les fossés
humides et croissent en masse dans les tourbières et dans les
cascades.
« Ce qui fait l'attrait de l'étude des Mousses, c'est qu’on peut
composer avec ces plantes aux formes variées de très jolies
collections, tenant peu de place, et qu’il n’est pas nécessaire
d’empoisonner. Ces végétaux conservent très bien leur aspect,
leur couleur et l’on peut examiner à loisir leurs organes déli-
cats lorsqu'ils sont desséchés; enfin, on les rencontre en toute
saison, ce qui permet d’herboriser, même au cœur de l’hiver.
(4) Nouvelle Flore des Mousses el des Hépaliques pour. la
délermination facile des espèces, avec 1288 figures inédites
(ouvrage formant la 19° partie de l'histoire naturelle de la
France), par 1. DouIn. 1 vol. broché, 5 fr.; franco 5 fr. 45
(Emile Deyrolle, 46, rue du Bac, Paris).
figures ci-contre, reproduites d’après Johnston, des races
qui, encore aujourd’hui, sont parfaitement caractérisées.
Reuy Samr-Lour.
« Celui qui à récolté presque toutes les plantes à fleurs de la
région qu'il habite trouvera, en se mettant à étudier les
Mousses et les Hépatiques, un charme aussi grand que lorsqu'il
a commencé l’étude de la botanique ; c’est un monde nouveau
et peu connu dans lequel il sera étonné de faire à chaque ins-
tant des découvertes.
« Ce qui arrêtait jusqu’à présent dans cette étude, c’était l’ab=
sence d’un livre clair, pratique, peu coûteux, conduisant à la
détermination de ces plantes d’une manière facile.
« M. Douin, dans la Nowrelle Wlore des Mousses et des Hé-
paliques, a très heureusement résolu la question. Tous les
caractères des espèces sont figurés et disposés en tableaux qui
permettent d'apprécier leurs différences au premier coup
d'œil.
« Nul doute qu'avec ce petit volume illustré, l’étude des
Mousses ne devienne bientôt très répandue et appréciée par
tous à sa juste valeur. »
Gaston BonNIER,
Professeur de botanique à la Sorbonne.
Nous terminerons en donnant un apercu de la composition
de l’ouvrage. Les premiers chapitres donnent des conseils aux
débutants, puis des notions générales sur les Mousses et sur
les Hépatiques; nous trouvons ensuite des indications pra-
tiques sur les herborisations, la conservation et la détermina=
tion, etc.; puis enfin les tableaux permettant de trouver le
nom des Mousses et des Hépatiques.
LE FER MÉTÉORIQUE DE PUQUIOS (CHILI)
ET QUELQUES PARTICULARITÉS DE SON HISTOIRE
On peut voir maintenant dans la magnifique collection
de météorites du Muséum d'histoire naturelle un petit
&
LE NATURALISTE
103
échantillon de fer tombé du ciel et dont la figure, jointe
à cet article, donne le portrait au double de la grandeur
naturelle. Il présente un intérêt exceptionnel.
Ilrésulte d’une note fortintéressante de M. E. Howell (1),
que ce fer fut acheté par le professeur Ward, de la femme
de Enrique Ravenna de Copiapo, Chili, le 26 avril 1889.
Suivant Mme Ravenna il avait été trouvé par son mari
quatre ou cinq ans auparavant, probablement en 1884,
près de Puquios, et avait été conservé jusqu’à ce qu'il
passât dans la collection Ward et Howell.
Ce fer nous est parvenu dans une condition tout à fait
Fer météorique de Puquios, Chili. Surface polie et soumise
à Paction d’un acide montrant outre la figure de Widmanns-
1ætlen une faille renfermant une brèche de froissement, échan-
tillon du Muséum. — Double de grandeur naturelle.
satisfaisante. Il avait dù séjourner très longtemps à
moitié engagé dans le sol pendant que sa surface supé-
rieur était exposée aux intempéries et aux sables char-
riés qui avaient combiné leur action pour faire dispa-
raitre la structure du fer sans l’oxyder réalisant ainsi un
objet du plus haut intérêt.
La forme générale de la météorite complète était telle
qu'on doit la considérer comme résultant de l’usure d’un
prisme rhombique, une extrémité étant usée plus que
l’autre. La surface est exceptionnellement lisse, mon-
trant seulement quelques rares dépressions. Les deux
plus grands diamètres mesurent 25,5 et 14 centimètres,
eble poids est à peine supérieur à 6 kil. 500.
Bien que la surface de ce fer soit exceptionnellement
intéressante, l’intérieur l’est bien plus encore. Les sur-
faces attaquées aux acides montrent que la masse a été
soumise à des fractures et à des dislocations ayant pro-
duit un « faillage » distinct et incontestable qui a disloqué
les figures de Widmannstætter, qui sans elles seraient des
plusrégulières. Beaucoup de ces failles sont si petiteset si
faibles qu'on ne peut songer à les reproduire sur un des-
sin, mais on les voit nettement avec une loupe. La fi-
gure ci-jointe reproduit au double de la dimension na-
turelle une surface attaquée présentant une de ces lignes
de faille qui constituent le trait spécialement intéressant
de la météorite. À ma connaissance c’est la première
fois que des failles sont notées dans un fer météorique.
= Lanouveauté de ce phènomèneet l'extrême malléabilité
| du fer météorique de Puquios, rendant presque impos-
sible à première vue la production des failles, exigent
une démonstration complète de la réalité du fait avant
qu'on puisse l’accepter : heureusement c’est ce que
RE À
(1) American Journal, 3 série, t. XI, p. 124, septembre 1890.
pit
À 1071
IT PET
nous pouvons faire par l’étude de l'échantillon con-
servé à Paris. La faille s'étend à travers toute la masse
météorique. Sa largeur maxima est d’environ 3 milli-
mètres. Un examen attentif fait découvrir des croise-
ments et des ramifications le long de cette ligne et
d’autres parties de cette section ainsi que d’autres sec-
tions font voir de petites fractures avec de légers re-
jets.
Ces failles n’ont évidemment pas été produites par la
pénétration de la masse au moment de sa chute sur la
terre, mais constituent un chapitre de son histoire géo-
logique, A cet égard M. Howell expose une opinion qu'il
convientde reproduire mais qu’il sera très aisé, je pense,
de réfuter complètement.
« Éclairé, dit-il,par des expériences faites il y a deux
ans sur le fer de Toluca, je regarde comme probable que
les failles se sont produites alors que le fer était très
chaud, peut-être au moment de son passage près du s0-
leil. Jai constaté qu'un fragment de fer de Toluca,
quoique très malléable à froid, se pulvérise sous le choc
du marteau à la température du rouge blanc. D'ailleurs
si nous admettons que le faillage de cette météorite s’est
fait dans de pareilles conditions de chaleur, il paraît né-
cessaire aussi d'admettre un choc avec quelque autre
corps. »
La cause première d’une pareille interprétation est
suivant moi la confusion à laquelle se complaisent en-
core certaines personnes entre les météorites et les
étoiles filantes. Or je me suis attaché depuis longtemps
déjà à démontrer que c’est là une assimilation aussi gra-
tuite que celle en vertu de laquelle, à l’époque de la
chute de Lucé (1772), on identifiait le phénomène météo-
ritique à l’explosion de la foudre. Les savants du siècle
dernier se fondaient sur une grossière apparence de
deux manifestations naturelles, lumière et bruit à tra-
vers les airs; aujourd'hui on est séduit par la circonstance
commune aux deux ordres de faits, du passage dans l’at-
mosphère de globes lumineux.
Mais, à côté de cette analogie unique, les traits de dis-
semblance abondent, car il ne faut pas insister sur les
résultats de l’analyse spectrale montrant dans les gaz
qu'on dégage des météoritesla même composition géné-
rale que dans la substance des comètes, puisque cette
conformité est commune à tous les corps faisant partie
de notre monde astronomique.
Les étoiles filantes, même les plus grosses, sont silen-
cieuses; les bolides à météorite sont extrêmement
bruyants et il n’y a aucune transition entre les deux types;
ce qui doit tenir à une différence au moins dans leur état
physique. En second lieu, les étoiles filantes sont pério-
diques et les météorites ne le sont pas.
Si les unes et les autres étaient deux formes d’un même
phénomène, c’est pendant les pluies d'étoiles filantes qu'il
devrait y avoir le plus de chance d’observer la chute de
pierre ou de fer. Or, il est remarquable que cela n’a pas
lieu : jusqu’en 1885 on n’avait jamais vu de météorites
coïncider avec une averse d'étoiles. Le 27 sep-
tembre 1885 il tomba cependant à Mazapil, au Mexique,
pendant une pluie estimée à 75,000 étoiles à l’heure, une
masse de fer de 8 livres anglaises, ayant d’ailleurs tous
les caractères ordinaires des météorites.
Cette rareté est d'autant plus étrange, même dans l’o-
pinion de l'indépendance absolue des deux phénomènes,
qu’il tombe de temps en temps de vraies averses de mé-
téorites, donnant jusqu’à 100,000 météorites comme on
104 LE NATURALISTE ae
l’a assuré pour le phénomène de Pultusk en 1869. Or, de
toutes ces chutes si abondantes, non seulement aucune
n’a eu lieu durant une pluie d'étoiles filantes, mais en-
core aucune ne s’est produite en août ou en novembre
qui sont les époques les plus riches en débris comé-
taires : Knyahinya est du 9 juin; Aigle du 26 avril ; Pul-
tusk du 30 janvier ; Mocs du 3 février ; etc. On ne voit pas
pourquoi d’une manière fortuite il n’y aurait pas de coin-
cidence des deux ordres de phénomènes; tellement que
si, après l’indépendance tant de fois constatée, il arri-
vait qu'un jour une ayerse de météorites coincidèt avec
une grande pluie d'étoiles filantes, on n'aurait aucun droit
d'en conclure l’identité de nature et d’origine.
IL est vrai qu'on pourrait essayer d'expliquer la nonr-
concomitance des étoiles filantes et des météorites, en
insinuant que les unes et les autres dérivant d’un même
tout, un triage s’est réalisé entre elles à cause de leurs
dimensions fort différentes. Mais alors, les éléments ainsi
triés devraient manifester de leur côté une périodicité qui,
pour être différente, de devrait pas être moins nette que
celle des étoiles filantes.
En tous cas, si la communauté d’origine des deux
ordres de météores, même supposée réelle, ne se tra-
duit par aucune circonstance constatable, il ne reste au-
cun motif de l’admettre. La plupart des astronomes qui
discutent ces questions n’ont pas étudié en détail la struc-
ture des divers types de roches cosmiques. Les condi-
tions extraordinairement complexes que suppose, par
exemple, la constitution intime du célèbre fer de Pallas,
sont absolument incompatibles avec la supposition d’une
origine cométaire et cet argument dispenserait d'en
chercher d’autres.
Eh bien, c’estàlamême conclusion que ramène l’examen
que j'ai repris avec détail du fer météorique de Puquios.
On reconnait en effet que la fracture de la masse si cohé-
rente et si malléable du fer n’a pu avoir lieu que sous
l’action de pressions comparables par leur intensité à
celles qui se développent dans les profondeurs terrestres
et qui déterminent la production des failles proprement
dites. Le recollement des parties détachées et des frag-
ments qui constituent une vraie brèche entre les deux
lèvres de la fracture suppose également une pression des
plus intenses et qu'ont pu seules mettre en action des
masses de très grand volume.
Des chocs pourraient à la rigueur produire des sépa-
rations, mais jamais de cimentations subséquentes et
d’un autre côté la constitution démontre, contraire-
ment aux suppositions de M. Howell, qu'il n’a jamais
subi la haute température nécessaire suivant lui à
l’acquisition de la fragilité qu’il suppose.
Il résulte en effet de très nombreuses expériences qu’au
rouge le fer météorique perd beaucoup de ses caractères
de telle sorte que les acides n’y produisent plus les fi-
gures si régulières dont le dessin joint à cet article est
une représentation: en même temps la composition chi-
mique se modifie, des gaz se dégagent et certains corps
fusibles se liquéfient comme la pyrrhotine qui s’écoule
plus ou moins en laissant des vides caractéristiques.
L'analyse du fer de Puquios par M. L, G. Eakins a donné :
OPEN SE SA Al 88.67
NICKGL ARE LT EE AT 9.83
GODALE NE EREP RE. D Us Ce VE 0.71
QUIVrES PAPE RU EE LSRYES PCI TRUE 0.04
AMTIGDONLEN, LE tte 99.25
Report. 06 0000920
PhOSDHOTE AMENER SAR se MEET er COX 7
SOUPER Min Lier AIN ATEN (0.09
Sin EE er dE Men Se traces douteuses
Carbone......... PSN € SR .... 0.04
99.55
La densité prise à 25°2 est égale à 7.93.
Stanislas MEUNIER.
Tableaux dichotomiques
pour déterminer les Lépidoptères d'Europe
DU GENRE COLIAS
(suite el fin).
ABRÉVIATIONS ,
inf. — Aïles inférieures.
sup. — Ailes supérieures.
lch. — Tache disc. = discoïdale.
19. — Tch. disc, des infr. bipupillée de blanc en dessous; en
dessus d’un jaune orangé clair, ovale, non angulouse.
Dessous des sup. avec deux taches crochues bien mar-
quées devant l’extrémité d’un brun rougeâtre. Fond du
dessus d’un blanc verdâtre. La large bordure des sup:
d’un noir brunâtre et contient 6, 7 taches de la couleur
du fond. La bordure des inf, est étroite, contient des
taches claires et atteint à peu près le bord abdominal.
Base des sup. et les inf. plus ou moins saupoudrées de
noirâtre. Dessous des sup. blanchâtre; leur sommet et
les inf. d’un jaune verdàtre, saupoudrés de noirâtre:
Tch. disc. des sup. ordinairement pupillée de blanc. Sur
toutes les ailes une rangée marginale de taches obscures;
ordinairement effacées sur les inf. (Desc. du ©* sous n° 8:)
Env. 60-65 mm,
Olga Roman ® (forma alba)
Tch. disc. des inf. pupillée simplement; en dessus elle est
d'un jaune orange, quadrangulaire et plus petite comme
dans l'espèce précédente. Les deux taches crochues aus
dessous des sup. effacées ou plus petites. Bord terminal
des sup. ordinairement précédé de trois taches noires
bien marquées. Fond du dessus blanc. Inf. jusqu'au
delà du milieu fortement saupoudrées de noir avec la
bordure noire divisée par quelques taches claires et
descendant à peu près au delà du milieu du bord. Le
reste comme l’espèce précédente. Env. 55-60 mm. (Descr:
du c* sous n° 1.)
Aurorina H. S.® (forma alba).
Ressemble à l'espèce précédente et se distingue principalement
par le sommet plus obtus des sup. Tch. disc. au-dessus,
des inf. est plus petite, plus arrondie, limité d’un jaune
plus clair et pas bien tranchée, de la couleur du fond:
Dessous des ailes plus clair comme chez l’Aurorinas
Dessus souvent d’un teint plus verdâtre. Env. 60-70 mme
(Descr. du c' sous n° 13)
Chlorocoma Chr. ©.
20. — Dessous des inf, d’un vert bleuâtre, plus foncé au bord.
antérieur et d’un teint jaunàätre vers le bord terminal}
qui est précédé de taches allongées jaunes. Dessus des.
sup. d’un jaune orange vif, avec les nervures noires eb
la bordure noire assez étroite divisée par des taches.
jaunes. Tch. discoïd. grande et noire. Côte dans la
moitié basale jaunâtre. Inf. jaune, fortement saupoudrés
de vert, avec la tch. desc. grande, jaune et la bordure:
noire divisée par des taches jaunes. Toutes les ailes.
souvent glacées de violet. Env. 45-50 mm. Descr. du
sous n° 9).
Hecla Lef, Q.
Dessous des inf, d’un jaune verdâtre ou d’un vert grisàtre sans
taches marginales jaunes. È
21 Dessus des inf. d’un rouge orange, fortement saupous
drées de noir avec des taches marginales claires effacées
et la tch. disc. d’un jaune orange bien marquée. Sup. d'un
rouge orange vif avec la bordure noire large, divisée pal
des taches jaunes et la côte jaunâtre. Dessous comme chez
LE NATURALISTE
105
le c (n° 41). Les taches marginales des inf. manquent où
elles sont peu visibles. Env. 45-55 mm.
Thisoa, Men. ®
Dessus des inf. non saupoudré de noir ou elles ne le sont que
faiblement. Leurs taches marginales claires plus mar-
quées. 22
22 Env. 45-50 mm. Bordure noire des sup avec des taches
claires pas bien tranchées. 23
Env. 55-60 mm. Bordure noire des sup. avec des taches
claires bien tranchées. Dessous des aïles ordinairement
glacé de violet. 27
23 Dessusdesinf. saupoudré de vert. Sup. avecla côte verteou
jaune. Fond d’un jaune orange clair ou d’un rouge orange
vif glacé de violet. 24
Dessus des inf. non saupoudré de vert. La côte des sup. n’est
pas verte ou jaune. 25
24 Dessus d’un jaune orange clair avec les marges jaunes
ou d’un jaune verdâtre, qui peu à peu remplacent le noir
sur les inf. Le reste comme chez le © (n° 41).
Chrysotheme Esp. ©
Dessus d’un rouge orange vif fortement glacé de violet. Côte des
sup. base et bord abdominal des inf. saupoudrés de
vert. Dessous des sup. d’un jaune orange avec la côte et
le bord terminal verdâtres. Inf. d’un vert grisâtre. Le
reste comme chez la © du type (n° 27).
Aurorina H.S. var Heldreichi Strg. ©
25 Mch. disc. des sup. pupillée de blanc en dessous. La bor-
dure noire fondue à la côte avec la teinte générale (jaune
orange) et n’atteignant pas dans toute sa largeur l’angle
interne. Le reste comme chez l’Érate Esp. © (no 18).
Erate Esp. hybr. Chrysodona Kind. ®
Mch. disc. des sup. en dessous noire ou seulement un peu plus
claire. La bordure noire non fondue à la côte avec la
teinte générale et atteignant dans toute sa largeur l’angle
interne, Taches jaunes dans la bordure plus petites et
plus marquées. 26
26 Taches marginales obscures au-dessous des sup. bien
marquées. Fond du dessus d’un jaune orange, avec une
large bordure noire divisée par des taches jaunes, elle
n’atteint pas sur les inf. l’angle anal ou l’atteint à peine.
Taches claires des inf. pas bien tranchées, assez petites
et arrondies. Tch, disc. des sup. noire arrondie non pu-
pillée, celle des inf. d’un jaune orange, en dessous bipu-
pillée de blanc. Dessous comme chez c*(n° 1).
Edusa F. ©
Taches marginales obscures au dessous des sup. effacées. En
| dessus semblable à l'espèce précédente et se distingue
par le jaune orange plus vifet par la bordure noire plus
étroite, taches claires marginales sur les sup. plus mar-
quées et plus petites; celles des inf plus grandes,
presque quadrangulaires, atteignant à peu près l'angle
anal. Tch. disc. en dessous souvent plus claire au
milieu, Dessouscomme chez le (n° 8).
Myrmidone Esp. ©
21. Æch. disc. des inf. bipupillée en dessous, arrondie en
dessus, non anguleuse. Fond du dessus d’unrouge orange
clair avec la côte plus claire. Base des sup. ct des inf.
saupoudrée de noirâtre ; les dernières avec les bords an-
térieurs et abdominal d’un jaune verdâtre. Taches mar-
ginales de la bordure noire, jaunes ; sur les inf. elles sont
grandes et quadrangulaires, remplaçant peu à peu le
noir. Tch. disc. des sup. d'un jaune orange en dessous.
Lereste comme chez la forme blanche de cette espèce
(no 19).
} Olga Roman. © (forma aurantiaca).
Pch. disc. des inf. simplement pupillée de blanc en dessous, en
» dessus quadrangulaire et plus petite comme chez Olga.
Dessus d’un rouge orange avec une bordure noire di-
visée par des taches jaunes. Le reste comme chez la
forme blanche de cette espèce (no 19). Var Heldreichi
Stgr. Qest décrite sous n° 93.
Aurorina H. S.G. (forma aurantiaca).
K. BRaAmsoN.
ERRATA
Dans les deux derniers numéros du journal, une erreur
typographique, consistant dans l’oubli de certains nombres
reportant à des numéros semblables, rendent un peu diflicile
lusage de ces tableaux dichotomiques.
Dans les indications ci-après, les lignes sont comptées à
partir du mot Colias F., ce dernier ne comptant pas comme
ligne.
P. 83, col. 2, ligne 3 après poussière noire.... ajouter 3
— — — 5 après poussière noire.... — 2
P. 84, col. 1, 6 après nervures jaunes... _ X
—_ — — 3 après couleur du fond... — 13
— — — 11 après près de la base... = 5
= — — 413 après antérieur des inf.. — 12
— — — 1% après bord antérieur..... — 6
— — — 15 après inf. sans tache..... — 9
= = — A1 après avant l’angle anal. ni
— _ — 19 après vers l’angle anal... — 8
= == — 8 (en remont.) après jaune
OLANSE . .......s...eee — A0
— col.2, ligne 8 après presque concave... —. «Ali
P. 93, col. 2, ligne 32 (en remontant) après ou
nonpupillée............ — 413
— 94, col. 1, ligne 21 après jusqu'à l’angle anal 15
— 94, — — 98 après blanchâtre ou jaune — 46
— — — 29 après d’un rouge orangé. — 20
— — — 33 après presque continue... 11
=, — — 35 après bien tranchées..... — 19
Æ = — 31 après bien marquées..... — 18
CHEVAUX POLYDACTYLES
M. Marsh a étudié récemment (1) quelques cas très
curieux de polydactylie chez les chevaux de l’Amérique
du Nord, et il a pu comparer ces formes aberrantes aux
espèces fossiles, aujourd’hui assez bien connues, qui ont
servi d’ancêtres au cheval actuel, On sait que ce dernier
animal n’a qu’un doigt apparent (le 3°) et terminé par
Fig. 1. — Cheval de New-Jersey présentant un cas remar-
quable de polydactylie.
un sabot, mais qu’il possède sous la peau deux stylets
qui représentent le métacarpien ou le métatarsien rudi-
mentaire du deuxième et du quatrième doigt. M. Marsh
consacre une minutieuse étude anatomique à Clique, un
cheval de New-Jersey, dont les extrémités sont mainte-
nant conservées au Yole Museum. Clique avait deux
doigts apparents aux pattes antérieures, et un seul aux
pattes postérieures, mais il offrait des caractères anato-
miques très complexes. Les pattes antérieures avaient,
en réalité, quatre doigts; le premier était réduit à un
(4) Recent polydactyle Horses. American Journal of Science,
‘vol. XLIII, p. 339, avril 1892.
106
sty let (métacarpien) caché sous la peau, mais se trou-
vant en relation avec un os du carpe, le trapèze, qui fait
défaut chez le
cheval ; le se-
cond était très
saillant au de-
hors, mais ne
reposait pas sur
lesol; bien qu'il
possédât la pha-
lange, l'os sé-
samoiïde et son
sabot, son mé-
tacarpien était
concurrent avec
celui du troisiè-
me doigt ;ceder-
nier ressemblait
absolument à
celui du cheval
ordinaire, et il
en était demême
du quatrième
aux pattes pos-
térieures ; le pre-
mierdoigtn’était
représenté que
par le premier cunéiforme, qui fait défaut chez le che-
val ; le second avait un long et fort métatarsien concur-
rent avec celui du doigt principal; il était en relation
avec deux os cunéiformes (au lieu d’un seul), et se ter-
minait par une simple phalange; le troisième et le
quatrième doigt ne présentaient rien de particulier.
L'auteur n’a pas observé de chevaux à cinq doigts,
mais il donne la figure d’un cheval du Texas dont les
pattes antérieures ressemblaient à celles du précédent,
tandis que les postérieures rappelaient celles de lHip-
panori par la présence de trois doigts saillants. IL fait
remarquer que les cas de polydactylie chez les chevaux
sont surtout fréquents en Amérique, dans le sud-ouest,
et considère comme probables les affinités de ces ani-
maux avec les Mustangs, ou chevaux à demi sauvages de
ces régions. Enfin, contrairement à certains anatomistes,
il considère tous ces faits comme dus à un phénomène
d’atavisme.
JE
Fg. 2. — Pattes antérieure et posté-
rieure du cheval polydactyle du T'exas.
Ià V, 1er, 2e, 3e et 4 doigts; £r.,
trapêze; X os cunéiformes.
E. B.
L'EXPOSITION DE PRINTEMPS
A LA SOCIÉTÉ D'HORTICULTURE DE FRANCE
La Société nationale d’horticulture de France, pour
répondre au désir exprimé par un grand nombre de ses
membres, avait organisé pendant les journées des 26, 27
et 28 mars une exposition de printemps destinée tout
particulièrement aux plantes à oignons. Bien peu d’hor-
ticulteurs avaient répondu à l’appel qui leur avait été
fait, même et surtout parmi ceux qui avaient le plus
insisté pour que cette exhibition florale fût organisée.
Si notre blàme peut être utile à quelque chose, nous
l’enregistrons ici bien volontiers.
La quantité manquait, il faut donc bien l’avouer, mais
la qualité ne laissait rien à désirer, et tout le monde
en sera convaincu quand nous aurons dit que la maison
LE NATURALISTE "110
Vilmorin s’était faite la pourvoyeuse de l'exposition. Ses.
lots remplissaient, à eux seuls, presque toute la salle des …
séances. En entrant, l'œil se reposait avec bonheur surun
véritable parterre de Narcisses, de Jacinthes, de Crocus,
admirablement disposé et composé de variétés de choix.
Des Jacinthes nous ne dirons rien; elles étaient idéales
de vigueur et d'éclat, et leurs hampes parfumées en déce-
laient la présence bien au delà de l'enceinte où elles
étaient réunies.
Quelques mots des Narcisses ne seront, croyons-nous,
pas superflus. Peu recherchés des amateurs français,
nos voisins d’outre-Manche en raffolent, et certaines
variétés sont cotées chez eux à un prix qui, chez nous.
semblerait extravagant. Le vieux Narcisse des poètes
à la couronne safranée, le Narcisse faux Narcisse,
ont fait leur temps, et ce n’est plus depuis longtemps
qu'aux halles et dans les voitures des quatre saisons,
qu’on peut encore les trouver, Mais ces deux types de
jadis en s’unissant — plus ou moins légitimement —
ont donné naissance à une espèce ou plutôt à une série
de races aussi variées que possible, confondues sous le
nom collectif de Narcissus incomparabilis (Narcisse incom-
parable). Les jolies plantes abondent dans cet inextri-
cable fouillis — au point de vue scientifique seulement —
— et toutes les teintes peuvent être suivies et observées
entre les formes à fleurs jaunes et celles à fleurs blan-
ches. Dans le Narcisse sir Watkin, par exemple, le tube
est long et d’un jaune doré, les divisions du périanthe
sont, au contraire, d’un jaune soufre ou même d’un blanc
à peine teinté de jaunâtre ; dansle Narcisse Orange phéniæ
la fleur très pleine est blanche, marquée d’orangé à labase
de chacune de ses divisions. On pourrait citer d’autres
formes où les variations sont aussi nettes que dans les.
deux variétés précédentes.
Dans les Narcisses à bouquets, le Grand primo est cer:
tainement un de ceux qui tiennent la palme, grâce à
ses pièces florales d’un blanc virginal couronnées d’un
appendice jaune de petites dimensions. Le Roi des jaunes
à fleur dorée est aussi une très belle plante. Quel dom-
mage que ces jolies Amaryllidées ne soient pas à la mode
dans les cultures françaises et que la routine n’ait pas
encore battu en retraite devant les efforts que M. de Vil-
morin fait depuis plusieurs années pour nous faire aimer
le beau genre Narcisse!
Les délicates corolles des Crocus ornent à ravir les
bordures des massifs, depuis les coloris jaunes, les teintes
violacées jusqu'aux formes blanches et à la charmante
variété Grootvorst à la fleur virginale striée intérieurement«
à la base de lignes violacées.
Il faudrait encore signaler par le menu les Tulipes,
les Scilles de Sibérie, les Fritillaires impériales repré-
sentées par le type et les variétés jaune et à feuilles
panachées beaucoup plus rares; le délicieux et mignon.
Chionodoæa Luciliæ une transfuge des montagnes de l’Asic
mineure, le Freisia Leitchlini, une curieuse Iridée voisines
des glaïeuls, à l’inflorescence presque recourbée à angle
droit, au parfum pénétrant. Cette dernière plante, à peu
près inconnue il y a quelques années encore, nous est
maintenant abondamment fournie, pendant l’hiver, pan
les cultures de notre littoral méditerranéen. Mais nous
n’en avons pas encore fini : et les Renoncules et les
Anémones, tout particulièrement la fulgurante Anémone
étincelante (Anemone fulgens) qui, pour être simple, n’en
LE NATURALISTE
—
printemps, certaines basses montagnes des Pyrénées
qu’elle émaille de ses innombrables fleurs. Aussi en
sommes-nous encore à nous demander comment on a pu
adopterune plante qui ne vient pas de Chine, ou du Japon
ou de quelque autre région aussi lointaine. Pour une fois
messieurs les jardiniers ont fait preuvede sens et de bon
goût.
Les Primevères de Chine au feuillage découpé, à
feuilles de fougères, luxuriantes de vigueur, tenaient
bonne compagnie aux jolies nuances des Primevères de
Siebold (Primula cortusoides amæna) et tout particulière-
ment à la race caractérisée par ses pétales déchiquetés,
rappelant ceux des Clarikia. Quel dommage qu’on n'y
ait pas joint quelques belles potées du Primula obconica,
presque encore une nouvelle venue, mais qui à su
obtenir rapidement ses lettres de grande naturalisation!
Quelle distance parcourue depuis l’époque où nos jar-
dins ne renfermaient encore que les innombrables
variétés hybrides des Primevères indigènes, jusquà nos
jours où nous avons vu apparaîlre la Primevère de
Chine, celle du Japon, le Primula obconica ? Et qui sait
ce que nous réserve encore l’exploration attentive de
Vextrême Orient qui a déjà fourni aux botanistes de
véritables trésors en ce beau genre?
Parler de la maison Vilmorin et ne pas citer ses admi-
rables Cinéraires, ce serait faire preuve du mauvais goût
et de l'ignorance les plus notoires. En parler longue-
ment serait superflu et ce serait de plus faire gratuite-
mentinjure à nos lecteurs qui savent depuis longtemps
quelles merveilles la culture des Cinéraires a fournies
depuis quelques années à la première de nos maisons.
Noublions pas non plus les Hellébores de M. Dugourd
de Fontainebleau, un infatigable semeur qui cherche à
populariser ces jolies renonculacées dont nous ne con-
naissons guère qu'une ou deux espèces depuis longtemps
cultivées dans nos jardins. Le succès répondra-t-il à ses
espérances ? Nous le souhaitons bien sincèrement. Nous
avons yu, à diverses reprises, les cultures de M. Dugourd,
et nous sommes persuadés qu’en ce beau genre, il y a
réellement quelque chose à faire.
Quand nous aurons signalé les Rosiers Thé et les
Camellia, de M. Lévêque, les Lis des Bermudes (Litium
Harrisi) de M. Dupanloup, les Primevères de M. Torcy-
Vannier, la belle collection de Violettes de M. Millet, et
les Muguets de M. Fortin nous en aurons fini avec l’ex-
position et les exposants.
P. HARioT.
DESCRIPTION DE LÉPIDOPTÈRES NOUVEAUX
Azelina Terrenaria, n. sp., 32 à 33 millimètres. Dessus
des supérieures brun cendré, traversé par les deux lignes ordi-
maires, d’un gris obscur ; l’extérieure, presque droite, ne s’in-
fléchit intérieurement qu’au moment d’atteindre le bord interne :
l'extra-basilaire, très irrégulière au contraire, forme un angle
très prononcé au départ de la côte. Entre les deux lignes la
teinte du fond prend un reflet bronzé; enfin l'aile porte un
petit point noir cellulaire et une rangée de petits points égale-
ment noirs, peu visibles et qui même disparaissent presque
entièrement à l’un de mes exemplaires. Dessus des inférieures
gris brun avec un léger reflet bronzé le long du bord abdo-
minal, traversé au delà du milieu par une fine ligne plus som-
bre, sans point cellulaire, mais bordé de six petits points noirs
subterminaux et plus ou moins visibles. Franges concolores
aux quatres ailes.
Dessous gris-brun, finement strié de noir plus spécialement
aux inférieures, traversé par la ligne extérieure et bordé de
107
petits points subterminaux, noirs et blancs, et plus nets que
sur le dessus des ailes. Inférieures marquées d'un point cel-
lulaire noir.
Palpes, antennes, corps et pattes gris-brun uniforme.
Trois exemplaires bien pareils des environs de Loja, l’un
pris le 25 juin 1890.
Cette espèce a le port et se place à côté de Zalissaria WIk.
Polythrena Croceitincta, n. sp., 42 millimètres. Dessus
des supérieures d’un beau jaune safran à la base et avec la
moitié extérieure noire. Une large bande blanche partant de
la côte, mais n’atteignant pas le bord externe, coupe la partie
noire en deux. Une pointe blanche prolonge la partie inté-
rieure jaune vers l’angle interne sans l'atteindre et le bord
interne reste noir dans sa moitié extérieure. Dessus des infé-
rieures également jaune safran, largement bordé de noir de
V’apex à l’angle anal. Cette bordure noire est irrégulière, coupée
en partie de jaune, en partie par une grosse tache blanchäâtre
à peu près centrale et vers l’apex, grandit et s’allonge dans le
centre de l'aile jusqu’au delà du milieu.
Dessous des supérieures comme le dessus, sauf que la partie
noire costale et extérieure à la bande blanche prend une teinte
ferrugineuse. Dessous des inférieures jaune, marbré de larges
stries ferrugineuses dans le centre de Vaile et le long des
bords extérieur et interne.
Trompe, front, collier, thorax, corps ct pattes jaune safran;
palpes et antennes (filiformes) brunûtres.
Une © des environs de Loja, 4887.
Cette espèce a une certaine analogie avec Heterusia Anicata
Feld et Rog, que j'ai également recue de Loja.
P. Docnin.
LES CONGRÈS DE MOSCOU
C’est Moscou qui doit avoir cette année l'honneur de
recevoir les savants de tous les pays qui ont décidé de
se réunir dans cette ville pour y tenir les Congrès inter-
nationaux d’Anthropologie, d'Archéologie préhistorique
et de Zoologie ; c’est au mois d’août qu’aura lieu la réu-
nion.
D’après les documents qui ont été publiés par le co-
mité cette session promet d’être tout particulièrement in-
téressante, les travaux qui sont déjà annoncés seront
un puissant attrait pour le monde savant; et, d’après l’or-
ganisation accomplie à cette heure,on constate que les
initiateurs de cette entreprise toute scientifique ne né-
gligent aucun détail pour faciliter aux étrangers le
voyage et le séjour dans leur ville.
Ces questions matérielles, trop souvent négligées, ont
parfois la plus fâcheuse influence sur la réussite de ces
réunions et il faut féliciter les savants qui sont à la tête
de cette œuvre d’avoir songé à tout.
Le prix de la cotisation des personnes désireuses d’as-
sister au congrès est recu dans tous les consulats de
Russie, et pour la France trois délégués du Comité ont
bien voulu se charger également d’être les. intermé-
diaires pour recevoir les cotisations, ce sont M. le ba-
ron de Baye, avenue de la Grande-Armée, 58 ; M. Gabriel
de Mortillet, école d’Anthropologie, 15, rue de l’École-de-
Médecine; et M. Deniker, bibliothécaire du Muséum, 2,
rue de Buffon, tous trois à Paris.
Une exposition sera annexée au Congrès et d’après les
objets déjà réunis, elle promet d’être tout particulière-
ment remarquable.
Le 11 janvier dernier elle a été visitée par Son Altesse
le grand duc Serge Alexandrovitch qui a inauguré les
sessions officielles du Comité des Congrès.
108
SUR
un curieux type de transition découvert par Frenzel
DANS L'AMÉRIQUE DU SUD
Johannes Frenzel, connu depuis longtemps par ses belles
recherches d’histologie, notamment sur la structure des glandes
digestives des Crustacés et des Mollusques, vient de découvrir
dans la République Argentine un petit animal extrèmement in-
téressant (1), en ce qu’il paraît être un nouveau trait d'union
entre les Protozoaires et les animaux pluricellulaires. On sait
que le Règne animal présente deux divisions bien nettes : d’un
côté les organismes formés d’une seule cellule, c'est-à-dire
d’une masse protoplasmique unique, renfermant un ou plu-
sieurs centres trophiques, les noyaux, mais ne présentant ja-
mais d’organes différenciés : ce sont les Prolozoaires; de
l'autre, les organismes formés d’un nombre plus ou moins
grand de cellules, qui dans l’état le plus simple, se disposent en
deux couches concentriques, l’entoderme et l’ectoderme : la
première, limitant une cavité centrale (intestin, cavité gastro-
vasculaire), est spécialement dévolue à la digestion et à l'ab-
sorption des aliments : c’est la couche digestive; la seconde, à
la protection de l’animal et à ses relations avec le monde exté-
rieur : c’est lacouche protectrice et sensitive. Presque toujours,
entre l’entoderme et l’ectoderme apparaît une troisièrne couche
formée aux dépens des précédentes, le mésoderme, qui donne
naissance aux globules du sang, aux éléments musculaires,
conjonctifs, etc. Tous ces êtres pluricellulaires, à deux ou trois
feuillets, sont les Métfazoaires. L’origine des Métazoaires, à
deux feuillets pour prendre le cas le plus simple, ne laisse pas
que d'être assez obscure ; on admet à peu près généralement
qu’ils dérivent de Protozoaires réunis en colonie, colonie dont
les divers individus se sont peu à peu spécialisés de facon à ne
plus pouvoir se passer les uns des autres, les uns ayant pris
pour eux la fonction digestive, les autres la protection, la sen-
sib1lité, le mouvement, etc.
Si cette hypothèse est vraie, entre les Protozoaires typiques
et les Métazoaires les plus simples, comme la Protohydra, on
doit trouver, à moins qu’ils n’aient tous disparu de la nature
actuelle, toute une série d’êtres pluricellulaires, des colonies de
Protozoaires si l’on veut, présentant des différenciations gra-
duelles des cellules ou individus composants. À vrai dire, jus-
qu'ici on ne connait que peu ou point de ces formes authenti-
ques de transition; il y a bien des colonies d’Amibes (Myxo-
dictium, Monobia), de Foraminifères (Microgromia), de Radio-
laires (Collosoum, Spherozoum), de Flagellés, de Ciliés (Magos-
phæra?), mais les individus ont conservé nettement le caractère
protozoaire ; ils sont capables à certains moments de se séparer
et de mener la vie libre, et se nourrissent séparément, chacun
pour soi; d’ailleurs les colonies ne constituent que des associa-
tions plus ou moins temporaires et non pas des individualités
de forme et de taille fixes. D’autre part, les Dicyémides para-
sites dans les cavités rénales des Céphalopodes et les Ortho-
nectides, parasites des Ophiures, des Turbellariés et des Né-
mertes, ont été souvent considérés, notamment par van Bene-
den, comme des représentants de ce groupe intermédiaire des
Mésozoaires ; leur ectoderme cilié est bien net, l’endoderme est
formé d’une ou plusieurs cellules, non différenciées et non or-
ganisées en un feuillet digestif; mais maintenant, on croit plus
volontiers que ces types ne sont pas en réalité de vrais Méso-
zoaires, et qu’ils doivent leur organisation rudimentaire à une
régression causée par leur mode de vie : ce seraient des Mé-
tazoaires dégradés, alliés trés probablement aux Trématodes :
en eflet, les Orthoncctides notamment présentent une ressem-
blance très grande avec les larves ciliées des Trématodes; de
plus ces animaux présentent des différenciations sexuelles in-
contestables, ce qui leur assigne un rang relativement élevé
dans l'échelle.
Le Trichoplax adhærens découvert à Graz par Franz Eilhard
Schulze, dans un aquarium d’eau de mer, est encore plus dou-
teux comme Mésozoaire que les animaux précédents ; c'est un
petit organisme aplati, à contour irrégulier et changeant
comme celui d'un Amibe, limité sur ses faces inférieure et su-
périeure par un épithélium cilié, de nature différente sur cha-
cune des faces; l'espace intermédiaire est comblé par un feu:
a RE TRE ERREUR TR PR ROSES
(1) Unlersuchungen über die mikroskopische Fauna Argenti-
niens, Archiv für Naturgeschichte, 1892, bd.1, page 66 (toutes
les figures sont empruntées au mémoire de Frenzel.)
LE NATURALISTE LL
trage de cellules ramifiées et anastomosées. On ne sait rien de
plus sur l'organisation et le développement de cet être singu-
lier, qui pourrait bien se rattacher aux Turbellariés Acœles;
de l’avis même de Schulze, il ne constitue pas un Mésozoaire,
mais doit étre placé tout à fait au bas de la série des Méta-
zoaires.
L’être nouveau découvert par Frenzel, la Salinella salve, pa-
raît devoir être plus heureux que ses devanciers; c’est vérita-
Fig. 1. — Salinella salve adulte, vue de côté en coupe optique,
la cavité intérieure est remplie de corpuscules ingérés ; gros
sissement — 400 fois. — Fig. 2. — Jeune individu vu de la face
dorsale; même grossissement. — Fig. 3. — Cellule du corps
isolée, colorée au carmin, montrant les différenciations du
protoplasma cellulaire, le noyau central, et les cils internes
et externes; gr. — 1,009 fois.
blement un Mésozoaire, c'est-à-dire une colonie de Protozoaires
formant une véritable individualité, de taille et de formes dé-
finies, et dont les individus, incapables de se séparer les uns
des autres, présentent des différenciations peu accentuées, il
cest vrai, mais suflisantes pour leur donner des rôles variés,
concordant tous au bien-être commun, caractère important qui
ne se rencontre pas dans les colonies connues de Protozoaires.
Frenzel a trouvé ses Salinelles dans un petit aquarium ren-
fermant quelques litres d’eau salée à 1 ou 2 %, avec une cer
taine quantité d’iode et mélangée d’un peu de terre, provenant
de salines du sud de la province de Cordoba (République Ar-
gentine), au voisinage du Rio Cuarto; dans cette eau se trou-
vaient divers Flagellates, des Infusoires Ciliés, des Bactéries,
des plantes (Lemna et Spirogyra); ce n’est qu'après quelque
temps de séjour dans l'aquarium que Frenzel y a découvert en
grand nombre les Salinelles, rampant sur le fond terreux aussi
bien que sur les glaces de aquarium.
C’est un petit organisme allongé, mesurant de 180 à 220 mil
lièmes de millimètre, présentant une face ventrale aplatie sur
laquelle il se déplace et une face dorsale arrondie; la sole ven-
trale est couverte de cils délicats et serrés, organes de locomo=
tion de animal, qui peut aussi se contracter en entier et se
contourner à la facon d’un ver; les côtés et la face dorsale, au
contraire, ne sont pas ciliés, mais portent des soies courtes,
assez éloignées les unes des autres. A l’une des extrémités, près"
de la face ventrale, se trouve une ouverture buccale; posté=
rieurement, juste à l’extrémité terminale, un anus de petite di=
mension. Autour de la bouche il ya de longs et forts cirres vi=M
bratiles, qui par leurs actifs mouvements introduisent dans lan
bouche les particules en suspension dans l’eau ambiante, au
pourtour de l’anusil ya des soies raides, plus longues que
celles qui recouvrent le corps. se
LE NATURALISTE
La paroi de cet organisme tubulaire est formé par une simple
couche de cellules cuboïdes à peu près de même dimension,
laissant au centre une cavité cylindrique, véritable cavité in-
testinale, qui renferme divers substances, telles que partiscule
de sable, bactéries, diatomées, débris végétaux, etc. Toutes
les cellules composantes sont à peu près semblables, celles de
la surface ventrale étant ciliées sur leur surface externe, les
% à)
Fig. 4: — Grand individu de Salinella, en voie de division
transversale ; gr. — 400 fois. — Fig. 5. — Organisme unicel-
lulaire représentant probablement la forme jeune de Sali-
nella, ge. — 1,000 fois.
autres portant des soies. Dans toutes les cellules, la surface qui
est tournée vers l'intestin est recouverte de cils délicats, qui
impriment un actif mouvement au contenu intestinal; elles
renferment un gros noyau arrondi, muni de plusieurs petits
mucléoles ; le protoplasme est rempli de petits granules et se
différencie en une couche alvéolaire en dessous la surface ex-
terne des cellules. Surtout dans les petits échantillons, les cel-
lules sont souvent en voie de division, le noyau présentant la
forme en biscuit caractéristique; c’est de cette manière que
croît l'animal.
La multiplication paraît s’opérer de deux manières diffé.
rentes : les grands individus peuvent se diviser transversale-
ment, comme il arrive chez les Microstomides parmi les Tur-
bellariés. Les cellules de la région moyenne se divisent les pre-
miêres, puis une constriction transversale de l’animal indique
le"débutde la séparation ; ‘une nouvelle botüche se forme sur la
moitié inférieure par écartement de quelques cellules de la
surface ventrale, qui se munissent de très forts cils. Puis la
constriction s’accentue, et les deux animaux se séparent et de-
iennent libres. L’anus de la moitié supérieure est tout natu-
rellement formé lors de la rupture.
Plusieurs fois Frenzel a vu deux individus conjugués, appli-
qués l'un à l’autre par leur surface ventrale, dont les cils ces-
sent de se mouvoir; ils prennent alors une forme arrondie en
se moulant lun sur l’autre pendant qu'une membrane kys-
tique se différencie autour d’eux; puis les cavités intestinales
disparaissent, et le kyste est complètement rempli de cellules
toutes semblables entre elles. Frenzel n’a pas pu suivre l’évo-
lution de ces kystes formés après conjugaison, mais il pense
qu'après rupture de la membrane les cellules se séparent et
peuvent former autant de nouvelles Salinelles. En effet, dans le
même aquarium, il à trouvé plusieurs fois de petits organismes
unicellulaires, un peu plus grands qu'une cellule normale de Sa-
linelle, qui ne peuvent être autre chose que les larves de ces
animaux, Ces cellules ont la forme ellipsoïde et mesurent 12 y
de long sur 23 de large; la surface ventrale est ciliée, la dor-
sale porte des soies raides, espacées, exactement comme chez
les grandes Salinelles ; à l’une des extrémités de la cellule se
109
trouvent des cirres vibratiles et peut-être même une ouver-
ture buccale ; à l’autre des filaments roides comme ceux qui
entourent l’anus chez les grandes Salinelles. Au centre de la
cellule il y a un gros noyau à structure radiée. Sice petit être
est bien une jeune Salinelle, il doit arriver à l’état adulte par
des segmentations répétées, de même qu’un œuf se transforme
en une Blastula creuse, pluricellulaire.
Fig. 6. — Enkystement dé déux individus après conjugaison ;
la cavité intestinale est visible, remplie d’un liquide; gr. —
400 fois. — Fig. 1.. — Kyste rempli de cellules arrondies et
toutes semblables; gr. — #00 fois.
Après la découverte de la Salinelle, il est curieux de cons-
tater que tous les stades de développement de l’œuf des Méta-
zoaires sontreprésentés dans la nature actuelle par des êtres vi-
vant librement, et représentant d’unc facon plus ou moins exacte
le stade auquelils correspondent. L’œuf lui-même, unicellulaire,
est représenté par les Protozoaïres et notamment par les Gré-
garines Monocystidées, qui sont de véritables œufs vivant en
parasites chez divers animaux ; la Morula, masse pleine de cel-
lules résultant de la segmentation de l’œuf, est représentée par
diverses colonies de Protozoaires, qui se forment comme elles,
notamment par les Radiolaires coloniaux, les Catallactes, la
Blastula, vésicule creuse limitée par une paroi unique de cel-
lules, trouve un représentant dans la Salinella salve, qui à part
ses orifices anal et buccal, ressemble tout à fait à une Planula
de Cæœlentéré avant l’apparition de l’entoderme ; la Gastrula à
deux couches de cellules, ectoderme et entoderme, est repré-
sentée soit parles Dicyémides et les Orthonectides, si l’on admet
que ces êtres ne sont pas des Métazoaires dégradés, ou même
encore par le Trichoplax de Schulze, sil’on démontre que la masse
de cellules ramifiées peut être considérée comme un endoderme.
On voit tout l’intérèt que présente l’animal microscopique de
Frenzel; bien mieux que les Catallactes, le Trichoplax, les
Dicyémides et les Orthonectides, il paraît réaliser d’une ma-
nière parfaite l’union entre les Protozoaires et les Métazoaires
les plus simples ; ilest pluricellulaire comme ces derniers, mais
ne présente aucune différenciation en feuillets et par suite
aucun indice de sexualité ; il a conservé les procédés de mul-
tiplication si fréquents chez les Protozoaires, la division trans-
versale, et la segmentation après conjugaison et enkystement.
Tandis que dans les colonies d’Infusoires, chaque individu com-
posant se nourrit pour son compte, chacun pour soi. dans la
Salinelle comme chez les Métazoaires, il semble bien que la nu-
trition de chaque cellule profite à l’organisme entier, suivant
la devise : Un pour tous, tous pour un. En résumé, la Sali-
nella salve, d’après les résultats actuels de Frenzel, réalise bien
le Mésozoaire idéal, resté si longtemps à l’état théorique.
L. Cuenor.
NOUVEAUTÉS BOTANIQUES
LE POLLEN DES GYMNOSPERMES
(Analyse des travaux de M. Belajeff.)
10 Avant sa maturité le grain de pollen des Phanérogames An-
giospermes divise son contenu en deux cellules de grosseur
inégale : une grosse cellule possédant un noyau de forme arron-
die et une petite cellule avec un noyau généralement recourbé
en croissant. Ces deux cellules ne sont séparées que par une
membrane albuminoïde qui se résorbe même un peu plus tard
110
si bien que la présence des deux noyaux dans le grain de pollen
indique seule la bipartition de la cellule primitive.
Cette bipartition est cependant extrêmement importante, car
non seulement les deux noyaux des deux cellules filles différent
par leur forme, leur structure et leurs réactions, mais encore
par leur rôle dans la fécondation, le noyau de la petite cellule
est, comme on le sait, Le seul actif.
Le grain de pollen qui germe pousse un tube pollinique dans
lequel vont s'engager les deux noyaux, mais c’est seulement le
petit noyau situé en avant dans ce tube qui va féconder l'oos-
phère, aussi a-t-on donné le nom de cellule génératrice à la
petite cellule, tandis qu’on a réservé celui de cellule végétative
à la grande cellule. Le noyau de la cellule végétative est le
noyau végétatif et le noyau de la cellule génératrice le noyau
générateur. (Ce noyau générateur peut subir dans certains
cas une division à l’intérieur du tube pollinique et c’est alors
un des noyaux dérivés du noyau de la petite cellule qui féconde
Jl'oosphére.)
20 Chez les Gymnospermes les choses se passent d’une facon
toute différente ; dans le cas le plus simple, que nous allons
seul étudier pour le moment, la membrane qui sépare les deux
cellules du grain de pollen au lieu de rester albuminoïde de-
vient cellulosique. Au moment de la fécondation tous les auteurs
classiques nous enseignent, d’après les travaux de Strasburger et
Goroschaukin, que la grande cellule prend seule part au phéno-
mène. Cette grande cellule germe et donne le tube pollinique
dans lequel son noyau s’engage ; puis ce noyau produit par une
ou plusieurs bipartitions des noyaux qui, s’entourant du proto-
plasme ambiant, forment les cellules primordiales; par la suite
le protoplasme des cellules primordiales se fond dans le proto-
plasme du tube pollinique et les noyaux redevenus libres fécon-
dent les oosphères.
Par conséquent, à l'inverse de ce qui se passe chez les An-
giospermes, c’est la grosse cellule qui chez les Gymnospermes
est la cellule génératrice, tandis que la petite cellule est la cel-
lule végétative et reste inactive.
M. Belajeff qui a étudié dernièrement cette question est arrivé
à des résultats qui contredisent absolument l’opinion clas-
sique (1) ; nous allons voir comment d'après cet auteur le
phénomène de la fécondation s'opère chez l’If (Taxus Bac-
cata).
Le grain de pollen de l’If se divise en deux cellules, une
grosse et une petite, séparées par une cloison cellulosique et la
grosse cellule donne un tube pollinique dans lequel son noyau
s’engage ; la petite cellule se divise alors en deux par une cloi-
son perpendiculaire au grand axe du tube pollinique et l’anté-
rieure de ces deux cellules s’isolant devient une cellule migra-
trice laquelle s'engage à son tour dans le tube pollinique.
La petite cellule postérieure restée d'abord en arrière perd
sa membrane, son protoplasme se confond avec le protoplasme
ambiant et son noyau devenu libre s’engage aussi dans le tube
pollinique il dépasse même la cellule migratrice.
L’extrémité du tube pollinique est alors gonflée par imbibi-
tion et renferme deux noyaux libres, le noyau de la grosse cel-
lule et le noyau provenant de la division de la petite ; plus une
cellule, la cellule migratrice, qui provient elle aussi de la petite
cellule. Or c’est cette cellule migratrice qui va devenir, comme
nous allons le voir, la cellule génératrice, par conséquent le
noyau générateur va dériver comme chez les Angiospermes du
noyau de la petite cellule.
La cellule migratrice s'avance près du sommet du tube pol-
linique, grossit, s’arrondit et son noyau se divise en deux : il
donne un gros noyau sphérique qui reste au centre de la cel-
lule et un noyau aplati qui se place le long de la membrane.
Nous avons donc à ce moment dans le tube pollinique quatre
noyaux, chacun d'eux possède un nucléole qui se colore for-
tement par les couleurs d’aniline, deux de ces noyaux se trou-
vent situés à l’intérieur de la cellule migratrice.
C’est le noyau central de cette cellule migratrice qui féconde
Voosphère; à cet effet le noyau central pénètre à l'intérieur
de l’oosphère accompagné du protoplasme qui l’entoure immé-
diatement ; la membrane, le noyau aplati et la couche périphé-
rique de protoplasme de la cellule migratrice restent dans le
tube pollinique.
Comme l’oosphêre contient un noyau volumineux avec plu-
sieurs nucléoles on voit que {a fécondalion a lieu par la con-
jugaison d'un pelil noyau mâle contenant un nucléole avec un
(4) W. C. Belajeff. Lur Lehre von dem Pollenschlauche der
Gymnospermes (sur le tube pollinique des Gymnospermes)
Berichle des deutsch botan. Gesell., 26 nov. 1891.
LE NATURALISTE È
gros noyau femelle possédant plusieurs nucléoles. Au moment
de cette fécondation M. Belajeff n’a d’ailleurs pas pu retrouver
les deux noyaux libres dans le tube pollinique, il pense qu’ils
se dissocient dans le protoplasme ambiant.
M. Belajeff a constaté des phénomènes semblables chez le
Gricorier (Juniperus communis), aussi conclut-il en disant
que les choses doivent se passer de même chez tous les Gym-
nospermes.
Si cela se trouve vérifié La grosse cellule des Gymnospermes
est non génératrice mais végélalive et si le grain de pollen pos-
sède une seule petite cellule c'est une cellule issue de celle-ci
qui est génératrice. En somme, d’après ce travail. du professeur
Belajeff, le grain de pollen des végétaux gymnospermes est
complétement l’homologue du grain de pollen des angios-
permes; cette notion nouvelle, d’une importance énorme au
point de vue de la comparaison des deux groupes, présente un
intérêt plus grand encore si, se plaçant au point de vue évolu-
tionniste, on regarde avec la plupart des auteurs les Angio=
spermes comme des végétaux dérivés des Gymnospermes.
On ne pouvait en effet avant les travaux de M. Belajeñt
expliquer comment dans l'évolution progressive des végétaux
les noyaux du grain de pollen pouvaient changer de fonctions
en passant des Gymnospermes aux Angiospermes. Ce savant a
donc fait un travail d’une portée considérable puisqu'il nous
permet de surmonter une des grosses difficultés de la phylo-
génie du règne végétal, mais ce travail demande à être com-
plété.
En effet, le grain de pollen des Gymnospermes n’est pas tou-
jours aussi simple que celui de l'If, et la fécondation ne s’effec-
tue pas toujours aussi normalement, car, dans l'espèce étudiée
plusieurs tubes polliniques pénètrent dans l’ovule et fécondent
autant d’archégones.
Chez certains Gymnospermes le grain de pollen se divise une
première fois pour donner comme d’ordinaire deux cellules,
une grande et une petite, séparées par une cloison de cellulose,
mais la grande cellule se divise de nouveau pour donner une
seconde petite cellule, si bien qu’on a trois cellules dans le grain
de pollen, deux petites et une grande, quelquefois même, chez
le Mélèze par exemple (Larix europea), la grosse cellule conti-
nuant à se diviser peut donner successivement trois ou quatre
petites cellules.
Quant à la fécondation il arrive dans certains cas quil
n'existe qu'un seul tube pollinique pour plusieurs corpuscules:
Comment donc la fécondation s’effectue-t-elle réellement quand
il y a complication soit dans la constitution du grain de pollen
soit dans le phénomène de la fécondation lui-même ? C’est ce
qu’il serait intéressant de savoir, et il est probable que des
travaux ultérieurs nous l’apprendront.
René SERVEAUX,
Licencié ès sciences physiques et naturelles.
LIVRE NOUVEAU
Afrique et Africains, par L. Sevin-Desplaces.
Sous ce titre, M. L. Sevin-Desplaces vient de publier un
ouvrage fort intéressant sur l'Afrique, ce vieux continent clas-
sique, comme dit l’auteur quelque part, qui motive aujourd’hui
des curiosités que n'a jamais soulevées le nouveau monde. Ce
nouveau volume est bien concu, on reconnaît partout l’homme
qui possède à fond son sujet, qui expose tout d’une facon claire
et précise, et, de plus, avec une grande impartialité. L’auteur
parle tout d’abord du partage africain, rappelant et commen-
tant la conférence de Berlin en 1884, la convention de 1890
entre l'Angleterre et l'Allemagne, etc., Stanley et Emin-Pacha
et leurs explorations. Il étudie ensuite la situation respective
de chaque puissance africaine avant et après la convention de
Zanzibar de 1890, etc. Parmi les chapitres plus particulière:
ment remarquables dans la suite, nous citerons ceux relatifs au
Soudan français, sur la politique suivie, sur celle à suivre, sur
ce qu’il doit être; nous mentionnerons encore ceux COnSsacrés
aux Touaregs, à l’islamisme, au Soudan occidental, aux Com=
pagnies coloniales, etc. L’ouvrage se termine en un appen-
dice donnant le texte de l’Acte de Berlin (1885), les conventions
françaises, allemandes anglaises (1890), les traités de Naugo,
(4880), du Kénédougou (1888), du Dahomey (1890), etc.
(4) 4 vol. de 350 p., prix 3 fr. 50 aux bureaux du journal, |
franco 3 fr. 90.
LE NATURALISTE
Ce volume, de toute actualité, ne peut avoir que le succès
qu'il mérite, c'est-à-dire un grand succès. De
Ur.
ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance du 4 avril. — Note de M. A.-B. Griffilhs sur la
composition de la pinnaglobine, nouvelle globuline qui pos-
sède les mêmes propriétés d’oxygénation et de désoxygénation
que l'hémoglobine, et qui existe dans le sang de la Pinna squa-
mosa. — M. de Lacaze-Duthiers présente une note de M. Hor-
vath sur l'existence des séries parallèles dans le cycle biolo-
gique des Pamphigiens, et particulièrement chez le Tebraneura
Gallarum wlhni. Chez ce Puceron, la forme bourgeonnante
radicicole donne naissance à deux séries différentes de descen-
dants, lune également radicicole et bourgeonnante aptére,
lautre sexupare, ailée, qui, en automne, retourne sur les
Ormes. — M. Duchartre présente une note de M. J. Vesque sur
luStoire des Garcinia du sous-genre Rheediopsis. — M. Du-
chartre présente une note de M. G. Curtel sur les variations
dela transpiration de la fleur pendant son développement.
Ellé est intense dans le bouton très jeune, diminue peu à peu,
redevient active au moment où le bouton est près de s’épanouir
et reste très intense jusqu’à la mort de la fleur. — M. Du-
chartre présente une note de M. J. Costantin sur quelques
maladies du blanc de Champignon. L'une d’elles est causée
par le ver{-de-gris, champignon filamenteux d’un genre nou-
veau, le Myceliophthora lutea. Une autre maladie, le plâtre, est
occasionnée par une moisissure blanche de la famille des
Mucédinées à laquelle l’auteur donne le nom de Verticilliopsis
infestans. Une troisième maladie, le Chanci, est également due
à une moisissure de même aspect que le blanc de champignon,
mais reconnaissable à son odeur. Enfin il est un Insecte, le
Sciara ingenua, sorte de Diptère dont les larves font de grands
dégâts dans les carrières. On pourrait la combattre par l’acide
sulfureux. — M. Fouqué présente une note de M. Munier-
Chalmas sur le rôle, la distribution et la direction des cou-
rants marins en France pendant le crétacé supérieur. —
M: Verneuil présente une note de MM. Héricourt et Ch. Richet
sur la vaccination tuberculeuse sur le chien ; une inoculation
préalable de tuberculose aviaire vaccine lés chiens contre la
tuberculose humaine. — M. Daubrée présente une note du
Prince Roland Bonaparte sur la mesure des variations de lon-
gueur des glaciers du massif du Pelvoux.
Séance du A4 avril. — M. Colteau présente une note
sur un genre nouveau d’Echinide crétacé, Dipneustes atüuricus,
découvert près Tercis (Landes). — M. Gautier présente une
note de MM. Bertin-Sans et J. Moilessier sur la formation de
Voxyhémoglobine au moyen de l’hématine et d’une matière
albuminoïde. Cette synthèse de la matière colorante du sang
m'avait jamais été réalisée jusqu’à ce jour. — M. A. Milne-
Edwards présente une note de M. 4. Julien sur la Loi d'ap-
parition du premier point épiphysaire des os longs. Cette loi
peut se formuler ainsi. Le premier point épiphysaire d’un os
long apparait toujours sur son extrémité la plus importante au
point de vue fonctionnel. — M. À. Milne-Edwards présente une
note.de M. G. Philippon, donnant la description d’un appareil
permettant de répéter les expériences de Paul Bert sur l'air
etloxygène comprimés. — M. Chauveau présente une note de
MM: Cornevin et Lesbre sur les caractères différenciels des
espèces ovine et caprine. Ces caractères sont tirés des diffé
rences qui existent dans les muscles, l'appareil stomacal, la
plasentation, la conformation du cerveau, l’ossature de la tête
et des vertèbres. Il résulte de ces observations que les Chabins
du Chili, le Mouflon de Corse et l’Argali sont franchement
ovins, tandis que le Mouflon à manchettes et le Moufion du
Caucase confinent au type caprin.
A.-E. Mararr.
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G. MALLOIZEL.
Le Gérant: Émize DEYROLLE.
PARIS, — IMPR. F. LEVÉ, RUE CASSETTE, 17.
14° ANNÉE
SUR QUELQUES FOSSILES AFRICAINS
Pendant longtemps les géologues n’ont possédé que
très peu de renseignements sur la constitution stratigra-
phique d’Angola. Ce qu'on en savait de plus précis est
contenu dans deux importants mémoires, l’un de M. le
D° Ladislas Szajnocha, de l’Université de Cracovie, inti-
tulé: Zur Kenntniss der miltelcretasischen Cephalopoden-
Fig: 1. Schlænbachia inflata Sow (spec.) de la baie de Lobito. Ech.
2° SÉRIE — N° 125
15 MAI 1892
Milne-Edwards une série d'échantillons de calcaire fos-
silifère recueillis par M. Cavelier de Cuverville, capi-
taine de vaisseau, commandant de la division navale de
l'Atlantique et devenu depuis amiral.
Ces échantillons, d’ailleurs peu nombreux, proviennent
de la falaise nord de la baie de Lobito, à petite distance
de Saint-Philippe-de-Benguéla, par 1041530" de longi-
tude E: de Paris et 12°20’ de latitude sud, à 180 lieues
marines des îles Elobi ou mieux Elobey.
du Muséum. Grandeur naturelle. — Fig. 2. Fragment
du grand Schlænbachia inflata de la baie de Lobito. Ech. du Muséum. Grandeur naturelle. — Fig. 3. Desmoceras Cuvervilles,
Stan. Meun., de Lobito. Ech. du Musérm. Grandeur naturelle. — Fig. 4. Hamiles virqulatus Brongnt., de Lobito. Ech. du
Muséum. Grandeur naturelle, — Fig. 5.
Stan. Meun. Ech. du Muséum. Demi-grandeur naturelle.
fauna der Insel Elobi an der Westküste Afrikas(1); l’autre,
de M. Paul Choffat : Sur des fossiles recueillis par M. Ma-
theiro dans la province d Angola (2).
Le Muséum à recu avec un très vif intérêt de M. Alph.
(1) Denkschriften der Mathematisch-natur-wissenschaftli-
chen Klasse der Kaiserlichen Akademie der Wissenschaften,
t. XLIX, p.231. Vienne, 1884.
(2) Bulletin de la Société géologique ‘de France, 3e série,
t. XV, p. 154, 1887. ù
LE NATURALISTE, rue du Bac, 46, Paris.
Ë I = _Hamites tropicalis
— Fig. 6. Lame mince de calcaire de Lobito, vue au microsco
Stan. Meun. de Lobito. ch. du Muséum. Grandeur naturelle.
pe. Grossissement de 50 diamètres. — Fig. T.JNatica Gabonensis
Ils présentent surtout des Ammonitides, et en pre-
mière ligne des individus de diverses tailles, des Schlœn-
bachia inflata Sow. (spec.) Les uns, petits et très réguliers
(fig. 1), rappellent exactement les spécimens du Havre
et de maintes autres localités d'Europe; d’autres incom-
plets, beaucoup plus grands (fg. 2).
J'ai distingué une autre Ammonitide tout à fait diffé-
rente, très voisine de celle que Stolizcki, dans son grand
Ke
114
ouvrage (1), a représentée pl. Lxxv, fig. 1, et qu'il a ap-
pelée Desmoceras involutus. Comme on le voit par la
figure 3 ci-jointe, le Desmoceras de Lobito présente des
caractères spéciaux : sa dimension, l’écartement et la
forme de ses cloisons le distinguent de la coquille déjà
décrite. Je propose de l'inscrire dans le catalogue sous
le nom de Desmoceras Cuvervillei.
Un autre céphalopode abonde dans le calcaire de Lo-
bito : c'est Hamites virgulatus Brongnt (fg. 4), parfaite-
ment identique aux échantillons européens.
Hamites tropicalis, Nobis (fig. 5), connu seulement par
un troncon de 6 centimètres de longueur et de 24 milli-
mètres de diamètre, n’est pas sans analogie avec H. rau-
linianus, d'Orb, qui est sensiblement du même âge. Il
présente comme lui une quadruple rangée de tubéro-
sités qui devaient se terminer.en épines, et de grosses
côtes dans l'intervalle desquelles s’en montrent de
petites. Sur la région ventrale, elles persistent sans mo-
difications, tandis que les grosses côtes se continuent
par des groupes de trois petites costules identiques aux
précédentes.
Enfin, on doit mentionner la présence de gastro-
podes, d’ailleurs difficiles à déterminer spécifiquement,
et dont le plus abondant est une Rostelleria fort analogue
à celle qu'on recueille dans le gault des Ardennes et
d’autres localités. On aperçoit aussi des traces d’un pé-
lécypodes de très petite taille.
Comme on le voit, la réunion de ces différentes
formes fossiles ne laisse aucun doute sur l’âge albien
du terrain de Lobito.
Il me reste à ajouter que le calcaire de Lobito renferme
toute une faune microscopique dont la figure 6, qui
reproduit une lame mince vue au microscope, peut
donner une première idée, Comme on voit, les forami-
nifères y abondent, et spécialement des Orbulina et des
Rotalia; il y aura lieu de les soumettre à une étude ul-
térieure.
Je saisirai l'occasion pour décrire une très belle Na-
tice que je dois à l’obligeance de M. Heurtel, lieutenant
de vaisseau, qui la recueillit lui-même au Gabon. Cette
coquille (fig. 7), que je désignerai sous le nom de Natica
Gabonensis, peut être ainsi diagnosée :
N. testa maxima, ponderosa, ovato-ventricosa ; spira
elongato-acuminata; anfractibus lente crescentibus ; supra
planis, angulo-marginatis, regulariter contabulatus, ultimo
mazimo, globoso, spiram æquante, antice connexo ; apertura
ignota.
L'’échantillon décrit a 147 millimètres de longueur et
123 de diamètre maximum; il est remarquable par son
volume, qui le rend comparable à la N. athleta de d'Or-
bigny. Nous ne connaissons la nouvelle espèce que par
son moule interne, Cette coquille est ovale et ventrue.
Sa spire, qui doit être fort aiguë, est mutilée à son ex-
trémité, Les tours qui la composent croissent lentement
et sont très-nettement séparés les uns des autres par
une sorte de rampe à surface plane, limitée au dehors
par un angle fort accusé, bien qu’il ne fasse pas saillie.
Le dernier tour est grand, globuleux et égal en hauteur
à la spire tout entière; il est connexe en avant. L'état
de l’échantillon ne permet pas d'étudier l'ouverture,
Stanislas MEUNIER.
(1) Scientific results of the second Yorkand Auscias.
LE NATURALISTE + 1
Sur Le pleur ‘de sang chez le Batrachosoma, Asio, Cope |
SAURIEN DU MEXIQUE
Plusieurs observateurs ont expérimenté sur le Phrynosoma
orbiculare, Iguanien très abondant dans vallée de México, et
ont réussi à démontrer que, sous certaines conditions, il sort de |
ses yeux un jet de sang : cette notable particularité, déjà con-
nue d’Hernandez (xve siècle), a fait donner au Phrynosoma par
les habitants du pays le nom significatif de Ilora-sangre (pleure-
sang).
M.le Dr Alfred Dugès a provoqué le phénomène en coupant
la moelle au niveau du cou; M. Wallace, en mouvant un cou-
teau brillant au-devant des yeux, et moi-même par des excita-
tions mécaniques ou par l'emploi d'excitants chimiques du pou-
voir réflexe, tels que la strychnine.
Voici ce qu'on observe d’abord : le reptile est placé sur une
table, dans sa position habituelle, et immobile. Alors, avec la
pointe de mon doigt je gratte rapidement d’avant en arrière
depuis le cou jusqu’à la queue ; le corps se courbe notablement
et arrive à se soutenir sur le ventre, les membres restant rele-
vés en haut; la respiration est activée et il y a des mouvements
fréquents de déglutition : alors je donne de légers coups sur.
un œil, et aussitôt il sort un jet de sang ou bien de grosses
gouttes qui coulent tantqu’on] continue l’excitation. J’ai vu se
reproduire cet étrange fait à deux différentes-reprises, quand
un chien et un chat eurent mordu un Phrynosoma ; leur persé-
cuteur se retira dégouüté.
Ce phénomène est consécutif à un réflexe médullaire, une
forte congestion suivie par l’exophthalmie et la rupture d’une
veine (d’après le Dr A. Dugès, le sang provient du cul-de-sac.
inférieur de la conjonctive) : il est plus facile à produire quand:
lexcitation occasionne, par son degré d'intensité seulement,"
l'augmentation dans l'énergie et dans le nombre des patte
ments cardiaques, mais non la syncope, ce qui est plus com
mun. À l’époque du rut, quand les multiples conditions del
l'âge, de la nutrition et toutes les autres qui peuvent influer
sur le pouvoir réflexe sont remplies, l’écoulement sanguin s’ob:
tient avec une étonnante facilité, et quand au contraire ces”
mêmes conditions sont défavorables, l’expérimentateur n'arrive
à obtenir aucun résultat.
Je crois cependant que l’exophthalmie peut être produite von
lontairement par l'animal.
Dans le Batrachosoma Asio, sur un exemplaire que j’ai recu
dernièrement de Iguala (Etat de Guerrero), j'ai pu observer les
mêmes particularités, et il me semble intéressant de signaler
cette conformité physiologique entre deux reptiles ayant cer
tainement de grandes affinités taxinomiques, mais appartenant
à deux genres différents, et propres l’un aux plaines des lieux
froids ou tempérés, et l’autre à la tierra caliente ou zone
chaude. |
Fondé sur les deux seules observations déja mentionnées, je
crois que cepleur de sang est un moyen de défense d’un usage
très limité parce qu'il est peu commun, et entre tous les moyens
connus, un des plus curieux. Pour expliquer son origine, il
faudrait semonter d’abord à l’explication de l’origine de
grande excitabilité réflexe des Phrynosoma et des Batracho=
soma, excitabilité peu en accord avec leur qualité de reptiles,
et qui probablement pourrait avoir d'importantes applications.
pour la physiologie expérimentale.
Mexico, 25 janvier 1892.
À. L. HERRERA.
L'ARCONAUTE DE LA MÉDITERRANÉE
M. de Lacaze-Duthiers a eu récemment l’occasion d’0b
server vivant, dans les bacs du laboratoire de Banyuls;
un Argonaute recueilli par les pêcheurs de la localité.
L'animal, qui avait abandonné sa coquille, y rentra dés
qu’il fut logé dans le bac et se tint constamment au vois
sinage, mais au-dessous de la surface, le crochet er
haut et un peu saillant (grâce probablement à quelques.
bulles d'air), le péristome vertical. Tous les bras étaient
(1) Pleur : c’est le mot de l’auteur (N. D. L.R.). : o |
LE NATURALISTE
A15
SUR EF PEER RE ER PE PERTE RE
tion n’a pu faire chan-
ger cette apparence de
tranquillité. » La proprié-
té du Caméléon est peu
développée.
L'animal se nourrissait
de petits poissons dont la
présence lui paraissait
être exclusivement indi-
quée par le tact. « Lors-
qu’une ventouse avait sai-
si le poisson, toutes celles
du voisinage s’inclinaient
vers la proie, qui bientôt
étaitattirée dans une sorte
de canal que produisaient
l’abaissement des ven-
touses ayant saisi et l’é-
lévation des bords laté-
raux du bras, » Tous ces
mouvements étaient très
rapides eten un clin d’œil
L’argonaute de la Méditerranée observée vivante par M. de Lacaze-Duthiers au laboratoire
de Banyuls. La fièche indique le sens de déplacement.
la flèche indique la direction de la progression. — B. Bouche. —
Pete à la surface du liquide;
l'animal était englouti
dans la bouche.
E. B.
». «. Bras antérieur. — Br. p. Bras postérieur. — C. Bord du Péristome non couvert par le voile. —
En. Entonnoir saillant entre les deux bras antérieurs. — 7». Tortillon recouvert par la coquille et
faisant saillie entre les deux bras postérieurs. — V. Voile, 1
réfléchis en arrière; les six inférieurs rentraient dans la
coquille et sy fixaient vraisemblablement par leurs
ventouses, les deux supérieurs restaient en dehors et
venaient s’appliquer sur le toit. Ce sont ces deux bras
qui portent la membrane véligère bien connue de l’ani-
mal; leur rôle probable est de sécréter la coquille, mais
jamais on ne voit « le bras véligère s’étendre au loin et
manœuvrer avec la voile étalée dans l’eau pas plus que
dans l’air. On a même de la peine à comprendre com-
ment une membrane aussi mince et un bras aussi grêle
vers l'extrémité pourraient vaincre la résistance de l’eau
et agir contre elle à la facon d’une rame solide, »
Le bec de perroquet fait saillie entre la base des bras, et
au-dessous s’avance l’entonnoir qui présente l'apparence
d’une trompe contractile très allongée.
« La physionomie générale de l’Argonaute flottant
ressemble peu à celle de nos Seiches et de nos Poulpes,
tels qu’on les voit dans les aquariums ou tels qu’ils sont
représentés dans les ouvrages. L'œil de ceux-ci a
quelque chose de félin. La teinte, la forme de la pupille,
les changements subits et répétés de couleur dus à la
propriété du caméléon poussée aux plus extrêmes li-
mites, tout cela leur donne une expression profondé-
ment intelligente et canaille. Quoique en repos, ils sem-
blent toujours au guet, agités, nerveux, surveillant ce
qui se passe autour d’eux et manifestant leur impres- .
sion par de subits changements de couleur. Ici rien de
semblable. L'animal paraît tranquille et nulle impres-
sion ne semble l’agiter. Il respire seulement avec beau-
coup d'activité, comme du reste ses pareils, ce qui lui
donne nne apparence de profond essoufflement. Son œil
est rond, bordé de noir; sa pupille, très noire aussi, est
absolument circulaire, centrale, régulière et immobile.
C’est comme l'œil d’un poisson, mais sans cette mobilité
donnant une expression particulière. Ici, c’est l'impassi-
bilité absolue, aucun mouvement de menace ou d’excita-
SUR LA GRAINE DE L'OVALA
Pentaclethra macrophylla Bentham.
Il existe au Gabon-Congo francais et sur plusieurs points de
la côte occidentale d’Afrique (Rivières du Sud), sous des noms
très divers variant avec les dialectes, un grand arbre de la fa-
mille des Légumineux dont la graine présente un réel intérêt au
point de vue industriel et sur laquelle j'estime qu’il y a lieu
d'appeler l’attention comme source de matières grasses et
azotées. Déjà le commerce français, à mon instigation, en a
introduit une certaine quantité sur la place de Marseille, et tout
fait présager qu’animés de quelque souci de l'avenir, les comp-
toirs de nos possessions tropicales pousseront activement les
indigènes à la culture ou tout au moins à la propagation de
cette précieuse légumineuse qui pourrait avantageusement en
se joignant à l’arachide, déjà si communément cultivée dans
nos provinces d'Afrique tropicale, compléter le cycle des ma-
tières grasses et des tourteaux fécondants que l'industrie et
l’agriculture francaises doivent aux richesses, si mal exploitées
jusqu’ici, du vieux continent africain.
Sous le nom d’Owala les M'Pongués du Gabon (1) emploient
comme matière alimentaire la graine d’une Légumineuse en
arbre assez abondante dans le pays et connue des botanistes
sous le nom de Pentaclethra macrophylla Benth. (in Hook.
Journ., II, 127). Ce végétal n’est pas localisé dans notre colonie
du Gabon-Congo : bien qu’abondant aux environs de Libre-
ville et probablement dans tout le Gabon-Congo français on
le retrouve encore sur les bords du Rio Nunez, et probable-
ment dans toute la région aujourd'hui française connue
sous le nom de Rivières du Sud; à Fernando-Po (Vogel — Ni-
ger Flora 329); dans la colonie allemande de Caméroon, sur les
bords de la rivière de ce nom, à l’île Saint-Thomas (herbier de
Mann), enfin à l’île des Princes (Dr Welwitsch). Déjà, en 1865,
M. le professeur Baïllon, dans ses études sur l’herbier du
Gabon (Adansonia, Recueil d'observations : botaniques —
août 1865), avait indiqué les emplois indigènes de cette graine
après avoir donné une description de la plante, et signalé une
seconde espèce de Pentaclethra sous le nom spécifique de Griffo-
niana (1). Ayant recu de notre très zélé correspondant M Pierre,
(4) Le professeur Olives (Flora tropical Africa, li p. 323) dé-
clare avoir recu ces gousses sous le nom de Opochala, mais il
ne dit pas dans quel dialecte africain.
‘16
directeur du jardin d’Essai de Libreville, une certaine quantité
de ces graines remarquables, enfermées dans leurs gousses
ligneuses, nous avons été conduits après un premier essai éta-
blissant la richesse de ces semences en huile et leur forte teneur
en azote (les cotylédones flambent à la lampe en répandant une
forte odeur caractéristique de corne brülée) à rechercher leur
constitution chimique exacte, la nature physique et chimique
de lhuiïle, leur rendement à la pression, enfin la richesse du
tourteau employé comme engrais ou comme aliment pour les
bestiaux. Cette étude devrait avoir pour corollaire l’examen du
meilleur mode de propagation de ce végétal dans nos colonies
francaises tropicales. Voici la description de la plante d’après
Baillon :
« Le Pentaclethra macrophylla est un grand arbre de 20 mè-
ires environ (au Rio Nunez) atteignant seulement 5 ou 6
mètres de haut au Gabon, d'après Griffon du Bellay (herbier
n° 28). Il est très rameux et très feuillu. Les rameaux ouverts,
étalés, sont chargés de grandes feuilles bipinnées à folioles
très nombreuses, insymétriques, trapézoïdales, opposées les
unes aux autres comme les divisions du rachis de la feuille, —
Fig. 1 et 2. — Gousse müre et ouverte de Pentaclethra ma-
crophylla Bouth. pourvue de ses graines.
Ceile-ci est accompagnée à sa base de deux stipules lancéolées,
de petite taille, et la base des divisions porte en outre des sti-
pelies sétacées. Ses feuilles sont ou glabres ou recouvertes d'un
fin duvet ferrugineux. La forme de leurs folioles est un peu
variable ; elles sont plus ou moins insymétriques et plus ou
moins arrondies ou aiguës à leurs extrémités,
«Quand le feuillage commence à paraître, il constitue au
bout des rameaux des espèces de touffes chargées d'un duvet
velouté de couleur marron. Plus bas, les branches sont cou-
vertes d’une écorce rugueuse et portent de nombreuses cica-
trices saillantes des anciennes feuilles. La section des faisceaux
LE NATURALISTE
fibro-vasculaires qu’on voit sur ces cicatrices figure grossière-
ment un masque humain d’après l’observation de Griffon du Bel-
lay. Le nombre de paires de folioles est très variable, Griffon
du Bellay n’en a compté qu'une douzaine au plus; il yen a
souvent davantage sur les échantillons d’Heudelot. Les fleurs.
très nombreuses, qui apparaissent dans la saison sèche, sont
groupées en épis ramifiés, sur les axes desquels elles sont
sessiles et articulées; elles sont polygames. Leur calice (?) a
la forme d’une petite clochette gamophylle à cinq dents
arrondies, reliées et imbriquées dans la préfloraison. Au-dessus
de lui le réceptacle forme une cupule profonde dont le fond
est occupé par un gynécée souvent stérile et dont la surface
intérieure est tapissée d’un disque glanduleux, tandis que la
corolle et l'androcée sont insérées sur les bords. Les pétales
sont épais et valvaires. Les étamines fertiles, au nombre
de cinq, alternent avec les pièces de la coroïle. Leurs filets sont
infléchis dans le bouton, plus tard redressés et exserts; leurs
anthères sont introrses, biloculaires, déhiscentes longitudinale-
ment. La glande caduque, elliptique, allongée, que porte en
haut le connectif, est d'abord appliquée le long de la face in-
terne de l’androcte. À chaque pétale répond un petit faisceau
de 2 ou 3 filaments stériles, grèles, repliés sur eux-mêmes dans
le bouton, et qu’on considère comme des staminodes alternant
avec les étamines fertiles. En dedans de l’androcée, lé bord
saillant du disque se découpe en dix petites dents glanduleuses
et obtuses.
«L'ovaire, ordinairement mal développé, supporté par un
pied très court, contient souvent de nombreux ovules disposés
Fig. 3. — À à F, graines de Pentaclellwa macrophylla vues
sous divers aspects (1/2 grand. nat.) avec leur épisperme
marron luisant.
sur deux rangées verticales. Le fruit attire souvent l'attention
par l’épaisseur de ses parois ligneuses et ses grandes dimen-
sions. L’un d’eux, envoyé par Griffon du Bellay et Touchard,
mesure 55 centimètres de longueur, sur 9 de largeur et 3 1/2
d'épaisseur. C’est une sorte de latte aplatie, atténuée oblique-
ment vers la base et dont le bord arrondi et'mousse présente
dans toute sa longueur un sillon de déhiscence qui le partage
en deux lèvres. La surface de toute la gousse est d’un brun
marron, velouté avant l’entière maturité puis, le duvet tom-
LE NATURALISTE
117
bant, glabre et parcouru, comme un morceau de bois, par des
stries et des fissures longitudinales. » (Voir fig. À et 2.)
Cette gousse s'ouvre avec élasticité, et ses deux valves ten-
dent avec une grande force à s’écarter l’une de l’autre et à s’en-
rouler ensuite en dehors. Telle est la puissance de ce mouvye-
ment de déhiscence que M. Poisson, aide-naturaliste au Muséum,
ayant fixé en plusieurs points, avec des boulons, les deux
valves d'une gousse qu'il voulait conserver intacte, l’une de
ces deux valves se brisa et commenca à s’arquer au dehors,
quand le fruit a été placé dans un endroit suffisamment sec (1).
— Le méme fait s’est produit au laboratoire de botanique de la
Faculté des sciences de Marseille, où des gousses de Om. 550
de long sur Om. 105 de large ayant été contenues avec.de gros
fil de fer (voir les figures 1 et 2 faites d’après les photographies
de ces gousses dont l’une (fig. 1) est entière et l’autre ouverte)
elles Se brisèrent vers le milieu et les troncons se recourbèrent
en dehors des liens contenteurs.
Iest certain que dans leur pays d’origine, ces graines, au
rnoment de la déhiscence, sont lancées avec force à une dis-
tance d'autant plus grande qu'à ce moment elles sont faible-
ment attachées dans leur loge. Ces graines, au nombre de 6 à
dans chaque loge, y sont placées obliquement par rapport aux
deux bords parallèles de la gousse. Elles sont très grosses,
(Mcentimètres de long sur 7 de large), elliptiques, aplaties,
ininées sur leurs bords, obliquement atténuées vers leur point
d'attache, glabres, lisses, talceuses au toucher, à épisperme
luisant, brun foncé, parcouru suivant sa longueur par de
nombreuses rides obliques, peu profondes. L’épisperme très
épais, coriace et formé de deux enveloppes de couleur brunâtre,
enveloppe des cotylédons très résistants, volumineux, de couleur
verdâtre, de saveur sucrée d’abord, puis un peu amère, et gor-
gés de matière grasse, comme on va le voir par l’analyse chi-
mique. Ces cotylédons de couleur verdâtre foncée se prolongent
au-dessous de leur insertion en une sorte d’auricule décurrente
de chaque côté de la radicule qui en est complétement entourée
comme d’un étui.
Examinés au microscope sur une coupe tangentielle par
rapport au grand axe de la graine, ces cotylédons présentent
la structure suivante: En allant de l’intérieur vers l’extérieur,
on trouve un épiderme à petites cellules grasses, puis une suc-
cession de strates cellulaires d’abord petites, puis allant en
accroissant graduellement leurs dimensions jusqu’au centre du
cotylédon charnu, ces cellules vont ensuite en décroissant
jusqu'à l’épiderme de la face plane interne du même coty-
lédon. Toutes ces cellules sont gorgées d’un corps gras pris
en masse et composé néanmoins de petits globules sphé-
riques.
La graine, dépouillée de son épisperme marron et d’un blanc
grisätre, est d'un aspect corné. Toute la surface externe des
cotylédons qui la composent est recouverte de sillons qui
constituent une véritable treillisation externe. Rien de sem-
blables sur la face cotylédonnaire interne.
Les Gabonais mangent cette graine, et on peut hardiment
dire que si son gout n’a rien qui puisse satisfaire les exigences
de nos palais raflinés, du moins la composition chimique nous
permettra de la ranger parmi les aliments les plus riches qu'il
soit possible à l’homme de se procurer dans le règne végétal.
À suivre.)
Edouard HEcKkeL.
Mœurs et métamorphoses de
CHRYSOCHUS PRETIOSUS Fabricius
Coléoptère du groupe des Eumolpides, de la famille des
Chrysomélides.
Œuf. Pondu aussitôt après le rapprochement des deux
sexes, au-dessous de laisselle des feuilles qui sont les plus
voisines du collet de la racine de la plante nourricière, l’œuf
est verdâtre, lisse, en ovale allongé, mesure en longueur un
peu plus de un millimètre et un peu moins de un millimètre
en largeur ; il éclôt quelques jours après, donnant le jour à un
vermisseau qui dénote en naissant la forme que, devenu plus
(D Le professeur Olive a décrit en détail (Transaction of the
Linnean Society, XXIV 415) la remarquable hygrométricité de
valves de cette gousse mûre,
grand, il conservera : en effet, la couleur, la conformation, la
pubescence, caractérisent déjà cet être si chétif.
Aussitôt éclose, la jeune larve s’enfonce en terre suivant la di-
rection des racines du dompte-venin; plus elle grandit, plus elle
pénètre dans le sol, et lorsque approche la saison froide, alors
qu'il y aurait pour elle et danger et impossibilité à se mouvoir
dans un milieu durci par les gelées, elle se construit une loge
où elle passera les mauvais jours; c’est à ce moment, qu'après
des mues successives, elle èst parvenue à son entier dévelop-
pement. }
Larve : Long. 10 à 44 mill.; larg. 5 mil.
Corps légèrement courbé en arc, d’un blanc sale, jaunâtre à
la région antérieure, transversalement ridé, avec longue pubes-
cence rousse: convexe en dessus, subdéprimé en dessous,
subatténué aux deux extrémités.
Téte cornée, jaunâtre, luisante, ovalaire, longs poils roux
épars sur la surface et quelques petites rides creuses; ligne
longitudinale médiane entière partant du vertex, au milieu de
laquelle conflue une double impression oblique dont les extré-
mités se perdent un peu au-dessous de la base antennaire;
épistome large transverse, translucide, à angles antérieurs
arrondis, glabre, avec une légère impression relevant la péri-
phérie du bord en forme de léger bourrelet; labre en demi-
ovale, pubescent de roux à son bord antérieur qui est noi-
râtre, à base ferrugineuse; mandibules courtes, se touchant
sans se croiser, fortes et cornées, subtriangulaires, convexes
en-dessus, ferrugineuses, à extrémité noire, englobant à la
base une tache triangulaire testacée, légèrement échancrées à
l’extrémité, creuses intérieurement ; palpes maxillaires à lobe
cylindrique, à bout ferrugineux, translucides, avec une rangée
de spinules intérieures placées en forme de dents de peigne,
l’extrémité du lobe ne dépassant pas le deuxième article des
palpes maxillaires qui sont de quatre articles égaux, testacé
pâle, avec anneau médian ferrugineux; les deux premiers courts,
moniliformes, avec long poil à la base du premier, troisième
court, cylindrique, quatrième grêle, en entier ferrugineux clair,
obtus à la pointe qui est arquée en dedans; menton convexe,
charnu avec spinosules épars sur la masse, laquelle ceint d’un
trait ferrugineux, en forme de fer à cheval, les palpes labiaux
lesquels sont très courts, ténus: uni-articulés, cylindriques,
bruns à extrémité obtuse et que dépasse un corps charnu
pubescent, excavé au milieu tenant la place habituelle de la
languette ; la direction des palpes labiaux est, contrairement
à ce qui a lieu habituellement, perpendiculaire au plan de
position; antennes de quatre articles rétractiles, la base du
premier article est en partie entourée en dessus par le crochet
d’un trait ferrugineux en forme de point d'interrogation; cet
article est gros, testacé, tronconique, pouvant recevoir les sui-
vants à l'instar d’un tube de lunette, deuxième et troisième
courts, cylindriques, ferrugineux, quatrième très petit, à deux
branches obtuses dont l’extrémité est terminée par une courte
soie; pas de traces d’ocelles.
Segments thoraciques convexes, premier segment jaunâtre,
subcorné, pubescent de roux, bien plus large que la tête, sans
autres rides ni boursouflures qu’un léger bourrelet latéral; les
deux segments suivants, blanc sale, pubescents, avec deux
fortes rides semi-elliptiques, une antérieure très accentuée,
l'autre postérieure ; entre elles est une troisième ride médiane
grande et transverse; de leurs intervalles s’élèvent, par arceau,
trois fortes boursoufiures.
Segments abdominaux de la couleur des deux segments
prècédents, chaque anneau est convexe, blanc mat sale, avec
une forte ride médiane transverse, partageant chaque anneau
en deux bourrelets transversaux dont le dessus est fortement
spinosulé; le premier segment participe de la forme du dernier
segment thoracique, les deuxième à septième sont de forme et
de dimensions égales, le huitième un peu plus petit, à plus
longue pubescence, avec un léger trait ferrugineux à l'extré-
mité; neuvième plus court, moins volumineux, avec un léger
trait ferrugineux à son extrémité qui se termine par un em-
pâtement tri-mamelonné avec point noir à la basedes deux ma-
melons extrêmes.
Dessous de la tète jaune clair avec lègère pubescence rousse;
des segments thoraciques, päles, couleur moins accentuée aux
segments abdominaux qui sont subdéprimés, le milieu de
chaque arceau légèrement relevé en bourrelet fortement cilié
de roux; l'extrémité du neuvième esttriangulairement échancrée,
à fond corné et jaunâtre, englobant Iles deux mamelons
extrèmes entre lesquels est la fente anale.
Une double rangée latérale de bourrelcts, avec cils et spino-
sules au centre en forme d’aréoles, marque le point de divi-
118
sion des deux régions dorsale et ventrale. Chez les jeunes
larves bien repues, ces deux régions sont de couleur terne.
Pattes blanchâtres, transparentes, ciliées, de longueur
moyenne; hanche courte à base bien développée, trochanter
plus court, cuisse et jambe longues, cette dernière terminée
par un onglet ferrugineux très acéré à base fortement ciliée.
Stigmates ovalaires, à péritrème plus clair que le fond qui
est brun ; le premier, le plus grand, sur le bourrelet latéral qui
sépare les deux premiers segments, et un peu plus bas placé
que les huit autres, qui sont au-dessus du borrelet supérieur
latéral et au tiers antérieur des huit premiers arceaux abdo-
minaux.
Cette larve rappelle par son faciés les larves de Lamellicornes
du groupe des Phyllophages; et a beaucoup de rapports avec
celle du Bromius vitis, décrite en 1890 par M. Valéry Mayet
dans son ouvrage sur les insectes de la vigne; condamnée
comme elle a une existence souterraine, il lui fallait une struc-
ture et des moyens en rapport avec son genre de vie intime;
aussi est-ce sur le flanc qu’elle prend position dans le passage
intérieur où elle chemine, les tubercules qui terminent son
dernier anneau lui servant de point d'appui pour se mouvoir
el pour avancer dans sa sombre galerie.
C’est des racines du dompte-venin, Vinceloæicum officinale,
Mænch, qu’elle tire sa subsistance ; éclose en août, son exis-
tence dans le sol se prolonge jusqu’au milieu de juin, époque
à laquelle a lieu la nymphose. Ce n’est pas à la base du chevelu
de la racine du dompte-venin qu’elle paraît se plaire, on croi-
rait au contraire qu’elle évite de se rapprocher d’un milieu trop
substantiel qui l’exposerait à bien des mécomptes; c’est plus
profondément à vingt centimètres du sol et au-dessous qu’elle
suit la direction des substances qui lui servent de nourriture.
La larve que je viens de décrire a mis pendant quatre
années ma patience à rude épreuve.
La première année, j'avais remarqué sur les contreforts du
Canigou, non loin de Ria, entre les vallées de Taurinya et de
Fillols, une petite croupe dont les touffes verdoyantes de Vin-
cetoxicum oflicinale reluisaient d’azur, tellement était consi-
dérable le nombre des Chrysocus pretiosus adultes, qui ornaient
la plante; désireux de connaître le cycle biologique de cette
jolie petite bête, je passai une saison entière à scruter du
regard les pieds du dompte-venin qui embellissaient le coteau
de son feuillage, et ils étaient nombreux ces pieds ; pas une
larve en vue. J’avais pensé qu’à l'instar de ses congènères les
Chrysoméliens, la larve du Chrysocus devait vivre à découvert
sur les feuilles de la plante où je l'avais vu adulte si abondant, où
je l’avais vu par centaines de couples copulés, sur lesquelles
J'avais constaté sa ponte : espérance vaine.
La saison suivante, rendu perspicace par mon peu de succés,
j'examinai les feuilles et plus particulièrement l’intérieur des
tiges tant mortes qu’en vie; je fis une guerre d’extermination à
l’intéressante plante, mais mon insuccès fut aussi complet qu'à
la première campagne, quoique la quantité d'adultes eût aug-
menté: pas encore de larves sur les feuilles, encore moins dans
l'intérieur des tiges; à côté beaucoup d'insectes accouplés, et
toujours des pontes constatées au pied de la plante. Je m'étais
donc trompé : ce n’était pas du dompte-venin que vivait la
larve, mais alors où la trouver à défaut d’autres plantes sur
les mêmes lieux? Je me consolai de mon mieux tout en me
promettant de ne pas abandonner quand même la partie;
puisque ce n’est ni des feuilles, ni des tiges que vit l'objet de
mes recherches, c’est sur la racine, me disais-je, que sera son
habitat. <
À la troisième année, muni d’un petit piochon, je fais une
nouvelle hécatombe de plantes ; je découvre jusqu’aufcollet de la
racine la majeure partie des pieds de Vincetoxicum qui gar=
nissaient la croupe; je passe des journées à meurtrir un végétal
que j’accusais d’ingratitude parce qu’il ne me livrait pas le
secret recherché; malgré tout, le résultat ne fut pas meilleur ;
ma troisième année de recherches me coûta plus de labeur que
les deux précédentes réunies, et cela, pour arriver à un in-
succès complet.
Persuadé enfin que la larve tant désirée ne vivait ni des
feuilles, ni dans les tiges, ni au collet de la racine, j’attendis
patiemment la fin!de la quatrième!saison, c’est-à-dire le moment
propice pour la venue de son complet développement.
Armé d’une forte pioche, je me dirige vers le lieu, théâtre
de mes efforts : « Puisque le coteau, me disais-je en cheminant,
ne nourrit qu’une plante que hante un nombre considérable
d'individus d’une seule et même espèce, dont la ponte est
déposée, de visu, au pied même du végétal, puisque la larve ne
réside en aucune partie extérieure ni intérieure de la tige, ni
LE NATURALISTE
F
longs cils à base membraneuse et saïllante.
même au pied, c’est dans le sol que gît ma créature. » Ma
réflexion était bonne, mais j'ose avouer qu’il me fallut bien du
temps pour arriver à mes dernières fins.
Aux premiers coups de mon outil, les pieds déracinés volent
en l'air; rien dans le sol sauf quelques vulgaires larves de
Lamellicornes ou de Malacodermes ; je modérai mon ardeur et,
au lieu de répandre de-ci de-là les griffes des racines enlevées,
je me demandai s'il ne valait pas mieux les examiner de près:
rien encore. Un heureux et profond coup de pioche met à jour
une première larve dont l’aspect ne me laisse pas de doute.
J’étais possesseur de l’objet si envié, j’examine attentivement
le sol, je creuse un peu plus bas, je déterre une nouvelle larve,
j'étais donc sur les traces, et c’est alors qu’il me fut donné de
constater que mes recherches antérieures avaient porté trop
superficiellement; c’est le sol qu’il fallait sonder, qu’il fallait
remuer, c'est-à-dire commencer la première année par où
j'avais terminé la quatrième ; mais aussi comment penser que
la larve d’un insecte classé dans la famille des Chrysomélides
pouvait exister souterrainement, alors que les larves de ses
congénères vivent à découvert des feuilles des plantes nourri-
cières ? J'aurais bien pu m’inspirer de la manière de vivre du
Bromius vilis, mais il en avait été tant dit et écrit d’invrai-
semblable, jusque dans ces derniers temps, sur cet insecte!
Parvenue au-terme de son complet développement, la larve,
à l’endroit où elle se trouve à ce moment, c’est-à-dire à vingt-
cinq centimètres de profondeur, se faconne dans le sol une
loge ovalaire dans laquelle s’accomplira son cycle nymphal ;
c’est dans la position horizontale que semble se tenir lanymphe,
ce que je n’ai pu bien constater, étant donné la difficulté de
faire cette observation; je puis cependant affirmer que j’en ai
vu une la tête tournée vers la profondeur du sol. v
Nymphe. Long. 10 à 41 mill., larg. 6 mill. Ù
Corps mou, charnu, blanc clair, large à la région antérieure,
un peu atténuée à la région opposée, couvert de cils irrégu-
lièrement longs.
Masque frontal convexe, bordé au-dessus des yeux d’une
rangée diagonale de trois cils bruns à bout arqué en dedans,
émergeant d’un léger tubercule rembruni ; masque thoracique
triangulaire à bord antérieur tronqué et excavé, bordé d’une
rangée de cils bruns, d'autres cils sont épars sur le disque, en
particulier un petit groupe de quatre au centre et près du
bord postérieur de l’anneau; deuxième segment étroit cordi-
forme, 3° large et transverse, tous deux ciliés. ;
Segments abdominaux jaunâtres avec léger trait médian
brun, diminuant de largeur de la base à l’extrémité, avec bande
transverse de longs cils bruns entre mélés à de plus courts ;
segment anal à cils plus longs de couleur plus foncée et plus
nombreux, terminé par deux petits filets bruns à pointe noire
à direction longitudinale; un léger bourrelet latéral cilié sur
lequel sont les stigmates flaves à péritrème de même couleur,
sert de séparation aux régions dorsale et ventrale.
Dessous glabre, n’offrant rien de particulier, aïles et pattes
rassemblées comme à l'ordinaire, les antennes reposant sur
les genoux des deux premières paires de pattes; anus mame=
lonné à excavation transversale, latéralement bordé par de
La phase nymphale dure un mois environ, un peu plus Un
peu moins selon l’état de la température; dès que les téguments
de l'adulte sont suffisamment durs pour lui permettre de se
frayer un passage à travers la couche terreuse qui le sépare
de l'extérieur, il chemine à travers le sol, il fait son apparition;
restant inféodé à la plante qui l’a vu naître et qu’il ne quittera
pour aller à une autre que si les besoins du rapprochement l'y
obligent.
Adulte. Aux environ de Ria, c'est vers la mi-juillet qu'on
voit apparaître l’insecte parfait dans toute sa splendeur; il est
commun sur les coteaux d’une altitude de 6 à 800 mètres : des
nuit, il se tient le long des tiges, sous les fleurs ou sous les
feuilles de la plante nourricière, le jour il aime à plonger sa
tête dans les fleurs du Vincetoxicum dont il ronge les feuilless
il passe d une tige à l’autre jusqu'à l’époque de l’accouplement…
qui a lieu de fin juillet à fin août, puis mâle et femelle dispa=
raissent, cette dernière, après avoir assuré le sort de sa progé-
niture.
C’est un insecte en entier d’un beau bleu uniforme, dont on
trouve la description dans tous les auteurs. À
Cap° XAMBEU.
LE NATURALISTE 119
= © Bretagne. On en emploie aussi une grande quantité pour
[ce Châtai gn 1er la nourriture des animaux de basse-cour,
Ai Il faut distinguer dans ce genre les Châtaigniers cul-
tivés pour leurs fruits et le Châtaignier sauvage. Dans les
variétés cultivées, le tronc devient fort gros et peu
élevé, et on a remarqué presque partout qu’il commence
Le Châtaignier commun (Fagus castanea L.) est un
arbre indigène des parties méridionales et tempérées de
l'Europe; il produit un fruit comestible qui est connu
\
i | oh
ii il
Châtaignier de la Nave (Sicile) ; 18 mètres de circonférence.
sous le nom de châtaigne ou de marron. Ces fruits, cuits | à se gâter dans le cœur vers l’âge de 50 à 60 ans, ce qui
dans l’eau ou légèrement grillés et réduits en farine, | oblige à l’abattre de bonne heure, si on veut tirer parti
jouent un rôle important dans l’alimentation du Limou- | de son bois.
sin, de l'Auvergne, du Languedoc et d’une partie de la Comme arbre pittoresque, le Châtaignier cultivé est
120
LE NATURALISTE
un des plus beaux. Arrivé à tout son développement, il | s’y altèrent point. Elevé en taillis, il fournit des cercles
ne dépasse guère 15 à 18 mètres de hauteur, mais sa
ramification forme une tête large, arrondie, touffue et
de la plus belle verdure. Sa culture, comme arbre frui-
tier, remonte à La plus haute antiquité. Les Romains
tirèrent, dit-on, leurs premières châtaignes de Caetane,
village de la Pouille, ce qui leur fit donner le nom de
Castaneu nuces, noix de Castane. Le Châtaignier était
déjà très répandu dans les Gaules. Théophraste nous
apprend qu’on en trouvait beaucoup en Thessalie, parti-
culièrement sur le mont Olympe. Un célèbre voyageur
du xvi siècle, Jacques Belon, a vu des Châtaigniers sur
les montagnes de la Macédoine, et Ollivier en a ren-
contré toute une forêt sur les bords de la mer Noire.
Les auteurs anciens nous apprennent que les meilleurés
châtaignes portaient le nom de balanoi (glands), et que
celles qu’on recueillait sur le mont Ida étaient surnom-
mées leucenæ.
Pline leur donne le nom de populures et de coctivæ,
parce que le peuple de Rome en faisait sa principale
nourriture.
Les Châtaigniers donnent de très bons produits dans
le centre et le midi de la France. Les châtaignes les plus
estimées, qu'on nomme « marrons » et qui se dis-
tüinguent des communes par leur grosseur, viennent des
environs de Lyon et de Saint-Etienne, mais surtout des
environs de Lue. Cependant, les châtaignes les plus
agréables ne sont pas toujours les plus grosses. En
Corse, on les réduit en farine pour en faire des galettes,
connues sous le nom de polenta, elles forment un ali-
ment sain, substantiel pour l’homme, comme pour les
animaux.
Le Châtaignier sauvage est un arbre qui atteint de
35 à 40 mètres de hauteur; il donne une tige droite,
filée, d’un bois dur, compact et non sujet à se détériorer,
plus propre que celle d’aucun de nos arbres indigènes à
fournir de très longues poutres, Ses fruits restent très
petits et ne sont employés qu’à la reproduction de
arbre, C’est cet arbre qui a fourni les charpentes si
admirées de la cathédrale de Bourges, des grosses tours
de Châteaudun et d’une multitude d’autres édifices civils
ou religieux du moyen âge, Aujourd’hui, sans avoir en-
tièrement disparu, il est devenu fort rare, de très com-
mun qu'il était il y a quelques siècles, Le plus bel
exemplaire connu qui en existe en France est un arbre
isolé qui se trouve à Médoux, à 2 kilomètres et demi de
Bagnères-de-Bigorre, sur la route de Campan, dans l’an-
cien couvent des Capucins. Cet arbre mesure 40 mètres
de hauteur, Son tronc est lisse et cylindrique et monte
verticalement droit comme un mât de vaisseau, Les pre-
mières branches sont à 30 mètres du sol, et une petite
cime conique ayant au plus 10 mètres de haut, com-
posée de branches courtes, horizontales, rigides, un peu
contaminées, termine comme un panache aérien la ma-
gnifique colonne qui la surmonte, À 4 mètre du sol, il
mesure #30 de circonférence. Cet arbre a été planté par
les Capucins. Ce couvent avait une haute antiquité, car
sur des pierres provenant de l’église et conservées dans
une grotte, on lit la date de 1545, J'ai vu en 1887, cet
arbre, lors de mon voyage dans les Pyrénées,
Le bois de Châtaignier est peu estimé pour le chauf-
fage, mais il est très bon pour les ouvrages de charpente
qui ne sont pas exposés à l’eau; il est élastique, pesant,
d’une grande force et d’une longue durée, On s’en sert
de préférence pour faire des tonneaux; les liqueurs ne
de cuve, des lattes à treillage, des claies pour les parcs
et jardins. Le Châtaignier aime les terres fertiles, les
sols silico-argileux et même les ‘terres siliceuses suffi-
samment fraîches. On le voit se développer cependant
dans les terrains secs, légers, impropres aux céréales et
sur les rochers ; il se plaît sur le penchant des coteaux et
des montagnes, comme on le voit dans les Cévennes,
Cultivé comme futaie, il peut être exploité à l’âge de
110 ans, mais il peut se conserver intact pendant un
temps plus long. Il repousse très bien de souche et forme
d'excellents taillis qu’on peut exploiter à l’âge de 7 à
15 ans.
Le Châtaiguier est commun dans les forêts de l’Europe
occidentale; il abonde dans le Jura, les Cévennes, le
Vivarais, le Forez, le Lyonnais, le Limousin, le Péri-
gord, les Pyrénées moyennes, les montagnes de la
Corse, une partie de la Bretagne, ainsi que dans la
Suisse italienne, dans Jes magnifiques vallées de Maggia,
Verzasea et Onsernone, situées près de Locarno, que j’ai
parcourues en 1890.
Le Châtaignier parvient quelquefois à une grosseur
prodigieuse. On cite, en France, plusieurs de ces arbres
qui atteignent des dimensions gigantesques, mais le
plus remarquable de ces végétaux se voit près de San-
cerre, dans le département du Cher; il a environ
10 mètres de circonférence; malgré son âge (on lui
donne plus de 1,000 ans), il continue à porter des fruits.
Comme géant végétal isolé, le Châtaignier de Neuve-
Celle, aux bords du lac de Genève, lui dispute le prix.
On voit, dans l’île de Madère, un Châtaignier colossal
qui se trouve dans la propriété de M. le comte de Car-
valhal, à un endroit qu’on appelle Achado, dans la pa-
roisse de Campanario, qui est située à 23 kilomètres de
Funchal.
La hauteur de ce Châtaignier est d’environ 50 mètres,
et à 1 mètre du sol, son tronc mesure 11260 de circon-"
férence ; il y a dans le centre de ce tronc une chambre
carrée de 1270 de large. Au sud, on a ouvert une fenêtre
de 0"52 de large sur 0"37 de haut. L’arbre est encore
en pleine végétation ; mais comme pour tous les colosses
de ce genre, il serait bien difficile d’en indiquer l’âge.
On peut encore citer, parmi les Châtaigniers gigan-
tesques le fameux Châtaignier du mont Etna, que l'On
nomme en Sicile Castagno di Cento cavalli (Châtaignier
des Cent chevaux) qui mesure 52 mètres de circonfé-
rence.
Il existe aussi, dans les environs de l’Etna, plusieurs:
autres Châtaigniers très beaux et très droits qui on
42 mètres de diamètre, et un de ces arbres a jusqu'à
25 mètres de circonférence. È
Quel âge peut avoir le Châtaignier de l'Etna? C’est ce
qu'il est bien difficile de savoir. Si l’on suppose que,
chaque année, ses couches concentriques se soient'ac
crues d’une ligne en épaisseur, cet arbre vénérable.
aurait de 3,600 à 4,000 ans d’existence, F1
Nous citerons encore le Châtaignier de la Nave (Si-
cile), qui a 18 mètres de circonférence; c’est l’arbre dont,
la figure accompagne cet article.
Au Japon, d’après un voyageur français, M. Dupont,
qui a beaucoup étudié les arbres de ce pays, les feuilles
des Châtaigniers servent à nourrir les vers du Bomby#
Yama-maï, dont la soie est si estimée, et qui a été intro
duite en France il y a plusieurs années, |
Henri JORET. :
- LE NATURALISTE 121
LE PÉLICAN
Pourquoi le Pélican a-t-il cette belle réputation de
présenter l'exemple le plus attendrissant de l'amour pa-
ternel ou maternel ? Pourquoi son nom est-il inséparable
de l’idée d’un dévouement
calme et digne dont les
boniments des montreurs
d'ours et de Pélicans ont
perpétué le souvenir? La
fable attribuait à un oi-
seaude grande taille, moi-
tié vautour, moitié oison,
la singulière manie de se
percer le flanc pour nour-
rie ses enfants de son
sang; cet oiseau merveil-
Jeux fut appelé par les
_ unslePhénix, par d’autres
_ Vautour, et par d’autres
enfin Pélican. Quelles er-
reurs d'observation oude
langage furent les causes
me plaît de songer que le mouton était seul égoïste et se
laissait gratter pour le plaisir d’être soulagé de quelque
démangeaison, tandis que les deux pélicans méritaient
leur réputation d’oiseaux très dévoués.
Aristote parle du Pélican, Pline décrit l’'Onocrotale et
| cette comédie trouvaient leur bénéfice à la jouer; mais il
1
de ces attributions fabu
leuses ? Il est d'autant plus
difficile de le démêler que
-rien n'indique que le mot
- Phénix désignât primiti-
.vement un oiseau ef que
Von atraduit par Phénix
un mot hébreu qui veut
_dire«sable ».
_ LePélican est cepen-
. dant, pour qui le connaît
un oiseau bien sympathi-
que; il n’est alors pas
surprenant qu'on lui ait
attribué une générosité de
Caractère aussi remarqua-
ble.
… J'ai vu au Jardin des
plantes deux Pélicans qui
avaient pour un mouton,
“enfermé avec eux dans un
| parc, des attentions extré-
| mement délicates et qui
| semblaient parfaitement
| désintéressées. Voici en
| quelle circonstance ils té-
| moignaient de leur solli-
| citude : Le mouton s’ap-
| prochait d’un desPélicans,
| le flairait, puis restait im-
mobile; l'oiseau battait
| des ailes, faisait de la tête
| quelques gestes assez difficiles à interpréter, puis se
mettait en devoir de fouiller-délicatement de la pointe
de son bec la toison du mouton. L'autre pélican
|arrivait aussitôt et, tandis que son collègue s’occupait
d'un des flancs du quadruqède, il se mettait en de-
voir de promener son bec sur le côté opposé. Le mouton
{immobile semblait plus heureux qu'un raffiné d'élégance
livré aux soins de deux artistes perruquiers. Je laisse à
|d’autres le soin de démontrer que tous les acteurs de
f
vi
nl
eq UE
Fig. 1. — Le Pélican.
Belon pense que Pélican et Onocrotale sont le même oi-
seau. Tous deux se nourrissent de poissons et de coquil-
lages et sont pourvus, à la partie inférieure du bec, d’une
poche ou sac qui ne pouvait manquer d’être remarqué.
Cet organe fut décrit en effet par des auteurs, dont parle
Ruysch, et qui attribuent au Pélican une si grande poche,
qu’un d’entre eux asssure en avoir vu un dans le gosier
duquel un homme d’une très grande taille enfoncait sa
jambe bottée jusqu’au genou sans faire la moindre vio-
122 LE NATUPRALISTE
lence à l'oiseau. Un autre auteur dit qu'on avait trouvé
dans le jabot d’un de ces oiseaux un jeune enfant nègre
tout entier.
Sans atteindre des dimensions aussi exagérées la poche
du Pélican est assez extensible pour enfermer des poissons
de belle taille, quand l'oiseau est vivant, et d’un tissu
assez résistant pour servir de blague à tabac quand elle
est tannée, Les Américains faisaient autrefois aux Pélicans
une chasse assez active pour se procurer ces blagues dont
se servaient les fumeurs. On étend ces poches dès qu’on
les a enlevées du bec de l'oiseau, on les saupoudre de sel
et de cendres ou mieux d’alun, puis on les frotte dans les
mains avec un peu d'huile pour les rendre maniables.
Les femmes espagnoles les brodent d'or d’une manière
très fine et très délicate,
Les grands-gosiers ou Pélicans d'Amérique sont sus-
ceptibles de s’apprivoiser, Un père dominicain, mission-
naire raconte qu'il en a vu un chez des sauvages qui
était fort privé et instruit, Le matin on lui faisait sa toi-
lette en le peignant au rocou et, ainsi paré de rouge, il
s’en allait à la pêche d'ou il revenait le soir la besace
bien garnie, Les maîtres lui faisaient rendre ce qu'il
avait de trop et s’en servaieut pour leur nourriture.
Cuvier appelait les oiseaux de cette espèce des toti-
palmes, palmipèdes caractérisés par la membrane qui
unit les doigts du pied y compris le pouce.
Les petits n’abandonnent pas le nid en naissant
comme les canetons par exemple, mais restent assez
longtemps soignés par leurs parents qui leur apportent
la nourriture.
Les Pélicans se nourrissent principalement de poisson,
leur industrie les retient généralement sur les côtes ou
au bord des lacs, et ils s’avancent si rarement dans la
haute mer que leur présence est presque toujours pour
le navigateur l’indice du voisinage de la terre.
La manière dont ils pêchent est assez curieuse. Ils se
réunissent en troupes et opèrent avec un ensemble ingé-
nieux qui semble procéder d’une admirable entente. Le
lieu de pêche choisi, ils descendent dans l’eau peu pro-
fonde et calme et se placent les uns à côté des autres de
manière à former une portion de cercle dont le rivage
forme la corde. Puis ils s’avancent doucement en battant
l’eau de leurs ailes de manière à chasser devant eux les
poissons cernés. Le cercle se rétrécit peu à peu, les
Pélicans s’avancent toujours le bec dans l’eau pour
arrêter au passage les poissons qui tenteraient de fuir ;
enfin quand l’espace laissé aux évolutions de leurs vic-
times est devenu restreint, ils se donnent en commun au
plaisir du repas. Certaines peuplades arabes riveraines
des bords du lac Tchad procèdent pour la pêche d’une
manière analogue, Les pêcheurs entrent dans l’eau, en-
ferment le poisson dans un espace qu’ils restreignent de
plus en plus et le saisissent presqu’à sec.
L'instinct de société des Pélicans ne se manifeste pas
seulement dans ces occasions. S'ils changent de climat,
s’ils émigrent, c’est après s’être réunis en grand nombre;
sur un signal donné, ils s'élèvent à une grande hauteur,
puis se dirigent en troupe compacte vers la nouvelle
contrée. Quand ils volent, au lieu d’allonger le cou
comme la plupart des oiseaux, ils le replient un peu en
arrière et laissent reposer leur tête sur le dos. Leur vol
est puissant et rapide.
On distingue deux espèces principales de Pélicans : les
uns sont d’un blanc rosé (Pelecanus onocrotalus, Pele-
canus roseus), les autres d’un blanc argenté. Les deux
espèces se distinguent d’ailleurs par des caractères se-
condaires.
On trouve l’Onocrotale dans la partie orientale de
l'Europe et au nord de l'Afrique. Assez commun en
Hongrie, en Crimée, il vient accidentellement jusqu’en
France. En 1835 un chasseur en tüa un dans le départe-
ment de la Moselle; en 1849, plusieurs Pélicans furent
tués dans le département de la Gironde.
S'il se hasarde vers le nord dans la belle saison, il re-
cherche plus volontiers le sud pendant l'hiver. Il émigre
alors en grandes troupes pour s'établir sur les côtes de
l'Asie Mineure à l'embouchure des grands fleuves ou au
bord de la mer.
Dans les mêmes contrées ou l’on trouve le Pélican
rose, on rencontre aussi le Pélican argenté (Pelicanus
crispus), Sur les bords de la mer Noire, sur le littoral de
la mer d'Azow à l'embouchure du Danube il construit son
nid dans les roseaux, et la femelle pond des œufs qui sont
généralement au nombre de trois ou quatre. La femelle M
ressemble au màle, mais la taille est un peu plus faible.
Les Pélicans présentent quelques particularités anato-
miques remarquables. Leur langue est loin d’être pro-"
portionnée à leur taille ; on pourrait.s’attendre à trouver
dans un aussi grand bec une langue charnue et longue
tandis qu’il n’existe en réalité, figurant cet organe,
qu’une toute petite saillie cartilagineuse recourbée en
crochet, ne mesurant pas huit millimètres de long et
portée par le corps de l’hyoïde; , cornes hyoïdienness
u, urohyal; e, cartilage épiglottique; «, aryténoïde; 4, th
roïde; €, cricoïde; », revêtement musculaire.
comme chez tous les ‘oiseaux avec l'appareil pulmonair®
est ici extrêmement développé. Les cellules aérienn@
s'étendent sous la peau de presque toute la face ventrale
de l’animal, d’autres pénètrent dans les nombreuses c&
diminuer la densité de l'oiseau et ainsi à diminuer
fort dans le vol.
Les zoologistes considèrent les Pélicans comme proc
parents des Cormorans, des Fous de Bassan, des Frégatesÿ
il semble qu'ils établissent une transition entre les pe
vières.
LE NATURALISTE 123
Leur silhouette a cependant quelque chose de spécial | avec la partie correspondant au paquet de poils du dessus et
et d’unique, des lignes qui font penser aux oiseaux la bordure externe, noire.
: ) me dèl Tee lee Palpes, antennes, front, thorax, corps et pattes noires.
ÉANSES AU SCNAIENRUEr MOQUES POUT lés SarEoumes Cette espèce, voisine de Marsypophora Erycinoides. Peld de
gothiques. Ils semblent avoir survécu parmi les êtres de | Bogota, s’en distingue aisément par la coupe des ailes ; en effet,
formes lourdes qui composaient les faunes des temps | dansle dissimilipennis, les supérieures sont beaucoup plus al-
préhistoriques, seulement ils ont changé de patrie, car re et les inférieures presque moitié ns petites que dans
Bt PNR &rycinoides. La coloration des inférieures est d’ailleurs toute
leurs ancêtres ont été enterrés à Montmartre, dans les | jiférente.
couches du gypse. Un ©* provenant de la vallé de Loja, 1890.
Crocallis ? Edaxaria, n. sp., 38 millimètres. Dessus des
supérieures gris cendré (blanc laiteux dans-l’un de mes spé-
cimens), traversé dans la première moitié par deux lignes très
sinuées, l’espace compris entre ces deux lignes brun ferrugi-
, neux, un point cellulaire noir.une bande subterminale également
DESCRIPTION DE LÉPIDOPTÈRES NOUVEAUX brune, interrompue dans son milieu, enfin une série de petits
points triangulaires noirs terminaux entre chaque nervure.
Dessus des inférieures blanc pur avec une double ligne sub-
terminale plus ou moins complète suivant les individus et un
Scepsis Nigricollum n. sp. — 34 millimètres. Dessus et | fin liséré noir terminal. Cette double ligne subterminale se
REux SamnrT-Loue.
dessous des supérieures, brun noir uniforme ; inférieures éga- compose d’une ligne plus centrale, très fine et ordinairement
lement brun noir, mais avecla moitié anale de la base blanche; incomplète et d’une bande subterminale élargie dont le milieu
cette partie blanche plus large et mieux délimitée en dessous | seul semble généralement bien marqué.
que sur le dessus. Dessous des quatre ailes blanc, partiellement teinté de roux,
Palpes, tête, antennes, collier, thorax, dessous du corps ct | saupoudré de quelques écailles noires, bordé par une bande
pattes du même brun noir uniforme, dessus de l'abdomen noir | commune subterminale très irrégulièrement indiquée, un fin
bleuté. , liséré noir terminal, et un point cellulaire à chaque aile. Les
Un c* de la vallée de Loya, 1890. supérieures ont, en outre, des traces de bandes transversales
Marsypophora dissimilipennis n. sp. — 24 millimêtres. | noires. Franges blanches, plus ou moins roussies.
Dessus des supérieures jaune ocre bordé de noir plus large- Front et collier roux, ptérigodes grisés ou noires, pattes
ment à lPapex et le long du bord interne, Ailes inférieures | Prunes coupées de blanc, corps gris cendré, plus sombre à
toutes petites, comme atrophiées, avec la moitié antérieure | S0n extrémité.
diaphane, portant au centre un paquet de poils jaunes et la Trois ©” des environs de Loja dont l’un pris le 26 juin 1890
moitié anale noire et garnie de longs poils. Dessous des supé- | et un second éclos le 24 mai de la même année.
rieures comme le dessus, dessous des inférieures jaune ocre Paul Docxix.
UN MOLLUNQUE NOUVEAU DU JAPOX
—… Nous trouvons dans le dernier Bulletin del'Académie | lement en diamètre et devenant quelque peu cylin-
des Sciences naturelles de Philadelphie une note intéres- | drique. L'ouverture est circulaire chez les coquillages
sante sur une espèce nouvelle de Mollusque du Japon | adultes; la surface externe est d’une teinte brun pâle.
du groupe des Vermets.
L'espèce, dont ci-contre la
figure, a été récoltée au
Japon par M. Frédérick
Stearns, de Détroit (Mi-
“chigan). Les eaux japo-
| maises sont très riches
au point de vue zoologi-
que, particulièrement en
fait de Mollusques.
|[—…. Voici la description de
[cette espèce nouvelle, le
MuyLacones MEoUsz :
C’est une grande espèce
qui vit toujours en amas
généralement attachés aux
coquilles d’autres Mol-
lusques. Les jeunes ont
la forme d’une spirale ir-
‘ régulière dont les spires
se dirigent vers la base
| d'attache ; quand le tube
s'accroît en diamètre, il se
carène sur la partie basse
extérieure. Quand les Mol-
| lusques ne sont pas trop
serrés en as, ils présentent assez l'aspect des formes Dans les nombreux spécimens brisés, il n’a pas été
planorboïdes, comme T, masier, Dh., T. atra Rouss, etc, | (rouvé de septa, et, bien qu'apparemment les coquilles
La période de croissance subséqnente n'est plus que } étaient vivantes au moment de leur récolte, aucun oper-
[légèrement spiraliforme, le tube se contractant généra- | cule n’était conservé; l'absence de cet organe est une
Un nouveau Mollusque du Japon, le Thylacodes Medusæ.
124
particularité des Thylacodes. Le diamètre des tubes à
l'ouverture est en moyenne de 13 millimètres. La forme
embryonnaire, au moment où le Mollusque s'attache, a
l'aspect d'une boule, unie et pelucheuse. La première
spire formée à cet état est parfaitement planorboïde. La
localité exacte d’où proviennent les spécimens est Sa-
ruya, sur la côte du Japon.
Les espèces diffèrent du Vermetus imbricatus Dkr.
(nommé Thylacodes Adamsii par Mærch) parce qu’elles
n’ont pas les stries imbriquées de ce dernier; même ob-
servation pour le V. masier Dh., l'atra Rouss. T. Medusæ
est apparemment voisin du V. Polyphragmus Sassi,
V. Dentiferus Lam. et V. Novæ Hollandiæ Rouss.; mais il en
diffère parce que son dessin est développé sur la circon-
férence entière du tube, et non confiné à sa surface supé-
rieure ou à la partie correspondante à la base de la
coquille des Gastéropodes ordinaires. L'histoire natu-
relle des Vermetidæ est dans un état confus, malgré les
travaux de MϾrch.
MAc GEORGE,
MÉMOIRES DE LA SOCIÉTÉ ZO0LOGIQUE DE FRANCE
TOME 1V, D PARTIE
M. Cu. ALLuAUD»D donne une impression d’ensemble sur le
voyage qu’il a effectué en 1890 aux iles Canaries. Ces îles vol-
caniques sont entourées par des eaux très profondes, et ont
émergé à une époque où le Sahara était encore plongé sous
les océans. Leur peuplement a donc dû se faire par la Barbarie
qui était très probablement rattachée : 1° aux péninsules ibé-
rique et italique pendant la période pliocène; 2° en un ou plu-
sieurs points au massif du grand Atlas qui devait former à
cette même époque une grande presqu'ile s’avancant vers le
S.-0. dans la direction des Canaries. Comme toutes les îles
issues de soulèvements volcaniques, les Canaries ne renfer-
ment pas de mammifères sauvages, à l’exception de quelques
Chauves-souris ; les Reptiles ophidiens y font défaut, on y
trouve quelques lézards et un seul poisson d’eau douce,
l’Anguille, qui tend à disparaître. L’eau douce est d’ailleurs
très rare aux Canaries, et on doit recueillir l’eau de pluie,
pour les besoins de l’agriculture, dans de grands bassins
à ciel ouvert. Une belle carte des Canaries est annexée au
travail de M. Alluaud. — M. R. BLanomanp : 10 Quelques va-
riélés françaises du lézard de muraille, recueillies dans di-
verses îles des côtes francaises de l'Océan; 2° Sur la faune
entomologique du Gran Chaco, 35 espèces sont signalées dont
une nouvelle, le Naupactus Ortizi; 3° Notices helmintholo-
giques (fin avec table) avec une description de appareil géni-
tal du Distoma farionis O. K. Müller. — J. Pérez : Diagnose
d'un Hyménoptère du Gran Chaco, lAmmoplhila auromaculata.
— E. Canpeze : Diagnose de deux Elatérides du Gran Chaco :
Horistonolius farinoscus Pyrophorus Orlizi. — R. BLANCHARD
et J. Ricmarp; faune des lacs salés d'Algérie, Cladocères
(8 espèces) et Copépodes (11 espèces dont 3 nouvelles, Dac-
tylopus Jugurtha, Laophonte Mohammed, Mesoehra lybica).
Plusieurs de ces copépodes n'avaient été trouvés que dans la
mer et représentent peut-être, dans les lacs salés, les restes
d’une ancienne faune marine. — M. F. Vepsovsky donne la
description morphologique et anatomique d’un Tubifex nou-
veau (T. Blanchardi) qui abonde en Algérie dans les flaques
d’eau laissées par le Roumel. — P. DaurzeNgerG : Contribution
à la faune malacologique du golfe de Gascogne, d'après les dra-
gages du yacht l'Hirondelle; les espèces sont au nombre de
168, parmi lesquelles s’en trouvent deux nouvelles (Pleuroloma
Hirondellei et Bela quernei) et onze autres qui n’avaient pas
encore été signalées dans la région. — G. CorrEau: Echinides
nouveaux ou peu connus; huit espèces dont quatre nouvelles :
Salenia Vilanovæ de l’aptien d'Alicante, Echinolampas Ar-
naudi du danien des Landes, E. gracilis loc. inc., et Sculel-
lina Morganide l’éocène d'Australie. — C. ScnLuMBERGER : Re-
vision des Biloculines des grands fonds. L’auteur décrit et
figure de nombreuses espèces, pour la plupart nouvelles, en
insistant sur le dimorphisme de chacune d’elles. « Le dimor-
phisme des Foraminifères, dit-il, est un caractère spécial à
LE NATURALISTE
l'espèce. Il consiste en ceci: dans chaque espèce, on constate
l'existence de deux formes, la forme A et la forme B. Dans la.
forme B, la loge initiale (microsphère) est extrèmement petite
et est entourée ou suivie de nombreuses petites loges que l’on
ne retrouve plus dans la forme A qui, elle, procède par une
grosse loge initiale (mégasphère). La cause première du dimor-.
phisme reste encore inconnue. — Du même auteur, Note sur .
le Ramulina Grimaldii foraminifére nouveau dragué par l’Hi-
rondelle entre Pico et Fayal, aux Acores. — M. Cerres décrit
deux Infusoires nouveaux des environs de Paris et observe que
la « faune infusorielle » des eaux douces est restée chez nous
très riche en formes diverses, malgré les froids rigoureux de
l’autre hiver.
TOME V. 6° PARTIE
M. LE BARON D’HaMonvicce donne un intéressant compte -
rendu du Congrès ornithologique international tenu à Budapest
en mai 1891. Il décrit l'exposition ornithologique hongroise,
étudie les travaux du Congrès, puis raconte l’excursion qu'ont
faite au lac Velenczé et au petit Balaton un certain nombre
d’ornithologistes. Les oiseaux sont extraordinairement abon-
dants sur la rive de ces lacs, et les Mouettes à elles seules”
sur le lac Velenczé forment une colonie qui ne comprend”
pas moins de 42,000 à 15,000 individus. L'auteur a pu faire
une constatation très curieuse sur l’association de deux es-m
pèces fort différentes par leur taille, le Canard nyroca et le
Canard milouin qui n’auraient souvent qu’un nid commun.
(Il serait très curieux de savoir, dit-il, quelle est celle des
deux femelles qui couve, ou si elles gardent le nid alternative-
ment, puis à qui incombe la conduite et la direction des pous-
sins. C’est évidemment à cette association d’élevage entre des
espèces différentes que l’on doit les croisements et les hy-
brides si communs parmi les canards. » — M. E. ToPsENI"
décrit les éponges de la mer Rouge recueillies par M. le
D' Jousseaume. Cette collection comprend 23 espèces dont
trois étaient inconnues dans la région et cont quatre sont nou:
velles (Echinodictiumn Jousseaumi, Sclerochalina fistularis,
Scl. sinuosa, Ceraochelina implexa). — MM. Rexé MarTIN et
Raymonn RozriNar : Catalogue des Reptiles, Batraciens el
Poissons du département de l'Indre. Les auteurs signalent no-
tamment la Cis{udo ewropæa qui est très commune dans la
plupart des grands étangs de la Brenne. — M. ERNEST ANDRé°:
Catalogue des Fowrmis recueillies par M. Chaper à Bornéo, et
description des espèces nouvelles. La collection comprend
39 espèces dont quatre seulement sont nouvelles : Gesomyrme
Chaperi très voisine de la G. Horneri de l’ambre de là
Baltique, Dimorphomyrmex Janeti (nov. gen. et sp.), Tapis
noma flavidum et Cremalogaster biformis. — M. RAPHAE
BLancarD : Description de la Glossiphonia tessellara, Hiru*
dinée rare qui fut découverte par O. F. Müller aux environs
de Copenhague et que l’auteur signale en France (Marne
Erdre) où celle-ci n’était pas encore connue. Elle a été signalée
depuis la Hongrie jusqu’en Finlande et est disséminée vrai
semblablement par les Palmipèdes migrateurs. —M.An.Tar
GIoN1 Tozzerri : Aonidia Blanchardi, nouvelle espèce de Co:
chenille du Dattier du Sahara. La larve se trouve déjà
formée dans l'enveloppe des œufs renfermés encore dans
le corps de la mère: la sécrétion blanche, amorphe et solub
dans l’alcool, qui caractérise l'espèce, commence déja à létat
larvaire et se continue dans les divers états successifs,
moins Jusqu’après la troisième mue, chez le mâle comme chi
la femelle. — MM. Ep. Cuevreux et E.-L. Bouvier : Voyai
de la goëletle Melila aux Canaries el au Sénégal, Pagiwuriens
Les Paguriens de la Melita comprennent 48 espèces réparties
dans 10 genres différents; parmi ces espèces, 1 sont nouvell
et appartiennent toutes aux mers sénégambiennes, d'autres
étaient peu connues ou n'avaicnt été signalées que dans des
régions différentes. On trouve dans la région six espèces més
ditéranéennes : Diogenes pugilator, Calcinus ornatus, Eupæ
gurus sculplimanus, E. cuanensei, Paguristes maculatusel
Pagqurus shrialus. Les espèces nouvelles sont les suivantes
Anapagurus curvidaetylus, Eupagurus lriangularis, E. min
mus, E. cinermis, Diogenes denticulatus, Clibanarius seneg@
lensis et CI. melitais. Dans la collection se trouvent plusieurs
beaux spécimens de Glaucothæ carninala. 4
E. L. Bouvier.
Le Gérant: ÉmIzEe DEYROLLE.
PARIS, — IMPR. F. LRVÉ, RUE CASSETTE, 11.
14° ANNÉE
9e SÉRIE — N° 126G
17 JUIN 1892
LA FLORE ORNEMENTALE DE LA TERRE DE FEU
L’extrême sud de l'Amérique, séparé du continent par le
détroit de Magellan, est connu sous le nom de Terre de Feu.
Nous y avons passé quelques mois et ce n’est pas sans un véri-
table étonnement que nous y avons observé une végétation
ornementale qui ne laisse pas que de présenter de l’intérêt.
En entrant dans le détroit de Magellan, on apercoit des rives
dénuées de toute végétation arborescente : des végétaux
herbacés, des graminées principalement, recouvrent le sol sur
tous les points. C’est seulement à Punta-Arenas, sur le conti-
nent américain, qu'on peut commencer à se faire une petite
jdée dé la flore magellanique que nous retrouverons développée
dans le Sud avectous ses caractères. La forêt recouvre le pen-
Chant des collines jusqu’à une faible élévation, présentant
ün aspect qu’on ne retrouve nulle part ailleurs. Les arbres
Primevère farineuse des Alpes, des Calcéolaires, des Violettes à
fleurs jaunes, des Renoncules, des Gentianes, et dans les
buissons quelques arbrisseaux d’une réelle valeur ornementale.
Le dessin que nous donnons de la plage de Loupataia dans
le canal du Becagle montre au premier plan les hautes tiges
d’un trés beau Senecon àfieurs blanches qui ne serait pas
déplacé dans nos cultures européennes, le Senecio Smithii:
surles côtés s'élèvent les frondes d’une grande fougéère le Lo-
maria Boryana : le fond est formé de grands arbres, de hêtres
à feuilles persistantes, plus connus sous le nom erroné de Bou-
leaux. C’est à peu près la composition de toutes les plages,
Il faut y ajouter les épines vinettes, et surtout le Berberis ilici-
folia aux feuilles épaisses et piquantes comme celles du Houx,
aux larges fleurs d’un superbe jaune d’or qui ont une tendance
marquée à devenir remontantes : le Fuchsia magellanica dont
les longues branches flexueuses, recouverces de fleurs de corail,
constituent un des plus beaux ornements de ces régions déso-
Î lées ; l’Escallonia serrata, tout constellé de fleurettes étoilées
Fig. 4. — Paysage à Loupataia dans le canal du Beagle. Au premier rang une grande fougère
(Lomaria Boryana) et le Senecio Smithü. Le fond est formé de hêtres à feuilles persistantes (Fa-
qus betuloïdes).
tombés sous l’action de la tempête ou par le fait de la vieil-
lesse s’enchevêtrent en tous sens, constituant des échafaudages
qu'il n’est pas facile de franchir, et leurs troncs se décompo-
Sant sous l'influence de l'humidité pourrissent sur place; ils se
recouvrent de tapis de mousse ou de charmantes petites fougères
(Hymnenophyllum) qui jettent une sorte de note gaie sur cette
égétation désolée. Au-dessus des forêts le sol est nu, spon-
Sieux, formé de tourbières, sillonné en tous sens par de petits
filets d'eau. La marche y est laborieuse et l’herborisation n'est
pas, Sans causer quelque fatigue, De place en place apparais-
sent de petits buissons de hètres, hauts de quelques pouces,
dont les branches intriquées etrigides arrêtent fréquemment
Pobservateur. On est obligé, pour traverser ces obstacles, de
marcher littéralement sur la cime des arbrisseaux. Cette région
d'apparence si nue est cependant riche et le botaniste peut y
faire une abondante moisson. Un peu au-dessus, la flore dispa-
rait presque complètement, représentée seulement par des
mousses et des lichens qui s’attachent en désespérés aux parois
des rochers où ils bravent les fureurs des tempêtes du cap
Horn. À 1,100 pieds au sommet du Kater peak dans l'ile Lher-
mite, on ne trouve plus que quatre plantes à fleurs.
Les plages sont émaillées pendant l’été austral d’une foule
de jolies plantes : l’Armeria magellanica, voisin de notre gazon
d'Olympe, la Primevère de Magellan qui rappelle absolument la
LE NATURALISTE, rue du Bac, 46, Paris.
d’un blanc argenté; le groseiller de Magellan aux grappes
noires qui ne sont pas sans analogie avec le Cassis; le Pernel-
tya mucronatla dont les baics rouges de la grosseur d’une merise
tranchent agréablement sur le vert clair des feuilles persis-
tantes, cette dernière plante est depuis longtemps introduite
dans les cultures d'Europe; le Baccharis patagonica, etc.
Si quelques rochers sc dressent de place en place, il n’est pas
rare de les trouver entourés de grosses touffes d’une Véro-
nique, le Veronica elliptica qui, retrouvant des conditions cli-
matériques analogues, s’est complètement naturalisé sur quel-
ques points du littoral de la Basse-Bretagne.
La végétation forestière, représentée par un nombre consi-
dérable d'individus, ne l’est en fait que par une petite quantité
d'espèces. C’est tout d’abord le Hêtre antarctique aux feuilles
arrondies et plissées qui tombent aux approches de l'hiver et
qui, dans le Sud, n’est pas aussi fréquent que l’espèce suivante.
Le Hètre bouleau (Fagusbetuloides) assezrare dans le détroit est
par contre extrêmement abondant dans l'archipel de la Terre
de Feu. C’est véritablement un bel arbre, formant fréquemment
le parasol, au feuillage sombre et persistant, produisant un
curieux et singulier effet sur la terre recouverte de neige. Il
arrive à acquérir, en certains points bien exposés, des dimen-
sions considérables. C’est le Coiqué des Chiliens qui à Punta Are-
nas ont tenté de l’exploiter pour alimenter les scieries. Le bois
LE
en est beau etde bonne qualité ; malheureusement, ilse fend avec
une extrème facilité ; aussi a-t-on dû arrèter toute exploitation
dès le début. Les deux espèces de Hétres sont le siège d’une
curieuse végétation parasite : leurs branches sont envahies par
de petits buissons jaunâtres formés par des espèces du genre
Fig. 2. — Primula Magellanica Lehm.
bois d'Europe. Les Cyttaria, curieux champignons glebuleux,
rappelant par leur forme les noix de galles de nos chênes, se
rencontrent en abondance sur ces Hêtres, doublement intéres-
sants et par leur singulière structure et par les ressources
qu’en retirent les malheureux Fuëgiens aux périodes trop
fréquentes de famine. C’est une triste nourriture, comme nous
avons pu le vérifier par nous-même, qui présente quelque
rapport, au point de vue de la consistance, avec le caout-
chouc. Le Hêtre à feuilles persistantes a été introduit en
Europe depuis longtemps déjà, et quoiqu'on ne le rencontre que
rarement, il paraît bien réussir en Angleterre et dans l’ouest de
la France à condition qu'on ne l’éloigne pas trop du bord de
la mer.
Les Conifères, si abondamment représentées dans l'Amérique
du Nord, ne le sont ici que par une seule espèce, le Libocedrus
tetragona, le Ciprès des Chiliens, arbre d'une belle venue, aux
rameaux élégamment disposés. On le rencontre sur un grand
nombre de points, mais jamais il neconsttue de véritables fo-
rêts. En s’avancant vers le Pacifique, dans le sud du Chili, la
végétation présente les plus grands rapports avec celle qui
nous occupe, le nombre des arbres résineux augmente sensi-
blement. Au Libocèdre il faudrait joindre l’Alerze (Fitz Roya
patagonica) qui a fourni ses bois pour la construction des pre-
mières habitations de la colonie de Magellan; le Saxegothea
conspicua et le Podocarpus nubigena.
Mais de tous les arbres le plus intéressant, le plus remar-
quable, le plus célèbre, pourrait-on dire, c’est le Canello, le
Drimys Winleri, le seul représentant à la pointe américaine
de la famille des Magnoliacées. Ses belles feuilles luisantes et
coriaces, ses fleurs blanches, qui ne sont pas sans analogie avec
celles de l’oranger, en font l’ornement principal des forêts fué-
giennes. C’est le plus anciennement connu des représentants
de la flore forestière antarctique. Dès la fin du vre siècle en
LE NATURALISTE
. ployée par l'équipage de Drake et de Winter qu'elle contribuait,
Fig. 3. — Senecio Smithii D. C.
effet, son écorce aromatique à la chaleur brülante, était em-
puissamment à guérir du scorbut qui le décimait : d’où son
nom d’écorce de Winter. La médecine chilienne ne l’a pas dé-
Fig. 4. — Berberis ilicifolia Forster,
laissée, le joli Drimys est, maintenant encore, d'un usage fit
quent. L'industrie est sur le point de s'en emparer et le tans
nin dont l’écorce est gorgée va prochainement entrer en lu
avec celui qu’on retire des chênes et des autres matières ta
nantes dont le nombre à considérablement augmenté dept
quelques années. On le voit donc, le Winter est l'arbre
excellence dela Terre de Feu, celui qui sans lui être spécial(on
le retrouve sous diverses formes le long de la côte américaine)
en est la meilleure caractéristique ornementale et forestière
LE NATURALISTE 427
Si la Terre de Feu n’est pas dénuéckde végétation arbores-
cente, il n’en est pas de même d’un autre pays qui lui res-
semble entièrement sous tous les autres rapports, les îles Ma-
louines ou Falklands, où les arbres font absolument défaut.
Les arbres qui y ont été plantés n’y ont pas crû. Quelle en est
la cause ? Rien n'a encore pu nous la faire connaître, et le cas
Fig. 5. — Escallonia serrata Smith.
est d'autant plus remarquable que, dans une région également
dépourvue de végétation arborescente, la Banda oriental, les
pêchers, les peupliers, les oliviers, les orangers et en général
tous les arbres qu’on y plante réussissent admirablement. La
Fig. 6, T. — Pernettya mucronata Gaud,
sécheresse ne saurait être invoquée, car l'Australie, naturelle-
ment très sèche, est couverte d’immenses forêts
Le climat magellanique pouvait paraître inhabitable, et pour-
tant par plus de 55° L.S. on trouve des perruches et des arbres
toujours verts. La côte de Patagonie par contreest absolument
dénudée ; il en est de même sur la côte du Pacifique ou du
32 au 4° sud règne un vaste désert, alors que sur la côte orien-
tale correspondante la végétation est merveilleuse. Les in-
fluences qui paraissent agir le plus efficacement dans ces difré-
rences de végétation, sont celles des. montagnes et de la direc-
tion des vents. Partout où les vents ont été privés de leur
humidité par leur passage sur de hautes montagnes (sur les
Andes) la végétation arborescente cesse complètement,
Si l’humidité agit puissamment dans ce pays en favorisant la
croissance des grands végétaux ligneux, elle présente aussi ses
inconvénients. Ainsi, dans le détroit de Magellan, les céréales
viennent bien en paille; les épis sont beaux en apparence, mais
à peu prés vides de grains. Les arbres fruitiers ne peuvent y
nouer leurs fruits, ct on m’a cité comme un fait remarquable
un cerisier dont les fruits avaient commencé à rougir. En Pa-
tagonie, sur les bords du Rio Negro, on cultive avec succés
la patate, la vigne, le figuier, l’oranger, mais le sol n’est recou-
vert que d’une végétation herbacée.
Les végétaux propres à l'ornemention ne manquent donc pas
à la Terre de Feu; quelques-uns sont venus déjà contribuer à
embellir nos jardins d’Europe, et bien fausse est l’idée qu’on s’est
longtemps faite de cette région qui passait pour être le point
Fig. 8. — Baccharis patagonica Hook,
Fig. 9. — Veronica elliptica Forster.
le plus désolé, le plus rebelle à toute végétation, du monde
entier. La nature sauvage a su se racheter jusqu’à un certain
point en prodiguant autour d’elle tous les embellissements
dont elle pouvait disposer. Je ne demanderai pas àmes lecteurs
à KW 1
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Fig, 10, — Fagus antarctina Forst,
d'aller vérifier par eux-mêmes ce que je viens de leur dire ;
le voyage serait un peu long quoique peu difficile, maintenant
surtout que la Terre de Feu s’ouvre à la civilisation, — Je les
pricrai seulement de vouloir bien me croire sur parole, Le
temps viendra certainement, et peu éloigné peut-être, où les
grands massifs forestiers s’éclairciront, ou la région ne présen-
128
tera plus cet aspect sauvage et grandiose qu'elle avait à l’époque
où nous l’avons visitée : la cause en est à la civilisation. Les
Argentins et les Chiliens se sont partagé la Terre de Feu; ils
Fig. 11. — Drimys Winteri Forster,
y ont établi des préfectures : les colons ont suivi le mouve-
ment; les bois vont être exploités, les mines d’or sont en pleine
activité et les indigènes subiront la loi fatale, ils disparaîtront
à leur tour.
P. Harior.
LA FAUNE DU CAMBRIEN INFÉRIEUR D'AMÉRIQUE
La faune du Cambrien inférieur d’Amérique(zone à Olent- |
lus) vient de s’enrichir d’un très grand nombre de curieu-
ses espèces dont l’étude a été confiée à M. C. D. Walcott. -
L'intérêt principal de cette faune consiste surtout dans
l’apparition,à un niveau très inférieur, de Mollusques
qu’on avait cru jusqu'ici placés plus haut dans les couches
géologiques. Les Gastéropodes diotocardes sont repré-
sentés par de nombreuses formes patelloïdes et par de
vrais Pleurotomaires; les Ptéropodes apparaissent avec
les Hyolithes, enfin les Lamellibranches, qu’on ne con-
naissait pas au-dessous du silurien inférieur, existent
déjà, mais en fort petit nombre et appartiennent au
genre Modioloides. L'apparition simultanée des Lamel-
libranches et des Gastéropodes, dans les couches fossi-
lifères les plus anciennes, est un fait zoologique de la
plus haute importance et modifiera peut-être les hypo-
thèses qu’on avait établies sur les affinités de ces deux
groupes.
E, B.
VENTE DES COLLECTIONS ET DES LIVRES D'HISTOIRE
NATURELLE DE FEU E, LEMORO
Le 8 avril dernier mourait à Passy, à l’âge de 51 ans,
Eugène Lemoro, un naturaliste consciencieux, laissant
de remarquables collections entomologiques, conchylio-
logiques botaniques et une belle bibliothèque de livres
d'histoire naturelle. E, Lemoro avait consacré tonte sa
vie à l'étude des sciences naturelles et à la formation de
LE NATURALISTE cts
ces collections importantes d'insectes, de coquilles et de
plantes. À Paris, les lundi 27 et mardi 28 juin 1892 ces
collections et ces livres vont être vendus par lots aux en-
chères publiques. Les collections de Coléoptères sont
fort belles notamment en fait de Pectinicornes et Lamelli-
cornes exotiques, Buprestides, etc. Les collections de Co-
quilles ne le cèdent en rien comme beauté aux Coleop-
tères, les séries de coquilles terrestreset fluviatiles sont
particulièrement remarquables. On peut aussi signaler
divers herbiers.
La bibliothèque, des livres d’histoire naturelle est éga-
lement fort belle; elle comprend bon nombre de livres
rares, d'éditions recherchées, et beaucoup sont richement
reliés. Le catalogüe de cette vente publique, qui comporte
trois vacations, sera adressé franco sur demande faite à
l'expert chargé de la vente, M. Emile Deyrolle, 46, rue du
Bac, Paris. Voici quel sera l’ordre des vacations.
1° À l'Hôtel des commissaires priseurs, rue Drouot,
salle n° 3.
Lundi 27 juin à 2 heures, Coléoptères et in-
sectes de divers ordres.
Mardi 28 juin à 2 heures, Coquilles, matériel
et meubles.
20 Maison Sylvestre, 28, rue des Bons-Enfants, salle n° 3.
Mardi 28 juin à 8 heures du soir, Livres d’his-
toire naturelle.
M. Emile Deyrolle, naturaliste, 46, rue du Bac, Paris,
expert de la vente, se chargera de toutes commissions
des personnes qui ne peuvent assister à la vente, moyen-
nant une commission de 5 0/0 sur le prix d'achat.
LES APPENDICES DES ARACENIDES
L’étude des appendices des Arachnides a été entreprise dès
longtemps par d’habiles naturalistes qui en ont décritles parti-
cularités morphologiques les plus saillantes. Néanmoins
M. Gaubert n’a pas hésité à aborder ce sujet rebattu et sur-
tout aride en apparence (1); les résultats qu’il a obtenus l’ont
dédommagé de ses peines, et montrent qu’il y a toujours quel-
que chose à recueillir pour un observateur patient et conscien-
cieux. Diverses circonstances rendaient la tâche plus difficile
awpoint de vue matériel : les animaux exotiques plongés dans
l'alcool par les voyageurs au moment où ils les recucillent sont
suffisamment bien conservés pour l’étude microscopique, mais
beaucoup de tissus n’ont pas été fixés assez rapidement ni
assez sûrement par le liquide conservateur pour qu’on puisse
les soumettre aux manipulations histologiques sans s’exposer
à décrire comme points nouveaux et intéressants de simples
accidents de préparation; ajoutons que l’enveloppe chitincuset"
des Arachnides est une circonstance tout à fait défavorable à
la pratique des coupes minces.
En certains points des appendices, les cellules de la couche
qui sécrète l’enveloppe chitineuse du corps prennent des con-
tours nets, s’allongent; M. Gaubert a prouvé que ces cellules
sont glandulaires ; les plages où on les rencontre sont donc des
glandes, mais des glandes aussi simples que possible, et qu'on
retrouve telles lorsqu'elles n’ont pas une grande importance
fonctionnelle; sinon elles se compliquent, par exemple, sur les
mächoires,'et même arrivent à un haut degré de différenciation;
telles sont les glandes venimeuses, logées dans les chélicères;
ou encore les glandes des filières; mais, point important, ce
sont toujours des dépendances des appendices. |
Les organes des sens se présentent sous diverses formes!
chez les Aranéides, ce sont les organes lyriformes, ainsi nom:
més de l’apparence que prend la région dela cuticule qui re:
(1) Paul Gaubert. Recherches sur les organes des sens et sux
les systèmes tégumentaire, glandulaire et musculaire des
appendices des Arachnides. Thèse présentée à la Faculté des!
sciences pour le doctorat ès sciences naturelles. Paris 1892.
LE NATURALISTE 129
RE
couvre les terminaisons nerveuses correspondantes; ces appa-
reils sensoriels sont tout à fait spéciaux aux Arachnides ; on ne
les connaissait que dans quelques espèces et encore ne Ssavait-
on rien sur leur répartition ; M. Gaubert nous donne de nom-
breux renseignements sur ces points encore peu connus ; il mon-
tre que si l’on s’adresse à des types de plus en plus primitifs,
on voit les organes se simplifier en même temps que leur nom-
bre se réduit : ils manquent chez les Scorpions ; mais ceux-Cl
possédent en revanche deux organes d’une musculature
extrèmement compliquée, abondamment pourvus de termi-
naisons nerveuses, qu'on nommie les peignes en raison de leur
aspect extérieur; ce sont des organes tactiles qui ont en outre
un rôle à jouer pendant l’accouplement, ainsi que notre auteur
a pu le démontrer. ; .
Les Galéodes de leur côté possèdent sur la quatrième paire
de pattes des organes sensoriels nommés raquettes coxales qui
étaient déjà connus, mais que M. Gaubert étudie en détail, en
méme temps qu'il nous fait connaître un nouvel organe sen-
Soriel découvert par lui à l'extrémité des palpes et de la pre-
mière paire de pattes chez ces mêmes animaux.
Lai dernière partie du travail, et non la moins pénible, est
létude du système musculaire des pièces buccales et des au-
tres appendices des Arachnides ; il en résulte que « la disposi-
tion,des muscles à une grande importance; car elle permet
d'établir Phomologie des articles des pattes ambulatoires avec
ceux des palpes, et l’homologie qui existe entre ceux des pattes
des Arachnides appartenant à des ordres différents ». En se
basant sur le mode d’articulation du dernier article des pattes,
on peut arriver à distinguer les familles.
Enfin un détail curieux est que « indépendamment de lac-
tion des muscles, les articles peuvent être mis en mouvement
pär la turgescence des appendices ; cette action a pour résultat
deles mettre en extension ». Cette turgescence, qui se produità
chaque systole cardiaque, peut aussi faire redresser certains
poils articulés ou épines, mécanisme qui n’avait pas encore
été signalé.
Un dernier détail qui a bien son importance lorsqu'il s’agit
de recherches de ce genre : des figures très claires, très exactes,
—n même temps qu'agréables à voir, permettent de suivre sans
fatigue toutes les descriptions.
En résumé, M. Gaubert a fait un travail très intéressant; il
mous a fait connaître un assez grand nombre de faits nouveaux:
Sur les divers groupes d’Arachnides; nous lui devons aussi
Pétude approfondie de bien des particularités que ses prédé-
cesseurs s'étaient bornés à signaler, ou surla nature desquel-
les ils avaient émis des vues inexactes.
A. Goux.
Suites à la Flore de France
DE GRENIER ET GODRON
(Suite.)
Micromeria piperella Hab. — ALpEs-
ManiriMes : assez fréquent dans la région monta-
gneuse française, depuis Tende et la Briga (Zéalie)
jusqu'au Brès et à l’Agel, au-dessus de Menton,
et à Saint-Sauveur (Reuter, Ardoino, Stire, Bur-
nat, etc.) (1).
Aire géographique. — italie : Piémont méri-
dional, Ligurie.
Ogs. — Cette espèce est absolument différente
des autres Micromeria français ; son style bipartit et
ses nucules mucronés ont même autorisé la création
du genre Tendana Reichb., accepté comme très dis-
tinct par M. Caruel (Flora Italiana, p. 70), mais
cet auteur, à l'exemple de Bentham, lui rapporte
comme variété poilue (var. Croatica Benth.,) le
Thymus Croaticus Pers., qui est le Wicromeria
Croatica Schott, et le Thymus Piperella Waldst.
(1) Herb. R., Burnat, Reverchon.
et Kit. 207 L. nec AIL. — Ce rapprochement est trop
largement compris, selon nous, car le Micromer1ia
Croatica est bien distinct spécifiquement, non seu-
lement par la villosité de toute la plante, mais sur-
tout par ses calices plus courts, cylindriques campa-
nulés, à dents subégales atteignant presque la
longueur du tube, et le tube de la corolle plus gros,
évasé, à gorge dilatée et dépassant moins longuement
les dents du calice.
Le Micromeria Croatica Schott croît en Croatie,
Dalmatie, Herzégovine, Bosnie et Monténégro.
Sideritis Guïllonii Timbal-Lagrave. Etude
sur queiques Sideritis de la flore française, p. 13;
Lamotte Prodr. pl. centr., p. 612. — ÆExsice. :
Billot, Exsicc. cont., n° 2344 bis; Puel et Maille,
Herb. des Flores locules, n° 7; Soc. Dauph.,
n‘ 923 et 923 bis; Ch. Magnier, Flora selecta. —
Plante de 4-8 décim., d’un vert glaucescent, gla-
brescente ou à poils courts, à tiges simples ou ra-
meuses. Feuilles étroitement lancéolées, les infé-
rieures un peu plus larges, toutes enfières, ou
quelques-unes munies vers le sommet de 1-2 den-
ticules, ascendantes ou arquées en dehors, les supé-
rieures linéaires, entières, longues. Fleurs disposées
en grappes d’abord elliptiques ou cylindriques, à
la fin très allongées, étroites (8-10 millim. de lar-—
geur), à verticilles distincts, mais très rapprochés
ou presque contigus, les inférieurs seulement un
peu écartés après l’anthèse. Feuilles florales (fausses
bractées) petites, ovales-aiquës, munies sur chacun
des côtés de 2-5 subules courtes, non épineuses, la
terminale plus grande. Calice très poilu, non velu,
peu atténué à la base, strié, @ dents égales, courtes
(égalant seulement la moitié du tube), dressées, acu-
minées, mais x0n épineuses. Corolle d’un juune-
soufre, campanulée, à lèvre supérieure étroite,
oblonque-linéaire, entière ou à peine échancrée, l’in-
férieure trifide, le lobe médian plus grand, concave.
Var. Peyrei (S. Peyrei Timb. loc. cit., p. 14). —
Diffère du S. Guillonii, dont il a la taille et l’aspect
par ses tiges plus ligneuses inférieurement, les ra-
meaux plus allongés, les feuilles inférieures spa-
tulées, + dentées, les moyennes et les supérieures
de même entières, mais érès courtes, oblonques-lan-
céolées, poilues, épis florifères un peu moins allongés
et un peu plus gros (9-11 millim. de large), à verte-
cilles plus rapprochés, presque contigus.
Hab. — CHaARENTE : coteaux calcaires des envi-
rons d'Angoulême (herb. R., Guillon). — CHARENTE-
INFÉRIEURE : Meschers (de l'Isle), Chaniers près
Saintes (kerb. R., Foucaud), Chérac (Boucher). —
Lor: rochers du calcaire jurassique de la rive
gauche de Alzon, à Rocamadour (kerb. R., Malin -
vaud).
Var. Peyrei. — Aupe : garriques et bords des
champs à Montolieu, Alzonne (herb.R., Doumergue)
et dans les’ Corbières (Timbal-Lagrave).
Os. I. — Nous considérons les S. Guillonii et
130
Peyrei comme constituant une sixième espèce fran-
çaise du genre Sideritis, les autres étant les S. mon-
tana L. (1), S. Romana L., S. hyssopifolia L.,
S. scordioides L., et S. hirsuta L. — A classer entre
les S. yssopifolia et S. scordioides, ils diffèrent à
première vue de cette dernière espèce par les feuilles
florales ovales-aiguës (et non semi-orbiculaires), à
spinules faibles (et non dentées-épineuses), les calices
à dents égales, dressées, plus courtes, non épi-
neuses, les feuilles entières, fa taille bien plus éle-
vée, etc. Ils se séparent du S. Lyssopifolia L., par
les fleurs en grappes de moilié plus étroites, allon-
gées et longuement spiciformes, Æ interrompues,
les feuilles florales à dents non épineuses, dressées,
la ecorolle à lèvre supérieure étroite, entière ou
émarginée, oblongue-linéaire (et non large, ovale-
oblongue, bilobée), les feuilles plus étroites (et plus
courtes dans le S. Peyrei), le port plus élancé, etc.
— Le faciès particulier des S. Guillonii et Peyrei, à
tiges allongées, très feuillées, à épis grêles, longs et
à feuilles entières, rend ces deux plantes très recon-
naissables.
Ogs. IL. — Plusieurs autres Sideritis, que l’on
peut rattacher aux trois espèces vivaces que nous
avons citées plus haut, existent en France, et nous
croyons utile d’en dire quelques mots, ainsi que des
formes éspagnoles des Sideritis français.
(A suivre.)
G. Rouy.
LA PSOROSPERMOSE DU LAPIN
Il n’est pas de ménagère qui,au cours de ses opérations
culinaires, n’ait eu l’occasion de rencontrer des lapins
dont le foie présentait, tranchant en clair sur sa teinte
La Psorospermose du lapin. 1. Coupe d’un canalicule biliaire dont le plupart des cel.
lules de revétement contiennent une coccidie. 2. Une de ces cellules isolées avec son
parasite. 3 et 4. Coccidies telles qu’on les trouve dans le liquide purulent du foic in-
festé, 5 à 7. Segmentation des Coccidies. 8 Spores. 9. Corps falciforme.
(1) Cf,
LE NATURALISTE
touy, Suiles à la Flore de France, fascicule Ier, p. 159.
rouge-brun habituelle, des taches jaunes ou blanches plus
ou moins confluentes, plus ou moins larges. La surprise
a pu mêmeêtre parfois désagréable et causer assez de
répugnance pour nécessiter, hélas ! la mise au rebut du sa-
voureux animal et le renvoi de la gibelotte à une séance
ultérieure. Le plus souvent cependant la chose paraît de
mince importance ou échappe à l’attention de la cuisi-
nière.
Ces taches jaunes sont dues à la présence dans le foie
d'un parasite de l'ordre des Sporozoaires, parasite mi-
croscopique, mais dont l'énorme prolifération entraîne la
formation d’abcès considérables, souvent mortels. La
viande d’un lapin ainsi infesté n'est pas nuisible à l’ali-
mentation après une cuisson convenable ; mais ce qu'il
importe de savoir surtout, c’est que la tuberculose donne
au foie du lapin la même apparence et quil est extrême-
ment important de distinguer les deux affections pour
éviter le danger toujours redoutable d’un ingestion de
viande tuberculeuse.
Piquons avec la pointe d'un bistouri un des abcès su-
perficiels qui parsèment le foie incriminé. Nous verrons
sourdre de l’ouverture ainsi produite une quantité variable
d’un pus jaune, épais, bien lié, et nous en porterons une
gouttelette sur une lame de verre soigneusement net-
toyée. À un grossissement de 250 fois environ, nous aper-
cevrons dans le liquide en nombre immense de petits
corps ovoides granuleux, entourés d’une coque très épaisse
et très nettement visible. Ce sont les Psorospermies ou
Coccidies oviformes du lapin. Ces coccidies mesurent de
Onm 036 à 0,042 de long, et si l’on en poursuit l’étude
de plus près enles fixant par un réactif approprié, puis en
les colorant, on voit qu’elles possèdent un protoplasma
granuleux au centre duquel est un noyau qui tranche par
une teinte plus foncée sur le reste de la cellule. Les
figures 3 et 4 représentent ces parasites tels qu’on les
trouve dans le liquide purulent du foie infesté. La cons-
tatation de leur présence suffit pour établir indubitable-
ment le diagnostic, mais lelecteur pourra avoir quelque
désir de savoir ce qu'est la coccidie qu’il vient d'examiner
et quels sont les principaux traits
de son organisation. Essayons
donc de lesrésumer brièvement ici.
L'on peut diviser en trois pha-
ses distinctes la vie de la coccidie
du lapin. Dans la première le pa-
rasite est nu, il vit au sein descel-
lules épithéliales qui tapissent les
canalicules biliaires de son hôte,
Dans la seconde il est devenu libre,
s’est enkysté, est tombé dansla
lumière de canalicules, les a dila-
tés et y a occasionné la formation
phase enfin se passe au dehors
de l'hôte : dans l’eau ou l'air
humide; les coccidies parvenues
des canaux biliaires dans Vlin-
testin sont rendues avec les ex-
créments et subissent la sporula-
L'on.
Sous le premier état la coccidie
a la forme d’une petite masse gra-
nuleuse, dépourvue de membrane
d’enveloppe mais possédant un
noyau. Elle se trouve. comme
de poches purulentes. Latroisième:
LE NATURALISTE 131
nous l'avons dit, dans une cellule épithéliale et s'accroît
peu à peu en détruisant cette dernière. L'on supposesans
enêtre bien certain encore que cesformes jeunes provien-
nent de spores avalées par l’animal et qu'elles se multi-
plient un certain temps par division avant de revêtir la
forme libre et enkystée. La figure À montre une coupe
d'un canalicule biliaire dont la plupart des cellules de re-
vêtement contiennent une coccidie. La figure 2 montre
une de ces cellules isolée avec son parasite.
Nous avons déjà décrit plus haut les formes de la
deuxième phase représentées par les figures 3 et 4:ce
sont celles que l'on observe par un simple examen mi-
croscopique du pus.
Quand les coccidies enkystées tombent avec les excré-
ments dans un milieu favorable sur un sol humide ou
dans une flaque d’eau, elles subissent, au bout d’un
tempsvariable selon la température et l'accès de l'oxygène
atmosphérique, des phénomènes très intéressants. Leur
contenu se segmente en deux, puis en quatre petits cor-
puscules allongés ou spores {fig 5-7); chacune de ces
Spores (fig. 8) donne à son tour naissance à deux corps
falciformes (fig. 9) à côté desquels on observe toujours
une petite masse plasmique, le noyau de reliquat. Les
corps falciformes mis en liberté par la rupture de la
membrane du kyste vont probablement propager la ma-
ladie et sont avalés avec l’herbe par les jeunes lapins;
mais, nous le répétons, il n’y a encore rien de positif à cet
égard et c’est une lacune qui reste à combler.
Quoi qu’il en soit, la présence des coccidies en petit
nombre dans le foie du lapinne constitue pas un danger,
ces corps périssant à une température bien moins élevée
que celle qui est nécessaire pour détruire les microbes.
De-plus ils ne se généralisent pas comme ceux-ci dans
tous les organes; le tube digestif et ses annexes sem-
blent être leur siège de prédilection, et il suffirait le cas
échéant de sacrifier ces parties sans renoncer pour cela
à l'utilisation du reste. S'il s'agissait au contraire de
“viande tuberculeuse, cette dernière précaution serait
absolument indispensable. Au lecteur d'appliquer une
fois de plus son microscope aux besoins de la vie
usuelle,
FABRE-DUOMERGUE.
DESCRIPTION DE LÉPIDOPTÈRES NOUVEAUX
Hydrias Victorio n. sp. — 50 millimètres. Dessus des su-
périeures d’un cendré clair brillant, la base brune, sauf le bord
interne qui reste cendré d'un bout à l’autre, une petite tache
également brune sur la côte peu avant l’apex, enfin deux lignes
transversales très peu marquées, sinueuses, la première traver-
sant l'aile dans son milieu, la seconde entre celle-ci et le bord
“externe. Frange brune coupée de cendré. ;
Dessus des inférieures cendré brillant, très garni de longs
poils, brun clair le long du bord anal et avec une ligne brune
dans la partie supérieure au-dessus de la cellule.
Dessous des quatre ailes, palpes, tête, corps et pattes, brun
uniforme.
Une © éclose à Loja en août 1890.
Hydrias Pombpilns n. sp. — 33 millimètres. Dessus des
supérieures brun marron, plus clair à la base et avec une large
éclaircie jaune paille en demi-lune allant de l’apex à l'angle
interne. Ces ailes sont traversés par plusieurs lignes brunes :
40 dans le premier tiers de l’aile par deux lignes confuseset se
mélant ensemble ; 2° au delà du milieu par une troisième ligne
sinueuse, assez nette; 3° enfin par une dernière ligne subter-
minale, chevronnée, coupant la demi-lune jaune. Extrème
bord des ailes teinté de marron, franges jaune et marron.
Dessus des inféricures jaune-roux.
Dessous des quatre ailes jaune ochracé, roussâtre à la côte
des supérieures et avec quelques indications des dessins du
dessus à ces ailes.
Palpes, antennes, pattes brun-roux, corps couvert de longs
poils de même nuance, front et thorax de teinte un peu plus
foncée.
Un individu pris à Palandra le 27 juillet 1886.
P. DoGnin.
LES RACES DE L'INDE
LES JUANGS
L'Inde est, avons-nous déjà dit, un pays intéressant au
point de vue de l’ethnographie, peut-être même un pays
unique au monde pour le nombre et la diversité des
races qu'il renferme. Et il est probable que de tout temps
l'Inde a renfermé des races curieuses dont l’histoire, si
jamais elle venait à sortir des ténèbres qui planent sur
elle, jetterait un jour nouveau sur l’histoire primitive de
l'humanité. Une tradition ancienne qui se retrouve à
Shettiapatty près d'Omalur, district de Salem et prési-
dence de Madras, veut que ce pays ait été autrefois habité
par des nains. Aujourd’hui sur ce coin de terre indienne,
où le sol est riche en mica et en cristaux de quartz, le
souvenir seul des races disparues persiste encore et le
jour n’est pas loin où d’autres races suivront dans la
tombe ces races aujourd’hui éteintes qui les ont pré-
cédées sur ce sol toujours mystérieux.
Quoi qu'il en soit du passé, parmi les races actuelle-
ment existantes, il n’en est peut-être pas de plus curieuses
que celle qui va faire l’objet de ces lignes.
Les Juangs forment une petite peuplade d’environ dix
mille âmes. Ils habitent les montagnes des états tribu-
taires de la côte d’Orissa. Ils sont aussi nommés Patuas,
porteurs de feuilles. Ce dernier nom est emprunté à leur
léger costume. C’est une race pauvre. Jadis les femmes
Juangs ne portaient pas de vêtements. Un simple cordon
de petites graines autour de la taille et une poignée de
feuilles reliées entre elles en avant et en arrière, c'était
tout leur costume.
Ce n’est qu'en 1871 que les Juangs comprirent la né-
cessité de se vêtir. Le gouvernement anglais fit une dis-
tribution générale de toiles et réussit à faire habiller les
femmes ; encore plusieurs d’entre elles sont-elles reve-
nues à leur ancien costume. Telle est la force de l’usage
aux Indes.
Chose remarquable entre toutes : jusqu’à ces dernières
années, les Juangs ne connaissaient point les métaux.
Bien plus, ils n’avaient dans leur langue aucun mot qui
se rapportàt au fer ou à quelque autre métal. Voilà donc
un peuple absolument primitif. Le pays qu’ils habitent
abonde en armes de silex, de sorte que les Juangs sont
les reliques d’un passé disparu. Chez eux l’âge de la
pierre a duré jusqu’à nos jours. Il a donc pu se faire qu’il
y ait eu à toutes les époques des peuples primitifs exis-
tant simultanément avec des peuples dont la civilisation
était à l’apogée. L’âge de la pierre n’a donc jamais
existé absolument pour l'humanité tout entière.
Les huttes qui servent d’abri aux Juangs sont les plus
petites qu’on puisse construire. Elles ont 1 m. 80 sur
2 m. 40. Le chef de la famille et toutes les femmes logent
dans cette véritable coquille qui n’est guère plus grande
qu'une niche à chien.
Quant aux garcons et aux jeunes gens du village, ils ha-
bitent dans une maison commune située isolément et”
132
qu’ils bâtissent eux-mêmes. C’est une coutume très cu-
rieuse et assez répandue chez les tribus aborigènes. Sur
les points les plus divers de l’Inde il n’est pas très rare
de voir toute la jeunesse mâle d’un village loger ainsi
sous un même toit.
Hecror LÉVEILLÉ.
NOTE SUR UN PETIT OPHIDIEN
APPARTENANT AU GENRE Z70pidoclonium.
Caract. génér. — Tête peu distincte du cou. Corps arrondi.
Queue relativement courte. Neuf plaques suscéphaliques. Ros-
trale à sept pans. Internasales beaucoup plus petites que les
préfontales. Frontale large, yeux latéraux, à pupille arrondie.
Nasale divisée, une frénale et une préoculaire. Inter-sous-ma-
xillaires de médiocre longueur. Anale entière, écailles carénées.
Tropidoclonium annulatum. N. sp.
Carac. spéc. — Museau arrondi, narine ouverte au milieu de
deux petites scutelles. Krontale large, pentagonale et aussi
longue que la suture interpariétale. Préoculaire petite et sépa-
rée de la troisième suslabiale par l’angle postérieur de la fré-
nale. Cette dernière, plus longue que haute, est en rapport avec
l’œil. Six suslabiales ; la troisième et la quatrième forment le
contour inférieur de l'œil. Pariétales larges et arrondies en ar-
rière. Inter-sous-maxillaires courtes. Ecaïlles à carène peu
saillantes, disposées sur le tronc en dix-sept séries longitudi-
nales. Tête noire; tronc et queue ornèés de bandes transver-
sales de même couleur se détachant sur un fond gris-lilas.
Longueur totale 0.272 mil.
Longueur, du bout du museau à lPanus 0.225
Longueur de la queue 0.047
J’ai trouvé cette jolie petite espèce dans l’herbage mouillé
par la rosée, à Godines, hameau situé au nord-est du volcan
d’Attitlan, à une altitude de 2.151 mètres (Guatemala).
F. Bocourr.
LES CHENILLES DE L’'ARTICHAUT
Je ne crois pas que, dans les environs de Paris, ce
légume subisse les atteintes d’une chenille particulière:
du moins, je ne l’ai jamais constaté par moi-même,
C’est dans les contrées plus méridionales qu’il faut
aller pour trouver des espèces de chenilles qui lui
soient nuisibles ou tout au moins qui s’en nourrissent.
Cependant, elles ne sont pas nombreuses, je n’en
connais que trois.
I. — GorryNA XANTHENES. Germ.— Dès le mois de fé-
yrier, nous recevons à Paris des artichauts d'assez belle
apparence, mais de qualité fort médiocre, que notre
grande colonie africaine, l’Algérie, nous envoie.
Beaucoup d’entre eux sont attaqués par une chenille,
cela se voit très aisément, Leur queue est creuse, l’inté-
rieur ayant été dévoré, Mais il est bien rare, à cette
époque, de trouver la chenille qui l’a rongé. La longueur
du voyage, les cahots, les déplacements ont sans doute
effrayé la bestiole qui aura abandonné son nourricier el
péri en route.
Il faut attendre le mois d'avril: alors, la chenille,
plus grosse et ayant gagné le cœur de l’artichaut, s’y
trouve plus en sûreté, l’abandonne moins facilement et
arrive sans encombre sur les marchés de Paris.
En voici la description, Corps cylindrique, un peu
épaissi aux 2° et 3° segments d’un brun rougeâtre s’éclair-
cissant à mesure que la chenille grossit ; les trois pre-
miers segments beaucoup plus clairs surtout près des
incisions; dorsale fine et blanche; sous-dorsale large,
LE NATURALISTE
formée de grosses taches blanches arrondies bien mar-
quées, surtout des segments 5 à 11. Ces lignes s’obli-.
tèrent et se fondent dans la couleur du fond quand la
chenille est adulte; elles sont de couleur beaucoup plus
vive et plus nette quand la chenille est jeune. Points
verruqueux noirâtres et luisants : les plus gros sont les
trapézoïdaux antérieurs des 4° et 5° segments et les qua-
tre du onzième. Poils blonds. Tête assez forte de couleur, 4
marron un peu plus clair, écusson de même couleur
mais taché de brun aux extrémités latérales; chez les
jeunes chenilles il est d’un brun noirâtre ainsi que le
clapet. Clapet brun, pattes écailleuses de même; la pre-
mière paire, d’une teinte plus claire. 0" 45 à 0 50.
Cette chenille de Gortyna Xanthenes ressemble éton-
namment à celle de notre G. flavago S. V. Ochracea H. C.
qui vit dans les tiges de Sambucuus ebulus, des rumex des
cirsium et de plusieurs autres plantes. Cependant les
jeunes chenilles surtout offrent quelques différences.
C’est ainsi que G. flavago a les premiers segments pres=
que blanchâtres, par conséquent d’une teinte beaucoup
plus claire que ceux de G. Xanthenes. En outre, les lignes
blanches sont beaucoup moins marquées chez G. flavago
que chez G. Xanthenes.
L'éducation de Xanthenes est beaucoup plus longue,
plus délicate. Sous les morsures de cette chenille, les
artichauts coupés qu’on lui donne à manger se corrom-
pent vite et dégagent une odeur fort désagréable.
Le papillon éclôt en octobre, alors que celui de notre
flavago paraît en août.
IT. — SCIAPHILA CINAREANA. n. Sp. En mai, nous rece-
vons d’autres artichauts provenant principalement du
midi de la France.
Depuis plusieurs années déjà, j'avais remarqué que
ceux qui nous arrivaient de Carcassonne portaient des
traces non équivoques d’hôtes qu'ils avaient hébergés
Plusieurs fois je fus assez heureux pour me procurer
un certain nombre de ces artichauts retenant encore
dans leurs feuilles la chenille qui les grignotait; mais je
ne réussissais pas à en obtenir le papillon. Enfin, l’an.
dernier, je fus sans doute plus habile dans ma tentative,
car je vis éclore deux papillons de cette intéressanten
espèce de chenille.
Sije n’avais eu sous les yeux que ces papillons, il
m’eût été impossible de ne pas les ranger dans ce groupe
indébrouillable des Sciaphila Wahlbomiana L., car ils se
rapprochent beaucoup de la variété Virgaureana.
Envergure 0, 19, Ailes supérieures d'un gris cendré.
clair, plus foncé à la base et près du bord externe, Aveë
deux bandesbrunes irrégulières, la première n’atteignant
pas le bord interne, la seconde un peu oblique, bien.
moins que. chez Wahlbomiana et ses variétés, en ligne
droite jusqu’à la dent du milieu de l’aile qui est très peu
accusée; côte distinctement maculée de brun, franges
entrecoupées; ailes inférieures grises. s
Cinareana se distingue donc des autres par sa bande
médiane moins oblique et moins dentée intérieurement
Mais sa chenille est bien différente de notre Sciaphila
si variable, et je n'hésite pas à faire de mes papillons une»
espèce distincte et nouvelle.
Est-il rien de plus agacant pour l’entomologiste
s'occupe de microlépidoptères, et surtout de l'étude den
leurs premiers états et de leurs mœurs, que cette vuls
gaire chenille de Se. Wahlbomiana ? I1 n’est peut-être pas.
un végétal qu'elle n’attaque. Mineuse dans son tout pres
LE NATURALISTE
133
mier âge, elle vit ensuite dans un pli de feuille ou dans
les pousses liées par des soies. Jusqu'où ne va-t-elle pas
se nicher ? Je l’ai trouvée même dans les tiges d’anémone
pulsatile. Que d'émotions trompeuses, que de fausses
joies ne donne-t-elle pas quand on la trouve sur un
végétal non encore signalé comme lui convenant et que
Pon croit avoir affaire à une espèce intéressante !
Que de déceptions elle fait éprouver! On ne saurait
trop médire d’elle.
Quoi qu’il en soit, revenons à ma Cinareana. Cette che-
mille a tout à fait la même forme que celle de la Wahl-
bomiana — ce qui n’a rien d'étonnant; sa taille égale
celle des Wahlbomiana qu’on trouve sur les feuilles du
Tussilago farfaro: ce sont des plus fortes.
Elle est d’un brun verdâtre foncé au milieu des seg-
ments et d’un vert jaunâtre aux incisions, cette dernière
teinte beaucoup plus jaune aux trois premiers segments ;
wôtés et dessous plus clairs que le fond, à l’exception des
“et 5° segments. Verruqueux petits et noirs, entourés
d'une éclaircie jaunâtre. Tête, écusson, clapet et pattes
“écailleuses d’un noir luisant,.
Les chenilles de Sciaphila Wahlbomiana et var. ont la
tête jaune de miel.
La chenille de Sc. Cinareana vit entre les feuilles des
“artichauts, — je m’exprime mal, — entre les bractées
“inférieures des anthodes dont elles se nourrissent, abri-
“iées par une très légère-toile.
Le Elles ne sont pas d'humeur voyageuse; elles ne quit-
tent pas la place qu’elles ont choisie, sans doute parce
qu'elle est bonne : leur nourriture est d’une abondance
“telle que la crainte de manquer de vivres ne peut leur
venir, ‘
—Mème pour se transformer, elles ne s’éloignent pas de
eur « tête » d’artichaut; elles gagnent une bractée su-
périeure à peine ouverte, s’y confectionnent une très
;
Jégère toile blanche et ne tardent pas à s’y changer en
“une chrysalide dont le thorax et les ptérothèques sont
oirâtres et l'abdomen brun jaunâtre.
Le papillon éclôt au bout de trois semaines.
II. — Ma troisième chenille de l’artichaut est encore
une espèce algérienne. Je lui trouve tous les caractères
d’une Depressaria. Elle mesure 0%, 10 de long sur 2 de
large à peine : elle est d’un gris verdàtre avec une dor-
_sale un peu plus formée, des verruqueux très petits et
“noirs entourés de clair; tête et écusson d’un noir bril-
ant; pattes écailleuses et clapet de la couleur du fond.
Je Mai pu en obtenir le papillon.
Je signale cette chenille à l'attention de nos zélés lépi-
doptéristes algériens, qui certainement nous feront con-
naître un jour ou l’autre son papillon et ajouteront ainsi
Un paragraphe à l’histoire de leur faune entomologique
qui leur réserve encore tant de découvertes à faire.
P. CHRÉTIEN.
EN LOCALINATIONS CÉRÉBRALES DES CENTRES
DU LANGAGE
La structure interne du cerveau humain est tellement com-
plexe, que de longtemps encore elle offrira de superbes sujets
d'étude aux chercheurs laborieux, sagaces et patients. Que de
découvertes pourtant ont été déjà faites durant ces dernières
années ; mais d’un autre côté que de problèmes restent encore
à résoudre! Aussi c’est sans étonnement qu’on voit s’accroître
tous les jours le nombre des cliniciens, des anatomistes et des
physiologistes qui entreprennent des recherches sur les centres
nerveux et leurs fonctions, soit à l’état normal, soit à l’état pa-
thologique.
Parmi toutes les questions qui ont été éclairées d’un jour
nouveau, une des plus étonnantes peut-être a été celle des lo-
calisations des centres du langage. D’après Gratiolet et divers
autres observateurs l’hémisphère cérébral gauche se développe
d’une facon plus précoce et plus rapide que l’hémisphère droit.
Ce fait est sans doute une acquisition héréditaire d’origine re-
lativement récente, car la fonction crée et développe l’organe
et cette prédominance d’un hémisphère sur l’autre n’a pu ap-
paraître et se transmettre que le jour où l’homme a trouvé plus
d'avantage à se servir, pour l’exécution des travaux difficiles,
plutôt de son bras droit que de son bras gauche. Quoi qu’il en
soit, comme conséquence naturelle de cette prédominance hé-
réditaire, maintenant à peuprès constante et fixée du cerveau
gauche sur le cerveau droit, il s'ensuit que les mouvements de
l’enfant qui devront exiger une plus grande facilité dans le mé-
canisme des réflexes, qui nécessiteront une plus grande éduca-
tion parce qu’ils seront plus compliqués, seront très générale-
ment exécutés par le côté droit du corps. La répétition de ces
mouvements réagira et perfectionnera forcément à son tour les
centres nerveux correspondants, c'est-à-dire l’hémisphère
gauche.
Aussi cet hémisphère se trouve pour ainsi dire tout préparé
à exécuter les fonctions peut-être les plus compliquées de
toutes : celles dont l’ensemble constitue le langage pensé, écrit
et parlé. C’est en effet ce que l’on a constaté, et depuis les dé-
couvertes bien francaises de Dax et de Broca, tous les clini-
ciens et tous les anatomistes ont été unanimes à reconnaître
que, dans les conditions normales et dans la majorité des cas,
toutes les manifestations fonctionnelles du langage se trou-
vaient sous la dépendance de l’hémisphère cérébral gauche.
La première localisation qui se développe est celle de la mé-
moire de la parole. L’enfant entend des mots et son esprit qui
s’éveille ne tarde pas à les appliquer aux objets correspondants.
Ce premier centre de la mémoire des mots, ou centre cortical
auditif À, se trouve localisé dans la premiére circonvolution
temporale (Wernicke, Kohler, Pick, Nothnagel, Giraudeau,
Seppili) et en occupe presque toute l’étendue. I’altération de
ce centre produira la surdité verbale, tandis que son dévelop-
pement plus ou moins considérable donnera naïssance à des au-
ditifs plus ou moins caractérisés.
La surdité verbale consiste dans l’impossibilité de comprendre
le sens des paroles articulées; l'intelligence et l’ouie se trou-
vant cependant conservées. L’auditif est l'homme quipense avec
le souvenir des mots parlés; il entend'une parole intérieure.
Lorsque l'enfant a acquis le souvenir des mots, il s’habitue
peu à peu à les prononcer à son tour et de tous les centres cor-
ticaux, ceux qui président à cette nouvelle fonction sont les
plus connus de tous. Sans contestation possible, le siège de la
mémoire des mouvements phasiques P, qu’on nomme aussipar-
fois siège des représentations motrices d’articulation ou simple-
ment centre du langage articulé,occupe le tiers postérieur de la
troisième circonvolution frontale. La lésion de ce centre pro-
duit les aphasiques vrais, c’est-à-dire ceux qui ne peuvent arti-
culer tous les mots, quoique intelligents et non paralysés de la
langue et des autres organes phonateurs. Le développement ou
l'excitation de ce centre produira le type du parleur exubé-
rant. Dans quelques cas l'autopsie de droitiers pourtant apha-
siques avait montré que le centre cortical était intact : c'était
une réfutation des idées de Broca; mais Charcot a prouvé qu'il
existait toujours dans ces cas une lésion sous-corticale des fais-
ceaux qui relient la circonvolution du langage aux noyaux gris;
le résultat physiologique est donc bien le même, c’est toujours
Pinactivité fonctionnelle du pied de la troisième circonvolution
frontale gauche qui produit l’aphasie motrice.
L’enfant entend et il parle, un progrès de plus et il répond
aux questions qu’on lui pose. Les centres de réception ou
centres auditifs sont entrés en rapport avec les centres d’é-
mission ou centres moteurs (fibres commissurales VI). Les
fibres qui réunissent la première temporale au pied de la troi-
sième frontale sont situées dans l’insula du Reil. Les lésions de
cette partie du cerveau produisent l'impossibilité de répondre
par la parole à uné question verbale; on pourra toutefois y
répondre par un autre moyen si on sait écrire ou lire. C'est ce
qu’a démontré M. Déjerine et ce qu’indique le schéma général
que je propose. La vivacité dans les répliques semble, en
grande partie et à intelligence sensiblement égale, dépendre
du plus grand développement et du développement de ces fibres
temporo-frontales,
De très nombreuses personnes, même en France et sans re-
134 LE NATURALISTE
monter plusieurs siècles, n’ont jamais dépassé ces trois pre- | frontale gauche. La lésion des fibres pariéto-frontales qui com
mières fonctions élémentaires du langage articulé; comprendre | plétent la voie des reflexes visuels graphiques YVEM place
la parole, parler à leur tour, répéter ou répondre. Dans le | l'individu dans l'impossibilité de copier l’écriture. Lorsqu'il la
schéma le trajet de ces reflexes est indiqué par la ligne poin- | reproduit quand même il ne le fait alors qu’en tant que repro-
tillée OAPB. Chez le petit nombre des privilégiés d’alors et | duction de figures. Le développement du centre graphique pro=
maintenant chez tous les enfants dès qu’ils grandissent on dé- | duit l’exubérance graphique qu’on observe chez quelques écri-
veloppe un second centre cortical de réception, on leur en- vains; et de même que le parleur exubérant ou le phasiqueh
seigne la lecture et on fixe le souvenir des caractères gra- | trouve dans ce qu’il vient de dire une excitation pour parler
phiques, dans le centre des représentations verbales visuelles V. | encore; de mème chez l'écrivain exubérant ou le graphique, «
Ce centre de la mémoire visuelle graphique est très probable- | l'écriture excite la pensée. C’est ainsi que tel orateur ne peut
ment situé dans le lobule pariétal inférieur avec ou sans par- préparer ses discours qu’en parlant, tel autre en écrivant:
ticipation du lobule du pli courbe (Broadbent, Magnan, Rosen- | L’action de parler ou d’écrire produit chez eux une suractivité
thal, Charcot etc.). Les lésions de ce centre produisent la | intellectuelle. Si nous résumons à présent, sous forme de ta-M
cécité verbale, qui mettra le malade dans limpossibilité ab- | bleau, ce qui précède, nous voyons que les localisations corti-
solue de lire lécriture. Le développement de ce lobule pariétal | cales sont au nombre de quatre, auxquelles correspondent
produira les visuels, c'est-à-dire tous ceux qui en pensant ou | quatre formes simples d’atrophies ou d’hypertrophies fonc-
en parlant voient les mots comme s'ils se trouvaient écrits. | tionnelles.
Ceux qui exécutent, comme Inaudi par exemple, des calculs . ;
mentaux difficiles sont presque toujours des visuels. FONCTIONS CENTRIPÈTES OU DE RÉCEPTION
LOCALISATION CENTRE LÉSION ÉTAT NORMAL DÉVELOP,
ire tempor.. C. auditif. Surdité verb. Aud, des mots. Auditif.
2° pariétale C, visuel.. Cécité verb.. Lecture...... . Visuel.
FONCTIONS CENTRIFUGES OÙ D'ÉMISSION
LOCALISATION CENTRE LÉSION ÉTAT NORMAL DÉVELOP.
3e frontale. C. phasique. Aphasie ppd. Parole....... Phasique:
2° frontale. C. graphique Agraphie.... Écriture... Graphique
Comme ces quatre fonctions peuvent s'accomplir à l’état d'in:
conscience, j'ai tenu à faire ressortir ce fait dans le schéma que
je propose à l’aide des lignes I, I, IIL et IV.
A côté de ces troubles d'origine corticale, il en est toute une
seconde catégorie qui offre un intérêt tout aussi grand: je veux
parler des aphasies commissurales, c'est-à-dire des troubles liés.
à des lésions et à des développements anormaux, non plus des
centres de l’écorce grise du cerveau mais des fibres commissu=
rales. Nous avons déjà étudié le rôle des fibres temporo
frontales VI (réponse et répétition des mots) èt pariéto-frons
tales V (copiage). Ces fibres réunissent directement les deu
centres sensitifs À ct V à leurs deux centres moteurs corres*
pondants P et E; mais elles n’existent pas seules et les quatre
centres corticaux se trouvent en rapport les uns avec les aus
tres de toutes les facons possibles. Il est à remarquer, et c'est:
là un fait important à noter, que dans ces nouveaux faisceaux
des fibres le sens des reflexes peut être quelconque, c’est aïnsl
que l'excitation peut se diriger de E vers À ou de À vers Him
différemment. Ce sont les aphasies liées aux lésions de ces
fibres que les Allëmands désignent sous le nom d'aphasies dè
conductibilité (Leitungs aphasies). Je crois qu'il vaudrait mieux
les appeler simplement aphasies commissurales par opposition
aux aphasies corticales. Les quatre trajets principaux qu'il
reste à signaler sont d'abord les fibres pariéto-frontales (VI).
qui permettent la lecture à haute voix; puis les fibres tem
poro-frontales (VII) qui seules rendent possible l’écriture sous
la dictée. Les fibres interfrontales (IX) qui unissent les deux
centres antérieurs, qui sont tous deux moteurs comme tous les
centres antérieurs de la moelle, et qui, entre autres propriétés,
permettent la concomitance régulière des mouvements phon&
teurs et graphiques. s
Enfin les fibres temporo-pariétales X qui font que l'audition
de certains mots rappelle involontairement l'idée d'images Wie
suelles graphiques absentes. Les phénomènes si bizarres dt
l'audition colorée qui consiste en ce que des personnes, même
bien portantes et sans tares organiques héréditaires, associen
constamment certaines couleurs à certains sons, reCOÏVenL
également de la sorte une explication trés naturelle. ‘2
En résumé le schéma général des aphasies corticales et coms
missurales que je propose peut servir de guide dans l’exam
méthodique des personnes atteintes de troubles du langa
Il montra combien peuvent se multiplier et varier dans le
physionomie clinique les formes prouvées ou possibles del
L ke. &s: 3 . 7, phasie: Il permet en même temps d'interpréter les comp
Une fois que l’enfant sait bien lire on lui apprend à écrire et | cations si nombreuses qui peuvent survenir et obscurcir
à copier et c'est ainsi que se développe le quatrième et dernier premier diagnostic; il se prête enfin à une analyse philos
centre cortical du langage : le centre graphique E. Celui-ci est phique fort complète des phénomènes qui président à l'origi
moins scientifiquement établi que le centre phasique, car On | sensible des idées et à leurs manifestations extérieures.
n’a pas encore observé une agraphie pure accompagnée de lé- IL
sions nettement circonscrites. D’après Exner et Tamburini ce
centre est toujours situé au-dessus du centre du langage et
occupe par conséquent le pied de la deuxième circonvolution
Schéma général des troubles du langage, Aphasies corlicales et
commissurales, O,B.Y,M,C. Oreille, bouche, œil, main,
conscience. F,F,F, circonvolutions frontales. FA, PA cir-
convolutions Rolandiques. P,P, circonvolntions pariétales
supérieure et inférieure. 0,0,0, circonvolutions occipitales,
T,T,T> circonvolutions temporales. A, centre de la mé-
moire auditive verbale; V, centre de la mémoire visuelle
graphique; E, centre de la mémoire des mouvements gra-
phiques ; P, centre dela mémoire des mouvements phasiques.
I, VI, 2, voic des réflexes chez les personnes qui entendent,
parlent, répondent. 3, V, 4, voie des réflexes chez les per-
sonnes plus instruites qui lisent, écrivent et copient. I, IT,
III, IV, vision des mots, audition des mots, parole et écri-
ture conscientes. VII et VIII, commissures permettant l’écri-
ture sous la dictée ou la lecture à haute voix; IX, com-
missure des centres moteurs; X, commissure des centres
sensitifs (audition colorée).
|
|
d
|
orme eh
LE NATURALISTE
SOCIÉTÉ ZOOLOGIQUE DE FRANCE
Séance du 26 janvier. — Aux notes déjà signalées dans
le dernier compte rendu, ajouter un travail de M. Bocourr sur
la variabilité dans le nombre des plaques céphaliques chez
certains Ophidiens, l'Eutænia infernalis et le Conopsis lineatus.
Séance du 23 février. — M. J. Borzivar; Orthoptères
provenant des voyages de S. À. le prince de Monaco dans les
archipels de Madère et des Açores. Bien qu’elles ne soient pas
nombreuses (15), les espèces signalées se trouvent presque
toutes signalées pour la première fois dans la région. Il y en
à une, notamment, le Platycleis laticauda, qui a été décrite
pour la première fois en 1882 comme provenant de Messine et
qui doit se trouver dans toute la région méditerranéenne occi-
dentale. — MM. Er. Caevreux et E.-L. Bouvær décrivent la
Perrierella crassipes, espèce et genre nouveaux d’Amphipodes
des-côtes de France. Cette espèce a été draguée par 21 mètres
«16 profondeur à Saint-Vaast-la Hougue, on la trouve également
3. Luc-sur-Mer, à Brest, aux îles Glénans, à Saint-Tropez et
“dins la baie de Villefranche.
4 E.-L. Bouvier.
LIVRES NOUVEAUX
Il vient de paraître à Berlin chez A. Hirschwald un ouvrage
en l'honneur du soixante-dixième anniversaire de l’illustre sa-
vant Rudolf Virchow.
Taternationale Beilräge zur wissenschaftlichen Medicin.
Festschrift Rudolf Virchow. Gewidmet zur Vollenduug
seines 10. Lebensjahres. 3 vol. grand in-8° avec 44 pl. à nom-
breuses figures dans le texte.
Ci-joint la liste des 53 mémoires quiy sontinsérés. À la fin
de chaque travail se trouve reproduite lasignature de l’auteur.
Ackermann, Th. Zur normalen und pathologischen Ana-
omie der menschlichen Placenta. I, pp. 583-616, pl. XX-XXI.
Baumgarten, Paul. Ucber die Einwirkung des Koch’schen
Mitiels (* Tuberculin ”) auf die Impftuberculose der Kanin-
chen. II, pp. 81-104.
Bizzozero, G. Ueber die Blutplättchen. I. pp. 457-471.
Bollinger, 0. Ueber traumatische Spät-Apoplexie. Ein Bei-
trag zur Lehre von der Hirnerschütterung. IT, pp. 451-470.
Bostroem, E. Ueber die Ochronose der Knorpel. I, pp. 177-
198. pl. VI.
Bouchard, Ch. Sur les prétendues vaccinations par le sang.
III, pp. 1-27.
Braune, Wilh. Die Horizontalebene des menschlichen Schä-
dels. I, pp. 57-92. 11 fig.
Celli, A. und Marchiafava, E. Ueber die Parasiten des
-—rothen Blutkorperchens. I, pp. 187-233, pl. I-III.
Chiari, H. Ueber Magensyphilis. IH, pp. 297-321, pl. XIII-
XIV.
Eberth, C. J. Hern und Zelltheilung während der Entzün-
“dung und Regeneration. Il, pp. 75-100, pl. I-II.
m ppinger, Hans. Beiträge zur pathologischen Anatomie der
Hernien in der Leistengegend. Il, pp. 357-422, pl. XVI-X VII.
Plemming, Walther.Zur Entwicklungssgeschichte der Binde-
gewebsfibrillen. 1, pp. 213-222, pl. IX.
FRoà, Pio. Neue Untersuchungen über die Bildung der Ele-
Mmente des Blutes. I. pp. 419-533, pl. XV.
Gerhardt, C. Ueber Lungenentzündung mit mehrfach unter-
brochenem Fieberverlauf. III, pp. 307-316.
Hansen, G Armauer. Die Aetiologie der Lepra (Studien
über Lepra in Norwegen). LIT, pp. 61-79.
Heiberg, Hjalmar. Die primäre Urogenitaltuberkulose des
Männes und Weiïbes. II, p. 251-293, pl. XII.
Hertwig, Oscar. Ueber pathologische Veränderung des Kern-
theilungsprocesses in Folge experimenteller Eingrifie. I, pp.
195-212.
His, Wilhelm. Offene Fragen der pathologischen Embryo-
logie. 1, pp. 117-293, pl. VIII.
Horsley, Victor. Die Function der Schilddrüse. Eine histo-
risch-kritische Studie. I, pp. 367-409.
Jacobi, A. Thoracopagus Omphalopagus. I, pp. 631-640.
5 fig.
Jolly, F. Ueber Polydactylie mit Missbildung des Armes.
1, pp. 617-630.
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Twanowski, N. Ucber die pathologischanatomischen Erschei-
nungen bei ciner in Chankow endemischen Krankleit. Ill, pp.
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Leyden, E. Beiïträge zur topischen Diagnostik der Gehirn-
krankheïten (aus der I. medicinischen Klinik zu Berlin). I,
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thologischen Anatomie der Glandula carotica und der Neben-
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Giften und Heilmitteln und die combinirte Wirkung segenseitig
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Ziegler, E. Ueber die Ursachen der pathologischen Gewebs-
neubildungen. II, pp. 21-74. :
Y Ziemssen. Ueber seltnere Formen der Pleuritis. III, pp.
271-282.
Ür. MALLOIZEL.
L'Albumdes Centresnerveux (1) de MM. Degrerre et DouMER,
se compose de 48 figures schématiques, avec légendes expii-
catives ; il rendra les plus grands services aux étudiants en
(1) Félix Alcan, éditeur. 4 vol. in-12 broché, 1 fr. 50, et aux
bureaux du journal. 4
136
médecine pour étudier ou repasser rapidement les différentes
vues d’ensemble et les coupes classiques du cerveau. Le prix
très modique ae cet album permettra de le prendre comme
complément de tous les cours d’anatomie et particulièrement de
l’Album stéréoscopique des Centres nerveux des mêmes auteurs,
chacune de ses figures correspondant à une des préparations
représentées dans les photographies stéréoscopiques.
M. Euice Ferrière publie chez l’éditeur Félix Alcan, sous le
titre: Plantes médicinales de la Bourgogne, emplois et doses (2),
un petit opuscule qui sera consulté avec fruit par tous les ha-
bitants des campagnes du centre de la France. L'auteur, après
avoir donné l’énumération des plantes formant certaines classes
médicinales, indique les états morbides etles plantes convenant
au traitement de certaines affections qui ne peuvent être com-
battues par les sucs d’herbes, et un autre aux empoisonnements
et aux contre-poisons. Enfin, M. Emile Ferrière clôt cette bro-
chure par des conseils hygiéniques sur les soins à prendre
pour se préserver de certaines maladies infectieuses, et par une
mise en garde contre les remèdes mystérieux de certains sor-
ciers villageois, encore trop nombreux.
ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance du 49 avril. — M. G. Capus signale à l’Académie
les observations qu’il a pu faire sur le Lœss du Turkestan.
Séance du 25 avril. — M. Alexis de Tillo adresse à PAca-
démie un tableau de la répartition des terrains occupés par les
uroupes géologiques, d’après les latitudes et les longitudes ter-
restres.
Séance da 2? mai. — M. Girard et J. Bonnier ont étudié le
Cerataspis Petili, crustacé décrit sommairement par Guérin; de
cette étude résulte qu’on peut rapprocher cette espèce de Pé-
néides typiques et qu’il appartient évidemment au groupe des
décapodes. — M. Paul Hallez signale une loi Embryologique
qui suivant lui domine toute la morphologie des Rhabdocælides
et des Triclades.— M. Marcel Causard a constaté que chez les
jeunes araignées le système vasculaire très peu ramifié se com-
plique seulement plus tard ; le sang veineux eircule dans un
ensemble très étendu de lacunes ; tout le sang veineux du cé-
phalo-thorax s’hématose avant d’arriver au cœur, une partie
de celui de l'abdomen revient directement au péricarde et de
là au cœur sans passer par les poumons. — MM. Bleicher el
Fliche signalent la présence des Bactryllium dans le trias de
Meurthe-et-Moselle.
Séance du 9 maï. — M. G. Pouchel fait connaître à l’Aca-
démie un échouement de cétacé sur la côte septentrionale du
golfe Persique dont il atrouvé le récit dans l’auteur grec Arien
(113 olympiade) ; de la description laissée par Arien. M. G.
Pouchet conclut qu'il s’agit à coup sûr d'un Mégaptère
(M. Boops). — M. Duchar tre communique à l’Académie le ré-
sultat d'études que M. A. Prunel a entreprises sur la constitu-
tion physiologique des tubercules de pomme de terre dans ses
rapports avec le développement des bourgeons. En résumé,
suivant M. À. Prunet, dans lestubercules de la pomme de terre,
il y à toujours une relation étroite entre la répartition des prin-
cipes immédiats et des substances minérales et l’aptitude rela-
tive des bourgeons au développement. — M. A. Noquès signale
a présence d'anciens glaciers (antérieurs à l'éruption du vol-
can de Chillan) dans la Cordillère andine de Chillan (Chili). —
M. P. Fliche signale à l’Académie la présence d'une feuille de
Dicotylédone trouvée dans la Gaize, Roche qui forme le facies
local de l’albien supérieur dans le nord-est de la France ; cette
feuille parait appartenir à une espèce du Genre Laurus.
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Ziegler, E. et Ziegler, R. Beiträge zur Entwickelung
sgeschichte von Torpedo. PI. ILI-IV.
Arch. Mikrosk. Anal. 1892, pp. 56-102.
G. MALLOIZEL.
Le Gérant: Émie DEYROLLE. S 1
PARIS. — IMPR. F. LEVÉ, RUE CASSETTE, 11. di
14° ANNÉE
LE COYPOU (Myopotamus coypus, Geoff.)
RONGEUR DE L'AMÉRIQUE MÉRIDIONALE
On voit actuellement au Jardin Zoologique d’Acclima-
tation, près de la Pisciculture, huit exemplaires d’un
curieux animal. Les visiteurs pourraient prendre ce
Mammifère pour un Castor ordinaire ou pour un énorme
Rat; quelques points communs les y'autoriseraient.
Le Myopotame coypou (M. coypus Geoff. ou M. bonarien-
sis Cuw.) (1), dont on voit ci-dessous le dessin, est appelé
vulgairement Castor des marais, bien qu'il ne soit nulle-
«ment un véritable Castor. Cependant sa forme, son genre
“de vie aquatique et les terriers qu’il se creuse, l’en
rapprochent. Mais son organisation intérieure l’en éloi-
gne. Extérieurement le Myopotame ressemble au Rat
“surtout par sa queue annelée et écailleuse. Il diffère
« pourtant du Rat par son squelette. Classé parmi les
Rongeurs dans les Octodontidæ, le Myopotame coypou
"(c'est probablement l’unique espèce aujourd’hui vivante)
a, en moyenne, 50 centimètres de taille et 30 à 35 centi-
mètres de hauteur, On assure que l’on voit parfois des
mâles très vieux qui atteignent un mètre de longueur,
Le dessus du corps, de couleur variable, est d'un brunâtre
assez sombre chez les spécimens du Jardin du bois de
Boulogne ; on rencontre quelquefois, paraît-il, des pelages
_jauues, grisâtres, marqués de couleur plus pâle ou encore
entièrement roux. L’extrémité du museau et Les lèvres
sont toujours blanchâtres. Tels sont en résumé les carac-
tères généraux du Coypou, Grâce à ses membres posté-
rieurs beaucoup plus développés et plus vigoureux que
-ceux de devant, il est suffisamment adapté à la vie aqua-
tique. Mais il vit généralement hors de l’eau.
(1) Règne animal I. p. 214.
LE NATURALISTE, rue du Bac, 46, Paris.
2e SÉRIE — [N° 127
; 15 JUIN 1892
En liberté, c’est un habitant des rives des fleuves, des
bords des marais ou des lacs ; il y creuse des souterrains
profonds de près d’un mètre où il se reproduit, On le
rencontre le plus souvent par paires.
Brehm nous dit que le Myopotame nage très bien mais
qu’il est un faible plongeur. La petite société, qui prend
journellement ses ébats dans les bassins du Jardin d’Ac-
climatation, m’a prouvé qu’elle nage et qu’elle plonge
aussi à merveille. Dans les deux parcs qui leur sont ré-
servés, ces animaux se tiennent volontiers à terre mais
vont à l’eau à chaque instant. Il a fallu asphalter le sol
pour empêcher leur évasion souterraine.
Le meilleur moment pour les observer c’est l’heure du
repas. Des carottes forment leur nourriture journalière
en captivité. Les Coypous prennent ces racines avec leurs
e” LE MYOPOTAME COYPOU
pattes de devant pour les croquer. Au moyen de leurs
fortes incisives, ils tranchent les plus gros morceaux.
Surtout lorsqu'ils mangent, on les voit se tenir assis,
comme la Marmotte ou le Rat, leur queue servant de
point d'appui. Parfois, un Coypou dispute une carotte
à son voisin, l'emporte pour la manger presque sous
l’eau. Il nage en ramant surtout des pattes de derrière ;
si celles de devant font le même mouvement, elles ser-
vent encore à le guider. Souvent, le dessus du corps et
la nuque émergent à la surface. Mais quand l'animal
plonge, on peut le suivre au fond de l’eau, il avance vite.
Cependant son agilité est inférieure à celle de la Lou-
tre.
Dans certaines régions de sa patrie, on a confondu le
Myopotame avec une Loutre américaine (Lutra paranensis
Reng.). Azara, en relevant le fait, nous rappelle que le
nom de Coypu est plutôt chilien. Dans l’Argentine, on
ne le désigne jamais ainsi, Les indigènes l’appellent
comme la Loutre Nutria. Cette confusion a fait qu’un
observateur assura avoir vu de jeunes Myopotames dres-
sés pour la pêche. Or ces Rongeurs n’ont aucun goût
138
pour les Poissons et ne seraient d’ailleurs nullement
organisés et assez prompts pour les capturer. Arrivons
maintenant à la distribution géographique du Coypou.
H. Burmeister nous rapporte dans ses Voyages (1) qu’il
rencontra le Myopotame en compagnie du Lobo (Lutra
paranensis), tous deux en nombre, dans le bassin méri-
dional et occidental du Rio de la Plata, Ce naturaliste
observa à maintes reprises notre Rongeur sur les bords
du Paranä et vers les lacs et les immenses lagunes des
Pampas de cette contrée. Mais, d’une manière générale,
son habitat s’étend dans la zone tempérée de l’Amérique
du Sud, soit dans l’Argentine et dans le centre du Chili,
de l'Atlantique au Pacifique, suivant Brehm qui nous
fixe sa dispersion entre le 24° et le 43° de latitude aus-
trale, en ajoutant que l’espèce n’a pas été signalée au
Pérou ni dans la Terre de Feu. Nous ignorons si elle a
été réellement vue dans le Sud de la Patagonie.
On chassait principalement le Myopotame pour sa
peau dont le duvet, serré et fin, sert à fabriquer des cha-
peaux. Sa chair est bonne.
D’après les indications officielles (Brehm) en 1827, la
seule province d’Entre-Rios dans l’Argentine exporta
300,000 peaux en Europe. En 1830 on en a fourni à l’An-
gleterre 50,000; tous ces animaux étaient tués aux envi-
rons de Buenos-Ayres et de Montevideo. Aujourd’hui le
Myopotame a tellement diminué que ce commerce ne
doit plus exister, Dans la République Argentine on le
protège maintenant, de crainte qu’il ne disparaisse comme
le Castor devenu si rare en Europe.
La Nutria que mentionne A. E. Brehm, d'après les
renseignements des pêcheurs aux îles Chiloë, se rapporte-
t-elle à ce genre? Serait-ce une espèce distincte particu-
lière à ces îles? IL n’est guère possible de trancher cette
question, mais tout porte à croire qu'il s’agit très proba-
blement d’une Loutre,
Dans le tertiaire supérieur de l’Argentine, formation
patagonienne de d’Orbigny, on n’a pas rencontré jus-
qu'ici le Coypou à l’état fossile. Il est probable qu'on l’y
découvrira un jour ou l’autre. Mais le D° Lund a décrit
une espèce très voisine (Myopoltamus antiquus) (2) qui
vivait au Brésil, à Clamändola.
F. DE SCHAECK.
Suites à la Flore de France
DE GRENIER ET GODRON
(Suite.)
Le Siderités kyssopifolia L., très bien caractérisé
dans la Flore de France de Grenier et Godron,
comporte les variétés suivantes :
Var. longicaulis (S. longicaulis Fourr.).— Plante
élevée, forte, à épis larges, courts, ovales-coniques
ou subeylindriques, à verticilles imbriqués ; feuilles
glabrescentes, relativenent larges, oblongues-lan-
céolées ou oblongues-linéaires, dentées dans la
moitié supérieure. — Habite le haut Jura, les Alpes,
les Pyrénées; descend dans la région basse à Lyon,
Francheville, Saint-Vallier, etc.
RE
(4) Reise durch die La Plata-Slaaten, 1851-1860, TI, p. 60; I],
p. 416. .
(2) Annales del Museo publico de Buenos-Aires, I, p. 146.
LE NATURALISTE
———————————————————————————————— —————— TT
Var. Pyrenaïca (S. Pyrenaïca Poir., S. crenata
Lapeyr. pro parte, S. alpina Pourr., Vill. pro
parte) — Plante verte à rameaux ascendants ou
couchés et à grappes courtes, ovoides, compactes,
ne s’allongeant pas après l’anthèse; feuilles poilues,
les inférieures ovales-oblongues, obtuses, les supé-
rieures plus étroites, dentées ou presque entières.
— Pyrénées, du val d'Eynes et du Capsir aux
Basses-Pyrénées.
Var. genuina (S. hyssopifolia L.!, S. hyssopi-
Jolia L. var angustifolia Willk; S. lucida J. Gay:
S. stricta Fourr.). — Diffère de la variété précé-
dente, avec laquelle elle croît dans les Pyrénées
centrales, par ses épis un peu plus longs, subcylin-
driques, moins compactes, a verticilles parfois non
contigus ; feuilles sensiblement plus étroites, toutes
ou la plupart entières. — Alpes et Pyrénées cen-
trales. — Espagne : Catalogne et Vieille-Castille.
Var. glacialis (S. glacialis Boiss. ; 8, scordioides
var. Boissieri Webb; S. scordioides var. vestita
Boiss.). — Plante d’un vert blanchâtre à villosité
abondante ; rameaux ascendants; épis courts,
ovoïdes ou subglobuleux, compactes ; feuilles poi-
lues, blanchâtres, linéaires-oblongues ou linéaires,
toutes entières; spinules des feuilles florales et
acumen des dents du calice faibles, à peine épineux ;
corolle unicolore. — Espagne : hautes montagnes
de l’Andalousie.
Var. virescens (S. glacialis var. virens Willk.,
S. scordioides var. alpina Boiss.). — Diffère de la
variété glacialis par ses feuil'es parfois un peu den-
tées, la villosité bien moins fournie, la coloration
glaucescente de la plante, les épis un peu plus al-
longés (ovoïdes ou oblongs), à verticilles moins con-
tigus, la corolle livide à la gorge. — Espagne : hautes
montagnes de Andalousie.
Le S. scordioides L. comprend quatre variétés :
Var.elongata Benth., (S. fætida Poir.). — Plante
de taille élevée (4-6 décim.), d’un vert gai, glabres-
cente, à épis très longs (8-20 centim.!); verticillesM
tous écartés, multiflores, verts, glabrescents ou
pubescents, mais non poilus ou velus ; feuilles vertes,
eiliptiques ou lancéolées-shlongues, obtuses, lon-
guement atténuées à la base, profondément dentées
depuis la base du limbe, à dents fortes, obtuses-
arrondies, non mucronées; feuilles florales très larges,
semi-orbiculaires, à dents épineuses n’atteignant
pas le sommet des calices. — Port général d’un
S. hyssopifolia de grande taille, dont il se distingue
par la forme des feuilles, les épis très allongés et à
verticilles tous écartés. La forme des feuilles, les
florales et les calices épineux, la corolle à lèvre supé=
rieure large, bilobée, le différencient encore mieux
du $. Guillonii. — Hab. Espagne : Navarre (Du=
four); monts de Tolède, à Emperador (Rouy).
Var. sufruticosa Rouy (S. suffruticosa Pourr.). =
Plante basse (1-2 décim.), trapue, d’un vert foncé,
tiges épaisses, simples ou peu rameuses, couvertes
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LE NATURALISTE
139
de poils blancs crépus; épis courts (2-5 centim.) à
verlicilles rapprochés mais distincts, 6-flores, poilus
ainsi que les feuilles florales largement ovales-aiguës
atteignan: ou dépassant le sommet des calices;
feuilles lancéolées ou linéaires-oblongues, dentées
ou denticulées, à dents ou denticules aigus dans les
feuilles inférieures et acumines ou subcuspidés dans
les supérieures, quelques-unes rarement entières,
toutes glabres ou glabrescentes en dessus et pubes-
centes en dessous, seulement sur les nervures. —
Hab. Espagne (sec. Pourr et Willk.); province
d'Alicante, au cap de la Nao (Rouvy).
Var genuina. Willk. (S. scordioides L.).— Plante
de 1-3 décim., tiges + tomenteuses, blanchâtres,
simples ; épis (de 5-8 centim.) à verticilles dis‘incts,
écartés, à entrenœuds égalant les feuilles florales ou
un peu plus lougs, 6-flores ; feuilles planes, lâche
ment dentées, à dents obtuses ou acutiuscules, non
mucronées ni acuminées, pubescentes ou velues, les
florales atteignant presque le sommet des calices à
dents ja pl part inégales. — Hab. De Montpellier
à Perpignan. — Ne paraît pas avoir été encore ren-
contré en Espagne.
Var. Cavanillesii Willk. (S. scordioides Ca. ;
S. Cavanillesii Lag.; S. hirsuta var. Cavaniliesii
Benth.).— Plante de 1-2 décim. ; tiges ascendantes
ou dressées, simples ou très ram uses ; feuilles pro—
fondément dentées, souvent ondulees, à dents ai-
guës toutes, où au moins la terminale, acuminees-
épineuses ou mucronées; les florales, orbiculaires-
cordées, n’atteignant pas le somme: des calices à
dents presque égales: épis lâches à verticilles
6-flores, écartés, plus courts que les entrenœuds.
Les feuilles de cette variété sont tantôt larges, rela-
tivement grandes, à villosité cendrée, apprimée
(S. chamædryoides Duf.), tantôt plus petites, for-
tement ondulées (S. crispata Willd.). — Hab.
Espagne : Catalogne, Aragon, ( astilles, Valence,
Gibraltar. — France : Auve: Le Saint-Martin pres
Gruissan (lerb. R., leg. Gaston Gautier) et Peck de
lAgnel près Narbonne (Lerb. R., leg. Rouvy). — Le
S. Cavanillesi avait déjà été indiqué parJ Gay
(Coron. Endressi) aux environs de \arbonne, et
c'est à ort que Timbal-Lagrave à rapporté la plante
vue par Gay au S. tomentosa Pourr. ; le S. Cavanil-
lesii Lag., appartient bien à la flore française, et,
mieux connu, sera certainement trouvé dans les
Corbières et les Alhères orientales (1).
Le S. lirsuta présente six variétés :
Var. angustifolia Willk.— Plante verte, couverte
d'un tormentum court apprimé; feuilles incisées-
dentées, étroitement lancé lées-oblongues; dents
des feuilles florales et du calice un peu plus spines-
centes que dans les autres variétés (forme rappro-
Chan, le S. Jirsuta de la var. Cavanillesü du
he ln à m7 à L'epiu ele à
(1) La variété pusilla Lge du S. scordioides n'appartient pas
à cette espèce; elle rentre dans la variété oblongifolia Rouy
(Excursions bot. en Espagne en 1881 et 1882, p. 82), du S. leu.
cantha Cav.
S. scordioides). — Hab. Espagne : Navarre, Ara—
gon, Nouvelle-Castille, Andalousie.
Var. Australis Rouy. — Plante verte de taille
élevée (4-5 décim.) à tiges fortes, + tomenteuses,
simples ou rameuses; feuilles un peu plus larges
que dans la variété précédente; verticilles florifères
très écartés ; calices petits (6-7 millim.}, à dents
courtes, non épineuses, dépassant peu ou point les
feuilles florales très larges, dentées-acuminées, spi-
nulenses, non ciliées-subulées. — Habh. Espagne :
prov. de Cadix.
Var. genuina (S. tomentosa Pourr., S. hirsuta
Cav.. S. scordioides var. lanata Benth. Cutal.
Pyrén.). — Tiges et rameaux tomenteux-blan-
châtres, feuilles Ætomenteuses, toujours longue-
ment poilues, plus larges que dans la variété pré-
cédente et ré iculées-bulleuses, ovales-elliptiques.
atténuées en pétiole, à denis obtuses ou acutius-
cules ; les florales petites, ovales spinuleuses à dents
molles, non épineuses, la terminale plus large,
arrondie-mucronée ; dents du calice courtes; corolle
à lèvre supérieure rosée. Hab, assez abondant dans
le centre et l’est de l'Espagne, du nord au sud.
— France: Gard, Hérault, Aude à d’assez nom-
breuses localités.
Var. Provincialis (S. Provincialis Jord. et
Fourr.). — Plante de 1-4 décimètres, d’un vert
blanchâire, poilue mais non tomenteuse ; tiges as-—
cendantes ou couchées, épaisses, simples ou ra-
meuses; feuilles ovales-oblongues ou obovales,
veinées, réticulées, à dents inégales, aiguës; les
florales un peu plus larges et plus longues que dans
la variété genuina, à dents spinescentes. ainsi que
celles du calice; verticilles plus rapprochés mais
distincts, en grappe allongée, interrompue, rare-
ment presque contigus et en épis courts. — Hab.
France : Vaucluse, Bouches-du-Rhône, Var, Basses-
Alpes (Alpes-Maritimes ?).
Var. Ruscinonensis(S. Endressi Willk., S. Rus-
cinonensis Timb., S. kirsuta var. bracteosa Willk.).
— Plante de 2-4 décimètres, d’un vert pâle, + cou-
verie de poils longs et crépus ; tiges ligneuses, ascen-
dantes ou dressées, nombreuses et formant un
buisson ; feuilles vertes, relativement larges ovales-
oblongues, obtuses et a dents obtuses, les florales
trèslarges, embrassantes, cordiformes, subépineuses;
verticilles gros, multiflores, les inférieurs écartés,
disposés en épi allongé, interrompu à la base et ter—
miné au sommet par des bractées ayant des fleurs
avortées à leur aisselle; calices grands à divisions un
peu inégales, terminées par une spinule for e. —
Hab. France: Aupe (iles de Leucate et de Fitou,
(S. littoralis Timb. et Gaut.), Corbières, etc.); —
PYRÉNÉES-ORIENTALES : Roussillon et Albères orien-
tales. — Espagne : Catalogne, Valence (Léon ?).
Var. chamædrifolia (S. chamædrifolia Uav.). —
Plante de 1-3 décimètres, d’un vert gai, glabres-
cente, à l'exception des tiges + couvertes de poils
crépus; feuilles petites, oblongues-spatulées, lon-
140
LE NATURALISTE
guement atténuées, peu profondément dentées, à
dents obtuses; les florales courtes ou très courtes
(toujours sensiblement plus courtes que les calices),
à dents courtes acuminées, non cuspidées; verti-
cilles petits, + rapprochés; calices petits (4-6 mil-
lim.), à dents molles, non spinuleuses. — Hab.
Espagne : prov. de Valence.
(A suivre.) G. Rouy.
L'EVOLUTION SEXUELLE DANS L'ESPÈCE HUMAINE
La question que M. Sicard s’est proposé de traiter intéressera
vivement les personnes qui ne veulent pas rester absolument
étrangères aux choses de la science, d'autant plus que l’his-
toire de l'évolution sexuelle se rattache à des circonstances qui
jouent un rôle important dans la vie de chacun. S’il est un fait
banal et bien connu de tout le monde, c’est qu’entre l’homme
et la femme il existe des différences physiques et morales con-
sidérables, différences que chacun apprécie, suivant ses idées
et son éducation, dans l’autre sexe. Ces différences portent sur
la plupart des organes du corps dont elles modifient en même
temps l’allure, la taille, etc. ;.elles sont tout aussi nombreuses
et importantes dans le domaine de la vie psychique, et font
que la femme ne pense pas, ne raisonne pas, ne sent pas comme
l’homme. Enfin, à côté de ces différences innées, en quelque
sorte forcées, il en est d’autres que la civilisation et l’éduca-
tion ont créées et que chacun modifie comme il l’entend dans
le but quelquefois très lointain, parfois très caché, mais toujours
réel de plaire à l’autre sexe; à cet ordre de faits se rattachent
le goût de la parure, la recherche des ornements plus ou moins
variés, l’assujettissement à la mode, etc. Ces différences, in-
nées ou voulues, constituent dans chaque sexe un ensemble
de caractères qu’on appelle les caractères sexuels secondaires.
M. Sicard s’est proposé d’en rechercher l’évolution dans l’es-
pèce humaine et d’en trouver l’origine et l’explication en les
étudiant, d’abord chez les animaux, puis dans les races hu-
maines les plus inférieures, pour s’élever enfin jusqu’à l’homme
civilisé, chez lequel les caractères sexuels secondaires sont si
hautement développés et ont, en somme, une importance con-
sidérable dans la vie ordinaire.
Avant d'aborder cette étude, M. Sicard met d’abord en
quelques chapitres le lecteur au courant de l’état actuel de
nos connaissances sur l’origine des êtres vivants et sur la dif-
férence entre la reproduction asexuelle et la reproduction
sexuelle. Il s’occupe ensuite du développement général de
l’embryon aux dépens de l’œuf fécondé; puis abordant l’étude
des organes génitaux, il montre comment s’est effectuée la sé-
paration des sexes, et comment elle a remplacé l’hermaphro-
ditisme primitif des êtres inférieurs.
Les chapitres suivants se rapportent plus spécialement à
l’évolution sexuelle. Chez les animaux inférieurs, les mâles et
les femelles se ressemblent complètement, et il n’existe aucun
caractère extérieur qui permette de les distinguer. Mais chez
les animaux plus élevés en organisation, les différences sexuelles
sont accompagnées de particularités qui portent sur d’autres
parties de l’organisme et qui souvent n’ont aucune relation
apparente avec les fonctions de la génération. Ces particula-
rités, qui constituent les caractères sexuels secondaires, ne
s'observent pas dans le jeune âge et ne se développent que
plus tard. En général, ces caractères sont plus accusés chez les
mâles, et c’est chez eux surtout que l’on observe les élytres
brillantes, les riches plumages, les pelages variés, et tous ces
appareils élégants que, chez les Insectes, les Oiseaux et les
Mammifères, les mâles déploient devant les femelles pour les
charmer. Le lecteur trouvera dans l’ouvrage de M. Sicard des
renseignements intéressants sur la lutte entre les mâles pour
la possession des femelles et sur les armes dont ils disposent,
sur les moyens employés par eux pour appeler le choix des
femelles : parure, couleur, musique, odeurs, etc., mis en jeu
par ce que l'on peut nommer l’instinct sexuel,
ER RÉ
(1) Un volume avec 94 figures dans le texte. Prix : 3 fr. 50.
Chez J.-B. Baillière, éditeur, et aux bureaux du journal.
Mais quel est le pourquoi de ces phénomènes? Darwin a
montré que les caractères sexuels s’expliquent par la mise en
jeu d'une forme particulière de sélection qu'il appelle la sélec-
tion sexuelle, et dont le résultat est que les animaux les plus
beaux etles plus forts sont seuls admis à se reproduire, tandis
que les autres sont mis hors de combat par leurs concurrents,
ou écartés par les femelles.
Il n’en à pas été autrement chezl’homme pendantles premiers
âges de l'humanité, et actuellement encore on trouve dans cer-
taines de ses habitudes des ressemblances curieuses avec ce qui
s’observe chez les animaux, qui indiquent que leur essence est
la même. Ainsi, chez les peuplades sauvages, la recherche de
la femme s'accompagne souvent d'actes qui rappellent ceux
dont certains animaux nous rendent témoins (combats, tournois,
capture de la femme, enlèvement symbolique). De même chez
les races inférieures, les différences sexuelles externes entre
l’homme et la femme ont une importance restreinte et les prô-
cédés employés par un sexe.pour charmer l’autre (tatouage,
peinture du corps, combats, déformations de certains organes)
sont encore rudimentaires et rappellent parfois ce qui se passe
chez les animaux.
Mais à mesure que la race se perfectionne, les caractères
sexuels secondaires atteignent un haut degré de différenciation
et affectent l’organisme tout entier, non seulement dans sa
forme et sa constitution, mais dans les manifestations de sa
vie psychique. Ces différences qui tiennent à la sexualité ont
pour effet, en s’accentuant, de rendre l’homme et la femme de
moins en moins semblables, et de réaliser, pour chacun d’eux,
un type spécial, type viril pour l’un, type féminin pour l’autre.
M. Sicard étudie très complètement les différents caractères
sexuels secondaires en les rapportant d’après leur siége ou leur
nature aux chefs suivants : forme et apparences extérieures,
squelette, système musculaire, cerveau, organes des sens, cons-
titution mentale.
Les caractères sexuels secondaires propres à chaque sexe se
développent vers l’époque de la puberté : aussi l’on remarque
que les deux sexes, après s’être ressemblés dans le jeune âge,
s'écartent de plus en plus l’un de l’autre par le développement
de leurs attributs spéciaux, et conservent leur physionomie
tant que dure l’activité génitale, puis qu’ils se rapprochent dans
la vicillesse par une ressemblance due à la perte de leurs attri-
buts les plus caractéristiques. Maïs lorsque ces conditions na=
turelles du développement de la sexualité sont troublées ou
arrêtées, les différences sexuelles s’eflacent; dans un chapitre
fort intéressant sur les modifications et anomalies de la sexua=
lité, M. Sicard indique les effets produits par ces troubles et ces
arrêts (hermaphroditisme, féminisme, etc.).
La conclusion qui se dégage de cette étude est que « l’évo-
lution sexuelle de l’homme, envisagée soit dans l’espèce, soit
dans l'individu, montre que la différenciation des sexes est
en rapport avec le degré de supériorité auquel il est parvenu;
il y a progrès quand il y a entre les sexes plus de dissem-
blances. Il est conforme à la loi naturelle que l’homme et la
femme, n’ayant pas la même organisation, aient chacun, dans
la vie sociale comme dans l'association formée en vue de la re:
production, un rôle différent. Tout ce qui peut avoir pour
cffet de diminuer leurs caractères distinctifs et de les assi-
miler entre eux est en opposition avec les données de la
science biologique. »
KœxLer.
LES CRIQUETS EN ALGÉRIE
M. Charles Brongniart nous communique la note suivante
« On vient de découvrir un Diptère, l’Idia fasciata Meig dela
tribu des Muscides, dont les larves détruisent en grand nombre«
les œufs des criquets pèlerins en Algérie, Mon collègue, …
M. Künckel d’Herculais, qui est spécialement chargé de re- %
chercher les moyens les plus propres à la destruction de ces
orthoptères, avait déjà signalé la Sarcophaga clathrata commen
détruisant sous la forme larvaire les œufs des criquets pèle-
rins.
« L’Idia fasciata est un diptère très voisin du précédent. LA
D'après la Dépéche algérienne du 4 juin, ces larves qui, l'an
dernier, ont coopéré pour une large part à la destruction des
œufs, notamment en Kabylie et même. au Jardin d’essai, jouent
cette année un rôle plus actif encore, et, de toutes parts, on Si=
gnale leur bienfaisante intervention.
LE NATURALISTE
141
«M. Künckel s’est rendu à Chéragas pour étudier la question
sur place; en compagnie de M. le docteur Bordo, maire de
Chéragas, il a pu suivre les évolutions des mouches qui vol-
tigent autour des criquets accouplés, ou se posent près d’eux
en attendant la fin de la ponte; cette ponte faite, ils insinuent
leur long oviducte jusqu’à l’épi formé pour les œufs des cri-
quets, au centre duquel elles déposent quelques très petits
œufs d’un blanc éclatant, dont la couleur tranche surle gris
des œufs des criquets pèlerins. Ces vers ne tardent pas à
éclore et à dévorer les œufs qui les entourent; si la provision
ne suffit pas à leur développement, ils sortent la nuit et
fouillent le sol pour chercher aux alentours les pontes qu’ils
peuvent dévorer.
«La proportion des larves dans les gisements varie.de 50 à
75 0/0.
« Les champignons parasites que nous avionssignalés l’année
dernière sont, cette année, plus nombreux aussi et empêchent la
ponte dans bien des cas, ou bien les femelles manquant de
force pondent sur le sol et leurs œufs sont desséchés par le so-
leil.
« De tous ces faits il résulte que les criquets qui envahissent
en ce moment le nord de l’Algérie ont de nombreux ennemis
naturels qui aideront nos vaillants colons à détruire ces dé-
vastateurs de leurs récoltes.
«Maïs nous insistons sur le fait que nous avons indiqué ily a
quelques maïs, à savoir que l’on devrait propager artificielle-
ment les champignons parasites et les Diptères parasites dans
lesud de l'Algérie, afin d’empécher les criquets d'arriver dans
les régions cultivées de notre belle colonie. »
REMARQUES SUR L'APPLICATION DE LA LOI DE PRIORITÉ DANS
LA NOMENCLATURE ZO0LOGIQUE
$ 1: — L’application stricte de la loi de priorité rencontre
parfois des cas si difficiles, que l’arbitraire seul peutlesrésoudre.
Nous en avons un exemple à l’égard des noms de genres
donnés par Rafinesque aux Poissons de l’Ohio et de ses
affluents. Les uns sont basés sur des types réels, que l’auteur
de l’Ichthyologia ohiensis à eu sous les yeux; d’autres ne
reposent que sur des informations fantaisistes, provenant de
personnes étrangères à la science « pour rire un brin » aux
dépens du « savant ». Des naturalistes contemporains de
Rafinesque ont pu se convaincre, à l’aide de documents authen-
tiques, que ce dernier avait été le jouet de nombreuses mysti-
fications, jeu d’esprit auquel se livraient les premiers colons,
qui regardäient la culture de l’histoire naturelle comme un
passe-temps sans applications pratiques. Ceux-ci racontaient
“ou écrivaient à Rafinesque que dans la région qu’ils habitaient,
le fleuve nourrissait tels ou tels poissons, portant tels ou tels
caractères. Or, l’auteur de l’Ichéthyologia ohiensis ne retrouvant
pas ces soi-disant caractères sur les Poissons à sa con-
naissance, créait sur ces données des genres nouveaux. Et
c’est de cette facon que prirent naissance nombre de genres,
dont les types ont été vainement recherchés. Les populations
actuelles, disons-le à leur louange, appréciant à leur juste valeur
les bienfaits de la science, n’abusent plus de ce travers d'esprit,
et lorsque de nos jours elles se livrent à quelques plaisan-
teries analogues, ces dernières n’entraînent pas à des consé-
quences aussi fâcheuses. .
Des ichthyologistes consciencieux, venus après Rafinesque,
ont fait de louables efforts pour déterminer les espèces et les
genres consignés dans l’Ichthyologia ohiensis. Kirtland, entre
autres, qui habitait sur les bords du fleuve, a fait tout ce qui
était scientifiquement possible à cet égard. Un bon nombre de
types ont été déterminés et caractérisés à nouveau par Kirtland;
mais pour une certaine partie d’entre eux, cet auteur a déclaré
y renoncer comme à une impossibilité.
L. Agassiz s'était préoccupé de cette question avant de
quitter l’Europe. Il écrivait au prince de Canino, avec lequel
devait s’effectuer le voyage en Amérique : « Votre idée d’une
« ichthyologie américaine illustrée est excellente... Je crois
« aussi qu'il y à une justice à rendre à Rafinesque. Quelque
« pitoyables que soient souvent ses descriptions, il n’en a pas
« moins été le premier à reconnaître la nécessité de multiplier
« les genres en ichthyologie, et cela à une époque où la chose
« était beaucoup plus difficile que de nos jours. Plusieurs de
ses genres ont même la priorité sur ceux qui sont acceptés
« actuellement, et je crois qu'aux États-Unis il serait plus
« facile qu'ailleurs de retrouver une partie des matériaux sur
« lesquels il a travaillé. »
Effectivement, c’était dans le bassin de l'Ohio qu’il fallait
se rendre pour mener à bien pareilles recherches. Agassiz ne
se doutait pas qu’elles se poursuivaient, à cette même époque,
par le Dr Kirtland dont nous venons de parler.
Dès son arrivée aux Etats-Unis et après avoir pris connais-
sance des travaux de Kirtland, Agassiz n’entrevit plus la pos-
sibilité de restaurer tous les genres de Rafinesque. L’examen
d’une collection de poissons, du bassin de l’Ohio, que lui
soumit le professeur Baird, le digne émule de Kirtland, ne fit
qu’augmenter ses scrupules à cet égard. Néanmoins, dans
deux mémoires subséquents, Agassiz rétablissait quelques-uns
des genres en question. j
Appelé vers la même époque à faire un rapport sur les col-
lections de poissons recueillis par les ingénieurs chargés d’ex-
plorer la contrée qui s’étend du bassin du Mississipi à l’océan
Pacifique, en vue de l’établissement de voies ferrées transcon-
tinentales, nous nous trouvâmes en présence de la même ques-
tion. Voici ce que nous en disons dans l’avant-propos : « Ces
deux mémoires (ceux d’Agassiz), tout en anticipant sur quel-
ques-uns des résultats auxquels nous sommes arrivés, ont été
néanmoins les bienvenus, et nous ne pouvons que regretter
que la deuxième partie du « Synopsis » n'ait pas encore paru
au moment où nous écrivons. Dans chacun de ces mémoires
auteur s’est efforcé de restaurer des genres longtemps oubliés,
abandonnés qu’ils furent du fait de leur incertitude, et s'ils
n'étaient pas entrés jusqu'ici dans la nomenclature courante,
cela tenait à leur imperfection même, plutôt qu’à la partialité
des naturalistes. Car il n’est pas difficile de se représenter
l'embarras dans lequel on se trouve, en présence d’un texte
tout aussi obscur dans l’esprit de son auteur que pour ses
commentateurs.
« Et cependant, nous avons toujours considéré comme dési-
rable la restauration des genres de Rafinesque, du moment que
leurs noms avaient été introduits dans la science. Mais pour
le faire en connaissance de cause, il était nécessaire de se
transporter dans les localités explorées par Rafinesque lui-
même, son ouvrage à la maïn, pendant toutes les saisons, et
même durant plusieurs années consécutives pour arriver à dis-
tinguer le réel de la part qui revenait à l'imagination.
« Le fait que l’Ichthyologia ohiensis a été, et demeure encore
une pierre d’achoppement, a été mis en pleine évidence par la
circonstance que le D' Kirtland, l’ichthyologiste de l’Ohio,
malgré un zèle et une persévérance infatigables, a échoué en
maints essais dans la détermination des genres et des espèces
rafinesquiens.
« Les genres et les espèces aïnsi restaurés par Agassiz
pourraient ne pas recevoir l’assentiment de tous les ichthyo-
logistes, comme solution définitive de cette question épineuse.
Quoi qu'il en soit, que leur identification soit exacte ou erronée,
quant aux types primitifs, nous désirons sincèrement qu’ils
soient adoptés, une fois pour toutes, tels qu’ils sont maintenant
caractérisés par les commentateurs.
« Les circonstances ayant voulu que notre travail parüût
avant l’achèvement du « Synopsis » d’Agassiz, nous ayons Cru
devoir rétablir le:restant des genres de Rafinesque. »
On le voit, la bonne foi et la sincérité ne suffisent pas tou-
jours dans l'application de la loi de priorité et parfois l'ar-
bitraire est appelé à intervenir.
$ 2. — Il est d’autres cas, plus fréquents qu’on ne le pense,
où, pour des motifs personnels, il n’est tenu aucun compte de
la justice et de la tradition.
Aiïnsi, Artédi, précurseur de Linné, en instituant le genre
Cottus (1138), répartissait les espèces dans deux groupes de
la manière suivante :
Capile diacantho.
1. CoTTus GoB1o fluviatilis capitatus auctorum.
Capile polyacantho.
2. COTTUS SCABER.
3. COTTUS MARINUS VEL SCORPIUS.
4, etc... etc.
De sorte que, dès l’origine, une distinction était établie, par
Vauteur du genre Cotlus, entre les espèces d’eau douce et les
espèces marines. Mais Linné n’en tint pas compte, et dans la
10e édition de son Systema naturæ (1158), où il fit usage pour la
première fois en zoologie de la nomenclature binaire du maître,
cette distinction est passée sous silence et les espèces marines
énumérées en première ligne, tandis que l'espèce fluviatile, le
vrai type du genre artédien, est reléguée à la dernière place.
C'était amoindrir l’œuvre de son prédécesseur au profit de la
sienne.
Les choses restent en l’état dans les 11e et 120 éditions, qui
parurent du vivant de Linné. Il en est de même dans la
13e édition (1789), revue par Gmelin, après le décès de son
auteur.
Cuvier, dans son Règne animal, comme dans l’Hisloire natu-
relle des Poissons, au lieu de suivre Linné, adopte la manière
de voir d’Artédi, en placant en première ligne les espèces
d’eau douce (les chabots) et en deuxième ligne les espèces
marines (les chaboisseaux). C’est le rétablissement sans phrases
des deux gronpes tels que Artédi les avaïent constitués anté-
rieurement à Linné. Et c’était justice.
Lorsque nous jugeñmes à propos de subdiviser le genre
Cotlus, nous mintinmes dans le genre primitif les espèces
d’eau douce ou chabots, dont le nombre s'était accru, et pro-
posâämes pour les espèces marines le genre Acanthocottus,
d'accord, en cela, avec la tradition, formellement consacrée
par le Congrès international de Zoologie, par l'adoption des
règles suivantes :
27. Quand un genre est subdivisé, le nom ancien doit étre
maintenu à l'une de ses subdivisions et à celle qui renferme
le type originaire du genre.
28. Quand le type originaire n'est pas clairement indiqué,
l'auteur, qui le premier subdivise le genre, peut appliquer le
nom ancien à lelle subdivision qu’il juge convenable, et cette
attribulion ne pourra ébre modifiée ultérieurement.
Le genre Acanthocottus fut bien accueilli par les ichthyolo-
gistes des deux continents. Seul, le Dr Alb. Günther fit excep-
tion. Elargissant les limites du genre, Coftus, dans lequel
figurent, en première ligne, les chabots, ou espèces d’eau
douce, suivies des Chaboïisseaux, ou espèces marines (nos
Acanthocottus), Günther y ajoute les espèces de plusieurs
autres genres marins qu’il répudie, introduisant ainsi dans
l’histoire de ces poissons une regrettable confusion.
Mais ce qui a lieu d’étonner, c’est de voir une génération
nouvelle de naturalistes américains, amateurs avant tout, sem-
ble-t-il, de nouveauté, faire un pas en arrière, renier la saine
tradition, adopter les errements de Günther, perpétuer l’injus-
tice dont Linné s’était rendu coupable envers son maitre Ar-
tédi (qu'ils reconnaissent cependant pour l’ichthyologiste le
plus méritant antérieurement à Cuvier), et jeter de la pertur-
bation dans la nomenclature de ces poissons.
Voici d’abord Gill qui crée un genre Potamocotus pour
plusieurs espèces de chabots qu’il ne croit pas devoir assimiler
au genre Coltlus tel que nous l’avions délimité.
Une autre espèce de ce même groupe des Chabots a été
érigée en genre nouveau, par Jordan et Rice, sous le nom de
Tauridea.
Puis viennent, tour à tour, Cope, Hoy, Putnam, Lockington
et Bean, qui décrivent, sous le nom générique de Uranidea,
d'autres chabots, sans souci aucun de la distinction reconnue
depuis Artédi, entre les chabots et les chaboïisseaux.
En récapitulant ces divers travaux dans leur « Synopsis des
Poissons de l'Amérique du Nord », Jordan et Gilbert avaient
là une belle occasion de rentrer dans la tradition et de rétablir
la vérité historique ; ils ont préféré se faire les apôtres de l’er-
reur et les promoteurs de l’injustice, en attribuant faussement à
Linné le genre Cottus (avec Artédi placé en vedette et sensé
couvrir de son autorité la spoliation dont il est la victime), et
omettant sciemment les dates à des citations incomplètes, afin
de se donner une apparence de raison. Le but réel, inavouable,
c'était de faire de Collus scorpius le type du genre et lui
adjoindre toutes les espèces marines, ou chaboïsseaux, à l’exem-
ple de Linné, afin de réunir les espèces d’eau douce, ou cha-
bots, dans le genre Uranidea, qu'il s’agissait pour eux d’ex-
humer, en rendant par cette manœuvre le genre Acantlhocottus
sans emploi, à limitation de Günther.
A ces fautes inqualifiables, Jordan et Gilbert en ajoutent
une autre, dans la caractéristique du genre Cotlus, qu’ils ter-
minent par la parenthèse suivante : « (xotr6ç, nom ancien de
Uranidea gobio, de zottoc, tête). »
Puis sous la caractéristique du genre Uranidea ressuscité,
nous lisons : « Les rapports de ce genre avec Cotlus sont
très étroits (odpavoc, ciel ; atûw, regarder). »
Ce serait à se pamer de rire, si le sujet ne. comportait une
certaine gravité,
Mais là ne s’arrétent pas nos novateurs : le type de ce genre,
disent-ils, est Uranidea quiescens, Dekay, identique avec
Cotlus gracilis, Heck., ce dernier nom spécifique ayant la prio-
LE NATURALISTE
rité. N’est-il pas surprenant de voir désigner pour type d'un
genre, une espèce dont le nom est tombé en désuétude? Nous,
avons là un exemple jusqu'où peut conduire l’erreur lors-
qu’on est, une fois, entré dans cette voie. }
De plus l'espèce occupe la treizième place dans le genre,
sous le nom de Uranidea gracilis. Au nombre des dix-sept
espèces énumérées dans le genre Uranidea, se trouvent celles
qui constituaient les genres Coflopsis, Potamocottus et Tau-
ridea, tous trois sacrifiés à la pseudo-restauration du genre
Uranidea.
C'était vraiment faire un trop long siège pour expulser de
la méthode un genre légitime afin de le remplacer par un autre
qui ne l’est pas du tout, et auquel on reconstitue un « état
civil » nouveau aux dépens de la justice, du bon sens et de la
tradition. È
Uranidea, devenu caduque à raison de son identité parfaite
avec le genre Coltus proprement dit, doit être rejeté à tout
jamais. On ne peut le faire revivre qu’en violant les règles
fondamentales de la nomenclature adoptée par le Congrès in-
ternational de zoologie. ,
Faire litière de la bonne foi et de la sincérité dans Pappli-
cation de la Loi de priorité, c’est ouvrir la porte à des abus qui
ne pourraient produire dans la nomenclature que trouble et
confusion.
Dr Ch: GIRARD
(de Washington)
LES RACES DE L’INDE
LEPCHAS ET NÉPALAIS
Nous insisterons peu sur ces peuplades, qui habi-
tent l'Himalaya. Les gravures ci-jointes suffiront à don-
ner au lecteur une idée du type général des individus qui
les composent. EE
Avec les Népalais et les Lepchas nous sommes à l’ex-
trême frontière de l’Inde, nous touchons au Thibet. On
considère toutefois les Népalais comme Indiens. Les
Lepchasaucontrairesontcompris parmi les Bouddhistes et
se rapprochent des Thibétains,
Les Népalais ne comprennent pas moins de quarante-
deux sous-tribus, Parmi les tribus aborigènes ou semi-
aborigènes de l’Inde, ils occupent par le nombre le
premier rang. Nous les avons vus lors de notre voyage
aux Himalayas. Ils sont de taille moyenne et se rappro-
chent des autres Indiens par les traits généraux de la
physionomie et le costume. Un bon nombre concurrem-
ment avec les Bhutaniens servent comme coolies dans les
plantations ou pour le transport des bagages.
Lors de mon ascension à Darjeeling, la ligne était
rompue par suite d’une avalanche récente qui avait
emporté deux ponts superposés.
Nous dûmes donc, mescompagnons et moi, faire à pied
environ un mille pour aller retrouver l’autre train qu
devait nous conduire jusqu’à 2,700 mètres de hauteur.
A notre arrivée au point où nous devions quitter
premier train pour gravir directement la montagne nous
trouvâämes massés et prêts à faire leurs offres de services
Népalais et Bhutaniens. Ce fut une véritable lutte pour
soustraire nos bagages à une foule de mains qui s’aba
taient sur eux. C'était à qui les porterait, Nous dümes"
intervenir vigoureusement pour choisir nos porteurs»
Cependant nous eùmes le loisir d'examiner asse AL.
longuement les divers types qui s’offraient à nous.
Qu'on me permette d'ouvrir ici une parenthèse poun
présenter au lecteur ce magnifique pays de l’Himalayan
dont nous ne parlerons plus désormais, Quel ravissant
panorama on a sous les yeux en gravissant la montagne! ;
LE NATURALISTE 143
Une courbe du chemin de fer de l'Himalaya (reproduction directe d’une photographie).
cœur l’avalanche qui me permettait de contempler à loisir le paysage si pitto-
resque et si varié de la région himalayenne. Et au sommet nous attendaient ces
‘glaciers étincelants que le pied de l’homme n’a jamais foulés, ces géants de la
création, dont la vue est peut-être ce qu'il y a de plus sublime au monde. D'ailleurs
le chemin de fer qui conduit sur ces monts fortunés mérite à lui seul le voyage.
C’est un chef-d'œuvre que d’avoir conduit à 2,800 mètres de hauteur ce petit che-
min de fer ordinaire à voies étroites, qui tantôt se roule presque sur lui-même dans
des courbes comme celle que nous figurons ici, tantôt recule pour monter plus
Eu tantôt enfin surplombe sur des profondeurs de
7 à 8,000 pieds au fond desquelles il se précipiterait si
jamais il venait à dérailler,
Mais revenons aux Népalais. La plupart habitent le
Népal, pays encore indépendant, défendu par ses monta-
gnes et ses marais.
» Le Népal comprend environ deux millions d'habitants
de races diverses. Les deux principalestribus qui se divi-
Newras PBACHIIEUNR du Népal (reproduction directe Lepcha des environs de Darjeeling (reproduction directe d'une
d’une photographie. photographie),
144
sent le pays sont celles des Newars et des Ghurkas. Les
Newars, qui sont les représentants de l’ancienne popula-
tion du pays, ont des aptitudes agricoles, industrielles et
artistiques remarquables.Nous représentons iciun groupe
d'agriculteurs newars. Les Ghurkas représentent au con-
traire la race conquérante. Ils ont conquis le pays au
siècle dernier et, comme engagés volontaires, ils forment
le meilleur noyau de l'armée anglaise indigène. Les
Newars sont bouddhistes et les Ghurkas brahmanistes.
La plupart des Népalais parlent le « Parbattia ». Les
Newars parlent le Newari, idiome composé de sanscrit et
de thibétain.
Le radjah du Népal n’a avec le vice-roi des Indes que
des relations diplomatiques.
Les Lepchas sont peu nombreux: on en compte actuel-
lement environ 3,000, et ils tendent à diminuer encore.
Onles regarde comme les premiers habitants du Sikkim.,
Ils appartiennent à la race mongolique. La gravure que
nous donnons ici représente un Lepcha des environs de
Darjeeling. La figure est, on peut le voir, douée d’une ex-
pression de douceur et d’aménité.
Le Lepcha est, eneffet, d’un caractère paisible et doux,
C’est un être joyeux, plein de confiance et d'abandon, et
le voyageur est heureux, en parcourant les montagnes,
d’être accompagné par un homme dans lequel il est sûr
de rencontrer un compagnon aussi aimable que dévoué.
Les Lepchas suivent les prescriptions d’un bouddhisme
mitigé. Comme les bhouddistes, ils se servent des moulins
à prières, sortes de cylindres creux qui renferment des
prières imprimées sur papier de Chine au moyen des ca-
ractères immobiles. Ces cylindres sont emmanchés dans
une tige en bois que termine une pointe en fer qui forme
l'axe du cylindre. Au moyen d’une légère impulsion on
fait tourner le cylindre, À chaque tour du moulin les
prières sont récitées. Comme les autres bouddhistes aussi,
ils attachent aux arbres des étoffes ou des papiers cou-
verts de prières imprimées et, à chaque fois que le vent
fait remuer ces étoffes ou ces feuilles, la prière s’envole
vers la divinité.
H. LÉVEILLÉ.
DESCRIPTIONS DE LÉPIDOPTÈRES NOUVEAUX
Syllexis Extendata n. sp. — 30 à 34 millimètres. Dessus
d’un beau blanc brillant; supérieures avec quatre lignes d’un
brun très pâle, les première, troisième et quatrième, droites,
la seconde un peu coudée, équidistantes, traversant les ailes
de part en part et se terminant chacune à la côte par un point
brun bien indiqué ; inférieures avec trois lignes semblables,
les deux premières à peu près droites et obliques, la troisième
arrondie. Bord extrême des ailes finement marqué de brun,
franges blanches ombrées de brun en partie.
Dessous des ailes, blanc avec l’indication des lignes du des-
sus et les taches indiquées à la côte.
Palpes et tête brunes; antennes filiformes jaune brun; tho-
rax corps et pattes blancs.
Trois c* des environs de Loja, 1887 et 1889.
Cette espèce doit se placer tout à côté de Syllexis Spatiaria
Gn, du Brésil.
Syllexis Chartularia n. sp. — 29 millimètres. Dessus des
ailes blanc laiteux brillant; supérieures traversées par trois
lignes rousses équidistantes, se terminant à la côte par un
point brun bien indiqué; inférieures bordées de deux lignes
également rousses, l’intérieure à peu près droite, l’extéricure
arrondie, et, dans un exemplaire, avec une légère teinte ferrugi-
neuse le long du bord externe et à l'angle anal. Les quatre
ailes finement bordées de brun extérieurement, Franges blanc
laiteux légèrement teinté par partie.
LE NATURALISTE
Dessous blanc uniforme, brillant, avec une large auréole,
brune à l’apex des supéricures dans quelques individus.
Tête brune; palpes et antennes rousses; front, thorax, corps |
et pattes blancs.
Cette description est faite sur deux c*bien frais pris aux
environs de Loja en 1889 et 1890; j’ai en outre recu de la même
localité quatre autres exemplaires (dont deux ©) maïs en si
mauvais état qu’ils ne peuvent servir à la description de l’es-
pèce.
Coricia bicineta n. sp. — 30 à 32 millimètres. Dessus des
ailes blanc pur brillant, très finement pointillé d’atomes gris, le
long du bord extérieur notamment, bordé d’une double ligne 3
grise commune plus écartée aux supérieures et bien arrondie
aux inférieures. Les supérieures sont en outre traversées au
premier tiers par une troisième ligne grise presque droite, côtes
jaunâtres. Bord extérieur des ailes, brun. Franges blanc pur.
Dessous des ailes, blanc uniforme, brillant et avec l’indica-
tion par transparence des lignes du dessus.
Tête brune, palpes et antennes (filiformes) jaune brun; front,
thorax et corps blancs; pattes blanches inférieurement, jau-
nâtres en dessus.
Trois ©* bien frais des environs de Loja, 1890.
Theages Nubilosa n. sp. — 38 millimètres. Aïles allon-
gées. Dessus des supérieures gris roux uniforme, avec un petit
point cellulaire noir et les nervures ressortant sur le fond en
teintes plus foncées. Franges concolores.
Inférieures mi-transparentes, bordées de poils blonds le
long du bord interne, marquées de gris roux à la côte et sur
une partie du bord terminal et avec un point cellulaire noir.
Frange blonde à l’angle anal, plus rousse vers l’apex.
Dessous des quatre aïles comme le dessus sauf le centre des
supérieures qui prend une teinte brunâtre uniforme.
Palpes, antennes, tête, corselet, dessous du corps et pattes
gris roux, dessus de l’abdomen gris brun. :
Un c* des environs de Loja, 1890.
Theages Mamona n. sp. —c* 399 44 millimètres. Q Dessus.
des supérieures gris blond uniforme marqué d’une série de
points dont les trois principaux sc trouvent dans la cellule, l’un
à la base et deux au sommet. Extérieuremeut etimmédiatement
après la cellule, quelques points se remarquent entre les ner-
vures, puis enfin quelques petits traits subterminaux bordent
Vaile et semblent mieux marqués vers l’apex.
Dessus des inférieures blond pâle à la base, de teinte plus
grise extérieurement. Franges concolores.
Dessous des quatre ailes gris terne, avec une vague indica=
tion des taches aux supérieures.
Palpes, antennes, tête, corps et tète comme le fond.
Le o* diffère de la @ en ce que la cellule ne contient qu'un
seul point, celui de la base; en ce que l’anus est bordé d’une
touffe de poils jaunes, enfin en ce qu'il a les antennes sCcnsi=M
blement plus pectinées que la Q.
Un ç* et une © des environs de Loja, 1890.
Paul Docxix.
LA CHENILLE DE L’ALLIUM PORRUM
Autre légume! É
On dirait presque que j'ai eu honte de lui donner son
nom vulgaire. 14
J'aurais tort de m’excuser, car de même que quand on
parle de champignons on s’oublie parfois à les appeler”
des cryptogames, de même il est bien pardonnable den
désigner sous un nom aussi latin ce qu’on appelle tout
bonnement en français le poireau. .
D'autant plus que ce nom me remet en mémoire lé
fameux aulx et oignons d'Égypte et me permet de citer.
cette boutade toujours spirituelle de Juvénal : L
O sanctas gentes, quibus hæc nascuntur in hortis 3
Numina ! 4
Certes, de nos jours, on ne va plus chercher ses diis
nités dans son jardin, mais on ne néglige pas pour cela.
ce qui y pousse : notre poireau en question en est une
preuve éclatante, Est-ce pour ses propriétés diurétiques.
ou pour ses qualités sudorifiques ? Qui pourrait le dire?
A
LE NATURALISTE
—
Toujours est-il que, parmi tous ses congénères et ses
copains du potager, il a été l’objet d’une distinction
toute spéciale et qu’au contentement universel — signe
caractéristique des temps — le poireau a été élevé à la
hauteur d’une décoration.
Vert et blanc, très décoratif en effet, ses feuilles lan-
céolées, d’un beau vert un peu glauque, donnent même
l'illusion d’un panache quand leur extrémité se re-
courbe et retombe mollement, presque gracieusement.
Son pied est blanc, et « plus on l’enfonce, plus il est
blanc », ainsi le disent les livres des jardiniers en par-
lant du repiquage auquel on doit soumettre ce légume.
Mais si profondément enfoncé qu'il soit, il n’échappe
pas aux atteintes d’un petit microlépidoptère qui, un
beau jour, il y a bien longtemps de cela, jeta son dévolu
sur ce végétal et lui confia le soin de nourrir sa progé-
niture.
La chenille de l’Acrolepia assectella, tel est le nom de
ce micro, éprouve parfois un singulier accident. Quand
elle est encore attachée à son nourricier, il lui arrive
d'accompagner le poireau dans le pot-au-feu, d’y cuire,
d'y mijoter et finalement d’être absorbée par nous — à
notre insu, bien entendu — avec tout ce qui constitue
un bon potage.
Eh quoi! il ne faut pas se récrier. On mange plus sou-
vent qu'on ne pense des chenilles de l’Assectella et on ne
s’en porte pas plus mal.
Il ne faut pas faire ainsi le dégoùté. Quand on avale
un tas de mollusques, quand on boit de l’eau de la Seine,
quand on croit avoir atteint les limites de la délicatesse
gastronomique en prenant un potage aux nids d’hiron-
delle, on ne doit pas faire tant de manières quand, par
une distraction fort excusable des cuisinières, quelques
chenilles ont servi à confectionner le bouillon.
Eh ! mon Dieu, il ne doit pas en être plus mauvais pour
cela : personne ne s’en est plaint jusqu'ici. En somme,
qu'est-ce qu'une chenille? sinon une partie de végétal
transformée. Il y a des chenilles qui ne vivent que des
“fleurs des plantes, Y a-t-il, je vous le demande, nourri-
ture plus exquise et plus suave? Nul doute que la chair
de ces chenilles n’ait sa part d’une telle saveur. Si, par
exemple, l’on dit de certains lapins qu’il sentaient encore
le chou dont ils furent nourris, il est bien admissible
que le goût des chenilles rappelle la plante qu’elles ont
mangée.
Est-il bien nécessaire de citer ici quelques espèces de
chenilles dont on se montre très friands dans certains
Pays ? Ainsi, à Madagascar les habitants recueillent pré-
_cieusement les chenilles de l'Euphaga florifera, les font
frire à l’huile et s’en régalent. Le cocon de cette sorte
de Limacodes est bien connu sous le nom de noisette de
Madagascar.
J'ai lu quelque part dans un recueil anglais qu’un mis-
Sionnaire, à Natal, élevait avec beaucoup de soin pour
en avoir le papillon de belles chenilles longues de 5 à 6
Pouces qu’il trouvait sur le Mimosa et d’autres plantes
de Cafrerie, mais il n’y parvenait pas et ne pouvait s’ex-
pliquer comment de jour en jour elles diminuaient de
nombre, jusqu'à ce qu’il surprit un beau matin ses do-
mestiques « kafir» en train de les choparder pour les
manger. Il paraît qu’ils s’en pourléchaient les babines,
ces marauds-là !
Donc, c’est entendu, il y a des chenilles comestibles ;
la chenille de l’Acrolepia assectella mange le poireau ;
en cmt
145
nous mangeons aussi le poireau et parfois la chenille. Il
n’y a rien là d'extraordinaire.
Sans doute, avec un peu d’attention, on reconnaît fa-
cilement qu’un poireau est attaqué par cette chenille ;il
y a des indices révélateurs infaillibles : il y a les déchi-
rures des feuilles, les fils de soie qui les relient, les excré-
ments de la bestiole qui s’attachent à ses soies et qui
donnent à la plante un aspect sale — je le crois bien —
mais ceci se passe le plus souvent à l’intérieur du poi-
reau, et plus d’une chenille s’y avance assez loin pour
échapper aux investigations.
Cette chenille, du reste, n’attire pas le regard par une
vestiture voyante ou colorée. Minant les feuilles ou creu-
sant une galerie dans les parties blanches du poireau,
elle se confond avec leur couleur; elle est d’un vert jau-
nâtre, très pâle ; sa tête et les pattes écailles sont plus
colorées, d’un jaune de miel. Les points verruqueux sont
petits et d’un brun pâle ; les plus gros sont ceux qui pré-
cèdent les stigmates, Cette chenille, qui est un peu fusi-
forme, atteint tout au plus 12 à 13 millimètres de lon-
gueur.
Quand elle est à taille, elle quitte généralement le
poireau qui l’a nourrie et vase cacher quelque part, sous
un abri quelconque, par terre, se confectionne un joli
petit cocon jaunâtre, ajouré comme du tulle et de Ia
dentelle, et s'y transforme en un chrysalide d’un brun
jaunâtre dont l'extrémité anale, relativement large, est
garnie de petits crochets recourbés et dont les segments
intermédiaires portent latéralement près des stigmates
une pointe bien saillante mais émoussée. Le papillon
éclôt au bout de 15 à 20 jours, cela dépend de la tempé-
rature.
Aux environs de Paris, cette espèce a au moins deux
générations : la première en juin-juillet; la deuxièmeen
septembre-octobre. Les papillons de cette dernière gé-
nération hivernent engourdis et reparaissent et volent
aux premiers beaux jours ensoleillés de mars et d’avril
suivants.
La chenille de l’Acrolepia assectella vit aux dépens de
toutes les parties de l'Allium porrum : les feuilles, la tige
et même les graines (1).
Certaines années, elle est très pernicieuse et cause de
notables dommages dans les jardins. C’est surtout au
mois de septembre que les dégâts sont le plus impor-
tants. Cependant, ils sont presque toujours localisés.
Au surplus, il n’est pas à craindre que la chenille de
l’Acrolepia assectella menace sérieusement l’existence de
ce précieux légume.
Le poireau sera toujours cultivé en grand, n'y aurait-
il à le planter que ceux qui, le dédaignant naguère, lui
reconnaissent maintenant beaucoup de qualités et esti-
ment à haut prix son mérite. agricole,
P. CHRÉTIEN.
(1) Je ne crois pas utile de parler avec détails de la chenille
de l'Eudemis bicinctana artemisiana, que l’on signale comme
vivant des semences del’AUlium porrum ; car je n’ai jamais trouvé
cette chenille que dans les fées de l’Allium spærocephalum,
dans les endroits secs et arides.
Dans le Midi, l’Hypolia corticalis se trouve aussi sur les
graines d’oignons.
146
LES STACHYS OÙ CROSNES DE CHINE
DE FRANCE ET DAMÉRIQUE
Il y a une dizaine d’années environ, un amateur pas-
sionné de plantes légumières nouvelles, M. Paillieux,
de Crosnes, recevait de Chine, par l'intermédiaire de la
Société d’acclimatation, des rhizomes d'une plante culti-
vée dans certaines parties de ce vaste empire, dans un
but alimentaire. Le Stachys affinis — c'était le nom de la
nouvelle arrivée — se présentait dans d'assez tristes
conditions : quelques-uns des rhizomes seulement avaient
survécu, les autres avaient succombé à la putréfaction.
LE NATURALISTE
a ——_—_— À"
| Qu'est-ce que le Stachys? Un végétal de la famille des”
labiées à tige simple et rameuse, peu élevée, quadran-
gulaire, hispide et rude sur les angles ; les feuilles sont 4
opposées, petites, rugueuses par exagération des ner-
vures, cordées à la base, velues, crénelées, pointues au ;
sommet ; les fleurs, qui sont rares dans les cultures eu-
ropéennes, sont sessiles, disposées en faux verticilles, -
purpurines, longues de 1 à 3 centimètres. Mais ce qui
nous intéresse dans le S/achys ce sont ses organes souter- à
rains, ses rameaux renflés et tubérisés, analogues au
point de vue du développement à ceux de la pomme de
terre: L
Nous pouvons nous demander quelle est la matière
qui donne au Sfachys ses propriétés alimentaires. Les
premières analyses faites ont annoncé
dans ces tubercules la présence d’une as-
sez forte quantité d’amidon (68.96 0/0).
En y regardant de plus près, on trouve que “
des traces d’amidon peuvent en effet s'y
trouver, maisseulement à l’automne.Pen-
3
dant l’hiver, époque à laquelle on consom-
me le Slachys, il est impossible d’en trou-=.
ver la moindre trace; au contraire, le
galactane Y est* contenu en raison de
76.11 0/0de tubercules secs et de 16.57 0/0
de produits frais. Le galactane tient le mi-
lieu entre l’amidon et le sucre ; on le re
trouve dans quelques autres végétaux,
entreautresdansle Lupin. La présence dev
cette matière alimentaire non azotée
présente une véritable importance, aussi
f
a-t-on essayé de l'utiliser dans les affec=
tions de l’estomac, dans le diabète, etc.
Que n’a-t-on pas essayé déjà ? Que n’a-t-
on pas indiqué comme souverain ? Le
Stachys devait y passer à son tour, affaire
de temps et d’engouement.
Quoi qu'il en soit, le Stachys ou Crosne
se cultive avec une très grande facilité;
x
a même une tendance à devenir envahis
seur. On doit le planter en février dans
tous les sols possibles quilui sont égale
ment favorables ; cependant, en raison de
février, on prépare des trous espacés de
25 à 30 centimètres en tous sens et on“
met deux tubercules, Jusqu'au mois d’
tobre on se contente de biner la plantati
par mesure de propreté et, à cette époq
Fig. 1. — Crosne, Stachys aflinis, grandeur naturelle, port,
Malgré tout, Ja multiplication en fut rapide et, peu de
temps après, le légume chinois s'était reproduit avec
une vivacité merveilleuse et menacait de devenir bientôt
un légume français. Le S{achys tenait ce qu'il avait pro-
mis dès les premiers temps de sa culture, et M. Paillieux,
l'heureux introducteur, voulant franciser le nom, le dé-
signait sous la dénomination de Crosnes qui a prévalu
dans le commerce. Il est originaire de la Chine et du
Japon.
seulement, on fera bien d'opérer un
tage qui facilitera le développement
tubercules. C’est seulement à la fin
novembre qu’ilfaut commencer à arrac
les nouveaux rhizomes et on pourra @
tinuer sans interruption jusqu'en mars, suivant le degt
plus ou moins avancé de végétation. |
Un point important est le suivant : il est bon den
racher qu'à mesure du besoin, sans quoi on ne trou
au bout d’un temps assez court que des tubercules
tatinés et flétris qui ne disent rien à l'œil. MM. Pailli
et Bois nous apprennent qu’il faut environ 600 tube
cules pour faire un kilogramme, f
Le Stachys est-il un bon légume ? Il est bien difficil
LE NATURALISTE
447
NU 0 US 2 MO NO €
répondre à cette question. Ily atant de goûts dans la
nature ! Nous avouerons franchement que, partisan des
légumes à saveur relevée, nous goûtons peu le Séachys,
dont la fadeur nous semble par trop caractérisée, Quant
à dire que le Crosne constitue un beau légume, nous
sommes pleinement de cet avis. Son apparition sur les
tables est toujours accueillie avec faveur ; c’est un co-
quet et un élégant dans le monde des légumes.
La salade japonaise dont la recette a été donnée dans
Francillon, renferme des Stachys. Où nous préférons le
Crosne, c’est dans le vinaigre : il s’y maintient ferme et
croquant et remplace avec avantage l’ignoble cornichon,
véritable éponge inventée pour donner des aigreurs aux
—estomacs les plus rebelles, 6
Le Stachys japonais serait-il menacé et son existence
dans notre pays compromise ? Écoutez plutôt. Dès le
commencement du siècle on a recommandé les dra-
‘Seons souterrains d’une plante qui pousse abondam-
| ment dans tous les lieux humides, le Stachys palustris.
Min'y a pas longtemps, on l’a de nouveau remise en lu-
1“mière et signalé les longs rhizomes tuberculeux qu’elle
“produit, rhizomes qu'il ne faudrait pas chercher en été
— car la plante en est totalement dépourvue — mais
seulement en hiver. Ces rejetons atteignent jusqu’à 20
centimètres de longueur et sont minces. Goûtés crus, ils
présentent une saveur nauséeuse qui est bien loin d’être
agréable : il paraît que la cuisson ne les avantage pas,
Car tous ceux qui ont eu le courage d’en manger, ont
été écœurés et ont juré leurs grands dieux, qu'ils ne
recommenceraient pas de sitôt.
Tout semble dit, pourrait-on croire, sur les Épiaires
— c'est ainsi que ceux qui aiment donner aux plantes des
noms plus ou moins vulgaires, appellent les Stachys —
mais, au dernier moment, le Nouveau Monde cherche
aussi à entrer dans la mélée! Les floristes signalaient
bien, au voisinage du Sfachys palustris, une espèce parti-
-| culière à la Floride, le Stachys floridana Suthl., dont le sys-
L
| 4 Fig. 2. — Crosnes, Stachys affinis, racines et tubercules.
|
(l
1
tème souterrain était développé en rhizomes charnus plus
ou moins épais, mais on ne songeait guère à les utili-
ser. Un amateur français, qui en avait entendu parler, en
a fait revenir et va en tenter la culture. Les spécimens
que nous en avons vus rappellent à s’y méprendre le
Stachys asiatique : forme, couleur, volume sont de tous
_ points identiques. Il entrerait en végétation, dit-on,
plus tard que le Stachys affinis; mais s’est-on demandé
— Stachys floridana.
Fig 3.— Stachys palustris.
Fig. 4.
si un végétal d'une région aussi chaude que la Floride
(même dans sa partie septentrionale) conviendra à
notre climat ? D'ailleurs, aux États-Unis eux-mêmes, la
plante paraît peu connue, du moins au point de vue éco-
nomique. Un botaniste américain des plus distingués,
M. le professeur Farlow, d'Harward University, m'affir-
mait, il y a quelques jours encore, n’en avoir jamais en-
tendu parler, ce qui n'empêche pas un publiciste
français de dire qu'aux États-Unis, cette plante est cul-
tivée et « qu’elle y recoit le nom vulgaire d’Artichaut de
la Floride qui probablement rappelle le saveur de l’a-
liment qu’elle fournit », Où diable M. X... a-t-il puisé
ses renseignements ?
P. Harior.
LIVRES NOUVEAUX
Au-dessous des sociétés civilisées se place un nombre con-
sidérable de représentants de notre espèce. En Afrique et en
Australie, il existe des peuples où la vie est pour ainsi dire
individuelle et l'on n’y voit pas qu'un individu y ajoute quelque
chose à l'héritage transmis; des causes encore ignorées pour la
plupart, y ont condamné l'homme à ne pas sortir de l’état de
barbarie ou même de sauvagerie.
M. Souffret, professeur à l'Athénée de Namur, dans un livre
intitulé : De la disparilé physique et mentale des races hu-
maines el de ses principes (1), démontre qu'il existe entre les
représentants des races humaines : Européenne, Africaine et
Australienne, un abime qu’aucune influence physique ni mo-
rale ne saurait combler. Il étudie les causes de l'inégalité du
(4) 4 vol. in-80, 5 fr. Chez Félix Alcan, éditeur, et aux bu-
reaux du journal. £
148
développement des facultés, et montre comment l'action com-
binée de ces causes, en multipliant ou en accentuant les varia-
tions, creuse cet abîme qui sépare les différentes races.
— Darwin el ses précurseurs français (1), par À. DE QUATRE-
FAGES, de l'Institut, professeur au Muséum d'histoire naturelle
de Paris.
Les idées évolutionnistes qui, depuis un tiers de siècle, ont
renouvelé toutes les sciences et même la philosoghie, ont recu
évidemment de Darwin leur impulsion décisive. Mais ce n’est
pas à dire que le grand naturaliste anglais ait tout inventé
d'emblée. M de Quatrefages, l’auteur de l’ouvrage si popu-
laire sur l’Espèce humaine, montre dans ce livre, spécialement
consacré à Darwin, que ce dernier a eu des précurseurs de pre-
mier rang, en France même. Il analyse ct critique les théories
de Darwin à côté de celles de ses précurseurs, Lamarck, Et.
Geoffroy Saint-Hilaire, Buffon et quelques autres comme Tel-
liamed, Robinet, Bory de Saint-Vincent, et un de nos contem-
porains M. Naudin, qui a joué un grand rôle dans le dévelop-
pement des idées darwiniennes.
— Manipulations de zoologie (2), guide pour les travaux de dis-
section, par le docteur P. Giro», professeur à la Faculté des
sciences de Clermont-Ferrand, lauréat de l’Institut. — Ani-
maux verlébrés (2).
La tendance actuelle porte de plus en plus l’enseignement
des sciences naturelles vers l’étude des faits sanctionnés par
les observations de l’anatomie et de la physiologie. Il faut
donner aux travaux pratiques dans les laboratoires la large
place qu’ils méritent. Les Manipulations peuvent seules fixer
dans l'esprit la forme, les rapports et les connexions des or-
ganes qui donnent, aux types étudiés, leurs caractères distinctifs.
M. le professeur Girod a rendu un service signalé aux
sciences naturelles en publiant ces deux volumes de Manipu-
lations de zoologie, l’un pour les Vertébrés, l'autre pour les In-
vertébrés, ce dernier paru antérieurement. Le plan de chaque
volume est le même.
Une première partie est consacrée à l’ensemble des connais-
sances générales communes à toutes les manipulations du labo-
ratoire : installation dela table de travail, choix et entretien des
instruments, préparations des réactifs et des masses à injec-
tion.
La deuxième partie est réservée aux conseils pratiques géné-
raux se rapportant à la facon de conduire une dissection, de
pratiquer une injection, enfin de représenter par le dessin les
objets obervés. S c
La troisième partie comprend les manipulations des diffé-
rents types choisis par l’auteur, et cela parmi les animaux fa-
ciles àse procurer, soit sur les marchés, soit par l’intermé-
diaire de nos différentes stations zoologiques.
Les types décrits pour les Invertébrés, sont : Escargot. —
Poulpe. — Anodonte. — Écrevisse. — Holothurie. — Sangsue.
— Vérétille. — Pour les Vertébrés : Grenouille. — Perche. —
Poule. — Lapin. — Chaque type fait l’objet d’un chapitre spé-
cial accompagné d'un grand nombre de planches.
— Les Fleurs à Paris (3), culture ct commerce, par Ph.-L.
DE VILMORIN.
Le développement prodigieux pris, depuis quelques années,
par le goût et l’emploi des fleurs a amené une véritable révo-
lution dans leur culture et leur commerce. D’où viennent toutes
ces fleurs? qui les cultive, les expédie, les recoit, les distribue?
quelle est la meilleure maniére de les utiliser? Et parmi ces
mille variétés de fleurs diverses quelles sont celles qui se
prétent le mieux à tel ou tel usage? Ce sont toutes ces ques-
tions d’actualité et d'utilité pratique que M. de Vilmorin étudie
dans un des plus charmants volumes de la Bibliothèque scien-
Lifique contemporaine, Les Fleurs à Paris.
L'auteur conduit d’abord le lecteur à travers les divers
pays pour les comparer entre eux au point de vue de l’impor-
tance et de l'installation du commerce des fleurs.
S’attachant ensuite particulièrement à la Ville de Paris, il
décrit successivement les procédés et l’organisation de la vente
aux Halles, dans les marchés aux fleurs, chez les revendeurs
et dans les boutiques de fleuristes. Puis il indique la prove-
nance des principales fleurs vendues à Paris et passe en revue
à cette occasion les cultures sous verres-et celles du Midi.
(1) 1 val. in-89, cartonné à l’anglaise, 6 fr. Chez Félix Alcan,
éditeur, et aux bureaux du ul,
(2) 1 vol. in-80, avec 32 pl. noires et color., cart., 40 fr.
Chez J.-B. Baillière, éditeur, et aux bureaux du journal.
(3)1 volume in-16 de 32% pages, avec 203 figures. Prix : 3 fr. 50.
Chez J.-B. Baillière, éditeur, et aux bureaux du journal.
LE NATURALISTE
"2 TT re. COTE
‘taille.
Quittant alors la description du commerce des fleurs, l’auteur 1
énumère les principales plantes qui font l’objet des soins du,
producteur et, signalant les mérites des diverses espèces en
même temps que leur culture, il traite successivement des
plantes annuelles, bisannuelles, vivaces, bulbeuses de pleine …
terre. Puis il parle des orchidés et dés plantes de serre, des M
arbres et arbustes fleurissant, des rosiers en particulier, enfin
des plantes spéciales aux cultures du Midi et des accessoires
des bouquets, verdures diverses, mousses et fougères,
L'ouvrage est illustré de plus de 200 figures.
ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance do 46 mai. — M. Moissan présente une note de
M. A. Elard sur une méthode d’analyse immédiate des extraits
chlorophylliens, ctsur lanature de la chlorophyllane. Ces extraits
sont sulfocarboniques et alcooliques ; quant à la chlorophyllane,
elle est identique à l'hypochlorine, et ne peut être reconnue
que par son spectre. — M. Duclaux présente une note de
M. J. Raulin sur l'influence de la nature du terrain sur la vé-
gétation. La question peut se résumer dans le problème sui-"
vant : trouver la composition physique que doit réaliser un
terrain stérile pour donner, avec une quantité donnée d’engrais
chimique, le maximum de récolte d’une espèce déterminée. —«
M. Chatin présente une note de M. J.-A. Battandier sur la pré-
sence de la fumarine dans une Papavéracée, le Glaucium cor-
niculatum. Cette découverte est un argument de plus pour la
réunion des Papayeracées et des Fumariacées. — M. Milne«
Edwards présente une note de M. F. Delisle sur quelques ano
malies musculaires chez l’homme. Ces anomalies ont été obser-
vées sur un des Caraïbes du Jardin d'acclimatation mort à
l’hopital Beaujon à l’âge de 25 ans. — M. de Lacaze-Dulthiers
présente une note de M. P. Hallez sur l’origine vraisemblable-
ment tératologique de deux espèces de Triclades. L’une, Den-
drocælum Naucicæ, dériverait ainsi du D. lacteum; l’autre;
Phagacata gracilis, ne serait qu’une Planaria monstrueuse. =
M. de Lacaze-Duthiers présente une note de M. F. Houssay,«
sur la théorie des feuillets et le parablaste. Cette théorie n’ad-
met que deux feuillets, l’ectoderme et l’endoderme, et rejette
le mésoderme. — Note de M. À. Pinet sur les racines du nerf
alaire chez les Coléoptères. Chez ceux qui volent bien il ya
deux racines pour ce nerf Chez les coléoptères incapables dé
voler, mais possédant néanmoins des élytres (Carabus, Blaps:),
la racine dorsale du nerf alaire disparait, il en résulterait done
que la racine ventrale serait essentiellement sensitive. -
M. de Lacaze-Duthiers présente une note de M. L. Boutan Sur
le système nerveux de la Nerita polita, note qui a pour but dé
démontrer que les Nérites sont bien des Prosobranches Chias-
toneures. — M. Milne-Edwards présente une note de M. J. Ch@
tin sur l’origine etla formation du revêtement chitineux chez
les larves de Libellules. Ce revètement chitineux n'est pas un
produit de sécrétion des cellules épidermiques, mais “une
transformation de leur protoplasma en strates chitinifiées.
M. Daubrée présente une note de M. Bleicher sur la structure
miscroscopique des oolithes du bathonien et du bajocien de
Lorraine, où l’auteur démontre que des organismes, encore in
déterminés, ont concouru à la formation des oolithes de grande
Séan-e du 23 mai — Note de M. À. Pomel sur un nouveätt
type de Rongeur fossile des phosphorites quaternaires del
Berbérie, le Bramas barbarus présentant des affinités ass®
faibles avec les campagnols. — M. de Lacaze-Duthiers présent
une note de M. G. Pruvot sur l'embryogénie d'une Proneomt
nia dont le développement s’éloigne de’ celui des Mollusqu
et montre d'étroites ressemblances avec celui des Annélides
féricurs. —M. Milne-Edwards présente une note de M. Kæh
sur la cavité générale et l'appareil excréteur des Cirrhipèd
note qui est comme une introduction au mémoire que l’aut
doit faire paraître prochainement sur ce sujet. — M. Duchart
présente une note de M. C. Houlbert sur l’anatomie du bois“
condaire des apétales à ovaire infère, et particulièrement
Santalacées, les Juglandées, et les Cupulifères. — Note
A. de Grossouvre sur les relations du Trias du sud-est
bassin de Paris. Ces dépôts triasiques n’appartiennent pa
ces bassins, mais se relient aux dépôts triasiques d'Autun etde
Lyon. A. Eug. MALARD.
Le Gérant: Éize DEYROLLE. M
PARIS, — IMPR. F. LEVÉ, RUE CASSETTE. 17.
14° ANNÉE 2e SÉRIE
N°1?2sS 1er JUILLET 1892
LES COULEURS DES POISSONS
Parmi les voies nouvelles ouvertes par le génie de
Darwin et de Wallace, ce sont certainement les recherches
relatives à la couleur des animaux qui ont donné les résul-
tats les plus féconds. Autrefois, lorsque régnait officiel-
lement la théorie stérile des causes finales, on considé-
rait la couleur, lorsqu'elle était brillante, comme ayant
été créée pour réjouir les yeux de l’homme, ou dans le
cas contraire, comme obéissant à des lois inconnues,
peut-être inconnaissables. On sait aujourd’hui que les
teintes si singulièrement variées du monde animal ont
une significalion. biologique ou physiologique précise,
que l’on a pu découvrir dans un grand nombre de cas;
et si quelquefois on ne sait pourquoi tel animal est
coloré de telle facon, il ne faut pas crier au caprice, mais
“penser que sans doute il reste encore beaucoup à
découvrir. |
On à remarqué depuis longtemps que la couleur des
—… animaux était fréquemment identique à celle de l’entou-
rage habituel ; les exemples en sont nombreux et clas-
siques : la fourrure blanche des animaux arctiques, la
teinte fauve des habitants du désert, verte des Insectes,
Oiseaux et Reptiles arboricoles, etc : on a désigné ce
phénomène général sous le nom d’homochlromie.
; Nous pouvons tout d’abord établir deux catégories dif-
—… férentes d'homochromie : il est évident que si la grande
Sauterelle (Locusta viridissima) est verte comme les prés
ou le feuillage qu'elle habite exclusivement, c’est pour
ne pas être apercue par les nombreux animaux qui la
pourchassent pour s’en nourrir; c’est un pur moyen de
défense, de l’homochromie défensive. I1 est non mois
évident que l’Ours polaire, blanc comme la neige, et le
Lion, fauve comme le sable du désert, n’ont pas à re-
douter le moindre ennemi dans leurs solitudes; leur
mliomochromie a donc une signification toute différente ;
elle leur permettra de s'approcher de leurs proies sans
être apercus et de s’en emparer presque à coup sûr :
t'est de l’Aomochromie offensive.
, Les Poissons, dont je m’occuperai spécialement dans
cet article, présentent de très remarquables exemples
Md'homochromie défensive; celle-ci présente même un
singulier perfectionnement : comme les Poissons sont
“des animaux essentiellement mobiles, changeant cons-
—amment d’entourage par suite de leurs déplacements,
ils ont acquis la propriété de pouvoir modifier d’eux-
[Mmèmes leurs couleurs, de facon à ce qu’elles puissent
[Mioujours se confondre avec celles des différents milieux
qu'ils traversent; suivant les espèces et les habitudes, la
—samme des teintes possibles est plus ou moins étendue,
“de mème que la rapidité du changement est plus ou
“moins grande, depuis quelques minutes jusqu’à plusieurs
É
DER
Fig. 1. — Tanche (Tinca vulgaris).
LE NATURALISTE, rue du Bac, 46, Paris.
jours. On peut désigner ce phénomène sous le nom
.d’homochromie mobile, par opposition à l’'homochromie
fixe, présentée par exemple par la Sauterelle verte, dont
la teinte homochromique est incapable de changer.
Tous les pêcheurs ont remarqué que les Tanches qui
habitent des rivières très herbeuses sont noirâtres ou
d’un vert bronzé, ce qui leur permet de se dissimuler
aisément au milieu des plantes ; au contraire, celles des
rivières sableuses, à fond très éclairé, ont une teinte
beaucoup plus claire et deviennent presque blanchâtres;
on peut réaliser en quelques heures ce changement de
Fi. 2, — Labre ou vieille de mer (Labrus mixtus).
Le]
teinte sur une même Tanche, et la faire passer du vert
bronzé au rose clair, en la transportant d’un aquarium
sombre, rempli d'herbes, dans un autre aquarium bien
éclairé, renfermant de la craie en suspension (Regnard).
Le phénomène est aussi net chez les Poissons de mer;
on sait depuis longtemps, pour les espèces qui vivent à
la fois près du rivage et dans les fonds, que les individus
sont plus clairs dans le premier milieu que dans le
second, ce qui tient, comme dans le cas de la Tanche. à
Fig. 3. — Gobie (Gobius lota).
la différence de lumière qu’ils recoivent, Les Labres, qui
habitent en grand nombre sur nos côtes, sont d’un vert
magnifique, défiant toute palette, lorsqu'ils se trouvent
dans les prairies sous-marines de Zostères, d’un beau
vert clair; les pêche-t-on dans les fucus bruns, on ne
trouvera plus que des individus noirâtres. On peut citer
4.
Fig.
— Blennie (Blennius palmicornis).
encore, comme présentant des changements de teinte
très nets suivant le milieu, les Gobius, Blennius, Tra-
chinus, Liparis vulgaris, Lepadogaster, ete. Le Callionymus
lyra peut mème changer de livrée; certaines parties de
son!corps devenant plus foncées et d’autres plus claires,
icon à simuler exactement le gravier sur lequel on le
Ê
Fig. 5. — Lepadogastre (Lepadogaster Candolii).
trouve le plus souvent. Mais ce sont les Poissons plats ou
Pleuronectes (Turbots, Soles, Plies, etc.) qui présentent
ces phénomènes au plus haut degré : on sait que chez
ces animaux, par suite d'un déplacement des yeux qui
s'opère dans le jeune âge, les côtés droit et gauche du
corps deviennent très différents : l’un d’eux, qui devient
la face inférieure, est tout à fait blanc; l’autre, face supé-
Fig. 6. — Callyonyme (Callionymus lyra).
rieure portant les deux yeux, est plus ou moins grisâtre
et peut changer très rapidement de teinte, pour ainsi
dire, à vue d'œil; lorsqu'un Pleuronecte se pose sur un
fond quelconque, il s’harmonise immédiatement avec ce
dernier, la face supérieure devenant noirâtre sur un fond
sombre, presque blanche sur un fond de sable clair, etc.
Fig. 7. — Carrelet (Platessa vulgaris).
Les jeunes Plies sont tout d’abord transparentes comme
du cristal; plus tard elles changent de couleur avec une
merveilleuse rapidité.
Ce qui est très curieux, c’est que cette faculté de
changer de couleur est grandement influencée par l’ha-
bitude ; ainsi, lorsqu'on change souvent la couleur du
fond d’un Poisson déterminé, il arrive à changer lui-
Fig, 8. — Sole (Solea variegata).
LE NATURALISTE
même de couleur plus rapidement, si bien qu’au bout -
de quelques expériences, l’homochromie avec le fond
pourra se faire en quelques minutes, alors qu’au début
elle exigeait plusieurs heures: on constate le même
effet de l'habitude (Pouchet) chez des Truites habitant »
des rivières dont le fond est par places clair (sable) et
foncé (argile, herbes); la fonction homochromique
s'exerce alors bien plus rapidement que chez les indi-
vidus de même espèce habitant des fonds unicolores.
La luminosité du ciel a aussi une grande influence ; les
jours où il pleut, où le ciel est sombre, les Poissons
prennent une teinte neutre, qui ne change pas par le
séjour sur des fonds clairs ou sombres.
L'action de la lumière, indiscutable même chez les!
espèces qui ne présentent pas habituellement de chan-
gements de coloration, nous permet de comprendre
pourquoi les Poissons marins aux brillantes couleurs,
une fois mis en aquarium, deviennent plus ou moins
ternes ; ils s’homochromisent partiellement à leur nouvel .
habitat, toujours bien plus éclairé que leur milieu ori-
ginal, Il est donc tout indiqué pour les marchands de "
Poissons rouges, de les tenir à l’obscurité pour qu’ils
conservent leur vivacité de coloris; il est très facile de
constater que ceux qui sont exposés au grand jour
depuis longtemps sont beaucoup plus pàles que ceux
qui vivent dans une demi-obscurité.
Fig. 9. — Turbot (Rhombus maximus),
D’autres excitants que la lumière peuvent aussi agin
sur les couleurs : un Turbot ou un Gobius que l’on os
mente présente des changements rapides de coloration;
l'électricité, comme l’a montré Pouchet, fait manifeste=
ment pälir les Poissons ; Papproche de la mort a presque.
toujours le même effet : tout le monde a pu remarquer
que les Poissons apportés sur les marchés, quelque frais
qu'ils soient, sont incomparablement plus ternes que les,
animaux vivants.
Les Poissons, comme on vient de le voir, nous fournis=
sent de bons exemples d’homochromie mobile; on ren=
contre quelques cas typiques d’homochromie fixe, surs
tout chez les jeunes, qui ne quittent pas la haute mer,
en y menant la vie dite pélagique; souvent, ils sont trans-
parents comme du cristal, de façon à être invisibles au e
milieu de l’eau, aussi bien pour les Oiseaux qui volent”
au-dessus d’eux que pour les Poissons carnassiers ; Chez
les jeunes Congres (Leptocéphales), qui présentent unes
transparence extraordinaire, les globules rouges du sa
eux-mêmes ne sont plus rouges; ils sont devenus incos
lores pour obéir à la loi impérieuse de l’'homochromies
LE NATURALISTE
Il est évident que tous les cas d’homochromie mobile
ou fixe que je viens de mentionner ont un but défensif :
le Poisson échappe plus facilement à ses nombreux
ennemis en se dissimulant dans son entourage habituel,
151
leur forme même les objets
qui les entourent : lAnten-
narius marmoratus, Poisson
de la mer des Sargasses,
non satisfait d’être brun com-
me les algues et même ta-
cheté de blanc pour rappe-
ler les colonies de Bryo-
zoaires qui se fixent sur
celles-ci, porte en plus une
quantité d’appendices char-
nus et ramifiés qui lui don-
nent une apparence fort
singulière, en rappelant tout
à fait les frondes de Sar-
gasses; il a pour ainsi dire
conscience que son unique
moyen de salut est son invi-
sibilité au milieu des algues ;
en effet, lorsqu'on l'en é-
carte, il manifeste une in-
=JHIEBAULE
Fig. 12, — Phyllopteryx, Hippocampe d'Australie.
ou au sein même des flots, en se rapprochant de leur | quiétude extrème et nage rapidement vers la tquffe
couleur autant que possible. Quelques espèces poussent | la plus voisine; le cas spécial et complexe d’homochro-
J'homochromie encore plus loin, jusqu'à rappeler par . mie présenté par l'Antennarius sera de lhomochro-
152
CE
mie mimétique (1). La famille des Lophobranches pres-
que tout entière présente un phénomène analogue :
les Hippocampes ou Chevaux marins, les Syngnathes,
Nerophis, etc., mal armés et peu mobiles, séjournent
constamment dans les prairies d'algues, et s'y dissimu-
lent parfaitement, d’abord par leur teinte d’un gris
verdâtre ou brunâtre, et surtout par la raideur de leur
corps, qui les fait prendre à un examen superficiel pour
des fucus flottant au courant de l’eau; lorsqu'on les
examine dans un aquarium, il peut sembler exagéré
d’en faire un cas d’homochromie mimétique; mais lors-
qu'on les a vus au bord de la mer, dans leur vrai milieu,
on est forcé d'avouer qu'ils sont admirablement
déguisés par leur forme. C’est encore un Hippocampe
d'Australie, le Phyllopteryx, qui présente un exemple
classique d'homochromie mimétique ; le corps porte de
longues lanières sans cesse agitées par les mouvements
de l'animal, de sorte qu'il s'identifie aussi parfaitement
que possible par sa forme et aussi sa couleur avec les
algues déchiquetées qui l'entourent.
Pour compléter, s'il en était besoin, la démonstration
du rôle défensif de ces phénomènes d’homochromie, on
peut remarquer que les Poissons munis de longs
piquants qui se redressent à la moindre attaque et ren-
Fig. 13. — Cotte où Chabot (Cottus scorpius).
dent leur capture fort difficile, comme les Epinoches et
les Perches de nos rivières, les Cottus, les Scor-
pènes, etc., ou ceux qui sont entièrement cuirassés,
comme les Trigles, les Plectognathes, sont presque tou-
jours revêtus de couleurs vives et présentent peu ou
point de phénomènes d’homochromie; si l’on trouve en
Fig. 44.
— Scorpène (Scorpæna scrofa),
mer un Poisson bien visible, tranchant vivement par sa
teinte sur le milieu environnant, il y a mille contre un à
parier qu'il présente un moyen de défense particulier,
glandes venimeuses, épines, organes électriques, ou une
(1) Le mot mimélisme, dont on use souvent d'une manière un
peu abusive, doit s’appliquer exclusivement aux cas d'imita-
tion d’animaux par d’autres, moins bien armés dans la lutte
pour l’existence. L’imitation d’objets inanimés, végétaux ou
autres, phénomène d’essence toute différente, n’est en somme
qu’un cas particulier de l'homochromie.
LE NATURALISTE
vigueur de natation exceptionnelle, qui le protège suf-.
fisamment pour qu'il puisse dédaigner le déguisement
auquel ont recours ses frères moins fortunés.
L. Cuénor.
OUVRAGES À CONSULTER
Poucner. Des changements de coloration sous l'influence
des nerfs, Journ, Anat. et Phys., 1876.
Note sur le changement unilatéral de couleur, etc., Société.
de Biologie, 2 déc. 1876, 23 nov. 1878.
ReGnarp. Recherches expérimentales sw les conditions
physiques de la vie dans les eaux, Paris, Masson, 1891.
Russez Wazcace. Le Darwinisme, trad. H. DE VARIGNY,
Paris, Lecrosnier et Babé, 1894.
G. CARLET
Une courte maladie vient d’acracher (1) à la science et à
sa famille un des plus distingués collaborateurs du journal,
le Dr J. Carlet, membre correspondant de l’Académie de
médecine, lauréat de l’Institut, professeur à la Faculté des
Sciences et à l'Ecole de médecine de Grenoble. Les lecteurs du
Naturaliste nous sauront gré de leur retracer la carrière, faite
de travail et de devoir, qui fut celle du savant que pleure en ce
moment l’Université dauphinoise.
Né en 1845 à Dijon, Gaston Carlet se tourna de bonne heure
vers les études médicales ; il remplit successivement les fonc-
tions de préparateur et de prosecteur à l'Ecole de médecine de
Besancon et devint interne des hôpitaux de cette ville. Après
avoir rempli son devoir pendant la guerre de 1870 (comme aide-
major de l’armée), il vint à Paris où il ne tarda pas à se sentir
attiré par les recherches de science pure. Durant un séjour de
neuf années dans la capitale, il lui fut donné de suivre les le-
cons de maîtres illustres tels que Marey, Milne-Edwards, de
Lacaze-Duthiers, Paul Bert: il rédigea et soutint ses thèses
pour le doctorat és sciences et pour le doctorat en médecine.
Depuis 1873, époque où il fut appelé à professer à Grenoble, il
se consacra entièrement à son enseignement ct à des travaux
personnels.
A la fois physiologiste ct zoologiste, Carlet contribua à ré=
pandre dans notre pays, par son enseignement et par ses tra=
vaux, le goût de la Physiologie comparée. On peut dire que la
pensée directrice de toute son œuvre a été d'introduire dans les
recherches de zoologie pure si fort à la mode depuis quelques
années, la préoccupation du rôle physiologique des organes;
sans laquelle toute description anatomique lui semblait con-
damnée à la stérilité. Dans l’ordre des recherches personnelles;
il se fit connaitre par une remarquable thèse sur la locomotion
humaine, travail dans lequel il appliqua avec succès à l'étude
de la marche de l’homme la méthode graphique alors toute
nouvelle de Marey. ;
Ce magistral mémoire fut bientôt suivi d’autres écrits sur le
fonctionnement de divers appareils tels que ceux de la respi=M
ration chez les Mammifères, les Batraciens et les Poissons, de
la déglutition, de la marche des insectes, le mode de fixation et
le procédé opératoire de la Sangsue, etc.
Consacrant son attention au groupe des Insectes, Carlet en
avait fait, dans les dernières années de sa vie, le sujet favori de
recherches fort délicates au cours desquelles il déploya un re=
marquable talent d’anatomiste et d’observateur. « Un mémoire
« classique sur l’appareil musical de la Cigale fut le fruit de.
« ses premières études. IL aborda ensuite l’anatomie spéciales
« de l’Abeille au point de vue à la fois morphologique et
« physiologique, examinant un à un chacun des zoonites ou
« anneaux chitineux qui composent ces animaux et étudiant les
« modifications qu’ils ont subies en se spécialisant pour des
« fonctions différentes (sécrétion de la cire, appareil venimeux#
« respiration, etc.). Un certain nombre de notes (dont la der
« nière remonte à quelques semaines seulement 20 mars 1892).
« insérées dans les Comptes rendus des séances de l’Académie
« des sciences, ont fait connaître déjà les principaux résultats
« de ce travail qu’il rêvait complet et qui était devenu son 00®
« cupation préférée. » 3
Son activité s'était étendue en outre à des sujets variés;i
(1) Le 18 mai 1892.
a
À
LE NATURALISTE
s’était occupé de la tonicité musculaire, des écailles des pois-
sons, d’un cas de tératologie de la Truite, de la faune des en-
virons d’Uriage et du mouvement dans la fleur. Un mémoire
sur l’Inflorescence lui a servi de deuxième thèse pour le doc-
torat ès sciences et représente un essai de morphologie botanique
traitée au point de vue physiologique.
Malgré la diversité de ces recherches, Carlet n'oublia jamais
ses premières études; jusqu'à la fin, nous le voyons s'intéresser
aux questions médicales, se complaire à compter parmi ses
titres celui de Professeur à l’École de médecine de Grenoble,
et certainement aucune distinction ne pouvait lui être plus pré-
cieuse que celle que lui conféra l'Académie de médecine en
Padmettant parmi ses membres correspondants. Collaborateur
assidu du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales
de Dechambre, il y publia une série d'articles de physiologie
et d'anatomie comparée dont on connaît tout le mérite.
La préoccupation de donner à la physiologie l'importance
qu’elle lui semblait mériter dans les études de zoologie et d’a-
natomie comparée, se fait remarquer également dans les tra-
vaux didactiques de l’éminent professeur. Son Précis de :00-
logie médicale, si répandu et si estimé, qui venait, lorsque la
mort l’a frappé, d’atteindre sa troisième édition, est concu
dans ce même esprit. Ainsi que l’a fait remarquer déjà un de
ses collèoues, la pensée de l’auteur est clairement exprimée
dans la préface de la deuxième édition, dédiée à un maître vé-
néré, M. Marey :
«Je me suis toujours efforcé de ne pas oublier que l’animal
« a vécu avant de devenir un objet de collection ou de dissec-
« tion, En cherchant ainsi à ne pas séparer la physiologie de
« l'anatomie, je me suis essayé à une sorte de zoologie en ac-
« tion. » Les recherches spéciales n’absorbaient pas entière-
ment Carlet. Doué d’un remarquable talent d’exposition et sa-
chant intéresser ses auditeurs aux choses qu’il professait,
excellant à graver dans leur esprit, par un mot spirituel ou un
détail pittoresque, les faits qu’il jugeait les pius importants,
il. se plaisait à enseigner, à illustrer de figures ct d’ingénieux
schémas projetés sur la toile blanche de son amphithéâtre, des
lecons que suivait un public fidèle et nombreux.
Enfin il trouva le temps de créer à la Faculté des sciences
de précieuses collections zoologiques dont ses successeurs ap-
précieront toute la valeur.
S'il s'entendait à instruire, Carlet avait aussi le secret de
charmer et tous ceux qui ont eu l’occasion de lire ses discours
à l'Académie delphinate ont pu apprécier la finesse avec laquelle
il savait faire l’éloge de ses confrères et la poignante émotion
avec laquelle il savait, dans un style imagé ct précis où l’on
mdevinait le naturaliste, mais le naturaliste doublé d’un homme
à
‘de cœur, évoquer l’image de ceux qui m’étaient plus.
Artiste par le tempérament et sentant très vivement les choses,
Carlet avait su échapper à cette indifférence du cœur et de
& Pimagination qui est un des traits caractéristiques de notre fin
—desiècle. Comme savant, il était de ceux qui mettent un peu
LA
d’eug-mêmes dans leurs travaux, et c’était une véritable joie
pouf lui que de dessiner lui-même les figures destinées à ses
mémoires ou à son enseignement. Comme homme, il était un
époux et un père incomparable; ne songeant à dissimuler
ni ses sympathies, ni ses antipathies, il était aussi un ami sin-
cère et fidéle.
Ainsi que tant d’autres, Carlet a disparu en pleine maturité,
alors que l’on pouvait attendre encore beaucoup de lui. La
Science francaise a perdu en lui un travailleur infatigable et
un esprit distingué, l'Université un de ses meilleurs profes-
seurs, sa famille et ses amis un grand et noble cœur.
H. Kicran.
À PROPOS DU MYOPOTAME
Mon cher Directeur,
Dans son très intéressant article sur le Coypou, M. De
Schaeck dit que l’on n’a pas encore rencontré le Myopolamus
coypus dans le tertiaire supérieur de la République Argentine,
et il ajoute : « Il est probable qu’on l’y découvrira un jour ou
l'autre, » Cette découverte est faite depuis plusieurs années.
Dans son grand ouvrage sur les Mammifères fossiles de la
République Argentine, publié en 1889, M. Florentino Ame-
ghino indique Myopolamus coypus fossilis dans les couches
quaternaires de ce pays. Il décrit en outre quatre autres espèces
fossiles du même genre : Myopotamus priscus, M. paranensis,
153
M. diligens, M. obesus, du tertiaire supérieur ou du quater-
naire. Quant au M. antiquus de Lund, il ne diffère pas spéci-
fiquement du Coypou.
L'ouvrage de M. Ameghino étant peu répandu en Europe,
il est facile de s’expliquer que M. De Schaeck n’en ait pas con-
naissance.
Agréez, etc. Dr TRoUESsSART
SUR LA GRAINE DE L'OVALA
(Pentaclethra macrophyla Benth.)
(Suite et fin)
Par contre, lesindigènes de cette portion de la côte occidentale
d'Afrique connue sous le nom de Rivières du Sud, n’en font
aucun emploi (1). L’usage qu’en font les noirs du Gabon con-
siste surtout à mélanger cette graine à celle de l’Oa (Jrvingia
Gabonensis Baïll.) pour la fabrication du fameux pain de dika
qui est une des matières alimentaires les plus chères aux indi-
gènes du Gabon.
J’ai dit que ce bel arbre existe très probablement dans toutes
les rivières du Sud : les renseignements précis qui m’arrivent
de Sierra Leone à la date du 5 mai et que je tiens de M. Mail-
lat, directeur de la Compagnie française du Sénégal et de la
côte occidentale d’Afrique, établissent qu’on l’y trouve certai-
nement : 10 dans toutle pays Sousou sous le nom de Fritambo :
2° dans le Kowia (pays d’origine de Samory) sous le nom de
Babiley ; 3° chez les Timénés qui le nomment Mafall ; enfin chez
les Foulahs qui l'appellent Bobo. Dans ces régions, il atteint
10 à 15 mètres de haut et se trouve assez discrètement répandu
dans les terrains humides qui avoisinent les cours d’eau. Ils n’y
sont pas en quantité suflisante pour une fructueuse exploita-
tion. Les noirs n’utilisent de cet arbre que le bois, dur et de
couleur rougeâtre, dont ils font des pirogues (2). Ils ne man-
gent pas la graine.
En ce qui touche le Gabon, voici quelques renseignements
complémentaires ou rectificatifs de ceux que nous avons em-
pruntés, touchant l’attitude et lamanière d’être du feuillage de
cet arbre, à M. Baillon (Adansonia, août 1865). Ces renseigne-
ments me sont transmis par M. Pierre, directeur du jardin
d’essai de Libreville (Gabon-Congo à qui je les avais demandés.
« L'Owala de M'Pougnés est ici un arbre de moyenne dimen-
« sion, 8 à 10 mètres de haut, et ayant une tendance à pousser
« en arbuste, c’est-à-dire à se ramifier à une faible hauteur
« au-dessus du sol. Les feuilles composées, pennées, sont à fo-
« lioles très vastes et persistantes, jamais caduques. L’arbre
« est assez commun à quelques heures de Libreville dans les
« plaines, jamais il n’y forme de forêts. Les fleurs viennent
« vers juillet ou août au plus tard; les fruits paraissent dès
« décembre. »
Voici l’analyse de l'embryon tel qu’il résulte des recherches
chimiques qu’a bien voulu faire à ma demande, M. le profes-
seur Schlagdenhauffen, directeur de l’Ecole supérieure de phar-
macie de Nancy :
Corps gras, jaune pâle, fusible à 2408.... 45.180
DUCLEL EL TANINES Se CR ETES | 4.862
Corps teraseteel inerte PEN Teen 2.005
Matières albuminoïdes .:..,.......... 30.500
GCellulose, Mere le NRA ent 15.043
SO RE oc er RE UNS, APR 2.410
100.000
Cette analyse nous révèle la présence d’une quantité consi-
dérable âe matières azotées, dont on ne retrouve l’équivalent
dans aucune des légumineuses alimentaires usuelles (Pois, Len-
tilles, Haricots, Fèves) (3), sauf le Soja hispida etles Féverolles.
(4) On lit dans les Plantes utiles des colonies françaises de De
Lanessan, p. 195 (Sénégal), à propos de notre plante: « L’em-
bryon renferme une grande quantité de matière grasse (49 0/0),
qu’on pourrait exploiter mais qui rancit facilement. Les noirs
le mangent.»
(2) Le bois de Pentaclethra, outre sa solidité et sa résistance,
a des propriétés spéciales qui permettront de l’employer dans
l’ébénisterie et les grandes constructions.
(3) Les fèves contiennent 29 0/0 de légumine, les haricots et
les lentilles 25, les pois 23, et les féverolles 30. Dans toutes ces
graines il y à de l’amidon et peu de matières grasses. L’em-
bryon de Penlaclethra macrophylla ne renferme aucune trace
d’amidon.
154
LE NATURALISTE
C'est assez dire que cette graine constituerait un aliment de
premier ordre pour les animaux ou un engrais d’une richesse
peu connue, après extraction du corps gras. Quant à ce dernier
qui est semi-solide jusqu’à la température de 2%, il présente
un réel intérêt à cause de la manière d’être de ses acides gras,
solides, qui ne fondent qu'à 570. On sait que l’industrie des
bougies recherche activement de nouveaux acides gras (stéa-
riques) d’origine végétale dontle point de fusion serait le plus
élevé possible, et les corps gras qui donnent la plus grande
quantité d’acides gras. Ces deux qualités se trouvent réunies
dans l’huile d’Owala dont la valeur sera surtout évidente dans
la fabrication des bougies stéariques.
Il y atout intérêt à introduire en France cette précieuse graine
de nos possessions d'Afrique tropicale, et rien n’empêchera
d'introduire aussi le végétal par ses graines dans nos colonies
chaudes des Indes orientales et occidentales où il pourrait de-
venir une source certaine de richesses dans quelques années.
Je me propose de faire adresser des graines fraiches à tous les
jardins botaniqueset d’essai de ces colonies, afin d’y faire créer
des pépinières en vue de la rapide propagation de ce végétal
dans la grande culture coloniale. M. Pierre directeur du jar-
din d’essai de Libreville se consacrera volontiers à cette
œuvre utile.
Dr H£ckeLz.
LES MAMMIFÉRES A PARACHUTES
Les mammifères à parachutes sont plus connus dans
le langage ordinaire sous le nom de Mammifères volants.
Cette épithète fait supposer chez ces animaux la faculté
de s’enlever du sol et de se mouvoir dans l’air à la ma-
nière des oiseaux. C’est là une erreur contre laquelle le
langage scientifique ne prémunit pas davantage : l’ap-
pellation vulgaire d’Écureuil voiant n’est que la traduc-
tion littérale du mot scientifique sciuroPTÈRE; Pleromys
a la même signification; enfin le Galéopithèque a été
dénommé spécifiquement volans ; et certains Polatouches
volans et volucella. Seuls les Cheiroptères ou chauves-
souris méritent le nom de Mammifères volants et possè-
dent de véritables aïles; les Galéopithèques, les Pola-
touches et les Phalangers dits volants n’ont que des
parachutes. Comme les ailes des chauves-souris, il est
vrai, ces parachutes sont formés par un repli de la peau
des côtés du corps tendu entre les membres antérieurs
et postérieurs, et comme elles, ils sont parfois complé-
tés par une membrane interfémorale, et par des replis
allant des côtés du cou aux poignets. Mais là s’arrête la
ressemblance. L’aile des chauves-souris, en effet, est un
organe moteur actif, battant l’air comme la nageoire bat
l’eau, et imprimant au corps une série d’impulsions. Les
parachutes sont, au contraire, des organes essentielle-
ment passifs, susceptibles d’être tendus horizontalement,
mais ne jouissant pas de la faculté de battre l’air. Cette
différence capitale des fonctions entraîne des dissem-
blances dans la conformation des membranes elles-
mêmes, et nécessite chez les Cheiroptères des particu-
larités dans le squelette et la musculature, qu’on ne
rencontre pas chez les mammifères dits volants. Les
parachutes sont souples, minces, assez légers pour ne
pas surcharger l’animal et couverts de poils comme le
reste du corps, sauf à leur face inférieure qui est
quelque peu denudée; mais ce ne sont que des expan-
sions cutanées lourdes et grossières comparées aux
membranes aliformes des Cheiroptères, Celles-ci sont
complètement nues sur leurs deux faces; à peine peut-
on constater quelques poils rares au voisinage des flancs,
leur minceur est extrême, leur élasticité et leur solidité
incroyables, Grâce à l'allongement démesuré des quatre
doigts externes des membres thoraciques qui les sous-
tendent, ces ailes atteignent des dimensions dont n’ap-
prochent pas les parachutes les mieux développés. Chez
les Galéopithèques, les mieux pourvus sous ce rapport,
l’envergure dépasse à peine la longueur du corps, tandis
que les plus grandes Roussettes (Pteropus edulis) dont
le corps compte 0m, 40 de longueur, mesurent 4m. 50 d’en-
vergure. Pour soutenir cet immense voile sans l’alourdir,
non-seulement les phalanges, mais tous les os des
membres antérieurs s’allongent et s’'amincissent propor-
tionnellement, parfois même le cubitus s’atrophie jusqu’à
disparaître.Enfin les muscles pectoraux qui la mettent en
mouvement acquièrent un volume énorme,et le plus sou-
vent le sternum présente une sorte de bréchet pour leur
insertion. Qu'on examine au contraire le squelette d’un
Polatouche, on trouvera, il est vrai, la ceinture scapulaire
complète et la clavicule bien développée; mais cette
perfection existe à un degré aussi élevé chez les Écureuils
ordinaires dépourvus de parachutes. De même, rien ne
distingue le squelette des Phalangers à parachutes de
celui des Phalangers ordinaires; et c’est à peine si chez
les Anomalures on trouve une crête apophysaire de l’hu-
mérus pour l'insertion du deltoïde. Chez tous les Mam-
mifères à parachutes, les membres sont normaux, le
sternum sans bréchet, etles muscles pectoraux assez peu
développés.
Les parachutes ne sont donc pas des organes de vol.
Jamais aéronaute n’a songé à s’enlever dans sa nacelle
à l’aide d’un parachute ; jamais non plus ni Polatouches
ni Pétauristes ne se servent, pour s'élever dans les
arbres, de leurs membranes qui, tant que dure le mou-
vement ascensionnel, pendent inertes entre leurs
membres, comme les parachutes aux flancs des ballons,
Comme le nom l'indique, les parachutes sont de simples
voiles à l’aide desquelles les animaux qui en sont pour-
vus peuvent ralentir leur chute et descendre oblique-
ment à terre lorsqu'ils s’élancent d’un point élevé ; et il
faut avouer qu’ils savent profiter des avantages que leur
procure cet organe d’un nouveau genre. Tous grimpent
aux arbres avec une agilité incroyable; viennent-ils à
sauter d’un arbre à l’autre, leurs bonds soutenus et pro-
longés par la membrane tiennent véritablement du pro-
dige. Au dire des voyageurs, les Galéopithèques peuvent
ainsi, en s’élancant d'un point suffisamment élevé, par-
courir une centaine de mètres dans les airs. Qu’on juge
de l’étonnement de ceux qui virent pour la première
fois ces singuliers animaux fendre l’espace, voyageant
de cimes en cimes, franchissant ainsi comme en se
jouant rivières et vallons et planant à des hauteurs con-
sidérables au-dessus des gorges et des torrents, On s’Ex
plique alors jusqu’à un certain point cette dénomination
d'animaux volants, car ils simulent sensiblement un
oiseau qui, après avoir acquis une certaine vitesse pan
des battements d’ailes répétés, continue sa course avec
rapidité en planant, les ailes étendues et complètement
immobiles. On a constaté la présence de parachutes
chez certains Sauriens, tels que les Dragons, les Sitanes
et les Chlamydosaures ; mais ces parachutes sont cons=
truits sur un modèle tout autre que chez les Mammifères
qui doivent seuls nous occuper ici, Ces Mammifères sont
les Polatouches, les Anomalures, les Galéopithèques et
les Phalangers volants,
a
LE NATURALISTE
4155
19 PTEROMYS ET POLATOUCHES.
Les Pteromys et les Polatouches, ou écureuils volants
proprement dits, sont trop connus pour que je m'y ar-
rête longuement; je me contenterai d'indiquer les ca-
ractères qui permettent de les distinguer les uns des
autres.
Les Pteromys, par la forme de leur crâne, se rappro-
chent plus des Marmottes que des Écureuils. Certains
d'entre eux peuvent atteindre une taille considérable ;
ainsi le Taguan mesure { m.25 de longueur dont Om, 58
pour la queue. Celle-ci est toujours longue et touffue.
Le parachute bien développé est couvert de poils serrés
à la face dorsale, Une bande étroite borde les épaules
et s'étend à peu près jusqu'aux poignets ; la membrane
interfémorale est réduite à une légère frange qui longe
les cuisses jusqu'à la base de la queue. Une apophyse
osseuse du carpe prolongée en pointe derrière le poi-
ES
gnet, limite et sous-tend le parachute. La couleur du pe-
age varie du brun foncé au roux éclatant. Autant les
mouvements des Pteromys sont maladroits et embar-
rassés sur le sol, où ils ne descendent que par nécessité,
“autant ils sont rapides et sûrs dans les arbres; aussi
évitent-ils facilement les carnassiers grimpeurs, et ne
craignent-ils que les grands rapaces nocturnes qui par-
fois les saisissent en plein vol,
Les Pteromys sont propres aux contrées orientales
et méridionales de l'Asie et à l'archipel Indien, et comp-
tent un grand nombre d'espèces, parmi lesquelles nous
citerons :
Fig. 1. — Pieromys nitidus.
Le Taguan. Pt, pelaurista,
connu, qu'on trouve à Ceylan et dans l'Inde; le Pteromys
éclatant, Pt. nitidus, spécial aux îles de la Sonde; le
le plus anciennement
Pteromys magnifique, Pt. magnificus répandu depuis
l'Himalaya jusqu’à Malacca. Certaines espèces sont com-
munes au continent asiatique et à l’archipel Indien,
comme le Pteromys à oreilles noires, P{. melanotis, qu’on
rencontre depuis le Népaul jusqu'à Sumatra et Bornéo.
D’autres remontent dans le nord jusque dans le Thibet et
la Chine ; tel estle P£. alborufus dont on a pu voir un ma-
gnifique exemplaire dans les collections rapportées de
l'Asie centrale par M. M. Bonvalot et le prince H. d’Or-
léans. Leur limite septentrionale paraît êtrele Japon qui
en nourrit deux espèces, dont l’une est le Pteromys à
joues blanches, Pt. leucogenys.
Les Polatouches ou Sciuroptères, par la forme deleur
crâne, sont de véritables Écureuils, et par la forme de
Jeurs dents, ils établissent la transition entre les Ta-
mias et les Spermophiles. Le parachute n’est pas main-
tenu au poignet par un osselet, et se termine par un
lobe arrondi; les poils de la queue ne sont pas implantés
uniformément comme chez les Pteromys mais s’écartent
de chaque côté de la ligne médiane inférieure à la facon
des barbes d’une plume; autrement dit, la queue est
distique. Jamais ils n'atteignent une grande taille; ainsi
le corps du Polatouche de Sibérie ne mesure que
0 m. 18 à 0 m. 20 de longueur et la queue 0 m. 16. Ils
peuvent cependant, soutenus par lèur membrane, fran-
chir des espaces de 20 à 25 mètres,
Leur aire de dispersion est des plus étendues. On
trouve en effet des représentants de cette famille de
rongeurs sous les latitudes élevées de tout l'hémisphère
Nord, et quelques espèces se répandent vers lescontrées
tropicales de l’Asie, jusqu'aux îles de la Sonde dans les
forêts quenous avons vues déjà peuplées parles Pteromys
et les Galéopithèques. Une espèce de Polatouche habite
l'Europe, c’est le Sciwropterus volans, qui était loin d’être
Fig. 2. — Sciuropterus volucella.
rare autrefois dans les forêts de la Pologne, de la Li-
thuanie, de la Finlande et de la Laponie; mais il tend
de plus en plus à disparaître, et recule vers l'Est dans
196
les contrées moins peuplées de la Russie et de la Si-
bérie, Une autre espèce le Sciuropt. volucella, ou Assapan
est le seul mammifère à parachute qu’on rencontre en
Amérique, aux États-Unis, au Canada et dans la région
des grands lacs, IL ressemble beaucoup au Polatouche
européen, mais il est de plus petite taille. Sur les con-
treforts de l'Himalaya et dans l’Inde, habite le Sc. al-
boniger , aux îles de la Sonde, le Polatoucheflèche Sc. sa-
gilta. Enfin une espèces est propre aux îles Philippines
et porte le nom de cet archipel.
29 ANOMALURES
Ces singuliers Rongeurs ne sont connus que depuis
1842. À première vue on les prendrait pour des Pte-
romys, mais ils s'en distinguent cependant par des ca-
ractères bien tranchés, La queue nous présente en effet
une particularité tout à fait inattendue, Moins longue et
moins touffue que celle des Pteromys, elle est garnie à
la face inférieure de son tiers basal d’une double série
longitudinale d’écailles triangulaires, de couleur cornée
au nombre de 15 ou 16; celles d’un côté alternant avec
celles de l’autre et ne laissant entre elles aucun inter-
stice, Cette disposition assez bizarre justifie bien le nom
d’Anomalure que Waterhouse a donné à ces animaux et
suffirait à elle seule à les distinguer des Pteromys. Le
parachute, par sa conformation, contribue également à
les différencier. Il s’étend du poignet à la cheville, et,
comme chez les Pteromys, il est soutenu par un osselet
cartilagineux bien développé ; mais chez les Anoma-
lures cette apophyse prend son origine au coude et non
au poignet. La membrane interfémorale est aussi plus
développée. Les oreilles sont grandes, plus longues que
larges, et nues, sauf à la base et sur le côté externe où
elles sont couvertes d’un poil long semblable à celui du
reste du corps. Les moustaches sont fines et démesuré-
ment longues. Enfin, par la forme du crâne, ils s’éloi-
gnent des Sciuriens et se rapprochent des Hystriciens
avec lesquels ils présentent d’autres points de ressem-
blance. Du reste, les auteurs sont loin de s’accorder sur
les affinités des Anomalures, et sur la place qu’il faut
leur assigner dans la classification, Waterhouse qui les
décrivit le premierles rapporte à la famille des Myoxiens ;
Burmeister et Gervais les rangent parmi les Hystriciens,
et en font des proches parents des Capromys. En 1859
Gervais revint sur sa première opinion pour se ranger à
celle de Waterhouse. Pour indiquer d’un mot leurs affi-
nités, Brandt les nomma Pleromyoxosciuri, mais, plus
tard, attachant une importance peut-être un peu exa-
gérée, aux points de ressemblance des Anomalures avec
les Galéopithèques (forme des griffes, conformation ana-
logue du cæcum), il en fit une sous-famille des Sciuriens
sous le nom de Lémuriformes. Enfin pour Edw. Alston,
ce sont des Écureuils aberrants, sans affinité spéciale
avec aucune autre famille,
Les Anomalures ne le cèdent en rien aux Pteromys
pour l’agilité, et nous avons vu plus haut que l’omoplate
et l’humérus présentent des crêtes apophysaires pour
l'insertion des muscles extenseurs du parachute. Leurs
écailles caudales facilitent encore l’ascension en s’ap-
puyant contre le tronc des arbres, et leur rôle peut être
comparé à celui des plumes rigides de la queue des
Pics. Tous les Anomalures sont originaires des régions
tropicales de l’Afrique occidentale, et sont peu nom-
breux en espèces, La plus ancienne est l’Anomalurus |
LE NATURALISTE
Fraseri rapportée en 1842 de l’ile Fernando-Po par le
voyageur anglais Fraser et décrite par Waterhouse.
Fig. 3. — Anomalurus Pelii.
Une autre espèce assez semblable à la précédente pour
la taille etla couleur gris roussâtre du pelage est PA,
Beecrofti que l’on rencontre au Gabon et à la Côte-d'Or
en compagnie de l’A, fulgens d’un roux brillant presque
uniforme et de l’Anomalurus Pelii dont les parties supés
rieures sont d’un noir de suie, tandis que le bord du pa:
rachute,le nez, la queue, les pieds et les parties infé=
rieures sont blancs.
E, DE POUSARGUES
(A suivre.)
SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE
M. Duchartre présente au nom de M. Chapellier des fleurs
de Safran monstrueuses où la culture a pu développer de trois
à douze styles stigmatifères. Si ce caractère pouvait se fixer, le
résultat aurait une importance considérable pour les cultivas
teurs de Safran. — M.Franchet à propos du Myosotis bracteatam
(Rouy), montre par plusieurs exemples que l’on ne saurait
attribuer une valeur spécifique à l'insertion apparente du pé=
doncule floral, celle-ci pouvant varier beaucoup par suite d'en
traînement. L’espèce décrite par M. Rouy n’est donc qu’une
variété du M. bracteata, mais il est intéressant de trouver
Argelès une forme qu’on ne connaissait que dans les montagnes
d’Abyssinie. — M. Chatin dans une Contribution à l'histoire
botanique de la Truffe, montre quele tubercule connu à Damas
sous le nom de Kamé constitue une espèce nouvelle qu’il ap
pelle Terfezia Claveryi. — L'abbé Boulay adresse quelques 1
noles sur l’élude des Rubusen France, contenant l'historique
des travaux faits sur les Ronces et d’après lesquelles un grand
nombre d’espèces nouvelles de Rubus nommées et décrites par
J.P. Muller lui auraient été communiquées par l'auteur lui-mêm
et par V. Lefèvre. — M.J. Costantin dansune Note sur le gen
Myxorricaum, décrit les M. charlarum et æruginosum, etmontre
que ces deux plantes n'ont rien de commun avec les autres CE à
pèces du genre et se rapprochent des Gymnoascus. En consés
quence, il croit que le nom de Myxotrichum doit être rejet der
malgré sa priorité. — M. C. Magnier signale dans une leéln
à M. Malinvaud l'existence sur une même tige de Linaire coms
mune de fleurs normales et de deux fleurs péloriées, l’une coms
*
— plètement, l’autre incomplètement. A ce propos M. H. Hua
— décrit avec détails la constitution de la fleur dans un cas de
— Pélorie incomplèle chez le Linaria vulgaris. — M. G. Camus
fait connaître une forme nouvelle de l'Antennaria dioïca qui
appelle var. borealis proposant le nom de var. gallica pour la
forme anciennement connue. Il présente en outre la description
d'une plante hybride l’Orchi-Gymnadenia Lebrunii (Gymna-
— denia conopea et Orchis-latifolia.) — M. Ed. Bornet dans une
Note sur quelques Ecrocarpus montre que la reproduction
des Eclocarpus n’est ni aussi simple ni aussi uniforme qu'on
la représente d'ordinaire. L’E. secundus sur les mêmes fila-
ments possède à côté de sporanges pluriloculaires des anthé-
…ridies qui semblent les homologues des sporanges unilocu-
laires qui manquent chez cette espèce ; VE. pusillus a sur les
…. mêmes branches des sporanges/pluriloculaires et des sporanges
“uniloculaires, mais ces derniers sont moins communs que les
autres ; l'E. globifer confondu avec l'E. pusillus, est caractérisé
“par des gros sporanges pluriloculaires courtement ovales. L’E.
criniltus pourrait bien d’après l’auteur n’être qu’une forme de
VPEpusillus développée dans des conditions différentes de celles
où la plante se développe d’ordinaire. Il signale en outre la
première Tiloptèridée qui ait été trouvée dans la Méditerranée,
'Haplospora Vidovichii caractérisée par le contenu de ses spo-
ranges uniloculaires et souvent fasciculés. Le Tilopteris Mer-
“iensii a sur les mêmes filaments des oosporanges ct des anthé-
æidies, ces derniers produisent des anthérozoïdes semblables à
ceux des Fucus. — M. G. Rouy dans une Note sur le Myosotis
bracteata fait ressortir les caractères qui d’après lui distinguent
cette plante du M. hispida Schldt. Toutefois comme ce nom
“avait déjà été appliqué par Alex. Braun, à une variété de
M hispida, il propose de nommer le Myosotis d’Argelès
Mruscinonensis, la regardant comme espèce bien établie ce
que n’admettent pas MM. Franchet et Malinvaud. — M. Chabert
«dans une Troisième note sur la Flore d'Algérie signale un cer--
ain nombre de plantes parmi lesquelles il en est quelquesl
unes nouvelles et d’autres en plus grand nombre qui ne
figurent pas dans le Compendium de Cosson ni dans la Flore
de l'Algérie de MM. Battandier et Trabut. — M. G. Camus
it connaître un hybride nouveau Ophrys pseudo fusca. Albert
“G: Cam. (0. aranifera et fusca). — M. Ludovic Legré dans
des Additions à la Flore de Provence mentionne un certain
nombre de plantes qui n’avaient pas encore été trouvées en
Provence. — Dans une note sur la germination du Bupleurum
aureum. M. Ph. Van Tieghem montre que les pétioles cotylé-
onaires de cette plante se soudent en un tube au fond duquel
Stla gemmule, mais ce qui est particulièrement remarquable,
cest que, pendant que la portion supérieure du tube ainsi
Î rm a un géotropisme négatif, sa portion inférieure au con-
aire possède un géotropisme positif. Dans Séructureet affinités
des Apres el des genres les plus voisins, M. Van Tieghem fait
air que l’on doit grouperensemble les genres Abies, Keteleeria,
Zedrus, Pseudolarix, Hesperopeuce et Tsuga en un seul groupe.
“e groupe que l’on peut appeler Cédrées ou Myélocèles est
ractérisé par la présence d’un canal sécréteur situé dans
axe de la racine, caractère qui ne se retrouve dans aucune
autre plante en dehors de ce groupe. Chacun des genres peut à
Son tour être distingué par des caractères tirés de la structure
Ma feuille et même on peut dans certains cas avec les carac-
res anatomiques distinguer les espèces entre elles. De même,
ense servant de la position occupée par les canaux sécréteurs
ans la structure primaire .de la racine, on peut diviser les
Broupes des Inversiovulées ou Rhisocèles en quatre sous-tribus
drées où Myélocèles, Pinées ou Epixylocèles et Epiphlocèles
subdivisant en Araucariées et Podocarpées. — Dans une
ontribution à la flore cryplogamique de la Terre de Feu M. P.
ot signale un certain nombre d’algues dont huit sont nou-
Mes; et énumére une quarantaine d’espèces appartenant aux
nampignons, aux Lichens, aux Hépatiques et aux Mousses, —
G: Camus décrit une nouvelle hybride. Viola Desetangsü,
“Camus et Hariot (V. mirabilis et V. silvatica). — M. D. Clos
tant de questions de Phytographie : Synonymie des To-
IS ARVENSIS Gren., Lorus TENUIFOLIUS Linn., ANDRYALA
| RTIFOLTA Lagrèze-Foss, critique la multiplicité des noms em
| ploÿés successivement par les auteurs, et 2 la discordance
entre les noms et les stations de quelques espèces. — M. Ch.
| Arnaud dans une Zettreà M. Malinvaud émet l'opinion que
| l'Hermodactylus tuberosus Salisb. indiquée à tort à Débonayres
| près Saint-Maurice (Tarn-et-Garonne), a été introduite et natu
ralisée.
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G. CHAUVEAUD.
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11
|
LE NATURALISTE 157
MŒURS ET MÉTAMORPHOSES
DU MALACHIUS INORNATUS Kust, (Cyanescens Muls.)
Coléoptère du groupe des Malachides.
Larve : brune et velue à son jeune àge, elle passe successi-
vement à la teinte de plus en plus rougeûtre, se dépouille
d'une partie de ses poils, pour se présenter, au moment de sa
plus grande expansion, avec la taille et la forme suivantes :
Longueur : 6 millimètres ; largeur 4 à 4 millimètre 1/2,
Corps allongé, linéaire, rougeâtre, marbré de taches noires,
pubescent de gris, convexe en dessus, un peu moins en dessous,
atténué à l’extrémité postérieure.
Téte suborbiculaire, déprimée, déclive, gris terne luisant,
avec longs poils roux épars, plus denses et très longs sur les
côtés ; ligne médiane de couleur claire se bifurquant au vertex
pour aller se perdre entre les ocelles et la base inférieure an-
tennaire; quelques rides entre les deux branches; — lisière
frontale brune, droite ; — épistome brun, large, transverse, à
angles arrondis ; — labre semi-elliptique, flavescent, à bord lé-
gèrement cilié, — mandibules triangulaires, à base large, fla-
vescente, à extrémité noire faiblement bidentée, se joignant
sans se croiser; — mâchoires à base saillante, testacéc ; —
lobe court, charnu, faiblement cilié; — palpes coniques, très
courts, grèles, arqués en dedans, de trois articles; les deux
premiers égaux, blanchâtres ; troisième petit, brun, acuminé ;
— menton charnu, testacé, étroit; — lèvre inférieure char-
nue; — palpes labiaux droits, testacés, petits, biarticu-
lés; — antennes longues, déclives, de quatre articles; le
premier long, membraneux, conique ; le deuxième et troi-
sième bruns, ce dernier à bout tronqué ; le terminal très grêle,
cylindrique, avec long poil à l’extrémité et court article sup-
plémentaire à la base extérieure; — ocelles, six points cornés.
brun clair, autour d’une protubérance noire, situés en arrière
de la base antennaire.
Segments thoraciques rougeâtres, avec poils bruns très allon-
gés sur les côtés, convexes, sans ligne médiane apparente ; —
premier segment long, un peu plus large que la tête, testacé,
marbré de rougeâtre, finement ridé en travers, à angles arron-
dis; — deuxième et troisième égaux, transverses, renflés, con-
vexes, un peu plus larges, moins longs que le premier, marbrés
de taches brun rougeâtre.
Segments abdominaux au nombre de neuf, convexes, rou-
geâtres, étroits, transverses, plus larges que les précédents,
avec longs poils bruns latéraux et ligne médiane de couleur
claire ; — les sept premiers égaux, dilatés, marqués dans le
sens transversal et de chaque côté de la ligne médiane, se sui-
vant : d’une tache brune, d’une impression transverse, d’une
tache à fond pâle, de deux légères fossettes et d’une tache brune
atteignant les flancs ; — huitième moins large, rougeâtre, sans
taches, ni impressions, ni ligne médiane, mais avec les deux
légères fossettes ; — neuvième étroit, corné, noir, avec longs
poils bruns, terminé par deux crochets rougeâtres, à pointe
noire, recourbée en dedans.
Dessous de la tête testacé, avec tache brune médiane au bord
postérieur; — des segments thoraciques rougeâtre; les seg-
ments abdominaux dilatés, ciliés, avec une faible impression de
chaque côté de la ligne médiane, une plus marquée, oblique,
et une très accentuée, fovéolée; — mamelon anal avec fente
transversale enclose entre deux bourrelets formant lèvre ; —
les deux régions dorsale et ventrale ont pour limite une dilata-
tation latérale avec aréole de longs cils.
Pattes droites longues, flavescentes, éparsement ciliés; —
hanches grosses, courtes, rougeâtres, coniques ; — trochanters
très courts, étranglés: — cuisses longues à base jaunâtre, à
extrémité tachée de brun, tache caractéristique ; — jambes lon-
gues, grèles, terminées par un crochet brun à base ciliée.
Stigmales très petits, bruns, à péritrême plus foncé, la pre-
mière paire latérale, touchant presque le bord antérieur du
deuxième segment thoracique; les autres près du bord anté-
rieur des huit premiers segments abdominaux.
Aux environs de Ria, c'est sous les écorces du genévrier,
Juniperus communis, Lin. que vit notre larve; elle est carnas-
sière : jeune, elle s’alimente d'une foule de petits vers qui grouil-
lent sous les écorces mortes ; quand arrive l'hiver, elle se ré-
fugie dans le fond d’une crevasse, d’un interstice ou dans une
ancienne Cellule inhabitée, et c'est là qu’elle passe la saison
des frimas; dès qu’avril arrive avec ses belles journées, elle
reprend de son activité, attaque alors les jeunes larves de Lon-
158 LE
gicornes et de Buprestes qui travaillent encore entre bois et
écorce; quand celles-ci pénètrent dans les couches ligneuses
pour s’y transformer en nymphes, notre larve les poursuit en-
core dans leurs galeries; vers la mi-mai, parvenue au terme de
son accroissement, elle se faconne une petite excavation, soit
sous l’écorce, au milieu des détritus des larves dont elle s’est
nourrie, soit au fond d’une loge dont la larve a servi à assou-
yir ses appétits, puis elle se prépare à son tour à subir sa trans-
formation nymphale ; huit jours et même moins lui sont néces-
saires pour se dépouiller de sa forme larvaire et apparaître
sous les traits suivants :
Nymphe : longueur, 4 millimètres 1/2 ; largeur, 4 à À milli-
mètre 47/2.
Corps oblong, allongé, entiérement rougeâtre, convexe en
dessus, atténué à l’extrémité postérieure, avec longs cils épars.
Pièces buccales allongées, glabres ; — masque frontal lon-
guement cilié de roux ainsi que le masque thoracique ; — seg-
ments abdominaux transversalement couverts de deux rangées
de cils droits à bout arqué, l'antérieure courte ; les côtés des
sept premiers segments portent deux groupes de deux cils
chacun, droits ; — huitième segment, flave, pubescent, terminé
par deux petits crochets acuminés, à pointe brune dirigée en
dedans ; — ailes très courtes ne dépassant pas le deuxième seg-
ment abdominal; — le bout des antennes repose sur le milieu
des cuisses de la première paire de pattes ; — le mamelon anal
se termine en dessous par une apophyse saillante à pointe
brune.
Dans l’esqace de quinze jours, la vhase nymphale est accom-
plie, l’adulte est formé ; il ne lui reste plus qu’à apparaître au
dehors ; mais il est frileux, il lui faut du soleil, et ce ne sera
que vers le milieu du jour, alors que l’astre solaire déversera
ses chauds rayons, qu’il sortira de son réduit pour prendre son
essor et se lancer dans l’espace.
Adulle : c’est un petit insecte entièrement bleu verdâtre, ou
yiolacé, ou vert foncé, couvert d'une très fine pubescence cen-
drée et de courts poils noirs sur les élytres et sur le prothorax ;
le mâle se distingue par ses antennes en dents de scie et par
ses élytres plus étroites.
Mulsant et Rey, dans leur monographie des Vésiculifères,
année 1867, page 110, en ont donné une très longue et bonne
description.
Dans les bois montagneux des environs de Ria (Pyrénées-
Orientales), c’est en juin qu’il fait son apparition, on le trouve
sur diverses fleurs ainsi que sur les graminées; il est souvent
aux prises avec d’autres insectes qui, comme lui, viennent visi-
ter les corolles des fleurs; je l’ai trouvé une fois, sous pierre,
à 2,000 mètres d'altitude, aux bords d’un étang du Canigou,
dans une zone de végétation de pins et de rhododendrons.
Au point de vue appliqué le Malachius inornatus peut être
classé dans la catégorie des auxiliaires utiles à l’agriculture,
par la destruction qu’il fait des jeunes larves de Xylophages,
vivant au détriment de nos arbres forestiers.
Capitaine Xamgeu.
-_ LE POTAGER D'UN CURIEUX
MM. Paillieux et Bois viennent de faire paraitre la seconde
édition du l'otager d'un curieux. L'intérêt excité pa l’appari-
tion de la première édition, il y a environ sept ans, n’a fait que
s’accroitre depuis cette époque et tous les amateurs liront avec
plaisir les détails consacrés à la culture et à la préparation
culinaire d’un grand nombre de légumes dont le nom même
leur est souvent inconnu.
La vieille Europe n’est pas riche en légumes originaires, de
son propre sol : le haricot, la pomme de terre, pour ne parler
que des plus communs, sont de provenance exotique. Aussi ne
peut-on qu’accueillir avec faveur et reconnaissance Ceux qui
cherchent à nous en faire connaitre de nouveaux et à augmenter
nos richesses potagères.
JImmense est le nombre des plantes susceptibles de culture
dans un but économique : un Américain, M. Lewis Sturtevart,
(1) A. Paillieux et D. Bois. Le Polager d’un curieux, histoire,
culture et usages de 200 plantes comestibles peu connues ou in-
connues. 2° édition entièrement refaite. 54 figures dans le texte.
Un volume in-8° de 590 pages. Paris, librairie agricole de la
Maison rustique, et aux bureaux du journal. Prix 10 fr., franco
1) fr. 85,
NATURALISTE
n’en compte pas moins de 4.933 divisées en 1353 espèces et .
110 genres. On est stupéfait d'apprendre que 211 seulement
d’entre elles ont été expérimentées en vue de l'alimentation,
Il y a donc une large place laissée aux chercheurs et aux
novateurs.
Il serait certainement téméraire de prétendre que tous les
légumes proposés entreront d’emblée dans nos cuisines et pren-
dront rang parmi nos espèces alimentaires. La patate, l'igname,
depuis longtemps introduites ne sont encore en Europe que
mets de luxe ou même de pure curiosité. Il est vrai qu’on
a été si souvent trompé par l’exagération et les indications fal-
cieuses qu'on a, avec juste raison, une certaine tendance à la
défiance; mais il ne faudrait pas cependant en arriver à reve-
nir en arrière et à tout rejeter de parti pris:
En regardant d’un peu près le nombre des plantes qui sont
entrées dans le courant de l’alimentation depuis quelques
années, nous ne voyons guère que le S{achys du Japon. Et
encore combien a-t-il fallu d'efforts à M. Paillieux, pour le
faire accepter? Peut-être eût-il fallu renouveler un ancien
exemple et orner la boutonnière du chef de l'Etat d’une fleur de
Slachys ; mais, hélas! le Stachys n'aime pas à fleurir et, en notre
fin de siècle, on rit de tout.
Si la France ne peut s'habituer à de nouveaux légumes, il
n'en est pas de même de nos colonies, et en indiquant tout le
parti que les régions tropicales pourraient retirer des nom-
breux végétaux dont ils nous donnent les noms et les propriétés,
MM. Paillieux et Bois font œuvre utile et auront bien mérité
de tous ceux qu'un exil forcé ou volontaire retient dans ces
régions meurtrières. ;
A côté de l'utilité directe, n'y a-t-il pas aussi la curiosité qui
joue un si grand rôle dans les choses d’ici-bas? Bien des lec-
teurs du Potager d'un curieux sentiront leur curiosité mise en
éveil, ils voudront se rendre compte eux-mêmes de ce qu'ils
lisent, et le sceptique du début pourra devenir un amateur fer
vent. Qui sait même si ses soins assidus n’arriveront pas à CréCrM
des races nouvelles et à nous doter alors d’un légume de vérim
table utilité dont nous serons finalement redevables à l’excellent
livre de MM. Bois et Pailleux?
P. Harior.
ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance du 30 mai. — Note de M. Gaudry sur un singe
découvert à Montsaunès par M. Harlé. Ce singe, voisin du
Magot par sa dentition, vivait donc au nord des Pyrénées à
l'époque quaternaire. — Note de M. Gosselet sur les relations
du terrain dévonien et du terrain carbonifère à Visé. Ce cal=
caire est supérieur à la dolomie de Namur et doit être rapporté
à la partie supérieure du calcaire carboniféere. — M. A. Milne
Edwards présente une note de M. E. L. Bouvier sur le sys=
tème nerveux des Néritidés. L’auteur précise nettement les
caractères de la Chiasionewr'ie chez ces Mollusques. Le genre
voisin des Hélicinidés, présente probablement cesmèmes carac=
ière. Le groupe des Prosobranches se trouve donc pari
même tout à fait homogène. — M. Gaudry présente une note
de M. P. Fischer sur les caractères ostéologiques d’un Mesoplos
cap Breton (Landes). Ce cétacé rare dans les mers d'Europe;
n’a encore été signalé que deux fois sur les côtes françaises.
d'Annecy etsur les Amphipodes d’eau douce de la France. Les
auteurs ont nommé cette nouvelle espèce Gammarus Delebec
quei. — M. Chatin présente une note de MM. Ed. Heckel
Fr. Sc hlagdenhauffen sur les rapports génétiques des matières
résineuses et PRE d’origine HASAE d’après des obsei
M. Duchartre présente une Hors. + M. Lucien Daniel surda
ereffe des Crucifères. Le greffon influe sur le sujet, soit
exagérant, soit en arrêtant son développement suivant que
greffon est de plus 8 grande taille, ou plus faible que le sujet,
Séance du 6 juin 4892. — Note de MM. Arm. Gautiei
et L. Laudi, sur les produits de la vie résiduelles des tissu
en particulier du tissu musculaire séparé, de l'être vivant. 06s
produits résiduels sont de l'acidité, de l’eau, des matières alb
minoïdes. — M. À.Milne-Edwards présente une note de MH
Viallanes sur la filtration de l'eau par les Mollusques; ce f.
pourrait trouver son application à l’Ostréiculture et à lOcé
nographie. — M. Duchurtre présente une note de M. L. Trabut,
sur un parasite des Sauterelles. Ce parasite, le Lachnidium
Acridiorum, ne se propage pas.sur les jeunes Criquets; toute-
fois dans le Tell, on observe une diminution dans la vitalité
des Sauterelles, occasionnée peut-être par ce champignon.
Séance du 43 juin 4892. — Note de M. À. Chatin, sur
l'histoire de la Truffe, et un Terfàs du Sud Algérien Tirmania
— Camboni, voisin du Twmania africana. — Note de M. Jules
Welsch, sur les plissements des terrains secondaires dans les
£ environs de Poitiers. On peut distinguer, 1° un système de
plis dirigés sud-est nord-ouest se reliant aux plis de la Bre-
… tagne méridionale ; 2° un autre système de plis plus ou moins
…perpendiculaires aux précédents, et divergeant vers le sud et
le nord.
É
A. KE. Mararo.
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Le Gérant: Émize DEYROLLE.
— IMPR..F. LEVÉ, RUE CASSETTE, 11.
PARIS,
44° "ANNÉE
LES MAMMIFÈRES À PARACHUTES
(Suite et fin).
3° GALÉOPITHÈQUES
\
s Les auteurs s'accordent aujourd’hui à ranger les Ga-
léopithèques parmi les Lémuriens; mais ces animaux
forment dans cette classe, en compagnie des Cheiromys
“ou Aye-Aye, un véritable caput mortuum. Ils s'éloignent
en effet des Lémuriens normaux par des caractères aber-
Mint dont il est impossible de ne pas tenir compte. En
effet, les incisives inférieures dites pectiniformes, présen-
“tent à leur couronne des dentelures tellement profondes,
“uelles simulent de véritables peignes ; de plus, le pouce
m’estjamais opposable, même auxpattes postérieures, tous
les ongles sont comprimés latéralement et constituent
de véritables griffes, enfin les yeux sont presque laté-
raux. Dans sa première classification, G. Cuvier rangeait
“és Galéopithèques parmi les Cheiroptères sous le nom
“de Vespertilio admirabilis, à cause de l'énorme déve-
loppement du BRUNE Celui-ci, en effet, part des
“côtés du cou jusqu'à l'extrémité des phalanges des
nnembres antérieurs qu'il palme jusqu’à l'angle, ïl
“s'étend ensuite aux membres postérieurs qu'il palme
“jé Ja même manière, et se continue de là par une
“large membrane interfémorale qui rejoint à angle aigu
Vextrémité de la queue. C’est comme un immense
“manteau à traîne qui enveloppe complètement l’animal
en ne laissant de libre que la tête. Si l’on fait abs-
“traction du développement anormal des doigts des
Cheiroptères, on peut dire que le parachute des Galéo-
poèaues est plus développé que la membrane aliforme
aucune Chauve-Souris. En effet, la plupart des Rous-
“seltes, dépourvues de queue, n’ont qu'une membrane
interfémorale rudimentaire ; les Notopteris et les Rhino-
— pomes, bien que pourvus d’une queue assez longue, n’ont
qu une frange à peine indiquée le long des cuisses. Il est
ai que, chez les Vespertilionidés et les Mégadermes
il existe une large palmature interfémorale, bien que
chez ces derniers il n'y ait pas trace de queue; mais
1 hez aucune Chauve-Souris, on ne trouve les pattes pos-
térieures palmées. Les Galéopi-
thèques sont très agiles, même à
erre, et méritent assez bien leur
D de Chat ou Belette singe;
grâce à leurs griffes puissantes,
ils grimpent avec facilité, et, com-
| me je l'ai dit plus haut, les bônds
| qu'ils peuvent exécuter oblique-
E ment de haut en bas en étalant
leurs parachutes, sont prodigieux.
ny a jamais qu’un ou deux pe-
“hits par portée. Ceux-ci pendant
ke) jeune âge se tiennent accrochés
“au ventre de la mère ou contre
sa poitrine au fond de l’espèce
… de hamac formé par le parachute.
Les Galéopithèques peuvent at-
teindre 0 m. 60 de longueur, et
pour un animal de cette taille,
Penvergure mesurée au niveau
des membres antérieurs est de
0 m. 65.
_ Le Galeopithecus volans est le
1 LE NATURALISTE, 46, rue du Bac, Paris.
9° SÉRIE — N° 129
RE AE 0 ri A PNR es |
15 JUILLET 1892
Fig. 4. — Le Galéopithèque, Galeopithecus volans.
plus anciennement connu ; on le rencontre particuliè-
rement dans lesiles de la Sonde et jusque dans la pres-
qu'ile de Malacca. Le G. Variegatus, et le G. Rufus doi-
vent être considérés comme de simples variétés du
précédent. Ils habitent d’ailleurs les mêmes régions.
Un autre Galéopithèque, originaire des Philippines,
peut être distingué spécifiquement des précédents. Sa
taille est moindre et la tête plus courte.
49 PrALANGERS DITS VOLANTS
On comprend sous ce nom trois genres de Marsupiaux
pourvus de parachutes; ce sont les Pétauristes, les Béli-
dés et les Acrobates. Au premier abord, on pourrait les
confondre avec les Écureuils volants, Pour les formes et
la couleur du pelage, les Pétauristes sont la copie des
Pteromys; et les Bélidés celle des Sciuroptères. Jamais
même, exemple ne saurait être mieux choisi pour mon-
trer jusqu’à quel point l’adaptation à un même genre de
vie peut identifier les formes extérieures d'animaux com-
plètement différents. C’est une même livrée jetée sur
des animaux qui sont loin de pouvoir être apparentés,
puisque les écureuils volants sont monodelphes, et les
Phalangers didelphes. Malgré cette extrême simili-
tude, il est cependant possible, par un examen atten-
162
CL
tif, de reconnaître les Phalangers
volants et de les distinguer des
Polatouches. Outre la poche marsu-
piale bien développée, on peut re-
marquer le pouce opposable aux
pattes postérieures, Ces mêmes
pattes nous fournissent encore une
particularité de conformation in-
connue chez les Écureuils volants.
En effet les deuxième et troisième
doigts sont plus grêles que les au-
tres, et ont leurs métatarsiens et
les deux premières phalanges acco-
lés l’un à l’autre et réunis sous une
peau commune jusqu’à la phalange
unguéale; d'où le nom de Marsu-
piaux syndactyles donné à ces ani-
maux. Le parachute est bien déve-
loppé, mais ne présente. jamais
d’osselet comme chez les Pteromys
et les Anomalures.
1° Pétauristes. Les espèces du gen-
re Pétauriste sont peu nombreuses ;
la plus commune est le Pelaurista
taguanoides ainsi nommé à cause de sa ressemblance avec
le Taguan dont nous avons parlé plus haut. C’est Le plus
grand des phalangers volants ; son corps mesure 0 m. 45
et la queue 0 m. 55. Sa fourrure est épaisse et longue,
ses oreilles grandes et longuement velues extérieure-
ment. Le menton, la poitrine et le ventre sont blancs; le
dos est de couleur très variable, et l’on peut trouver
toutes les transitions entre le brun foncé, le gris et le
blanc. L’albinisme est d’ailleurs assez fréquent chez les
phalangers. Les Pétauristes sont des animaux nocturnes
qui vivent dans les forêts de l’Australie et de la Tasma-
nie. Ils dorment tout le jour dans les arbres creux, et les
indigènes des Nouvelles Galles du Sud savent très bien
les y découvrir; mais ils parviennent rarement à les
capturer vivants, et l’on n’a jamais pu, jusqu’à présent,
les conserver longtemps en captivité.
j. — Le Bélidé, Belideus aricl.
LE NATURALISTE 3 ; "1
Fig. 7. — Le Bélidé, Belideus sciureus.
2° Bélidés. Les Bélidés se distinguent des Pétauristes,
par leur plus petite taille, leur fourrure moins longue,
mais très serrée, leurs oreilles nues, et leur queue fran-
chement distique. Ils sont aux Pétauristes, ce que les
Sciuroptères sont aux Pteromys. Enfin leur caractère est
moins farouche, et ils supportent assez bien la captivité.
On en distingue plusieurs espèces, dont voici les prin-
cipales.
Belideus flaviventer. C’est le plus grand des Bélidés,
Son pelage d’un brun fuligineux, avec une large raie dor-
sale plus sombre, est plus long que chez les autres es-
pèces. Il habite l'Australie.
Belideus ariel. Pelage gris, court et serré, une raie
dorsale noire s’avancant jusqu’au museau. On le ren=
contre à la Nouvelle-Guinée et à la Nouvelle-Bretagne
Belideus sciureus. I a la taille et le port du Polatouches
Il est un peu plus grand que l’A=
riel, son corps mesure 0 m. 26 el
sa queue très touflue 0 m. 27. Sa
teinte générale est d’un gris roux
marqué également d’une raie
dorsale plus sombre. On le trouve
en Australie et en Nouvelle Gui=«
née,
Les Bélidés sont d’une agilité
extrême, et le Sciurin, malgré San
petite taille, peut parcourir un
espace de 30 mètres en s'élans
cant d’une hauteur de 10 mès
tres. Tous se servent de leurs
queue avec une incroyable as
dresse. Sa conformation distique
en fait un gouvernail perfectionnés
ainsi que le prouvent les réels
des voyageurs et le fait de ce Belis
deus captif sur un navire, qui, un
jour, en s’élançant du haut des
mäture se serait infailliblement
noyé, si un mouvement de sa
queue ne l’eût ramené sur le pont
n°
Acrobate, aussi nommé Voltigeur ou Souris volante.
IL a la taille et l’aspect extérieur du Muscardin. C’est le
N pygmée des Phalangers à parachute. Il ne mesure que
0 m. 14 dont la moitié pour la queue. Celle-ci par sa
conformation distique très accentuée, et visible aussi
ee bien à la partie supérieure qu’à la partie inférieure, res-
semble à une véritable plume, Tout le pelage est d’un
“brun roux uniforme, et on n’y remarque pas la ligne
£ dorsale sombre qui caractérise les Bélidés. On ne con-
naît rien des mœurs de ce charmant petit animal qui ha-
mnbite l'Australie. Il n’est pas rare dans les Nouvelles-
Galles du Sud; mais, grâce à sa petitesse, il échappe fa-
cilement aux poursuites des chasseurs.
E. DE POUSARGUES.
À SOCIÉTÉ PHILOMATIQUE DE PARIS
(8° SÉRIE, T. IV, FASC. 1.)
mu M:E.-L. Bouvier, d'après des observationsfaites au laboratoire
à Saint-Vaast, fait observer que les Pagures (Ewup. Bernhar-
«‘us) ne paraissent pas reconnaître au premier abord le sens
d'enroulement des coquilles qu’ils doivent habiter, et qu’ils se
logent indifféremment dans des coquilles dextres ou sénestres,
bien qu'ils habitent normalement des coquilles enroulées à
“droite. L’indifférence à l'enroulement étant très grande chez les
jeunes encore sans abri, l’auteur pense que, si l’on offrait à ces
derniers des coquilles sénestres, ils pourraient s'y loger d'une
— manière définitive, auquel cas des modifications très curieuses
“se produiraient chez l'animal. Si l'on songe, en effet, que la dis-
paxrition des fausses pattes droites est due au contact des parois
abdominales contre les parois de la coquille dextre, il est assez
naturel de penser que l'habitat dans une coquille sénestre doit
“faire disparaître les fausses pattes du côté gauche et permettre
à. celles du côté droit de se développer normalement. —
“M: Ch. ConrexaN décrit un obturateur nouveau pour l’opéra-
tion de la fistule gastrique chezle chien. Le même observateur,
grâce à une méthode spéciale, a pu constater la présenec in-
xariablement constante de l'acide chlorhydrique et de l’acide
lactique dans le suc gastrique du chien. La quantité d’acide
lactique est en général tout à fait négligeable vis-à-vis de l’a-
cide chlorhydrique; mais ce dernier acide n’est jamais libre et
se présente sous la forme de combinaisons très peu stables. —
M: A. E. MaLarD observe que les glandes salivaires décrites
chez l’Aphrodite par M. de Quatrefages ne sont pas en réalité
des glandes, mais des organes tactiles très délicats qui corres-
Pondent par leur position aux palpes labiaux. — M. Marin à
étudié à Saint-Vaast un homard presque complètement blan-
châtre, etil attribue cette coloration anormale à un phénomène
de mimétisme en rapport avec le fond blanchâtre sur lequel
devait vivre l’animal. — D’après M. Brérrix, un homard blanc
fut élevé à Concarneau dans un réservoir, et reprit sa couleur
Fig. 8. — Acrobates, Acrobates pygmœus.
#4 | LE NATURALISTE 162
du navire qu'un fort coup de roulis avait fait dévier. | bleue à la première mue. — M. A. E. Mara», étudiant l’in-
fluence de la lumière sur la colo-
ration des Crustacés, pense, au
contraire que les homards blancs
doivent leur coloration propre à
l'insuflisance de lalumière dansle
milieu oùils ont vécu. Il passe en re-
vue de nombreux Crustacés chez
lesquels seproduisent des change-
ments de couleur, et il attribue l’a-
daptation chromatique de Panimal
à deux causes différentes : à la
modification d’un pigment sous
l’action directe de la lumière, et
à l’action de cellules à pigments
(chromoblastes) agissant sous l’ac-
tion de la lumière, mais indirecte-
ment et par l'intermédiaire d’une
sorte de réflexe ayant son point de
départ dans les yeux mêmes de
l'animal. L’Idotea tricuspidata,
par exemple, d’après les recher-
ches de P. Mayer, change de
couleur suivant les objets qui
l'entourent, et cela dans l’espace d’une demi-heure; mais, si
on rend l'animal aveugle en lui extirpant les yeux, cette curieuse
adaptation n’a plus lieu. Les mêmes observations ont été faites
par M. G. Pouchet sur certains Palémons; l’ablation des yeux
produisait le même effet qu’un fond noir et l'animal devenait
d’un. brun foncé. — Etudiant la digestion pepsique de l’albu-
mine, M. Charles CoNresEAN montre que, placée dans des con-
ditions favorables, la pepsine transforme totalement l’albumine
coagulée en syntonine, la syntonine en propeptone, et enfin la
propeptone presque totalement en peptone. — M. Pauz Gau-
BERT résume ses observations sur les muscles des membres et
sur l’homologie des articles des Arachnides. Il conclut de ses
recherches que la forme des organes appendiculaires des
Arachnides est partout la même et que les cinq derniers articles
forment avec leur projection sur le sol un quadrilatère. —
M. S. Jourpaix établit que le liquide coutenu dans l’œillette
de la Grenouille est constitué par un mélange, en proportions
variables, de sang veineux et de sang plus ou moins hématosé
revenant de la surface tégumentaire. Le même observateur dé-
crit le phénomène de la déglutition chez les Synascidies (Cla-
velines, Pérophores); il reconnait avec M. Giard que la déglu-
tition s’opère du côté dorsal, mais un peu à droite du raphé
muni de languettes. qui occupe cette région du sac branchial.
Les particules alimentaires sont conduites par les cils vibratiles
de l’anneau péribuccal à la fossette dorsale ; celle-ci recèle le
mucus qui agglutine les aliments et donne bientôt naissance à
un cordon qui se dirige vers l’estomac en suivant la voie indi-
quéc plus haut.
f E. B.
LES HABITATIONS PRIMITIVES ©
« Quand on regarde, nous dit Tylor, les nids des
« Oiseaux, les constructions des Castors, les demeures
« de feuillages des Singes, on s'étonne d’abord que
« l'Homme se soit montré si souvent incapable de se
« construire un toit. Mais, lorsqu'il ne l’a pas fait, cela
« lenait sans doute à ses conditions d'existence. »
C’est chez les tribus nomades que nous rencontrons
les modes d'habitation les plus simples. Les indigènes
des îles Andaman se couchent sur un rocher de la côte
ou dans des creux qu’ils pratiquent dans le sable, Au
commencement de notre ère, les anciens Germains
s’abritaient dans des excavations semblables qu'ils
recouvraient parfois d’un toit en paille ou de fumier
désséché.
Aux Indes, les feuilles d’arbres, surtout des Palmiers,
(1) Notice rédigée d'après le mémoire du D' Büchner paru
dans « der Nalurhistloriker » (Vienne), 1892, p. 1-5, 49-61, 97-
108.
164 LE NATURALISTE
sont fichées dans le sol et réunies dans leur partie
supérieure.
Aujourd'hui les Botocudos et beaucoup de tribus
australiennes se logent de cette facon. Dans les steppes,
et dans les régions polaires où la végétation manque,
on se sert de peaux en guise de toits. Dans le nord de
l’Asie et de l'Amérique les Samoyèdes et les Esquimaux
construisent ainsi leur tente, On retrouve ces mêmes
tentes chez les Patagoniens. Certaines peuplades plus
civilisées emploient le feutre, Mais, en somme, toutes
celles qui vivent uniquement de la chasse ou de la pêche
ont des habitations légères et facilement transportables.
Chez d’autres, à mœurs plus sédentaires, la hutte prend
la forme carrée ; elle est alors plus vaste et mieux cons-
truite. Parfois ovale comme chez les Hottentots, elle est
soutenue par des pieux; ses parois et son toit sont
formés de nattes (ressées, de Roseaux et de Jones. Dans
l'Afrique Centrale, les huttes sont revêtues de terre
argileuse, leur toit est en paille.
Dans l’Amérique du Nord, les Indiens possèdent soit
des habitations arrondies qu’ils recouvrent de végétaux
ou de peaux d’animaux surtout du Bison; mais d’autres
ont des demeures souterraines de dix à douze pieds de
profondeur où ils descendent au moyen d’une échelle ;
la toiture se compose de bois, d’épaves recueillies dans
les rivières et d’argile.
On rencontre chez les Lapons deux ou même trois
sortes de huttes. Leur demeure d’été est la tente sup-
portée par des pierres et ordinairement par des bois ou
des os d'animaux, surtout de Rennes. Sur les côtes ils
utilisent les os de Baleines ow de Morses. Plus au sud,
l’Esquimau construit sa hutte en terre et en bois. A
l’ouest, dans la région montagneuse, il la creuse dans
le sol. D’après le capitaine Cook, une hutte du Kamt-
schatka mesure six pieds de profondeur; le toit est
formé de branches et de peaux. Enfin au nord, l’on
trouve les huttes de neige ou de glace.
L’on remarque que lu pierre n’est presque pas utilisée
par toutes ces peuplades.
Mais déjà les Australiens des Nouvelles-Hébrides et
des îles Ladrones élèvent des murs en pierres non
taillées. Les habitants des Ladrones font le ciment avec
du sable et de la chaux.
Le bois a toujours joué un certain rôle dans les habi-
tations primitives. Strabon nous dit que les anciens
Gaulois construisaient des huttes rondes en bois et en
osier tissé qu'ils revêtaient d'argile mêlé de paille. De
nos jours, Lubock rapporte que les demeures aux îles
Fidji sont bien bâties, composées de bois de Cocotier
et de mousses.
L’on voit pourtant que l’Homme préhistorique a
parfois déployé beaucoup d’habileté dans l'établissement
de sa maison. Ainsi, les fouilles qui ont été pratiquées
récemment dans la montagne de Mannhart, située au
nord du Danube entre Krems et Znaim, ont mis à jour
des vestiges d'habitations où l’on remarque que largile
était mêlée de paille hachée et d’épines de Conifères
pour augmenter sa solidité, Dans cette contrée, les nom-
breux ustensiles en pierre polie et en argile témoignent
du séjour prolongé d’une peuplade à l’'époquenéolithique.
On se fera une idée plus exacte de la forme extérieure
qu'avaient ces habitations du Mannhart si on les com-
pare avec d’autres vestiges mieux conservés que l'on
découvrit en premier lieu en Italie, Dans les fouilles
d’Albano, près de Rome, les huttes construites en argile
brune grossière sont cylindriques, elles ont un toit
voûté ou conique, Sur une seule plate-forme qui est
supportée par quatre piliers, l’on voit jusqu'à sept
maisonnettes, Plus tard, on mit à jour de ces mêmes
constructions dans le Danemark et certaines parties de
l'Allemagne. Elles rappellent beaucoup les habitations
lacustres qui sont le dernier degré de perfectionnement
de la maison préhistorique en bois.
Nous connaissons fort bien la construction de ces
cités lacustres qui furent découvertes d’abord dans les
lacs suisses — l’on en compte aujourd’hui plus de
300 stations. D’autres se comptent en Italie, en France,
en Autriche-Hongrie, dans l'Allemagne, l’Angleterre et
l'Irlande. Leur conservation relative et les nombreux
objets que l’on y a trouvés nous expliquent suffisam-
ment la vie qu'ont menée leurs habitants.
Pour le rappeler en deux mots, leur plancher souvent
vaste était supporté par des pilotis faits de bois divers
(Chêne, Hêtre, Bouleau, Sapin) et fichés de un à cinq
pieds dans la vase; ils s’élevaient jusqu’à six pieds au-
dessus de l’eau, Les huttes étaient bâties en bois et en
argile ; des jones ou même de la mousse remplissaient
les joints. Le toit était probablement composé d'argile
et de pierres. Un pont reliait ces villages à la terre. Il
faut dire que les stations suisses ont duré longtemps en
traversant successivement les périodes des âges de la
pierre, du bronze et du fer.
D'ailleurs Hérodote et Hippocrate nous parlent de
constructions analogues sur pilotis, qui existaient chez
les Thraces, en particulier sur le fleuve Phase. Le
premier de ces auteurs raconte à propos de celles du lac
Prasias, qu’il suffisait aux habitants de descendre par
une trappe un panier pour le retirer rempli de Poissons.
Hérodote assure que nos gens nourrissaient avec du
Poisson leur bétail et leurs Chevaux!
Aujourd’hui on a découvert des demeures semblables
à la Nouvelle-Guinée et sur plusieurs autres îles de
l'Océanie. Leurs restes sont encore mieux conservés. En
réalité les populations lacustres avaient un double but
en s’établissant de la sorte : se défendre plus facilement
contre les peuplades cAnenee et se préserver des ani-
maux carnassiers ; car, à cette époque, les fauves pullu=M
laient dans les forêts immenses, impénétrables. Ensuite
elles étaient à portée des ressources de la pêche qui
fournissait à leur nourriture principale. Enfin les condi-
tions hygiéniques étaient meilleures pour elles. Nous
en avons la preuve actuelle dans les habitations aqua=
tiques de certains peuples.
Suivant Noubet, beaucoup de Cambodgiens logent sur
pilotis, non seulement au milieu des rivières, ou sun
leurs bords, mais dans l’intérieur des forêts. Leurs.
huttes, construites essentiellement en Bambous, sonb
élevées de un à deux mètres au-dessus de l’eau ou au
dessus du sol. De cette manière ils n’ont pas à redouter
les crues ou les inondations. Ces villages se rencontrent
encore dans le royaume de Siam et dans la Birmanie
La capitale de l’ile de Bornéo est entièrement établie su
pilotis, et en Amérique, la ville de Venezuela — qui tire
son nom de Venise — est bâtie de même.
D’après les renseignements qui nous sont donnés par
Lubock, les bergers du Scinde placent leurs huttes |
huit à dix pieds au-dessus du sol pour éviter l'humidité
et les Insectes (1). En Afrique, près du lac Tchad, sun 2
| el
(1) J'ai vu en Suisse, en particulier dans la vallée de Bin
LE NATURALISTE
les bords du Pamalombe, à Batoka sur le Bas-Zambèze,
enfin dans les îles du Cap, les demeures sont élevées
au-dessus du sol, même au milieu des jardins. Mais c’est
surtout en Malaisie que l’on rencontre le plus souvent
ce genre d'habitation.
Certaines tribus des Indes Méridionales, comme les
indigènes de Bastra sur l’île de Sumatra fixent leurs
huttes sur les arbres, Elles diffèrent peu de celles des
Singes anthropoïdes africains; l’on prétend d’ailleurs
que l'Homme primitif a été bon grimpeur.
Un autre genre d'habitation nous est fourni par le
hamac, très en usage aujourd’hui comme lit de repos
dans les villas. Beaucoup d’Indiens s’en servent comme
unique demeure. Comme exemple, les peuplades du
Tabajos, tributaire du fleuve des Amazones.
Avant l’âge du fer, les peuples désignés sous le nom de
«Mroglodytes » s'installaient dans les cavernes des ré-
gions montagneuses. Ainsi la grotte la plus remarquable
décrite par Fraas est. celle de Hohlefels, en. Bavière.
Pentrée qui mesure 80 pieds conduit à une sorte de
hall, dans l’intérieur des rochers, mesurant cent pieds
en hauteur, et autant en largeur et profondeur. Les
Mroglodytes se revêtaient de peaux d'animaux; ils
étaient surtout chasseurs d'Ours; on connaît d’ailleurs
trop bien tous les instruments qu'ils se taillaient, la vie
qu'ils devaient mener pour que je m’étende sur ce sujet.
En France, la vie de l'Homme des cavernes paraît avoir
été plus facile, grâce au climat plus doux et à l’abon-
dance des pierres à feu.
D'ailleurs chez des peuples civilisés dans l'Italie et en
Chine, nous rencontrons encore maintenant des demeures
semblables dans quelques montagnes.
Suivant Nadaïillac, certaines cavernes naturelles du
continent américain (Virginie, Californie, Mexique, etc.)
doivent avoir plutôt servi de tombeaux.
Mais, sur les bords rocheux des rivières San Juan, Rio
Mancos et Rio de Chelle, les découvertes des « Cliff
…Dwellers » témoignent d'une culture plus avancée.
Solides, formant parfois de véritables forteresses de
“défense, elles sont creusées dans le calcaire. Leurs murs
“s'appuient à l'arrière-plan contre la pierre. Dans la
vallée de Holenweep, les Hommes primitifs ont réussi à
établir sur un espace de 300 pieds en longueur et de
40 pieds en largeur jusqu’à quarante maisonnettes.
Des villages semblables existent encore à l’heure
actuelle ; au bord de la Loire, près de Tours, au bord de
“là Gironde, près de Royan.
En 1889, l'expédition américaine au Mexique, dirigée
par le lieutenant Schimatka, découvrit au sud de la pro-
vince de Chihuaha des milliers de demeures dans les
rochers. À l’arrivée des explorateurs, les indigènes
Senfuyaient avec une rapidité extrême, en montant dans
leurs maisons par un tronc d'arbre servant d'échelle. Les
voyageurs découvrirent aussi dans la région des ruines
fréquentes qui avaient servi de demeures à d’innom-
brables Toltèkes et Actèkés.
Tous ces vestiges trouvés sur le Nouveau Continent ont
sûrement étonné les Européens. Mais ils nous font recon-
naître que la culture des peuples préhistoriques de
lAmérique Centrale et de l'Amérique du Sud était fort
développée. Les monuments grandioses de Palenqué,
(haut Valais), un grand nombre de chalets élevés sur les pierres
àprès d'un mètre de hauteur. Ici les habitants agissent ainsi
Pour se préserver des Rats.
165
les temples ornés de statues dépassant la grandeur natu-
relle, et de hiéroglyphes, les ruines de Copen dans le
Guatémala, celles d’Axmal dans ie Yucatan — décou-
vertes il y a dix ans — ont été comparées par Oswald
aux ruines de Thèbes et de Persépolis qu’elles surpas-
seraient par leur étendue et leur beauté. Actuellement
un épais voile repose encore sur ces cités américaines;
leur origine n’a point été établie.
De même, près du lac Titicacca, au Pérou, on a décou-
vert des édifices remarquables bâtis sur un style ancien-
péruvien très original. On se demande comment ces
peuples ont pu les élever en se servant uniquement
d'instruments en pierre, en cuivre ou en mauvais bronze.
Tout récemment un explorateur américain, M. G. W.
Bandelier, dans les fouilles qu'il a faites dans l’État
d’Arizona, constata la présence de nombreuses villes
dont quelques-unes devaient avoir plus de trois cent mille
habitants. Cette vallée aurait été bouleversée par les
volcans il y a 6000 ans, Mais il semble prouvé que l’apogée
de ces cités date d’au moins dix mille ans.
On doit donc s’attendre à ce que l’étude de ces régions
établisse que la civilisation n’est point venue d’Asie mais
au contraire d'Amérique.
F. DE SCHAECK.
Suites à la Flore de France
DE GRENIER ET GODRON
(Suite.)
PLOMBAGINÉES Endl.
Armeria Mulleri Huet du Pavillon Description
de quelques plantes nouvelles des Pyrénées, p. 6, et
in Bullet. Soc. bot. de France, XIX (1872),
p. ox. — Sect. Plagiobasis Boiss. ap. DC.
Prodr. XI, p. 677. — Plante vivace émettant par
rosette 1-2 scapes grèêles Æ allongés. Feuilles uni-
formes, toutes linéaires, uninervces, longues, planes,
molles, obtuses, entières. Gapitules de grandeur
moyenne (18-20 millim. de diamètre), à spathe à
peine un peu plus longue que leur hauteur (12-15
millim. de long.); involucre à écailles extérieures
fauves à peine scarieuses aux bords, largement lan-
céolées, acuminées, cuspidées, plus courtes que les
internes scarieuses érès obtuses ; bractées égalant le
fruit. Culice à tube obconique, velu dans les sillons
et sur les côtes qui les égalent, et sensiblement plus
court que le pédicelle. Limbe égalant le tube, à lobes
triangulaires, brusquement contractés en une arûte
courte, de moitié au moins plus courte qu'eux; co-
rolle d’un beau rose.
Var. minor Rowv.— Plante plus grêle dans toutes
ses parties ; scapes subfiliformes de 6-7 centim.
Hab. — PyrÉNÉES-ORIENTALES : le Canigou
(Huet du Pavillon) ; Morens (Lerb. R., sub Vayreda,
nom. À. Magellensis Boiss.); (etc. ?).
Var. minor. — Pyrénées orientales : Val d'Eynes
(lerb. R., Pellat et Bonnicr, su. nom. À. alpinæ).
Aire géographique. — Probablement en Cata-
logne.
166
L’A. Mulleri vient, parmi nos plantes françaises,
prendre place à côté de l'A. alpina L., dont il |
diffère cependant nettement par les capitules plus
petits, les involucres à écailles moins scarieuses, les
extérieures plus étroites et moins courtes, la gaine
plus longue que le capitule, les calices à côtes aussi
larges que les sillons, le limbe plus court et les
feuilles bien plus étroites (2/3-1 millim. de large),
non charnues, relativement plus longues et plus
raides. Il est surtout très voisin de VA. Halleri
Wallr. (Monogr. p.194, Boiss. ap. DG. Prodr., VIT,
p. 681), dont il ne se distingue guère, d’après la
comparaison des exemplaires de nos cellections, que
par les calices velus sur toute leur surface (et non
seulement sur les côtes), les feuilles généralement
un peu plus courtes ainsi que les gaines et moins
nettement obtuses, caractères d'importance relative
qui ne peuvent nous empêcher de considérer seule-
ment l’4A. Mulleri comme sous-espèce locale de À.
Halleri Wallr., lequel reste bien distinct d’ailleurs
des À. e’ongata Hoffm. et alpina L. — L’A. Mulleri
a aussi le port et l'aspect de l'A. Magellensis Boïiss.,
mais il s'en distingue par les feuilles uniformes,
toutes uninervées, les folioles de l’involucre plus
courtes que les internes.
OBs. — Timbal-Lagrave a indiqué dansle Bul-
letin de la Société botanique de France (XIX,
p- exxr) cette plante au Val d'Eynes et à Font-Ro-
meu, en reproduisant la diagnose de Huet du Pavil-
lon. Or, si la plante du Val d’Eynes appartient bien,
comme celle du Canigou, à |A. Mulleri, il n’en est
rien pour celle de Font-Romeu que nous avons ré-
coltée nous-même en 1877, laquelle n’est autre
chose qu’une forme à feuilles étroites de l’ A. planta-
ginea, forme qui peut être acceptée comme variété
stenophylla Nob. à côté des var. præcox (A. præcox
Jord., Statice Armeria AIL.) (1), et sabulosa (A. subu-
losa Jord., À. plantaginea Willd. et auct. mult. —
C’est sans doute d’après le rapprochement inexact
fait par Timbal que quelques botanistes confondent
cette var. séenophyllu de V À. plantaginea avec l'A.
Mulleri, car nous avons reçu des environs de Mont-
Louis l’A. plantaginea var. stenophylla, sous le nom
de A. Mulleri, bien que les deux plantes n’aient
guère de commun que les caractères généraux de la
sect. Plagiobasis; nous avons aussi reçu des Cor-
bières l'A. bupleuroides Gren. et Goûr., sous le nom
d'A. Mulleri. — La var. stenophylla se rencontre
souvent avec des feuilles complètement pubescentes,
cas qui n’est d’ailleurs pas très rare chez certains
Armeria à feuilles généralement glabres.
Armeria filicaulis. Boissier, Voyage botanique
dans le midi de l'Espagne, p. 527, tab. 154 ; et ap.
DC. Prodr., XII, p.678 ; Willk. et Lge. Prod, #1.
Hisp., IL, p. 369; Janka Plumbagine Europ., p.5.
— Exsice. F. Schultz Æerb. norm., n° 1127; Ch.
(1) L’A. præcox existe aussi dans les Pyrénées ; nous l'avons
recueilli au Canigou (Pyrén.-Orient.) et sur la montagne de
Paillières près Ax-les-Thermes (Ariège).
LE NATURALISTE,
| Magnier, Flora selecta, n° 949. — Sect Plagiobasis
Boiss. ap. DC. Prodr., XII, p. 677: — Plante vivace, «
suffrutescente, émettant plusieurs scapes très grêles
où subfliformes. Feuilles de deux formes, les exté-
rieures plus eourtes, largement linéaires, planes,
aiguës, entières ou ondulées-subdenticulées; Les au-
tres plus lonques, étroitement linéaires, presque su-
bulées, triquêtres, acuminées, raides, mais non pi-
quantes, glabres, canaliculées en dessus, con-
vexes en dessous et wrinervées. Capitules petits
(10-12 mill. de diamètre), à spathe égalant environ «
leur hauteur ou plus longue (8-18 millim. de long); M
involucre à écailles peu nombreuses, pâles, sca- M
rieuses ; les extérieures ovales; arrondies, mutiques
ou mucronées, trois fois plus courtes que les internes,
tronquées ou rétuses ; bractées égalant le fruit. Calice
à tube obconique, velu entièrement ou seulement
sur les côtes (un peu moins larges que les sillons)
et quatre fois plus long que le pédicelle épaissi au
sommet; Zmbe plus court que le tube, & lobes trian-
gulaires atténués en une arête un peu plus courte
qu'eux ; corolles blanchâtres ou rosées.
Hab. — Var : montagnes de la Tourne, au-dessus
de Belgentier; terrains sablonneux sur le calcaire
(Lerb. R., Hanry, Huet.)
Aire géographique. — Espagne :
(Timbal), Murcie (Boissier,
(plur. bot.); Tolède (Rouy).
L’A. filicaulis, si distinct de nos autres Armeria
français, ne doit cependant être considéré que comme
une sous-espèce de l’A. Zttoralis Hoffg. et Link
(Flore Portug., X, p. 144, exclus. synon. ; Daveau
Plumbag. du Portugal, p. 33; A. mierocephala
Welw. Herb. exsicc., n° 1644, et Al Aïgarb”
n° 426), qui en diffère seulement par ses feuilles
plus courtes et plus molles, parfois pubescentes, les
spathes presque du double plus longues, et less
folioles de l’involucre toutes plus ou moins mucro—
nulées, même les rétuses. Nous avons pu constater
la constance de ces caractères sur nos exempl
d'A. littoralis de Budens (Welwitsch), Serpa (Da
veau), Monchique (de Coincy) ; c’est pourquoi nous
conservons l'A. flicaulis Boiss. comme sous-espèce.
G::Rour:111 $
;
RESTE ae pui es LE
AT&GON,
Bourgeau), Grenade
(À suivre.)
MATIÈRE SINGULIÈRE RECUEILLIE À LA SUITE
D'UN COUP DE FOUDRE
De LT di
#
“
11 y a quelques années, M. Maurice Gourdon, en m ’en=
voyant une série intéressante d'échantillons géologiques
m'écrivait ce qui suit :
« Le 28 juillet 1885, vers une heure et demie de l'a
près-midi, un homme de Luchon, se trouvant à la sortie
de Luchon sur la route de Bigorre, à 150 mètres aprèsle
pont de Mousquères, au lieu dit là Croix de Paysas, et
au moment où l'orage grondait fortement, vit tomber la 4
foudre à vingt mètres de lui environ. Remis de la com= |
&
LE NATURALISTE
. —
- motion éprouvée, il vint par curiosité regarder l'effet
produit par la foudre et constata sur le mur longeant la
route de la Croix de Paysas, au Pont de Mousquères, sur
les schistes et sur les calcaires, des enduits de couleur
brune ; certains arbres (érables) en avaient un enduit
sur l’écorce.
« Prévenu par cet homme, j’allai le lendemain matin
sur les lieux et je récoltai des spécimens d’écorce, de
schistes et de calcaire portant le même enduit brunâtre,
«Après le pont de Mousquères, j'ai inutilement cher-
ché la trace du passage du fluide électrique sur les
schistes de la carrière immédiatement en face.
« Avant la chute de la foudre, le 28 juillet, je n'avais
rien vu sur le mur et les arbres de la route, et ces frag-
ments me semblent donc devoir dater de ce moment
précis. »
J'ai soumis à une étude très attentive les enduits dont
mil s'agit et dont, grâce à M. Gourdon, je possède plusieurs
| spécimens.
Pragment de schiste portant à sa partic inférieure des goutte-
lettes d'une matière résineuse déposée par un coup de
foudre. Ech. du Muséum. Grand. nat.
% Comme le montre la figure jointe à cet article, ils sont
‘en forme de gouttelettes et de couches minces translu-
cides brunâtres à éclat vitreux et à texture bulleuse. Au
| de varier avec la substance qui les supporte comme
les vraies fulgurites, ils restent identiques à eux-mêmes
sur les schistes, sur les calcaires et même sur les écorces
er ’arbres.
[A première vue, il est manifeste que ces substrata n’ont
pas subi d’élévation notable de température, et l’étonne-
ment augmente encore quand on s’apercoit que les
gouttelettes et les enduits, loin d’être en un verre dur,
Se laissent rayer à l’ongle et se pulvérisent sous une
ression très faible. Par la simple friction ils se ramol-
lissent ; une bougie les enflamme et en dégage une odeur
—résineuse et beaucoup de fumée.
La matière chauffée dans un tube fermé sur la lampe
alcool, distille et laisse un résidu charbonneux consi-
dérable : il se condense en même temps une eau acide,
de fines gouttelettes incolores, dont une partie cristallise
“par refroidissement et de la résine blonde très analogue
aspect à la matière primitive.
Elle est, surtout à chaud, soluble dans l’alcool d’où
Veau la précipite, Une analyse élémentaire y a trouvé :
4
Carbone... RE 11.09
LIÉE LL AAA RARE 120
NEO PER Re deco e 10.80
1u0.00
C'est-à-dire des résultats très voisins de ceux qui con-
cernent la colophane.
D’un autre côté, l'examen des échantillons conduit à
Vopinion qu’il s’agit bien réellement d’un apport effectué
par le météore.
167
Sur les schistes, l’enduit est en couches très minces,
continues parfois sur plusieurs centimètres, brunâtre,
souvent noirâtre, très brillant; il a pénétré en quelques
points de plusieurs millimètres dans lesioints de la ro-
che. Il arrive que cette matière présente une apparence
fibreuse très remarquable. On peut, à la pince, en arra-
cher des filaments qui donnent l’idée de poils et de che-
veux; mais chauffés sur une lame de platine, ils brûlent
sans répandre l’odeur de corne d’une manière sensible,
et les irrégularités, telles que nodosités, qu'ils offrent
sur leur longueur, montrent qu'ils consistent simplement
en résine filée.
A la surface de certains fragments schisteux l’enduit
est tout à fait discontinu, et même, par places, réduit à
l’état de fines gouttelettes seulement visibles à la loupe
(V. la figure).
Sur les calcaires, les caractères de la substance rési-
neuse sont sensiblement les mêmes. J'ai un échantillon
où elle est remarquablement épaisse. À côté de l’amas
qu’elle constitue, le marbre est noirci par de la suie,
comme si la résine avait en partie brûlé au contact de la
roche.
Enfin, sur les écorces d’arbre, la matière fondue se
présente en gouttes pouvant atteindre 4 millimètres de
diamètre et ne dépassant pas quelquefois des dimen-
sions presque microscopiques; un des échantillons
montre l’écorce comme saupoudrée de résine avec des
filaments longs et abondants qu’on ne trouve pas sur
les parties qui n’ont pas été imprégnées. On est frappé
d’ailleurs tout d’abord de l’état intact de l'écorce qui ne
paraît pas avoir été chauffée d’une manière sensible, La
résine s’est déposée entre des brins de mousse sans leur
faire perdre l'apparence qu'ils ont sur les points non
recouverts par l’enduit.
Dans tous les cas, celui-ci présente des bulles très pe-
tites et, à sa surface, font saillie desfibres entre-croisées.
Ces fibres dessinent un réseau qui n’est pas sans ana-
logie extérieure avec celui que montre la croûte de
diverses météorites et spécialement des eukrites. Il pa-
raît même que les fibres ne sont pas simplement à la
surface mais qu’elles existent dans la masse de la subs-
tance car, ayant mis à dissoudre dans l'alcool une la-
melle de résine prise sur un schiste et présentant une
parfaite homogénéité apparente j'y ai vu se révéler des
baguettes et des aiguilles qui se sont dissoutes à leur
tour.
Le résidu remarquablement abondant de cette disso-
lution offre à l’examen microscopique une identité par-
faite avec les poussières atmosphériques si bien connues
maintenant. On y voit des fragments organiques variés :
fibrilles végétales, paquets de cellules dont quelques-unes
chargées de chlorophylle, débris d’animalcules, poils,
grains minéraux, les uns hyalins, offrant parfois des
formes cristallines, les autres opaques et arrondis comme
les corpuscules ferrugineux des sédiments neigeux par
exemple, etc... Ce sont évidemment des granules agglu-
tinés par la résine au moment où elle était fluide et
qui n’ont pas la même origine qu’elle.
Quant à celle-ci, il se pourrait très bien que, loin d’être
absolument nouvelle, elle fût simplement le premier
échantillon conservé d’une matière déjà entrevue dans
une série de circonstances. La plus nette est peut-être
celle que mentionne Robert Boyle (1) et qu’Arago n’a pas
(1; The philosophical Works of the honourable R. Boyle Esq.
t. LIL. p. 32. — 1793.
168
manqué de citer dans sa célèbre Notice sur le tonnerre (1).
Le 24 juillet 1681, vers trois heures de l’après-midi, le
vaisseau Albermarl naviguant à 100 lieues du cap Cod,
fut assailli par un orage. Un coup de foudre fut suivi de
la chute dans la chaloupe même. suspendue à la poupe
du bâtiment, d’une matière bitumineuse répandant l’o-
deur de la poudre à canon et qui se consuma complète-
ment, bien qu'on essayât de l’éteindre avec de l’eau ou de
le projeter dehors au moyen de bâtons : « À bituminous
matter Smelling like gunpowder and continuing to burn till
it was wholly consum'd: they cowd not extinguish it by
water and attempting to dissipate it with sticks. »
Un autre exemple du plus haut intérêt a été plus ré-
cemment rappelé à cette occasion par un des plus savants
membres de l’Académie des sciences, M. Trécul (2). Le
25 août 1880, pendant un orage avec tonnerre et éclairs,
cet observateur vit en plein jour sortir d’un nuage
sombre un corps lumineux, très brillant, légèrement
jaune, mais presque blanc, de forme un peu allongée avec
les deux bouts brièvement atténués en cônes. Ce corps ne
fut visible que pendant quelques instants ; il disparut en
paraissant rentrer dans le nuage; mais en se retirant, il
abandonna une petite quantité de substance qui tomba
verticalement comme un corps grave, comme si elle eût été
sous la seule influence de la pesanteur. Le petit corps
tombant se divisa pendant sa chute et s’éteignit bientôt
après lorsqu'il était sur le point d'atteindre le haut de
l’écran formé par les maisons.
Dans un grand nombre de cas de tonnerre en boule
on a noté de même la présence de substances brülant
plus ou moins lentement (3) et répandant l'odeur du
soufre, de la résine, du bitume et parfois dégageant une
fumée noire (4). La suie conservée par l’un des morceaux
de marbre de Luchon montre qu'ici également il y a eu
combustion; une cause fortuite, sans doute très rare, l’a
éteinte avant la disparition de toute la masse.
Il faut même ajouter que, dans le fait mentionné par
Boyle, la liaison avec le tonnerre semble établie par la
désaimantation de la boussole qui accompagna le phé-
nomène. Aussi dans le mémoire cité plus haut, M. Tré-
cul a-t-il pu dire : «IL peut donc exister dans certains
nuages orageux une matière en fusion, incandescente,
qui peut tomber sur le sol en se divisant dans l’atmos-
phère qu’elle traverse.
« Quoique, dans le cas dont il s’agit, la chute du corps
n'ait pas été accompagnée du bruit de tonnerre, il me
semble que le fait que je viens de rappeler peut être
rapproché de celui qui fut signalé par un habitant de
Luchon, et qu’il est bien probable que la matière rési-
neuse si bien étudiée par M. Stanislas Meunier, provient
du tonnerre en boule tombé pendant l’orage, comme l’a
vu ledit habitant de Luchon. Je crois que Les deux obser-
vations se complètent réciproquement.
a J'ai vu la matière fondue sortir d'un nuage obscur
sans avoir pu la recueillir.
«A Luchon M. Gourdon a recueilli les produits de la
chute sans avoir pu constater lui-même leur prove-
nance. »
Une autre supposition toutefois, quant à l’origine de la
(1) Œuvres complètes de François Arago, t. IV. p. 220.
(2) Comptes rendus de l’Académie des sciences, t. CIIT. p, 848.
nov. 1886.
LE NATURALISTE
résine que je viens d'étudier serait de la rattacher, non
à un coup de tonnerre, mais à l'explosion d’un bolide.
Dans de nombreux récits, par exemple, le 8 mars 1796,
en Lusace ; en juillet 1811 à Heidelberg; le 13 août 1819
à Amherst, Massachussets, etc., on a mentionné à la
suite de ces météores la chute sur le sol de substances
plus ou moins visqueuses, poisseuses, qui figurent seu-
lement dans les catalogues, mais qu’on chercherait en
vain dans les collections. Ce ne serait pas la première
fois que des corps météoriques auraient été d’abord con-
sidérés comme dérivant de la foudre; tous ont jadis
porté le nom expressif de céraunia.
Dans tous les cas, et quelle que soit La solution défini-
tivement réservée à cette question, la substance résineuse
recueillie à Luchon pendant l’orage du 28 juillet 1885
paraît mériter d'être conservée comme un objet d’un
intérêt exceptionnel.
Stanislas MEUNIER.
NOTE POUR SERVIR À LA DESTRUCTION DES SAUTERELLES
Acridium peregrinum (Oliv.)
EN ALGÉRIE ET EN TUNISIE
Dans une précédente étude sur les Acridiens, leurs invasions 2 |
en Algérie et en Tunisie, nous avons fait connaître leurs
mœurs, leurs migrations de plus en plus rapprochées, depuis
50 ans, et arrivées à l’état presque permanent depuis 1884. La
cause de ce changement n’est pas impossible à indiquer; les
diverses espèces de Lézards, lOutarde, l'Autruche, vivaient
alors en grand nombre en Algérie et dans le Sahara, ils dévo=
raicnt chaque jour les Acridiens par milliers. Aujourd’hui
l’Autruche n’existe plus, les Lézards sont devenus rares, quant
à l’Outarde, il en reste encore quelques couples aux environs
de Tugqurt, mais ils vont bientôt disparaître faute de protec=
tion. Les nombreux moyens employés par l’homme, pour la
destruction des Acridiens, coûtent beaucoup d'argent, exigent
un travail fatisgant et excessif; il ne faut pas se le dissimuler,
malgré la quantité considérable de Criquets détruits chaque
année, ces moyens ont été notoirement insuffisants, pOur COM
battre l’effrayante multiplication de ces Orthoptères et empêchen
la ruine pour beaucoup de producteurs. ;
25 années d'observations des mœurs des insectes nuisibles
à notre agriculture, en les élevant et les faisant éclore en cap
tivité nous ont démontré que la nature, toujours prévoyante}
avait créé un certain nombre d’ennemis parasites chargés
d'empêcher la trop grande extension de chaque espèce. Les
Criquets n’échappaient pas à cette loi générale, l’homme
détruit l'harmonie de la nature en tuant l’Autruche, l'Ou=
tarde, etc. Les recherches de destructions doivent tendre
remplacer ces auxiliaires disparus. ;
Moyens à employer (@
Par un arrêté de M. le Gouverneur Général de l’Algérie ct
de la Tunisie. il est possible de protéger les diverses espèces
de Lézards, les Etourneaux, l’Alouette, la Caiïlle, la Perdrixs
l’Outarde, qui détruisent un nombre considérable d’OEu/suel
de jeunes Criquets. Nous avons démontré l'importance consis
dérable du Crapaud comme destructeur de Criquets et la poss
sibilité de le multiplier sans frais, par millions, à l'infini, em
quelques années. Un crapaud détruit chaque nuit, pourse
nourrir, un nombres d'insectes équivalent au 1/5 de sun poid
En 1889, nous avons trouvé des larves de Diplères des
tribu des Muscides, se rapportant à Sarcophaga Clathrataë
parmi les œufs d’acridium peregrinum des environs de Biskm
Mœurs : Aussitôt les pontes de Saulerelles commencées ON.
peut voir les Mouches voler au-dessus des terrains de pontes
se poser à terre, insinuer leur oviducte dans les Oofhèques, @L
y déposer quelques œufs blanchâtres, dont la petite taille ete
forme empèchent de les confondre avec l’œuf du Criquel,qui
est de couleur grise, et ressemble à un petit cylindre; trè:
allongé (8 à 10 fois plus long que large). Les larves de Mous,
ches ne tardent pas à éclore, et à dévorer les œufs le Criquets
qui les entourent. De nos observations faites sur place à
LE NATURALISTE
169
Biskra, il résulterait que toutes les métamorphoses, depuis
VPœuf jusqu’à la sortie de l’insecte parfait, exigent de 22 à
30 jours.
Pour faciliter la contamination des pontes de Criquets dont
il sera parlé plus loin, on pourrait ne commencer le ramassage
des œufs que 4 ou 5 jours après la ponte.
En 1891, nous avons constaté (en France) de nouvelles éclo-
sions de larves de mouches (15 à 25 0/0), provenant d'œufs de
sauterelles recus de Biskra. Mes savants amis, M. Künkel
d'Herculais et Charles Brongniart ont fait les mêmes remar-
‘ques dans d’autres localités d'Algérie. Il est donc bien prouvé
que ces larves de Diplères vivent en parasites aux dépens des
Œufs de Criquets, il est de toute utilité de les multiplier.
4
D Moyen de propager les Diplères parasites.
……Torsque l'arrivée des Criquels est signalée, toute la popula-
—üon doit s’armer pour en détruire le plus grand nombre possi-
ble et empêcher la ponte; malgré ces soins, beaucoup de
temelles échappent, et la ponte commence. Les jeunes Criquets
éclosent de 20 à 45 jours après la ponte, selon la température.
La recherche des Œufs adoptée dans tous les pays est, à
notre avis, un des meilleurs moyens de destruction; son effi-
cacité peut être considérablement augmentée, pour l’année
“suivante, si au lieu de détruire les œufs à mesure, comme on
“ic fait aujourd'hui, on fait éclore les Diptères parasites qu’ils
contiennent.
L'opération est simple et facile ; il suffit de choisir un champ
dune étendue en rapport avec le nombre d’œufs à faire éclore,
delentourer avec des appareils cypriotes, et d'y enterrer les
“œufs à une profondeur de 6 à 10 centimètres à mesure du ra-
“massage (en se rapprochant le plus possible de la facon dont
les pontes sont placées à l’état naturel).
—À mesure des éclosions les Diplères s’envoleront et les Cri-
“quels resteront prisonniers dans l’enceinte ; le développement
des ailes exigeant environ 60 jours, on aura tout le temps né-
cessaire pour les exterminer, une fois toutes les éclosions ter-
_ minées.
Les migrations de Criquets n’ayant pas lieu en même temps
\ dans nos possessions Algériennes et Tunisiennes, il serait
«possible de recueillir les premiers Diptères éclos (sous des
mucloches en gaze de coton, posées par terre) ct de les expédier
vivants dans d’autres provinces menacées.
“Il sera facile de se rendre compte de l’importance que peut
“avoir. la propagation de ces Dipfères, lorsque l’on saura qu’une
femelle pond environ 300 œufs, et que chaque larve dévore
plusieurs œufs de Criquets avant de se métamorphoser.
| Nos essais de destruction d'insectes de divers ordres, par
des Champignons entomophytes obtenus par le procédé de cul-
hure du professeur Metschnikoff d'Odessa : avec Entomophthora
iæ (Giard), provenant de chenilles de Plusiæ Gamma (L),
Æntomophthora Saccharina (Giard) provenant de chenilles
dEuchelia Jacobea L., commencés en laboratoire en décem-
bre 1888, sur des larves de tenebrio (Vers de farine), et con-
ués d'avril en juillet, sur diverses espèces de chenilles; des
locusta viridissima et 8 ou 10 autres petites espèces de saute-
es des environs de Paris, nous ont permis de contaminer,
contact, 12 à 25 0/0 de ces insectes.
Les mêmes essais continués en 1889 (sous une cloche en gaze
coton recouvrant 4 mètres carrés de surface), en plein air,
ns un jardin des coteaux de Suresnes, répétés en 1890, nous
t donné le même succès (10 à 23 0/0 de mortalité en moyenne),
e cette particularité constante dans toutes nos expériences et
mioutes les espèces, que les insectes ayant échappé à la conta-
dès le début (environ 80 0/0) ont pu rester en contact plus
n mois sans en souffrir; il semblerait qu’ils sont vaccinés.
Des charancons à tégument dur : Cleonus Sulcirostris L. et
lionhynchus Ligustici L. ont résisté à la contagion, aucun n’a
; été contaminé, ni en laboratoire, ni en plein air.
Depuis plusieurs années l'attention du monde savant a été
fortement appelée, sur les Champignons entomophytes; on a
trouvé des Criquets infestés par Botrytis Acridiorum (Trabut).
Le moment est venu d’expérimenter la valeur de cette décou-
verte.
Il serait facile d’entourer avec des appareils Cypriotes un
Second champ d’expérience, d’un hectare, ensemencé d’une
récolte quelconque pour nourrir les Criquets et d'y répandre
des spores de Botrytis Acridiorum ; ensuite on y placerait 5.000
040.000 jeunes Criquets ayant de 5 à 40 jours (provenant des
éclosions d’œufs du champ voisin), et on observerait sérieuse-
2x BD >
ment la contamination. On renouvellerait successivement l’ex-
périence, avec des Criquels de 30 à 35 jours, et avec des Sau-
terelles adultes.
Il est intéressant de connaître, si la contamination est géné-
rale ; ou si, comme nous l'avons observé pour d’autres insectes,
beaucoup d'individus acquièrent une sorte de Vaccination, qui
les met à l’abri de la contagion? En ce cas quelle est la pro-
portion de la mortalité aux divers âges? A l’état adulte, la
contamination empêche-t-elle l’accouplement et la ponte pour
les femelles ? Les œufs provenant de ces pontes donnent-ils des
Criquets en proportion normale? Autant de questions qu’il est
facile d’élucider avec un peu de soins.
On a beaucoup discuté la question de savoir si le champignon
trouvé était un Botrytis, un Isaria, un Polyrhizium, un Em-
pusa, un Lachnidium, etc. De savants professeurs : Giard,
Prillieux, Trabut, Cornu, Delacroix, etc., ont défendu et re-
poussé ces divers noms.
La question de détermination, tout en ayant son intérêt,
reste un peu secondaire dans le cas présent. Ce qui est impor-
tant c’est : de savoir si on peut obtenir la mort des Criquets en
les contaminant artificiellement avec les spores de ce Crypto-
game, et dans quelle proportion? Pour ne pas avoir de désil-
lusion, il sera bon de tenir compte de ce que, à létat libre,
les Criquets voyagent continuellement et que la contamination
sera plus difficile.
Conclusions. — Depuis 1884, les Criquets sont à l’état per-
manent en Algérie et en Tunisie. Les Arabes, les troupes, tout
le monde à travaillé au salut de notre Colonie : On a détruit
des milliards de Sauterelles ; la nature plus puissante encore
les à remplacées chaque année par un nombre aussi considé-
rable. Il est temps d’aviser et d'employer, concurremment avec
l'homme, les auxiliaires créés par la nature, en prenant des
mesures sérieuses, pour empêcher la destruction :
1° Des Lézards (4), Etourneaux, Alouettes, Caiïlles, Perdrix,
et tout particulièrement l’Outarde.
20 En propageant le Crapaud, comme nous l’avons indiqué.
3° En faisant éclore les Diptères parasites des œufs de Cri-
quets.
40 En essayant l’emploi des Champignons et tout particulié-
rement Botrytis acridiorum (Trabut).
5° L'homme de son côté doit continuer à détruire les Saute-
relles à leur arrivée ; ramasserles œufs et les faire éclore. D'ici
quelques années, lorsque ces divers ennemis des Criquets se
seront multipliés et auront diminué le nombre de ces derniers,
on devra renoncer à l’emploi, comme destruction, des appareils
Cypriotes, qui conduisent à la fosse d’extermination, sans dis-
tinction, ennemis el amis de notre agriculture ; le moment n'est
pas venu pour nous de discuter cette mesure.
DEcaux.
DESCRIPTIONS DE LÉPIDOPTÈRES NOUVEAUX
Crambomorpha Auraria. n. sp. — 31, 43 et 48 milli-
mètres. Dessus des supérieures d’un beau jaune pâle brillant
avec une large bande gris d’acier tout le long du bord interne.
Dans les deux plus grands spécimens cette bande se double
dans la première moitié de l’aile et dans cette première moitié est
divisée en deux par une ligne rouge brique. Maloré cette diffé-
rence je suis persuadé que le plus petit spécimen appartient
à la même espèce. Dessus des inférieures de même tonalité que
le fond des supérieures dans les deux ©* mais plus pâle et
semi-transparent dans la ©. Franges concolores. Dessous des
quatre ailes comme le dessus mais sans dessin aux supérieures,
les deux c* avec la teinte jaune plus foncée, la © plus claire.
Palpes, sommet de la tête et thorax gris d’acier ; front, collier
et côtes des ptérygodes rouge brique; abdomen, dessous du
corps et pattes jaunes (les deux premières paires à extrémités
gris d'acier). Deux c'etune © pris à San Francisco près Loja
en août 1886. Cette espèce se place immédiatement après
Crambomorpha Umbrifera Feld et s’en distingue par la bande
des supérieures laquelle longe l'aile entièrement jusqu’au bord
terminal au lieu de s’arrêter avant l'angle interne comme dans
Umbrifera puis par les inférieures, blanches dans Umbrifera,
jaunes dans Auraria.
Lirimiris Mechaniea n. sp. — 49 millimètres. Dessus des
(1) Un Lézard ocellé, en captivité depuis plusieurs années,
de moyenne taille, a dévoré 10 Acri. peregrinum adultes en un
jour. En liberté, son activité étant plus grande, il doit en man-
cer le double?
170
supérieures gris argentin semé d’atomes noirs avec deux dou-
bles lignes brunes. La première, extrabasilaire, avec une in-
flexion centrale, est plus rapprochée de la base à la côte qu’au
bord interne qu'elle atteint un peu avant le milieu dans une
ombre noire. La seconde qui repart du bord interne immédia-
tement après la première ligne se dirige au delà de la cellule
pour atteindre la côte aux trois quarts de sa longueur. La
cellule est traversée par un croissant noir foncé qui atteint
une tache blanche costale; on devine a l’extrémité de l’aile une
ligne sinueuse, sombre, subterminale, qui se perd dans le fond.
Bord terminal extrème brun. Franges blanches, coupées de brun
aux nervures. Dessus des inférieures blanc, coupé de brun à
la côte, garnis de poils bruns le long du bord abdominal.
Frange blanche coupée de brun. Dessous des inférieures tout
blanc, des supérieures grisâtre intérieurement, brun à la côte,
laquelle avant l’apex est coupée de blanc. Antennes pectinées
dans les deux premiers tiers, à extrémité filiforme. Tête,
thorax et dessus de l'abdomen, gris brun: pattes, extrémité et
dessous du corps gris. Un c* des environs de Loja, bien frais,
1891. Cette espèce rappelle par ses dessins et la tonalité de
ses ailes notre Cnethocampa Pityocampa européenne.
Sabulodes Miliaria. n. sp. — 36 millimètres. Aïles entières,
à bord terminal arrondi. Dessus des supérieures fauve mor-
doré semé d’atomes noirs avec les deux lignes vert pâle
ombrées de brun; la première, extrabasilaire, en demi-cercle,
ombrée extérieurement, porte trois points nervuraux blancs ;
la seconde, suivant la direction commune au groupe, est
ombrée intérieurement et contient la ligne usuelle de points
nervuraux également blancs. Un petit point cellulaire noir dans
une éclaircie pâle. Dessus des inférieures jaunâtre avec le
petit point cellulaire effacé et une ligne faisant suite à la se-
conde des supérieures. Bord terminal roussâtre picoté de points
noirs, bord abdominal recouvert de poils fauves.
Dessous des quatre aïles ochracé semé de noir et avec
éclaircies pâles au centre, à l'apex, le long des bords internes
aux supérieures et au bord terminal des inférieures. Les quatre
ailes ont en outre une large ombre subterminale correspondant
à la seconde ligne du dessus, contenant une série de points
nervuraux noirs et atteignant la côte des ailes mais non leur
bord interne. Un petit point cellulaire. Franges concolores aux
supérieures, claires et coupées de points bruns aux inférieures.
Palpes, tête, antennes (fliformes) et thorax, mordorés;
abdomen et pattes de même tonalité avec quelques poils noirs.
Un c* des environs de Loja 1890.
Cette espèce se place tout à côté de Sabulo des Jelskii Obth. ;
les lignes sont plus nettes, moins tourmentées et les dessins
plus vifs que dans cette dernière espèce.
P. Docnix.
L'EXPOSITION
DE LA SOCIÉTÉ D'HORTICULTURE DE FRANCE
MAI 1892
IL n'est pas facile autant qu’on pourrait le croire, de
rendre compte d’une exposition d'horticulture : on s'expose
à redire ce qui a déjà été dit tant de fois, qu’on hésite à
le faire. Et puis quel terme de comparaison peut-on
bien prendre? Une exposition ressemble tellement à
celles qui l'ont précédée, qu'on en arrive forcément à
prendre à la lettre le vieux dicton : Tant plus ca change,
tant plus c’est la même chose.
Les exposants sont toujours — ou à peu près — les
mêmes : les produits exposés changent aussi bien peu.
Ilen est même qui certainement se rendraient d’eux-
inêmes au local où on les expose, si on leur donnait le
pouvoir de marcher,
Telles sont les réflexions que nous nous faisions, le
24 mai dernier, au Pavillon de la ville de Paris. Tout le
monde admirait de bonne foi, — c’est d'ailleurs de
bon ton et même de commande — tout en remarquant
que l’année n’avait pas été de tous points favorable et
LE NATURALISTE
que les roses, pour ne citer qu’un exemple, étaient un
peu maigres, affligées d’une tendance fàcheuse à se.
flétrir rapidement, Donc la reine des fleurs ne brillait
pas comme elle en a l'habitude.
Les Rhododendrons sont une des grandes attractions
des expositions de Paris; ils étaient toujours beaux,
étoffés à merveille, splendides en leur floraison forte-
ment développée. Auquel des deux grands lots donner
la palme? Le jury a fait marque d’une habileté excep-
tionnelle en échelonnant les récompenses. Il nous
semble que nous aurions pu, une fois de plus encore,
renouveler en 1892 le jugement de Salomon.
Les Orchidées ont depuis quelques années le talent
de passionner les curieux : leurs formes si élégantes, si
bizarres et quelquefois même disgracieuses à l'excès, en
ont fait le point de mire detous les regards dans les ex-
positions. Il en est du mot orchidées comme de tant
d’autres mots; tout le monde le prononce, souvent sans
s’en rendre compte, comme on prononce le nom du pttre
ou du cheval à la mode.
Et pourtant il y en avait de bien jolies et de bien inté-
ressantes : par exemple la collection de Cypripedium de |
M. L. Duval, de Versailles, dans laquelle nous citerons.
au hasard les : Chamberlainianum, la dernière nouveauté
du genre qui est peut-être appelée à infuser un sang …
nouveau et de nouveaux caractères dans la série déjà si
nombreuse que nous connaissons, Robelini, Imschotia-
num, Sphinx, Volanteanum, Elliotianum, etc., toutes
plantes de grand mérite et qui constituent le dessus du
panier dans ce beau genre, un de ceux qui ont le plus
contribué à rendre les Orchidées populaires.
Les hybrides du deuxième degré de M. Bleu: son”
Cattleya Parthenia aux teintes immaculées et virginales,,
son Miltoniopsis Bleui, à l'attrait de l’élégance joignent.
celui de lintérêt scientifique. Ils nous ouvrent des
horizons à peu près nouveaux sur l’art des hybrida=
tions dans lequel le sympathique secrétaire général de
la Société nationale d’horticulture est en train de passer”
maître. N'oublions pas que M. Bleu est le semeur émérite:
des Caladium et des Bertolonia et que dans ses cultures
chaque jour voit naître de nouvelles merveilles.
Les plantes grimpantes longtemps délaissées tendent à
revenir à la mode. En peut-il être autrement quand om
voit les Clématites à grandes fleurs de Christen ou de
G. Boucher. N'aurait-on qu’une parcelle de terrain, un
peu plus grande que la main, on doit avoir une clémas=
tite. Ê
Depuis longtemps les Roses, les Orchidées, les grandes
plantes à feuillage, les arbres en zinc comme on les.
a irrévérencieusement mais justement appelés, rem
portaient sans trop de difficultés le grand prix d’hon*
neur — un vase peu utile et passablement encombrant
Cette année on a eu le bon esprit de comprendre qu’il.y
avait autant sinon plus de mérite, à faire de beaux
arbres verts, sans lesquels il n’y aurait ni parc, ni bos=
quets, ni créations paysagères possibles. Par ces jours de
grande.chaleur, on eût préféré l’ombrage d’un pin ou
d’un orme à l’abri d’un palmier, surtéut dans une serre
Nous sommes heureux que cette sage motion ait prévalu
et que M. Honoré Defresne en ait pu profiter. É
Mais, dira-t-on, ce que vous nous racontez n’est pas.
nouveau, il yen a aulant tous les ans. Nous n’en di
convenons pas. Si vous voulez du nouveau nous allo
vous en donner, et tout d’abord : la Capucine à feuilles
panachées, le Nicotiana colossea panaché, le BegoniaMl@
De
|
LE NATURALISTE
neige à feuillage taché de blanc, voilà ce que M. J. Sallier
offrait aux amateurs de bizarreries, sans compter le co-
“quet Primula Forbesi du Yunnan, un Musa japonica qui
“passe l'hiver en pleine terre sans geler et des Sarracenia
qui peuvent paraître nouveaux tant ils sont vieux. C’est
L dans ce même lot que nous avons admiré le Canna ma-
dame J. Sallier, le premier hybride qu'ait produit le
Cappe et qui a sa place toute marquée dans nos jar-
ns. M. Cappe aime d’ailleurs le succès et le succès vient
d'honneur est venue le récompenser et nous sommes heu-
| reux d'avoir été pour quelque chose dans son attribution.
Les bonnes vieilles plantes, on n'en veut plus et il faut
| sque du courage pour les cultiver d'autant plus que
“culture n’en est pas précisément rémunératrice,
Mais le clou de l'exposition, c’est de Nancy qu’il nous
vient : il estlà-bas un semeur émérite, un homme heu-
eux à qui tout réussit, qui nous a donné des Montbretia,
des Bégonias doubles, des Pélargoniums doubles, ete., et
qui nous donnera encore bien des nouveautés. M. Le-
Moine — tout le monde l’a reconnu — avait apporté un
petit lot de lilas doubles parmi lesquels Madäme Lemoine,
variété à fleurs blanches disposées en énormes panicules
et d’un éclat incomparable, et M. Emile Lemoine aux
larges fleurs globuleuses violacées. Pour nous -— on nous
traitera sans doute de profane — ces deux bouquets va-
171
laient tout le reste de l’exposition, Et pourtant combien
de personnes ne les ont même pas remarqués.
Groupe d’Orchidées à l'Exposition de la Société d’horticulture de France en mai 1892.
Résumons-nous : les plantes vivaces d’Yvon, les cor-
beilles de plantes annuelles de la maison Vilmorinet les
lilas doubles de M. Lemoine... voilà l'exposition.
P. Harior,
CHRONIQUE
Conférences agricoles. — Depuis le dimanche 3 juillet,
et à cause des grandes chaleurs, les conférences agricoles
données au champ d’expériences de Vincennes par M. Georges
Ville, professeur administrateur au Museum d’histoire naturelle
de Paris, commenceront à trois heures et demie au lieu de
deux heures. Ces conférences seront consacrées à l'exposition
de la doctrine des engrais chimiques étendue aux cultures ar-
bustives (vignes et arbres fruitiers), à la sidération et au ra-
tionnement du bétail réglé par la nature des engrais donnés à
la prairie. Les trois dernières conférences auront lieu les 47,
24 et 31 juillet.
Les Girafes. — Le Jardin zoologique de Londres a perdu il
y à quelque temps la dernière de ses girafes. Grâce aux diflicul-
tés sans nombre qu’offre l'acquisition de ce bel animal, on en
sera privé longtemps peut-être au Regent's Park qui en était
constamment pourvu depuis 1836. Trente sujets y ont passé
depuis cette époque. Sur ce nombre dix-sept sont nés au Jardin,
les autres furent achetés. Une d’elles a été offerte à la Société
royale de zoologie d'Irlande, cinq furent vendues, et les autres
sont mortes au Jardin. Le marché du Soudan étant fermé par
les Mahdistes, il est très diflicile de se pourvoir de ce côté. Cet
animal à pour ainsi dire disparu du sud de l’Afrique où on ne
le rencontre qu’isolément et pas à moins de 1000 milles du Cap.
L'Afrique australe en possède encore dans des régions moins
éloignées de la mer; mais les indigènes, peu exercés à le
chasser, peuvent à peine en procurer quelques exemplaires vi-
vants. C'est de ce côté cependant qu'il faudra sans aucun doute
se tourner pour approvisionner les Jardins zoologiques d’Eu-
rope.
172
Tout récemment encore, Victorine, la girafe du Jardin zoolo-
gique marseillais, vient de mourir. C’était un des rares spéci-
mens de la faune africaine existant actuellement en Europe. En
effet, en ce moment, il n'y a plus que neuf girafes vivantes :
deux à Paris, trois à Londres, deux à Anvers, une à Cologne
et la dernière à Moscou. Une girafe vivante est estimée à
8 000 fr. C’est donc une grosse perte pour notre Jardin zoolo-
gique de Marseille. La pauvre bête est morte de phtisie.
Le mica en photographie. — Les plaques de verre, uti-
lisées en photographie, devront un jour céder la place au mica,
si celui-ci possède vraiment les qualités qu’on se plait à lui re-
connaître par delà les mers. Le pays d’Idako en possède
d'immenses gisements. On y prépare des plaques magnifiques
destinées à remplacer le verre aux fenêtres du palais d’Idako à
l'exposition de Chicago.
Espèce nouvelle de Dindon. — M. Sennot a découvert
une troisième espèce de dindon dans la région inférieure du
Rio Grande. Le dindon acclimaté en Europe est issu du din-
don mexicain, dont il a conservé notamment le bord blanc qui
termine les caudales et les couvertures de la queue. Le plus
admiré est le dindon bronzé dont l’élevage en Europe se pour-
suit avec beaucoup de succès depuis une douzaine d’années. Le
dindon sauvage se reconnait aux brillants reflets métalliques,
à la queue châtain brun foncé, traversée de bandes plus
sombres et terminée par un bord rouge brun. L’espèce nou-
velle se distingue par des bords brun foncé mat et par les
plumes noires de la partie inférieure du dos.
Un emploi imprévu de l'Héliotrope.— Les cultivateurs
d'Héliotropes ne vont plus savoir où donner de la tête. Un mé-
decin russe vient de découvrir que l’Héliotrope pouvait avanta-
geusement remplacer le sulfate de quinine dont il n'avait pas
les inconvénients. Il paraît que l'usage de la plante entière, ma-
cérée dans de l’eau de vie, est depuis longtemps répandu dans
la Perse et dans la Turquie. On a tant prôné la vertu de cer-
taines plantes, qu'on est forcément arrivé à ne plus y croire ou
à se montrer tout au moins d’une irrémédiable incrédulité. Le
Bleuct et le Plantain, autrefois, guérissaient les inflammations
des yeux; aujourd’hui le pharmacien rirait au nez du naïf qui
viendrait lui demander de l'eau de plantain. Et puis, à quoi bon
employer l'Héliotrope en nature? Pourquoi ne pas se servir di-
rectement de son principe actif l’héliotropine que l’on retire
actuellement du... Poivre? La vanilline se retire bien de la sève
de Pin! (P. Harror).
Les produits du Soleil annuel. — L’Heliantus annuus
n'est pas seulement apte à orner nos jardins de ses capitules
géants et à servir à la nourriture des petits oiseaux — utilité
que bien des plantes parmi les plus belles ne pourraient pas
invoquer — mais encore il se prodigue en usages variés. Grâce
à sa rapidité de croissance, il excelle à fournir une première ré-
colte dans des terrains de forêts nouvellement défrichées. Ses
graines donnent une huile excellente pour l’usage de la table et
de l'éclairage et assez pure pour pouvoir être utilisée dans les
travaux d’horlogerie fine; de plus, on peut en retirer une fa-
rine apte à la confection de certaines pâtisseries. Les fibres les
plus fines de ses robustes tiges peuvent être tranformées en pa-
pier et les plus grosses servir à la fabrication de cordages, de
paillassons, de canevas. Quant aux feuilles, elles sont égale-
ment utilisables : vertes, elles constituent un fourrage de pre-
miére qualité, et les tourteaux résidus de l’extraction de l'huile,
serviraient très avantageusement à l’engraissage du bétail. Il
est peu de végétaux réellement qui présentent autant de pré-
cieuses qualités. (JARDIN.)
Exposition de Chicago.— On pourra admirer, à l'exposi-
tion de Chicago, une riche collection de 1500 à 2000 espèces
d’orchidées. La station agricole de Brunswick à New Jersey
prépare, également pour cette exposition, une collection de
presque toutes les mauvaises herbes des États-Unis.
Congrès botanique international en 1892. — Le
Congrès botanique international sera tenu à Gênes, du #4
au 41 septembre 1892. Sa durée pourrait être prolongée,
si cela était exigé par une abondance de matières à traiter
ou par d’autres raisons qu’aurait approuvées l’Assemblée. Pour
ètre inscrit comme membre du Congrès, il faut s’adresser. au
secrétaire du Comité organisateur (Prof. O. Penzig, Université
de Gênes). Chaque membre du Congrès payera une cotisation
de dix francs au moment de l'inscription. Les membres de la
Société botanique d’Italie seront exempts de cette cotisation.
La langue adoptée officiellement par le Congrès sera la langue
italienne : toutefois chacun aura la faculté de se servir de la
langue qui lui est la plus familière, pour les communications
et pour la discussion.
2 LE NATURALISTE
Société scientifique du Chili. — Il vient de se fonder à
Santiago, une société qui porte le nom de Sociélé scientifique
du Chili. Cette société a pour but le progrès de la Science, tant
théorique qu’appliquée, et considérée dans toutes ses branches ;
et elle se propose plus spécialement l’étude scientifique du
Chili et de l'Amérique méridionale. Le nombre des membres
de la Société est illimité. Elle fait appel au concours de tous,
sans distinction de nationalité ou de profession. La Société
contribue au progrès de la Science en publiant et éditant elle-
même, sous le nom d’Acles, un recueil périodique, de format
in-8, qui paraît en cinq livraisons, autant que possible les
15 mai, 15 juillet, 15 septembre, 15 novembre et 15 janvier, et ©
qui contient les procès-verbaux des séances générales de la So-
ciété et des notes ou mémoires originaax. La Société ne publie
que des travaux originaux. Ceux-ci peuvent être écrits, au choix
de l’auteur en français ou en espagnol. En outre, la Société se |
réserve le droit, quand elle le jugera à propos, de publier, soit
textuellement, soit traduits à ses frais, les mémoires qui lui
seraient adressés en toute autre langue.
Le Secrétaire général de cette nouvelle Société, à laquelle
nous souhaitons tout le succès qu’elle mérite, est M. Fernand
Lataste (Santiago, Casilla 12 D. Chili).
Bacilles du Typhus. — D’après les expériences de Jus-
tin Karlinski les bacilles du-typhus peuvent.vivre jusquettrois M
mois en terre. Ceux qui se trouvaient enfouis par hasard mé-
langés à d’autres matières et sans aucune préparation vivaient
beaucoup moins longtemps que d'autres que l’on cultivait dans
le même terrain. Il est probable que la présence simultanée
d’autres bactéries opérait sur les bacilles du typhus une ac-
tion destructive. Ces mêmes bacilles, enfouis profondément,
jouissent d’une vitalité plus longue que s’ils restent à la sur-
face du sol où ils périssent plus rapidement sous l'influence des
variations de la température. Outre ces agents destructeurs, la
végétation et principalement la croissance des racines abrège
encore la durée de l'existence des bacilles du typhus. À la
suite du typhus, il se produit dans les cadavres, pendant la dé-
composition des organes, une élévation de température; soit
que la décomposition ait été retardée, ou que les corps aient
été soustraits à l’action destructive de certains organismes spé
cifiques, on retrouve encore trois mois après la mort des ba-
cilles du typhus dans les restes de personnes enlevées par ce«
fléau.
L’apiculture en Europe. — Il y a en Grèce 30,000 ruches,
90,000 en Danemark, 110,000 en Russie, 200,000 en Belgique,
240,000 en Hollande, 950,000 en France, 1,450,000 en AlleM
magne, et 1,550,000 en Autriche. On voit que la France ne
vient qu'après l’empire d'Allemagne pour la culture des abeilles M
On a récemment semé dans les prairies des environs de Ham
bourg, des graines d'Holcus Saccharatus, plante dont les fleurs
fournissent aux abeilles un micl abondant et de saveur
agréable. Dans cette partie de l'Allemagne, l’industrie du miel
n’est pas sans importance, puisqu'on y compte plus de
3,000 ruches valant en moyenne 50 francs chacune et produi=M
sant annuellement 30,000 francs de miel et de cire, plus 3,000es"
saims d'une valeur moyenne de dix francs.
BIBLIOGRAPHIE
GÉOLOGIE, MINÉRALOGIE, PALÉONTOLOGIE
3%9. Seunes, J. Observations sur la note de M. Stuart-Men
teah intitulée : Sur le Crétacé supérieur des Pyrénées®
Occidentales.
Bull. Soc. Géol. de France. 1891, pp. 826-8217. A
380. Seunes, J. Réponse à la note de M. Stuart intitulée.
Sur les notes de J. Seunes.
Bull. Soc. Géol. de France. 1891, pp. 226-228.
381. Seunes J. Contributions à l'étude des Céphalopodes du
Crétacé supérieur de France.
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II. Ammonites du Campanien de la région sOus-pyLé
néenne. PI. XII-XV. 4
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pp:-9-22: ne.
382. Upham W. Recent Fossils near Doston.
Americ. Journ. of Sci. 1892, pp. 201-209. 2
G. MALLOIZEL..
Le Gérant: ÊuLE DEYROLLE
PARIS, — IMPR. F. LEVÉ, RUE CASSETTE, 11.
14° ANNÉE
CURIEUSES SOUDURES D'ARBRES
Toutes les personnes qui observent quelque peu la
nature ont eu l’occasion de voir, dans les lieux boisés,
des branches d’arbres soudées naturellement; et il est
très probable que le greffage en approche, opéré de nos
jours Sur u-
ne si grande
échelle, fut
inventé par
un observa-
teur sagace,
qui avait e-
xaminé des
arbres ainsi
greffés sans
le concours
de l’homme.
La greffe
par appro-
che est com-
mune à l’état
sauvage, et
se produit
chez un
nombre con-
sidérable de
végétaux.
Pour qu’elle
s'opère chez
les Dicotylé-
donesAngio-
spermes ar-
borescents ,
c’est-à-dire
chez le plus
grand nom-
bre des ar-
bres de nos
bois et de
nos jardins,
il suffit que
deux bran-
ches d’un ar-
bre aient un
pointdecon-
Bat, Ù et;
qu'en ce
point, les
systèmes
corticaux a-
yant été enlevés par le frottement ou une autre cause,
les systèmes libéro-ligneux restent, pendant une certaine
durée, en intime relation.
Ces soudures se produisent aussi entre les branches
et les tiges d'arbres de la même espèce, et, parfois, chez
des espèces plus ou moins différentes, mais ayant
entre elles certaines affinités.
Dans les forêts et les bois, on observe, par-ci, par-là,
chez des arbres d'espèces diverses, mais de préférence
à écorce plus ou moins lisse, — les forces naturelles
mettant plus facilement en contact, chez ces derniers,
les systèmes libéro-ligneux, — des tiges et des branches,
2° SÉRIE — N° 130O
17 AOÛT 1892
Hètres soudés d’une facon remarquable. Forét de Brotonne (Seine-Inféricurc).
une certaine étendue, et, finalement, de nouveau indé-
pendantes, i
La plupart de ces soudures naturelles ne présentent
qu'un intérêt médiocre. Toutefois, il en est qui, par leur
aspect et leurs dimensions, excitent une curiosité légi-
time et sont l’objet de visites spéciales,
Parmi les plus connues en Normandie est la remar-
quable sou-
dure natu-
relle de deux
Hêtres, que
représente
la figure ci-
jointe, des
sinée, d'a
près une
photogra-
phie que j'ai
prise le 145
avril 1892.
Cette très
curieuse
soudure se
trouve dans
la forêt de
Brotonne
(Seine-Infé-
rieure), près
de la route
départemen-
tale de Guer-
baville à
Bourg - À -
chard, entre
la côle qui
descend au
passagepour
Jumièges, et
Le Landin.
Elle est si-
tuée à une
distance
très petite
d’un Chêne
fort célèbre,
connu sous
le nom de
Chêne - cuve
ou simple-
ment de « La
CTyeEMEt
dont j'ai pu-
blié une minutieuse description, avec deux planches,
dans le premier fascicule de mon ouvrage sur Les Vieux
Arbres de la Normandie.
La réunion de ces deux arbres soudés, qui sont des
Hêtres communs (Fagus sylvatica L.), estnommée,dansle
pays, « L’Anse de canne »; le mot canne, du latin canna
(vase dans lequel on transportait l'huile d'Afrique en
Italie), étant un mot de patois normand qui signifie
cruche.
Un examen attentif m'a conduit à regarder ces deux
Hêtres fusionnés comme deux individus distincts, deux
brins de semence, pour employer une expression tech-
nique, chez lesquels non seulement les tiges, mais aussi
174
des racines, sont intimement soudées, ainsi que le
montre la figure.
Ce qui constitue l'intérêt tout particulier de cette sou-
dure, de cette greffe naturelle par approche, ce sont les
dimensions des deux tiges et la perfection de leur sou-
dure, car la plus grosse, parfaitement ronde, ne laisse
voir, au-dessus du point de fusion, aucune trace de du-
plicité.
La plus grosse tige présente une circonférence de
1277, à 4 mètre du sol, et j'ai mesuré une distance ver-
ticale d'environ 280 du sommet inférieur de l’anse, —
si je puis m’exprimer ainsi, — jusqu’à terre. On peut
évaluer, je crois, à un siècle et demi environ l’âge du
Hêtre principal.
Des personnes ont gravé leurs initiales ou leurs noms
dans l’écorce de ces deux tiges, détériorant ainsi, par
irréflexion ou vanité stupide, cette soudure végétale des
plus intéressantes.
Il est bien facile de produire artificiellement de telles
fusions, ce qui ne m'ôte pas la pensée que « L’Anse de
canne » s’est produite sous l’action de la nature,
l’homme n'ayant fait que de l’ébrancher, en lui donnant
ainsi un cachet de bonne tenue, tout à l’éloge de lad-
ministration forestière.
Henri GADEAU DE KERVILLE.
NOTE ADDITIONNELLE (1)
SUR LA TORTUE BICÉPHALE
L'ami de qui nous tenions l’esquisse de cette tortue,
M. Henri Harisse, et que nous n’avions pas revu depuis
nombre d'années, vient de nous communiquer quelques ren-
seignements sur cet animal qui nous ont paru assez intéres-
sants pour nous engager à en faire l’objet de la présente
note.
Une incertitude planait notamment sur la conformation de
l'œil droit du fœtus de gauche, ainsi que sur la structure de la
bouche de chacune des deux têtes. Cette incertitude disparaît
aujourd’hui devant la réalité du fait relaté comme suit :
« Alors que j'occupais une chaire à l’Université de la Caro-
line du Nord, à Chapel-Hill, nous dit M. Harisse, un jour de
la fin de l'hiver, je rencontrai un nègre qui tenait dans le creux
de la main une petite tortue. C’est celle dont vous avez repro-
duit le dessin, fait par moi, d’après nature.
« Le nègre me dit qu’il avait trouvé cette Emys picla dans
un nid, avec sept ou huit autres, toute d’une conformation
parfaite, sauf celle-ci que je lui achetai.
« Je l'installai dans une petite cuvette remplie d'eau laquelle
était encastrée dans une boîte carrée et les vides furent rem-
plis de terre végétale. J’y mis aussi quelques feuilles de salade,
mais je ne me rappelle pas avoir vu manger la tortue ni re-
marqué des traces de morsure sur les feuilles. Je crois cepen-
dant l'avoir vue boire,tantôt avec une tête, tantôt avec l'autre.
En tous cas les deux têtes, bouches, yeux et pattes étaient
absolument identiques.
« Un jour que la tortue me parut un peu engourdie par le
froid, je mis son petit appareil sur la terrasse, au soleil.
Lorsque je revins une heure après, à la sortie de mon cours,
je ne la trouvai plus. Ma théorie est que, dégourdie par les
rayons du soleil, elle sortit de sa boite, se traîna jusqu'au bord
de la terrasse et tomba dans la rue où elle fut avalée par un
de ces porcs qui chez nous rôdent sans cesse autour des habi-
tations.
« Ce fut pour moi un grand chagrin. Je l’avais possédée en-
viron trois semaines. »
Dr C. GiraR»,
(De Washington).
(1) Décrite et figurée dans le Naturalistle du 15 janvier 1894.
LE NATURALISTE TS
LE FLACON COMPTE-GOUTTES
Voici un petit appareil qui vient d’être breveté, et qui
est appelé à un grand succès : c’est un flacon compte-
gouttes. Il sera certainement adopté sous peu par tous
les naturalistes, les micrographes, les chimistes, etc.
Sans exception, tous les compte-gouttes employés jus-
qu’à ce jour méritent le reproche d’une inexactitude hors
ligne, aucun principe scientifique n'étant apporté à leur
construction. Le poids des gouttes ne différait pas seu-
lement pour les divers compte-gouttes, mais encore, pour
le même compte-gouttes, on n’obtenait jamais des gouttes
régulières ayant toujours le même poids. C’est pour cette
raison que jusqu'ici on n’a encore pu avoir l’idée de les
introduire dans les laboratoires.
Ce nouveau compte-gouttes évite tous ces inconvé-
nients, de sorte que le même nombre de gouttes du
même liquide a toujours le même poids. On est arrivé à
cette régularité surprenante par l’emploi d’une surface
toujours constante pour le détachement des gouttes, ce
qui fait que leur grandeur est toujours la même pour le
même liquide. Dorénavant, il sera possible d'indiquer le
nombre exact de gouttes pesant un gramme, Un simple
TT
gt
Gouttes-1#r.
né
l6ontte = Tin
1 j
Hi nt | | il
AE
Le flacon compte-souttes.
|
essai donnera le poids d’une goutte en milligrammes
pour chaque réactif, colorant, etc.
Ce compte-gouttes est appelé à remplacer les flacons
ordinaires en usage jusqu'ici dans les laboratoires; il
permet comme ceux-ci de verser le liquide à volonté ou M
de le verser par gouttes absolument égales. Voici les
avantages principaux de cet appareil : .
En faisant des analyses, on aura dorénavant exacte
ment le poids du réactif ajouté et on évitera ainsi ui
excès trop grand, souvent très nuisible. Étant donné la
concentration des réactifs, il est facile d'en calculer la
quantité exacte contenue dans une goutte. On n'aura
qu'à marquer le chiffre obtenu sur l'étiquette du
flacon. ci
La régularité des gouttes permet dans bien des Cas
d'employer ces compte-gouttes à la place des burettes,
dans les analyses industrielles et dans bien d'autres
cas.
Leur emploi constitue une grande économie pour les
réactifs chers tels que le nitrate d'argent, chlorure de
“ platine, chlorure d’or, ete. N'ayant pas besoin d’enlever
le bouchon pour verser, le réactif reste à labri des
impuretés de l'air et en outre toute volatilisation est
exclue. La partie saillante du bouchon servant de levier
— facilite l'enlèvement du bouchon, quand celui-ci est collé
après le flacon.
: La figure ci-contre donne une idée exacte de ce petit
À ustensile.
à La maison E. Deyrolle, 46, rue du Bac, Paris, peut
fournir ces flacons aux prix suivants :
CONTENANCE PRIX
D DPARRADDMES ee se RE ue 0 55
50 = de SR DORE 0 70
100 = RE SN ne DEC 0 85
150 =," ere ur EE EtES EE 1,5
200 =, 4 OR SE MR RTE 45 25
Les Sarcoptidés psoriques comprennent trois genres qui ont
été le sujet. d’études très nombreuses, non seulement de la part
des naturalistes, mais aussi et surtout de la part des médecins
et des vétérinaires, çe qui a donné lieu à de fréquents change-
ments de dénomination.
Comme ces changements sont des plus fâcheux et compli-
mquent à chaque instant les recherches, il me parait utile de
“ixer en quelques mots le nom précis qu'il convient d'attribuer
-à chacun de ces genres.
19 Sarcoples Latreïlle, 1806. — I] n’y a ici aucune difliculté :
cest à peine s’il se trouve encore quelques vieux médecins
“pour parler de l’Acarus de la gale, car tout le monde sait que
ancien genre Acarus L. est devenu aujourd’hui l’ordre im-
mense des Acariens.
20 Psoroptles P. Gervais, 1841. — À pour synonymes Derma-
mlodectes Gerlach, 1857, et Dermalokoples Fiürstenberg, ne
“roms, mais il est évident que cet emploi est abusif, encore de
“Gervais ait rangé dans son genre Psoroples des formes très
… disparates.
—… 3° Chorioptes P. Gervais, 1859. — Synonymes : Symbioles
_ Gerlach, 1857, nec Redtenbacher, 1849; Dermalophagus Fürs-
“enberg, 1861. — C'est au sujet de ce genre que les variations
des Ds se sont surtout manifestées. En Allemagne, on
emploie guère que les deux derniers de ces noms. Cependant,
dès 1862, $. Verheyen annoncait que celui de Symbrotes Ger-
lach avait été appliqué déjà par Restenbacher à un genre de
Coléoptères et devait en conséquence être abandonné. “La prio-
—Liié revenait donc à Chorioples. et j'avais accepté moi-même
cette manière de voir en 1885, lorsque, l’année suivante, mon
—collègucetamile professeur Neumann me fit savoir que le genre
“Symbiotes Redtenbacher paraissait être décrit comme nouveau
7% “dans la deuxième édition de l'ouvrage de cet auteur, portant la
FE de 1858. Je substituai alors ce nom à celui de Chor ioptes, et
Doque tous les auteurs français me suivirent dans cette voie.
Li _ Mais j'ai pu me procurer récemment la première édition de
… Redtenbacher (Fauna austriaca : Die Käfer, von Ludw. Red-
_tenbacher, Wien, 1849) et jy ai trouvé, très expressément
not page 198, sous le n° 184, le genre SOUS rangé
. dans la famille xviu, celle des C7 “yptophagi. Il n’y a donc plus
à concevoir la moindre hésitation : notre genre d’Acariéns
» doit prendre définitivement le nom de Cor ioptes Gervais.
A. RAILLIET.
LE NATURALISTE 175
DESCRIPTION GÉOLOGIQUE DU VELAY
Depuis l’époque déjà éloignée (152) où Guettard étonnait
ses contemporains en leur faisant connaître l'existence des
anciens volcans d'Auvergne, cette province et les autres régions
du Plateau central ont fourni le sujet de nombreux et impor-
tants travaux. Pour ne citer que les plus récents, ceux de
MM. Fouqué et Rames dans le Cantal, de MM. Munier-Chal-
mas et Michel Lévy dans le Puy-de-Dôme, sont aujourd’hui
classiques, ct laissent bien peu à faire aux observateurs futurs.
Au contraire la région du Velay avait été jusqu'ici relative-
ment négligée, bien que la réunion de la Société géologique
de France au Puy, en 1869, eüt semblé'devoir être le point de
départ d’explorations fructueuses.
M. Boule, bien connu des lecteurs du Naluraliste, où il a
publié d’intéressants articles sur diverses questions de géolooie
et de paléontologie, s’est proposé de combler cette lacune ;
ayant passé une partie de sa jeunesse au milieu des volcans de
l'Auvergne, il était tout désigné pour entreprendre et mener
à bien cette tâche difficile. Le résultat de ces recherches, pré-
senté comme thèse à la Faculté des sciences de Paris, est con-
signé dans un important mémoire, inséré dans le Bulletin des
Services de la Carte géologique de la France et des Topographies
souterraines; publication trop peu connue de ceux qui s’intéres-
sent aux progrès de la géologie de notre pays, et qui, sous la
haute direction de M. Michel Lévy, a déjà rendu à la science de
nombreux services.
M. Boule consacre d’abord quelques pages à la géographie
de la région tourmentée dont il va nous entretenir, puis, dans
un résumé historique très complet, nous montre l’état successif
de nos connaissances sur la géologie du Velay. S'il rend un
juste tribut d’hommages aux savants de notre époque, il n'ou-
blie pas pour cela les premiers observateurs ; tel l'abbé Giraud-
Soulavie qui écrivait en 1181 son Histoire natwrelle de la France
méridionale, et que notre auteur proclame « le père de la stra-
tigraphie et en particulier de la stratigraphie des volcans ».
Par suite de l’absence complète de formations secondaires
dans le Velay, le travail de M. Boule se trouve tout naturelle-
ment divisé en deux parties que nous allons passer en revue
rapidement : terrains cristallophylliens et roches éruptives
anciennes; et terrains tertiaires et roches éruptives récentes.
Le substratum de la région est formé par des gneiss, en gé-
néral fortement sgranutilisés, disposés en une bande allongée
dans le sens des grandes fractures de la partie orientale du
Plateau central ; dans la vallée de l’Allier, ces gneiss sont en-
caissés entre les deux masses granitiques du Velay et de la
Margeride; des gneiss amphiboliques y sont interstratifés ; la
présence de micaschistes en concordance avec les gneiss gra-
nulitiques est une des raisons qui portent M. Boule à rapporter
toutes ces formations, sinon à la base de létage des mica-
schistes, au moins à la partie supérieure de l’étage des gneiss:
cette manière de voir est aussi celle de M. Fouqué. Dans la
vallée de la Loire, le gneiss est représenté par des lambeaux
fortement métamorphisés par le granite ou la granulite.
Le granite couvre les grandes surfaces dans le Velay où il
forme l'assiette des terrains volcaniques du Mezenc et du Mé-
gal ; il est remarquable par sa richesse en enclaves de gneiss
et de micaschistes. Quant à la granulite, elle se présente en
massifs irréguliers et en filons, ausss bien dans le granite que
dans les gneiss.
Les roches porphyriques, au contraire, ne jouent pas dans le
Velay un rôle considérable ; leurs filons généralement très
minces se poursuivent sur de très grandes longueurs ; les di-
verses variétés et leurs termes de passage existent dans la
région ; les mêmes observations peuvent être répétées à propos
des orthophyres et des porphyrites, généralement très altérées ;
enfin, il existe dans le Velay d'assez nombreux gisements de
serpentines qui doivent être considérées comme le résultat de
l’altération de diverses variétés de péridotites, ainsi que
M. Boule l’a montré dans un autre travail.
La présence de toutes ces roches éruptives indique que la
région dont nous nous occupons « a été, pendant l'époque pri-
maire, une véritable région volcanique; les érosions formida-
bles, qui ont eu lieu depuis, ont enlevé, non seulement les
déjections superficielles, mais aussi une bonne partie du subs-
tratum primitif; seules les anciennes fractures remplies par
les laves restent encore visibles ».
Les terrains primaires ne sont pas représentés dans le Velay;
j'ai déjà signalé plus haut l'absence des formations secondaires.
176 LE NATURALISTE . ER
Il faut arriver jusqu'au tertiaire pour trouver les premiers | rieur ; ces sables et ces argiles auraient été déposés dans un
dépôts nettement sédimentaires. Ce sont d'abord des arkoses, | lac peu profond, où des rivières, venues vraisemblablement du
en lambeaux de peu d’étendue, d'aspect et de composition assez | Lyonnais, dont l'altitude dépassait alors celle du Velay, les
uniformes ; on n’y à pas trouvé authentiquement de débris | auraient amenés en même temps que les silex et les chaïlles
animaux ; mais leur flore, étudiée par M. de Saporta, doit les | jurassiques ; celles-ci sont intéressantes à cause des fossiles de
faire considérer comme appartenant à l’éocène moyen; les tra- | l’oolithe inférieure qu’elles renferment, et qui faisaient croire
vaux de MM. Michel Lévy et Munier-Chalmas ont montré que | autrefois à la présence dans le Velay du jurassique, dont les |
les arkoses du Puy-de-Dôme et du Cantal sont au contraire | éléments auraient subi au miocène supérieur un remaniement
plus récentes, et datent de l’aquitanien inférieur. sur place ; M. Boule nous montre au contraire la signification
A l’époque oligocène, le plateau central a participé au mou- probable qu’on doit attacher à leur présence. #,
mi:
Granite de
Bächonzon Face DRE É :
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É Rocher S*Michel \ 4 Pl.de Chadräc Pl. deBellevne REdeTaulhac 4
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Reflet ARR PE ro tre tl
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t tri IL As NTEX | di D -SÉTRE |
Fig. 1. — Croquis des plateaux basaltiques des environs du Puy, pris du chemin de Vals à Chaponnade, En
au-dessus du point 183 de la carte de l’Etat-major.
DENISE M7 €!
8907 |
La Borne Aw eo
Fig. 2. — Vuc du flanc occidental de la montagne de Denise. à
m,,, oligocène; 8° basalte du pliocène moyen ; P°$° brèche basaltique du pliocène moyen; P'$ tufs basaltiques du pliocène supérieur : : On
p? basalte quaternaire; scf® scories basaltiques quaternaires. |
vement d’affaissement qui permit à la mer des sables de Fon- Au miocène supérieur, les mouvements du sol qui ont achevé
tainebleau d’envahir le bassin de Paris; dans les dépressions | la formation de la chaîne des Alpes ont eu leur Contre-cOup
du terrain primitif déjà indiquées depuis l’époque houillère | dans le Velay, comme dans d’autres régions du Plateau central...
s’accumulèrent des eaux lacustres; pour M. Boule, il est peu | Les dénivellations ne dépassent pas 700 mètres dans la pro
probable que les lacs de la Limagne aient été en communica- | vince qui nous oceupe ; pour dater exactement ces MOUVEMENÉS,
tion avec ceux de la Loire, et par conséquent du Velay; ce | il faudrait que les argiles et sables à chailles aient fourni des.
dernier bassin a été disloqué par des faibles qui en ont porté | documents paléontologiques. Quoi qu’il en soit de leur âge,
les lambeaux à des niveaux différents ; les dépôts sont formés | ces mouvements ont été accompagnés de phénomènes volca
par des argiles sableuses et des marnes sans fossiles ; à Ronzon, | niques très importants à l'étude desquels est consacrée un.
ce sont des gypses et des calcaires, considérés par notre auteur | notable partie du mémoire de M. Boule. |
comme des facies particuliers de la partie supérieure des ar- Les coulées les plus anciennes sont les basaltes du Mezenc«
giles et des marnes; une intéressante discussiqn de la flore et | et du Mégal se reliant à ceux du plateau des Coirons: (Ars
surtout de la faune bien connue de Ronzon l’amène à classer | dèche); elles datent du miocène supérieur ; les éruptions ont
ces dépôts dans les sous-étages infra-tongrien et tongrien. été abondantes et variées pendant toute la durée du pliocène\
Au-dessus des dépôts oligocènes, et transgressivement, vien- | inférieur; elles se sont terminées au pliocène moyen par des
nent des sables et argiles à chailles jurassiques ; ces forma- | épanchements phonolithiques formidables qui donnent au ‘"
tions sont très semblables à celles du tortonien du Cantal; on y | Mézenc et au Mégal une physionomie particulière ; Ces massifs
trouve d’ailleurs des cailloux basaltiques ; pour ces diverses portent enfin un revêtement extérieur de basalte.
raisons, on doit les considérer comme datant du miocène supé- Après l'extinction des volcans du Mézenc et du Mégal, de
nombreux cratères s’établirent dans la région du Puy; leurs
produits de projection et leurs coulées comblérent les vallées
du pliocène moyen; d’autres volcans, apparus dans la chaine
du Velay, épanchaient à la même époque leurs laves dans la
vallée de l'Allier. Naïs c’est au pliocène supérieur que Pactivité
volcanique prit une grande importance; des centaines de bou-
ches, formant une traînée de plus de 40 kilomètres de longueur,
mivelèrent la vallée de la Loire sous une couverture de laves
quelquefois épaisse de plus de 100 mètres. Mais au début du
pléisiocène, la Loire avait déjà creusé son lit; l’homme dont
on trouve les restes dans les scories volcaniques de la mon-
tagne de Denise, apparut à ce moment dans le centre de la
France où il assista aux dernières manifestations volcaniques.
Les produits éruptifs du pliocène sont associés, à différents
niveaux, à des dépôts sédimentaires, qui renferment, notam-
ment au Puy, une importante faune de mammifères dont
M: Boule achève l’examen en ce moment; les diverses variétés
de ces roches, étudiées au laboratoire de M. Fouqué au Col-
lège de France, sont, dans le mémoire qui nous occupe, l’ob-
L: jet d’une description détaillée, notamment les phonolithes aux-
quelles l’auteur consacre un long et très important chapitre.
; Si tous les soins ont été apportés au fond de l’ouvrage, la
partie matérielle de son côté n’a pas été négligée. Plusieurs
— cartes hypsométriques, des vues d’ensemble, des photographies
…rcproduites par la phototypie, de trés nombreuses coupes géo-
œ logiques réelles ou théoriques, enfin des coupes de diverses
| roches éruptives, illustrent un texte écrit dans une langue très
_ claire.
En résumé, la description géologique du Velay est un travail
important qui se recommande par de nombreuses qualités; les
“données anciennes y sont l’objet d’une critique judicieuse ; les
points nouveaux sont appuyés de preuves solides ; et sur les
questions douteuses l'auteur préfère une prudente réserve à des
affirmations hasardées. Il ne faut donc pas s’étonner que la
commission d'examen du doctorat ait apprécié cette remar-
quable thèse en disant, par la bouche de son président, qu’elle
ést l’œuvre d'un maître et non pas d’un élève.
A. Goux.
SOCIÉTÉ Z00LOGIQUE DE FRANCE
— Séance du S mars 1392. — M. H.-S. GReenoucn estime
“que la fente primitive, qui se manifeste durant la segmentation
de l’œuf chez les Batraciens, est l'équivalent d'un commence-
ment dembolie; il considère en outre comme plus ou moins
“homologue de l’archenteron dans un gastrule typique, non
“seulement le bouchon d’Ecker avec la profonde gouttière cir-
Hulaire qui l'entoure, mais encore la plaque rieurale tout entière.
M. A. Cerres présente le résultat de très longues expé-
ïiences sur la vitalité des germes des organismes microsco-
ques des eaux douces et salées. Les cultures des sédiments
eaux douces et saumâtres, ceux des chotts et des lacs salés,
“plus sûrement encore les cultures de foin, de feuilles
d'herbes desséchées, donnent toujours des Infusoires fla-
és et ciliés et parfois même des Rotifères et des Anné-
» Les cultures de sédiments marins, au contraire, qu’ils
iennent de la superficie ou des grands fonds, ne donnent
is d’Infusoires ciliés ni d'organismes plus élevés dans la
ic animale. « En résumé, conclut M. Certes, les lois biolo-
ues qui se dégagent de cet ensemble d'observations et d’ex-
iences sont conformes aux prévisions de la théorie. Tout se
| “passe de telle sorte que le repeuplement des mares, des lacs et
_ des chotts soit assuré après comme avant les sécheresses pro-
| auxquelles ils sont exposés; rien de pareil ne se produit
Pour les espèces marines qui, d’une manière générale, n’ont
| “jamais à subir l’épreuve de la dessiccation prolongée. »
Séance du 22 mars 1892. — M. E. Von MARENZELLER
Signale ou décrit succinctement, dans une note préliminaire,
les Holothuries recueillies par le yacht l’Hirondelle. L'ensemble
comprend 14 espèces dont 4 sont nouvelles (Holothuria lentigi-
nosa, Benthodytes janthina, Peniagone azorica, Chiridota
abyssicola). La Cucumaria abyssorum de l'Océan Indien et du
Pacifique a été ramenée par la drague au nord des Acores. —
M. 1x BARON D'HAMONVILLE à constaté la présence d’une Ou-
tarde canepetière en Meurthe-et-Moselle, où jamais cet oiseau
wavait été signalé. — M. E. Desoxames décrit une nouvelle
espèce d'Unio de Ceylan (U. Corbeli). — M. J. Ricar» établit
l'identité des Copépodes des genres Llyopsyllus Brady et Rob,
/ LE NATURALISTE 17
1
| et Abacola Edw. Il décrit ensuite une nouvelle espèce du genre
(I. Jousseaumei) qui provient d’une citerne des environs d’A-
den. — Etudiant la faune des eaux douces d'Islande, d'après
les matériaux recueillis par M. Rabot, MM. J. pe GUERNE ET
J. RicxarpD signalent 26 Entomostracés appartenant soit à la
zone arctique, soit à la zone tempérée. La faune des nombreux
lacs d’eau douce de la région est peu connue d’ailleurs : « ce
que l’on sait surtout, c’est que les Salmonides y abondent et
qu'ils donnent lieu à des pèches très productives. Comme
d’ailleurs il n’existe auprès de ces Poissons, dont la voracité est
extrême, qu’un Gasterosteus et une Anguille, on peut en con-
clure que les Invertébrés aquatiques sont très nombreux en
Islande. Cela ne fait aucun doute pour certains Insectes dont
les larves contribuent à coup sûr, pour une large part, à l’ali-
mentation des Salmonides. Les Moustiques pullulent effective-
ment en Islande et y constituent un fléau, comme dans d’autres
pays du Nord. Quelques Mollusques également peuvent devenir
la proie des Poissons, et Steenstrup a recueilli des Lymnæa
vulgaris dans l'estomac des Truites. »
E.-L. Bouvier.
LES PLANTES DE LA BIBLE
LES ÉPINES ET LES CHARDONS
« La terre te produira des épines et des char-
dons », etc. (Gen. IIT, 17-18.)
Parmi les chardons cités dans la Bible, l’artichaut
(Cynara Scolymus L.) occupe sans contredit la première
place; cette plante abonde dans la terre sainte, surtout
entre Nazareth et Tibériade et dans Les environs du mont
Thabor. Des spécimens ayec des tiges hautes de trois
mètres etayant souvent douze ou quinze têtes de fleurs en
corymbes pourpres sont communs. Pendant des heures
entières, on peut traverser des champs de chardons ou
autres mauvaises herbes, formant des buissons presque
impénétrables.
On ignore à quelle époque précise la culture de l’arti-
chaut s’est introduite en France. Vincent de Beauvais,
qui nous a laissé des détails sur les plantes alimentaires
le plus généralement cultivées au xr° siècle, n’en fait
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L'artichaut, port, fleur épanouie, fleuron isolé, bouton coupé
montrant le réceptacle.
mention nulle part. (En Angleterre, l'artichaut était
introduit en 1548.) Ch, Etienne, en 1561, n’en cite
qu'une seule espèce, Suivant quelques auteurs, l’arti-
chaut ne serait qu’une race obtenue de culture et issue
du cardon (Cynara Cardunculus L.), qui seul, jusqu’à ce
178
————
jour, semble avoir été trouvé à l’état sauvage. Clusius
assure avoir rencontré le cardon à l’état sauvage dans
les plaines incultes du midi de l'Espagne et du Portugal,
et surtout au bord du Guadiana. Boissier l’a recueilli en
Andalousie, où il est connu sous le nom d’Alearcil ou
Alcalcile, qui semble indiquer une origine arabe. (Le
nom arabique de l’artichaut est Kharchiof.) Enfin, on
trouve en France, ans les environs de Montpellier, une
plante congénère qui porte le nom de cardonnette.
Si l’on ne peut rapporter à la culture, d’une manière
certaine, l'origine de l’artichaut, il est du moins permis
de lui attribuer la naissance des diverses variétés que
les deux races de nos jardins nous y présentent,
L'artichaut craint les gelées des climats septentrio-
naux, Comme il a des grosses et longues racines, il lui
faut une terre profonde et meuble, On le multiplie de
graines ou d’œilletons. En hiver, on le protège en le
buttant, après avoir coupé les tiges rez terre et avoir
rapproché les feuilles, auxquelles on ne laisse qu'une
longueur d’un pied environ.
Les artichauts plantés dans une terre riche et humide
produisent toujours les plus gros et les meilleurs
fruits.
Les feuilles amères (Folia Cynaræ) sont diurétiques.
La plante fournit aussi une teinture verte, usée pour
teindre la laine.
M. Buysuax.
DESURIPTIONS DE MOLLUSQUES NOUVEAUX
Cyane Orbignyi, Ancey. — Testa convexo-orbiculata, te-
nuiusCula, aurantiaco-succinea, nitidissima, supra ferelævissima,
subtus concentrice, sub valida lente et tenuissime striatula
(sriis valde confertis, subundulatis). Spira late conica, obtu-
siuscula. Anfractus 5 1/2 regulariter crescentes, fere applanati,
sutura, appressa linearique discreti, ultimus amplus, supra
convexo-declivis, subtus sat tumidus, centro minute impressus.
Apertura subobliqua, margine supero vix antice provecto, lu-
nata. Columella fere recte descendens, subincrassata, ad basin
leviter truncatula. Peristoma tenuissimum, acutum, margini-
bus remotis. Diam. maj. 8 1/2, min. 7, alt. 5 1/4, alt. ap. 4
mill. Santa Cruz de la Sierra (Bolivie).
La Proserpinella Cousini, Jousseaume, de l’Équateur, ne
possédant pas de lamelle pariétale, mais seulement un pli aigu
s’enroulant autour de l'axe columellaire, doit constituer un
genre nouveau voisin du genre Cyane. L'unique espèce anté-
rieurement connue du genre Cyane, était la C. Blandiana,
H. Adam, du Pérou oriental. j
Nenia Orbignyi, Ancey.—!T'esta fusiformi-cylindrata, opaca,
vix nitens, obscure fusca, ad suturam anfractuum mediorum
pallida. Spira elongata, obtusa, subfusiformis, utrinque parum
attenuata ; anfractus 8 convexi, sutura impressa, duo primi
levigati » Sequentes confertim et obliquissime costulato-striati.
stris antice subtilioribus ; ultimus attenuatus, antice breviter
solutus, in tubam antice productus. Apertura subobliqua, li-
vida, peristomate pallido, oblongo-subrotundata. Lamella pa
rietalis valida, usque ad marginem prodiens , dehinc intus
contorta et subito debilior, spiralis; columellaris supera, obli-
qua, demum spiralis; plica palatalis unica, supera, lineam
lateralem haud attingens, attamen longa, haud procul ab aper-
tura desinens. Lunella longa, prope initium plicæ, post partem
dorsalem iniens, arcum similem litteræ inversæ C simulans.
Peristoma incrassatum, expanso-reflexiusculum,
a) Long. 28, diam. 6, alt. apert. 6, diam. ej. 5 1/2 mill.
b) » 25 1/2,» 6, » » GS) DO U/2ES)
Santa Cruz de la Sierra (Bolivie),
Voisine de la N. Crossei, Hid., de l’Équateur, mais aussi de
la N. Slylina, Anc., des Andes de la Nouvelle-Grenade, mais
très distincte par sa coloration et l'obliquité de ses costulations
Odontostomus Lemoinei, Ancey. — Testa anguste rimato-
perforata, modice solida, elongata, nitidiuscula, cinereo-cor-
LE NATURALISTE
nea, ex parte irregulariter et oblique vermiculato-rugosa
(rugis albis). Spira obtura, regulariter convexo-attenuata, gra-
cilis. Anfractus 9 1/2, convexiusculi, sutura impressa, regulari-
ter lentique crescentes, primi concolores et sublævigati sequen-
tes costulati, inferi 4 albo rugosi; ultimus aftenuatus, circa
perforationem oblique angulatus, latere dextro applanatus et
post peristoma scrobiculatus. Apertura subobliqua, irregu-
laris, ringens, scilicet : plica una parictali dentiformi; colu-
mellari supera sat valida; dente magno in margine dextro
peristomatis, columellari opposito et dilatatione tuberosa obli-
que a basi columellæ ad partem dextram inferamque aperturæ
descendenti munita. Peristoma expansum, album, ad insertio-
nem strictum, dehinc incrassatum et dilatatum.
Long. 22 1/2, lat. 6, alt. apert. 6 mill.
Var. Minor.
Long. 19, lat. 6 132, alt. apert. 6 mill. — Anfract. 9.
Santa Cruz de la Sierra (Bolivie).
CE DR ARE
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st ax Ven HÉPÈGAEA
C.-F. ANCEY.
T2 na
La LARVE et la NYMPHE de la HARMONIA IMPUSTULATA
Coléoptère de la famille des Coccinellides.
er We pr
La plupart des insectes Coléoptères se font remarquer à
première vue, les uns par la bizarrerie ou lélégance des
formes, les autres par la richesse ou l’éclat de leur parure,
Quoi de plus attrayant qu’un capricorne aux longues an-
tennes, qu’une cétoine aux reflets d’or et d’azur, qu’un carabe
aux élytres cuivreuses ou pourprées? Mais à côté de ces êtres
privilégiés, il en est d’autres qui attirent moins le regard et
que l’on est tout d’abord tenté de relèguer au second rang.
Telles sont les Coccinelles. — Chez elles, en effet, rien de
bien remarquable dans la forme non plus que dans la taille.
Mais, si l’on ne s’en tient pas à l’apparence, si l'on examine
ces petits êtres avec tant soit peu d’attention, comme le dédain
fait vite place à l’admiration, comme l’indifférence le cède rite
au plaisir!
Il en est un peu des Coccinelles comme des violettes. Celles-
ci sont bien humbles parmi les fleurs, mais comme elles sont
délicatement nuancées et quel parfum suave et délicat se cache
sous cette modeste apparence!
Celles-là, les bêtes à Bon Dieu, comme on les appelle, sont
également bien à l’écart dans le merveilleux monde des In-
sectes. Elles ne possèdent pas ces reflets qui font ressembler
tant d’autres coléoptères à des pierres précieuses ou à des mé-
taux doués de vie, mais, en échange, il leur a été donné une
parure enrichie des nuances les plus fines et les plus merveil-
leuses.
Écoutez plutôt Mulsant : « Tantôt on dirait des gouttes de
«lait tombées sur un fond de corail, tantôt on croirait des
«taches Ge sang semées sur une cuirasse de jais, d’autres fois
« on penserait voir des points d'encre disposés avec plus ou
«moins de symétrie sur un vêtement écarlate ou orpiment. »
Bien plus, chaque espèce varie extrémement et se présente à
l'œil charmé de l’entomologiste sous de nombreux aspects qui
le génent souvent pour la détermination des espèces mais lui
donnent un excellent prétexte d’enrichir ses collections. « Quel:
« quefois, chez les individus d'une même espèce, quand des cir-
constances favorables ont permis à la matière noire de s'é
tendre, les mouchetures se lient et s’unissent de mille ma
nières différentes et présentent alors des dessins singuliers ou
gracieux. parfois même la couleur noire envahit des espacess
plus considérables et transforme en vêtements de deuil des
élytres qui, dans l'état normal, semblent parées pour des
« jours de fête. » €
Une de nos plus jolies Coccinellides de France est, à coup
sûr, la Harmonia impustulata Lin.
Mulsant en cite une douzaine de variétés. Le plus habituel=
lement elle a le prothorax blanchâtre avec sept points noirs et
les élytres rose tendre ou foncé avec huit taches noires dont
six disposées par paires. Le dessous du corps est noir et Les
pattes généralement roses. ï +
La Harmonia impustulata est assez commune toute l’année
aux environs de Paris, mais plus particulièrement à partir du
mois de juillet, époque à laquelle on la voit souvent sur JS
murs ensoleillés en compagnie de sa larve qui est très amie de.
la chaleur et qui se rencontre également en grand nombre.
Cette petite larve a une livrée fort agréablement chamarrée
Det eh + pre de ns paquet
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o
LE NATURALISTE
de rose et de noir. Elle a un peu la forme d’un losange très al-
longé et irrégulier, la partie inférieure étant plus longue que la
supérieure,
La tête, qui est d’un noir vernissé, présente quelques très
rares poils hérissés. Elle est petite et de forme triangulaire, les
côtés latéraux étant arrondis.
Les antennes sont fort petites et, pour ainsi dire, impos-
sibles à examiner même à la loupe si l’on n'a le soin de presser
légèrement la larve entre les doigts dans le voisinage de la
tête.
Elles présentent trois aiticles, dont le dernier est conique, et
sontportées sur une pièce basilaire quise voit mieux en retour-
nant la larve et que l’on peut, à la rigueur, considérer comme
un quatrième article.
2 à 3
es pièces de la bouche, également peu saillantes, le sont ce-
“pendant davantage que les antennes. La larve les agite cons-
“iamment et avec une grande rapidité.
Les palpes maxillaires plus longs et plus larges que les an-
ennes et brunâtres comme elles se composent de trois ar-
cles subégaux dont les trois premiers sont arrondis et le der-
er coniforme.
Ces trois articles, ainsi que ceux des palpes labiaux sont
ortés par un tubercule distinct, blanchâtre, qui ressort quand
“on presse la larve entre ses doigts.
“Les palpes labiaux sont très rapprochés mais non soudés.
uand on regarde la larve en dessus, leur dernier article fait
n peu saillie.
Batête est légèrement inclinée et présente, à sa partie anté-
“rieure, un chaperon bien délimité.
| lèvre supérieure est également distincte. Quant aux man-
dibules elles sont fort petites et à peine apparentes. C’est à
bn si lon se rend compte à la loupe de leur fonctionne-
_ ment.
Jarmonia impustulata, Coccinellide de France : 1,
? 2, nymphe; 3, Insecte parfait.
Le premier anneau du corselet est noir et très finement
ordé de rose. On ne saurait mieux comparer la partie foncée
ué sur cet organe.
Dans son milieu, mais beaucoup plus étroite et à peine vi-
blé,-à sa partie supérieure une bande d’un rose assez vif.
te -bande va s'élargissant sur les deux arceaux suivants qui
nivbeaucoup plus courts et également entourés sur les côtés
une bande de même nuance. La partie noire qui s'étend à
fbiteet à gauche de ces deux arceaux présente, dans son mi-
Sur chacun d'eux, une petite plaque ronde de mème na-
iveque l'écusson noir du premier anneau.
_ Les arceaux de l’abdomen offrent une coloration à peu près
“analogue. Seulement la bande rose, souvent plus claire que
e du corselet, n'offre pas la méme disposition.
miroite sur le premier anneau, elle s'élargit jusqu'au qua-
trième où elle atteint son maximum et se rétrécit jusqu’à l’a-
“xant-dernier qui est noir sauf une bordure rose qui s’étend sur
“és côtés et sur la partie qui avoisine le dernier arceau lequel est
entièrement noir.
“Tous ces anneaux abdominaux, sauf le dernier qui est
inerme, ont leurs côtés qui forment un repli ou bourrelet, tan-
tôtrose, tantôt blanchätre, disposé de telle sorte qu'il consti-
tuësau bord de chaque anneau un petit cône dont le sommet
| esStmuni d’un tubercule épineux. Il existe de plus, sur le des-
sus de chacun de ces anneaux, quatre autres tubercules sem-
blables, répartis deux par deux sur la bande noire qui s'étend à
droite et à gauche de la bande rose médiane.
Be quatrième arceau mérite une mention particulière. Il
n'offre que les deux tubercules latéraux, et la bande noire est
divisée en deux de chaque côté, par une ligne rose.
Le dessous du dernier arceau porte un tubercule anal ser-
yant à la progression.
Le dessous de l'abdomen est tantôt rose clair, tantôt ver-
dâtre. D'ailleurs la répartition de la couleur sur le dessus du
corps est également sujette à varier. Quant aux parties noires
de l’abdomen elles ne sont pas vernissées comme la majeure
partie de celles du corselet, maïs elles offrent plutôt une appa-
rence veloutée.
Comme aspect général, la larve paraît ridée.
Cette larve se métamorphose en nymphe comme celles des
vraies Coccinelles, c’est-à-dire qu'après s’ètre fixée par son
extrémité inférieure à l'aide d'une substance qu'elle sécrète et
qui lui donne une grande adhérence, elle courbe son corps à
angle très aigu. La peau se dessèche assez rapidement et,
après s’être fendue vers la partie supérieure, elle se retire en
se chiffonnant jusque vers le dernier arceau abdominal. La
nymphe est toujours placée de facon à avoir la face tournée
vers le mur sur lequella larve s’est transformée. Cette nymphe
que j’ai figurée ci-contre (fig. n° 2) a son dernier arceau muni
de deux pointes terminales légèrement sécuriformes.
La tête qui est très repliée offre dans son milieu une bande
jaune clair qui se prolonge sur la partie médiane du prothorax
lequel présente à chaque bord antérieur deux larges taches
jaunes.
Le dessous de l'abdomen est rose clair. Le dessus est coloré
comme chez la larve.
L'insecte netarde pas à éclore. Lorsqu'il quitte la dépouille
nymphale, ses élytres sont d’un beau blanc transparent et les
ailes fines en sortent tout étendues etencore incolores. Au bout
d’une heure, ces dernières ont acquis leur consistance et se re-
plient.
Je n’ai pu suivre, dans tous leurs détails, les phases de la
coloration de la Harmonia impustulata L. Voici celles de la
Coccinella bi-punctata, variété à élytres noires ornées de quelques
points rouges.
L'insecte aussitôt éclos se fixe sur sa dépouille. La téte et
ses différentes parties, les pattes et le corselet sont entière-
ment colorés sauf la partie flave de l’avant-bord du corselet
qui est encore d’un blanc à peine laiteux. Les élytres, en entier
d'un beau blanc transparent, sont dépassées par les ailes fines
qui sont étendues et incolores. L’abdomen et les parties infé-
rieures du thorax possèdent une teinte un peu rougeûtre, sauf
les bords latéraux du méso et de l'épisternum qui sont noirs,
ainsi que le dernier arceau abdominal.
Vingt minutes après, on aperçoit, près de l'écusson, deux
points brunissant. L'insecte est déjà bien alerte, mais les
élytres ont peu de consistance.
Une heure après, la Coccinelle a rentré ses ailes fines;
les élytres deviennent de plus en plus foncées. Au bout de
trois heures, elles sont devenues d'un jaune très clair sauf la
dernière moitié qui est très légèrement noirâtre.
Le lendemain, toutes les parties des élytres qui sont appe-
lées à devenir rouges, sont d'un jaune foncé et les taches noires
sont encore un peu grisâtres. Tout le dessous du corps ést un
peu rougeâtre, à part les côtés du sternum et les bords des ar-
ceaux abdominaux qui sont noirs. Quant aux élytres elles ont
déjà toute leur dureté, mais cen'est que deux jours après, c'est-
à-dire au bout de quatre à cinq jours, que l'insecte acquiert Sa
coloration complète.
Louis PLANET.
LE CHERVIS
Qui connaît maintenant ce légume, même de nom? et
pourtant nos ancêtres, affirme-t-on, en raffolaient.
J'ajouterai qu'ils avaient raison et tous ceux qui en goù-
teront seront certainement de mon avis.
Quelle er est l’origine ? C’est ici que la question s’em-
brouille. Les uns y voient une plante asiatique introduite
seulement depuis moins de quatre cents ans; d’autres
en font remonter la connaissance à l’époque gauloise.
Poiret affirme que Tibère, ayant eu occasion de déguster
les racines du Chervis, pendant son séjour en Allemagne,
les trouva tellement de son goût qu'il en exigea une
certaine quantité comme tribut annuel, Voici d'ailleurs
180
ce que dit Pline, par la plume de son traducteur Littré :
« Le Siser (Chervis, Sium Sisarum L.), a été mis en répu-
tation par l’empereur Tibère qui, tous les ans, en faisait
venir de Germanie. C’est à Gelduba, nom d’une forte-
resse placée sur le Rhin, que se trouve le meilleur, ce
qui montre que cette plante se plaît dans les contrées
froides. Le Siser a dans sa longueur une nervure qui
s’enlève après la cuisson; néanmoins il y reste une
grande partie de amertume : ce goût amer, à l’aide
d’un mélange de vin miellé, devient même agréable dans
les mets. La même nervure existe dans le grand panais,
mais seulement dans celui d’un an. On sème le Siser en
février, mars, avril, août, septembre, octobre, »
On a prétendu que le Siser des anciens n’était que le
Panais. Il me semble pourtant que la description de
Pline est suffisamment exacte. Ce caractère tiré « de la
Le Chervis.
nervure qui s’enlève après la cuisson » parait être pour-
tant très net. C’est là en effet le principal désagrément
que présente le Chervis, qui existe encore de nos jours
comme il existait à l’époque où Pline rédigeait sa vaste
compilation. À moins de consommer de très jeunes ra-
cines, on trouve dans le Chervis une partie centrale li-
gneuse et dure que la culture arriverait peut-être, par
suite de semis intelligents et successifs, à faire dispa-
raitre.
Pendant longtemps nous n'avons connu le Chervis que
de réputation, La difficulté de se le procurer ne nous
avait pas permis de l’expérimenter. Il y a quelques années
seulement, nous avons eu l’occasion de le rencontrer
cultivé en grande quantité dans un jardin d’Étampes et,
depuis cette époque nons l’avons dégusté à plusieurs
reprises et toujours avec plaisir, Nous ne connaissons
guère en France actuellement d’autres localités, où la
plante soit cultivée sur une certaine étendue, qu’à la
Grande-Chartreuse, dans le jardin des Révérends Pères
qui en servent sur la table des visiteurs.
Le Chervis se reconnaîtra aux caractères suivants :
c'estune plante vivace à longues racines cylindriques ou
LE NATURALISTE
fusiformes réunies en un paquet abondamment fourni, M
blanches intérieurement et d’une odeur aromatique «
agréable qui rappelle un peu celle du Panais. Les tiges ;
sont hautes de 40 à 50 centimètres; les feuilles sont pen- |
natiséquées, quelquefois légèrement découpées au som- M
met ; les fleurs sont petites, blanches avec un involucre M
à » folioles réfléchies et paraissent en juillet,
Les graines demandent à être semées dès les premiers
jours de mars dans une terre franche et profonde. Quand «
le plant est levé on l’éclaircit, on sarcle et on l'arrose «
de temps à autre, On espace les pieds de 10 en 10 centi- à
mètres. Le semis peut être réalisé dans de bonnes con- «
ditions avec des graines âgées de trois ou même de quatre M
années.
Mais le meilleur mode de propagation consiste à déta- M
cher les œilletons qui se développent en grand nombre
chaque année au collet de cette plante, et à les repiquer
soit en châssis avant l’hiver, soit directement en pleine
terre au printemps. Ces organes de propagation sont
assez nombreux pour qu’on puisse avec une seule touffe
LA nt <e
Géubr
Racines de Chervis.
obtenir un carreau de culture de dimensions moyennes
Ce procédé nous a parfaitement réussi. 4
Le Chervis peut s’accommoder de bien des manières
En 1656, d’après MM. Pailleux et Bois, le jus d’orange
était sa vraie sauce ; on le mangeait aussi en salade où
en beignets. Ces deux dernières recettes nous semblent
peu pratiques en raison du cylindre ligneux qui occup@
le centre des racines, La meilleure facon de l’accommos
der, d’après nous, consiste à le faire frire. Peut-être
faut-il ajouter, qu’en 1656, époque où on le cultivait COUS
ramment, connaissait-on des variétéstendres, non lignes
ses, variétés qui se seraient perdues depuis et qu'il fau ;
drait retrouver ou créer de nouveau de toutes pièces.
Si l’on nous demandait quel est le goût du Chervis
nous serions fort embarrassés pour répondre. On y trou
un mélange de panais et de cerfeuil bulbeux, assez ind
mement combinés pour produire quelque chose de spée
et de caractéristique. Nous préférons la racine du Ch
vis à celle du Cerfeuil bulbeux, légume excellent d'ailleur
mais tellement gorgé de fécule qu’il enest incommodi
Quoi qu'il en soit, nous recommandons vivement la €
ture du Chervis au point de vue de l'alimentation.
À
P. Harior.
À
#
W
1
LE
LE NATURALISTE
181
—————_—_—_——— © eme
COUPE GÉOLOGIQUE DE LA COLLINE DU MONT PO
DANS LA FORÊT DE CHANTILLY
La célèbre forêt de Chantilly attire peu les géologues;
les coupes y sontrares, la splendide végétation qui cons-
titue pour les touristes le principal ornement de ce joli
pays cache malheureusement presque partout la cons-
titution du sous-sol .
On peut cependant faire dans cette région quelques
observations intéressantes. Si on examine la carte CÈRE
| logique détaillée, on voit que la forêt de Chantilly s’é-
à tend sur un vaste promontoire compris à l’est de la val-
. ée de l'Oise, entre deux de ses affluents de rivegauche,
la Nonette et la Thève. Sur la plus grande partie du pla-
“eau ainsi limité, la nature du sol superficiel est peu
variée.
Les sables de Beauchamp, très épais à l’est dans les
orêts de Pontarmé et d'Ermenonville, n'existent plus
ici, la dénudation atmosphérique les a fait disparaître
| presque complètement d’une facon uniforme. Le li-
“mon sableux superficiel est entière-
“ment constitué par les débris de cette
Qussante formation.
3% On trouve généralement sur le sol de
très nombreux blocs de grès et quand
on fait des Net en un point
“quelconque de la forêt, on rencontre
L du la terre végétale ‘des fragments
“brisés et arrondis de cette roche, Il est
; d remarquer que ces débris ont rare-
ment plus de 25 ou 30 centimètres d’é-
passeur et qu'ils sont répartis sur
…loute l'étendue de la forêt; on doit
en conclure qu'ils proviennent d’une
“immense table peu épaisse mais très
est due lentement en se brisant Fio
Jusqu'au moment où le support sa-
bleux faisant totalement défaut, les fragments Jégère-
ment usés sur les arêtes en se frottant les uns contre
les autres, sont venus reposer sur les couches plus so-
Jides du Pleiire grossier supérieur.
On peut aussi signaler comme vestige des sables de
seauchamp une assez grande quantité de petites boules
> grès de 2 à 5 centimètres de diamètre que l’on trouve
ans le limon sableux près de la crête du mont Pô, On
“sait combien ces petites sphères sont fréquentes dans
les formations sableuses de tous les niveaux.
Ds “La forêt qui est ainsi d’une désespérante monotonie
perficielle au point de vue géologique, devient au con-
. assez curieuse à étudier dans la partie ouest où les
ci ouches profondes viennent affleurer, ainsi qu’on le verra
plus loin.
Quand on se dirige de la gare vers la vallée de
Oise, on monte insensiblement de la cote 50 à la cote
109 sans quitter la partie supérieure des caillasses du
calcaire grossier qui existent sous le limon, On arrive
ainsi au mont PÔ, point culminant de la crête d’un es-
Carpement séparant le plateau de la vaste plaine allu-
xiale de la Thève.
Get escarpement, dirigé du sud-est au nord-ouest est
parallèle à l’axe du soulèvement du Pays de Bray : le pli
alluvions (35).
E. : Alluvions. Calcaire Calcaire Sables Argile Sables Craie.
constante dans la formation. grossier grossier de plastique. de
Cette table, plus ou moins fendillée supérieur. Denieur Cuise. Bracheux.
et moyen.
anticlinal passe à cinq cents mètres seulement de la
base. La Thève, dont le cours est aujourd’hui reporté au
sud de la plaine, était primitivement dirigée suivant ce
pli au pied de la colline. On retrouve les alluvions an-
ciennes de cette rivière dans la forêt du Lys, au nord du
lit actuel.
Le soulèvement du Bray quise fait déjà sentir plus au
sud près de Coye en un point que nous avons étudié et
signalé aux lecteurs du Naturaliste (1), est encore plus
visible près du mont P6.
Toutes les couches géologiques plongent très irrégu-
lièrement de chaque côté de l’antichinal; vers Paris, la
pente est à peine de 8 mètres par kilomètre, tandis que
vers Chantilly elle esten moyenne de 20 mètres et at-
teint même 50 et 60 mètres près de l’axe du bombe-
ment.
La figure 1 montre la coupe géologique au pied du
montPô, perpendiculairement au pli, elle est dirigée sui-
vant la route nationale de Paris à Calais.
Dans la plaine inférieure, sous les alluvions anciennes
de la Thève, on trouve la craie blanche de Meudon à Belemni-
g. 1. — Coupe du mont Pô, perpendiculaire au soulèvement du Bray.
tella mucronata qui affleure même à l’est de la route entre
la colline etle sentier de La Morlaye au viaduc. Le sable
de Bracheux qui repose directement sur la craie est fin,
blanc, micacé et ne contient pas de fossiles, on rencon-
tre à la partie supérieure de nombreux silex noirs rou-
lés toujours libres; le poudingue de Coye, si développé
au sud de la Thève ne paraît pas exister ici, non seule-
ment en affleurement, mais même plus loin, car plu-
sieurs sondages exécutés à Gouvieux et à Chantilly ne
l'ont pas rencontré. Les sables sont surmontés par l'argile
plastique formée de lits franchement argileux alternant
avec des sables pyriteux et des lignites dont l’ensemble
a une puissance de 145 à 18 mètres. Cette formation est
très constante dans la région ainsi qu’ona pu le vérifier
par les sondages déjà cités ; mais rien n’en ferait soup-
conner l'existence au point qui nous occupe, les sables
nummulitiques du Soissonnais dont l'épaisseur est ici de
plus de 36 mètres s’éboulent continuellement et descen-
dent jusqu’au niveau de la vallée en masquant l’affleure-
ment de l'argile plastique sous-jacente et recouvrent
même en partie les sables de Bracheux, comme l'indique
la coupe ci-jointe. Il est donc impossible de déterminer
(4) Naluraliste n°25, 15 mars 1888.
182
LE NATURALISTE
en ce point les épaisseurs relatives de ces divers ter-
rains, ;
Les sables de Cuise ne sont pas ici fossilifères, c’est à
peine si on trouve quelques nummulites.
La glauconie supérieure qui surmonte ces sables est au
Fig. 2. — Contact des Sablesde Cuise et de la glauconie supéricure à
La Morlaye.
contraire assez riche, on voit, à la base d'un lit épais de
calcaire à gros grains de glauconie et de quartz, la plu-
part des fossiles caractéristiques de ce niveau : Cardita
planicosta ; Turbinolia clavus ; T, sulcata; Turritella carini-
fera etc. ; ainsi que des dents de squales en assez grande
abondance,
Le même niveau est encore visible à l’est, dans la
route des Tombes, près du viaduc,
Le calcaire grossier inférieur est aussi très bien carac-
térisé par le banc à Nummulites Lœvigata dont de nom-
breux blocs forment corniche sur les bords de la
route.
Enlin, pour compléter la coupe, il faut signaler au
sommet de la montée, dans le bois près de la route des
Tombes, une carrière ouverte dans les couches supé-
rieures et moyennes du calcaire grossier, mais cette
exploitation est assez peu intéressante, surtout si on la
compare aux remarquables carrières de Saint-Maximin
au nord de la forêt.
Dans toute la région, la couche à Cerithium giganteum
n'est visible que dans une ancienne carrière au-dessus
du château de la Reine Blanche.
La figure ? montre dans une sablière abandonnée à La
Morlaye, le long de la route nationale, le contact des
sables nummulitiques de Cuise et de la glauconie supé-
rieure qui est très fossilifère, malheureuse- 1
ment, le gisement est peu recommandable, il est
fort dangereux; on peut y étudier les phéno-
mènes de dénudation qui ont amené le recul M
progressif de la colline et l'élargissement de
la vallée, le sable descend, entrainé par les
pluies ou simplement sollicité par son propre
poids, les blocs supérieurs de la glauconie man-
quent de support et tombent en entrainant Ie
limon superficiel et la végétation. On voit en-
core à la base de l’escarpement un bloc d’une
vingtaine de mètres cubes ayant glissé avec M
deux arbres qui continuent à vivre depuis plu- |
sieurs années sur un sol déplacé verticalement
de plus de vingt mètres.
Un fait particulier à signaler, est l'absence de
sources permanentes ou tout ou moins de suin-
tements au niveau de l'argile plastique sur tout
lescarpement que nous venons d'examiner
Cette formation qui joue un rôle si important
dans l’hydrologie parisienne est souvent mas
quée, comme ici, par des sables supérieurs ÉbOu=
lés, mais l’eau qu'elle retient s'échappe et vient
en révéler la présence, ici, rien de semblable ne
se produit.
L’inclinaison des couches est telle que toute
l'eau qui tombe sur le sol et qui, après avoir
traversé les différents étages du calcaire gros
sier et des sables du Soissonnais, est retenue
sur l’argile plastique, s'écoule rapidement vers lé
pli synclinal qui existe à 4 ou 5 kilomètres à l’esb
sans qu'aucun suintement ne se produise Sum
l’affleurement de l’argile qui est bien au-dessu
du point d'émergence de la nappe d’eau. Les
sources de la vallée de la Nonette et de la Thèvem
tributaires de cette nappe, sonten effet à Vals
titude 40 et la partie supérieure de l’argilé
plastique est, au mont Pô, à la cote 65. »
|
RO
Henri BoursauLzr.
LIVRES NOUVEAUX
Les problèmes de la géologie et de la paléontologie pat
Th. Huxrey.
Sous ce titre un peu trop vaste, on à réuni, en un petit Vo=
lume (1), quelques conférences et discours d'Huxley. Dans la p
face qu’il a écrite pour cette édition francaise, le grand naturà
liste anglais a pris soin de prévenir les lecteurs que s’il avai
écrire de nouveau les articles qui composent son livre, lesp
grès de la science l’obligeraient à introduire de nombreus
modifications de détail. Il est allé ainsi au-devant des critiqué
qu’on n’aurait pas manqué de lui faire, mais sans en atténuer
la portée considérable. Il est certain, par exemple, que, dans
les articles qui traitent de la paléontologie des vertébrés, beat
coup de considérations considérées comme exactes à l'époque ou
furent prononcés les discours d’Huxley (il en est qui datent
de 1870!) nele sont plus aujourd’hüi par suite des découvertes
effectuées depuis cette époque.
Ur say 01 Le F4 \
LE NATURALISTE
183
… La traduction est parfois trop négligée et l'ingérence des
éditeurs, dans la mise au point de Pouvrage, se manifeste par
des détails un peu mesquins. C’est ainsi qu’on à ajouté un
certain nombre d'indications bibliographiques tirées uniquement
“du catalogue de la maison sans aucun souci du point de pe
“purement scientifique. Veut-on un exemple pris au hasard ?
L'auteur parlant fp. 220) de la grande monographie de
M. Gaudry sur les fossiles de Pikermi, qui lui semble « un des
“morceaux les plus achevés en matière de paléontologie qu il ait
lu depuis longtemps », un renvoi mentionne, au lieu du titre de
l'ouvrage en question, le petit livre de M. Gaudry intitulé : Les
cètres de nos animaux dans les temps géologiques, qui fait
—hartie de la collection de MM. Buillière. Ces observations une
M fois faites, je dois dire qu'on éprouvera le plus vif plaisir à lire
e petit recueil, où sont soulevés et discutés quelques-uns des
roblèmes fondamentaux de la wéologie et de la paléontologie.
»
4
IR :
| p
travers le royaume de Tamerlan (Asie centrale), Voyage
uns la Sibérie occidentale, le Turkestan, la Boukharie, aux
bords de l’Amou-Daria, à Khiva el: dans l'Oust-Ourt, par
GuizLaume Capus, docteur ès sciences, chargé de missions
Scientifiques par le ministère de l’Instruction publique. In-8°
(le 430 p. avec 66 grav. et 2 cartes.
Quoique un peu tardive, cette relation d’un yoyage fait en
-82 n'en scra pas moins favorablement accueillie par le pu-
éclairé. La lecture du livre de M. Capus est très attachante.
âce à un style alerte, original, particulièrement heureux dans
descriptions et toujours empreint du plus joyeux optimisme,
auteur fait véritablement participer le lecteur à toutes ses
entures et lui donne l'illusion d’un voyage vécu. É
Ce livre est naturellement très documenté. Les naturalistes
glaneront beaucoup de faits intéressants et, à ce point de
ue, les botanistes seront les mieux partagés. Les diverses flores
régions parcourues, depuis la flore des steppes bas jus-
celle des sommets neigeux, font l’objet non pas d’une
fumération sèche de noms latins mais de jolis tableaux, vive-
nt. brossés et d’une grande coloration. On lira aussi avec
isir des détails curieux sur la faune des steppes, sur la mue
érnale des animaux des Kirghis, sur le polymorphisme des
antes suivant les altitudes ou les diverses conditions topogra-
hiques, sur les insectes et les fleurs des montagnes du Kohis-
in, etc. À signaler encore la description saisissante des ruines
la ville sainte de Chahr-i-Samâne, sur lesquelles l’histoire
aque absolument de renseignements et qui réservent des
prises aux archéologues de l’avenir lorsque des fouilles
wront être entreprises. -
jolies figures, faites d’après les croquis de Vauteur, ani-
te récit, tout en donnant aux caractères ethnographiques
opographiques une précision que le meilleur texte ne sau-
| comporter.
2 M. B.
> ACADÉMIE DES SCIENCES
éance du 4 juillet. — Note de M. Gaudry servant comme
troduction au travail qu’il présente à l’Académie sous le
: Simililudes dans la marche de l’évolution sur l’ancien et
ouveau Continent. — M. de Lacaze-Duthiers présente une
de M. L. Frédericq sur l'Hémocyanine. Cette matière albu-
oïde existe en grande quantité chez le Poulpe, tandis qu’elle
tiste qu’en très petite quantité chez l’Ecrevisse, le Crabe, le
ad. De là l'inexactitude des conclusions de M. Heim qui
expérimenté que chez ces derniers animaux. — M. de Lacaze-
iers présente une note de M. E. Bataillon sur le détermi-
physiologique de la métamorphose chez le ver à soie.
uteur signale l'apparition et la prédominance graduelle d’une
Culation inverse, puis circulalion normale pendant que le
postérieur du ver se flétrit ; enfin cèrculation indifférente
{pendant la chrysalidation. — M. Milne-Edwards présente une
[note de M. À. Vayssière sur un nouveau Temnocephala parasite
de V'Asfacoïdes madagascariensis. En même temps, l’auteur
mne la diagnose de ce nouveau genre de Trématode.—M.Chau-
“|veau présente une note de MM. Lortet et Despeignes sur les
| vers de terre et la tuberculose. Il ressort des expériences des
…|‘uteurs que les lombrics ramènent à la surface du sol, avec
î fes produits de leur digestion, des bactéries tuberculeuses ayant
! {conservé toutes leurs propriétés virulentes. — M. Duchartre
présente une note de MM. P. Viala et C. Sauvageau sur la
|.
F
Fk
Ü
-
| |
RP
| maladie de Californie, maladie de la vigne causée par le Plas-
modiophora californica, champignon myxomycète analogue à
celui de la brunissure de la vigne, — M. Duchartre présente
une note de M. 4. Lélellier sur la statique végétale. L’action
de la pesanteur à une action sur le groupement moléculaire
dans les plantes, et l'orientation des parties jeunes correspond
à leur position d’équilibre stable ; d'où il faut conclure que les
racines descendantes ont leur centre de gravité au-dessous du
centre de figure. Les tiges et les racines ascendantes ont une
position relative inverse pour leurs centres de gravité et de
figure. Les rhizomes et les racines secondaires ont leurs
centres de gravité et de figure très voisins, d’où équilibre
indifférent.
Séance du 41 juillet. — Note de M. Trécul sur l’ordre
dapparition des premiers vaisseaux dans les fleurs de quel-
ques Lactuca. Dans les L. oleifera et L. perennis, les premières
cellules vasculaires apparaissent dans les lobes de la corolle,
dans le L. sativa on en trouve en même temps dans les lobes
de la corolle et dans les filets staminaux, tandis que dans le
L. virosa c'est toujours dans les filets staminaux qu’on les ren-
contre tout d’abord. — Note de M. À. Pomel sur le Libythérium
maurasium du terrain pliocène plaisancien d'Algérie. Ce nou-
veau Ruminant égale en dimensions l'Helladotherium, et pré-
sente, avec ce dernier, des aflinités manifestes, — M. Schüt-
zenberger présente une note de M. L. Cuénot sur la valeur
respiratoire de l’'Hémocyanine. En présence des résultats con-
tradictoires obtenus par M. Heim et M Frédericq, l’auteur
reprend l'étude de la question sur l'Helix pomatia, et prouve
que le sang à hémocyanine est capable d’absorber plus d’oxy-
gène qu’un égal volume d’eau, mais que le pouvoir absorbant
de l’hémocyanine pour l'oxygène est très faible comparative
ment à l’hémoglobine des vertébrés. —-M. de Lacaze-Duthiers
présente une note de M. F. Houssay sur la circulation embryon-
naire dans la tète chez l’Axoloth. Après de longues recherches,
Pauteur ramène cette région au même type vasculaire que les
métamères du tronc. — M. de Lacaze-Duthiers présente une
note de M. Maupas sur le Belisarius Viguieri, nouveau Copé-
pode d’eau douce et aveugle trouvé à Alger. — Note de
M. Daresle sur l’évolution de l'embryon de la poule soumis
pendant l'incubation à an mouvement de rotation continu.
L'embryon meurt au moment de la formation de l’allantoïde,
période critique de la vie embryonnaire. — M. Gaudry présente
une note de MW. Berlrand et Renault, sur le bog-head, roche
d’origine végétale. — M. Daubrée présente une note de M. Zeiller
sur la constitution des épis de fructification du Sphenophyllum
cuneifolium. Cette constitution mieux connue conduit l’auteur
à faire disparaître le genre Bowmanites dont les différentes
espèces ne sont que des Sphenophyllum. — Note de M. Stanislas
Meunier sur la constitution géologique des régions situées entre
Bembé et le pic Crampel (Congo) d'aprés les échantillons re-
cucillis par M. Jean Dybowski La route suivie par Pexplorateur
Coupe trois massifs de roches cristallines, sans aucune associa -
tion de roches stratifiées.
A.-E. Mararo.
EXCURSIONS GÉOLOGIQUE ET BOTANIQUE
M. Stanislas Meunier, professeur au Muséum de Paris, fera
une excursion géologique publique à Chamonix et dans le mas-
sif du Mont-Blanc, du 3 au 11 août prochain.
Voici un extrait du programme :
Are journée. — Mercredi, 3 août 1892. — De Paris à Ambé-
rieu, en chemin de fer.
2° journée. — Jeudi, 4 août 1892. — D’Ambérieu à la grotte
de la Balme : entrée de 33 mètres de hauteur; vastes couloirs sou-
terrains de 250 mètres de longueur, labyrinthes, lacs, stalac-
tites et stalagmites. — En chemin de fer à Bellegarde : perte
du Rhône, gisement de phosphate. — Coucher à Genéve.
3e journée. — Vendredi, 5 août, — De Genève à Vernayaz.
— Traversée du lac en bateau à vapeur de Genève à Villee
neuve. — Coup d'œil sur les montagnes de la Savoie, conirast-
avec la rive suisse. — Le Delta du Rhône. — De Villeneuve à
Vernayaz en chemin de fer. — La cascade de Pisseyache. —
Coucher à Vernayaz.
4° journée. — Samedi, 6 août. — De Vernayaz à Chamonix.
— Les gorges de Trient. — Salvan : exploitations d’ardoises du
terrain houiller. — Traces glaciaires à Finhaut.— Cascades de
184
Barberine. — Le col des Montets : terrain erratique. — Ar-
entière : gigantesque moraine, — Coucher à Chamonix.
ÿe journée. — Dimanche, 7 août. — Excursion à la mer de
glace et les montagnes qui l'entourent. — A l’Angle : contact
des schistes cristallins et de la protogine. — Traversée de la
mer de glace : étude du glacier, moraines, crevasses, etc. — Le
Mauvais-Pas : pierre ollaire. — Le Chapeau : Schistes, calcaire
noir, cargneule. — Source de l'Aveyron. — Coucher à Cha-
monix.
6° journée. — Lundi, 8 août. — La Frégère et le Brévent.
— Sentier de la ee sur le gneiss, roches pétrosiliceuses
et talqueuses. — Vue magnifique sur le massif du Mont-Blanc.
— À Maprar, limite supérieure des roches moutonnées par les
glaciers, gneiss avec calcaire et graphite. — Sommet du Bré-
vent, 2,552 mètres. — Panorama. — Lac du Brévent, filon de
protogine rose. — Coucher à Chamonix.
1e journée. — Mardi, 9 août. — Le glacier des Bossons et
Pierre-Pointue. — Au chalet de la Para, gneiss plongeant sous
la chaine du Mont-Blanc. — La Pierre- Pointue : bloc de
protogine reposant sur les schistes cristallins. — Vue impo-
sante sur le glacier. — Coucher à Chamonix.
8e journée. — Mercredi, 10 août. — De Chamonix à Genève.
— Mines d’anthracite de Couppeau, empreintes végétales houil-
lières. — Les gorges de la Diosaz. — Mines abandonnées de
SELVOZ. — Les bains de Saint-Gervais, jaspe rouge. — Che-
minée des Fées. — Le Prarion. — Sallanches : blocs exrati-
ques. — À Cluses, chemin de fer pour Genève. — Coucher à
Genève.
9e journée. — Je A1 août. — De Genève à Paris, en che-
min de fer.
Le rendez-vous est à Paris, à la gare de Lyon, le mercredi,
3 août, à 11 heures précises du matin.
M. Ed. Bureau, professeur au Muséum de Paris, fera une
excursion botanique, du 5 au 11 août 1892, aux environs de
Nantes et sur le bord de l’Océan.
Vendredi, 5 août. — Départ de Paris (gare d'Orléans), à
j1 h. 20 m. du matin ; arrivée à Nantes à 6 h. 46 m. du soir.
Samedi 6 et dimanche 7. — Visites au Jardin des Plantes et
au Muséum d'histoire naturelle de Nantes. — Herborisation sur
les bords de la Loire et dans les marais flottants de l’Erdre —
Le 7, à 7h. 14 m. du soir, départ pour le Croisic.
Londi 8, mardi 9 et mercredi 10. — Herborisation dans la
région maritime : sables de Penbrou, côte granitique de Batz,
de d'Escoublac, marais salants du Pouliguen.
Jeudi 11. — Départ du Pouliguen à midi 8 m.; arrivée à
Paris à 11 h. 59 m. du soir.
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398.
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400.
404.
402.
403.
404.
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pp. 112
(anal.). 1892, pp. 211-248.
lurbellariés (Rhabdocel
ù Mai ee
tas Ta y Tee 2
DESCRIPTIONS DE LÉPIDOPTÈRES NOUVEAUX
Lithosia Pasa n. sp. — 25 millimètres. Dessus des supé-
rieures gris lilacé, l'aile entièrement bordée de jaune paille et
traversce dans son milieu de la base au bord externe par une
ligne de même teinte. Franges pailie.
Dessus des inférieures du même gris uniforme avec les
franges concolores. Dessous comme le dessus sauf que la ligne
transversale des supérieures s’efface presque complètement.
Front jaune paille, collier, ptérygodes et thorax également
paille et plus ou moins teintes de rose, abdomen gris, pattes
grises coupées de paille. Antennes filiformes grises.
Deux Q@ des environs de Loja dont l’une prise en no-
vembre 1887.
Cette espèce se place tout à côté de Lithosia Mexicana Druce
(Biol. C. Amer. Heteroc. pl. 13 fig. 2, 3 page 131) mais sa tête
et son thorax paille rosé l'en distingueront à première vue.
Sabulodes Lojanata n. sp. — 39 à 45 millimètres. Aïles
entières, arrondies, légérement dentées plus spécialement aux
inférieures, variant du jaune testacé clair au jaune fortement
envahi de brun, saupoudrées d’atomes noirs, avec un point cel-
lulaire à chaque aile et une série de points nervuraux généra-
lement éclairés de blanc extérieurement et placés sur une
ombre qui presque invisible dans les exemplaires très pâles,
forme une ligne sombre dans les individus colorés. Les mieux
dessinés de ceux-ci possèdent une ligne centrale commune
dentée et parfois même, aux supérieures, une ligne subba-
silaire zigzaguée. Les franges, concolores, sont uniformes dans
beaucoup d'exemplaires pâles, et tachetées de brun à l'extré-
mité des nervures dans les exemplaires colorés.
. Dans tous les exemplaires, célorés ou pâles, le dessous est à
peu prés identique, blanc sale, saupoudré d’atomes noirs, jaune
testacé le long des côtes et avec deux larges ombres noires. La
première à l’extrémité des supérieures, laisse l’apex blanc et
matteint par tout à fait le bord externe; la seconde, aux infé-
rieures, ferme une courbe subterminale qui part de la côte et
parcourt les deux tiers de ces ailes laissant une assez large bor-
dure blanche. Chaque aile possède le point cellulaire, mais par-
fois peu distinct. Dans quelques exemplaires les ombres du
dessous sont traversées par une série de points nervuraux
noirs bien distincts. J'ai recu de Loja une longue série de
cette espèce (58 individus); elle me semble devoir se placer à
côté de Dentinata Gn. que je ne connais pas, mais dont le
« dessous sans dessin » et le coude assez sensible, des supé-
rieures l’en différencient en tous cas.
- Sabulodes Sticta. n. sp. — 33 à 38 millimètres. Ailes
entières, arrondies, dentées, surtout aux inférieures, gris rosé;
supérieures traversées par deux lignes vert pâle, la première
extrabasilaire coupée par deux à trois petits points blancs, la
“seconde contenant la série usuelle de points nervuraux, tous
blancs et bien distincts. En avant de cette seconde ligne et in-
térieurement une large bande d’un gris brun plus foncé traverse
Païle et contient en son milieu une large tache noire qui fera
aisément distinguer cette espèce. Inférieures traversées par la
Série ordinaire des points nervuraux, blancs sur la ligne vert
pâle commune aux quatre ailes, et avec la bande gris brun in-
térieure. Franges concolores. Les quatre ailes, dessus et des-
sous, possèdent un petit point cellulaire noir. Dessous des ailes
blanc mat argenté, semé d'atomes noirs, avec les bases et les
côtes enfumées et une large ombre subterminale partielle, en-
tourant l’apex aux supérieures, arrondie aux inférieures. De
plus, chaque aïle est marquée d’une éclaircie blanche près du
point cellulaire.
Quatorze individus provenant des environs de Loja, dont un
pris le 17 avril 1890.
“ Sabulodes Franciscata,n. sp. — 36 à 38 millimètres. Ailes
entières, arrondies, dentées, brun roux à reflets violacés, mar-
quées aux supérieures de deux à trois points subbasilaires noirs
marquées de blanc et sur les quatre ailes de la série ordinaire
de points nervuraux noirs très nettement éclairés de blanc et
“situés sur une fine ligne à tonalité verte, fondue dans le fond
Les quatre ailes possèdent un petit point cellulaire noir et la
côte des supérieures est striée de blanc. Franges concolores!;
dessous gris, testacé, semé d’atomes noirs, plus pale le long des
bords, et marqué d'une ombre noire subterminale qui part de
la:côte aux supérieures et borde plus ou moins les quatre aïles
suivant les spécimens. Un petit point cellulaire à chaque aile.
Tête, corps et pattes concolores, Antennes filiformes.
LE NATURALISTE
185
Six ©* et deux © pris à San Francisco près Loja, dont deux
en août 1886.
Sabulodes Xylinochroma,n. sp. —40 à 43 millimètres.Ailes
entières, arrondies, non dentées ; supérieures parfois légère-
ment acuminées, dessus des quatre aïles d'un fauve tantôt
rougeâtre tantôt couleur de bois, semé d’atomes noirs et tra-
versé par la série ordinaire de points nervuraux noirs faiblement
éclairés de blanc en arrière. Dans les spécimens bien dessinés
se voient les trois points nervuraux extrabasilaires aux supé-
rieures. Le milieu des ailes est en outre traversé par une ombre
sur laquelle se détache, aux supérieures, le point cellulaire en
noir pupillé de blanc, et près de laquelle se trouve aux infé-
rieures ce même point simplement noir. Franges concolores,
dessous d’un fauve assez uniforme, éclairé de jeaunâtre à
Papex et le long des bords externes ainsi qu’au centre de chaque
aile vers le point cellulaire noïr et avec une ombre large en-
tourant l’apex aux supérieures, arrondie aux inférieures. Dans
beaucoup de spécimens une série de points noirs parcourt cette
ombre dans les quatre ailes. Antennes simples.
Quatorze spécimens pris aux environs de Loja en 1886, 1887
et 1889.
Lycimna Caïjanuma n.sp. — 38 à 40 millimètres. Dessus
des ailes gris rosé, pointillé de noir; supérieures traversées par
une double ligne subbasilaire vert pâle presque droite, l'exté-
rieure plus large, puis par une large bande terminale égale-
ment vert pâle contenant plusieurs taches couleur du fond.
Inférieures avec les traces d’une première ligne subbasilaire
et d’une bande terminale, toutes deux peu distinctes même
dans les exemplaires les plus frais et contenant un point cellu-
laire noir, bien indiqué immédiatement en dehors de la pre-
mière ligne. Dessous avec les dessins du dessus, mais forte-
ment marqués ; les inférieures teintées de jaune ont les deux
lignes d’un brun ferrugineux vif, possèdent le point cellulaire
noir comme en dessus, et sont marquées à la dent d’une tache
jaune pointillée de brun. Les supérieures ont la tonalité du des-
sus mais renforcée et avecles lignes plus nettes; elles ont en
outre une ligne ferrugineuse centrale qui n’atteint aucun des
deux bords, enfin la plupart des exemplaires possèdent un point
cellulaire noir. Antennes filiformes.
Cette espèce se place tout à côté de Lycimna Brantsiata Snel-
len dont elle a à peu près la taille et leport; toutefois la dent des
supérieures est plus en saillie. Sept c* des environs du Loja.
Herbita Tenebrica n. sp. — 40 à 45 millimètres. Aüïles
entières ; supérieures arrondies à apex pointu ; inférieures à
bord plus droit. Dessus des supérieures brun, traversé par
une large bande qui occupe tout le milieu de aile et s'élargit
en atteignant la côte. La base de l'aile et la partie terminale
sont plus ou moins teintées de jaune terreux ainsi que les
franges. Une série de points noirs terminaux entre chaque
nervure, enfin un point cellulaire noir. Dessus des inférieures
brun, traversé dans la moitié extérieure par une ligne peu
distincte et éclairé de gris roux à l’angle anal. Franges jau-
nôtres. Dessous gris brun uni avec une série de points ner-
vuraux subterminaux noirs éclairés extéricurement de jaune et
bien distincts. Cette séric se termine à la côte par un point
jaune de grosseur double.
Côte des supérieures, bords externes et franges teintés de
jaunâtre. Comme sur le dessus une série de points terminaux
noirs entre chaque nervure; dans quelques spécimens, la série
de ces points est incomplète. Tête, thorax et corps bruns, an-
tennes (pubescentes) et extrémité de l’abdomen jaunes, pattes
jaunes, sauf les cuisses qui sont brunes.
Cinq ©* des environs de Loja, 1889 et 1891.
Polla Mirafloresa n. sp. — 38 millimètres. Aïles supé-
rieures arrondies, à apex obtus et un peu falqué, inférieures
coupées carrément aux deux angles. Dessus des ailes brun,
marbré par places de gris violacé et de vert mousse. Les supé-
rieures ont une première ligne claire qui part du bord interne
vers le premier tiers, remonte en ligne droite et, au delà du
milieu de l'aile, fait un coude vers l’apex pour atteindre la côte
après un crochet en forme d'U. Au second tiers du bord in-
terne une autre ligne suit une direction parallèle avec cette
seule différence que le coude est, cette fois, plus arrondi. Entre
ces deux lignes l’aile est marbrée de gris violacé, elle est, de
plus, traversée par une ligne sombre. Extérieurement à la
seconde ligne claire et à son centre se trouve une tache ferru-
gineuse qui est immédiatement suivie d’une dernière ligne
igzaguée, claire, traversant l’aile de l’apex au bord interne un
peu avant l’angle. Côte brun ferrugineux parfois éclairé de gris.
Bord terminal finement bordé de gris. Franges brun foncé,
186
Inférieures divisées en deux par une ligne claire courbe, qui
part du bord interne au-dessus de l’angle anal et fait suite à la
première ligne claire des supérieures. Intérieurement à cette
ligne les inférieures sont teintées de gris, extérieurement de
vert mousse. Bord terminal finement bordé de gris, franges
comme aux supérieures.
Dessous des supérieures gris cendré dans la première moitié,
brun roux extérieurement avec l’apex gris. Dessous des infé-
rieures blanc grisâtre avec une bordure terminale brune plus
ou moins large. À chaque aile dessus comme dessous, un petit
point cellulaire noir.
Palpes et tète ferrugineux, thorax et dessus du corps brun,
dessous du corps gris, cuisses grises, tarses tigrès jaune etnoir.
Trois c* des environs de Loja, 1889.
Azelina Attagena, n. sp. — 36 millimètres. Aïles en-
tières à bord terminal denté, assez droit aux supérieures, plus
arrondi aux inférieures. Dessus des supérieures gris roux,
avec une double ligne transversale plus foncée, .tremblée mais
presque droite, traversant l’aile au delà de la cellule, et une
troisième ligne parallèle, analogue, entre la double ligne et le
bord terminal, lequel contient plusieurs petits points blancs.
Dessus des inférieures gris blond, sans dessin, sauf des ves-
tiges de la ligne ordinaire vers le bord abdominal, et quelques
petits points subterminaux noirs. Franges concolores. Dessous
des quatre ailes gris blond ferrugineux, plus pâle dans la
moitié inférieure, avec le point cellulaire, la ligne commune
partiellement indiquée et les petits points subterminaux. Palpes,
antennes (filiformes), thorax, corps et pattes de la couleur du
fond. Une © des environs de Loja, 1890.
Azelina Barbarata, n. sp. — 31 à 33 millimètres. Aïles
entières, à bord terminal arrondi, finement et régulièrement
dentelées. Dessus des supérieures gris brun, tirant sur le fauve
dans quelques exemplaires ; l’extrabasilaire, brune et bien
marquée, ombrée extérieurement, avec une profonde inflexion
centrale ; la seconde ligne également brune, bien dessinée, irré-
gulière et contenant un point ochracé à la hauteur de la cel-
lule; deux points cellulaires noirs, géminés, en partie entourés
de blanc, enfin quatre ou cinq petits points subterminaux
blancs. Côtes et intérieurs striés de brun foncé.
Dessus: des inférieurs gris brun, ordinairement lavé de
fauve le long du bord terminal, n’ayant pour dessin qu’une fine
ligne claire, un peu ondulée, faisant suite à la seconde des
supérieures, puis quelques petits points subterminaux noirs.
Dessous des quatre ailes gris brun ferrugineux avec un petit
point cellulaire et une ligne commune ondulée aboutissant à
un point blanc à la côte des supérieures et bordée d’un trait
noir vers le bord abdominal des inférieures. Moitié intérieure
des quatre ailes plus claire, apex plus ferrugineux, points sub-
terminaux comme sur le dessus,
Palpes, tête, antennes (filiformes), thorax, abdomen et pattes
de la couleur du fond.
. Cinq spécimens de Santa-Barbara, 1886 et 1891.
Azelina Fortunata.n. sp. — 42 millimètres. Ailes élancées
à bord terminal arrondi, légèrement et régulièrement dentées,
d’un verdâtre fauve à reflets rosés, avec une ombre centrale
brune au premier tiers de l’aile puis au second tiers, une
ligne droite, également brune, peu distincte vers la côte et le
bord interne. Extérieurement à cette ligne la teinte de l'aile
s'éclaircit. Trois ou quatre petits points blancs subterminaux
entre la 2 et la 4. Inférieures avec une seule ligne plus pâle,
fine, bien marquée seulement vers le bord abdominal et faisant
suite à la ligne des supérieures. Franges concolores. Dessous
fauve ferrugineux semé d’atomes noirs avec la moitié inférieure
blanchâtre dans les supérieures et une partie plus claire aux
inférieures le long du bord abdominal. Cette partie plus claire,
contient une petite ligne noire, brisée, au-dessus de l'angle
anal. Le dessous des ailes est en outre marqué d’un point cel-
lulaire, blanc aux supérieures, noir aux inférieures ainsi que
de quelques petits points subterminaux blancs.
Palpes, antennes, tête, thorax, pattes et abdomen de la cou-
leur du fond. Trois ©* des environs de Loja, 1889.
Cette espèce se place auprès de Beatricaria Gn. et Periculo-
saria Obth.
Achlora Gaujoniaria, n. sp. — 40 millimètres. Cette es-
pèce, de plus petite taille que Roseipalpis F. et R., a le même
port quant aux supérieures; mais les inférieures sont plus ar-
rondies et sans trace d’angle. Le dessus des supérieures est
vert avec quelques taches rosées à la base, un point cellulaire
noir bordé de rosé et une rangée de taches subterminales par-
tant de l’angle interne et se perdant dans l'aile avant d’at-
teindre la côte. Cetto rangée comprend une première tache
LE NATURALISTE
feu marquée Eté comement de deux points jaunes, puis quatre
points noirs à bords marrons diminuant de grosseur. Une
ligne dentée, de même couleur, les borde intérieurement et
les dépasse dans l’un de mes spécimens. La côte est blanche,
la frange blanc verdâtre, sauf à l'extrémité de l'apex et à l’angle
interne où elle brunit.
Dessus des inférieures vert avec la base jaune paille pâle,
un reflet central de teinte olive, une ligne sinuée, également
olivée et coupant l’aile en deux, éclairée de mordoré extérieu-
rement. Frange vert tendre avec une tache mordorée à l’apex.
Dessous des supérieures vert plus pâle, blanchâtre le long
du bord interne, avec le point cellulaire et l’indication en brun
de la ligne des taches. Desssus des inférieures d’un blanc mat.
transparent à la base, puis blanchätre avec une ligne centrale
et le bord plus vert.
Dessous des palpes blanc, dessus d’un noir profond, front
noir, vertex et collier mélangés de vert tendre et de blanc,
antennes (pectinées) blanc crème, thorax garni de longs poils
vert tendre, dessus du corps vert pâle à la base, blanc cré-
meux à son extrémité. Dessous du corps et pattes blanc luisant,
les deux premières paires coupées de noir.
Deux ©” des environs de Loja, 1891.
Geometra Mnscipunctata,n. sp. —23 millimètres. Dessus
des aïles d’un joli vert tendre uniforme avec les franges conco-
lores et un point cellulaire de même tonalité à chaque aile.
Côte jaune. Dessous des ailes d'un vert'blanchâtre, les points
cellulaires à peine indiqués. Front jaune ochracé, antennes
(incomplètes) pectinées au moiïns à la base et jaunes. Thorax
et dessus de l’abdomen verts, dessus du corps blanc verdâtre.
Un spécimen frais de Loja, 1891.
Cette jolie petite espèce se distinguera aisément par ses
points cellulaires verts.
Nemoria Mollissima n. sp. — 20 à 22 millimètres. Supé-
rieures à apex un peu pointu et bord terminal droit, infé-
rieures très légèrement coudées au centre. Dessus des quatre
ailes d’un joli vert tendre avec un très petit point cellulaire
noir et deux fines lignes blanches, assez droites. Côté des su-
périeures et franges blanc pur. Dessous des aïles blanc ver-
dâtre sauf aux supérieures qui sont vertes le long de la côte.
Antennes ciliées d’un blanc crêémeux, palpes blanc verdâtre,
front vert, vertex blanc; collier, ptérygodes et dessus du corps
vert, anus blanc ; dessous du corps blanc, pattes verdâtres.
Neuf spécimens des environs de Loja.
Nemoria? Vitiosaria n. sp. — 30 millimètres. Extrémité
des supérieures échancrée avec l’apex un peu falqué, infé-
rieures à bord terminal coudé au milieu. Dessus des supé-
rieures avec la première moitié d'un vert acier, une partie de
la côte et une assez forte rentrée vers le haut de la cellule d'un:
blanc verdâtre, puis la moitié extérieure verte teintée de jau=
nâtre. La frange, verte à l’apex et au centre, est blanchäâtre
dans l’échancrure et à l’angle interne. Le dessus des inférieures …
vert acier à la base, puis teinté de jaunâtre, a une bordure et
la frange vertes. Dessous analogue au dessus, mais de teintes
plus pâles et avec la bordure et a frange des inférieures blanc …
verdâtre.
Antennes ciliées à extrémité filiforme, palpes, front et vertex.
jaune crémeux, collier, thorax et dessus de l’abdomen vert
pâle; dessous du corps et pattes blanc crémeux.
UneQ de Zamora. Cette espèce se place à côté de Nemoris
Corruptata Feld. et Rog.
Comibæna Ecuadorata n. sp. — 19 à 21 Hilimétres Des-
sus d'un beau vert herbacé uniforme avec un petit point cellu=
laire brun à chaque aile etune bordure chamoïis terminale
commune, liserée intérieurement de bron vineux, amincie au
centre de chaque aile et s’élargissant aux deux extrémités: A
l’angle interne des supérieures notamment, cette bordure de-
vient envahissante et recouvre toute la partie inférieure de
l'aile de cet angle, parfois jusqu’au delà du milieu du bord
interne. Bord terminal avec un fin liséré brun; côte et franges
chamois. Dessous des ailes d’un vert jaunâtre pâle, indiquant
en clair la bordure du dessus et avec la côte et les franges
jaunes. Antennes pectinées à extrémité filiforme et front jaune
bois, vertex jaune paille bordé de rouge vineux intérieurement, en :
thorax vert; dessus de l’abdomen jaune rosé portant cing pes
tites verrues vineuses garnies de quelques poils brillants ou,
rosés; dessous du corps et pattes jaunes. 3
Sept individus dont trois bien frais pris à Zamora, l’un d'eux …
en mars 1886. Cette espêce se place tout à côté de Phorodesme
Sarptaria, Moschler mais en diffère par ses dessins, l’abdomen
qui est vert dans Sarptaria et divers autres sos %
DOGNIN.
14° ANNÉE
LES RACES DE L'INDE
JATS
Les Jats ou Djats habitent le Panjab et forment le cin-
quième de la population de cette province. Ils sont au
nombre d'environ quatre millions et demi. D'origine
seythique, ils descendent des anciens Gètes. Ils se sub-
“…{Jivisent en Jats proprement dits et en Dhes. Cette der-
nière subdivision tire son origine des Dahes que Strabon
place sur les bords de la mér Caspienne,
— Ce n'est cependant que dans la suite que s’établit cette
à
=
-
bactrien.
2 SÉRIE — N° 131
division. Elle fut le résultat de la vie côte à côte de ces
deux tribus qui habitaient toutes deux l’Asie centrale et
[qui s'avancèrent ensemble lorsqu’eut lieu le grand mou- :
D. des Scythes vers l’Inde à la fin de l'empire gréco-
“Certaines tribus Radjpoutes paraissent avoir eu la
15 AOÛT 1892
prirent part, dit-on, à la fameuse guerre qui fait l’objet
lu poème intitulé Mahäbhdrata. La dénomination des
Jats s'étend toutefois à d’autres tribus qui, selon toute
apparence, ont une origine toute différente.
Des Jats, les uns suivent la religion musulmane,
d’autres sont demeurés attachés au brahmanisme,
d’autres enfin sont entrés dans la confédération reli-
gieuse, et jadis politique, des Sikhs.
Chose remarquable : ceux qui ont embrassé le maho-
métisme laissent à leurs femmes une liberté qui cadre
mal avec les mœurs musulmanes. Les femmes peuvent
en effet quitter leurs maris quand il leur plaît et con-
x
voler à d’autres noces. Bien que musulmans, ils ne con-
?
Les races de Inde. — Les Jats du Panjab (Reproduction directe d’une photographie).
tractent point d’unions matrimoniales avec les musul-
mans d’une autre origine,
Les Jats se livrent à l’agriculture.
J'ai pu, dans mes voyages à travers l’Inde, observer
un bon nombre d'individus de cette race. Ils sont ordi-
nairement de taille moyenne, robustes et costumés à la
facon des autres Indiens. Toutefois, les Jats d’Ajmere
sont, comme j’ai pu m'en convaincre, chétifs, petits el
d’une couleur très foncée. Les Jats, bien qu'on puisse
les regarder comme aborigènes, dans le Panjab, le
Rajpatana, le Guzerat, Le Sind et le Béloutchistan, forment
nos jours, il n'existe entre eux qu'une simple distinc- | comme un trait d'union entre les races aborigènes ou
tion sociale, On pourrait en dire autant des Nagas. primitives d'un côté et la race aryenne de l’autre, à
… Les Jats remontent à la plus haute antiquité. Ils | laquelle ils se rattachent par les Radjpoutes,
_—
LE NATURALISTE, 46, rue du Bac, Paris. Hector LÉVEILLÉ.
même origine. Il y a en effet des unions matrimoniales.
entre Jats et Radjpoutes. D’après M. Denzil Ibbeton, les
mots Radjpoutes et Djats indiqueraient une différence
d'occupation et non pas d’origine. Ces deux divisions
äppartiendraient donc à une même souche ethnique. De
ALES
188 LE
ATLAS DES PLANTES MARINES DES COTES DE FRANCE
Notre collaborateur, M. Paul Hariot, vient de publier
un ouvrage élémentaire sur les algues marines des côtes
de France (1). Voici un ouvrage qui sera bien accueilli par
tout le monde sans exception; car tous ceux mêmes qui ne
s'occupent que peu ou pas d'histoire naturelle, seront tou-
jours très heureux d'apprendre le nom de telle ou telle
algue qu’ils peuvent rencontrer au bord de la mer, de
connaître son utilité, etc. Les habitants du littoral, aussi
bien que les personnes qui, se rendant chaque année au
bord de la mer, cherchent une distraction dans la récolte
des algues, se trouvent généralement très embarrassés
pour nommer les plantes récoltées au cours de leurs
excursions, chose si facile aujourd’hui pour les plantes
des champs et des bois. Mais il fallait pour cela un
ouvrage avec des figures, beaucoup de figures, un ou-
vrage élémentaire sans mots techniques, et d’un prix
accessible pour tous, sans nuire, pour cela, à la valeur
de l’ouvrage.
L'Atlas des algues marines de M. Hariot remplit toutes
ces conditions. En un mot, cet Atlas représente, en
48 planches en héliotypie tirées en couleur, 108 espèces
d'algues faciles à récolter sur les côtes de France, avec
leur description, ainsi que celle des espèces les plus
voisines, les moyens de les préparer et de les conser-
ver, etc. Quant au prix, il est abordable pour toutes les
bourses : 12 francs. C’est un Atlas indispensable au bord
de la mer; spécialistes et profanes seront heureux de
le posséder.
LE PARADOXE DE LA VISION
Quand nous regardons un objet quelconque, un arbre,
par exemple, il se peint renversé sur notre rétine, et,
cependant, nous le voyons droit. C’est à ce phénomène
qu’on a donné le nom de paradoxe de la vision.
4e D'abord, pourquoi se forme-t-il une image ren-
versée sur la rétine ?
C’est parce qu'il se passe, dans le globe de l’œil, tout
à fait la même chose que dans la chambre noire d’un
appareil photographique, où les objets du dehors se
dessinent renversés sur la plaque sensible, quand on l’a
mise au point.
20 Maintenant, pourquoi ne voyons-nous pas les objets
renversés, tels qu'ils se peignent sur la rétine ?
C’est parce que, ce que nous voyons, c’est l’objet exté-
rieur lui-même, qui est droit ; mais nous ne voyons pas
l'image renversée peinte sur notre rétine, pas plus que
nous ne voyons ses artères, ses veines ou ses éléments
anatomiques. |
Toute l'explication est là !
Si on veut se donner la satisfaction de voir l’image
renversée, telle qu’elle se peint au fond de l'œil, voici
comment on doit s’y prendre, On fait une ouverture en
arrière d'un œil de bœuf, en prenant garde de le vider,
on la referme avec une plaque de verre dépoli. Puis on
dispose la cornée du côté de l’ouverture du volet d’une
chambre obscure, on se place derrière l'œil, et on voit
1) Atlas des algues marines, 48 planches en héliotypie tirées
en couleur, avec texte ; prix : 12 francs; franco 12 fr. 85. Chez
Emile Deyrolle, 46, rue du Bac, Paris
NATURALISTE
les objets extérieurs se peindre renversés sur la plaque
en question.
3° Enfin, pourquoi voyons-nous droits les objets exté-
rieurs, bien que le fond de notre œil n’en recoive que
des rayons renversés ? :
C’est parce que nous reportons la position des objets,
qui affectent nos sens, dans la direction, suivant laquelle
ils viennent les impressionner. Aussi, quand le rayon
de lumière parti du sommet d’un arbre vient frapper
notre rétine du haut en bas, nous reportons de bas en
haut, c’est-à-dire en l'air, la position de ce sommet,
L'arbre est ainsi vu droit, bien que ce soit le bas de
notre rétine qui ait été affecté par les rayons lumineux
émanés du sommet,
En définitive, vision des objets extérieurs et peinture
de ces objets renversés sur notre rétine, voilà deux
phénomènes distincts. Ils sont concomitants, mais tout
à fait différents l’un de l’autre. Nous voyons les objets
extérieurs dressés, parce qu'ils sont droits. Pour les
voir renversés, il faudrait voir leur image renversée,
Or, celle-ci se peint bien sur la rétine; mais elle est
invisible pour nous, parce que nous ne pouvons pas voir
notre propre rétine, pas plus que nous ne pouvons nous
porter nous-mêmes sur notre dos!
Toutes les théories admises, pour expliquer le redres-
sement des objets par la correction des autres sens, sont
absolument fausses, parce que nos autres sens n’ont
rien à corriger du tout.
D' Boucox.
LES PLANTES DE LA BIBLE
L'OLIVIER
Sur le Soir le pigeon revint... il avait dans son bec une
feuille d’olivier qu'il avait arrachée, et Noë connut que les
eaux s'étaient retirées de dessus la terre (GEN., vin, 11).
Tel est le premier passage de la Bible où nous voyons
figurer un arbre nommé plus fréquemment que tout
autre dans les saints Livres. On le rencontre abondam-
ment dans la Palestine, que Moïse décrit déjà comme un
pays oliviers qui portent de l'huile (Decr., vu, 8).
C’est probablement à cause du rôle qu'elle joue dans
le récit de la fin du déluge que la feuille d'Olivier a été
regardée dès lors comme l'emblème de la paix. La tra-
dition des Grecs, selon laquelle une colombe apporta la
première branche d’Olivier dans leur pays, n’est qu’une
altération du fait biblique.
L’Olivier (Olea europæa, L.) est originaire de la Syrie,
de l'Europe méridionale et de quelques parties de l'A:
frique. Le grand nombre des Oliviers ajoute beaucoup
. à la beauté du paysage, et la brise, en faisant voir le re:
vers, argenté de leurs feuilles, produit un mélange de
nuances plein d'harmonie. Les collines plantées d’oli:
viers qui couvrent une partie du territoire de Juda sem
blent encore aujourd’hui sourire au voyageur, et le sol
- stérile et blanchâtre du mont des Oliviers est égayé par
ces arbres, dont il tire son nom. Ce fut en ces lieux qué
David put pleurer dans sa fuite; Jésus s’y rendait aussi
avec ses disciples, qui y furent témoins de l’Ascension
de leur Maitre. “4
L'Olivier est remarquable par sa longévité : « Si vous
« voulez laisser un héritage durable aux enfants de vos
« enfants, plantez un Olivier », dit un proverbe italien:
Plusieurs de ces arbres, encore en pleine vigueur près
… de Perni en Italie, existaient déjà probablement du temps
—… de Pline. Boré en a mesuré quelques-uns aux environs
de Jérusalem et constate que leur hauteur est de 9 à
10 mètres ; la circonférence de plusieurs d’entre eux est
de 4 mètres; il les croit de 2000 ans. Chateaubriand éta-
blit ingénieusement l'identité de plusieurs de ces Oli-
—"iers du jardin de Gethsémani (pressoir de l’huile) avec
“ceux qui lui valurent son nom. Ils sont, dit-il, pour le
pes aussi vieux que l'Empire d'Orient ; en voici la
Jes M mans, lorsqu'ils firent la conquête de l’Asie,
paie une édite au fisc; mais chacun de ceux que l’on a
plantés depuis la cHhodéte est taxé à la moitié de son
rapport; or, les huit Oliviers dont nous parlons ne paient
que huit médinas. .
Des grands changements sont survenus dans la Pales-
tine : les palmiers ont langui et disparu peu à peu, les
cèdres du Liban ont diminué: mais les arbres sur la
montagne des Oliviers sont conservés. Chose curieuse et
intéressante, durant une période d’un peu plus de
LE NATURALISTE
189
2000 ans, des Assyriens, des Romains, des musulmans et
des chrétiens ont successivement occupé les montagnes
rocaiïlleuses de la Palestine, tandis que l’Olivier est resté
toujours en possession du sol natal où il a été respecté
jusqu’à nos jours.
Les feuilles de l’Olivier sont semblables à celles du
saule, mais d’un vert plus foncé et blanches en dessous;
des fleurs odorantes et délicates égaient ses rameaux au
mois de mai. En cet état, l’Olivier présente l’image de la
santé et de la vigueur, surtout lorsque le soleil fait
briller son feuillage. L’Eternel l'avait appelé : un olivier
Olivier d'Europe, à Antibes.
verdoyant, beau et d’un beau fruit (JÉRÉM., x1, 16). Sa
beauté sera comme celle de l'olivier (Os'e, xiv, 6).
L'Olivier est un des arbres les plus utiles de la nature.
Olea prima omnium arborum est, dit Columelle. La con-
naissance de l’Olivier et de ses usages remonte jusqu’à
la plus haute antiquité. Les uns disent qu’il fut trans-
porté d'Égypte à Athènes par Cécrops, l’an 1582 avant
l'ère chrétienne, Dans l'Égypte, des feuilles d'Olivier
sont trouvées dans un tombeau près de Schech-Abd-el-
Qurna (20-24 dynastie, 1000-600 avant l’ère chrétienne).
190
LE NATURALISTE
meme
L'Olivier fleurit au printemps; ses fruits sont mûrs en
automne et on les récolte dans le mois de novembre. Il
produit, comme tous les arbres cultivés, un grand
nombre de variétés de fruits. On obtient une huile très
fine des olives cueillies avant qu’elles soient müres,
mais en moindre quantité, parce qu'à cette époque leur
chair est plus difficile à broyer, toute l'huile ne sort pas
servit à l'ornementation du temple.de Salomon (I, Rois,
vi, 23). Les Juifs construisaient avec les grandes branches
de l’Olivier les cabanes de feuillages sous lesquelles ils.
s'abritaient pendant la fête des Tabernacles.
L'huile d'olives est encore aujourd’hui employée en
Orient, en Espagne et en Italie en guise de beurre‘ou de
graisse. Les Grecs et et les Romains en faisaient des
Olivier dans un jardin de Jérusalem.
des cellules, qui même alors en contiennent beaucoup
moins, Il ne faut pas les conserver longtemps entassées,
sans quoi elles se détérioreraient. Les olives fraîches
sont d’une amertume et d’une âcreté insupportables,
qu’on leur fait perdre en les lessivant; alors elles sont
très bonnes. Il y en a aussi quelques variétés qu'on
mange fraîches quand elles sont très mûres.
Le bois de l’Olivier est dur, veiné, susceptible d’un
beau poli, et sa racine est quelquefois agréablement
marbrée; on en fait des manches de couteau, des taba-
lières, des boîtes et autres ouvrages d’ébénisterie; il
libations à leurs dieux. Les Athéniens estimaient telle
ment l’Olivier qu'ils en regardaient la culture comme
un devoir et le consacrèrent à Minerve. IL est mentionné
par Homère et par presque tous les anciens auteurs»
Pline dit qu'il était défendu de faire servir l'Olivien à.
des usages profanes et qu'on ne permettait pas même de
le brûler sur les autels des dieux.
L'huile, oleum olivarum, condense à la température de
3.30 cels. Les feuilles et l'écorce (folia et cortex olivæ)
sont astringentes et employées contre des fièvres inter:
mittentes. Les vieux troncs donnent une résine odorante
.
EE
£
ë
à
L
“ comme la vanille (Gwmi oleæ), probablement la résine
d'Élémi des anciens.
M. Buysuax.
UN NID DE FAUVETTES
On prend plus de mouches avec du miel qu'avec du vinaigre.
Cet adage populaire n’est pas seulement vrai pour les mouches,
il s'applique à tous les animaux, dont on obtient bien plus par
la douceur que par la rigueur et les mauvais traitements. Cer-
tains dompteurs et montreurs de bêtes connaissent bien ce
principe et s’en servent. Un directeur de haras me disait qu'il
était parvenu à de merveilleux résultats en traitant ses étalons
— Avec douceur et qu'il ne souffrait pas que les palefreniers mal-
traitasent les chevaux confiés à leurs soins. Les éleveurs
suisses ont toujours des bestiaux très doux et très dociles; ils
les font obéir en leur parlant seulement, parce qu’ils les trai-
tent doucement et ne les frappent pas. Combien auraient à
apprendre d'eux nos cultivateurs qui ne parlent à leurs ani-
maux qu'en jurant et en les frappant: la conséquence, c’est
qu'ils ont un trop grand nombre de bêtes rétives et méchantes.
Les Oiseaux particulièrement se familiariseraient facilement
avec l’homme; si celui-ci le voulait, ils deviendraient ses amis,
Sans qu’il eut à se donner beaucoup de peine. Témoins ces
jeunes filles que l’on voit dans les jardins publics de Paris, aux
Muileries notamment, amener des moineaux à manger dans
—jeur main et à se percher sur leurs épaules.
— L'oiseau semble se plaire dans la société de l’homme et la
rechercher : il s'apprivoise facilement, depuis le moineau jus-
qu'au geai, au corbeau, à l’oiscau de proie même. Sans aller
$ jusqu'à la domestication et à ‘la privation de sa liberté,
l'homme pourrait se faire de l’oiseau libre un familier et un
“ami, à la seule condition de se montrer avec lui doux et bien-
veillant, de ne pas l’effrayer et de ne pas lui faire craindre par
son contact pour sa wie et sa liberté. L’oiseau s’habitue aisé-
“ment à voir la même personne, à ne pas la fuir dès qu’il a pu
serendre compte qu’elle ne lui veut pas de mal.
J'avais, il y a quelques années, dans mon jardin, un rossi-
£nol qui y avait élu domicile et qui, plusieurs fois déjà, y avait
élevé sa famille. I1 n'avait vu tant de fois aller et venir autour
de son nid, qu'il ne me redoutait pas et se laissait volontiers
approcher par moi, à une très faible distance, quelques mètres
“seulement. Il s’était établi entre nous une sorte de commerce
amical: Il ne s’éloïignait pas, il n’interrompait pas sa chanson,
lorsque je venais m'arrêter dessous la branche sur laquelle il
“était perché; il me regardait de ses yeux vifs et curieux, qui
“_nctémoignaient aucune inquiétude, et semblait joyeux de voir
4 ‘que je lécoutais avec plaisir. Quelquefois, quand il reprenait
haleine, il n’arrivait de chercher en sifflant à imiter quelques
“notes de son chant : d’abord il parut surpris, puis il reprit ces
‘ passages que je défigurais, il les répétait d’une voix plus écla-
ante et comme paraissant jouir de sa supériorité et se moquer
de ma gaucherie. Je prenais grand plaisir à ces sortes de
— joutes et je le trouvais toujours disposé à me donner la répli-
que. Me faisais-je illusion? mais il me semblait que lui-même
. s’en amusait.
Un jour il disparut : fut-il victime de quelque chat ou de
quelque oiseau de proie? Depuis plus de deux ans, il n’est pas
_ remplacé,
—… Un hiver que la neige épaisse couvrait la terre depuis quel-
“que temps, j'apercus un rouge-gorge qui était venu chercher
un abri dans les bâtiments ruraux voisins de ma maison. Pen-
“dant plusieurs jours je cherchai à m’approcher de lui; il s’ac-
—coutuma si bien à me voir qu’il ne cherchait pas à n’éviter ou
à fuir, et finit par devenir très familier. Un jour je faisais
fendre de vieux troncs d'arbres fruitiers dans une allée de
jardin proche des bâtiments où le rouge-gorge avait élu domi-
cile; je w’entretenais avec l’ouvrier, lorsque je vis l’oiseau se
Placer tout près de nous, sur le bord d’un toit très bas. Je
æecommandai de ne pas l’effrayer. Le rouge-gorge demeura
immobile pendant quelques instants l'œil fixé sur le sol où
gisaient des morceaux de bois déjà fendus. Tout à coup il
Sélança rapide comme un trait, tomba à nos pieds et revint se
placer sur le bord du toit. Le mouvement avait été presque
anstantané, cependant je vis qu’il avait ramassé une larve
blanchâtre tombée des bois que l’on venait de fendre. Deux ou
troïs fois de suite, il renouvela cette manœuvre et chaque fois
ilemporta une larve. Il continua ainsi à chaque coup de hache
LE NATURALISTE
191
qui ouvrait un morceau de bois, il se précipitait sur les éclats
produits, et rapportait chaque fois quelque proie.
Ce spectacle qui m’inspirait le plus vif intérét dura environ
une heure, après quoi, repu sans doute, il se retira. La neige
disparut deux ou trois jours après et le rouge-gorge, qui
n'avait peut-être pas une grande confiance dans la sûreté des
relations avec l’espèce humaine, retourna dans sa forêt.
L'été dernier, je découvris, dans un buisson de lilas dans
mon jardin, à environ un mètre et demi au-dessus du sol, un
nid de fauvettes à tête noire. La première fois que je le vis, la
mère était sur ses œufs qu’elle couvait. Dès qu’elle m’apercut,
son regard témoigna d'une vive inquiétude, pourtant elle ne
quitta pas son nid. Comme je m'étais avancé très doucement,
je me retirai de même en reculant, pour éviter tout mouve-
ment brusque; je m'éloignai et elle ne bougea pas.
Je revins plusieurs fois par jour visiter la couveuse, avéc
précaution et ne m'arrêtant qu’un instant auprés d’elle, je
l'habituai si bien à me voir, qu’elle ne se dérangea jamais à
mon approche; peu à peu je restai un peu plus longtemps à la
regarder, mais je n’abusai pas et ainsi je ne l’effrayai pas.
Elle ne quittait son nid que le matin vers sept heures. Chaque
jour, elle s’absentait ainsi pour aller manger, pendant environ
une heure; elle revenait ensuite prendre sa place, qu’elle me
parut ne plus quitter de la journée.
Le nid avait été découvert le 24 mai : les petits étaient éclos
le 2 juin. Pendant les trois premiers jours, la mère se tenait
sur le nid, couvrant, de ses aïles et de ses plumes, ses petits
alors nus. Les jours suivants, le duvet commencant à les cou-
vrir, la mère se tenait souvent perchée sur le bord du nid. Je
la surpris un.jour ainsi perchée, la tète enfoncée entre les
petits. Tout ce petit monde dormait paisiblement. Je demeurai
quelque temps immobile, charmé, par le délicieux tableau, me
rappelant les vers de notre grand fabuliste :
Eux repus, tout s’endort, les petits et la mère.
Malgré tout le soin que je pris pour ne pas l’éveiller, je la vis
bientôt retirer doucement la tête d’au milieu de ses petits; ses
yeux se portèrent aussitôt sur moi, mais elle ne parut pas
effrayée et je me retirai sans qu'elle se dérangeût.
Les petits grossissant remplissaient tout à fait le nid; la
mère alors se tenait perchée sur une branche à proximité.
Quelquefois m’entendant venir, elle s’envolait, rasant presque
la terre, volant mal comme si elle eût été blessée ; animée peut
être du mème sentiment, qui fait que la perdrix, dont les
petits ne volent pas encore, feint, en s’éloignant d’eux, de ne
pouvoir voler, afin de détourner sur elle le danger qui menace
ses enfants.
Lorsque je m’approche du nid en l’absence de la mère, au
bruit que je fais toutes les têtes se lèvent, tous les becs s’ou-
xrent, sollicitant la pâture.
Au bout d’un instant, ne recevant rien et reconnaissant que
ce n’est pas. le moment du festin, les becs se referment, les
têtes se replient dans le nid, et la nitée paraît se rendormir.
Le 10 juin, les petits sont déjà tout emplumés et deux ou
trois jours après toute la famille a délogé sans trompette.
Une fois sortis du nid, les petits n’y rentrent plus, même
quand ils ne savent pas encore voler : ils se tiennent perchés
sur les branches voisines, où les parents continuent de les
nourrir. Le soir, ils se réunissent, les petits serrés les uns con-
tre les autres, le père et la mère à chaque bout de cette bro-
chette.
Dès qu’ils ont des plumes, les petits quittent le nid s'ils
sont inquiétés. Un printemps, j’ai, sans le vouloir, dérangé une
couvée qui s’est éparpillée.. Comme ils ne pouvaient pas encore
voler, je n’eus pas de peine à reprendre les oisillons et à les
réintégrer dans le nid : mais ils le quittérent aussitôt et j’eus
le chagrin d’avoir peut-être détruit la couvée; mon jardin rece-
vant de trop nombreuses visites des chats du voisinage.
La fauvette à tête noire est un des oiseaux les plus gais et
son chant est fort agréable : elle le fait entendre dès le mois
d'avril avant celui du rossignol et elle chante encore long-
temps après que cet incomparable musicien s’est tu. Ce n’est
que vers la fin de juillet qu’on cesse de l’entendre : le rossi-
gnol ne chante plus avant que le mois de juin ait pris fin.
Le courage ne paraît pas étranger chez ce petit oiseau : j'ai
été, un jour, témoin de la fuite d’une chevèche que poursui-
vaient deux fauvettes en poussant des cris. La chevèche, sans
chercher à se venger, gagna le fourré le plus voisin.
La fauvette fait une grande destruction d’Insectes qu’elle
cherche incessamment en parcourant les arbres dans tous les
sens , mais elle nous cause aussi certains dégâts en détruisant
au printemps une assez grande quantité de fleurs de cerisier, de
prunier et d’autres arbres à fruits, dans lesquelles elle pour-
suit avec son bec effilé les insectes et les larves, qui peut-être
sans elle ne nous en laisseraient guère.
Elle est aussi très friande de cerises qu’elle entame dès
qu’elles commencent à mürir et dont elle prélève largement sa
part. Sa familiarité se montre même alors sous un jour assez
défavorable. Elle se décide difficilement à quitter l’arbre sur
lequel elle s’est établie pour prendre son repas. Il m’est arrivé
plusieurs fois de m’efforcer en vain de la faire fuir d’un ceri-
sier anglais dont elle perçait toutes les cerises à peine mûres :
à chaque coup de bec, elle jetait vers moi un regard de défi et
recommençait ses larcins sans tenir aucun compte de mes
interpellations, de mes protestations, ni de mes menaces.
Elle entame aussi les prunes et ne respecte : guère les gro-
seilles ; elle consomme une grande quantité de baies de sureau.
Elle prélève donc sur nous un certain tribut, qu’elle considère
sans doute comme le légitime paiement des services qu’elle
nous rend. Mais elle détruit, notamment dans le temps des
deux nichées qu’elle fait annuellement, tant de chenilles et
d'insectes qui nous nuisent, qu’elle pourrait bien avoir raison,
si elle pense que nous sommes et demeurons ses obligés.
E. Pissor.
ÉTUDE MICROGRAPHIQUE
Sur le Calcaire à Saccamina de Cussy en Morvan
Grâce à des échantillons recueillis par M. Bernard Re-
nault, j'ai, il y a quelques années déjà, signalé dans le
département de Saône-et-Loire la présence d'assises de
marbre du même âge que le calcaire de Visé des géolo-
gues belges.
La roche dont il s’agit, exploitée àCussycomme pierre
à chaux, consiste en un marbre très compacte, d’un noir
profond, dont les inombrables fissures sont incrustées
de calcite blanche, Elle constitue un lambeau enclavé
dans des porphyres, complètement séparé des masses
stratifiées de la région : son âge ne peut donc être conclu
d'observations stratigraphiques seules.
Heureusement la paléontologie est plus concluante à
cet égard : la roche est par place toute pétrie de fossiles
dont plusieurs sont décisifs par une détermination chro-
nométrique.
Dans mes études, je me suis servi d’une série de cou-
pes minces faites par M. Renault lui-même ; et, d'autre
part, de deux grandes lames dont l’une atteint 20 centi-
mètres de côté, qu'a bien voulu faire exécuter pour moi
le célèbre et savant directeur du Musée d'histoire natu-
relle de Bruxelles, M. E. Dupont. Qu'il me soit permis
de leur adresser à tous deux mes sincères remercie-
ments.
L'aspect général de ces lames minces, grandes et
petites, conduit à considérer le calcaire de Cussy comme
un dépôt essentiellement coralligène se rattachant, par.
son origine et par son mode de production, à ces forma;
tions cependant plus anciennes et si intéressantes que
M. Dupont a suivies pas à pas dans une série de localités
belges (1). Le calcaire du Morvan, dépendant du culm,
date d’une époque où sans doute les conditions générales
de la région où on le recueille devaient présenter d’inti-
mes analogies avec l’économie actuelle des archipels
océaniens.
Parmi les formes organiques renfermées dans le mar-
bre de Cussy, les foraminifères dominent de beaucoup,
et c'est d’eux seuls que je m’occuperai. Presque tous sont
de la section des arénacés ; un seul est un perforé.
(1) Bullelin du Musée royal d'histoire naturelle de Belgique, t.
1 1882, avec deux planches.
LE NATURALISTE SUR
appelons €, simpleæ. Il présente cependant, malgré ]
Arénacés .
Les foraminifères arénacés que j'ai pu déterminer se
répartissent en cinq genres :
Saceamina Sars.
Cameroconus nov. gen.
Climaccamina Brady.
Endothyra Phillips.
Septammina nov. gen.
Ils méritent de nous arrêter un moment.
I. — SaccamINA, Sars.
Les fossiles les plus abondants dont nous avons à
nous occuper ici présentent les caractères du Saccamina-
Carteri, Brady. Deux spécimens sont représentés fig. 1.
et fig. 2. Ordinairement les segments sont séparés les
Fig. 2. — Saccamina Carleri, Brady. |
uns des autres, mais on y voit souvent les deux ouvertu-M
res placées comme le montre bien la figure 1. Dans la
figure 2 on voit même à la suite d’un segment complet
le commencement évident d’un second segment parfai-
tement reconnaissable. La différence principale avec le
type consiste dans la taille qui est ici bien moindre et
ne paraît pas dépasser À millimètre, au lieu de trois
millimètres que mesurent fréquemment les spécimens
déjà décrits et spécialement ceux des carrières d’Elfhills,
en Northumberland.
IT. — Cameroconus. Nobis.
La figure 3 représente le Cameroconus marmorish
Stan. Meun. Cest un élégant foraminifère dont less
caractères sont très remarquables, et qui s’est présenté à
Fig. 3. — Cameroconus marmoris, Stan. Meun.
plusieurs reprises dans les lames minces. Dans la figu
il est coupé suivant son axe, et l'on voit que c’est comm
une sorte de Saccamina présentant vers le tiers des
largeur un profond étranglement qui le divise en deux
chambres successives dont la plus grande est très for
tement conique, L'ouverture, très apparente, est pourvue
d'un bourrelet réfléchi à l'intérieur de la coquille et limi- |
tant un espace annulaire que traverse l'axe de symétrie:
III. — Cuimaccamina. Brady. os
C’est du genre Climaccamina de Brady que se rapproc
le plus le foraminifère représenté figure 4 et que no
LE NATURALISTE
193
_ analogies de sa forme extérieure, des différences considé-
rables quant au mode de cloisonnement. Il est vrai que
- la section ne passe pas ici tout à fait par l’axe ; mais il
Fig. 4 — Climaccamina simplex, Stan. Meun.
Semble que les chambres successives soient très nette-
ment délimitées au lieu de communiquer largement
entre elles. Jusqu'ici je n’ai pu observer qu’un exem-
plaire : l'étude de cette espèce devra être continuée.
IV. — Expotuyra. Phillips.
Les Endothyra sont très abondants dans plusieurs
mu à
4
LA
Fig. 5. — Endothyra Cussyensis.
Fig. 6. — Endothyra Cussyensis, Stan. Meun.
Fig. 7. — Endothyra Crassa, Brady.
ons l'Endothyra Cussyensis. C’est, comme on le voit,
coquille rotaliforme à test mince, à segments mul-
V. — Serrammina. Nobis.
Pai à signaler, sous le nom de Septammina Renaulti
. 8), une espèce très remarquable sur la signification
_ de Jaquelle j'ai d’abord hésité, La coupe figurée,
rapprochée d’autres préparations, fait voir qu'il s’agit
d'une coquille cloisonnée dans toute sa longueur et
consistant dans une portion rectiligne à laquelle
fait suite une portion spiralée, La régularité de ce
_cloisonnement contraste avec l'absence de cloisons chez
les Trochammina, et c’est cependant de ce genre que le
fossile qui nous occupe se rapproche le plus par sa
forme extérieure. Dans plusieurs préparations, on voit
des fragments isolés de la portion droite présentant, par
la régularité des chambres successives, une apparence
qui rappelle celle de certains vestiges végétaux. Dans le
Fig. 8. — Septammina Renaulli, Stan. Meun.
Fig. 9. — Seplammina dicholtoma, Stan, Meun.
spécimen figuré on apercoit nettement en outre la spire
de la portion dilatée, et il en résulte une analogie cer-
taine avec la coquille de nombreuses formes de fora-
minifères. Il est à remarquer que le Septammina Renaulti
| constitue des groupes, et la figure fait voir, associés les
uns aux autres, des individus d’âge fort différent.
C’est encore au même genre Septammina qu’il paraît
indiqué de rattacher le fossile représenté figure 9. On
y reconnaît la portion renilée et la tige. Mais ici les
cloisonnements de la tête y ont déterminé un sillon
très profond qui la divise en deux masses égales, A l’in-
térieur se montrent des taches claires rappelant celles
qui sont comprises dans la spire de l’espèce précédente.
Nous désignons ce foraminifère sous le nom de Septam-
mina dichotoma.
Perforés.
Les foraminifères perforés du calcaire de Cussy sont
jusqu'ici représentés par le seul genre
ARCHÆDISCUS. Brady.
A plusieurs reprises ce fossile s’est présenté à nous :
on voit très bien, dans la figure 10, le tube irrégulière-
ment contourné, dépourvu de cloisonne-
ment, que contient cette coquille si cu-
rieuse et qui la caractérise.
Jusqu’à présent, comme on sait, on ne
connaît de ce genre que la seule espèce
À. Karreri Brady, provenant d'Angleterre
et d'Écosse. Le fossile de Cussy est
loin d’être identique au type figuré, et
nous proposons de le qualifier d’Archæ-
discus gallicus.
Fig. 40. — Ar-
chædiscus gal-
licus, St. M.
En résumé, bien que les fusulines soient très rares
dans le calcaire de Cussy-en-Morvan, les fossiles que
renferme cette roche suffisent pour révéler la présence
en France d'un horizon stratigraphique considéré jus-
qu'ici comme étranger à notre pays.
Stanislas MEUNIER.
700 7 LR AE a
194%
LE NATURALISTE
ED IN ET OU LP VE ET
Quelques jours d'herborisation dans l'Ouest de la France
La région occidentale a de tous temps excité l'intérêt
et attiré l’attention des botanistes français. Ceux qui
habitent le nord ou l’est de la France sont particulière
ment surpris par les caractères tout spéciaux de la vé-
gétation dominante.
Le botaniste parisien connaît les avant-coureurs de
cette flore occidentale dont il rencontre les représentants
à Saint-Léger, à Rambouillet. C’est là qu’on peut re-
cueillir Je Lobelia wrens, le Myrica Gale, VErica ciliaris,
le Carum verticillatum, etc. Si l’on continue sa route, la
végétation prend de plus en plus un caractère spécial,
C'est ainsi que, sur les voies ferrées, dans les sables ter-
tiaires on aperçoit l'Ormenis mixta, V'Astrocarpus Clusii et
quelques autres plantes arénicoles,
Dès qu'on a dépassé Le Mans, le tertiaire disparait
pour faire place à un vaste bassin crétacé que signalent
au loin de nombreux fours à chaux, disposés autour des
gares. Dans le milieu du mois de juin dernier, nous
avons eu l’occasion de visiter les environs d’Evron dans
la Mayenne, en compagnie de notre ami Houlbert qui
nous offrait gracieusement l'hospitalité. La flore de cet
ancien lac, qui a déposé ses puissantes assises de craie
entre les sables tertiaires du Mans et les schistes de la
Bretagne, est tout particulièrement intéressante, Sans
posséder tous les représentants de la végétalion cré-
tacée de la Champagne, on y rencontre quelques types
qui la rappellent, mêlés à des formes nettement occi-
dentales. Le Ranunculus acer y est, par exemple, mêlé
au R, Borœanus qui domine et qu’on reconnaît facilement
à ses fortes touffes et à ses feuilles profondément dé-
coupées. Les prairies montrent à chaque pas : l'Ophio-
glosse, Orchis laxiflora bien caractérisé et conopea, le
Bromus racemosus et le Gaudinia fragilis, qui s’y natura-
lise de plus en plus. Quelquefois, mais plus rarement,
paraît la Bistorte et le Cyperus longus. Dans les bois
domine le Caropodium denudatum, curieuse ombellifère
à tubercule gorgé d'amidon, qui joue dans l’ouest le rôle
du Bunium Bulbocastanum de l’est de la France et qui y
est également recherché par les enfants. Je ne parle pas
des Roses qui abondent à chaque pas dans les buissons
et les fourrés sous d'innombrables formes ou les tomen-
teux ne sont pas rares. Il serait puéril de s'attacher à
les distinguer et à vouloir séparer ce qui n’est pas sépa-
rable. N’a-t-on pas démontré surabondamment que le
même buisson, que le même rameau peuvent renfermer
plusieurs espèces ?
Partout, au bord des sentiers, dans les talus des che-
mins creux, se montre le Lepidium Smith qui m’appa-
rail que sur les confins de la flore parisienne et dans
les bois humides, le long des routes plantées d'arbres,
dans les fossés qui les bordent, le remarquable Lath'œæa
Clandestina, la Clandestine si intéressante à tant de points
de vue. Elle se complaît en parasite sur les racines des
peupliers, des saules et des aulnes. Sa capsule qui s'ouvre
avec élasticité, permet à la dissémination des graines de
se faire facilement. Ne pourrait-on pas arriver à la cul-
liver comme on l’a fait pour certaines Orobanches dans
les jardins botaniques ? La Clandestine, grâce à ses
grandes fleurs dressées d'un violet bleuàâtre, ne man-
querait pas d’un certain charme et aurait bien son ori-
ginalité, Si nous en croyons le doyen des herborisations
parisiennes, M.Chatin, elle aurait été retrouvée récem-
ment dans le rayon de la flore parisienne, Mais ne
trouve-t-on {pas un peu trop facilement tout ce qu’on |
veut — quand on le veut ? ul:
Aux environs d'Évron s'élève un vieux château féodal,
célèbre dans les fastes historiques de la Mayenne, le
donjon de Sainte-Suzanne. Fièrement campé sur une
éminence de grès cambrien d’où l’on jouit d’une vue
superbe, il domine la jolie vallée de l’Erve qui coule à
ses pieds. Les vieux murs du village regorgent de Cete-
rach, de Geranium lucidum, d'Umbilicus pendulinus. Les
ruines elles-mêmes sont le lieu d'élection d’une flore re-
marquablement et abondamment développée : ce ne sont |
que parterres d’œillets (Dianthus Caryophyllus), du haut
jusqu’en bas, accompagnés de Corydalis lutea, du Cen-
tranthus ruber, qui s'y présente sous trois coloris, blanc
pur, rose et rouge vif, le tout encadré de lierres sécu:
laires dont la verdure sombre se détache agréablement
sur la teinte grise et triste du vieux manoir.
w. 1. — Quercus toza (Chène Toza).
Le rocher de grès qui supporte le castel est lui-mê
intéressant à explorer, La sclarée, le chardon bénit,
genèêt d’Espagne, ont élu leur séjour dans ce site aride,
abrités des ardeurs du soleil par un arbre dont la pn
vert, l'an dernier, le Quercus Toza que nous avons eu
plaisir d’y constater et d'y recueillir, Le Tauzin, esp
occidentale par excellence, ne paraissait pas savant
autant vers le centre, et à ce point de vue sa découverte
dans la Mayenne est un fait intéressant (1). A Sainte-
Suzanne on le rencontre sous forme de buissons peu
élevés ou d'arbres de belle venue. Comment, avec son
feuillage caractéristique, a-t-il passer inaperçu pen-
dant si longtemps ?
Les bords de l’Erve, dominés par des pentes rocail-
leuses, habitées par des vipères, sont le siège d’une végé-
E tation luxuriante, où domine de place en place le Vale-
—…riana excelsa, longtemps confondu avec la Valériane
…officinale et qu'il est facile d’en distinguer.
— Les murs servent de résidence à des Sedum, particuliè-
—rement à des formes du Sedum reflexzum. Le Sedum rupestre,
avec ses tiges vigoureuses, glauques, pointillées de rou-
geâtre, nous a semblé dominer. À Laval, ce serait, au
contraire, le Sedum albescens.
En se rendant d'Évron à Rennes, on quitte aux envi-
rons de Laval le lac crétacé pour entrer dans la région
«des schistes, non sans traverser de place en place, aux
Genêts, à Saint-Pierre-Lacour, des filons de houille,
“dont la flore ne manquerait probablement pas d'intérêt.
«…._ A Rennes nous avons pu, avec notre ami Lesage, con-
sacrer quelques heures à visiter la vallée de Ia Vilaine
“cueille avec plaisir le botaniste parisien : l'OŒnanthe
…crocata, V'Acorus Calamus en fruits, etc. Dans la rivière
“on rencontre de temps à autre quelques petites plaques
d'Azolla filiculoides, qui paraît s’y être naturalisé. Dans
es champs de Trèfle, l’Orobanche minor n’est malheu-
usement pas rare : son abondance ne fait pas préci-
sément l'éloge des soins donnés à la culture.
2. — Wahlenbergia hederacea.
Fig.
. Le soleil tropical — le mot n’est pas exagéré — de la
première quinzaine de juin, nous faisait prodigieusement
tirer la langue. Aussi les bolées de cidre de Pontréan
ont-elles été les bienvenues. Après avoir traversé le
- (1) On l'a signalé en Sologne, mais y est-il bien spontané ?
LE NATURALISTE 19
r2
village on trouve les murs du cimetière : dans les pierres
de la base croît en quantité le Sibthorpia euwropæa, et
dans une petite rigole creusée au pied, le Wahlenbergia
hederacea, cette délicate campanule aux feuilles de
lierre. Quelques pas plus loin, les buissons recèlent de
superbes touffes de Corydallis claviculata en excellent état
de floraison et, sur les débris d’une carrière, le Sedum
anglicum, que l’on retrouve égaré dans la Sarthe sur la
chaîne des Coëvrons près de Sillé-le-Guillaume. Encore
quelques pas et dans la cour d’une ferme nous allons
trouver le Ranunculus hederaceus remplissant complète-
mentune mare et dans une haie ombragée la Clandestine.
Il fait, certes, bien chaud pour monter sur les schistes
des Boelles, mais où le botaniste n’irait-il pas quand il
s’agit de voir une plante intéressante? C’est là, en effet,
dans les rocailles que stationne le Silene maritima. Ce
n'est pas sans effort que nous le trouvons et que nous
constatons les caractères qui lui sont assignés dans
l’excellente Flore de l'Ouest de MM. Lloyd et Foucaud.
On sait que, quand cette curieuse plante s'éloigne du
littoral, les appendices que présente la corolle s’effacent
de plus en plus et arrivent même à ne plus être repré-
sentés que par des bosses, À Pontréan, les caractères
Fig. 3.
— Sedum anglicum.
invoqués comme distinctifs sont des plus nets et ne
peuvent prêter à aucun doute sur la valeur de l'espèce.
La sécheresse de la saison a littéralement grillé les
plaines qui ne sont composées que de maigres bruyères,
d’ajoncs, de ci de là de quelques touffes de Genista
angliea. Partout où un coin de schiste se trouve à décou-
vert, fleurit le Sedum anglicum souvent accompagné
d’une graminée peu commune, le Nardurus Lachenalii.
Au bord du chemin qui mène au Boelle, on peut mettre
la main sur quelques touffes d’Hypericum lineari folium
dont nous n'acceptons que difficilement l'identification
proposée dernièrement avec l'Hypericum humifusum qui
se trouve dans le voisinage et semble, certes, bien
distinct.
On peut passer la Vilaine en bachot, après avoir
admiré du haut du coteau le merveilleux site qui se
déploie, et de l’autre côté de la rivière, dans les éboulis
de rochers on retrouve — sans aucune difficulté cette
fois — le Silene. Il ne reste plus qu’à prendre ses jambes
à son cou et à regagner Bruz, d’où le chemin de fer vous
ramène à Rennes en quelques minutes, en traversant les
prairies du calcaire de Saint-Jacques, localité classique
| pour le botaniste rennois. A Rennes, on recueillera en
abondance et en parfait état, sur beaucoup de vieux
murs, le Sisymbrium austriacum qui n’est connu que là
en Bretagne.
Les botanistes, qui se bornent trop souvent à courir
après les plantes rares, trouveront, probablement, que
nous en avons bien peu indiqué en ces quelques lignes :
196
Fa et ES NN TOR
: de)
LE NATURALISTE 3 >
MR ES US
NU CD NEO
pee
nous leur répondrons que la constatation de la flore
d'une région et que la récolte des plantes qui la carac-
térisent présentent, pour nous, un intérêt de premier
ordre, de beaucoup supérieur à l'occupation qui consiste
à ramasser les raretés sans s’occuper du menu fretin.
P. Hanrior.
Essais pratiques de destruction d'insectes nuisibles
PAR DES CRYPTOGAMES ENTOMOPHYTES
Dès 1769, Fougeroux de Bondaroy a signalé et décrit un
champignon parasite de la larve d’un hanneton de Pensyl-
vanie. Depuis cette époque de nombreux savants ont rencontré
et étudié une quantité assez considérable d’espèces de crypto-
games entomophytes s'attaquant à des insectes de divers
ordres ; mais ce n’est que depuis 1883 que l’on a tenté quelques
essais de les propager artificiellement, pour la destruction de
certains insectes nuisibles aux richesses agricoles.
Aux séances de la Société entomologique de France, des
12 juillet et 12 septembre 1888, mon éminent collègue le Doc-
ieur Laboulbène signale les tentatives heureuses faites par le
professeur Metschnikoff, d’Odessa, pour détruire à l'aide d’un
champignon, {sa@ia Destructor (Metschnikoff) le Cleonus punc-
liventris (germ.) qui commet des dégâts considérables dans les
champs de betteraves en Russie. Il rappelle que M. Krasselts-
chik s’inspirant des recherches de Pasteur a mis en pratique
les observations du professeur Metschnikoff. Une petite usine
d’expérimentation a été construite à Zmélia, près Kieff, pour
la production des champignons entomophytes. Cette usine a
fonctionné pendant 4 mois d’été (1884), elle a produit 55 kilo-
grammes de spores pures du champignon Jsaria deslructor
(Metschnikoff), qui tue le Cleonus punctiventris (germ.) à l’état
d'œuf, de larve, de nymphe et d’insecte parfait. La quantité de
spores nécessaire pour ensemencer un hectare de betteraves
attaquées par le Cleonus serait de 8 kilogrammes. L’emploi
actif des spores a lieu en les répandant dans les champs, mé-
langées avec du sable; la quantité d’insectes morts est de 50 à
80 0/0.
Pour obtenir l’Isaria destructor, M. Krasseltschik sème des
sporules de muscardine à la surface d’un liquide nutritif formé
principalement d’une infusion de malt d'orge. Le liquide est
contenu dans des réservoirs plats et couverts de facon à éviter
l'apparition d’autres ferments. Au bout de 12 à 15 jours, il se
produit une couche épaisse de Muscardine verte qu’on enlève
et qu’on laisse sécher. Une nouvelle récolte peut être faite 15
jours après. D’après M. Krasseltschik, on peut récolter envi-
ron 200 grammes d’/saria par mètre carré de surface en
15 jours.
Les résultats obtenus par M. Krasseltschik en Russie
étaient pour nous un encouragement à tenter des essais pra-
tiques en France, malgré notre installatiou matérielle des plus
simples. D’autre part notre insuflisance de connaissances cryp-
iogamiques nécessaires pour mener à bien la détermination
des espèces de champignons entomophytes qui ont pu se pré-
senter, nous a décidé à laisser de côté la partie scientifique
pure, et à diriger nos observations d’une manière spéciale sur
le côté pratique. Nous osons espérer que d'autres plus heureux
ct mieux doués pourront utiliser un jour ces matériaux en per-
fectionnant les bouillons de culture, de facon à rendre ces
champignons plus virulents.
EXPÉRIENCES EN LABORATOIRE (1888-1889).
En octobre 1888, après de nombreuses recherches, nous dé-
couvrimes dans un champ de luzerne, sur les coteaux du Mont-
Valérien (Seine) trois ou quatre chenilles mortes par l’envahis-
sement d’un cryptogame; ces chenilles se rapportaient à l’es-
pèce Plusia gamma XL. assez communes dans les champs de
trèfles et de luzernes des environs de Paris.
Nous possédions déjà deux chenilles d’£Euchelia Jacobeæ L.
également mortes par l’envahissement d’un champignon, et
trouvées en septembre dans les dunes de Cayeux-sur-Mer
(Somme).
Avec ces deux espèces de chenilles contaminées mélangées
à du malt d'orge, selon la méthode de Krasseltschik, nous ob-
tinmes au bout de 45 jours une couche assez épaisse d’un cryp-
togame gris-verdâtre, que nous recucillimes et fimes sécher.
Cette première préparation terminée, nous avons placé dans
une caisse vitrée, d'environ dix décimètres carrés de surface, …
400 larves de {enebrio molilor (vers de farine) avec la quantité
de son nécessaire à leur nourriture; puis nous ayons semé sur
le tout les cryptogames provenant de notre culture.
Pendant les douze premiers jours, nous n’avons rien constaté
d’anormual, les vers paraissaient en bonne santé; le quatorzième
jour, une vingtaine d'individus donnaient des signes d’inquié-
tude, en les regardant avec soin, on pouvait voir un commen-
cement d’envahissement par le champignon; à partir du quin-
zième jour, le nombre des vers malades a toujours été en aug- …
mentant, vers le. vingt-cinquiéme jour plusieurs vers avaient
cessé de vivre, et au bout de 30 à 35 jours, la mortalité était
d'environ 20 0/0. Nous avons laissé le tout sans rien toucher
pendant trois mois environ, la maladie n’a presque pas aug-
menté, l’ensemble de la mortalité totale en trois mois a été de
23 à 26 0/0.
Vers le 15 avril nous avons enlevé les larves de {enebrio non
contaminées, laissant le son recouvert de cryptogames, les dé-
iritus et les larves mortes dans notre boite. Puis nous avons
déposé 6 Ofiorhynchus Liçustici L. et 6 Cleonus sulcirostris L:;
à la fin de mai, ces insectes n° montraient aucune trace de.
maladie. Nou savons ajouté successivement des chenilles (Pié-
ride du chou) et des sauterelles grises de diverses espèces,
provenant des prairies du Bois-de-Boulogne avec des feuilles
de chou et quelques touffes d’herbe, pour la nourriture de ces
insectes ; vers le 15 juin plusieurs chenilles et sauterelles étaient M
légèrement envahies, le 25 juin deux chenilles étaient mortes,
ctpresque toutes les sauterelles ; en examinant ces dernières,
nous avons constaté que trois individus seulement étaient
morts contaminés, les autres étaient sains et avaient dû mouri
de faim.
L’envahissement des insectes a lieu de plusieurs manières :
tantôt par la tête et le corselet; tantôt par les anneaux formant,
le milieu du corps; d’autres fois par les anneaux postérieurs.
Nous avons ouvert plusieurs larves; il n’y avait pas trace de
champignons à l’intérieur du corps. À notre &yis, l’insecte
meurt asphyxié, par obstruction des trachées. \
Les Oliorhynchus et Cleonus laissés dans ce milieu jusqu’au
20 octobre sont restés indemnes et bien vivants, sans nourri-M
ture pendant six mois.
EXPÉRIENCES A L’AIR LIBRE, 1890 er 1891
Pour obtenir une nouvelle culture de spores plus abondante,"
nous avons recherché, en octobre, quelques chenilles contami=
nées de Plusia gamma, en y ajoutant les insectes : Vers de
farine, Chenilles et Saulerelles, morts dans notre boîte à édu-"
cation; nous avons pu obtenir environ dix grammes de cham
pignons entomophytes desséchés.
Pour cette expérience, nous ayons choisi, dans un jardin
fermé (sur les coteaux de Suresnes), un endroit gazonné, aVCCM
quelques touffes de luzerne, bien découvert, sans “ombre, d’une.
surface de quatre mêtres carrés, que nous avons entouré el
recouvert de gaze, laissant seulement une petite porte pour
introduire les insectes à étudier.
Au mois de mai, nous avons déposé successivement sous!
notre gaze : des Chenilles de la Livrée, trouvées au Bois-de
Boulogne sur des fusains, avec un pot contenant un de ces
arbustes, pour les nourrir; des Oliorhynchus Ligustici L.-ct
des Cleonus Sulcirostris L. Puis nous avons semé nos dix
grammes de spores sur le tout. En juin, nous avons successi=
vement ajouté : des Chenilles de Plusia gamma, des Saulerelless
de diverses espèces n'ayant pas encore leurs ailes et plus tard
des Saulerelles adultes. Excepté pour les Ofiorhynchus et
Cleonus, qui sont restés indemnes, toutes les autres espèces
ont eu des individus contaminés et morts; les choses se sonk
passées à peu près de la même manière que pour l'éducation
en laboratoire. Ce n’est que vers le quinzième jour que la mas
ladie commence, et la mort arrive entre le vingtième et, le
vingt-cinquième jour. Les insectes non envahis dans l'espace.
du premier mois continuent à se développer sans accident:
Les Sauterelles sont mortes entre le vingt-cinquième et
quarantième jour ; en les examinant, nous avons constaté ens
viron 12 % d'individus envahis par les champignons ; les autres
étaient intacts. Bien que nous ayons surpris ces SR
mangeant des tiges d’herbe, tous ceux que nous avons ouverts
avaient l'estomac vide. Seraient: ils aussi carnivores?
En l’année 1891, nous avons renouvelé en tous points
même expérience à air libre; les résultats ont été les même
quant à l’envahissement de toutes les espèces, moins les Otio=
LE NATURALISTE 197
“rhynchus et Cleonus, qui sont décidément réfractaires à cette
maladie. Le nombre des individus morts en 1890 a été de 12 à
18 % ; en 1891, il a été de 10 à 15 % seulement.
Depuis quelques mois, l’attention du monde savant a été for-
tement appelée sur les Champignons entomophytes. Mon col-
lègue Charles Brongniart à trouvé en nombre, en Algérie, des
criquets infestés par Botrylis acridiorum (Trabut), dont il es-
père augmenter la virulence par la culture.
CONCLUSION
Des observations qui précèdent, il résulterait pour nous
qu'il est possible d’obtenir artificiellement avec des insectes
contaminés par : Enfomophthora plusiæ (Giard) (Chenilles de
Plusia gamma L.), et Entomophthora Saccharina(Giard) (Che-
—hilles d'Euchelia lacabeæ L.), en les cultivant sur le malt
l'orge, une production cryptogamique Jsaria...? qui attaque
plusieurs sortes d'insectes à téguments mous et les fait périr
par contact, dans une proportion qui peut varier de 6 à 20 %.
Nous ferons remarquer que nos études pratiques. en laissant
forcément de côté la question de détermination, qui a bien son
intéret, mais qui, selon nous, reste un peu secondaire lorsqu'il
Savit d'une question d’application aussi importante, ont été
‘commencées en 1888, qu’elles ont donné des résultats appré-
L Ciables, dès 1888-1889, contrôlés par des expériences nouvelles
ken plein air (1890 et 1891). ,
ä Nous nous trouvons très à l’aise pour formuler notre pensée
“Sur l'emploi des Champignons parasites dans la lutte contre
Jes insectes nuisibles.
Lors même, ce qui n’est pas douteux, que l’on obtiendrait
“par la suite un champignon assez virulent pour faire périr les
“Criquets d'Algérie et autres ennemis de nos récoltes, ce mode
“iIcdestruction restera toujours d’une grande difficulté d’appli-
(ation, sur des centaines de milliers d'hectares envahis par les
Dontes. Nous avons employé pour nos essais plus de deux
“crammes de spores sèches, par mêtre carré de surface, pour
obtenir 6 à 20 % d'insectes contaminés; en supposant qu'avec
“un champignon plus virulent, on puisse restreindre la dose à
G6“ou 8 kilogrammes de spores à lhectare, pour détruire 40,
L # et peut-être plus de criquets, comment produira-t-on à
peu de frais un million de kilogrammes el plus de ces cryp-
togames ?
f Enfin, l'emploi de champignons virulents ne peut-il avoir
des inconvénients graves pour les voies respiratoires de
homme ou des animaux domestiques ?
Nous avons indiqué un autre mode de destruction pour les
“iuterelles et criquets, qui, nous l’espérons, pourra donner de
Mons résultats pratiques, sans aucun danger pour l’homme et
“és animaux, et surtout sans détruire le parasite Diplère, que
“HOUS avons trouvé et élevé (seuiement jusqu’au tiers de son
“développement). Cette larve de Diplère se trouvait dans les
Œufs de Criquets (acridium yeregrinum), qui nous ont été
envoyés de Biskra (mars 1891). Chaque larve dévore plusieurs
“œufs avant de se métamorphoser. Nous avons une grande
“Confiance dans le développement de cet ennemi des criquets,
pour aider à leur extermination.
DEcaux.
Membre de la Société entomologique de France.
Suites à la Zlore de France
DE GRENIER ET GODRON
(Suite.)
SALSOLACEES Moq.-Tand.
Atriplex Tornabeni Tin, ap. Gussone Floræ
Siculæ synopsis, IL, p. 589; Todaro Zndex sem,
Hort bot. Panormit, 1873, p. 15 et 39, et Flora
Sicula exsice., n° 1311 ; Ces. Pass. e Gib. Compend.
#. Ital., p. 276; Rouy, ir Bullet. Soc. bot. de
France, XXXNII, p. XIX; Battandier et Trabut,
Flore de l'Algérie, p. 156; A. laciniata L. (p.p.),
Sm.!; Ten.! ; A. rosea Bab. (p. p.), Savi! F1. Pi-
sana, non L.; À. farinosa Dumort. non Forskh.
nec Moq.-Tand.; A. crassifolia Gren. et Godr.
F1. de France, p. 10, non C. A. Meyer! nec Moq.-
Tandon ap. DC. Prodr.! nec Fries!; 4. arenaria
Tia... ! Cat kr. Panormit.,p. 276, Woods ap. Ba-
bington Manual brit. bot, ed. 3, p. 271; non
Spreng. nec Nutt.; À. maritima, Hallier ; À. mari-
tima, laciniata Cupani ÆHort. Cathol., p. 27. —
Exsiee. : Société Dauph., n° 1823. — La descrip-
tion de cette plante donnée par Grenier dans la Flore
de France, sous le nom de À. crassifolia, est bonne,
se rapportant bien à la plante française, et nous ne
la mentionnons ici que pour rétablir la synonymie
très inexacte donnée par cet auteur. Au surplus,
voici ce que nous disions en 1890, lors de la session
extraordinaire de la Société botanique de France à
La Rochelle, au sujet de cette espèce :
« Il résulte de la synonymie ci-dessus que la plante
figurant dans la ÆVore de France de Grenier et Go-
dron, sous le nom de À. crassifolia, doit porter le
nom de A. Tornabeni Tin., car je ne vois plus de
caractères suffisants pour séparer de la plante de la
région méditerranéenne celle de l'Ouest, à laquelle
quelques botanistes veulent conserver le nom de À.
arenaria Woods (ap. Babington Manual brit. bot,
ed. 3, p. 271). Ayant d’abord adopté cette manière
de voir, faute d'exemplaires assez nombreux présen-
tant des variations importantes, notamment dans la
forme et la dentelure des feuilles, j'avais dû, én 1881,
changer dans mon herbier le nom de cette plante,
car il existait des Aériplex arenaria antérieurs à ce-
lui de Woods, et je l’ai appelée A. SABULOSA (— À.
farinosa Dumort. non Forskh.! nec Moq.-T.! ; 4.
arenaria Woods, non Spreng.! nec Nuttal!; A.
crassifolia Gr. et Godr. (p.p.) non C. A. Meyer!
nec Moq. T.!, nec Fries! ). L’Atriplex des bords de
l'Océan, de la Manche et de la mer du Nord devra
donc à l’avenir porter le nom de À. sabulosa Rouy
(= À. Tornabeni Tin. var. occidentalis Rouy), pour
les botanistes qui estimeront valables les caractères
qui le séparent de la p'ante de la région méditerra—
néenne (A. Tornabeni Tin. gennina). »
Il convient aussi de rectifier l'erreur grave de
Grenier qui, dans la Flore de France, à attribué à
la plante française le nom de À. crassifolia G. A.
Meyer, en citant Moquin-Tandon (in D C. Prodr.,
XIII, pars ?, p. 93) parmi les auteurs ayant adopté
cetle synonymie.
D'abord, comme vous pouvez le voir, tant sur les
exemplaires d'A. Tornabeni (y compris les plantes
de la Sicile et de la Charente-Inférieure) que sur
ceux d’À. crassifolia G., A. Mey., que je place sous
vos yeux, l'A. crassifolia G. A. Mey. est totale-
ment différent de l’Atriplex français; c’est une
espèce orientale, voisine des À. patula L. et À. lit-
toralis L., particulière à la Sibérie altaïque, à l’Af-
ghanistan, au Turkestan et aussi, sa seule localité
européenne, à la Russie austro-orientale, dans les
steppes salés des environs de Sarepta. D'autre part,
Moquin-Tandon, pas plus dans le Prodromus que
198
LE NATURALISTE
dansson Enumeratio, n’a admis l'A. crassifolia Mey.
comme existant en France, puisqu'il ne le cite que
in regionibus altaicis, et il en a donné une diagnose
ne permettant point de confusion avec l'A. Torna -
beni.
Enfin, puisque je parle d’Aériplex, je crois que
l'on pourrait chercher, avec chances de succès, sur
notre littoral de la \'anche ou de l'Océan, l'A. Ba-
bingtonii Woods (A. crassifolia Fries Æerb. norm.,
XIV, 60; À. rosea Babingt., p. p., non L.), commun
en Angleterre et qui existe aussi dans les régions
occidentales de l'Europe plus septentrionales.
(A suivre.)
G. Rouy
CHRONIQUE
Nécrologie. — On annonce le décès, à Nossi-Bé, d’un de
nos Collaborateurs, M. Henri Douliot, qui avait été chargé
par le gouvernement français d'une mission scientifique sur la
côte occidentale de Madagascar; il a succombhé à un accès de
fièvre bilieuse. M. Douliot, au cours des explorations qu’il
avait entreprises depuis le mois de juin 1891, ayait recueilli
des données précieuses sur la partie de l'ile qui borde le
canal de Mozambique.
Société entomologique de France. — M. Léon Fair-
maire vient d’être nommé président honoraire de la Société
entomologique de France. Nous adressons nos plus vives
félicitations à notre collaborateur, pour cette distinction, qui
est la juste récompense de cinquante années de travaux don-
nés à l'Entomologie. C’est le quatrième vrèsident honoraire
que nomme la Société ; les trois premiers étaient Latreille,
Léon Dufour et Dumeril.
La brunissure de la vigne. — Dans certaines parties de
la France on connait sous le nom de brunisswre une maladie
spéciale à la vigne et dont on ignorait la cause. Des recherches
tout à fait récentes ont montré que cette affection était due à
un cryptogame, le Plasmodiophara vitis, qui manifeste sa pré-
sence par une coloration spéciale. Reste maintenant à trouver
le remède.
P. Harior.
ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance du 18 juillet. — M. À. Pomel présente une note
sur un nouveau Macaque, Macacus lrarensis, fossile des phos-
phorites quarternaires d'Aïn-Mefta Algérie, mais dont on n'a
trouvé jusqu'ici que les os des membres. — M. Milne-Edwards
présente une note de M. G. Philippon sur les effets de la dé-
compression brusque sur les animaux placés dans l'air com-
primé. Pour les Lapins soumis à une pression minimum de
3 atmosphères et dumie, la décompression brusque est suivie
de mort, par suite de Paction des gaz qui se dégagent dans
leurs vaisseaux et qui n’ont pas le temps d’étre éliminés par
les poumons. — M. de Lacaze-Duthiers présente une note de
M. Paul Marchal sur la glande coxale du Scorpion, et ses
rapports morphologiques avec les organes excréteurs des
Crustacés. Cette glande se compose d’une substance médul-
laire et d’une subtance corticale, la première communiquant
avec la seconde, ct celle-ci avec l'extérieur. Cette glande est
métamériquement l’änalogue de la glande du test des Crus-
tacés inférieurs et de la glande antennaire des Crustacés
supérieurs.
Séance du 25 juillet. — Note de M. À. Pomel sur deux
ruminants de l'époque néolithique de l'Algérie, le Cervus par-
chygenys et l'Antilope Maupasi. — M. Char col présente une
note de MM. Paul Blocq el J. Onanoff, sur le nombre compa-
ratif des fibres nerveuses d'origine cérébrale destinées aux
mouvements des membres supérieurs et inférieurs de l’homme.
Elles sont plus nombreuses pour les membres supérieurs dans
la proportion de 5 pour 1. — M. Charcot présente une note de
M. Paul Binet. Sur la toxicité comparée des métaux alcalins
et alcalino-terreux dans les injections sous-cutanées.
Lithium ‘ Calcium Non
Trè : F : È
tas Potassium Moins | : a Strontium toxique
"(Baryum AUS /Nagnésium dl Sodium
M. de Lacaze-Duthiers présente une note de M. L. Cuénol
sur l’excrétion chez les Gastéropodes pulmonés. Par des injec-
tions de diverses matières colorantes solubles, l’auteur a pu
reconnaître trois organes excréteurs : 10 le rein, 20 les cellules
vacuolaires du foie, 3° les cellules de Leydig. — Note de
M. Griffiths sur une globuline incolore, ucl'oglobine, extraite
du sang de la Patelle, possédant les mêmes propriétés d'oxygé-
nation que l’hémoglobine et l’hémocyanine. — M. Duchalre
présente une note de M. L. Mangin, sur la constitution des cysté-
lithes et des membranes incrustées de carbonate de chaux. Lam
charpente organique de cellulose qui sert de support aux cris-
taux de carbonate de chaux, renferme aussi des composés
pectiques, et de la callose. — M. Duchurtre présente une note
de MM. J. Huber et F. Jadin sur une Algue perforante d’eau
douce, le Hyella fontana appartenant au groupe des Cyano-«
phycées, et vivant dans les pierres calcaires et les vieilles
coquilles de Mollusques terrestres, séjournant dans les eaux
rapides et peu profondes.
A. E. Mazarrv.
BIBLIOGRAPHIE
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Ann. Sci. Nat. (Zoo{.). 1892, pp. 185-192, ]
G. MALLOIEL.
Le Gérant: Emze DEYROLLE
IMPR. F, LEVÉ, RUE CASSETTE, 11.
424.
PARIS, —
LA CARLINE
L’Artichaut est la seule plante de la famille des Com-
| posées qui donne d’une facon courante ses fleurs à l'ali-
- mentation européenne. Pourtant il en est d'autres qui
sont employées en certaines régions ou qui pourraient
“l'être. En Algérie c’est le Rhaponticum humile ; en Syrie
“je Gundelia Tournefortii; dans une grande partie des
« Alpes francaises et des Pyrénées, la Carlina acanthifolia.
Quoique comestible et fréquemment usitée, cette der-
nière espèce est peu connue des amateurs qui auraient
cependant tout intérêt à en essayer la culture.
La Carlina acanthifolia, la Carline à feuilles d’Acanthe,
connue dans les Alpes sous le nom de Cardousse, dans les
… Cévennes sous les dénominations de Cardabelle et Carda-
selle est une plante voisine des chardons et qu'on peut
reconnaître aux caractères suivants : calathide (fleur)
‘extrémement grande au sommet d’une tige tellement
“Courte qu'elle semble être sessile au centre d’une roselle
de feuilles radicales; écailles externes foliacées, entières,
épineuses aux bords; écailles moyennes noires ow brunes,
iguës:; les internes très longues, élargies au sommet,
uminées, souvent denticulées, blanches etrayonnantes;
ènes (fruits) reconverts de poils d’un jaune d’or ; pail-
les du réceptacle à divisions très aiguës, à peine
dissies au sommet; feuilles appliquées et formant une
rge rosette sur le sol, coriaces, vertes, nerviées, plus
moins tomenteuses en dessous ; tige épaisse, presque
C'est le réceptacle de cette plante, comparable à celui
leVartichaut, qu'on emploie pour l'alimentation dans
“les localités où elle croit. On l'a signalée en quelques
points des côtes du Rhône, dans le Dauphiné, la Pro-
rence, l'Ardèche, les Cane, l'Auvergne, les Corbières,
les Pyrénées ces Elle est bisannuelle et déve
. ses fleurs de juin à août.
- C’est dans les Cévennes principalement que la Carline
un être d’un usage fréquent. On l’y consomme à l’état
frais ou sec et on la trouve couramment sur le marché de
Mende. Auparavant on a soin de débarrasser la fleur de
ses feuilles. On affirme qu'une montagne voisine est
LE NATURALISTE, 46, rue du Bac, Paris.
9e SÉRIE — N° 132
affermée chaque année trois cents francs pour l’exploita- |
1 SEPTEMBRE 1892
x
tion de la Carline qui y croît seule ou à peu près, sur
un terrain calcaire d’une aridité désespérante. C’est
presque un triomphe d’avoir su tirer parti d’un sol
ingrat qui semblait rebelle à toute culture.
Les usages auxquels on peut employer la Carlina
acanthifolia sont les mêmes que ceux auxquels on a
adapté l’Artichaut. On pourra donc la préparer sous les
mêmes formes culinaires. Nous avons eu l’occasion de
goûter la Carline à la Barigoule et nous reconnaissons
bien sincèrement que l’Artichaut préparé d’une manière
identique ne lui était en rien supérieur. Avec un peu de
bonne volonté peut-être, arriverait-on à faire pencher
la balance du côté de la Carline.
Mais où se procurer la Carline à feuilles d’Acanthe dont
la distribution botanique est localisée en dehors du nord et
de l’est de la France et qui n’a pas encore fait son appa-
rition sur les marchés parisiens? Y paraîtra-t-elle jamais ?
Nous en doutons, car malgré ses qualités, en présence
de l’Artichaut dont le triomphe est assuré, ce ne sera
jamais qu'un légume de fantaisie. Il serait plus simple
Carlina acanthfolia.
de demander dans les Pyrénées et dans les Alpes aux
nombreux botanistes de ces régions privilégiées, quel-
ques graines de la plante dont nous parlons : las bota-
nistes de bon aloi sont toujours bienveillants et cour-
tois et nul doute qu'ils ne se fassent un plaisir de ré-
pondre favorablement aux demandes qui leur seraient
faites. On n'aurait plus alors qu’à encourir les hasards
d’un semis toujours un’ peu chanceux, car les graines
de Carline, comme celles d'ailleurs d’un grand nombre
de composées, sont souvent habitées par des larves qui en
font leur nourriture de prédilection.
On peutemployer de lamême manière la CarlinaCynara
Pourret, des mêmes régions, qui n’en diffère que par les
paillettes jaunes du réceptacle. IL est probable que la
Carline acaule qui habite le Jura, Le Dauphiné, quel-
ques points de la Bourgogne et de la Champagne, pour-
rait être utilisée de même; mais ses fleurs sont moins
volumineuses et présenteraient par suite moins d’avan-
tages économiques,
P, Harior. |
200
LE NATURALISTE es 2
Mœurs et métamorphoses de l'Acinopus picipes, Oliv.
Coléoptère de la famille des Carabides.
Larve : Longueur, 22 millimètres; largeur, 4 millimètres.
Corps mou, blanchätre, avec plaques écailleuses ternes et lui-
santes et longs cils épars sur la surface ; parallèle et linéaire;
convexes en dessus, subdéprimé en dessous, atténué à l’extré-
mité postérieure.
Téle assez grande, arrondie, noir luisant, à disque excavé et
raboteux: ligne médiane très courte se bifurquant presque à sa
base pour aller se perdre en ligne flexueuse à extrémité en
forme de crochet, en arrière de la base antennairc; entre les
deux lignes sont deux légers sillons avec intervalle biponctué,
un poil émerge du fond de chaque point; épistome et labre
confondus, leur emplacement ridé ; lisière frontale cornée,
noire, à milieu bidenté, chaque dent avec légère saillie exté-
rieure, angles très aigus; mandibules falciformes, se joignant
sans se croiser, fortes et robustes, à milieu déprimé et excavé,
à base large et rougetre, à extrémitée dentée et obtuse, avec
dent au milieu de la tranche interne et rainurelle extérieure;
mächoires rougeâtres à pièce basilaire cylindrique, avec longs
poils extérieurs; deux petits lobes intérieurs, ciliés, denti-
formes, lobe extérieur biarticulé, l’article basilaire long à
extrémité renflée, le terminal court à bout obtus; palpes maxil-
laires de quatre articles, le premier court, renflé, le deuxième
long à bout rentré et testacé, le troisième court, le quatrième
petit à bout obtus; menton n.embraneux, étroit; lèvre infe-
rieure rougeâtre, trilobée, des deux lobes externes émergent
les palpes labiaux qui sont biarticulés avec long poil à la
base, l'article basilaire long et large à bout arrondi, le termi-
nal grêle, cylindrique, à bout obtus ; languette tuberculiforme,
arrondie avec deux longs cils au bout ; antennes testacées,
rougeâtres, émergeant d’une base membraneuse annulaire, sises
en arriére du bord extérieur des mandibules, arquées vers
l'intérieur, premier article long; conique, avec cil intérieur,
deuxième moitié moins long, moins large, à bord intérieur ren-
flé et bicilié, troisième un peu plus long que le précédent à
bord extérieur renflé intérieurement bicilié, avec article sup-
plémentaire extérieur très court et petite soie à la base; qua-
triéme gréle, cylindrique, droit avec deux courtes soies au bout
et une intérieure; ocelles rougeàtres, au nombre de six, dispo-
sés en cercle autour d’une protubérance cornée, noire, placée
en arrière de la base antennaire.
Segments lhoraciques convexes, bruns, lisses et luisants, un
peu plus larges que la tète, avec poils épars sur les flancs et
ligne longitudinaie médiane à fond pâle; le premier plus long
que les suivants, couvert en entier par une plaque brune, cor-
née, à bord antérieur strié en long, transversalement incisé au
tiers antérieur, avec deux rangées parallèles de trois points du
fond desquels surgit un poil, à angles arrondis, à bords laté-
raux relevés en légère carène; deuxième et troisième un peu
plus longs à eux deux réunis que le premier, couverts d'une
plaque moins brune sans incision transversale ct avec deux
rangées de deux points pileux comme au premier, angles et
côtés semblables aussi au premier.
Segments abdominaux transverses, testacé mat, membraneux,
avec ligne médiane à fond päle, diminuant de largeur de la
base à l'extrémité, avec plaque brune d’autant plus large et
d'autant moins trans”erse qu'elle se rapproche du dernier seg-
ment, la plaque des deux premiers segments presque identique
à celle des précédents, avec deux incisions obliques de chaque
côté de la ligne médiane, et longs poils au-dessus des incisions ;
aux segments suivants, les incisions plus profondes se dé-
doublent, l'intervalle rempli par un long poil et le bord posté-
rieur de la plaque dilaté; neuvième segment court, étroit, ar-
rondi, avec plaque mème couleur, à bord latéral tuméfié, avec
long poil, à bord postérieur terminé par deux appendices mem-
braneux, jaunâtre terne, paraissant triarticulé, le milieu de
chaque articulation renflé avec long cil roux extérieur, base de
l’appendise biciliée, çxtrémité de l'article terminal biciliée
aussi.
Dessous de la tête noir, corné, lisse, bilobé, quelques points
épars avec long poil central et ligne médiane entière se bifur-
quant au tiers antérieur ; bord du premier segment thoraciqué
gris, transversalement sillonné et petite plaque ovalaire brune,
médiane; segments abdominaux subdéprimés, membraneux
avec longs cils rougeätres épars ; les sept premiers avec plaque
subtransverse grise, deux postérieures subquadrangulaires et
deux latérales entre la supérieure et les inférieures, les hui-
tième et neuvième avec une*seule plaque médiane et une laté-
rale oblongue, le dernier arceau terminé par un pseudopode
charnu, cylindrique, cilé à pourtour pâteux et à fente anale
longitudinale.
Un long bourrelct latéral rendu saïllant aux segments thora-
ciques par le rebord de la plaque dorsale et formé d'une double
rangée de petites plaques oblongues aux huit premiers seg-
ments abdominaux et d'une seule au neuvième, divise 1
deux régions dorsale et ventrale.
Paltes courtes, testacées, fortement épineuses ; hanches
longues, obliques en dedans, à milieu extérieur canaliculé ; tro-
chanters très longs avec deux rangées intérieures de spinules
mélées à deux plus longs poils, cuisses un peu plus courtes,
deux rangées de spinules sans poils ainsi qu'à la jambe qui est
plus courte encore et qui se termine par un crochet biongui-
culé court et rougeàtre; ces trois dernières pièces obliques…
vers l’extérieur, le double crochet recourbé en dedans.
Sligmales flaves à péritrème roussâtre, la première paire la-
térale grande, sur la ligne de séparation des deux premiers
segments thoraciques sous le rebord latéral; les autres pe-
tites, à péritrème plus clair, au tiers antérieur des huit pre-
miers segments abdominaux et au-dessus de la première rangée
des plaques latérales oblongues.
C’est sur les contreforts du Canigou qu’il m’a été donné d’ob-
server cette larve que carectérisent sa forme trapue, sa dé-
marche lourde, ses habitudes souterraines : c'est une des rares
larves de Carabiques qui laisse déjà pressentir sa forme à l’é-
tat adulte. :
Vivant aux alentours des cortals où s’amassent des résidus
de toutes sortes qui, à la longue et par suite du piétinement
des troupeaux, arrivent à composer une couche d'une certaine
épaisseur au milieu de laquelle grouillent des milliers d’em-
bryons du toute sorte, son existence dans le sol la met ainsi
en contact avec une foule de larves de Staphylinides et plus
nombreuses encore de Lamellicornes dont elle doit s’alimen-
ter ; cependant je la soupconne fort de se nourrir aussi de che-
nilles d’Agrotis qui, pendant le jour, viennent s’abriter sous
les touffes d’herbes et entrent même dans le compost des ber=
geries autant pour se garantir de l'effet de la lumière que des
rayons solaires.
La larve dégorge, lorsqu’on la serre, une salive verdätre dem
la même couleur que celle des larves herbivores : elle vit à une
assez faible profondeur ; lorsque ses appétits l’y obligent, elle
remonte aux couches superficielles du sol, à la premicre
couche de crottin où elle trouve toujours au moins des larves
d’Aphodiens.
Commencée en été, son existence se poursuit tout l'automne, 4
tout l’hiver, ainsi qu’une partie du printemps ; aux approches
de mai a licu la nymphose; la larve entre alors un peu plus.
profondément dans le sol, se construit une loge oblongue, spa:
cicuse, dont elle lisse les parois et là, à l’abri de tout danger,
sans incertitude sur son sort, elle se contracte et tout aussitôt
commence le travail préparatoire, à la fin duquel elle apparaî=m
tra sous la forme suivante : ;
Nymphe : Longueur, 13 à 15 millimètres ; largeur, 5 à 6 mil=
limètres.
Corps mou, charnu, blanc Jaunâtre, convexe en dessts, dé-
primé en dessous, arrondi à la région antérieure, atténué à
l'extrémité opposée, couvert de courtes spinules.
Masque frontal convexe, proéminent, allongé, verruqueux,,
avec courtes spinules et tubercule médian, emplacement GCü=
laire gris et réticulé, semi-lunaire. $
Masque thoracique grand, clypéiforme, à angles postérieurs.
relevés et échancrés; quelques courts cils clairsemés sur la
Dh de te En RS
verses avec ligne médiane et quelques courts cils épars. ;
Segments abdominaux plus larges que les précédents, dl
couleur plus jaunâtre, diminuant de largeur de la base
l'extrémité, les six premiers avec deux rangées de spinules el
carré de chaque côté de la ligne médiane dont la couleur es
plus foncée, ces spinules à bout arqué, les trois suivants ave
courtes spinules ;': segment anal terminé par une apophysen
mémbraneuse, de couleur ca-re et triangulaire, précédée di 4
léger bourrelet transverse. 2
Dessous n'offre rien de particulier, les antennes reposent sur,
le milieu des cuisses des deux premières paires de pattes, puis
longent le bord des élytres; les genoux en saillie sont armés
courtes spinules.
La phase nymphale dure jusqu’à mi-juin; c’est alors qu'ap
parait l’insecte à l'état parfait. +
Adulte: Longueur, 15 à 16 millimètres. , les AFIN
A à k Re à NN ER AT
| C’est un insecte allongé, convexe, entièrement noir que l’on
| trouve une grande partie de l’année, aux environs de Ria (Py-
… Urénées- Orientales). Caché en terre; lorsque sur le sol du do-
—_ maine qu'il habite sont disposées des pierres, on risque de le
E surprendre sous ces abris; il s'établit aussi à l’affût sous des
‘grosses touffes de plantes d’où il saisit tout ver, tout insecte
“qui se hasarde à passer près de lui; il est essentiellement car-
massier, ne vivant que de proie vivante qu’il déchire avec ses
grosses mandibules et qu'il suce ensuite : il recherche de préfé-
| rence les vers de terre et en particulier les gros lombrics qui
re de tous côtés le sol dans lequel il vit.
Au point de vue appliqué, c’est une espèce qui, à l’égal de
es congénères, peut être considérée comme un auxiliaire utile
à l'agriculture.
» Capitaine XAMBEu.
=
n
LHILUTS NOUVEAUX POUR LA CHASSE
e. Depuis le commencement de cette année, figurent, sur
“ie catalogue des instruments de la maison Émile Deyrolle,
deux nouveaux filets pour la chasse des papillons ou
autres insectes; ces deux filets n’ont pas encore été
décrits dans ce journal, nous pensons donc être agréables
“jux lecteurs du Naturaliste en réparant cette omission.
“Nous commencerons par le Filet Martin, du nom de son
inventeur.
LE NATURALISTE
201
tante, on pousse fortement, mais sans dureté, Les deux
baleines d’acier, qui doivent former le cercle, se tendent
jusqu’au moment où elles offrent un cercle parfait ; à
cet instant même, le goujon & s’engage dans l'œil b, pen-
dant que le fourreau e descend jusqu'à ce qu'il soit
arrêté et fixé par le ressort d qui prend appui sur le
point c; le filet est ainsi en état de fonctionner. Pour
démonter le filet, on dégage du goujon a à laide du
doigt, en appuyant légèrement sur le cercle, la patte
portant l’œil b, les baleines d’acier se détendent en
partie; puis, plaçant sur les points ff le petit doigt et
l'index, on appuie, pendant que le pouce presse sur le
ressort d, de facon à le dégager de l'arrêt c qui permet
au fourreau e de reprendre sa position primitive. Cette
description théorique peut paraître compliquée, mais la
pratique est des plus simples. Le prix de ce filet est de
15 francs, tout compris.
L'autre filet est le Filet à ressort. Le cercle de ce filet
est constitué par un ressort d'acier qui se replie de telle
sorte qu'il se met facilement dans la poche. Il a le très
grand avantage de ne tenir qu’une très faible place dans
la poche et d’être toujours prêt à fonctionner.
Le filet étant monté sur la canne (fig.5), pour le mettre
en poche, dévisser le cercle d’après la douille, tenir
d’une main la vis en cuivre filetée, de l’autre la partie
opposée, tordre le cercle pour lui faire prendre la posi-
Fig. 3. Fig. 4.
Ce nouveau filet à papillons (fig. 2) se compose essen-
_ tellement de deux parties: une canne creuse et une
… monture portant le cercle et la poche; lorsque le filet
est fermé, la monture entre tout entière dans la canne
(fig. 1).
Pour faire usage du filet Martin, on procède de la
façon suivante : La poche et la monture étant renfermées
dans la canne, on tire en dehors cette monture que l’on
fixe à à ee dur sur la canne ; puis, en appuyant
l'extrémité supérieure du système sur une partie résis-
L
tion de la figure 7, et continuer à tordre dans le même
sens, jusqu’au moment où le cercle formera trois petits
de des (fig. 8).
Voici les prix de ce filet, qui diffèrent suivant les
grandeurs :
La poche de gaze de soie avec le cercle, Land mo-
déle ces) mu NPA A ah sente «2 90
En A tn LD 10. ORIRPEENRPSRS 2 50
Canne pour le filet à ressort, en une partie, avec
la done SR ont de une LEO
Canne se démontant en 2 parties avec la douille. 1 75
Canne se démontant en 3 parties avec la douille. 2 25
On nous demandera certainement lequel de ces deux
filets est préférable à l’autre: question bien embarras-
202
sante. Tous deux ont leurs avantages; nous ne dirons
pas, tous deux ont leurs défauts, car nous n’en avons pas
encore rencontré. La seule chose que l’on peut faire
observer, c'est que le filet à ressort est beaucoup plus
léger que l’autre ; est-ce un avantage ? Nous répondrons
affirmalivement; toutefois, certains amateurs trouvent
des inconvénients à la légèreté, Ce n’est donc pas à nous
de conclure.
G. P.
Le fuit de l'Hymenæa Courbaril, Linné.
- Les MOŒURS de son ennemi, le CRYPTORHYNCHUS STIG-
MA, L. (du Brésil), comparées à celles du CRYPTORHYN-
CHUS LAPATHI, L. (de France); MOYEN de DES-
TRUCTION.
L'Exposition Universelle de 18$9 à amené à Paris, les fruits
ou graines d’un grand nombre de végétaux. Bon nombre de
ces graines renfermaicnt des
intéressant de les recueillir et d’en suivre les métamorphoses
chez moi.
Cryptorhynchus Stigma L. Rhinochenus Fimbriatus Chevrolat.
Longueur 8 millim. et demi à 10 millimètres, largeur 4millim.
à 4 millim. et demi, ovale, trompe plane, finement ponctuée,
emboitée dans une gouttière ayant sa lunite à la base du pro-
thorax, rouge avec la base jaune-flave, antennes et massue
rougeätres, insérées latéralement au quart antérieur de la
trompe. Scape insensiblement renflé jusqu'au sommet. Funi-
cule de sept articles arrondis et poilus. Massue en forme de
bouton, à dernier article pointu. Scrobes, profonds, droits, co-
niques. Tète convexe, jaune-flave. Yeux noirs, presque entiè-
rement cachés sous les lobes prothoraciques pendant le repos.
Prothorax rouge, couvert de gros points enfoncés, base bi-ar-
quée, arrondi des côtés et atténué en avant. Ecusson oblong,
jaune-flave. Kiytres ovales jaunes-flaves, striées-ponctuces,
avec une tache oblique rouge atteigrant la troisième strie.
Abdomen rouge ayec des squamulcs jaunes-flaves (1).
Larve (2).
Longueur de 8 à 10 millimètres, allongée, parallèle, jaunätre,
à l'exception des parties externes de la bouche et des mandi-
bules, qui sont d’un brun foncé ; ces dernières pointues. Tête
fortement rétrécie; mâchoires plus larges que longues; corps
de 12 segments, dont le premier grand, quelque peu relevé et
muni de tubercules verriqueux bruns, tombant obliquement
en avant dans la direction de la tête; les suivants à l’exception
des trois derniers sont munis en dessous d’un tubercule accom-
pagné de deux stries transversales et d’un point noir de chaque
côté. Il se trouve également dessous quelques points indistincts.
Antennes et pattes invisibles.
Nymphe.
La nymphe est jaunâtre comme la larve, ovale, allongée et
offre, éemmaillotée, les formes de l’insecte parfait. Sa transfor-
mation à lieu dans une cellule ou coque, faite avec les parties
dures de lintérieur du noyau agglutinées à l’aide d’un mucus
qui lui est propre.
Pour sortir, l’insccte parfait perce avec son rostre le noyau
ou semence, qui a été aminci par la larve, traverse la partie
farineuse du fruit et sort de la gousse par un trou oblique,
souvent placé à un ou deux centimètres de l’emplacement du
noyau. Les semences sont légèrement ovales, noirâtres, ayant
le volume d’une fève, mesurant 2 à 3 centimètres de long sur
2 centimêtres de large; les cotylédons de la graine sont remar-
quables par leur dureté et leur épaisseur.
Mœurs. — Grâce à l’obligeance de M. le Commissaire général
du Brésil, à PExposition universelle de 1889, qui a bien voulu
(1) Linné ayant décrit plusieurs espèces ou variétés sous le
méme nom de Cryptorhynchus Stigma, J'ai cru utile d’en don-
ner une détermination exacte.
(2) Je n’ai pu observer que des larves arrivées à la moitié ou
aux deux tiers de leur croissance, mais j'ai tout lieu de croire,
que les caractères sont les mêmes à part la couleur, qui doit
être plus foncée au moment de sa transformation en nymphe.
LE NATUPRALISTE ,
larves d'insectes, il m'a paru.
-plantations de peupliers ; il attaque aussi les saules et même
me remettre quelques fruits de l’'Hymenæa Courbaril L., j'ai
pu faire éclore le Rhinochenus Fimbriatus Chevr., chez moi, et
suivre ses dernières métamorphoses, c’est-à-dire voir sa nymphe
et l’ansecle parfait. Pour connaître les premiers états de la
larve, je me suis adressé à mon estimable et complaisant ami,
M. Angel Arouti, qui habite le Brésil, le priant de me faire
ramasser des jeunes fruits de Cowrbaril et de me les envoyer.
J’ai été assez heureux pour y trouver plusieura jeunes larves
vivantes.
Lorsque l’hymenæa cesse de fleurir et que son fruit est en
formation, on voit apparaître le Rhinochenus qui consacre son
union sur les branches et les feuilles de l’arbre; la femelle de
cet insecte après avoir choisi un fruit, le perce avec son rostre
ou sa trompe, puis se retourne, introduit son oviducte dans ce
trou et y dépose un œuf, puis elle passe à un autre fruit jus-
qu'à épuisement de sa ponte. La petite larve n’éclôt que
lorsque la semence ou noyau de Courbaril est formé; elle s'ins-
talle dans ce noyau, se nourrit de la partie intérieure et y su-
bit toutes ses métamorphoses. Le développement complet de
la larve, de la nymphe jusqu’à la sortie de l’insecte parfait,
coïncide avec le temps nécessaire au fruit pour arriver à la
maturité. Normalement l'insecte passe la mauvaise saison dans
le fruit et ne sort que la saison suivante, lorsque leCowrbaril
est en fleurs, pour accomplir la mission pour laquelle il est
né, de propager son espèce. C’est grâce à cette manière de
vivre, que j’ai pu obtenir à Paris des éclosions de Rhinochenus «
de fruits de Courbaril apportés mürs du Brésil.
Cryptorhynchus Lapathi L.
Longueur 6 à T millimètres, épais, noir ; élytres plus larges
que le prothorax, grossièrement ponctuées, striées, couvertes
de squamules päles à la base et à la déclivité des élytres, et de
squamules noires accompagnées de brosses rudes, d’un noir
velouté, alignées sur les troisiéme, cinquième et septième in-
terstries; antennes roussätres.
Larve. — Les caractères de la larve et de la nymphe diffè-
rent peu de ceux du Rhinochenus Fimbriatus, la taille est
moindre, je me dispenserai de les décrire, les supposant connus.
La nymphe est placée dans une cellule creusée dans le bois et
fermée aux deux extrémités avec des fibres pressées ; cette
cellule est peu éloignée de l’écorce, que perce l’adulte pour
sortir au commencement de juillet.
Mœurs. — Cet insecte est souvent très nuisible aux jeunes
l’aune. L’éclosion a lieu en juillet et la ponte à la fin du même
mois. La femelle pond ses œufs à la partie inférieure des tiges,
percant l’écorce et le bois avec son rostre et déposant un œuf
dans la blessure. Les petites larves étendent leurs galeries de
bas en haut, d’abord près de l’écorce, puis de plus en plus
dans l’intérieur du bois. Le jeune peuplier ou la branche percé
lonsitudinalement de plusieurs galeries perd de sa force, et le
vent peut casser l’arbre; en ce cas, les larves achèvent leur
croissance, soit dans le tronc debout, soit dans la tige couchéc.\
en terre. 1
Les Rhinochenus Fimbriatus Chevr., et Cryptorhynchus La
pathi L., offrent comme intérêt physiologique un appareil stris
dulant, formé par des stries du pygidium et de la surface in:
terne des élytres, produisant un bruit aigu par leur frottement:
Les mœurs des insectes exotiques sont à peu près inconnues:
Je considère comme une bonne fortune l’occasion qui m’a été
offerte, de voir éclore le Rhinochenus, d'en suivre toutes les
métamorphoses, etde pouvoir le comparer avec le Cryptorhyn=
chus Lapathi L. espèce trop commune en France. I1 m'a paru
intéressant de constater que, malgré la différence de vit
puisque le premier dévore le noyau d’un fruit extrémement
dur, et le second, l’intérieur d’un arbre ou d’une branche de
peuplier, bois assez tendre; les larves conservent à peu de
chose près les mêmes caractères; les nymphes se métamo F
phosent toutes deux dans une coque ou cellule faite avec des
parties de fibres agglutinées. L'usage pour les femelles de pers
cer le fruit ou l’arbre avec leur rostre ou trompe, pour y dé”
poser un œuf; de passer la mauvaise saison dans le fruit OU
l'arbre, qui leur a servi de berceau, pour ne sortir que l'année
suivante, avec cette différence cependant que le RA. Fimbnialus
estarrivé à son état parfait au moment de la maturité du fruity
tandis que le Crypl. Lapathi, passe l'hiver à l’état de larve, Sn
réveille en avril, continue à manger et ne se nymphose que fin
mai ou au commencement de juin, pour sortir en juillet,
Destruction. f
J'ai indiqué plus haut (mœurs du Rhinochenus Fimbrialus)
“que cet insecte subissait toutes ses métamorphoses dans la se-
“mence de Courbaril, sans toucher à la fécule qui remplit la
ii gousse ou fruit, que pour sortir de ce fruit à l’état d’insecte
mm arfait, par conséquent ses dégâts sont nuls, au point de vue
— delalimentation ; il réduit seulement le nombre de semences
comme reproduction, ce qui ne constitue pasun danger, la
= gousse contenant toujours trois ou quatre semences.
min autre côté, le jour où l’on récoltera tous les fruits pour
“en servir pour l’alimentation, on détruira forcément un grand
nombre des insectes renfermés dans la semence au moment
de la maturité de la gousse.
Pour le Cryplorhynchus Lapathi L. si nuisible aux jeunes
“plantations de peupliers, dans certaines parties de la France.
onpeut recommander de secouer les jeunes arbres, que l'on
veut préserver, sur un parapluie, pendant le temps des accou-
plements du Crypt. Lapathi (du 5 à la fin de juillet) et détruire
les insectes tombés; de ramasser les branches ou jeunes
“arbres cassés par le vent et de les brûler immédiatement.
Il existe un moyen préventif certain, que j'ai expérimenté de-
puis 20 ans et qui à toujours réussi; il consiste à badigeonner le
“tronc du jeune peuplier, depuis lesol jusqu'aux branches, avec
“du goudron minéral, délayé avec un peu de pétrole. En fai-
sant cette opération en mai, on éloignera, non seulement le
«Orypl. Lapathi mais encôre la Saperda Carcharias L. qui dé-
“ruit tous les peupliers dans certaines contrées. Nous savons,
“d'après leurs mœurs, que les femelles de ces insectes sont
obligées defaire un trou dans l'écorce, avec leur rostre, pour y
déposer chaque œuf, et par conséquent de mâcher la couche de
soudron pétrolé, pour lequel elles ont une répulsion bien mar-
“quée, je n’en ai jamais vu braver cet obstacle.
DEcaux.
Membre de la Société Entomologique de France.
LES DIPLOSOMIDES
. Les Diplosomidés constituent une petite famille d’As-
idies composées que M. Giard créa en 1872 avec trois
genres : Diplosoma Rayneri (Macdonald), Astellium spon-
jiforme (Giard), Pseudodidemnum cristallinum (Giard).
. Comme toutes les Ascidies composées, les Diploso-
midés se reproduisent par des œufs et par des bour-
geons ; mais leurs larves, avec les deux individus qu’elles
I portent chacune déjà à Tour éclosion, et leurs bourgeons,
dont deux se soudent toujours pour constituer un nou-
“eau blastozoïde, donnent à ces Ascidies une physio-
omie tout à se spéciale et les rendent très intéres-
mtes à étudier au point de vue de la multiplication
leurs colonies.
want d'exposer ce que nous connaissons actuellement
cette dernière question, nous dirons quelques
ap ro des ascidiozoïdes et de la manière
1 num cristallinum (Giard) Diplosoma A
_Drasche), espèce assez commune dans la baie de
Saint-Vaast-la-Hougue, où on la trouve fixée sur les
ffes d’'Halidrys par les fonds de quatre à cinq
tres à marée basse.
- P'ouverture antérieure est munie de six petits lobes
et conduit dans le sac branchial, dont la partie supé-
rieure porte douze, quelquefois vingt-quatre tentacules
_ ällernativement longs et courts. Fa fentes branchiales,
L le nombre est relativement grand chez les Botryl-
lidés et les Polyclinidés (Amarouques, Polyclinum, etc.),
| seulement quatre rangées chez tous les Diglo-
somidés,
L'œsophage continue directement la chambre respira-
toire; ik va s'ouvrir dans la partie stomacale, dont les
parois sont formées d'une seule couche fe cellules
cylindriques.
LE NATURALISTE 203
La surface de J’estomac est lisse, ce qui le distingue
Fig. 1.
Le]
de celui des Botryllidés, des Polyclinidés et des Disto-
midés, dont les parois présentent un certain nombre de
cannelures.
L'intestin terminal se recourbe vers le haut, remonte
du côté de la face dorsale et va s'ouvrir au dehors vers
la base de la cavité respiratoire; il n’y a pas de languette
qui protège cette ouverture, ainsi que cela à lieu chez
beaucoup de formes de Synascidies.
La musculature des Diplosomidés est bien développée.
Il y a d’abord chez les Pseudodidemnum des muscles
situés entre les rangées de fentes branchiales et qui for-
ment des bandes circulaires interrompues au niveau de
l’endostyle.
D’autres muscles entourent le siphon buccal ; ceux-ci
s’entre-croisent avec d’autres qui se continuent longitu-
dinalement, les uns le long de l’endostyle, les autres en
suivant la région dorsale. Arrivés à la partie inférieure
de ia branchie, ces muscles longitudinaux se réunissent
en un seul faisceau qui pénètre en s’effilant dans un
long prolongement de l’ectoderme. Cet appendice mus-
culaire a été considéré à tort par certains auteurs comme
un prolongement de l’endostyle. Sa longueur dépasse
souvent celle du sac branchial. Nous verrons plus loin
quel est son rôle probable, quand nous aurons décrit la
disposition de la tunique commune des colonies,
Les glandes digestives ne feraient pas défaut; s’il faut
en croire H.Milne-Edwards, Della Valle et autres ascidio-
logues, ce rôle serait dévolu à un ensemble de tubules
très délicats placés sur les parois de l'intestin terminal
et qui vont tous se réunir en un seul tronc, lequel débou-
che à son tour dans le tube digestif, tout près de l’es-
tomac.
Quel est le rôle de cet organe que Giard a appelé «or-
gane réfringent » et Della Valle « organe hépato-pan-
créatique » ?
Il faut bien reconnaître que nous ne possédons encore
à ce sujet aucune donnée précise; l’anatomie comparée
même reste impuissante à nous éclairer, Serait-ce un
organe d'excrétion? La disposition des tubules et le fait
204
qu'ils se jettent dans l'intestin assez près de l’estomac
n’ont, à priori, rien de contraire à cette hypothèse, si
l’on se rappelle que, chez les Insectes, les tubes de Mal-
pighi débouchent assez haut dans l'intestin. Mais cette
hypothèse n’est pas admissible pour une autre raison :
c’est que chez les Ascidies simples, concurremment avec
cet « organe réfringent », plusieurs auteurs ont décrit un
organe rénal parfaitement caractérisé.
En second lieu, cet organe ne peut être considéré
comme un foie, puisque chez les Salpes, par exemple,
le foie et l'organe réfringent existent simultanément.
L’anatomie comparée ne nous renseigne donc qu’im-
parfaitement sur le rôle de cet organe, et l'opinion de
ceux des naturalistes qui croient avoir affaire à une
glande digestive reste toujours une hypothèse.
Les glandes génitales sont constituées par un ovaire
sans oviducte, et par deux glandes mâles qui aboutissent
à un long spermiducte placé le long du rectum. Ce
canal déférent est droit, ce qui distingue les Diplo-
somidés d'une famille très voisine, les Didemnidés, dont
le canal déférent est en spirale et le follicule testicu-
laire unique.
Dans leur ensemble, l'estomac, l'intestin et les glandes
génitales forment une masse volumineuse, réunie par
une portion plus étroite à la chambre branchiale, ce
qui fait que chaque individu paraît constitué de deux
masses distinctes, le thorax ou sac branchial et labdo-
men. Sous ce rapport, les Diplosomidés se rattachent
très étroitement aux Didemnidés et s’éloignent, au con-
traire, des Polyclinidés, chez lesquels l'abdomen est
continué par un très long appendice, le post-abdomen
dans lequel sont logées les glandes génitales.
Enfin nous aurons fini avec l’organisation générale de
ces animaux quand nous aurons cité le ganglion ner-
veux, situé sur la face dorsale, non loin de ouverture
braachiale; et, tout près de lui, cet organe énigmatique,
dont le conduit cilié s’ouvre à la partie antérieure de la
chambre respiratoire et que quelques auteurs regardent
comme un organe d’olfaction, d’autres comme une glande
spéciale.
Telle est, dans ses traits essentiels, l’organisation des
Ascidiozoïdes chez les Diplosomidés : corps formé de
deux masses, thorax et abdomen; sac branchial volumi-
neux, à quatre rangées de stigmates; estomac lisse, pas
de languette cloacale; un ovaire sans oviducte, deux fol-
licules spermatiques avec canal déférent droit.
A ces caractères, il faut ajouter ceux que fournissent
les larves et le test commun des colonies.
M. Giard, en établissant la famille des Diplosomidés,
lui avait assigné comme caractère essentiellement dis-
tinctif, au moins pratiquement, l’absence de spicules
calcaires dans le test commun, ces spicules caractéri-
sant, au contraire, la famille des Didemnidés. Or, ré-
cemment, Herdmann, en Angleterre, a décrit une espèce
de Diplosomidé rapportée par le Challenger et qui porte
des spicules calcaires, En 1882, von Drasche a recueilli
dans la mer Adriatique une autre espèce de la même
famille, Diplosoma pseudoleploclinum, où les spicules
sont si abondants que la masse est rendue complète-
ment opaque et les cormus fermes comme ceux des Di-
demnidés, Il y a donc des Diplosomicus qui sont pourvus
de spicules, Inversement, il y aurait des Didemnidés qui
en seraient dépourvus; von Drasche en a signalé deux
espèces, Didemnum inarmatum et Didemnum tortuosum.
Herdmann en a observé de son côté une espèce, Didem-
LE NATURALISTE
A —_—
LL LL A er NE Ga Lt it bd
num inerme qui présente les mêmes particularités.
La conclusion à tirer des observations de ces deux na-
turalistes, c’est que la présence ou l'absence des spicules
ne peut pas constituer un diagnostic infaillible pour dis-
tinguer les Didemnidés des Diplosomidés, comme le
pensait M. Giard.
Chez les Diplosomidés, les cormus forment des croûtes
minces, généralement transparentes et toujours sessiles.
Quand les colonies sont bien épanouies, leur surface
présente de distance en distance de petites cheminées
de forme conique, toujours très visibles à l'œil nu : ce
sont les ouvertures des cloaques communs. Il est à re-
marquer qu’elles ne présentent aucune distribution ré-
gulière, pas plus que les ascidiozoïdes eux-mêmes d’ail-
leurs; ces derniers sont distribués sans ordre et ne
forment pas de systèmes réguliers, comme cela a lieu
chez les Botrylles, par exemple, où tous les individus
qui ont le même cloaque, sont disposés circulairement
ou suivant une ellipse.
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La figure 2 représente, un peu schématisée, la dispo-
sition des animalcules dans le cormus : la tunique com-
mune doit être considérée comme formée de deux
membranes, limitant une grande cavité qui lobe les as-
cidiozoïdes ; la membrane ee envoie à \ l'estérietil
de petites expansions qui fixent la colonie à son sup-
port. Quant à la grande cavité centrale, elle sert non
seulement de cloaque commun, mais encore elle abrite
parfois de nombreux parasites qui ne laissent pas qu
d’être nuisibles à la colonie.
On concoit donc que les ascidiozoïdes aïent besoin de
se débarrasser de ces hôtes dangereux : c’est ici qu’ap
paraît le rôle du long appendice musculaire dont nous
avons parlé plus haut et qui s'implante par sa partie
terminale dans la membrane inférieure du cormus 5
l’ascidiozoïde, en se rétractant par l'intermédiaire de
ce muscle, rapproche la membrane supérieure de lin
férieure, ce qui a pour conséquence d’expulser al
dehors les corps étrangers qui se trouvent dans le
cloaque commun : parasites, excréments, larves, etc.
Tel est le rôle qui me paraît appartenir à l’appendicen
musculaire. »
Les petits crampons que porte la membrane inférieure
ne fixent le cormus que d’une façon assez légère, si l'on
en juge par la facilité avec laquelle on peut les détache
de leur support; au moyen d’un manche de scalpel, par
exemple, avec quelques précautions, on peut pratiquen
cette opération sans causer le moindre dommage à
colonie et la faire fixer de nouveau sur une lame
verre ou sur n'importe quel autre support. “4
La nouvelle fixation ne demande pas plus de quarante
huit heures pour s'effectuer.
(A suivre.)
P1Z0N.
LE NATURALISTE
9
=]
©
Le grand PINGOUIN Brachyptère
On a beaucoup écrit sur cet oiseau remarquable, com-
‘plètement éteint aujourd’hui, on peut le dire; nous n’au-
“ions donc que peu de chose à ajoutér aux travaux des
auteurs. Nous sommes heureux de donner aujourd’hui à
n0s lecteurs une belle figure du Pingouin brachyptère
“(Alca impennis), due à la plume de P. Mahler, le dessi-
“näteur animalier bien connu. Notre figure représente au
“premier plan un couple de ce Pingouin et un jeune
Le grand Pingouin Brachyptère (Alca impennis).
couché ; ce dernier n’a que peu ou pas de sillons au bec,
et il est couvert d’un duvet grisâtre.
Rappelons que cet oiseau habitait les mers glaciales,
particulièrement l'Islande, la baie de Baffin, le Groënland.
Il a été vu accidentellement en France; d’après Degland,
trois exemplaires ont été tués sur Les côtes de Cherbourg
il y a environ 70 ans.
LE PLATANE
Les Platanes sont de grands et beaux arbres, à larges
feuilles palmées, donnant beaucoup d'ombre et très
fréquemment cultivés comme arbre ornement, surtout
dans le midi de l’Europe, où ils servent à ombrager les
routes et les promenades publiques. Leur bois est
malheureusement presque sans valeur, et leurs fortes
racines tracantes ont, en outre, l'inconvénient de sou-
lever la terre et même de faire perdre l’aplomb aux
constructions maçonnées sous lesquelles elles s’insèrent.
On connaît aujourd’hui deux espèces de Platanes, ce
Sont : le Platane d'Occident (Platanus Occidentalis L.) et
le Platane d'Orient (Plat, Orientalis L.).
Le Platane Occidentalis L., ou platane d'Amérique, est
une espèce répandue sur toute l'étendue des États-Unis,
du Canada à la Floride et de l’océan Atlantique aux
montagnes Rocheuses. C'est un grand et bel arbre dont
le tronc atteint parfois plus de 3 mètres de diamètre. Il
est de premier ordre comme arbre de paysage, et on le
plante communément le long des routes et des avenues
pour les ombrager de son large feuillage. Il croît très
rapidement ; mais son bois léger, peu élastique, facile à
rompre et exposé à l’attaque des insectes, ne saurait
être employé dans les grandes constructions. La menui-
serie en tire cependant quelque parti; mais il est surtout
utilisé dans la fabrication des instruments de musique à
cordes, tels que les pianos, les harpes. On en fait aussi
des vis de pressoir et divers ustensiles de ménage. Cet
arbre remarquable, quoique disséminé sur une grande
partie de l’Amérique du Nord, n’y constitue cependant
jamais de forêts, ni même de bosquets d’une certaine
étendue; il est confiné dans les lieux bas, humides, où
se trouve accumulée une grande épaisseur de terre végé-
206
tale, et principalement au voisinage des rivières.
Le voyageur Michaux en a vu plusieurs sur les bords
de l'Ohio, hauts de 30 mètres et plus, dont le tronc,
encore parfaitement sain, mesurait à hauteur d’homn'e
14 à 16 mètres de tour, Quoique introduit en Europe
depuis bientôt deux siècles, il n’y en existe aucun sujet
vivant qui puisse même se comparer de loin avec ces
arbres gigantesques; on en trouve cependant un assez
grand nombre, dans le midi de la France surtout, dont
la hauteur dépasse 25 mètres et dont le tronc, à un
mètre du sol, n'a pas moins de 1250 à 160 de dia-
mètre; les platanes de la promenade de Perpignan se-
raient les plus gros et les plus pittoresques que l’on
possède en France.
Le Plane, ou Platane d'Orient (Platanus Orientalis L.),
est un arbre tout aussi grand que celui d'Amérique.
dont il est d’ailleurs difficile de le distinguer. Sa patrie
première est l’Asie occidentale ; mais il est naluralisé
depuis une haute antiquité dans la Turquie d'Europe,
où on cite des individus de taille et de grosseur colos-
sales, On l’emploie aux mêmes usages décoratifs que le
précédent, pour donner de l’ombre sur les routes, les
avenues des villes et les promenades publiques; mais il
ne faut pas le planter près des constructions en macon-
nerie, ni dans les rues pavées, parce que ses grosses
racines tracantes soulèvent les pavés et font perdre aux
murs leur équilibre. A ce défaut, il oppose une qualité
qui a son prix dans les villes du Nord; il y résiste
mieux que tout autre arbre à la fumée des usines et des
foyers domestiques. Son bois paraît un peu meilleur que
celui du platane d'Amérique, et il trouve aujourd'hui un
certain emploi en ébénisterie. C’est lui aussi qui fournit
en partie les boiseries intérieures des wagons de luxe.
L'histoire ancienne fait mention de plusieurs platanes
déjà renommés pour leur grosseur et leur vétusté. Héro-
dote et Ælien racontent que Xercès marchant contre la
Grèce avec une immense armée (170,000 hommes), fut si
frappé de la grandeur et de la beauté d’un platane qu'il
rencontra en Lydie, qu'il le fit entourer d’une chaîne
d'or, et qu'après avoir passé une journée entière à l’ad-
mirer, il laissa une garde chargée de veiller à sa conser-
vation. Ælien ajoute que ce retard d’un jour contribua
au salut de la Grèce en lui donnant le temps d'achever
des préparatifs commencés, dont le résultat fut décisif
dans la bataille livrée peu après. À Caphyes, dans l’Ar-
cadie, huit cents ans après la guerre de Troie, on mon-
trait un vieux platane qui portait le nom de Ménélas;
on prétendait que ce prince l'avait planté lui-même avant
son départ pour le siège de Troie.
Pline raconte qu'il existait de son temps, en Lycie,
un Platane célèbre. Le tronc creux de cet arbre formait
une sorte de grotte de 27 mètres de tour. Sa cime bran-
chue ressemblait à uae petite forêt; les branches qui la
composaient couvraient de leur ombre une étendue de
terrain immense, L'intérieur de l’excavation du tronc
était tapissé de mousse, ce qui le faisait ressembler
davantage encore à une grotte naturelle. Licinius Mucia-
nus, gouverneur de la Lycie, donna dans cette grotte un
festin à dix-huit convives.
Pline cite un autre Platane que l’empereur Caligula
trouva aux environs de Vélitres. Ses branches étaient
disposées de manière à former une grotte de verdure,
dans laquelle ce prince dina avec quinze personnes. Bien
qu'il occupât à lui seul une partie de
convives élaient tous à leur aise, et
Parbre, les
les esclaves
pouvaient faire très convenablement leur service.
On attribuait aussi à Ag«memnon la plantation d’un
Platane qu'on voyait à Delphes. plusieurs siècles après
la mort de ce héros. Beaucoup de vieux et très gros pla-
tanes existent encore en Grèce et en Orient. l
De Candolle rapporte l’assertion d’un voyageur mo=M
derne, attestant qu'il existe dans la vallée de Bujukdéré, M
à trois lieues de Constantinople, un Platane qui am
30 mètres de hauteur et dont le tronc a 50 mètres deM
circonférence. Ce tronc présente une excavation de.
26 mètres de circonférence, il ombrage une étendue de
160 mètres carrés; De Candolle le supposait âgé d’au
moins 2,000 ans. Dans le vieux Sérail, à Constantinople,
on voit encore le Platane des Janissaires ; il mesure 18 à
20 mètres de tour. On peut encore citer à Brousse (Asie),
des Platanes qui ont déjà atteint un volume considérable;
j'en ai vu en 1892 des spécimens dont le tronc mesurait
10 à 15 mètres de circonférence.
Henri Jorer.
DESCRIPTIONS DE LÉPIDOPTÈRES NOUVEAUX
Cor:ibæna Lafayaria n. sp. — 30 millimètres Dessus des
ailes d’un vert tivant sur le jaune avec le point cellulaire brun
et quatre taches fauves bordées intérieurement de brun, Sépam
rces les unes des autres et disposées comme suit: aux supé=
rieures, une large tache arrondie à l’apex, la seconde allongée;
allant de l'angle jusqu’au milieu du bord interne. Aux infé=
ricures, les deux allongées, l’une occupant l’apex, autre l’angle
anal. Franges fauves. Dessous blanc verdâtre avec la côte
jaunâtre, un fin liseré brun et une tache brune apicale àchaqueé
aile ; celle des supéricures plus large comprenant deux points
blancs terminaux, celle des inférieures étroite mais comprenant
également deux petits points blancs. Palpes et front mordoré
semé denoir, antennes (malheurer sement incomplètes) blanches
à cils jaunâtres, vertex blanc, ptérygodes vertes à la base gars
nies de long poils lilacés, dessus de l'abdomen fauve avec ui
point central blanc, mais point de protubérances. Dessous du
corps ct pattes blancs, première paire tachée de noir.
Un c* provenant des environs de Loja, 1894.
Racheospila Roseïilinearia, n. sp. — 21 et 29 millimètres:
Port d'Albociliaria Herr. Sch. Dessus des ailes vert jaunàtré
clair avec un point cellulaire et deux lignes communes dur
rose vineux. La première ligne, extrabasilaire, est arrondies,
la seconde, composée d'une série de traits, est à peu près Pa
rallèle aux bords terminaux des deux ailes. Les supérieures
ontla côte et les quatre aïles, le bord terminal également rosC«
vincux. Bord anal des inférieures de même nuance; fran ges
rosécs coupées de vineux. Dessous des ailes d’un verdâtre clan
avec les dessins du dessus se voyant par transparence. Je
Antennes ciliées à extrémité filiforme, palpes et front rOSO
vineux, vertex blanc bordé de rosé ; ptérygodes vertes ; dessus
de l’abdomen vineux avec trois points blancs, le premier et le
troisième séparés par deux anneaux, Dessus du corps et patte
blanc crémeux.
Deux c' bien pareils recus de Loja en 1891.
Cette espèce a une grande affinité avec Albociliaria d’Hers 1
rich-Schæffer, mais la seconde ligne prend une beaucoup plus
grande importance dans l'espèce de Loja; de plus ni cetio
seconde ligne ni Ja frange ne sont marquées de blanc com
dans Albociliaria. Si de nouvelles découvertes établissaient As
passages entre les deux espèces, Roseilinéaria n’en restera
pas moins une variété très remarquable.
Racheospila Pellucidaria, n. sp. — 20 millimètres A
blanc verdâtre, les dessins ne se voyant bien que par transpés
rence. Les supérieures avec une tache à la base, un pointe
lulaire et un dessin apical vert opaque, puis une fine ligne
transversale, sinueuse, arrondie dans la seconde moitié den
l'aile. Inférieures marquées de point cellulaire et de deux tac
le long du bord anal ; de ces deux taches partent deux
lignes transversales, arrondies, sinuées et parallèles au bo
terminal. Les taches etles lignes sont comme aux ailes sup
rieures d’un vert pâle mais opaque. Dessous transparent. lai
|
LE NATURALISTE 207:
sant voir les dessins du dessus, antennes pectinées à extrémité
filiforme, palpes, front et vertex blancs; collier, ptérygodes et
dessus du corps verdâtre, dessous du corps et pattes blancs.
| Mrois specimens des environs de Loja 1890 et 1891.
P. Dognin.
LE PARC DE CALCÉDOINE
Il y a une vingtaine d'années, un mineur qui avait fait
fortune dans l’'Arizona, apportait à un ami un bloc d’une
“espèce d’agate particulière : c'était évidemment du bois
_ pétrifié, et le mineur racontait merveille de forêts en-
ières de ce minéral; on était incré-
dule, Aujourd'hui tous les guides, tous
és indicateurs de chemins de fer,
recommandent la vue de cette mer-
veille « le Parc de Calcédoine »,
“route de Santa-Fé. Le parc de Calcé-
“(oine n'est pas un parc; aucune me-
“Gure pour protéger les trésors de
forêt pétrifiée contre les vanda-
les n'a été prise, sauf un article du
règlement des chemins de fer défen-
“dant d'embarquer de grandes quan-
Miités d'échantillons dansles wagons.
Dès Corrizo on commence à ren-
“contrer cà et là un tronc pétrifié ou
“des débris jonchant la route ; autrefois,
baprès C. F. Lumnis la forét couvrait
ct au manganèse tenus en dissolution. Le pont d’agate
est une des merveilles de ce parc étrange, c’est simple-
mentun tronc d’une centaine de pieds, variant en épais-
seur de cinq à trois pieds et jeté en travers d’un défilé
au fond duquel se trouve un étang fréquenté par les
bestiaux de la plaine.
Les Indiens, qui nomment « chinarump » ce minéral,
en font depuis des siècles leurs pointes de flèches si re-
| cherchées des connaisseurs.
Seientifie American.
es centaines de milles carrés, on peut
Ccepter sans discussion l’assertion de
M] Kuntz, que ce parc contient un
“million de tonnes de ces pierres. L’as-
ect général rappelle une forêt ou un
arti de trappeurs aurait bivouaqué,
“coupant et abattant à tort et à travers
ütour d’eux. Les arbres devait avoir
mgement deux cents pieds, ceux qui
it restés entiers en ont à peu près
tquatre-vingts, la plus grande par-
git sur ce sol à angles droits, paral-
&lement,ou en tas et tous ces milliers,
és myriades de racines, troncs, bran-
des et morceaux sont minéral solide.
troncs restés debout sont généra-
nent rouge sombre, bruns ou noirs ;
IS le temps et le marteau des géologues ont
leurs débris sur le sol depuis la masse impo-
ile jusqu’au simple caillou; et quand le soleil im-
able de l’Arizona brille sur ce kaléidoscope de
eurs, l'effet est féerique. L'améthiste abonde, le
pe, rouge et jaune et la calcédoine de toutes les
ntes imaginables, la topaze, l'onyx et toutes les va-
ni tés d’agates. Peu de fragments présentent une seule
| Xariété de pierre, presque tous sont une riche mosaique
assortie. Voici sans doute, l'explication la plus juste du
phénomène, La région est décidément volcanique, une
| catastrophe de ce genre réduisit la forêt superbe en
| «cendres laviques »; puis, par des geysers, des flots
| d'eaux siliceuses vinrent inonder ces cendres etgraduel
| lement le silicate prit leurs formes et leurs places ; le
«| quartz limpide fut formé par le silicate pur, et les belles
teintes rouge, brune, jaune, pourpre, sont dues au fer
L
\
|
Le parc de Calcédoine dans l’Arizona.
Suites à la Flore de France
| DE GRENIER ET GODRON
. (Suite )
ARISTOLOCHIÉES Juss.
Aristolochia pallida Wildenow Species
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francç., WI, p. 146; Duchartre a». DC. Prodr., XN,
pars [, p. 487; Reichb. Zcon. #, Germ., fig. 1343;
208 =
Boissier #1. orient., IV, p. 1078; Ces Pass. e Gib.
Comp. fl. Ital., p. 252. — Racine tubéreuse,
grosse, globuleuse. Tiges de 3-5 décim., herbacées,
surtout à la base dénudée, simples ou rameuses,
étalées, glabres. Feuilles d'un vert glaucescent x0n
érodées-dentées, aliernes, pétiolées, à limbe subor-
biculaire ou largement ovale-trianqulaire, obtuses ou
rétuses, Souvent émarginées, cordiformes et à sinus
largement ouvert à la base, à oreillettes arrondies.
Fleurs solitaires à l’aisselle des feuilles; pédoncule
très court, moins long que le pétiole. Périgone
glabre, d’un vert livide strié de pourpre, à utricule
ovoïde et à tube droit, dilaté en languette oblonque-
lancéolée obtuse, un peu plus courte que le tube.
Capsule ovale-oblonque, réfléchie.
Has. — Arpes-MariTimes : Bézaudun (Conso-
lat); Nice (ex herb. Horti Berol., sec. Duchartre) :
massif du Cheiron (Marsilly) ; gorges du Loup ct
Caussols (de Nanteuil); au-dessus de Menton
(Hawker). — Var : l'Estérel près d'Agay (Mar-
Silly); vallon de la Ragne et vallon situé entre la
montagne du Marsaou et la route de Cannes à
Fréjus (de Nanteuil) ; sous les chênes à Barzeaude
près Ampus (herb. R., Albert); a Sainte-Baume
(Shuttleworth) ; les Maures (Huet). — VAUCLUSE :
bois du mont Ventoux, à la font. de Canaud (kerb
R., Reverchon, sub. nom. À. rotundæ).
Aire géographique : Italie (ut. loc.); Sar-
daigne, Sicile; Suisse méridionale (sec. Boissier et
Nyman); Istrie, Styrie, Croatie, Dalmatie, Bosnie,
Herzégovine, Esclavonie, Banat, Hongrie, Transyl-
vanie; Montenegro; Serbie; Thrace; Eubée. —
Asie-Mineure : Anatolie, Bithynie, Phrygie.
Cette espèce se distingue de PA. rotunda L. par
ses feuilles pétiolées, à sinus très ouvert et par les
pédoncules plus courts que les pétioles; de l’A.
longa L. par sa racine g obuleuse, les pédoncules
égaux aux pétioles, les feuilles larges, courtes et
plus arrondies, le périgone autrement coloré, à lan-
guette plus obtuse.
(A suivre.)
G. Rouy.
CHRONIQUE
Les poissons de la mer du Nord. — L'Académie royale
des sciences et iettres de Danemark offre un prix de 600 cou-
ronnes à l’auteur du meilleur mémoire sur l’histoire naturelle
et la biologie d’un certain nombre de poissons de la mer du
Nord. Les mémoires devront être envoyés avant le mois
d'octobre 189% à l’Université de Copenhague.
Un voyage d'exploration au Spitzberg. — Le
20 juillet dernier, partait de Leith (Ecosse), le transport de
VPEtat Manche, capitaine de vaisseau Bicnaimé, ayant à son
bord MM. Georges Pouchet, professeur au Muséum, et Charles
Rabot, explorateur, chargé d’une mission scientifique à l'ile de
Jan-Mayen et au Spitzberg, et M. Gratzl, officier de la marine
autrichienne, qui avait, en 1882, fait partie de la mission
autrichienne envoyée à Jan-Mayen, où il séjourna quatorze
mois. La Manche devait, on se le rappelle, se rendre à Jan-
Mayen, puis au Spitzberg. Le programme que s’étaient tracé
les explorateurs a pu être suivi, ainsi que nous l’annonce la
dépêche reçue récemment de Tromsoé :
LE NATURALISTE
«Nous avons fait un excellent voyage. La mer était libre et,
plus heureuse que notre stationnaire d'Islande le Chäteaure=
nault, qui, l'an dernier, ne put aborder l’île Jan-Mayen, don
l’accès avait été rendu impossible par une barrière de glace,
la Manche a touché, le 27 juillet, à lile Jan-Mayen, située
par 72° de latitude nord, c’est-à-dire à la même hauteur que.
le cap Nord, et 10° de longitude ouest. Personne n’avait
débarqué à Jan-Mayen depuis dix ans.
« La Manche a fait le tour de Jan-Mayen, qui n'a pas de
mouillage, et est partie le 28 juillet au soir pour le Spitzberg:
Le voyage n’a pas présenté de difficultés et nous sommes
arrivés au Spitzberg le 1er août. Nous avons visité les fjords
de la côte occidentale, qui est très montagneuse, et notam=
ment l’Isfjord et le Bell-Sund (78° latitude nord), où est lan
baie de la Recherche, ainsi appelée du nom d'un navire fran
Gais qui y séjourna au cours de son voyage d'exploration. :
« Nous ayons quitté le Spitzberg le 15 août, ayant pu faire
d'intéressantes observations scientifiques.
«La Manche rapporte d'importantes collections d’animaux
(rennes, renards, oiseaux) et de fossiles dont on a trouvé d’ims
portants gisements. » s
Albinisme chez les Scolopacidæ. — « Je possède dans
ma collection d'histoire naturelle trois Bécasses (Scolopa
rusticola) atteintes d'albinisme : l’une, complètement blanche;
a été tuée aux environs de Pierre en Bresse, une autre,
variété jaune, vient de Bujuk-Deré (Bosphore). La troisième,
variété isabelle, a été capturée près de Montpellier. J’ai une
variété noire, qui provient de la forêt de Clairmarais, près de
Saint-Omer. Une Bécassine albine (Scol. gallinago) tuée aux
environs de Saint-Omer, fait également partie de ma collec
tion. Dans les Scolopacidæ, je citerai encore un Bécasseau
Cocorli (Pelidna Subarquata) tué à l'ile Helgoland, possé
dant sur la tête une toufle de petites plumes blanches, formant
huppe.
Ch. Van KEMPEN.
Conservation des obicts d'histoire maturelle. — Om
n’ignore pas combien il est important de pouvoir conserve
en bon état certains objets d’histoire naturelle, des fruits,
charnus particulièrement pour en faire la comparaison en
temps voulu. Tous les procédés proposés jusqu'ici sont dés
fectueux : l'alcool est trop coûteux, la plupart des autres
liquides péchent par un point quelconque. M. Poisson, as
sistant au Muséum, s’est trouvé très bien de l'emploi de
l'acide salicylique à la dose de 2 grammes par litre d’eau. Le
procédé est peu coûteux et de plus il est éminemment utilis
sable pour le botaniste voyageur. 4
L’Auisoplia horticola. — C’est un coléoptère qui se
rencontre sur un grand nombre de végétaux dans les jardins?
et qui avait à peine fait parler de lui jusqu’à ce jour. Il p&
rait qu'il faudra le comprendre dorénavant dans la liste de
destructeurs de fruits. Il dévore en effet les fleurs dont il n@
laisse rien; tout v passe, étamines et ovaires. Dans l'aprèss
midi, ilest difficile de le saisir, car il est doué de mouves
ments très vifs; le matin, quand il est engourdi par le froid;
on pourra le recueillir en secouant les pommiers sur lesquels
il vit. On le reconnaitra à sa taille qui est d'environ 1 cent
mètre, à sa tète et à son corselet d’un vert brillant mêlak
lique, au-dessous du corps vert foncé. (Jardin.)
Le commerce des insecticides. — Les maladies paræ
sitaires qui depuis quelques années s’abattent avec ‘une.
tensité croissante sur les vignes, sur les arbres et arbustes.
fruits, ont provoqué la naissance d’industries, non moins pa
rasitaires, contre lesquelles les cultivateurs ne sauraient
se tenir en garde. Nous voulons , parler des compositions
prétendues insecticides et anti-parasitaires, que leurs invens
teurs offrent au crédule public à des prix fantastiques.
M. Colomb, directeur de la station agronomique de Nancy,
signale ainsi la composition de plusieurs de ces spécifiques
avec leurs prix: 10 Un mélange de chaux et de fleur
soufre, coté 40 fr. les 100 kilos. Valeur: 10 centimes au.
2° Mélange de sel et de plâtre, coté 2 fr. 50 le kilo. Ma
10 centimes. 3° Mélange de sable et de goudron avec unp
d'ammoniaque, 2 fr. le kilo. Valeur : 10 centimes. 4° Mélan
de chaux, sulfate de cuivre et de sulfate de zinc, 4 fr. le ki
Valeur : 15 centimes. M. Colomb fait remarquer que cespil
duits sont offerts comme insecticides, et échappent ainsi
pénalités édictées contre les matières qualifiées engrais."
C'est aux cultivateurs à se prémunir eux-mêmes contrece
genre de charlatanisme. |
LE (NATURALISTE
209
LIVRES NOUVEAUX
I] vient de paraître une série de trois fascicules consacrés à
mrjude de l'organisation des Mollusques (1). L'auteur a écrit
(ét ouvrage principalement « à l'usage des candidats à la licence
és sciences naturelles ». C'est la raison pour laquelle la classi-
{cation est traitée de la facon la plus sommaire, et pour laquelle
là-description des coquilles est laissée aux traités de conchylio-
mmjsie. La principale partie de l'ouvrage est relative aux des-
Cripüons anatomiques. Le plan de l'ouvrage est bien simple;
| différentes classes de Moliusques sont successivement pas-
P>
«Ges en revue, avec le nombre de types que comporte la varièté
mle-formes de chaque classe. Les descriptions sont exposées
Simplement, clairement, en évitant les détails oiscux, et les
Minuties histologiques qui n’auraient rien à faire dans un traité
- de ce genre.
«Depuis un certain temps, les zoologistes avaient une
“jéendance à éloigner les Chitons des Gastéropodes ; l'étude
détaillée danimaux qui n'avaient jusqu'ici pas de place bien
fixé dans les classifications, la Néoménie, le Chétoderme, a
“nontré leurs aflinités avec les Chitons; aussi a-t-on récem-
Hnent groupé tous ces animaux dans une même classe, celle
des Amphineures, ainsi nommée de la disposition du système
nerveux. On trouvera sur les Amphineures les détails les plus
précis et les plus nouveaux dans le livre de M. Coupin.
“Les travaux les plus récents sur les Lamellibranches, sur
JS Gastéropodes, notamment sur les Prosobranches, dus
presque tous aux élèves du laboratoire de malacologie du Mu-
um, ont été largement mis à contribution.
mA ces divers titres, le nouveau traité sur les Mollusques
Sera très utile non seulement aux étudiants, mais aussi à tous
Ceux qui désirent se tenir au courant des progrès de la science,
Sans s'astreindre à la lecture, souvent ardue, des mémoires
originaux.
Mais ce livre se distingue, en outre, des traités didactiques
barletrèés grand nombre de figures dont il est orné; on ne
Saurait trop féliciter l'éditeur de s’ètre montré si libéral; de
mème qu'on ne saurait trop louer M. Coupin d’avoir employé
pour ainsi dire exclusivement les figures schématiques ; à l’aide
lesfigures souvent compliquées des auteurs.
Après ces éloges, M. Coupin me permettra bien de lu
adresser quelques petttes critiques ; quelques-unes des légendes
ont pas été revisées, et peuvent être la source de confusions
grettables. Enfin, pourquoi ne nous fait-il pas connaître
rigine de chaque figure? Ce sont là, comme on voit des re
ques de détail; ces petits défauts n’empéchent pas le livre
M Coupin d’être un excellent livre, qui a sa place marquée
la rable de travail de l’étudiant, ou dans la bibliothèque
des naturalistes.
A: Goux.
ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance du 427 août. — Note de M. Déhérain sur les cul-
lures dérobées d'automne, utilisées comme engrais verts, qui,
\fixant l’azote, l’'empèchent d’être entrainé par les pluies de
ütomne. — Note de M. Léon Vaillunt sur l'alimentation des
Dphidiens. Les expériences du savant professeur du Muséum
surtout porté sur l’anaconda que possède la ménageric du
séum. Dans l’espace de six ans et quelques mois, ce serpent
a mangé que trente-quatre fois, mais à des intervalles des
plusirréguliers, puisque l’auteur a constaté un intervalle de 204
-Jours entre le sixième et le septième repas. Les résidus de la
| digestion ne sont pas toujours évacués en une seule fois entre
| chaque repas. L’exemplaire du Muséum paraissait avoir atteint
| sataille maximum ; il mesurait 6 mètres de long et pesait 76 kilos.
= M. Brown-Séquard présente une note de M. Hédon sur la
“greffe sous-cutanée du pancréas et son importance dans l'étude
du diabète pancréatique. Ces expériences tendent à prouver que
ed
L (1) Les Mollusques. Introduction à l'étude de leur organisa-
tion, développement, classification, aflinités et principaux types,
par H. Coupin, préparateur d'histologie à la Sorbonne.
|
|
|
|
ces schémas, le débutant n'aura aucune peine à débrouiller
le pancrèas fonctionne comme glande vasculaire sanguine. —
M. de Lacaze-Dulhicrs présente une note de M. Frédéric Guilel
sur les mœurs du Clinus argentatus. L’auteur insiste particu-
lièrement sur la ponte et sur les diverses manœuvres du mäle
pour en opérer la fécondation. — M. Emile Blanchard répond à
la note précédente en comparant les Clinus aux Épinoches, et
en faisant pressentir que la nidification chez les poissons n’est
pas un phénomène aussi rare qu’on l'avait cru. — M. Duchartre
présente une note de MM. Eg. Bertrand et B. Renault sur une
Algue permienne à structure conservée, trouvée dans le boghead
d’Autun, à laquelle les auteurs donnent le nom de Pila bibrac-
lensis. — M. Daubrée présente une note de M. de Grossouvre
sur la craie de Chartres, dont les fossiles indiquent une com-
munication ouverte entre le bassin de Paris et le bassin d’Aqui-
taine, vers la fin de l’époque cénomanienne.
Séance du 8 août — Note de M. À. Gaudry sur les Py-
thonomorphes de France, reptiles marinsde la craie, représentés
en France par deux espèces : le Liodon mosasauroïdes et le
L. compressidens. — Note de M. R. Lépine sur la production de
sucre dans le sang aux dépens des peptones. — Note de M. À.
B. Griffilhs sur la pupine, nouvelle substance animale extraite
des pupes de certains Lépidoptères. — M. Duchartre présente
une note de M. C. Sauvageau sur l’état coccoïde d’un Nostoc,
le N. punctiforme. Cet état serait un troisième mode non dé-
crit de propagation, par des éléments isolés ou Cocei. —
M. Duchartre présente une note de M. Hariol sur une Algue
qui vit dans les racines de Cycadées, le Nostoc punctiforme,
auquel il faut identifier d’autres espèces décrites comme dis-
tinctes, mais qui présentent exactement les mêmes caractères.
— M. Fouqué présente une note de M. Ch. Barrois sur la pré-
sence des fossiles dans le terrain azoïque de Bretagne. Ces
restes fossi es trouvés dans les phtanites de Lamballe, sont des
Radiolaires que l’auteur rapporte aux monospheridæ les formes
les plus primitives du groupe. — M. Gaudry présente une note
de M. Ch. Dupéret sur la découverte de silex taillés dans les
alluvions quaternaires à Rhinocéros Mercki de la vallée de
la Saône, à Villefranche. Ces silex peuvent être rapportés au
type moustiérien,
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G. MALLOIZEL. |
Le Gérant: Émre DEYROLLESSS
PARIS. — IMPR. F, LEVÉ, RUE CASSETTE, 11.
Dabor
27
Th
<
44 ANNÉE
Les premiers états de l'Erebia Melas, Hbst.
— lever à Paris des chenilles de Lépidoptères qui ne
fréquentent que les montagnes, vivant quelquefois près
pue neiges éternelles, est un fait qui ne se présente pas
“souvent au lépidoptériste d’abord et qui offre d’assez
is difficultés
_ ensuite.
J'ai eu, cette an-
née, la bonne for-
tune d'éviter ces
+
dernières et de
réussir l'éducation
de trois espèces
pyrénéennes, dont
“les premiers états
étaient inconnus.
- Ce sont : Erebia
melas Hbst., Botys
mitidalis Hein., et
Crambus digitellus
H >}
F DPcbia melas a
été capturée sur la
Peña blanca (terri-
foire espagnol) ;
Botys nitidalis et
Crambus digitalis
proviennentdes en-
rons de Bagnères-
de-Luchon.
C'est à M. Bra-
bant, auquel j'ai
déjà tant d'obliga-
tions, que je dois
avoir pu étudier
les premiers états
le ces espèces, dont
(Botys nitidalis)
ëést nouvelle pour
la France, puisqu'il
en voulu m’en-
yer de Ragnères-
-Luchon, où ila
séjourné pendant le
mois de juillet de
lannée dernière,
$ espèces si inté-
antes qu'il y à
urées. Je l'en
ercie bien vive-
ent,
De ces trois espèces, c’est assurément l’Erebia melas,
| mt je tenaisle plus à faire l’éducation. On sait que
bien peu de chenilles d’Erebia sont connues. Passant une
| _gre nde partie de leur existence sous la neige, dans les
| m Mäigres graminées des pentes montagneuses, elles sont
| 2 recherchedifficile ; bien moinsaisée encore est leur
éducation, et puis elle à si longue, qu’elle décourage
| Je es entomologistes les mieux doués de patience.
J'avais déjà tenté l'éducation de plusieurs espèces dont
j'avais recu desœufs de différents correspondants, J'avais
pu pousser les chenilles presque jusqu’à taille; mais,
|
|
LA
- LE NATURALISTE, 46, rue du Bac, Paris.
E
|
2° SÉRIE — N° 133
Fig.A. — Chenilles de : 1. Satyre Agreste, S. Sn 2. Satyre Silene, S. Circe;
- 3. Satyre Sylvandre, S. Hermione;
15 SEPTEMBRE 1892
pour une cause ou pour une autre, par accident ou par
négligence, je n’avais pas réussi à en faire chrysalider,
C’est ainsi que je possède les chenilles des Erebia me-
dusa, eme, stygne, æthiops, sans en avoir la chrysalide.
Et cependant, connaître le mode de chrysalidation
d’une Erebia était peut-être ce qui m'intéressait le plus
dans une semblable éducation.
On sait, en effet,
que les Satyres
n'ont pas voulu se
plier aux exigences
systématiques
d’une classification
généralement adop-
tée, et c’est bien à
contre-cœur qu'ils
se voient rangés
dans la section des
suspens,
Si en effet, dans
les genres Pararge,
Epinephele, Cœno-
nympha, nous vo-
yons la plupart des
chenilles se sus-
pendre pourse chry-
salider, il n’en va
pas de même dans
les genres bien plus
nombreux des Sa-
tyrus, Erebia et
Arge — Melanargia.
Dans ces genres,
les chenilles se
creusent une place
à la surface du sol,
ou se forment une
légère coque ter-
reuse,ou bien mé-
me se contentent
tout bonnement de
se coucher par terre
au premier endroit
venu, sur le dos, et
_ d'attendre ainsi la
chrysalidation.
Les espèces d’Ere-
bia dont on à ob-
servé et mentionné
le mode de chrysa-
lidation sont faciles
à compter :
Staudinger dit de
l'Erebia medusa v. Polaris: Die Raupen verpuppten sich in
einem leichten Gespinnst zwischen dem dichten Grase. Ent,
Leit., 1861,
Sandberg dit de l’Erebia lappona Esp.qu’elle se chrysa-
lide à ou sous la surface du sol.
Freyer dit de la chenille de l’Erebia æthiops Esp. :
wandelt sich an der Erde.
Le même dit de la chrysalide de l’Erebia ligea L. : Die
Puppe liegt frei auf der Erde und ist nicht angesponnen.
Enfin, de Graslin, qui a trouvé, dans les Pyrénées-
Orientales la chenille et la chrysalide de l’Erebia Pyrene
,,
4. Satyre Phœdra, S. Phœædra,
Ver-
Esp. = Stygne O., dit de cette dernière qu'elle est dé-
posée simplement à terre, sans être attachée,
Et c’est tout.
De ces différents modes quel est celui que l’Erebia
melas a adopté ? On le verra plus loin.
Autre question intéressante :
Il est à peu près certain que la plupart des chenilles
des lépidoptères qui vivent sur les sommets des mon-
tagnes ou dans les régions boréales hivernent plusieurs
fois avant de se tranformer en papillon. La durée des
beaux jours est trop courte à ces altitudes pour per-
mettre aux chenilles d'accomplir toute leur évolution
en une année.
On en a des exemples bien constatés chez les Saty-
rides.
Spécialement parmi les Erebia, la Medusa v. Polaris,
d’après Staudinger, hivernerait deux fois.
C'est également mon opinion sur la chenille de l’Erebia
melas. À voir le temps qu’elle a mis pour aboutir ici,
alors que ni la nourriture, ni la lumière, ni l’action
directe des rayons du soleil ne lui ont manqué, il ya
tout lieu de croire qu’elle vit au moins deux ans.
Cependant, je dois dire qu'une constatation expresse
dans les localités fréquentées par cette Erebia, pourrait
seule changer en certitude ce qui ne peut être qu'une
probabilité.
Les mœurs des chenilles d’Erebia sont sensiblement
les mêmes que celles des Satyrus. Au sortir de l’œuf, les
petites chenilles montent sur les brins d'herbe et y vivent
très souvent pendant longtemps. Quelques-unes même
y demeurent plusieurs semaines sans manger, en appa-
rence; elles y dessécheraient certainement, fouettées par
le vent ou grillées par le soleil, si les rosées et la frai-
cheur des nuits ne leur apportaient secours.
D’autres ne tardent pas à manger, dès le premier jour
même de leur naissance.
Comme la plupart éclosent dans les mois d'août et de
septembre, il arrive que celles qui attendent le mois
d'octobre pour pâturer un peu, sont surprises par les
froids et passent l’hiver toutes petites avant d’avoir
mué une seule fois; tandis que celles qui ont eu le bon
esprit de manger peu après leur éelosion, ont le temps
de grossir et de muer jusqu'à deux et trois fois.
Toutes descendent alors au pied des graminées, au
milieu des touffes, près du sol, et, la tête en bas, ce qui
paraît être leur position de repos habituel, même après
leur repas — singulier moyen de faciliter la digestion! —
elles restent à peu près immobiles et attendent le retour
de la belle saison. La neige les recouvre pendant des
mois sur les montagnes et les préserve des froids trop
vifs ou trop prolongés.
Sous l'influence des rayons de soleil printaniers, elles
se réveillent de leur engourdissement, montent encore
sur le sommet des brins d'herbe et se repaissent pendant
le jour. Mais, quand elles ont acquis une certainetaille,
elles changent d'habitude; de diurnes, elles deviennent
nocturnes, c’est-à-dire se cachent pendant le jour à la
base des graminées ou sous les pierres et montent sur
les brins d’herbe le soir et la nuit pour manger.
Quand elles sont tout à fait grosses, presque à taille,
elles ne se donnent plus la peine de monter sur les
graminées, dont les brins, tels que ceux des festuca, par
exemple, ne seraient pas assez forts pour supporter leur
poids et fléchiraient ; elles se contentent alors de ram-
per sur les tiges couchées, au sein des touffes, se com-
2 LE NATURALISTE
portant en cela comme de véritables
Agrotis par exemple.
noctuelles, des
hong paemm 4
de M eg ann
sé
= + res
Fig. B. — Chenilles de : 5. Satyre Bacchante, S. Dejanira}
6. Ertbe Lygée, E. Lygæa; 1. Erèbe Méduse, E. Médusa
Lorsque vient l'époque de la nymphose, leurs couleurs
se ternissent, leurs premiers segments se gonflent; ell
cherchent alors un endroit approprié pour se chrysa
lider; mais elles ne vont pas loin et ont bien vite fait
choix d'un emplacement, car leurs mouvements sont
d'une extrème lenteur; ce sont des chenilles "4
vement paressuses.
J'ai indiqué plus haut les divers modes de chrysal li
dation des Erebia.
En ce qui concerne spécialement l’£rebia Melas, m
ce que j’ai observé :
Sur deux chenilles que j’ai laissées se chrysalider, le
a fait à la surface du sol, au pied de la graminée
l’avait nourrie, une sorte de coque composée de quelque
grains de terre clairsemés et reliés entre eux gros
ment par un tout petit nombre de fils de soie : cett
nille m'a donné une Melas ©. : 1
L'autre s’est mise au sein même de la touffe de gram
née, a disposé quelques fils pour maintenir les bi
— d'herbe et s’est placée la téte en haut. Elle attendait ainsi
D 1 chrysalidation lorsque je l’ai dérangée, par mégarde,
et l'ai obligée à se chrysalider ailleurs; elle s’est alors,
après quelques tàtonnements, couchée sur le dos, dans
une petite cavité du sol, a tendu quelques fils au-dessus
d'elle pour fixer de petits grains de terre et de petits
brins d'herbe, puis s’est chrysalidée. Elle m'a donné un
_ mâle.
La chenille de l’Erebia melas se chrysalide donc de la
mème facon que l’a indiqué Staudinger pour la Medusa
“0. polaris, Millière pour la Melanargia syllius Hbst,=— Psy-
che Hb., et comme certains satyres, tels que Circe, Bri-
—seis, Semele, Fidia, etc. (De Marloy, 1838).
— loïci maintenant la description succincte des premiers
È états de cetté Erebia :
{ Œuf. — Subconique, tronqué au sommet, arrondi à la
base. Surface présentant des dépressions irrégulières au
sommet et des cannelures longitudinales (30 à 32 à la
Périphérie), avec ellipses intercostales visibles à la loupe,
mais très peu marquées, côtes à peine saillantes. Couleur
blanc jaunâtre, devenant d’un ocracé pàle, puis d’un
… brun violet.
# La femelle ne colle pas ses œufs après les brins
— herbe, elle les sème parmi les touffes. Ils éclosent
18 à 20 jours après la ponte. Pondus 1% août 91, éclos
19 août.
—… Chenille. — Au sortir de l'œuf, la chenille de Melas est
“d'un gris sombre un peu ardoisé, violet; tête un peu
moins sombre, dorsale, sous-dorsales et lignes latérales
visibles en plus foncé; trapézoïdaux noirs avec poils
“blonds ; tête, fortement granuleuse, sans points noirs;
poils raides, mutiques, à l’anus et deux placés latéra-
. lement.
| Le teint s'éclaircit après que la chenille a mangé, ou
plutôt aspiré le suc de l’herbe ou l'humidité de la terre;
| elle ne tarde pas ensuite à attaquer les brins d’herbe et
mange beaucoup, le plus souvent le soir.
Cette Frebia n'a mué que trois fois. La première mue a
[eu lieu à partir du 41 septembre : quelques chenillesont
Core mué à partir du 15 octobre. Après l’hivernage,
“les plus avancées ont mué pour la troisième fois au
“commencement de mai 92, et se sont chrysalidées vers
1824 juin; les autres ont mué pour la deuxième fois à
fin d'avril et pour la troisième fois dans le courant de
uin. Vers la fin de juillet, elles étaient prêtes à se chry-
ider à leur tour.
| “A taille, cette chenille est d’un gris argileux légère-
ment teinté de vineux, avec le dos garni de mouchetures
nes; la région latérale un peu carénée est jaunûâtre.
le, la ligne dorsale est bien marquée, large et d’un
nnoirâtre, les sous-dorsales doubles sont plus fines,
férrompues aux incisions et un peu obliques sur
que segment. Une autre ligne brune souligne la ca-
é latérale, La tête est brune, très granuleuse et héris-
sée.de nombreux poils courts et raides, d’un brun roux;
les stigmates sont petits et noirs. Pointes anales très
courtes, mutiques. Aux deux premiers âges, la jeune che-
nille paraît rase, sans poils ; au troisième et au quatrième,
elle est garnie de petits poils courts, raides et noirs,
| Cette chenille est d’ordinaire courte et ramassée sur
elle-même, mais quand elle s’allonge, elle mesure
50millimètres environ de longueur sur 5 d'épaisseur.
| … Clrysalide. — La chrysalide de Melus est d’abord verte
| aux ptérothèques et d’un vert velouté teinté de rou-
|
L
|
geâtre vers l’extrémité abdominale. Plus tard, cette cou-
“
LE NATURALISTE
213
leur se trouble et les ptérothèques deviennent blan-
châtres, d’un blanc laiteux, puis noirâtres avec des taches
fauves transparentes. Elle est de la forme habituelle aux
satyrides, un peu moins ovoide cependant; le premier
stigmate n'offre pas non plus ce développement exagéré
que l’on constate sur la chrysalide de certains satyres;
ilest à peine marqué.
Quant à l'extrémité anale, elle est élargie, coupée car-
rément et ne porte ni poils ni crochets,
Chrysalidation, 24 juin 92; éclosion du papillon, 5 juil-
let.
P. CHRÉTIEN.
LA MOUCHE PARASITE DES CRIQUETS
(Acridium peregrinum)
MOYEN DE LA PROPAGER EN ALGÉRIE
À la suite de la publication de nos notes. pour servir à la
destruction des Sauterelles en Algérie et en Tunisie (le Natu-
raliste, 15 juillet 1892), nous avons déjà recu un grand nombre
de lettres provenant d'Algérie, de Tunisie et même de France,
se résumant par la demande de renseignements complémen-
taires : :
1o Sur le nombre approximatif d'œufs de Criquets qu’on
pourrait ramasser, et la dépense exigée pour cette première
opération;
20 Sur le mode à employer pour l’enfouissage des œufs, à
mesure du ramassage; le prix de revient pour ce travail, l’en-
tourage du champ d'expérience, avec les appareils cypriotes,
et l'extermination des jeunes criquets.
En consultant le rapport officiel adressé à M. le gouverneur
général d'Algérie par M. Künkel d'Herculais, chargé de mis-
sion en Algérie, nous constatons que le nombre de Criquets
pèlerins aïlés, détruits (en 1891) à leur arrivée dans les trois
provinces de l'Algérie, à été d’environ 1,312,058 doubles déca-
litres.
Malgré cette hécatombe de Sauferelles, un grand nombre
d'elles trouvent moyen d'échapper au massacre et commencent
la ponte sur une étendue d'environ 170,196 hectares ; de nom-
breux ouvriers sont employés à la recherche des œufs, partout
on bouleverse les gisements par le labourage, le piochage, etc.,
et on ramasse 540,146 doubles décalitres d'œufs de criquets,
qu’on s’empresse de détruire; le prix moyen du ramassage a
été payé 1 fr. 50 par double décalitre d’œufs.
Nous croyons devoir rappeler le résultat de nos éducations
faites avec les œufs de criquets provenant de Biskra (1889),
1994 et 1892); chaque année, nous avons constaté la présence
d’une larve de Diptère parasile, de la tribu des Muscides, qui
dévore les œufs de criquets dans une proportion qui varie de
45 à 25 0/0. Cette mouche, aujourd’hui bien connue, a été si-
gnalée également par MM. Künckel d’Herculais, Charles Bron-
gniart et autres savants, dans d’autres localités d’Algérie.
Nous ne saurions trop insister sur l'importance de cette
découverte et l'utilité de multiplier ce parasite en faisant éclore
des œufs de criquets à mesure du ramassage, comme il sera dit
plus loin. L’imagination se refuse à calculer le nombre d'œufs
dacridiens contenus dans 540,746 doubles décalitres, et ce qu'il
eût été possible de faire éclore de milliards de mouches para-
sites, si, en 1894, au lieu de détruire les œufs des Sauterelles
après le ramassage, on eût enfoui les œufs pour obtenir la
naissance de ces précieux ennemis des criquets ; nous rappel-
lerons, en outre, que chaque femelle de ce Diptère pond en-
viron 300 œufs, et que chaque larve dévore plusieurs œufs
d’acridiens avant de se métamorphoser.
L’enfouissage des œufs peut se faire à la charrue attelée d'un
cheval, mulet ou âne; il suffit d'ouvrir un sillon d'environ 12 à
13 centimètres de profondeur et d'y répandre les œufs, comme
on le ferait pour ensemencer une récolte quelconque. Le seul
point essentiel est de s'assurer que les œufs sont recouverts
d’environ 6 à 8 centimètres de terre.
Cette opération nécessite trois personnes et un cheval ponr
enterrer 5,000 doubles décalitres d'œufs par hectare en deux
ou trois jours; en ajoutant les frais nécessités pour la clôture
et l’extermination des jeunes criquets dans le champ d’expé-
rience, la dépense ne dépasserait pas 15 à 20 francs par hec-
tare (pour enfouir 5,000 doubles décalitres d'œufs) et obtenir
des milliards de mouches, qui se chargeront de dévorer les
pontes d’Acridiens les années suivantes.
Nous ferons remarquer que le ramassage des œufs, qui
donne de si bons résultats, étant adopté dans tous les pays,
les frais complémentaires, pour faire éclore les parasites,
deviennent insignifiants, par rapport aux résultats considérables
à obtenir. Nous espérons qu’il est inutile d’insister davantage
sur l'utilité d'appliquer au plustôt ce procédé, dans l'intérêt de
la lutte engagée contre les criquets pélerins, qui, à en juger
par les renseignements recus pour 1892, n'est pas près de finir!
Le Stauronotus Maroccanus (Thunberg).
Nous ne saurions trop insister sur l'utilité de développer le
Crapaud, comme nous l’avons indiqué dans une précédente
étude (Les Acridiens, leurs invasions, moyen rationnel de des-
truction, Bulletin de la Société d’acclimatation, 5 décembre 1891),
dans les parties montagneuses et les hauts plateaux d'Algérie
et de Tunisie, régions spéciales où se reproduit le Slawronotus
Maroccanus.
Le Crapaud pond des milliers d’œufs, vit trente ans, ne se
nourrit que d'insectes ; nous nous sommes assuré qu'il dévore
avec un égal plaisir les sauterelles adultes, comme celles à
l’état larvaire; lorsque la nourriture est abondante, il en ab-
sorbe le sixième de son poids par vingt-quatre heures; si elle
lui fait défaut, il résiste plusieurs mois sans manger; comme il
ne chasse que la nuit, il peut supporter les plus grandes cha-
leurs en s’enterrant pendant le jour; de plus, il n’a presque
pas d'ennemis.
En surveillant chaque année l'entretien des mares et la nour-
riture des jeunes tétards, pendant leurs métamorphoses (envi-
ron deux mois depuis la ponte), on obtiendra, en quelques an-
nées, des millions de crapauds, qui détruiront les Acridiens
sous toutes les formes et empêcheront, pour l'avenir, ces mul-
tiplications excessives qui les forcent à essaimer vers les ré-
gions cultivées.
Sans cette précaution, il faut s’attendre à voir reparaître
fatalement le S{awronotus Maroccanus, d'ici quelques années,
et à recommencer les frais de toutes sortes, supportés de 1884
à 1890, c'est-à-dire un bon nombre de millions de francs.
Decaux.
QUELQUES ALIMENTS DE FANTAISIE
Les aliments de fantaisie sont à la mode pourvu
qu'ils... viennent de loin : l'Amérique ou le Japon ou
toute autre terre extra-européenne. Le cerfeuil bulbeux
n’a réellement pris, que du jour où on a affirmé qu'il
avait été rapporté de Chine par le capitaine de vaisseau,
plus tard, l’amiral Cécile. Les exemples à l'appui sont
nombreux et on pourrait en citer bien d’autres.
Nous voulons rappeler quelques plantes indigènes, qui
ne serontjamais, il est vrai, des légumes courants, mais
qu’il n’en est pas moins intéressant de connaître.
Quel est l'enfant, dans l’est de la France, qui ne s’est
amusé à déterrer, après ou même pendant les heures
d'école, les gros tubercules du Marcusson, du Macuyon ou
du Marcou : tels sont les noms sous lesquels on désigne,
en Champagne, les parties souterraines fortement ac-
crues du Lathyrus tuberosus. Était-on heureux quand,
après de nombreux efforts, armé d’un couteau ou d’un
bâton, on croyait être arrivé à un plein succès; puis.
tout cassait, Le tubercule, objet des convoitises, restait en
terre, et on restait piteusement avec la tige dans la main.
Au mois de mai dernier, nous rappelant ce bon temps
de notre jeunesse, nous renouvelions nos tentatives
d'autrefois, et nous arrivions au même résulat.
Le Lathyrus tuberosus orne de ses jolies fleurs roses et
odorantes, la lisière des bois, les moissons où ses tiges
grimpent volontiers le long des chaumes. C’est sous ce
rapport une plante dont nous avons déjà plusieurs foi-
LE NATURALISTE
recommandé l'introduction dans les jardins; mais,
comme toujours, il est certain que nous avons prêché «
dans le désert.
L’extrémité des
racines très gré-
les qui s’enfon-
cent profondé-
ment dans le sol
est terminé par
des tubercules
noirs gorgés de
fécule. Crus,leur
saveur légère -
ment sucrée est
peu agréable;
mais soumis à
la cuisson et
bouillis; on les
mange avec as-
sez de plaisir. |
C’estau milieu
des moissons é-
galement que
l’on a chance de
rencontrer les
gros tubercules
arrondis, attei-
gnant les dimen-
sions d’une gros-
se noix, du Terre-
noix, le Bunium
Bulbocastanum
des botanistes.
Avant la florai-
son on recon-
nait facilement
la place où il se
trouve, grâce à
la présence des feuilles découpées, disposées en ro:
sette à la surface du sol. C’est vers le mois d’avril et de
mai que les tubercules ont atteint toute leur grosseurs
Est-ce vraiment agréable à manger? ce serait exagéren
que de répondre affirmativement. Mais, enfin, on peub
bien de temps à autre déroger à la re journaliè
et se charger la conscience ou mieux l’estomac d’un
mets nouveau, quitte à ne pas renouveler l'expérience:
Ceci me rappelle un pauvre diable, qui, désirant con:
naître beaucoup de choses, n’avait pas hésité à manget
des sauterelles d'Algérie conservées dans la saumure |
il en mangea mais. il ne recommenca pas. Il est bien
entendu qu'il n’y a là aucune allusion au Bunium € di
sera certainement goûté avec plaisir. $
Le Terre-noix est un ami de la craie et quitte peu vo-
Jontiers l’est et le nord. Dans l'ouest, il est remplacé pat
une ombellifère analogue qui se rencontre à foison
la lisière des bois et des prairies sèches. C’est le C
podium denudatum, facilement reconnaissable à
tiges peu rameuses ne portant pas trace de feuilles à le
base. La racine présente un tubercule plus petit, q
dans la plante précédente et que les enfants rechercl
avec la même ardeur.
Dans la région méditerranéenne et en Algésie 0
usage de la même manière des Bunium incrassaltum, à
Bércule souvent plus gros qu’une noix et Macuca cuil
dépasse guère le volume d’une noisette.
3e So ho GC her nié dr F0 Lr d
à 2 Mis cu,
Fig. 4. — Lathyrus tuberosus.
|
LE NATURALISTE
Fig. #. — Œnanthe pimpinelloides.
19
(2x
Fig. 5. — Œnanthe peucedanifolia.
216
LE NATURALISTE
Toutes ces ombellifères recherchent les lieux secs;
d’autres au contraire se complaisent aux prairies hu-
mides, ce sont les OEnanthe. Il ne faudrait pas les prendre
au hasard, car une espèce de ce genre, l’OEnanthe crocata,
abondante aux bords des rivières de l’ouest recèle dans
ses racines un poison redoutable, qui a souvent fait des
victimes, Il est d’ailleurs facile de la reconnaître à ses ra-
cines qui laissent écouler un suc safrané quand on les
brise, Il n’en est pas de même des OEnanthe pimpinel-
loides et peucedanifolia. Dans la première de ces es-
pèces, la racine est formée de fibres grêles, très allon-.
gées etrentrés brusquement vers leur extrémité inférieure
en un tubercule généralement arrondi qui se termine
par une fibrille ténue: dans l’autre, les fibres sont renflées
dès leur base en tubercules fusiformes terminés par
une longue fibre. Toutes deux ont une saveur qui rap-
pelle un peu celle du Panais et n’a rien de désagréable.
On retrouve sensiblement identiques les caractères de
l’'OŒnanthe peucedanifolia, dans V’OE. silaifolia qui a été et
est encore fréquemment confondu avec lui. Ces deux
dernières plantes se recontrent dans toutes les parties
de la France; quant à la première, elle est plus localisée
et recherche exclusivement les régions de l’ouest et du
midi en s’avancant jusqu’en Sologne,
Nous le répétons encore une fois, ce sont là des lé-
gumes de pure fantaisie, dont la récolte amuse les en-
fants et dont la culture, la recherche et la dégustation
sauront certainement amuser les amateurs... de grands
et bons enfants, eux aussi.
P. Harior.
L'ORNITHORHYNQUE
On peut dire avec Brehm que l’ornithorhynque est le
plus extraordinaire des mammifères vivants qui a long-
temps occupé naturalistes et profanes, Ses mœurs sont
peu connues aussi.
Combat d’Ornithorhynques mâles. Croquis humoristique.
Il existe chez les mâles un organe dont les fonctions
n'ont pas encore été définies : c'est l’éperon situé aux
deux pattes postérieures. C’est d’après certains auteurs
un organe servant à faciliter l’accouplement, suivant
d’autres c’est une arme de défense. Cette dernière hypo-
thèse pourrait bien être vraie, Lorsque deux mâles se
battent, ils se roulent, dit-on ou suppose-t-on, et il est
vraisemblable qu'ils doivent se servir de leur éperon,
qui paraît une arme redoutable vu la taille de l'animal.
Un de nos collaborateurs nous adresse le dessin &i-
contre, dessin peut-être un peu fantaisiste. Il nous de-
mande pourquoi les ornithorhynques ne se battraient
pas comme le représente son croquis. La queue est
large, pourvue de poils rudes, cet organe aurait certaine-
ment la force de les supporter ainsi, lorsqu'ils lance-»
raient les pattes postérieures, droite ou gauche, dans
l'abdomen de l'adversaire, semblables à deux champions
donnant une séance de savate. Nous livrons cette théo-
rie à la perspicacité de nos lecteurs; cette théorie est
peut-être vraisemblable, mais nous n’en acceptons pas la
responsabilité.
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G. P.
——
DESCRIPTIONS DE LÉPIDOPTÈRES NOCTURNES
malt
LR
Oxydia Dognini, n. sp. — c* 46 millimètres, ailes d’un
gris testacé, avec la frange concolore. Un point central
noir aux quatre ailes, visible également en dessous. Près de
l’apex des supérieures, on voit à la côte une tache échancrée,
longue de 3 millimètres, grise au centre, puis plus foncée, et
enfin bordée de noir. À 5 millimètres de la base, on voit sur
le bord interne une petite tache grise. De la tache subapicale
partent deux lignes très ondulées marquées, la subterminale,
d'un point jaune sur chaque nervure et aboutissant à Une
petite tache orangée au bord interne, la terminale composée
de points gris ombrés de brun et longeant le bord externe. Ces
deux lignes se répètent aux inférieures. Dessous gris, picoté den
brun, avec les deux lignes subterminale et terminale comme
en dessus; mais on ne voit ni la lache subapicale, ni les deux
taches du bord interne. Tibias inférieures très renflés, antennes.
picotées de brun et de blanc, Corps concolore.
Pérou. — Ma coll. — Dédiée à M. P. Dognin.
Fidonia Opulenta mn. sp. — c* 22 millimètres. Antenne
pectinées. Ailes brun de terre, aux supérieures quelques taches
noires salissent le disque et la partie avoisinante de la cÔtC
Une rangée subterminale de points métalliques aux quatre
ailes, suivie d’une ligne également métallique précédant la
frange qui est brune. La côte des inférieures est d’un blanc
soyeux. Dessous des quatre ailes brun, sauf la base qui Est
plus päle. Une brosse de poils bruns garnit le bord interne
des supérieures, en-dessous. Corps brun foncé en- dessus en
plus pâle en-dessous.
Cette espèce est du groupe de « Riofrio » Den.
Pérou. — Ma coll.
Scordylia V. album, n. sp. — G*28 millimètres. Ailes
supérieures noires, y compris la frange. La base des ailes 1
brune. Deux taches orange se voient sur ces aïles, la premières
paralléle au bord interne, est très large. Elle part de la |
{il
F4
tout près de la base, et, traversant toute l’aile, vient abouti
à 2 millimètres du bord externe, pas loin de l’angle inter
La seconde, très mince, part de la côte (sans l’atteindre cepens«
dant) à 7 millimètres de l’apex. Elle n’a que 4 millimètres K: |
long et est parallèle à la première. Aïles inférieures brunes
Ja frange et la région qui l’avoisine plus foncées que le reste
Dessous des supérieures noir, sauf la côte, l’apex et la moitié
supérieure du bord externe, qui sont bruns. Les deux taches.
orange se retrouvent également, on voit enfin un trait blanc,
partant du tiers supérieur de la côte, et une ligne de même
couleur longeant une partie du bord externe. Frange noire
Dessous des inférieures brun avec trois lignes blanches, une
à la base, presque droite, partant du bord abdominal et nat”
teignant pas la côte, la seconde très anguleuse en forme de V,
allant dû milieu du bord abdominal au milieu de la côte, là
Fe dernière arrondie suit la frange à deux millimètres. On voit
“également un trait blanc sur le disque. Frange brune, corps
brun, pattes blanches annelées de noir.
- Guatémala. — Ma coll.
—Herbita ? capucina, n. Sp. — c* 40 millimètres. An-
tennes presque filiformes; corps et ailes gris, uniformément
Striés de brun, un petit point cellulaire à chaque aile. Aux
supérieures se voient trois lignes brunes, ombrées extérieure-
ment de gris pâle : la première presque droite partant de la
côte près du point cellulaire et descendant au bord interne;
1 la deuxième partant de la côte à 7 millimètres de l’apex,
rejoint presque le bord externe, puis, changeant brusquement
de direction, forme un angle aigu, traverse toute l’aile et va se
miérminer vers le milieu du bord interne; la troisième enfin,
“partant de l’apex, croise l’angle de la seconde ligne et longe le
bord externe jusqu’à l’angle interne. Aux inférieures se voient
deux lignes droites, qui sont la continuation de la deuxième cet
# de la troisième des supérieures. Frange brune. Dessous un
“cu plus pâle, avec la frange brune. On aperçoit aux supé-
—ricures des traces de la seconde ligne (l’anguleuse), Tibias des
— postérieures un peu renflés.
Pérou. — Ma coll.
—. Azelina Contorta, n. sp. — (32 millimètres. Antennes
lécérement crénelécs. Aïles d’un ochracé pâle, avec les angles
peu près comme chez « brantsiata » snell. Supérieures tra-
versées par deux lignes brunes ombrées de blanc, la première
presque droite, partant du milieu de la côte, passe intérieure-
v
bord'interne. La seconde ligne part de la côte à 5 millimètres
“de lapex, vers lequel elle se dirige d’abord, puis changeant de
direction à angle droit, elle forme ensuite un arc très prononcé
“et vient finir au bord interne tout près de l'angle interne. On
oit un petit point cellulaire noir aux quatre ailes. Entre l’apex
“des supérieures et la dent du bord externe, se trouve un petit
joint noir qui réapparaît en dessous. La première ligne des
upérieures se continue aux inférieures, formant un grand V.
lle part du milieu de la côte et vient aboutir aux deux tiers
bord abdominal, après avoir passé près de la queue, qui
tdentelée et marquée de brun et de blanc. Frange brune,
vec lextrémité blanche. Les quatre ailes, tant en dessus
Wen dessous, sont inégalement striées de brun. Dessous peu
lifférent du dessus, avec le bord interne des supérieures blanc.
outes les lignes se voient, mais la seconde ligne des supé-
Cidaria Tima, n. sp. — * 44 millimètres. Antennes
èsque filiformes. Ailes supérieures rouge vineux très foncé,
ent de la côte, la dernière près de l’apex et se réunissent à
itié de leur parcours, pour se séparer ensuite et finir à
ngle interne. La septième ligne n’est qu’un petit trait par-
ant de l'apex et venant bientôt se fondre avec la sixième. Les
ignes 3 à 6 sont en zigzag et formées d’ondulations plus ou
dins étendues. La frange est noire, et, immédiatement avant
"on voit un point clair à l’extrémité de chaque nervure. In-
meures grises à la base, tout le reste des ailes a une légère
éinte rouge brique chatoyant Frange noire, sauf deux petites
hes blanches à l'apex, Thorax verdâtre, corps gris, avec
eu du bord externe, mais sans atteindre ce bord. Infé-
res grises, avec une ligne plus foncée longeant le bord
inc de l’apex à l'angle anal, l’espace compris entre cette
e et la frange est noir, sauf deux points blancs, un à l’a-
pex et l'autre un peu au-dessous. Dessous du corps gris. Pattes
grises, plus claires aux jointures.
_ Pérou. — Ma collection.
“Urapteryx Hilaris, n. sp. — c* 35 millimètres. Antennes
filiformes. Ailes d’un blanc légèrement teinté de jaunâtre. An-
témieures avec deux lignes et un trait discoïdal brun, la pre-
mière ligne oblique part de la côte près de la base et va abou-
tir vers le milieu du bord interne, la deuxième droite part un
peuau-dessous de l’apex et rejoint directement le bord interne,
à millimètres de la première. Inférieures avec une seule ligne
droïte traversant l'aile de part en part et une petite queue mar-
quée d'un point noir. On voit aussi une ombre subterminale
envigzag commune aux quatre ailes, et un point brun sur cha-
LE NATURALISTE 21
|
cune des nervures, précédant cette ombre. Enfin la côte et le
bord des ailes sont finement striés de brun. Frange brune.
Dessous des quatre ailes blanc, légèrement picoté de brun à la
côte et aux bords, avec la frange brune et les lignes du des-
sus très vaguement marquées. Dessus du'corps blanc jaunâtre,
dessous blanc ainsi que les pattes.
Pérou. — 2 1, ma collection.
Drepanodes Valeria, n.sp. — ©* 38 millimètres. Antennes
pectinées. Aïles brun foncé, les supérieures à apex falqué, les
inférieures légèrement proéminentes au milieu du bord externe.
Une ligne extrabasilaire un peu arrondie se voit à la base des
supérieures, elle est suivie (après le point cellulaire) d’une
ombre plus foncée que ïe fond, droite, traversant toute l’aile,
enfin on voit une subterminale partant de la côte près de l’a-
pex, où elle forme un angle et vient aboutir au bord interne à
2 millimètres de l'ombre médiane. Une ligne droite traverse le
milieu des inférieures, mais elle disparaît avant d’atteindre la
côte. La frange est un peu plus foncée que les ailes. Dessous
brun, avec des stries plus foncées, mais sans aucune trace de
lignes, corps concolore.
Pérou. —-ma collection.
Nipteria Impuncetata, n. sp. — c* 42 millimètres. An-
tennes pectinées. Ailes supérieures gris brun, avec la frange
semblable. Une première ligne, plus foncée que le fond, part
de la côte à 8 millimètres de la base et va tout droit rejoindre
le bord interne. Une deuxième ligne de même couleur part de
la côte à 7 millimètzes de l’apex. Elle est d’abord légèrement
courbée mais devient droite ensuite et vient aboutir au bord in-
terne. Elle est parallèle à la première ligne, sauf dans le
haut. Aïles inférieures gris clair, avec le bord interne et la:
frange un peu plus foncés. Les quatre ailes sont sans point ou
trait cellulaire; corps gris brun. Dessous des ailes gris brun
uni, un peu plus pâle que le dessus; la deuxième ligne seule est
apparente aux supérieures, ct, aux inférieures, on voit une ligne
longeant le bord externe, à 4 millimètres de distance, qui
n’existe pas en dessus, Cette ligne est arrondie.
Pérou. — Ma collection.
Nipteria Panacea, n. sp. — c* 38 millim. Antennes pec-
tinées, ailes gris clair, frange semblable. Aux supérieures, un
point gris foncé sur chaque nervure forme une ligne droite
partant de la côte à 4 millimètres de l’apex et aboutissant au
bord interne, à 4 millimètres de l’angle interne. Un large trait
gris ferme la cellule. Inférieures gris clair uni, le point cellu-
laire est à peine indiqué. Dessous gris, paraissant plus foncé”
que le dessus, parce qu'il est picoté d’une infinité de petits
points bruns, sauf l’espace avoisinant le bord interne des supé-
rieures, qui est blanchätre. Un trait cellulaire plus foncé aux
quatre ailes. Une ligne de points comme en dessus va de la
côte des supérieures jusqu’à la moitié de l'aile, puis réapparaît
aux inférieures, où elle est courbe, et les traverse entièrement.
La distance entre cette ligne ct la frange, aux quatre ailes, est
de 4 millimètres. Franges grises.
Equateur, ma collection.
Nipteria Valens, n. sp. — c* 50 millimètres. Antennes
noires, pectinées. Corps et ailes supérieures semblables comme
dessin ct couleur à Genusa albifascia Mssn.; mais, tandis que
les inférieures sont blanches, avec une large bordure noire
chez Albifascia, elles sont blanches, de la base jusqu’au milieu
de l’aile, dans mon espèce; puis vient une bande noire, suivie
d’une blanche, et enfin une bordure noire. La côte est noire.
Cette disposition se retrouve en dessous.
Pérou. — Ma collection.
Nipteria Panopea, n. sp. — © 51 millimètres. Antennes
noires, pectinées. Corps gris en dessus, blanc en dessous. Ailes
supérieures gris soycux, avec un large espace blanc sale, com-
mencant à 10 millimètres de la base et s’arrétant à 8 milli-
mètres du bord externe. Cet espace blanc n'atteint pas la côte ;
il est entouré d’une bordure grise un peu plus foncée que le
fond des ailes. Enfin, on voit un liséré subterminal gris très
clair, qui longe le bord externe. Inférieures blanches, avec
une bordure grise de 6 à 7 millimètres, la partie qui entoure
le blanc est plus foncée que le reste. Bord abdominal gris,
franges des quatre ailes grises. Dessous des supérieures blanc,
légèrement enfumé à la base, côte noire, une large bordure
noire au bord externe, traversée par une ligne grisätre. Infé-
rieures blanches avec les nervures grises, côte noire, et une
lorge bordure noire au bord externe. Franges grises. Pattes
grises, blanches intérieurement.
Pérou. — Ma collection.
P. Tnrerry-Miec.
NOTICE
SUR QUELQUES ESPÈCES NOUVELLES D'OISEAUX
recueillies par M. J. Dybowski
dans le cours de son expédition à travers la région
de l’Oubanqui
M. J. Dybowski, dont tous les journaux ont annoncé le
retour en France, a rapporté avec lui quelques animaux vivants,
une grande quantité d’objets d’ethnographie, un herbier, des
minéraux, des Insectes, des Coquilles et de nombreuses dé-
pouilles de Mammifères et d’Oiseaux. Déjà auparavant, dans
le cours de son voyage d’exploration, ce hardi voyageur avait
fait parvenir au Muséum, à diverses reprises, de très intéres-
santes séries de roches, de plantes et d'animaux, de sorte que
nous possédons actuellement les éléments nécessaires pour nous
faire une idée de la constitution géologique, de la flore et de la
faune des régions comprises entre le Congo et le lac Tchad et
particulièrement de la région de l’Oubangui. fes collections de
M. Dybowski seront, dans quelques mois, mises sous les yeux
du public ; mais, en attendant, il m’a paru intéressant de signaler
quelques espèces nouvelles ou peu connues que j’ai rencontrées
en faisant l'étude des Oiseaux.
Je mentionnerai d’abord une Fauvette de la tribu des Cisti-
coles qui me paraît non seulement appartenir à une espèce nou-
velle, mais encore devoir constituer le type d’un genre nouveau
que j'appellerai Dybowskia et dont les caractères peuvent être
résumés dans la diagnose suivante : |
« Rostrum protractum, satis robustum, culminis parte ante-
«riore leviler incurvata; nares in fovea majuscula posilæ,
« membrana teclæ, parte inferiore rimain longitudinem apertæ;
«vibrissæ vix conspicuæ. Alæ convexæ, caudæ medium non
« attingentes, quarto quintoque remigibus subæqualibus, cæ-
« Leros superantibus; cauda protracta pennis strictis et valide
« gradutis. Pedes magni, larsis scutellatis, pollice robusto,
«unque magno armato. »
L'espèce type de ce genre, qui vient se wlacer à côté des
Prinia et des Burnesia, recevra le nom de Dybowskia kemoensis
et sera à son tour caractérisée en ces termes : « Dybowskia ke-
« moensis, n. sp. pallio isabellino rufo, alis rufo colore lim-
« balis, abdomine flavicante, rectricibus gradatis ante apicem
« album macula brunnea ornatis.
« Long. Lot. 0 m. 135; long. alæ, 0 m. 058; caudæ, 0 m. 075;
Larsi, 0 m. 021; rostri (culm.) 0 m. 015.»
Les parties supérieures du corps, les aïles et la queue sont
d’une teinte isabelle ou plutôt d’un roux vineux très clair, avec
les sus-caudales tirant au jaune paille nuancé de roux, les
pennes primaires et secondaires bordées en dehors de roux
marron vif, les pennes caudales ornées chacune d’une tache
terminale blanche et d’une tache ante-apicale noire. Ces taches
sont peu visibles sur les deux rectrices médianes, mais très
apparentes sur les rectrices latérales, an moins chez l'oiseau
adulte. La gorge est blanche, la poitrine et l'abdomen sont
teintés de jaunätre pâle, les sous-alaires ainsi que le bord des
pennes primaires et secondaires colorées en jaune un peu plus
vif; le bec est brun, avec la base de la mandibule inférieure
d'un blanc jaunûâtre ; les pattes, actuellement d’un brun clair,
étaient peut-être d’un ton rougcätre pendant la vie de l’oiseau,
et, d'après les renseignements consignés sur les étiquettes,
Piris était jaune chez le jeune et jaune tacheté de noir chez
l'adulte. J’ajouterai que, chez ce dernier, les teintes sont plus
vives et plus nettes que chez le jeune oùla queue est roussâtre
avec quelques traces seulement des taches terminales,
Cette description est prise d'après deux individus, un mâle
adulte (n° 803) et un mäle plus jeune (n° 716), tués tous deux
aux environs du Poste de la Mission sur le Haut-Kemo.
Comme je le disais tout à l’heure, le genre Dybowskia se
rapproche des Burnesia et des Prinia; mais il rappelle aussi
les Cisticola ordinaires par ses formes plus massives et son bec
robuste,
La seconde espèce sur laquelle j’appellerai l'attention est une
Xenocichla qui me parait différer de toutes les espèces actuelle-
ment connues et que je proposerai d'appeler Xenocichla Xa-
vieri en l’honneur d’un des frères de M. Dybowski. La Xeno-
cichla Xavieri se rapproche par son mode de coloration de la
X. nolala Cassin, mais est de taille beaucoup plus faible et n’a
pas, comme celle-ci, les pennes caudales tachées de jaune à
l'extrémité. En outre, chez le X, Xavieri les larges taches toutes
jaunes, qui sont si marquées dans l’autre espèce, ne sont repré-
LE NATURALISTE
sentées que par une tache jaunâtre, qui se prolonge en arrière
le long du sourcil. Le sommet de la tête et le dos sont d’un
vert terne, moins lavé de jaune que chez le X. nofata, et la.
queue présente une autre teinte, ses pennes étant d’un brun
rougeâtre avec l’extrème bord verdâtre. Les aïles offrent à
peu près la même couleur que la queue; elles sont toutefois un
peu plus verdâtres, les lisérés des pennes acquérant plus
d'importance. Sur toutes les parties inférieures du corps,
depuis la gorge jusqu'aux sous-caudales, règne une teinte jaune
serin qui se nuance de verdâtre sur les côtés de la poitrine et
sur les flancs et qui se retrouve également sur les plumes axil-
laires, sur les couvertures inférieures de l'aile et sur le bord
interne des rémiges et des pennes secondaires. Le bec, de
chaque côté duquel se prolongent de longues soies implantées
sur les bords, est noirâtre avec la mandibule inférieure d'un gris
plombé; les pattes sont de la même couleur que la mandibule »
inférieure, et, d’après les notes prises par M. Dybowski, l'iris
était gris brun.
La longueur totale du corps est de 0m,180; l’aile mesure
0m,087; la queue 02,090; le tarse 0",02( et le bec 0,019 le
long de l’arête supérieure. D :
C'est une femelle, prise à Bangui, le 1°" novembre 4891, qui M
m’a servi de type pour la description ci-dessus et qui constitue
jusqu’à présent le seul représentant de l’espèce.
à
4
(0
Ls
d
|
|
À suivre.)
E. OusraLer.
La Bouche et les Organes buccaux chez Les Arthropodes
Parmi les problèmes que fait naitre l’étude de la structure
des animaux, et que cette étude étendue aux comparaisons
permet quelquefois de comprendre, il en est un que l’on a, de
puis des années, considéré comme résolu et qui cependant wa
pas été posé avec des données suffisantes, 1
M. le Professeur Pouchet, en terminant l'an dernier son cours,
sur l’anatomie comparée des Arthropodes, a fait remarquer com-
bien étaient vagues et incorrectes les homologations qui ont été
entreprises par des auteurs de talent pour démontrer dans la sé“
rie des animaux articulés l'assimilation des appendices appelés«
pièces buccales.
L’idée de l’homologation devait s’imposer à l'esprit des sa
vants qui, frappés de l’unité de plan de structure des Arthro=
podes, devinaient que les appareils compliqués et disparates
de la bouche des Insectes devaient dériver de formes très
simples dessinées sous la complication apparente. Les efforts.
de démonstration ont certainement dépassé le but; l'idée pre
mière entrainait à une négligence regrettable du détail, la théo=
rie peut-être essentiellement exacte s’échafaudait sur des
exemples trop hâtivement admis et donnait ainsi le flanc à une
critique méritée. $
Dans la plupart des descriptions relatives à l’anatomic des
animaux crustacés on parle des pièces de la bouche; nulle
part on ne définit ce qu'il faut entendre par «la bouche » eh
cette indétermination entraîne déjà une suite d’erreurs dans
l'appréciation des analogies. Lorsqu'il s’agit des animaux sus
périeurs, on dit que la bouche est une cavité limitée latér
lement par les joues, en avant par les lèvres et dont la parti
profonde s'appelle arrière-bouche ou pharynx. L'emploi d
termes semblables pour l'anatomie des animaux 1nfériCurS 4
été critiqué, il faut cependant l’admettre sous peine de ré
diter la bibliothèque entière des ouvrages spéciaux de zoologie
Chez les Arthropodes il existe une ouverture buccale, cests
à-dire une ouverture déterminée à l'intersection de lPextrém
antérieure du tube digestif avec la paroi ventrale solide du
test. Dans le voisinage de cette ouverture on constate Lexis
tence d’un certain nombre d’appendices que l'on nomme piè
buccales, mais qui ne sont pas toutes essentielles au méêm
degré ni au point de vue anatomique ni au point de vue pl
siologique. 1
Dans une note présentée à la Société de biologie, M:
Professeur Pouchet à insisté sur les inconvénients de
fausse interprétation de la valeur morphologique des
pendices articulés, il a montré que dans la généralité des
thropodes une seule paire d’appendices pouvait être reconnue,
|
|
|
LE NATURALISTE
d'appendices est celle que l’on désigne sous le nom de mandi-
. bules.
Ce n’est pas à dire qu’on puisse les distinguer nettement
dans tous les types sans exception, mais ce sont les seuls ap-
pendices que l’on reconnaisse certainement dans les types
ayant un appareil buccal masticateur. En outre deux organes
ou pièces buccales impaires existent en même temps, ce sont
la lèvre supérieure ou labre, la lèvre inférieure pour laquelle
on devrait réserver le nom d’hypostome.
Savigny, le naturaliste qui a le plus étudié les pièces buc-
cales des Arthropodes, dit que la bouche est composée d'appen-
dices tels que le labre ou lèvre supérieure, les mandibules, les
“mächoires, la lèvre inférieure. Or les pièces qu’il appelle et
que Pon a appelé après lui lèvre supérieure et lévre inférieure
ne sont pas dans des rapports constants avec l’ouverture buc-
cale et de plus une partie des pièces dites de la bouche s’in-
sèrent souvent sur le thorax en dehors de l’espace limité par
insertion des lèvres.
Les dénominations telles que pattes-mâchoires, fausses
pattes, mandibules-chélicères marquent bien le vague de la
; nomenclature employée et permettent par suite tous les sys-
tèmes d’'homologations approximatives au cours d'une étude
de comparaison,
En admettant que les appendices appelés pièces buccales
aient la valeur morphologique d’autres appendices comme les
“pattes, il faut cependant définir la limite à partir de laquelle on
distinguera d’une part les pattes, d’autre part les pièces buc-
cales. Encore si l’on fait des recherches pour reconnaître cette
“limite adviendra-t-il que l’on pourra reconnaître d’autres carac-
tères distinctifs entre les deux systèmes d’appendices.
Les bords de l'ouverture buccale sont souvent accentués par
les épaississements detissu qui forment un bourrelet postérieur.
Ces bourrelets dont la forme est plus ou moins compliquée
peuvent être désignés sous la dénomination de lèvres. On com-
prend alors ce qu'il faut entendre par lèvre supérieure et par
Mère inférieure, et l’on évite la confusion qui résulte de l’emploi
des iermes labre, épistome, hypostome qui sont nécessaires,
| Ve est vrai, mais pour désigner d’autres organes.
…SHpposons que l’on soit convenu de ne pas considérer comme
des pièces buccales celles qui sont insérées en avant de lalèvre
Supérieure, et ordinairement d’ailleurs, on les appelle An-
Micnnes, on ne devra pas davantage considérer comme des
| pièces buccales celles qui sont insérées en arrière de la lèvre
| inférieure.
… Déjà sil s’agit de définir la lèvre inférieure en tenant compte
_ des zecherches anciennes, on s’apercoit que les tendances aux
* systèmes de comparaisons ont entraîné des erreurs. Savigny
: considère dans certains cas cette lèvre inférieure comme pou-
“xant résulter de la soudure des deux mâchoires de la deuxième
“paire; l'hypothèse n’a aucune valeur parce qu’elle repose sur
“une convention imaginée, celle de l’existence de deux paires de
“michoires. En fait, lalèvre inférieure existe généralement et ne
“semble pas résulter de la soudure de deux coxopodites. Elle est
MHrquée par un article impair ayant une signification différente
“de celle des appendices pairs plus ou moins rapprochés de la
ligne médiane. S'il est vrai que l’on puisse à cause de la figure
Symétrique de cette pièce la diviser par la pensée en deux piè-
Ces juxtaposées, il n'est pas moins évident en présence des
faits qu’elle est médiane et unique. Par sa position relativement
à la portion dite sternale de la carapace ventrale on peut con-
Sidérer la lèvre inférieure comme appartenant à un système
Squelettique épisternal ou même pharyngien.
…Linexacte définition de la lèvre inférieure a permis encore
À & autre manière l'adoption des théories d'homologation.
Quand il était nécessajre pour l'exactitude de la théorie de
ConStater l'existence du nombre classique des pièces buccales
Omconsidérait comme lèvre inférieure tout pièce impaire dessi-
méc en arrière des soi disant pièces buccales. C’est ainsi que
chezle Limule toutes les pattes sont des appendices buccaux et
que. la lèvre -nférieure est rejetée en arriére de ces pattes
ambulatoires. Il est vrai que chez certaines espèces un canal
longitudinal médian, dont les parois sont ciliées, s'étend de
ouverture buccale jusqu’à la base de la lèvre inférieure ; ceci
peut être constaté par exemple chez la Lygie, chez le Cyame de
la Mégaptère, mais on comprend qu’il soit important de ne pas
confondre ce canal buccal avec le sillon limité à la face ventrale
d'un crustacé par des appendices ambulatoires à coxopodiles
Tapprochés, comme par exemple chez les Apus.
(A suivre.)
Remy Sarr-Lour.
219
Suites à la Flore de France
DE GRENIER ET GODRON
(Suite.)
EUPHORBIACÉES A. Juss.
Euphorbia insularis Boissier ap. DC.
Prodromus, XV, pars II, p. 122 ; Cesati, Passerini e
Gibelli Comp... Ital., p. 241; Nyman Conspectus
fl. Europ., p.658; E. Hyberna Niv. F1. Cors., I,
p. 7; Moris F1. Sard.. UL, p. 458 ; Bertol. F7. Ital.,
V, p. 88. — Æxsice : Kralik, Plant. Corsicæ,
n° 778 {an Rostan Plantæ e Pedemontio n° 27?). —
Sect. Galarrhæi Boïss. (loc. cit., p. 113). — Souche
épaisse. Tiges (de 4-6 décim.) dressées, striées,
munies dans la partie supérieure de nombreux
ramuscules florifères. Feuilles minces, vertes en
dessus, plus pâles en dessous, subondulées à la
marge, à poils rares en dessus, pubescentes en des-
sous, les caulinaires sessiles, e/Ziptiques, obtuses,
atténuées à la base, {es ombellaires et les florales
largement ovales, ox ovales-orbiculaires, obtuses.
Ombelle terminale à cinq rayons une seule fois bi-
furqués ; bractées libres, jaunâtres, ovales, entières,
un peu embrassantes ; invoiucre caliciforme cour-
tement campanulé et velu intérieurement, à lobes
ciliés; glandes stipitées, semi-orbiculaires, arquées,
subruqueuses-denticulées ( « ruguloso-scrobicula-
tis » ) extérieurement ; tapsule globuleuse glabre, à
sillons peu profonds, à coques arrondies sur le dos
et couveries de tubercules cylindriques obtus, mu-
nies dans les sillons de petites verrues granu-
leuses; graines lisses, luisantes, petites, brunes,
opaques, ovales, déprimées au hile, munies d’une
caroncule stipitée, suborbiculaire (1). Plante à
odeur forte et désagréable (sec. Gillot). — Juin-
juillet.
Hag. — Corse : Le Pigno, les monts d’Oro,
Rotondo, Coscione, forêt de Melo (Grenier et Go-
dron, sub. nom. E. hybernæ) ; Bastelica (Revelière\,
col de Vergié près Valdoniello (de Marsilly) ; foréé
d’Aitone (herb. R. Reverchon) ; de Pie di Crocce au
mont Santo-Pietro (Gillot).
Aire géographique. — Sardaigne. — (Italie :
Piémont et Liqurie, sec. Cesati, Passerini et Gi-
belli ?).
L'Æ. insularis diffère de VE. Hyberna L. par les
feuilles, surtout les florales plus courtes et relative-
ment plus larges, les ombellaires plus courtes que
les rayons, les tiges munies dans leur partie supé-
rieure de nombreux ramuscules florifères, les
glandes de l’involucre verruqueuses-denticulées (et
non entières), les capsules plus petites granuleuses
dans les sillons, et surtout par les graines petites,
(1) Les graines ont été insuffisamment décrites par Boissier
qui ne parle (loc. cit.) ni de leur couleur, ni de leur petitesse
relative, et qui attribue à tort des graines ovales-rougeûtres
| (semine rufescenti ovato) à l'E. Hyberna L.
220
ovales-elliptiques d’un brun noirâtre (alors que
dans l'E. Hyberna, elles sont du double plus
grosses, sub globuleuses, d'un blanc jaunâtre ou
grisâtre. L'Æ. insularis a également un port assez
différent de celui de l'Æ. Æyberna, car il a un faux
air de l'Æ. dulcis L. ou mieux de sa sous-espèce
ÆE. Deseglisei Boiss. (1).
O8s. — Les caractères différentiels des graines
notamment sont des plus nets dans les Æ. insularis
et Æyberna, ainsi que nous avons pu le constater
sur nos exemplaires d'Æ. insularis de Corse et
dE. Hyberna d'Irlande, Indre, Cher, Puy-de-Dôme,
Aveyron, Aude, Pyrénées-orientales, Haute-Ga-
ronne, Hautes-Pyrénées et Portugal. Aussi ne pou-
voos-nous nullement partager l’opinion de MM. Ce-
sati, Passerini et Gibelli (Comp. #. Ital., p. 241)
qui, n'ayant, il est vrai, vu ni la plante de Corse, ni
celle de Sardaigne, et n’ayant trouvé aucune diffé
rence entre la plante de la Ligurie (et du Piémont?)
et des exemplaires de l’Æ. Hyberna d'Auvergne et
des Pyrénées, qui, en réalité, sont différents même
comme faciès, laissent entendre que les deux plantes
pourraient bien ne pas être distinctes spécifiquement.
Cette assertion nous amène à penser que la plante
de l'Italie septentrionale (Piémont et Ligurie) ne
serait autre que lÆ. Æyberna L. type, à moins
qu'elle ne rentre dans l'E. Canuti Parlai., des Alpes-
Maritimes, reconnaissable pourtant à ses graines
réticulées-rugueuses ou légèrement scabres (et non
absolument lisses) et à sa tlabréité presque com-
plète. Nous croyons donc ne devoir admettre l'Italie
continentale qu'avec doute dans l'aire géographique
de VE. insularis.
E. variabilis Cesati2r Bibl. Ital., tom. XCI,
p- 348, et Séirpes Italicæ rariores vel novæ, fasc. I,
cum icone; Boiss. ap. MC. Prodr. XV, pars I,
p. 158 ; Ardoino Æ{. des Alpes-Marit., p. 335 ;
Ces., Pass. e Gib. Comp... Ital., p. 245; E. Gayi
var. Salis #r Flora, ann. 1834. — Flora exsicc.
Austrio-Hungarica, n° 506. — Sect. Esulæ Boiss.
— Plante vivace de 2-3 décim., glabre. Rhizome
grêle, rameux. Tiges + grêles, dressées ou ascen-
dantes, munies à l'aisselle des feuilles supérieures
de ramuscules florifères. Feuilles uninervées, en-
tières, membraneuses, les inférieures obovales ou
elliptiques, Æ atténuées à la base et subpétiolées,
les supérieures plus longues, lancéolées, mais ob-
tuses, les ombellaires semblables aux caulinaires
supérieures, les florales libres, triangulaires-cor-
dées, obtuses où obtiuscules, parfois 2-3-lobées au
sommet, à lobes obtus. Ombelles à 4-5 rayons fili-
formes, simples ou une fois bifurquées; glandes
purpurines & cornes lonques et à marge externe
entière; styles longuement bifides plus courts que
(1) Cf, Rouy, Suites à la Flore de France, fasc. I, p. 168. —
L'E, Deseglisei existe également dans le parc de Montpensier
près Bourges (herb. R., A. Le Grand) et au bord des bois près
Wissembourg, Alsace (herb. R., Schultz et Winter. Herb.
norm., n9 143, sub. nom. E. dulcis).
LE NATURALISTE
l'ovaire, Capsule ovale, lisse ; graines ovales, lisses,
noirâtres, à caroncule conique. — Juin-juillet.
Ha. — Arpes-MaRiTIMES : Alpes des environs
de Saint-Martin-Lantosque (Boissier et Reuter,
Burnat).
Aire géographique. — Italie : Toscane, mon-
tagnes de Lari; Autriche : Tyrol méridional, Val
Vestino (Lerb. R, Porta).
L'E. variabilis ale port de l'Z. Taurinensis AN.
dont il est bien distinct par de nombreux carac—
tères, mais ses affinités sont avec l’Æ. Terraci-
na L. (1) et l'E Gayi Salisb. Il diffère de Æ. Ter-
racina par le rhizome grêle, les feuilles très entières,
les glandes de l’involucre à cornes plus courtes et
obtuses, non sétacées, les ombelles à rayons bien
moins bifurquées, les styles plus courts que l'o-
vaire, etc. Il se sépare de l'ÆZ. Gayi par les tiges
plus longues (2-4 décim. et non 5-10 centim.), plus
robustes, les feuilles florales de forme toute diffé-
rente, largement triangulaires-subcordées (et non
ovales ou oblongues), la capsule plus grosse, etc.
G. Rouy.
FORME CURIBUSE DE COLONES DE LA COCCINELER
A SEPT POINTS
Notre distingué collaborateur, M. le professeur Plateau,
vient de publier, dans les Annales de la société entomo-
LS
Forme curieuse de colonies de la Coccinelle à sept points
(1) L'E. Terracina est une plante très polymorphe et leswan
latifolia Boiss., relusa Boiss. ct angustifolia Lge sont rt
connues dans la région méditerranéenne occidentale. Mais ;
var. prostrala Boiss. Æl. orient. IV, p. 1123 (E. obliquala
Forskh, £. leiosperma Sibth cet Sm.), E. Alexandrina, Del,
E. prostrala Boiss. olim), de la Grèce, à l'Egypte et l'Arabie
n'avait pas encore été trouvée dans l’ouest de l'Europe: Il *
recu de M. Gaston Gautier, en 1878, un Euphorbia D |
qui n’est autre que cette si curieuse variété, à tiges très 208
LE' NATURALISTE
221
i logique de Belgique, une note sur une forme spéciale de
colonies temporaires de la Coccinelle à 7 points (Cocci-
… nella septempunctata). Nous reproduisons ci-contre la
; figure qui accompagne cette note et qui donne une idée
% exacte des colonies en question. Les individus étaient
2. rassemblés en groupes serrés, comprenant parfois de 40 à
“50 insectes, autour de la tige et à l’aisselle des rameaux
1 des arbousiers (Hippophae rhamnoides).
% L'accumulation des Coccinelles par centaines et même
* par milliers d'exemplaires, groupés sur un petit espace,
st un phénomène qui a déjà été assez fréquemment
—…. constaté. Mais pour quelle raison ce groupement a-til
lieu ? Est-ce un cus de mimétisme? Ces colonies ont été
vues en juin par l’auteur, par conséquent à une époque
où les arbousiers ne portent pas encore de fruits vérita-
bles:et les insectes, par leur disposition et leur colora-
tion, copiaient très bien les petits fruits d’un jaune
orangé des Hippophae. Ge n’est pas non plus des insectes
Cherchant un gîte pour passer l'hiver, puisque le grou-
; pement a été observé au mois de juin.
Les Coccinelles en question étaient absolument locali-
“sées, il n’y en avait pas sur les autres plantes ou sur le
“ol: elles étaient serrées les unes contre les autres et
“immobiles. En un mot, l'explication du phénomène ne
semble pas faite ; il est donc important d’attirer l’atten-
tion des entomologistes et de provoquer la discussion.
Melle est l’opinion de l’auteur et certainement l'opinion
de tous.
LIVRES NOUVEAUX
D Par/ces temps d’épidémie, il importe de pouvoir mettre
entre les mains de tous des conseils hygiéniques sagement
“élaborés et faciles à observer. Le petit livre du Docteur Moi,
“ititulé : Les maladies épidémiques, Hygiène et prévention, et
Publié dans la Bibliothèque ulile, de l'éditeur Félix Alcan,
atteint ce but (1).
Outre un chapitre important consacré au Choléra, il traite
“des autres maladies épidémiques, Fièvre typhoide, Dysenterie,
Rougeole, Coqueluche, Grippe, etc., et a sa place marquée dans ,
bibliothèques, même les plus modestes, de toutes les fa-
es.
ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance du 22 août. — M. Chauveau présente une note de
MY. Babes, sur l’Etiologie d’une enzootie des moutons, dé-
nommée Carcag en Roumanie. Cette maladie fait périr le cin+
ième des immenses troupeaux parqués en mai et juin dans
S parties marécageuses du bas Danube; elle est due à un
matococcus très voisin de celui qui occasionne l’hémoglo-
nurie microbienne des bœufs.
Séance du 29 août. — M. Duchartre présente une note
M: L: Geneau de Lamarlière sur lassimilation comparée
3 plantes de même espèce, développées au soleil ou à lom-
Il résulte de ces observations que : 10 pourles feuilles d'une
ême espèce, la décomposition de l’acide carbonique varie
ant les conditions de développement des feuilles; 2° pour
unemème espèce, les feuilles développées au soleil décompo-
sent l'acide carbonique, plus énergiquement que les feuilles
développées à l’ombre.
s L A.-E. Mararo.
breuses, presque égales, courtes (5-19 centim.), à feuilles très
petites, très rapprochées, et à part rappelant celui de l'E. im-
bricata Vahl ou de l’'intéressante variété de l'E. pinea L., que
DC: à appelée E. Arlaudiana. — M. Gautier a récolté l'E. Ter-
vacina var. proslrata sur la plage de Leucate (Aude).
cart. à l’anglaise 1 franc franco, 1 fr. 15, aux bureaux du Jour-
nal.
(1) L vol. in-32 de 192 pages, broché 60 cent. franco 0 fr. 15; :
ERRATUM
LES DIPLOSOMIDÈES
Dans l’article de M. Pigore, paru dans le dernier numéro, sur
les Diplosomidés, les légendes des figures ont été omises. Nous
nous empressons de réparer cet oubli en les donnant ci-des-
sous.
Un ascidoizoïde isolé de Pseudodidemnum cristallinuwm,
Giard. — O, orifice branchial ; — e, endostyle ; æ, œsophage ;
sb, estomac ; t, glande testiculaire avec $on conduit cd;
e intestin terminal; — M, muscle fixateur.
Coupe demi-schématique à travers un jeune Cormus de Pseu-
dodidemnum cristallinum, Giard. — À, chacun des asci-
diozoïdes de la colonie ; C, cloaque commun; — Cl, ouverture
du cloaque commun ; — M, partie supérieure de la tunique
commune qui se réfléchit partiellement autour de chaque
ascidiozoïde. — M, partie inférieure de cette mème tunique
qui envoie des expansions servant à la fixation.
OFFRES ET DEMANDES
— M. Paul Noel directeur du laboratoire d’entomologie agri-
cole, #1, route de Neufchâtel à Rouen (Seine- inférieure), désire
échanger contre des Coléoptères ou des Lépidoptères de
France, des nids d’'Hyménoptères ou des bois ravagés par des
insectes.
— Mile Maria Ceriana, à Belgirate, Lac Majeur (Italie), offre
en échange des Coléoptères de sa région.
— Collection de 400 à 500 Coléoptères de France à échanger
contre papillons, coquilles, fossiles. — R. Delsuc, 47, rue ‘de
Talleyrand, Reims.
— La maison Emile Deyrolle, rue du Bac, Paris, vient HE
publier un nouveau catalogue illustré de ses pièces d’anatomie
humaine, comparée et botanique, qui sera adressé franco con-
tre toute demande.
AS2.
A8S3.
AS4.
A85.
486.
A8.
488.
489.
490.
491.
492.
A93.
494.
495.
496.
49".
498.
499.
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der Zahnanlagen bei Nagethicren. P1. XXII- XXIII,
Arch. für Mikrosk. Anat. 1892, pp. 525-559,
G. MALLOIZEL.
Le Gérant: Émize DEYROLLE.
PARIS, — IMPR. F, LEVÉ, RUE CASSETTE, A1,
#
CA4e ANNÉE
… Silest une famille, parmi nos plantes indigènes, à
abondent les plantes vénéneuses ou tout au moins sus-
pectes, c’est bien celle des Renonculacées. L’Aconit y
Côtoie l'Hellébore et l’Actée y tend la main aux Cléma-
“ttes. Les renonculacées paraissent avoir été créées —
our la plupart d’entre elles — aux seules fins d’orner
nos parterres, et pourtant nous relevons parmi elles
eux humbles plantes qui peuvent être considérées
ime aliments. Aliments! est-ce bien le mot? l’ex-
“préssion est peut-être un peu grosse d’exagération.
Ranunculus Ficaria L.
qu'il en soit, les deux végétaux dont nous avons
ion de parler sont utilisés dans certaines parties
Done partout, du nord au sud, au premier prin-
?
s, sur le bord des prairies, le long des haies, daos
à feuilles arrondies qu’on appelle la Renoncule
e (Ranuneulus Ficaria). La floraison a déjà disparu
seloppées normalement, il serait imprudent de s’en
Vir; elles passent, à tort ou à raison, pour dange-
Jn sait depuis longtemps que l’étiolement influe sur
| on ualités des végétaux qu'on y soumet. C’est ce qui
| arrive accidentellement à notre Ficaire en certaines lo-
alités du département de l’Aube situées dans la vallée
NATURALISTE, 46, rue du Bac, Paris.
2 SÉRIE — N° 132%
ois ombragés, une petite fleurette d’un beau jaune !
1* OCTOBRE 1892
— : =
de la Seine. Le peuplier de Virginie y est l’objet de plan-
tations abondantes et rémunératrices. À automne, lors
de l’abatage des arbres arrivés à de certaines dimen-
sions, la fabrication des planches y est faite sur place.
Il arrive que la sciure de bois, abandonnée sur le pré,
vient par hasard à recouvrir de nombreuses touffes de
Ficaires qui vivent alors d’une vie latente. Au réveil de
la végétation le développement a lieu comme d’habi-
tude; mais les feuilles privées de tout contact avec l’air
et la lumière s’étiolent, s’allongent et constituent de
fortes touffes d’un blanc jaunâtre des plus appétissantes.
Ces Ficaires étiolées sont bien connues des scieurs de
long et des hûcherons qui les recherchent fort et en
Ranunculus hederaceus.
confectionnent des salades qu'ils ne donneraient pas
pour la merlleure des laitues ou des chicorées,
Pourquoi n’essayerait-on pas la culture étiolée de la
Ficaire ? On obtiendrait un herbage tendre et agréable
à la vue qui vaudrait bien la Mäche insipide et tant d’au-
tres salades ejusdem farinæ. La culture en est-elle diffi-
cile ? non, plusieurs fois non. Il suffit de transplanter
des touffes de Ficaires, quand leur végétation est term:-
née, vers le mois de mai, ou bien encore de faire des
semis, ou de planter quelques-uns des bulbilles que
cette plante produit en abondance à l’aiselle de ses
feuilles et qui abandonnés sur le sol indiquent les loca-
lités ou elle fleurit au printemps.
Une autre espèce de la même famille c’est la Renon-
cule à feuille de lierre (Ranunculus hederaceus) qui couvre
de son feuillage abondant les petites mares et le bord
des sources des terrains granitiques et siliceux, La vé-
uélation en est quelquefois, aux environs de Rennes
par exemple, d’une luxuriance merveilleuse, Onne dirait
pas une Renonculé mais un beau champ de cresson.
C’est en pleine période de végétalion, dans tout l’épa-
nouissement de son feuillage, sans avoir recours à l’étio-
lement, qu'on peut consommer la Renoncule à feuilles
de lierre.
Il ne serait pas non plus bien difficile de cultiver cette
plante qui aime les lieux humides. Peut-être serait-elle
un peu rebelle à la culture sur un sol crétacé, mais par-
tout où il existe du sable siliceux et un mince filet d’eau,
on pourrait en obtenir abondamment. Il est inutile de
recourir aux graines très petites et pas toujours faciles à
recueillir — c’est le cas du Cresson — ; on se borne —
comme pour le Cresson également — à repiquer des
tiges qui sont habitwellement recouvertes sur une grande
partie de leur longueur de radicelles abondantes.
Nous avouons n'avoir jamais eu l’occasion de goûter
aux deux plats que nous venons de présenter aux lec-
teurs. Quant à la première, la Ficaire, nous n’hésitons
pas, malgré cela, à la recommander, l'ayant vu utiliser
sans qu'il y eût de suites fâcheuses ; quant à l’autre, nous
serons moins affirmatif et ne consentirons même à la
goùter que quand des amateurs, avides d'expériences et
toujours dévoués, l’auront expérimentée sur eux-mêmes,
On affirme pourtant qu’on la consomme sans inconvé-
nient dans le Hurepoix. Mais celui qui avance la chose
reconnait qu'il l’a entendu dire, ce qui n'est pas toujours
suffisant en pareille matière.
P. Harior.
MICROBES
Il nous parait intéressant de publier dans ce journal la liste
des préparations microscopiques de Micrones, en culture
pure ou in situ, que la maison Emile Deyrolle, naturaliste
à Paris, vient de mettre en vente (1). Ces préparations sont
d'une détermination rigoureusement exacle. Cette série, ainsi
qu’on en pourra juger, est remarquable; et personne ne sera
étonné d'apprendre qu’il a fallu plus de deux années de travail
pour réunir de telles collections.
4. Aclinomycoes. (Culture.) Ce parasite attaque un grand
nombre d'animaux herbivores et omnivores. Détermine chez
le bœuf des tumeurs sarcomateuses du maxillaire inférieur avec
foyers purulents. Envahit la langue qu'il rend dure ct déformée
d'où le nom de langue de bois. Se montre dans les cultures
Four forme de filaments ramifiés.
2, Coupe d'une lumeur produile par l’actinomyces. Le para-
site se montre sous forme de granulations constituées par les
éléments du parasite disposés en forme de roues. A la péri-
phérie corps renflés en massue, au centre filaments analogues à
ceux des cultures.
3. Bacillus acidi lacli.
mentation lactique. Trés
tourner le lait.
4. Bacillus anthracis. (Culture.) Agentde l'affection désignée
sous lés noms de : Pustule maligne ou charbon chez l’homme;
de fièvre charbonneuse chez le cheval ct de sang de rate chez
le mouton. Se présente dans les cultures sous forme de longs
filaments onduleux enchevétrés.
5. Spores du Bacillus anthracis. Klles sont très résistantes
et ne sont pas tuées par une température de 100,
6. Bacilles du charbon dans la pulpe de lu rate. Se montrent
sous forme de bätonnets.
1. Bacille du charbon dans le rein.
8. Bacille du charbon dans le foie.
(Culture.) Bacille produisant la fer-
répandu dans Pair, c’est lui qui fait
(1) Le prix de chaque préparation est de 1 fr, 50
rolle, 46, rue du Bac, Paris.)
. (Emile Dey-
LE NATURALISTE :
. Bacille du cha dans le poumon.
Bacille du choléra des poules. Extrémement petit, il res"
semble à un diplocoque. Produit des épidémies de poulaillers “
extrèmement graves.
11. Bacille de la diphtérie des pigeons. Trouvé par Lôfiler
dans les fausses membranes de la diphtétie des pigeons.
12. Bacille de la diphtérie de l’homme, Existe dans les fausses M
membranes de la diphtérie et du croup chez l'homme. Affections
qui n’ont aucun rapport avec la diphtérie des oiseaux.
13. Bacillus alvei. Produit une maladie des abeilles connue”
en Angleterre sous le rom de Fool-Brod. Il attaque surtout
+ larves qui meurent en prenant une couleur jaunâtre.
Bacille de l’erysipèle ou du rougel du porc. Affection
Une du porc caractérisée par l'apparition de taches rouges
sur la peau et par une vive irritation intestinale. Se termine
irès souvent par la mort.
15. Bacillus capsulatus.
16. Bacillus endocarditis griseus.
17. Bacille de la septicémie de la grenouille. Observé chez
les grenouilles conservées dansles aquariums et présentant des
ulcérations sur la peau.
18. Bacillle de la seplicémie des oiseaux.
19. Bacille du Hog-choléra. Choléra du porc.
20. Bacille de l’entérile diphléritique du lapin.
21. Bacille de la morve. Culture. Produit l'affection incurable
connue sous le nom de morve chez le cheval, le mulet et l’âne.
Arrivée à un certain développement, elle occasionne une affec=
tion ulcéreuse ou chancre dela pituitaire, cause d’un jetage vis"
queux et gluant. Très facilement contractée par l’homme qu
soigne les chevaux malades.
22. Coupe d’un ganglion d'un homme morveux.
23. Coupe du poumon d’un homune morveux.
24. Coupe du foie d’un homme morveux.
25. Bacillus Mégalérium. Se trouve dans divers liquides de
macérations végétales, dans l’eau, parmi les algues putréfiées
26. Bacille de l'œdème malin. (Koch.) Vibrion septique de
Pasteur, Se trouve dans la terre et dans les cadavres en putré
faction. Produit la gangrène putride ou gazeuse.
27. Bacillus orytocus perniciosus. Se trouve dans certains
échantillons de vieux lait caillé. Il provoque la coagulation du
lait frais qui devient acide sans dégager d’odeur.
28. Bacillus pseudo-tuberculosus.
29. Bacille pyocyanique. Se trouve dans le pus bleu.
30. Bacillus laleritiæ.
31. Bacille de la fièvre du Teras. Septicémie du bœuf.
32.Bacille du Rhinosclérome. Affection des fosses nasales que
l’on observe en Amérique. !
33. Bacille rouge de Kiell. S’observe dans l'eau.
34. Bacille de la peste porcine.
35. Bacillus sublilis. Se trouve dans les macérations de foi
36. Bacille du létanos. Caractérisé par un renflement siégeant
à Pune de ses extrémités et lui donnant l’aspect d’une bas
guette de tambour. Détermine la maladie mortelle connut
sousle nom de tétanos. ;
37. Bacille de la luberculose humaine. (Culture.)
38. Bacille de la tuberculose des oiseaux. (Culture.)
39. Bacille de la tuberculose dans les crachats.
40. Bacille de la luberculose dans une coupe de poumow
41. Bacille de la fièvre lyphoïde. (Culture.) On le trouve dans
l’eau souillée de matières organiques, dans la rate et lintest Lit
de l'homme atteint de fièvre typhoïde. |
42. Bacille de la fièvre lyphoïide dans une coupe de rate.
43.Bacille de la fièvre lyphoide dans une coupe d’ulcérati
intestinale.
41. Uro bacille. Trouvé par Miquel dans l'eau d'égout; il)
duit la transformation de l’urée en carbonate d’ammoniaqu
45. Bacillus Violaceus. S’observe assez COR d
l’eau, )
46, Bacterium coli commune. Se trouve dans L'inteslins al
normal et dans l’eau. Il peut devenir pathogène et produi
cas d’entérite cholériforme.
«1. Baclerium laclis aerogenes, Se lrouve dans l'intestin dë
l'honune cf des animaux nourris de lait. Associé au coli co il
inmune dans les selles d’entérite cholériforme.
48. Bactertun Zopfi. Observé dans le contenu intesttil
poulets et, par certains auteurs, dans le sang du foie deca
atteints d’une maladie épidémique non décrite.
19. Bacille de la diarrhée verte des enfants. (Culture:)
50. Bacille de la diurrhée verte des enfants. (Matié
cales.
i
LE NATURALISTE 225
… 1. Bacille de la pomme de terre. Pousse sur les tranches de
__ pommes de terre exposées à l'air.
— 52, Bacterium lermo. Bouillon de viande en putréfaction.
53. Bacille de la lèpre. Tubercules et nerfs de la lèpre.
— Coupe d’un tubercule de la peau.
—._ … 54. Seplicémie de la souris. (Culture.)
… jo, Coupe du rein d'une souris infectée.
56. Cladothrix asteroides. Bactérie filamenteuse à ramifica-
tions latérales. Inoffensive. — Eaux.
5m Diplococcus preumoniæ de Frankel —Streptococcus lan-
— ceolatus. Agent de la pneumonie fibrineuse. — A l’état normal
_— dans la salive d'individus sains.
. ÿ8. Gonococcus de Neisser. Agent de la blennorrhagie .
— 59. Leplotrix buccalis. Tartre dentaire.
60. Micrococcus albus du béri-beri.
61. Micrococcus flavus du beri-beri.
62, Microcôque du clou de Biskra.
; 63%: Séaphilococcus pyogenes albus. (Suppuration.)
… 64. Slaphilococcus pyogenes aureus. (Suppuration.)
7 69. Sfaphilococcus cereus flavus. (Suppuration.)
— 66: Micrococcus telragenus. (Culture.) Observé dans les cra-
chats d'individus tuberculeux.
61. Coupe du rein de souris infectées par le tétragenus.
6$. Micrococcus wreæ. (Culture.) Se trouve dans l’urine dé-
composée. Transforme l’urée en carbonate d'ammoniaque.
69: Séaphilococcus pyogenes Citreus. (Culture, suppurations.)
… 10: Séreplococcus de l’érysipèle. (Culture.)
M. Séreptothrix du farcin du bœuf.
12. Pseudo-pneumocoque de Friedlander.
13: Sarcine jaune. (Culture.) Se trouve dans l’air.
—…. 14. Micrococcus pr'odigiosus. (Culture.) Se trouve dans l'air.
«75. Proteus mirabilis. S'observe dans les putréfactions de
viande. :
16. Spürille du choléra asiatique. (Culture.) Épidémie de 1884.
_ Komma-bacille.
M. Spirille du choléra de Nanterre. Kpidémic de 1892.
- 18. Spirille de Finckler et Prior. Choléra nostras.
…—… 19. Bacillus neapolilanus d'Emmerich. Considéré pendant un
certain temps comme l'agent du choléra.
_ 80. Spirillum byrogenum de Deneke. Assez semblable au spi-
rille du choléra asiatique. Trouvé dans le vicux fromage,
81: Spirillum spuligenum de Miller. Existe dans la carie den-
Maire. — Ressemble au spirille du choléra.
2. Spirillum rubrum. Observé dans les cadavres de souris pu-
refiées. f
83. Spirillum concentricum. Observé par Kitasato dans le
sang putréfiés.
84. Vibrio Metschnikovi. Agent d’une maladie infectieuse des
poules, observée en Russie par Gaméléia,
”
W 4
À PROPOS DE LA COCHYLIS”
C'e est, sans doute, grâce à la sécheresse prolongée, à
continuité du eu temps, qui a favorisé plus que de
utume la propagation et le développement de certains
sectes, que la « Cochylis » a pu attirer l'attention sur
Île non seulement des viticulteurs, qui, témoins et
victimes de ses dégâts, n'ont pas assez de malédictions
pP pour l'en accabler, mais encore de tous ceux, et ils sont
nombreux, qui s'occupent de près ou de ton de ce
qu'on est convenu d'appeler : entomologie appliquée.
Il est bien inutile, n'est-ce pas, de rechercher, à la
: suite de Walckenaer, si ce ver destructeur était connu des
anciens. Que nous importe, en effet, que ce soit le
FE 2 æ où l’involuulus des Romains, le Kampé ou la
| phthrire des Grecs, la Tholea où la (raza des Hébreux ?
_ Ce qu'il y a de certain, c’est que nous ne sommes pas
plus avancés qu'eux et n’avons pas plus qu'eux trouvé
_le moyen de débarrasser la vigne de cet hôte incom-
_ mode, \
Silon ignore, au juste, le nom que les anciens don-
_naient à cet insecte, nous savons comment les modernes
| Cochylis a pénétré
l’appellent — c'est déjà quelque chose — et le nom de
dans les bourgades viticoles où l’on
n’est plus exposé à confondre la Cochylis avec la Pyrale
de la Vigne, quelque mauvaise que soit cette dernière
dénomination.
La « Cochylis », à laquelle Hübner a le premier donné
le nom spécifique d’Ambiguella et Frælich, ensuite, celni
de Roserana, est un petit papillon de 14% à 15 millimètres
d'envergure, dont les ailes supérieures sont d'un jaune
paille luisant, parsemé de jaune ocreux avec une bande
brune occupant le milieu de l'aile et beaucoup plus large
vers la côte qu’au bord interne,
Sa chenille est d'un gris rougeàtre avec la tête d’un
brun rougedtre plus ou moins foncé, ainsi que les pattes
écailleuses et le clapet; par contre, l’écusson du
premier segment est d’un brun presque noir et partagé
au milieu par une ligne claire. Les verruqueux, assez
gros, surtout les trapézoïdaux antérieurs, sont bruns et
se distinguent difficilement de la couleur du fond, à
l'exception de ceux des premiers segments dont la cou-
leur vineuse les fait mieux ressortir, Sa taille peut
atteindre 11 millimètres.
La Cochylis ambiguella à deux générations : celle du
printemps et celle de l'été.
C'est généralement vers la floraison de la vigne que
les chenilles de la première génération apparaissent, et
c'est à la grappe elle-même qu’elles s’attaquent, liant
les petits boutons, au moyen de quelques fils de soie
au milieu desquels elles se tiennent à l'abri. On concoit
aisément les dégâts qu’elles occasionnent ainsi, non
seulement en empêchant la grappe de se développer,
mais en la détruisant entièrement.
Peut-être un peu moins nuisible est la chenille de
la génération d'été, qui, venant au monde au moment
où les grains sont presque en maturité, trouve large-
ment de quoi suffire à sa subsistance dans un seul grain.
Cependant, le plus souvent, elle ne s’en contente pas ;
elle mordille trois ou quatre grains à la fois et ses mor-
sures ne tardent pas à en déterminer la pourrNure,
Certes, l’évolution complète de cette bestiole est bien
connue, elle a été étudiée dans tous ses détails ; il sem-
blerait donc qu'il ne serait pas difficile de l'empêcher
de nuire, Les moyens de destruction ne manquent pas,
dira-t-on. Entendons-nous. Les moyens indiqués et
préconisés par ceux qui se sont occupés de l’insecte,
c'est vrai; les moyens efficaces, c'est autre chose,
Mon Dieu ! il ne faudrait pas décourager les chercheurs
en leur montrant l’inanité de tout ce qui a été fait jus-
qu'à présent. Mais, il faut bien le reconnaitre, dans notre
lutte incessante contre les insectes destructeurs, nous
sommes loin d’avoir le beau rôle et, quelque pressant
appel que nous fassions à notre science et quelque
engin ou quelque produit chimique que nous mettions
en œuvre, nos efforts sont loin d’être couronnés de suc-
cès : c’est toujours à recommencer.
Il nous en coûte donc beaucoup d’avouer notre impuis-
sance. Voyons : nous ne pouvons débarrasser nos mai-
sons de ces teignes qui dévorent nos lainages et nos
étoiles et jusqu'à nos bouchons de bouteille; nous ne
pouvons défendre contre leurs ravages une surface de
quelques pieds carrés que nous foulons et refoulons
quotidiennement, et nous voudrions exterminer la mul-
titude d'insectes destructeurs qui exercent leurs dépréda-
tions sur des milliers et des milliers d'hectares!
Comme il fallait s'y attendre, la réapparition, la
226
« rentrée » sensalionnelle de la Cochylis a provoqué un
nouvel appel à l'attention du gouvernement sur la des-
truction des oiseaux, ces auxiliaires de l’agriculture,
qui... ces auxiliaires que...
Et d’abord, que viennent faire les oiseaux dans la
question de la Cochylis? Il est douteux que les oiseaux
qui fréquentent les vignes y aillent faire la cueillette
des chenilles de Cochylis, car ce n’est pas avec elle qu'on
comme une grive.
Est-ce le papillon lui-même qu'ils convoitent? Mais
ce papillon reste caché tout Le jour et ne vole que lorsque
les oiseaux sont couchés ou ne sont pas encore levés.
Jai capturé plusieurs fois ce papillon dans les environs
de Paris en battant les arbustes dans le voisinage des
vignes ; je ne l’ai jamais vu voler en plein jourpropriomotu.
Ensuite, il faudrait se bien persuader que les oiseaux
sont loin d’être le parangon de l'utilité, le modèle de
l’aide apportée à l'agriculteur. Aux yeux de beaucoup,
leurs services sont très contestés; en tout cas, il y a
d’autres agents de destruction bien plus efficaces et dont
action se fait plus universellement sentir, Je veux
parler de ces insectes connus sous le nom de parasites
(diptères et hyménoptères). Voilà les vrais auxiliaires
du cultivateur. Eh bien! est-ce que les oiseaux insecti-
vores les épargnent?
Poussés par le besoin de se nourrir, eux et leurs
familles, ces oiseaux poursuivent tout ce qui vole, tout
ce qui remue, à la portée de leur bec, et, inconscients,
ils avalent tout, incapables d'établir une distinction
quelconque entre ce que nous appelons insectes nuisibles
et utiles. Pour eux, tout est utile et bon.
Il y a deux mois à peine, j'étais allé dans les fossés des
fortifications près de la Muette, porter sur des plants de
Lotus corniculatus plusieurs jeunes chenilles de Zygnna
anthyllidis qui venaient d’éclore chez moi et dont la
ponte m'avait été Eure par M. Brabant, alors à Ba-
gnères-de-Luchon. Tout en cherchant un emplacement
favorable, je remarquai d'assez nombreux moineaux,
très affairés, s’élancant des meurtrières trouées de dis-
tance en distance dans le mur des fossés, tombant sur le
sol, furetant parmi les plantes basses, les graminées,
puis s’enlevant et regagnant les meurtrières où, sans
doute, ils avaient élu domicile et où leurs petits atten-
daient impatiemment leur nourriture.
Je puis assurer que ces moineaux étaient loin de
détruire en ce moment des insectes nuisibles à l’agri-
culture; bien au contraire, ce qu'ils picoraient, c'était
quelque inoffensif diptère, quelque utile ichneumon,
quelque brave chalcidite, quelque précieux bracon,
qui, les ailes battantes, grimpaient sur les brins d’herbe,
sur les tiges, arpentaient les brindilles, toujours
pressés, toujours en mouvement, à la recherche d’une
victime, et, infimes petits chasseurs, devenaient la proie
d’un plus gros.
Ah! les moineaux, s'ils avaient le don de discerner le
bien du mal, je veux dire s’ils pouvaient connaître ce qui
nous est utile et ce qui nous est nuisible, quels fiers
auxiliaires nous aurions en eux!
Les oiseaux insectivores consomment un grand
nombre d'insectes nuisibles à l’agriculture, c'est évident ;
mais ils en détruisent peut-être plus encore d’utiles.
Pour qu'ils rendissent tous les services qu’on vou-
drait d’eux, il faudrait qu'ils eussent la faculté de dis-
cerner les bons insectes des mauvais,
se S...
LE NATURALISTE
Fi
Et pourquoi ne chercherait-on pas à leur donner cette.
connaissance? Pourquoi, au lieu de s'adresser toujours,
quand il est question de la protection des oiseaux, aux
pouvoirs publics, qui, en fait d'oiseaux, ont bien d’autres
chiens à peigner, pourquoi ne ferait-on pas appel à la
science et au dévouement des adeptes du transformisme ?
Est-ce que, par une nourriture spécialement choisie
et appropriée, par une éducation sagement conduite, par.
une sélection savamment organisée, on ne pourrait pas
arriver—alors surtout que, grâce aux travaux de savants
illustres on comprendra bientôt le langage des animaux —
à suggérer aux oiseaux le goût de cette science, à proyo- M
quer chez eux le désir denous rendre service en se pliant
à nos volontés, en obéissant à nos ordres, à leur dire,
et même au besoin à leur téléphoner : « Tu vois cet in-
secte, mon ami, il nous est nuisible, tu le détruiras ;.
tu vois cet autre, mon gaillard, il nous est utile. si tu y.
touches, il l’en cuira ! »
Oh ! on ne chicanerait pas sur le temps qu'il faudrait
pour obtenir un pareil résultat.
Un farceur, qui était à coup sûr un rar iste _
ce qui ne veut pas dire que tous les transformistes soient.
des farceurs, oh non! — demandait dix ans pour ap-
preudre à un àne à jouer de la flûte!
Nous qui savons, pour l’avoir entendu dire nombre de
fois, qu’il a fallu des siècles et des siècles pour appor-
ter des modifications, opérer des transformations dans
la constitution des êtres organisés, nous ne fixerons
aucune époque, Mais aussi quel triomphe pour le sys-
tème, le jour, — le verrons-nous jamais, hélas! — où.
l’on présentera au public ce rara avis ainsi transformé."
Du coup, ce prodige gagnera tous les suffrages, amèneran
toutes les adhésions, et clora le bec, c'est le cas de le,
dire, aux Con ee et aux détracteurs du système.
L'âge d'or sera véritablement revenu. Les moissons,
encombreront les greniers devenus trop étroits, les ven.
danges s’entasseront dans les pressoirs, les celliers et.
les chaix regorgeront de futailles pleines à en crever,
L'abondance régnera partout. Plus de ver blanc, plus
de pyrale, plus de cochylis !
Tandis que, maintenant.
En 1836, les vignobles du Màâconnais ayant été for
tructeurs. |
La Cochylisambiguella fut particulièrement observée:
Audouin rédigea son rapport, publia même une Histoir@
t.. les pyrales et autres cochylis continuent leurs dé-
prédations, au grand désespoir des viticulteurs.
Heureusement, ceux qui font de l’entomologie appli
quée veillent !
P,. CHRÉTIEN,
nn
L'ORIGINE ARACHNIDIENNE DES VERTÉBRÉS
C'est à Etienne Geoffroy Saint-Hilaire qu’est due lhypothè
de Punilé de plan de composition dans le règne animal,et
grâce à cette hypothèse que l'illustre naturaliste fut condu
expliquer les relations primordiales des Vertébrés aveen
Annelés. L’unité de plan est la conception hardie d’un esp
vaste et pénétrant, mais elle dépasse les limites de la génér
sation et Le = Éne en Rp ARE à tous Le animaui
<= - :
Ja zoologie; l'hypothèse du retournement des vertébrés, au con-
traire, telle que la comprenait Geoffroy, n’a pas cessé d’être,
à s les lignes essentielles, l'expression la plus exacte des
transformations naturelles possibles et probables, et c’est
encore à elle qu’ont recours aujourd'hui la plupart des natu-
alistes pour rendre compte des relations des vertébrés avec
es animaux annelés.
_ En apparence, rien ne ressemble moins à l’annelé que le
“vertébré, encore que tous deux soient symétriques par rapport
Du à un plan et segmentés suivant la longueur. Dans l’annelé, et
“surtout dans l’arthropode, le système nerveux forme une chaine
entrale; et le cœur un organe dorsal qui est séparé du système
… nerveux par le tube digestif; dans le vertébré, les connexions
“paraissent être renversées, car l'axe nerveux est dorsal par
rapport au tube digestif, et c’est le centre circulatoire qui se
“irouve du côté ventral. C’est précisément cette opposition
_ absolue qui conduisit Geoffroy à trouver des homologies où
“d'autres n'avaient apercu que des différences. Au lieu de
“prendre un point de repère à lextérieur, it le prend dans
amimal lui-même, et placant le dos en bas et la face ventrale
“ers le haut, montre sans peine que tous les organes occupent
“lai même position relative que chez les annelés. I] à soin
Dajouter, d’ailleurs, qu'on peut trouver des animaux normale-
ni renversés dans tous les groupes du règne animal, et il
te notamment les pieuvres qui nagent le dos en bas, des
1
=.
x
2.
rtébré; {, un œil latéral;
squelette interne.
èctes, des Crustacés, voire même des arachnides dont la
xentrale est tournée vers le haut.
Depuis, les zoologistes ont divisé, en deux groupes fort dis-
cts, l’ancien embranchement des annelés, et l’on a dû se
mander si les Vertébrés se rattachaient aux Arthropodes ou
süls avaient au contraire une origine annélidienne.
. La fhéorie annélidienne, qui règne aujourd’hui en maitresse
solue, repose à peu près exclusivement sur la présence, chez
äs les embryons de vertébrés et chez les vertébrés ichthyo-
LE NATURALISTE
Face neurale (ventrale dans l’arthropode, dorsale dans le vertébré).
1" Cerveau de scorpion, vu latéralement (la ligure est renversée, le cer-
à antérieur FB, devant être en haut, et les cerveaux postérieurs et acces-
fes en bas). FB, cerveau antérieur; MB, cerveau moyen ; HB, cerveau inter-
liaire; AB, cerveau postérieur: V, nerfs vagues: b, bouche: i, intestin ;
mmissure qui relie entre elles les deux acocties. (Ganglions semi-lunaires
S deux premiers neuromères curaux; @.…. af nerfs neuraux-antérieurs des
m neuromères thoraciques ; 1-6 nerfs neuraux des mêmes seginents thoraciques;
mn, nerf de l'œil médian ; n, nerf des yeux latéraux; p nerf des peignes.
. Face hémale (dorsale dans l’arthropode, ventrale dans le vertébré),
Schéma représentant à la fois l’arthropode et le vertébré. a, cerveau anté-
eur; b, cerveau moyen; ce, cerveau postérieur: d, cerveau accessoire; e, cordons
nerveux longitudinaux qui relient entre elles les masses ganglionaires f de chaque
euromère ; i, intestin; », estomac; o, bouche de larthropode; o', bouche du
æ, œsophage de l’arthropode; ch, notochorde-:
ù
1
-1
19
les segments moyens du corps et évidemment homologues des
néphridies ou organes segmentaires des Annélides. Cette
théorie a trouvé un appui dans les recherches récentes de
M. Meyer, qui a observé de chaque côté, chez certains annélides
(Lanice, Polymnia) un canal segmentaire longitudinal proba-
blement homologue du canal segmentaire des Vertébrés: mais
elle a été certain ement ébranlée par la découverte, chezle Péri-
pate et bon nombre d’Arthropodes, d'organes segmentaires com-
parables et parfois absolument identiques à ceux des Vertébrés.
Dans un travail récent des plus remarquables, un naturaliste
américain, M. W. Paiten (1), a livré un rude assaut à la théorie
annélidienne qu’il trouve stérile et sans fondement sérieux.
« On n’a jamais pu découvrir chez les Vertébrés, dit-il, un
seul caractère absolument distinctif des Annélides; car les
cavités mésoblastiques, les néphridies, les appendices et les
organes sensoriels segmentaires se rencontrent chez presque
tous les animaux segmentés (2). » L'objet essentiel de la mor-
phologie des Vertébrés étant, ajoute-t-il, d'expliquer la tête
si hautement spécialisée des animaux de ce groupe, on ne
peut rien espérer des Annélides, dont les segments ne sont
pas différenciés, et il faut s’adresser à des animaux dont la
morphologie présente à cet égard une plus grande ressem-
blance avec celle des Vertébrés. Or « comme de tous les inver- :
tébrés, les Arachnides présentent le plus haut degré de concen-
tration et de spécialisation dans les segments, c’est chez eux
Fig. 2. — Partie antérieure de la chaine
ganglionnaire du scorpion ; HB, cerveau
postérieur; AB, cerveau accessoire; v,
nerf vague; G, glande coxale; pl et
p?, poumon 1 et 2; 5 à 9, neuromère
du cerveau postérieur; p, nerf du pei-
gne.
seulement qu’on pourra trouver quelque trace des particularités
principales qui caractérisent la tête des Vertébrés (3). »
(1) On the Origine of Vertebrates from Arachnides. — Quu-
terly Journal Microsc. Sciences, t. xxx, 1890.
(2) Les organes segmentaires des Arthropodes sont peut-être
comparables à ceux des Annélides par la fonction et par la dis-
position segmentaire ; mais ils en diffèrent profondément parce
qu’ils sont dépourvus de cils vibratiles.
(3) La spécialisation n’est-elle pas plus grande encore chez
les Insectes.
Tel est le point de départ de la /héorie arachnidienne des
Vertébrés qui fait l’objet de cet article.
Collier œæsophagien. — Quand nous avons envisagé plus
haut, avec Geoffroy, l'hypothèse du retournement, nous avons
fait abstraction du collier nerveux œsophagien que traverse
l’æsophage des animaux annelés. Que deviennent œsophage et
collier nerveux chez les Vertébrés? Les Arachnides étant des
animaux suceurs et par conséquent à œæsophage fort étroit
se prèteront aisément, dit M. Patten, à l'oblitération de l'æso-
phage et à celle du collier; d’ailleurs l’oblitération de l'œso-
phage s’effectuera seulement depuis la bouche jusqu’au collier,
la partie comprise entre ce dernier et lestomac constituera
l’infundibuium, dont les éléments nerveux doivent être attri-
bués au ganglion frontal qui est, comme on sait, d'origine
œæsophagienne. La bouche nouvelle, qui s’est formée du côté
dorsal, a pu se produire aux dépens de l’organe dorsal qui
est assez fréquent chez les embryons d’Arthropodes, surtout
chez les Crustacés, où il persiste parfois à l’état adulte sous la
forme d'un disque adhésif. Pour établir une communication
permanente entre l'extérieur et l’estomac, il suflirait que le
fond du disque fût résorbé par le vitellus, de la même ma-
nière que le disque tout entier chez les Arthropodes actuels,
dont les embryons seuls sont pourvus d’un disque. — Quels
que soient les procédés mis en œuvre pour l’oblitération de
l'œsophage primordial et la formation de la bouche nouvelle,
la perforation du collier disparaît et le systéme nerveux se
trouve dès lors d’un même côté du tube digestif, comme chez
les Veriébrés.
Syslème nerveux central. — Cette hypothèse une fois admise,
peut-on trouver des homologies sérieuses entre le système
nerveux des Arthropodes et celui des Vertébrés? D’après
M. Patten, le cerveau du scorpion, c'est-à-dire l'ensemble des
masses nerveuses constitué par les ganglions cérébroïdes et
sous-æsophagiens, se compose de 13 neuromères et se divise
naturellement en quatre parties, comme celui des Vertébrés.
Le cerveau antérieur est formé par la masse principale des
ganglions cérébroïdes et comprend, comme chez les Vertébrés,
les 3 neuromères céphaliques; le cerveau moyen ne comprend
qu’un neuromère (le premier thoracique) dans les deux groupes
et constitue chez le scorpion la partie postérieure des ganglions
cérébroïdes ; vient ensuite un cerveau postérieur de 5 neuro-
mères, ét enfin un cerveau accessoire qui compte 4 neuromères
. abdominaux comme celui des Vertébrés.
Chez les embryons d’Acilius, chacun des neuromèëres cépha-
liques est en relation avec des yeux pairs: chez le scorpion, les
yeux du premier segment n'existent pas, ceux du second se
réunissent pour former lPœil unpair médian et ceux du troisième
deviennent les yeux latéraux de l’adulte, Dans la Limule, l'œil
médian pair parait correspondre aux organes sensoriels des
deux premiers segments et aurait pour homologue l'œil pinéal
A B E
Fig. 4, — Embhrçon d'Acilius À, de scorpion B et de Limule.
des Vertébrés; les organes sensoriels du troisième segment sont
d’abord pairs et séparés, mais ils se réunissent plus tard pour
former la fossette prébuccale de l’adulte qui a pour homologue
les yeux latéraux du scorpion. Les yeux latéraux de la Limule
sont en relation avec le 3° ou le 2 neuromére thoracique
comme les yeux latéraux des Vertébrés ; quant à l'appareil
auditif de ces derniers, il aurait pour homologue le grand
organe sensoriel transitoire qu'on observe de chaque côté,
dans le jeune äge, sur le 4° segment thoracique de la Limule.
Ajoutons, pour terminer, que le cerveau accessoire du scorpion
émet des nerfs vagues (peigne, poumons) comme celui des
Vertébrés, et que les nerfs de la chaine ventrale ont une racine
motrice et une racine sensorielle, cette dernière avec un gan-
lion annexe qui correspond à celui des Vertébrés,
228 LE NATURALISTE
Squelette interne. — Che: le Scorpion, le sillon médian qui
sépare en deux moitiés la chaine ventrale, prolifère dans ces
parties interganglionnaires et constitue un cordon plein qui se
transforme ultérieurement en l'artère spinale de l'adulte. Ce
cordon plein à un sort très variable chez les divers Arthro-
podes, mais il occupe toujours le côté dorsal de la chaine
nerveuse ct se continue jusqu’au cerveau postérieur. Il corres: M
pond à la nofochorde par sa position, sinon par son origine, «
car M. Patien conteste absolument l’origine endodermique de
la notochorde des Vertébrés. La lige subehordale serait repre-
sentée par un cordon botryoïdal appliqué immédiatement
au-dessus de l’artère spinale; ce cordon joue un rôle impor-
tant dans la formation des corpuscules sanguins et fait partie
au début d’un méristème qui donne également naissance aux
glandes sexuelles. Tai
À ces homologies curieuses (que d’aucuns prendront pour
de simples analogies), s'en ajoute une autre qui n'est pas moins
significative. À l'exception des Céphalopodes, les Arachnides …
sont probablement les seuis invertébrés pourvus d'un squelette
interne d’origine mésodermique. Ce squelette, qui prend chez
la Limule un énorme développement, a recu le nom de ster-
num carlilagineux et sert d'attache aux muscles des appendices;
chez le Scorpion, il entoure le cerveau en arrière et embrasse
l'extrémité antérieure de l’artère spinale; il envoie d’ailleurs en M
avant deux baguettes solides qui correspondent aux trabécules
embryonnaires des Vertébrés, et par tous ces caractères, sauf
par la composition chimique, mérite d’être homologué complé-
tement au crâne primordial des Vertébrés.
Formes de transilion entre les Arachnides et les Poissons. —«
Sans nous arrêter aux analogies remarquables qu'on observe
dans le développement du cœur et du système nerveux, dans
les dimensions du foie et dans la structure histolosique des
nerfs et des muscles, nous passons à l'étude des Poissons et
des Arthropodes fossiles. 1
Les Poissons paléozoïques du genre Ptérichthys ont du
présenter des affinités étroites avec les formes arachnido-
crustacéennes de la famille des Trilobites, et l’on peut dire que M
le squelette externe des Arachnides plus ou moins voisins de”
ces formes à son homologue dans le squelette externe très
développé des Ptérichthys. Si l’on compare, en effet, les plaques
hémales du squelette céphalique d’un Ptérichthys (fig. 5) avec"
1 2
Eh RTE nes 2. Le
Fig. 5 et 6. — Surface hémale ou optique de Trilobite A et de
Piérichtys B. (Dans les deux figures les mêmes iettres
représentent des parties considérées comme homologues par
W.Patten); O1... O0, plaques optiques: æ, œil médian ; e
yeux du 3° segment; L, El etat æ, grand organe sensorial
cuniforme.
celle d’un Trilobite (fig. 6) on trouve que non seulement Cés.
plaques présentent un aspect peu différent, mais qu'elles sont
groupées tout à fait de la même manière : même forme géné”
rale du bouclier céphalique, même disposition générale des
petites plaques qui forment la suture cervicale et la grande
suture demi-circulaire du front. Un coup d’æil jeté sur les.
figures 5 et 6 montrera, mieux que toute description, ces très
remarquables homologies. 1
Si xraintenant nous examinons la position relative des yeux
par rapport au reste du corps, nous trouvons que ces organe
sensoriels sont placés, chez les Vertébrés typiques, sur la face
neurale occupée par une rangée médiane de plaques pai
et chez les Trilobites sur la face hémale occupée par une ram
médiane de plaques impaires. La transposition des yeux sun
face neurale, chez les Vertébrés, est évidemment due, d'ap
M. Paiten, au renversement de la position normale du co
la preuve en est dans les Ptérichthys, qui ont encore les
du côté hémal, comme les Trilobites, et dans les Mérostom
(Ptérygotus) qui, d’après l’auteur, nageaient le dos en b Ê
comme les larves des Limules et avaient déjà les veux surles
à
côtés de la tête. 1
LE
- …. Au veste, les affinités seraient également fort étroites,
$ d’après l'auteur, entre les Ptérygotus, le Ptérichthys cet le
-.— Scorpion. Si le métastome du Ptérygotus se développe, comme
out porte à le croire, en avant des pattes natatrices, ces der-
“nières appartiendraient au 3% segment abdominal et seraient
“par conséquent les homologues du peigne du Scorpion. On
Sait d'ailleurs que le peigne à un développement relatif tout à
— ait démesuré durant les stades larvaires, et l'on peut, sans
erreur, le considérer comme un organe rudimentaire qui, ayant
perdu son rôle actif, est devenu ou est resté sensoriel, Or
— l'étude du squelette, et la comparaison des peignes du Scorpion
avec les nageoires pectorales des Ptérichthys et des Séla-
ciens. permet d'établir des homologies fort vraisemblables
entre ces divers appendices, et fortifie par conséquent l’hypo-
—“hhése qui considère les Mérostomes et les Ptérichthys comme
es formes primitives intermédiaires entre les Vertébrés et les
_ Arachnides.
f 4 N Passant outre sur les objections nombreuses qui pourraient
— Être faites à la théorie de M. Patten, nous dirons seulement
_ que l'auteur à peut-être accumulé trop d'arguments pour ne
2 pas la rendre suspecte, même à des esprits non prévenus. Qui
4 “veut trop prouver ne prouve rien; c'est bien la critique que
certains ne manqueront pas d'adresser au savant travail de
. M. Paiten. Un scocpion n'est pas un vertébre et les relations
1 äncestrales fort anciennes, qui peuvent exister entre ces deux
groupes, ont peut-être laissé leur empreinte dans certaines dis-
à positions générales sans affecter jusque dans ses détails le
—ysième organique tout entier. Ceci dit sans vouloir porter
atteinte à la théorie arachnidienne, qui a non seulement pour
“elle un certain nombre de faits évidemment bien acquis, mais
PA Surtout la stérilité relative de la théorie annélienne adverse.
* Disons, pour terminer, que l’origine arachnido-crustacéenne
“des Vertébrés avait déjà été entrevue par des savants illustres.
Hugh Miller n'écrivait-il pas, en comparant un Trilobite au
Deus : « Ce poisson et le Crustacé sont merveilleuse-
nent semblables. Ils indiquent le point où les poissons cui-
rassés se rattachent aux Malacostracés ? » Et Roderick Mur-
“chison en observant les premiers spécimens de Ptérichthys :
@ Si ce ne sont par des Poissons, ils se rapprochent à coup
. Is établis-
ent le lien entre les Crustacés et les Poissons. » Le savant
éontologiste francais, M. Albert Gaudry, est également
frappé par les analogies étonnantes que présentent les animaux
| dont nous venons de parler, « Si j'avais à choisir, écrit-il,
entre les hypothèses de l'origine des Vertébrés primitifs, tels
ppe externe comme les Crustacés. Ce qui donnerait ee
robabilité à cette supposition, c’est que: plusieurs d’entre
nous ont montré de singulières ressemblances avec les
Hstacés. »
hropode à un dt externe mais déndique de RPRNARE
zoïque ; c’est là une critique fondamentale qui porte at-
te à la théorie de M. Patten.
E. L. Bouvier.
“ Suites à la Flore de France
DE GRENIER ET GODRON
(Suile.)
GNÉTACÉES Blume.
… Ephedra Helvetica C. A. Meyer Versuch
einer Monographie der Gattung Ephedra, durch
Abbildungen erlaütert, p. 35, et in Mémoires de
WAcadémie impériale des Sciences de Suint-Péters-
Vourg, sciences naturelles, sixième série. tome V,
P: 277, tab. 8, fig. 10; Grenier et Godron. F4. de
France, IL, p. 161 ; Endi. Cowf.. p. 238; Carrière
Conif. (éd. 2), p. 771; Ed. Bonnet x Bullet. Soc.
bot. de France, XXIW, p. 120; Æ. distachya Gaud.
NATURALISTE
229
Fi. Hely. (exclus. syn. plur.), Koch Synopsis H.
Germ. et Helr., éd. ?, p. 764 (p. p.); E. vulgaris
Parlat. x DC. Prodr. XVI, pars. 2, p. 354 (p. p.).
— Exsice. : Schleich. Ser. pl. Alp. exsice. n° 371 ;
Reliquiæ Maill. n° 2046; Soc. Vogeso-Rhén.,
année 1868 (sub. E. distachya); Soc. Dauph.,
n® 574 et 1370. — Arbrisseau de 2-3 décim., à
port d'Equisetum variegatum. Tige ligneuse, cou-
chée, à rameaux d'un vert qui, dressés; gaines à
tube droit wn peu plus For que large, non évasé, à
lobes obtus ; articles de 3-4 centim.ou moins longs.
Chatons mâles ovoïdes ou oblongs, à 6-10 fleurs,
sessiles ou Æ longuement pédonculés, opposés ou
rapprochés autour des nœuds. Chatons femelles
ovales ou obovales, le plus ordinairement subses-
siles où à pédoncule contigu égalant à peu près la
moilié de la longueur du chaton mais souvent aussi
long que lui (voire même parfois plus long!), à
écailles arrondies, contenant deux fleurs. Style fili-
forme, flexueux. -— FI, : avril-juin: fr. juillet-
août,
Has. — Rochers des montagnes dans le LDau-
phiné, la Provence et le Languedoc; HAures-
Azpes : Mont Ribiers (herb. R. Reverchon): ro-
chers au midi d'Embrun (Loret); Basses-ALPeEs :
Annot (herb. R., Reverchon); montagne de lu
Baume près Sisteron (Burle); Boucxes-pu-RHÔxe :
pentes du pic de Bertagne près Gemenos (kerb. R.,
Autheman). — VAUCLUSE : Orange (Delacour). —
GARD : le Montagnet près Villeneuve-lez-Arignon
(Fabre). — Hérauzr : rochers à Fabrèques et à
Saint-Jean-de-Védas (Loret).
Aire géographique. — Suisse : Valais (1) :
Sion, Saillon, Fully; ftalie : Piémont : Suze; Au-
triche : Tyrol méridional : Trente (4er. R., Gel-
mi); Vaisugana (sec. Parlatore).
O8s.I.— L’Æ. Jlelvetica n’est, pour nous, tout au
plus qu'une sous-espèce de l'Æ£. distachya L. (sensu
lato) (2) car nous avons l’Æ. Helvetica, de sa loca-
lité classique de Sion, à chatons mâles assez longue-
ment pédonculés, à chatons femelles également
pédonculés, à rameaux glaucescents, et, par contre,
nous possédons des exemplaires d’ Æ. distachya vé-
coltés sur les rochers mar:times de Denia (Æspagne)
à style flexueux dans sa partie supérieure. Toutelois,
l’'Æ. Helvetica considéré dans l’ensemble de ses
caractères : chatons plus courtement pédonculés,
rameaux d'un vert plus foncé, dressés, tube des
gaines plus long, style toujours flexueux, paraît
(1) Herb. R., Thomas, Dœnen, Wolf, Mounier, Lerch.
(2) 1e" eu PE, monoslachya L. (E. polygonoides Pall.,
E. minor Host, E. intermedia Schrenk), caractérisé trés exac-
tement par Linné par : &«ÆE. pedunculis pluribus, amentis soli-
tariis », alors que l'E. distachya est ainsi établi : « E. pedun-
culis oppositis, amentis gemininis ». L’E. monostachya 1. est
une plante orientale (de la Hongrie à la Sibérie, au Turkestan,
au Thibet et à l'Himalaya) plus gréle, à à rameaux plus tortueux,
souvent recourbés, à fleurs plus nombreuses par glomérule et
à fruit généralement solitaire, tel qu’il se présente dans nos
exemplaires provenant do Hongrie (Richter, Porutin), de la
Crimée (Lauffmann), de Sarepta (Becker) et du Caucase (Bro-
therus).
230 LE
NATURALISTE
mériter de ne pas être simplement considéré comme
synonyme de l’Æ. distachya L., comme l’ont admis
Koch et Parlatore.
Ogs. IT. — Grenier et Godron, dans la Flore de
France, exposent les caractères qui distinguent
l'Æ. Helvetica de leur Æ. Villarsii. Ge dernier, qui
est identique à l'Z. Nebrodensis Tin. (ap. Guss.
FI. Sic. Synopsis, [, p. 638; Æ. distachya Vill.
Pi. Dauphiné, II, p. 816, non L.; E. fragilis
Moris Stirp. Sard. Elench., W, p. 4, non Desf.;
Æ. equisetiformis Webb Pzytogr. Canar., WA,
p. 275; Æ. scoparia Lange Prodr. f. Hisp. I,
p. 24), ainsi que le démontre la comparaison des
exemplaires de Sicile et de France, est, en effet, diffé-
rent des Æ. distachya et Ielvetica. — L’E. Ne-
brodensis Tin., indiqué seulement par Godron à
Sisteron, existe en France à un nombre déjà consi-
dérable de localités; voici celles que nous connais-
sons actuellement : DrôME : Gizors près Crest;
Montélimar. — Basses-ALpes, Sisteron, Valernes,
le Lubéron, Annot (herb. R., Reverchon). — Vau-
CLUSE : vallée de l'Yeuse près Mérindol; montagne
Saint-Jacques près Cavaillon; PBaumes près
Orange (kerb. R., Reverchon). — BoucxEes-pu-
RHÔNE : Saint-Remi de Provence; chaîne des
Alpines (herb.R., Huet, Autheman); mont Peuzin;
montagne de Cardes près Arles. — Aube : les Cor-
bières, notamment au château de Pierre-Pertuse
(lerb. R., Gaston Gautier). — AveYroN : Millau,
Roquefort (herb. R., Saltel); Raujoles ; montagne
d'Ambousquères; rociers vers Compeyre; Tourne-
mire, au fond du cirque de Castels-Viels; Saint-"
Martin ; rochers du Larzac au-dessus de Creissels
(kerb. R., H. Coste). — À rechercher dans les dé-
partements de la Lozère, du Gard, de l'Hérault, et
en Corse.
L’aire géographique de l’Z. nebrodensis, dont
nous ne pouvons séparer l'Æ. procera Fisch. et
Mey. (£. Grœca CO. À. Mey., Æ. major Heldr.,
Kotschy, non Host, Æ. equisetina Bge.) est la sui-
vante: îles Canaries; Marec; Algérie; Espagne
centrale et méridionale; Sardaigne; Sicile; Italie
méridionale; Dalmatie; Grèce; Asie-mineure :
Bithynie, Troade, Pisidie, Syrie, Cataonie, Ar-
ménie; Caucase ; Perse; Turkestan, Afghanistan.
(A suivre.) G. Rouy.
LE CANICHE NOIR
A POILS CORDÉS
LE CANICHE
_ Chacun sait que le nombre des races de chiens est
nsidérable, car il faut compter non seulement les races
jen fixes et depuis longtemps établies, mais aussi mé-
“rie les races créées par les éleveurs, qui finissent par
obtenir un type qu'ils se sont fixé d'avance. Sans entrer
ans ces études qui sortiraient de notre cadre, nous
enons simplement à présenter à nos lecteurs une belle
figure de caniche, une race des plus connues, et du type
dit à poils cordés. C’est un spécimen remarquable que
2" figuré ci-contre;et dont le dessin est dù à P.Mahler.
;
NOTICE
on QUELQUES ESPÈCES NOUVELLES D'OISEAUX
| recueillies par M. J. Dybowski
ans le cours de son expédition à travers la région
F de l’Oubanqui
(Suite et fin.)
Mout à côté de l’'Andropadus curvirostris Cass. et de l'An-
opadus virens Cass. vient se placer une forme nouvelle que
dédierai à un des frères de M. Dybowski en l'appelant 4n-
opadus Alexandri et qui diffère des deux formes que je viens
nommer par sa taille et par les dimensions de son bec. La
ration générale du plumage est, du reste, presque absolu-
t la même que chez PAndropadus curvirostris : les parties
périeures du corps sont, en effet, d’un vert olive fortement
gé de brun et tirant au roux sur le croupion et les sus-
es; la queue est d’un brun rougeâtre, avec des franges
es au bord et un liséré clair à l’extrémité des rectrices:
ne différent pas sensiblement du dos par leur colora-
n,mais le sommet de la tête présente une nuance plus terne
plus foncée ; les parties inférieures du corps sont au con-
d’un ton olivätre sensiblement plus clair. Quelques
férences s observent toutefois dans la coloration des plumes
bus-alaïres qui, au lieu d’être d’un jaune soufre comme chez
padus curvirostris, ne diffèrent point par leur nuance
es adjacentes des flancs et de la poitrine. Le bec et
pattes sont d’un brun assez foncé. Quant à l'iris il était d’un
“clair, d’apès M. Dybowski. La longueur totale de l’An-
oadus Alexandri est de 0",168; ses ailes mesurent 0®,083:
eue 0,079; ses tarses 0m,018 et son bec 0,042 à 0m,013
ng de l'arête supérieure. Vu de profil le bec serait nota=
ent moins grèle que celui de Andropadus curvirostris et
emble davantage, par la courbure assez régulière de l’arête
ure, au bec de l’Andropadus virens, tout en étant moins
à la base que dans cette dernière espèce.
ten est pas moins certain que l’Andropadus virens, l'Andr.
osbris et l’'Andr. Alexandri sont des formes très voisines
es des autres, des races se rattachant à un type commun
que de véritables espèces. Ces trois formes sont repré
Bis les collections de M. Dybowski, les deux premières
virens et À. curvirostris) par des spécimens venant de
maville et semblables à des exemplaires provenant du
on et acquis de M. L. Laglaize, la troisième (4. 4lexandri)
‘deux individus obtenus à Bangui le 2 décembre et le 25 dé-
bre 4891. Ces déux individus, qui m’ont servi de types pour
description, sont indiqués tous deux comme étant de sexe
ux petites Alouettes du genre Mirafra prises l’une dans
ÿs des Batékés, l'autre dans les environs du Poste de la
sion, sur le Haut-Kemo, différent également quelque peu
éurs proportions et par le dessin de leur plumage de la
rafra Fischeri Reich., de la M. Buckleyi Shelley et de la
M. rufocinnamomea Salvad. Chez l’un de ces oiseaux, qui est
indiqué comme étant de sexe mâle et qui paraît bien adulte,
les parties supérieures du corps sont d’un brun vineux et Fe
parties inférieures d’un roux cannelle à peu près comme chez
la Mirafra rufocinnamomea. La nuance vineuse parait cepen-
dant plus marquée que chez oiseau figuré par M. Shelley sous
le nom de Mirafra lorrida (Proc. 3001. Soc. Lond. 1882, pl. 16).
En outre les barres transversales qui, dans cette dernière espèce
CUS ARE ERREA
LE NATURALISTE 231
assimilée par M. Sharpe à Mirafra rufocinnamomea,ne recou-
pent que les grandes couvertures alaires, se prolongent, sur
l’individu que j'ai sous les yeux, sur toute la région dor-
sale et sur les scapulaires, sous forme de barres interrompues,
à peu près comme chez la Mirafra Fischeri. Sur les plus lon-
gues des rectrices caudales, on remarque également cinq ou six
taches noirâtres allongées transversalement et séparées par des
zones claires et sur les pennes secondaires, qui sont frangées de
roux cannelle, on voit une large tache médiane foncée, souvent
recoupée par une zone plus claire. La tête est rayée longitudi-
nalement de brun noirâtre et les pennes caudales latérales
offrent sur leurs barbes internes une bande foncée, réduite à un
liséré sur la première penne, mais assez large sur la seconde,
La poitrine est fortement teintée de rougeâtre avec des flam-
mèches plus foncées, mais rapprochées et moins intenses en
couleur que chez la Mirafra rufocinnamomea. Le bec est brun
en dessus, jaunâtre sur les bords et la plus grande partie de la
mandibule inférieure et les pattes paraissent avoir été rougeà-
tres chez l'oiseaufvivant qui, d’après M. Dybowski, avait l'iris
oris brun.
Cette description est prise d’après une femelle adulte dont
la longueur totale est de 0,135 et dont l’aile mesure 07,072:
la queue 6°,056, le tarse 0”,021 et le bec (culmen) 0,044; les
dimensions en général et notamment la longueur des aïles sont,
par conséquent, plus faibles que chez la Mirafra rufocinnamo-
mea et chez la M. Fischeri et se rapprochent davantage de
celles de la M. Buckleyi dont le plumage est d’ailleurs assez
différent.
Chez l’autre individu qui a été tué le 16 juin 1891 et qui est
‘indiqué comme étant de sexe mâle, les dimensions sont à peu
près les mêmes que chez l'individu que je viens de décrire,
savoir : longueur totale 0,130 ; longueur de l’aile 0,013; de
la queue 0,057, du tarse 0,021, du bec (culmen) 0,012;
le plumage offre le mème dessin, les mêmes raies longitudi-
nales sur le ventre, les mêmes bandes transversales interrom-
pues sur le dos et les aïles, ces bandes toutefois étant moins
nettes et, dans la région des épaules, affectent plutôt la forme
de taches isolées; mais la teinte sur laquelle ces taches s’enlé-
vent est assez différente, d’un brun terreux ; de même les pennes
caudales médianes sont brunes, bordées de roussâtre avec quel-
ques taches plus foncées sur l’extrême bord; les pennes laté-
rales sont d’un fauve pâle, café au lait, maculé de brun vers
* les barbes internes, et Les parties inférieures sont d'un roux
pâle sur le ventre, plus ardent sur la poitrine, où sont dissé-
minées quelques taches foncées. Somme toute ce spécimen
diffère moins que le précédent de la description de la Mirafra
Fischeri donnée par M. R. B. Sharpe (Cat. B. Brit, Museurn 1890,
t. XIII, pp. 600) mais n'offre pas les dimensions indiquées par cet
auteur qui nous donne la M. Fischeri comme étant de taille
plus forte que la M. Buckleyi. Je suis donc porté à croire que
les deux Alouettes obtenues par M. Dybowski représentent une
forme nouvelle que j’appellerai Mirafra tigrina.
La Lagonosticta Dybowskii, espèce nouvelle que je vais décrire,
est plus remarquable que la plupart des formes signalées pré-
cédemment et présente des caractères parfaitement nets qui
peuvent être résumés sous la diagnose suivante :
« Lagonosticta Dybowskit n. sp. pallio rubro, capite et collo
« cinereis, abdomine nigro, punctis albis notato, cauda nigra,
« alis fuscis, rostro nigr'o.
« Long. tot., Om115 ; long. alæ, 07,053; caudæ, 0,045; larsi,
« 0m,017; rostri (culm.), 0,010. »
La tête, le cou, la gorge et la partie supérieure de la poitrine
sont d’un gris foncé, tirant légèrement au brun olivâtre sur le
sommet de la tête; le dos est d’un beau rouge carmin et cette
teinte qui, sur le spécimen que j’ai sous les yeux, est inter-
rompue par quelques taches grises, mais qui doit être parfai-
tement uniforme chez l'oiseau en plumage de noces, empiète
un peu sur les épaules et s’étend sur les couvertures supé-
rieures de la queue. Celle-ci est d’un noir légèrement bleuître,
tandis que les ailes sont brunes, légèrement glacées d’olivätre
et marquées d'un ou deux points blancs et noirs à peine visibles
sur les petites couvertures. L’abdomen est d’un noir d’ébène,
parsemé de très nombreux points d’un blanc de neige et les
couvertures inférieures de l’aile sont d’un blanc grisâtre tacheté
de noir. Le bec est noir; les pattes sont d’une teinte indécise,
plutôt brunâtres que rougeâtres et les yeux étaient d’un rouge
clair, d’après les indications qui m'ont été fournies par
M. Dybowski.
Cette description est prise d’après un spécimen unique, de
sexe mâle, provenant du Poste de la Mission, sur le Haut-Kemo,
232
LE NATURALISTE
La seule espèce qui puisse être rapprochée de la Lagonosticta
Dybowskii est la L. niveiguttata Peters de l'Afrique orientale.
Enfin sous le nom de Francolinus Dybowskii, je désignerai
une espèce de Francolin dont, malheureusement, M. Dybowski
n'a pu se procurer que deux individus et que je caractériserai
en ces termes :
« Francolinus Dybowskii, n. sp. F. Hartlaubi (Boc.) et
&F. Gedgii (Grant) affinis, sed remigibus pogonio externo et
« margine inlerno fasciis fulvis ornalis, fronte fuscescente et
« Loris albis distinguendus.
« Long. lot., 0,230; vel, 0,240: long. alæ, Om,148, vel, 0,138:
« caudæ, 0,065-0m,070; farsi, 0,038; rostri (euln.), 0",021-
0,023. »
Le sommet de la tête et la nuque sont d’un brun légérement
varié de roux, les plumes, très petites, ayant leurs bords d’une
nuance un peu plus claire que le milieu; le front, tout en étant
d’une teinte un peu plus foncée et plus uniforme que le man-
teau, ne présente pas la tache frontale noire, suivie d'une petite
bande blanche, que l’on observe chez le Francolinus Hartlaubi
(Barhoza de Bocage, Journ. Acad. Sc. Lisb. 1870, p. 350 et Ornith.
d'Angola 1811-1881, p. 408, sp. 384; O. Grant, {bis 1892, p. 47,
n° 31). Les lores sont d'un blanc légérement jaunätre, avec quel-
ques petites taches foncées à peine distinctes, an lieu d’être noirs
comme chez le F. Gedgii de l'Afrique orientale (Grant, 0p. cil.,
p. 48, n° 30); une bande jaunâtre,partant des narines, passe
au-dessus de l'œil et vient se terminer un peu en arrière des
oreilles qui sont couvertes de plumes d'un fauve tirant au
roux, celles des joues étant jaunätres avec une petite tache
noire à lextrémité, ce qui donne à cette région un aspect
tiqueté. Le menton est d'un blanc presque pur; la nuque, les
parties supérieures du dos et la gorge sont revétues d’une
sorte de camail formé de plumes analogues à celles du Æran-
colinus vulgaris femelle. Ces plumes sont d’un fauve pâle,
marquées en outre d’une tache noire allongée qui, sur la nuque
et le dos, est recoupée elle-même longitudinalement par une
raie fauve suivant la tige et s'arrêtant avant l'extrémité de Ja
plume, Sur la gorge, au contraire, cette raie médiane n’est pas
visible ; la tache longitudinale noire est entière et manifeste
une tendance à se terminer en gouttelette.
Sur les côtés de la poitrine et sur les flancs les plumes
s’allongent, la ligne médiane fauve reparait et s'élargit, les
bordures fauves prennent plus d'importance et entourent irré-
gulièrement la tache médiane brune, de telle sorte que la
plume paraît d’un fauve clair, avec deux bandes longitudinales
brunes, irréguliérement ondulées. :
Sur le milieu du dos les plumes sont allongées, fortement
vermiculées de brun sur un fond plus clair et ornées d'une
étroite raie longitudinale fauve et parfois d'une double tache
longitudinale noirâtre. Sur les reins et la région sus-caudale
les taches deviennent plus petites ou disparaissent, de telle
sorte que le plumage semble irrégulièrement vermiculé de
brun foncé sur un fond brun pius clair,
Les rémiges sont brunes, avec des raies fauves irrégulières,
mais assez également espacées sur les deux barbes, à partir de
la deuxième penne, la première n’ayant qu’un liséré sur les
barbes externes et quelques raies sur les barbes internes. Les
raies transversales deviennent plus larges sur les pennes
secondaires où les espaces intermédiaires sont en outre vermi-
culés de brun, de rougeâtre et de noir. Quelques raies des
couvertures alaires offrent le même dessin que les plumesdu
camail; d’autres ont des raies transversales ou des souttelettes
fauves de chaque côté et une raie médiane fauve, bordée de
noirâtre.
Les rectrices sont d’un brun foncé avec des raies transver-
sales fauves irrégulières et peu distinctes; les sous-caudales
fauves avec des taches noires ‘allongées transversalement, les
plumes des jambes fauves piquetées de brun. En général le
fauve ou le café au lait domine sur toutes les parties infé-
rieures, depuis la poitrine jusqu’à la queue.
Le bec est d’un brun de corne avec l’arête supérieure plus
foncée; les pattes sont d’un jaune brunâtre assez clair et l'iris
était gris brun, d'après M. Dybowski.
L'un des oiseaux qui a servi de type pour cette description
est un jeune mâle, encore privé d'éperons, tué le 8 janvier 1892
à Bangui; l'autre une femelle tuée le méme jour et dans la
méme localité. Ils ne présentent que peu de différence sous le
rapport du plumage qui offre des analogies avec celui du Fran-
colinus Hartlaubi et du F. Gedgei. Or, comme cette dernière
espèce a été décrite d'après un individu adulte, on peut admet-
tre que le Francolinus Dybouwskii, dont nous ne connaissons
encore qu’un jeune mâle et une’ femelle, ne revêt jamais une
livrée aussi brillante que notre F. vulgaris. ;
E. OUSTALET. !
Le
LA PEAU DES SERPENTS
IL y à 5 ou 6 ans, vers le 10 juin, dans le cours d’une
herborisation du Muséum à Fontainebleau dirigée par
-M. le professeur Bureau, l’un de nous trouva une peau
de serpent, qu’il me remit en me disant que c'était las
dépouille du serpent d'Esculape. La vérité est qu'il s’a=
gissait d’une peau de couleuvre à collier, pouvant avoir
environ 0 mètre 95 cent. de longueur. Cela se recon-
naissait très bien aux. plaques si caractéristiques que ce
serpent à sur la tête, et au collier, de teinte transpa-
rente en avant et foncée enarrière, que celte dépouille
présentait encore au niveau du cou.
D'abord, l'expression « peau de serpent » n'est pas
très exacte, On devrait dire l’épiderme de la peau de ser=
pent. Tout le monde sait en effet que la peau de tout
animal se compose d’au moins 2 couches : le derme et
l’épiderme, Or, la peau de serpent, que je décris ici,
ne comprenait pas le derme dans toute son épaisseur,s
mais simplement l’épiderme doublé tout au plus des
couches les plus superficielles du derme. +
Qu'on s'imagine une peau de baudruche transparente
présentant un admirable réseau dont les mailles répon-=
dent aux écailles de la couleuvre! Cette dépouille ne
peut mieux se comparer qu’au fourreau d’un parapluie
que l’on abandonne à lui-même, qui se gondole il
pour s’aplatir plus loin et pour se plisser là-bas, sans
rester béant comme un tuyau à parois métalliques. Du
côté de la queue il pouvait manquer 2cent. ou 2 cent, 4/2
mais partout ailleurs, pas une seule écaille ne mans
quait. Il y a plus : l’'épithélium de la cornée faisait lui-même
partie de la peau, de sorte qu'il n’y avait de béant
l'ouverture de la bouche, avec 2 petits trous pour
narines. Ilest clairque la couleuvre qui change
peau sort toute entière par loritice buccal de son 6
derme, qui se détache à la limite exacte du pourtô
des lèvres. Quelques brindilles de bois mort adhéra
en avant, au-dessous du menton, qui était un peu plu
chiffonné que le reste de la dépouille (1). Res
Dr Boucon
nt
ACADÉMIE DES SCIENCES
dl
Séance du 5 septembre. — Note de M. D. Clos, su
réapparition de la Chélidoine à feuille de Fumeterre. Cette
chélidoine, bien distincte du C. majus ou Eclaire, et desk
Ch. laciniée, avait été signalée il y a près de deux sièclespä
Morison et Tournefort. Depuis les auteurs l’avaient déc
sans l'avoir jamais rencontrée.—M.Brown-Séquard présent
note de M. Chu'istiani sur la thyroïdectomie chez le Ratb
Il résulte des recherches de l’auteur, que l’ablation totale
organes thyroïdiens entraîne la mort aussi bien chez led
et le Rat que chez les autres Mammifères. Si l'animal su
\ (1) Il serait très intéressant de savoir si toutes les peaux
serpent manquent de quelques centimètres d’épiderme à"
trémité de la queue, comme dansle cas actuel. La connaï
précise de cé fait aurait de l'importance à plusieurs point
yue, L
Î | D. B.
LE NATURALISTE
233
% lopération, c’est que l’extirpation n’a pas été totale; et qu’il à
à eu régénéralion des organes. De même, la greffe dans le péri-
_ toine de l’organe extirpé peut sauver Vanimal.
_ Séance du 12 septembre. — Note de M. A. Chatin sur
“les prairies dans l’été sec de 1892. L’auteur signale le degré
de résistance présenté par les principales espèces de plantes
à . qui forment le fond des prairies naturelles. Les plus résistantes
à la sécheresse sont : Graminées. — Dactyle, Fromental, Brome
des près, avoine jaunâtre, Timothée, Raygrass, Crételle, Pà-
ui commun, Amourette, et queue de renard. — Rubiacées.
ille-lait jaune. Caille-lait glauque et surtout le G. Mollugo.
Léqumineuses. — Trèfle hybride. Tr. des prés. Tr. filiforme,
. doré, et Lotus corniculalus. Synanthérées. — Centaurée
jacée et l'Achillée, le Pissenlit, le Salsifis des près. Rosaccés. —
“Sapide pimprenelle (Polerium sanguisorba). Ombellifères —
Délice pimprenelle (Pimpinella saxifraga). Carotte sauvage
Panais. Héraclée. — Note de M. 4. B. Griffitks sur VEchino-
ome pigment respiratoire brun qu’on trouve dans la fluide
ri On le rencontre en deux
D
riviscéral de certains Oursins.
ts, chargé d'oxygène oxyéchinochrome ou réduit. Ce pigment
st analogue à l'hémoglobine, mais plus stable. — M. Brown-
quard présente une note de M. J. Thiroloix, sur la Physio-
bgie du pancréas, établie par dissociation expérimentale des
écrétions externe et interne de la Glande.
MALaRp.
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G. MALLOIZEL.
LE NATURALISTE
CHRONIQUE
Les sauvages de Malacca. — Y à-t-il réellement dans
la presqu’ile de Malacca des peuples négritos, c’est-à-dire des
noirs à tête plus ou moins arrondie et de petite taille?
Th. Standford Rafiles signala leur existence, en 1809. Macinnes
et Crawfurd, en 1820, ont décrit deux indigènes de Malacca,
qui peuvent être tenus pour tels. Anderson donna plus tard
un portrait détaillé de ces petits noirs, et Earl leur consacra
quelques pages de son ouvrage sur l’archipel indien. (Cf. Hamy,
Bullet. de la Soc. d’Anthrop., 1874, p. 116 ; A. de Quatrefages M
les Pygmées, p.51). Miklucho-Maklay considère les Sakhays et
les Semangs comme un rameau du tronc mélanésien. A. dem
Quatrefages voit dans les Sémangs de vrais négritos, dont le
type est d’ailleurs souvent altéré par le métissage ; il admet
que nombre de Jakuns et de Sakhays sont négritos, eux aussi,
et il ajoute que Malacca garde encore des témoins de l’an-
cienne population restée pure dans toute la partie élevée du
grand massif montagneux situé entre Pérak, Sélangou et Ké=
lantan : « Là vivent des tribus que les Sakhays traitent de
sauvages, habitant des cavernes et n’employant que la pierre
pour fabriquer leurs outils ou leurs armes. Ces sauvages sont
noirs, ont tous les cheveux crépus, sont de petite taille ». (Cfa
J. de Morgan).
Hrolf Vaughan Stevens, dans sa récente exploration,
dont R. Virchow a rendu compte à la Société de Berlin, =
n’est arrivé à voir aucun négrito, mais, dans cette première
expédition, il est loin d’avoir parcouru tout le pays. Les Mau
tras, les Jakuns, qu'il a étudiés, ont une part variable de sang
malais ; resterait à dire ce qu'est l’autre élément constitutif dé
la race. Il décrit les lèvres comme bien formées, celle du hauf
bien arquée; le front comme constamment proéminent. Grande
diversité de tailles : hommes mantras, de 1Am47 à 1n63; femmesy
de 140 à 148; — hommes sinnoïs, de 1742 à Am59: femmes,
de 1m34 à 1°46; toujours, d’ailleurs, notable différence sous c&
rapport entre les sexes. La grande envergure est généralement
plus forte que la hauteur du corps. L'indice céphalique varié
de 71,4 à 91,6, ce qui est considérable : la moitié des individ
mesurés sont mésaticéphales; les deux tiers de l’autre moi
sont brachycéphales. Les recherches ayant porté sur 20 Ma
tras, 13 Jakuns, 5 Kenaboys, 10 Sinnoïs, soit 58 individus
(dont un tiers ayant moins de quinze ans), ont donné les résuls
tats suivants : 2.
9 dolichocéphales, soit 15,5 pour cent
28 mésaticéphales, soit 48,2
21 brachycéphales, soit 36,2 —
Les échantillons de cheveux rapportés par H:-V. Stevens
n’ont rien du poil nigritique. — Les recherches ultérieures den
ce voyageur le mettront, sans aucun doute, en rapport avec
vrais négritos, et confirmeront ce qu’ont établi ses prédéces
seurs (Revue inensuelle de l’école d’ Anthropologie). 4
4
Une vache carnivore. — Voici un fait assez curieux qu
à la vérité, vient de loin, et on sait que le proverbe dit avec
raison : fait bon mentir qui vient de loin. Une vache, dans
Texas (Amérique), serait carnivore; elle mangerait les ratsein
les souris qui se trouveraient à sa portée ; elle aurait m
dévoré un chat, au moment où il procédait à sa chasse 0
naire; dans sa mangeoire, on n’aurait plus trouvé qu
jambe. Quand on présente de la viande fraiche, cette vache
mange avee avidité, mais, au besoin, elle se contenteraitd
foin. Le mauvais côté de cette vache, c’est que son goût pel
la viande fraîche lui a fait dévorer deux de ses veaux, qu
n’avaient pas été suflisamment surveillés. Ces faits sont MA
ment fort extraordinaires, car la mâchoire de la vache nest
pas organisée pour manger de la viande, puisqu'elle n’a quune
rangée de dents en dessous; comment ferait-elle pour mäch
la viande, il faudrait qu’elle avale les morceaux tout en
On comprend qu’un cheval puisse manger de la viande;
mâchoire possède deux rangées de dents, et il se trouve“amsl
dans la catégorie des carnivores. Il y a des chevaux
mangent de la viande, mais c'est tout à fait une exception
Les mouches. — Un journal anglais affirme qu'on ne tro!
pas de mouches dans les pièces où sont placés des”
géraniums ou de culicolaires. Est-ce vrai? Pour le sa
faut essayer,
LE NATURALISTE
235
DESCRIPTIONS DE LÉPIDOPTÈRES NOUVEAUX
—_ Acidalia minuscula, n. sp., © 12 mm. — Antennes pecti-
“nées. Ailes allongées, blanc sale, les supérieures très aiguës à
> Dee traversées par à lignes assez vagues, obliques, de points
is, deux près de la base, une sur le point cellulaire, les 2 au-
À ne. près du bord externe. Inférieures ävec 3 ou & lignes de
) points anis. Franges blanchâtres, précédées aux 4 ailes d’une
Série de points gris. Un point noir cellulaire aux quatre ailes,
trés apparent aux supérieures, visible également en dessous.
Yessous des supérieures noirâtre, sauf le bord interne, qui est
lance, inférieures blanches. Lignes à peines visibles. — @ 13 mm.
“semblable, mais à antennes filiformes et à lignes bien mar-
—juées. Dessous des 4 ailes grisâtre, avec:les lignes bien appa-
“rentes. Voisine de « Mappata » gn., mais un tiers plus petite.
- Chiriqui. Une paire, ma coll. :
Acidalia Virescens, n. sp., c* 18 mm. — Antennes pubes-
centes. Corps, ailes et franges blanc verdàtre pâle. Supérieures
«iraversées par trois lignes blanches, droites, équidistantes ;
deux lignes semblables aux inférieures. Dessous des supérieures
S clair, aycc toute la partie ayoisinant le bord interne,
blanche, côte rose pâle, frange blanche. Inférieures blanches,
compris la frange. Colombie, ma coll.
“Acidalia Rubricolor, n. sp., c* 19 mm.— Antennes légère-
mentpubescentes. Corps et ailes entièrement d’un brun roux,
supérieures irès prelongées à l’apex, avec un trait cellu-
e, une ligne extrabasilaire légèrement flexueuse et la frange
lusioncée que le fond des ailes. Inférieures prolongées en
ointe très aiguë au bord externe, un peu après l'angle anal,
ord'abdominal un peu renflé, frange comme aux supérieures.
ssous semblable au dessus; on voit aux supérieures le trait
“la ligne extrabasilaire du dessus; inférieures couvertes de
roux, franges concolores. Tibias des postérieures garnis
longs poils roux. Cayenne, ma coll.
eidalia Rubellula, n.sp., © 23 mm.— Antennes filiformes.
Jorps et ailes rouge brique, les supérieures avec 3 lignes
ses, la re près de la base, courbée intérieurement, la 2°, très
ueuse, part de la côte à 5 mm. de l’apex. Elle est d’abord
yrbée dans la direction du bord externe, puis elle se courbe
ieurement et vient aboutir au milieu du bord interne. La
également flexueuse, est courbée en dehors. Elle part de la
à 3 mm. de l’apex, suit le bord. externe à 2 mm., rencontre
petite tache grise vers le milieu de son parcours, et vient
Jutir à une 2 tache grise située à l’angle interne. Inférieures
© deux lignes grises, la {re, un peu flexucuse, traverse l’aile
as son milieu, elle fait suite à la 2e ligne des supérieures. La
ne suit tout le bord externe à 2 mm. Elle est un peu on-
éc. Franges entremélées de gris et de rouge brique. Des-
m peu plus päle qu’en dessus, laissant voir un point cel-
@ gris à chaque aile, et les lignes du dessus, sauf la 1°°
“supérieures (l’extrabasilaire), qui manque. L’espace com-
entre la subterminale et le bord externe, aux supérieures,
lavé de gris. Franges comme en dessus. Cayenne, ma coll.
Acidalia nubicolor, n. sp., © 21 mm.— Antennes filiformes.
allongées, avec l’apex des supérieures aigu. Les quatre
ir, parsemées d’une infinité de petits points gris foncé.
it aux supérieures 3 ou 4 lignes ordinaires, droites, peu
rentes, partiellement appuyées de petits points noirs ner-
raux. Quatre lignes aux inférieures ; une à la base, la seconde
Ron un petit point cellulaire blanc vif finement encadré
», les 2 autres parallèles au bord externe. Frange conco-
ous des supérieures gris, inférieures blanches, avec
lignes vaguement indiquées aux # ailes. Cayenne, ma coll.
alia nigroapicata, n. Sp., © 20 mm. — Antennes à
crénelées. Ailes gris jaunätre, les supérieures traversées
3 lignes obliques, brunes, la 1re part de la côte à 3 mm. de
e, la 2e à 3 mm. de la 1re, après le point central, la 3e à
- de l’apex. Gette dernière est ondulée. Ces lignes abou-
b au bord interne aux distances suivantes de la base : 2,
1/2 mm. Un petit point noir à la pointe de l’apex. Infé-
ures avec 2 lignes, la 1re, droite, traverse l’aile un peu avant
“point central, faisant suite à la 2° des supérieures, la 2e, on-
e, se trouve à 3 mm. du bord externe. La partie comprise
@ la dernière ligne et le bord externe, aux 4 ailes, est plus
ne que le reste, et cet espace obscur est traversé dans son
eu depuis l’apex des supérieures jusqu’à l’angle anal par
éclaircie blanchâtre. Frange jaunâtre, précédée d’un liséré
. Un petit point central noir bien marqué aux # ailes, vi-
M lement en dessous. Dessous luisant; les supérieures
> blanchätre avec 2 lignes noires (les 2° et 3° du dessus).
cer en
a
Inférieures blanches, avec la 2e ligne du dessus, noire. Franges
grises, précédées d’un liséré noir. Front noir, corps de la cou-
leur des ailes. Chiriqui, 2 ©; ma coll.
Polla avellana, n. sp., c'33 mm. — Antennes subpectinées.
Coupe des ailes comme « Celeraria » Walk et « Prælataria » h.
s. Les 4 sont d’un brun noisette. De l’apex des supérieures, qui
est teinté de noir et de gris cendré, partent 3 lignes, la 1re brun
foncé, droite, va rejoindre le bord interne à 3 mm. de la base,
puis traverse la base des ailes inférieures et traverse égale-
ment le corps entre ie thorax et l’abdomen. Les 2 autres lignes,
partant de l’apex des supérieures, sont simplement un peu plus
obscures que le fond, arquées intérieurement, et viennent
aboutir au bord interne, l’une à 11 mm., la dernière à 14 mm.
de la base. Deux traits obliques, brun foncé, de 3 mm. de
long, partent de la côte, le 1°° à 6, le 2° à 9 mm. de la base.
Le 1er de ces traits s’arrète au-dessous du point cellulaire, Vers
ie milieu des inférieures se voit une ligne composée unique-
ment de points nervuraux blancs et faisant suite à la 2e des
supérieures. Enfin une autre ligne de points blancs, peu visi-
bles, longe le bord externe à 2 mm. Une tache jaune d'ocre
clair au bord abdominal à 2 mm. de l'angle anal. Elle à 4 mm.,
est partiellement entourée de stries noires, et éclairée de blanc
du côté qui apporche la base. Franges des # aïles brunes,
blanches en dehors, les poils du bord abdominal sont blancs.
Front blanc, corps brun en dessus. Un petit point central noir
aux 4 ailes, visible aussi en dessous. Le dessous des 4 ailes est
presque semblable au dessous de « Celeraria ». Supérieures
brun clair, avec l’apex cendré et la partie longeant le bord
externe brun foncé. Deux lignes droites de points nervuraux
gris cendré longent le bord externe. Inférieures cendrées, avec
une larye bande externe brune, apex cendré, franges brunes,
cendrées en dehors. Dessous du corps blanc, pattes brunes an-
nelées de blanc. Je possède un 2° exemplaire de cette espèce,
un peu plus petit. Pérou, ma coll.
Cimicodes Portentosa n. Sp. — ©* #1 mm. Antennes
crénelées, coupe des ailes comme dans « Torquataria » WKk.
Dessus du corps et des ailes jaune d'ocre, uniformément striées
de brun roux avec plusieurs lignes brun foncé, ainsi que la
frange. Ces lignes sont ainsi disposées aux supérieures : Deux
partent de la côte à 8 et 13 millimètres de la base, et pendant
un instant se dirigent droit vers lebord externe; mais arrivées
sur la nervure costale, elles font un angle très aigu et, droites,
traversent l'aile obliquement pour arriver au bord interne à 3
et 1 millimètres de la base, respectivement. Une ligne concave
part de l’apex et vient finir vers le bord externe à “ millimètres
de l’apex. Enfin une ligne convexe part de l’angle interne et
vient joindre la deuxième ligne droite à la hauteur du point
cellulaire. Un gros point brun sur la nervure sous-médiane, à
8 millimètres de la base. Aux inférieures on voit d’abord une
ligno droite à 4 millimètres de la base, c’est la continuation de
la deuxième des supérieures. Puis une ligne très convexe part
du point cellulaire et se termine à Pangle anal. Enfin un trait
droit de 5 millimètres se voit à égale distance de la deuxième
ligne et de l’apex. Un petit point cellulaire noir aux 4 ailes.
Dessous jaune d’ocre, vaguement teinté de rougeätre, avec la
frange concolore, la côte des supérieurs. jaune pâle. Üne tache
noire à l’apex des supérieures donne naissance à une ligne de
même couleur, droite, traversant l'aile obliquement ct s’arré-
tant au milieu des inférieures, près de la cellule. Pas de point
cellulaire en dessous. Front noir, palpes noirs en dessus,
jaunes en dessous. Premières pattes obscures, dernières blan-
châtres, dessous du corps blanc. Pérou, ma coll.
Epione? Polydora n. sp — ©? 33 millimètres. Antennes
jaune d’ocre, filiformes. Corps, ailes et frange jaune d’ocre,
avec une infinité d’écailles un peu plus Tes que le fond.
Supérieures traversées par deux lignes grises, fines, la pre-
miére, droite, part de la côte à 6 millimètres de la base et vient
joindre le bord interne à 7 millimètres de la base. La deuxième
part de la côte à # millimètres de l'apex. Elle est droite dans
son premier tiers, puis convexe, et redevient droita dans son
dernier tiers. Elle rejoint le bord interne à # milliméêtres de
l'angle interne. Une ligne semblable, qui est la suite de la deu-
xième des supérieures, se voit aux inférieures : elle part de la
côte à # millimètres de l’apex et aboutit au bord abdominal à
4 millimètres de l’angle anal. Elle est légèrement convexe dans
tout son parcours, et assez fortement convexe vers le milieu.
Un trait cellulaire gris aux 4 ailes. Dessous blanc Jjaunâtre
pâle, ainsi que la frange. La première ligne des supérieures
n'existe pas, les autres, ainsi que les traits cellulaires, sont
noirs, mais peu marqués, Pérou, ma coll. 2 Œ. i
Cidaria Cinereolimitata n. sp. — © 29 millimètres.
Antennes filiformes. Thorax brun foncé. Aïles supéricures
brunes, avec une bande irrégulière gris cendré au bord ex-
terne, Cette bande part de la côte à 2 millimètres de lapex, et
se rétrécit de facon à rejoindre presque le bord externe à
3 millimètres de l’apex, ensuite elle devient concave et aboutit
à l'angle interne. La pointe de l’apex est brun trés foncé,
ainsi que la partie qui longe la bande cendrée. On voit en
outre, sur les ailes, # petites lignes très minces, ondulées,
brun foncé, éclairées de blanc jaunâtre intérieurement (sauf
la troisième). Ces lignes partent de la côte, les deux premitres
avant le point cellulaire (noir et très petit) les deux autres
après. La côte est nettement marquée de blanc jaunâtre à la
naissance des lignes 1, 2 et #4. Ces lignes traversent l’aile et
aboutissent au bord interne. Frange grise. Inférieures gris
brun pâle, sans aucun dessin. Dessous des 4 ailes brun’noisctte
clair. L'apex des supérieures est cendré. Un tout petit trait
blanchâtre sur la côte, à 6 millimètres de l’apex. Inférieures
avec un pêtit point cellulaire noir, et 2 lignes subterminales
très vagues, formées de petites éclaircies blanchâtres. Cette
espèce rappelle comme dessin la « Cidaria remotata » de Wal-
ker, dont M. Packard a donné une figure; mais, dans « remo=
tata, » la bande externe des supérieures (un peu différente du
reste) est noire, ce qui permettra de la distinguer « à priori ».
Colombie, ma coll.
Dasydia Tarpeia n. sp. — c* 30 millimètres. Antennes
pectinées. Cette espèce rappelle tout à fait le « dasydia tene-
braria » Esp. (d'Europe), mais elle est plus petite. L’apex des
supériéures est très aigu. La bandelette subterminale du des-
sous est bien nette et n’est pas fondue intérieurement au som-
met des supérieures, comme cela arrive chez « Tenebtaria ».
Colombie, 2 ©? ma coll.
Stigma Isthmensis n, sp. — c* 13 millimètres. An-
tennes pectinées. Le corps et les 4 ailes sont uoirs en dessus,
un peu plus clairs en dessous. Il n’y a absolument aucun des-
sin. L’insecte a une petite trompe jaunâtre. À part la taille,
il paraît se rapprocher d’une espèce d’Asie, le « stigma kulds-
chaensis » Alph. Panama. ma coll.
Erateina Semiluctuata n. sp. — ©*35 millimètres. An-
tennes noires, renflées au milieu. Ailes supérieures noires, avec
un espace transparent, allongé (sans écailles) partant du milieu
de la côte, mais.sans la toucher, et aboutissant à 3 milimètres
de l’angle interne, du côté du bord externe. Cet espace trans-
parent, blanc, est d’abord droit, ensuite il se renfle un peu en
dehors. Inférieures sans queue, mais légèrement proéminentes,
noires, avec une grande tache jaune soufre occupant le milieu
de Paile. Cette tache imite vaguement un champignon dont la
tige serait près du bord externe. Frange des supérieures noire ;
aux inférieures, elle est noire également, sauf entre l’apex et
l'angle anal, où elle est entrecoupée de 4 taches jaune soufre.
Corps noir, annelé de jaune pâle. Pattes blanches, très velues.
Dessous des supérieures rouge vineux, avec la côte marquée
de jaune près de la base. On voit également à la base 2 petits
traits blancs, etily a un trait cellulaire de même couleur. Puis
vient l'espace transparent comme en dessus ; enfin, de la côte
prés de l’apex part une bande noire bordée de jaune qui aboutit
près de l’angle interné. Inférieures rouge vineux, toutes les ner-
vures sont couvertes d’écailles jaunes depuis la base jusqu'à
ka tache en forme de champignon, qui est comme en dessus.
De l’apex à l’angle anal une bande noire bordée de jaune suit
le bord externe. La frange est entrecoupée de jaune comme en
dessus, mais il y a en plus une petite tache jaune précédant la
frange à l’endroit où devrait être la queue. Colombie, ma coll.
Heterusia Luteoradiata, n. sp., ® 56 mm. — Les #4 ailes
et le corps sont d’un brun noir uni. Les supérieures ont l’apex
prolongé. À 7 mm. de la base, aux supérieures, part une
bande jaune d’or de 4 à 5 mm. de large, qui traverse laile en
biais et vient finir à l’angle interne. Inférieures brun noir, sans
aucun dessin, La bande jaune se retrouve en dessous des
supérieures, dont la base est noire. La côte et l’apex des supé-
rieures, ainsi que toute la surface des inférieures, en dessous,
sont d’un rouge vineux strié de gris. Le corps est gris clair en
dessous. Costa-Rica, ma coll. J’ai recu (de Bolivie), lé œ* de
cette espèce. Il à 28 millimètres et est semblable à la ©, sauf
qu’en dessus des inférieures on voit 2 lignes étroites, jaune
d’or, la dre sur la côte, près de l’apex; la 2, toute droite,
part de la base et, suivant une nervure, vient sé perdre à
3 millimètres du bord externe.
Fidonia Incandescéns, n.5p.,c"22mm.— Antennésnoires,
pectinées. Palpes noirs, velus, corps noir. Aïles supérieures
brun chocolat, avec 3 bandes convexes brun plus clair, allant
de Ja côte au bord interne, Les 2 premières, assez minces,
LE NATURALISTE
partent de la côte à 3 ef 5 mm. de la base, la 3° prend nais-
sance à la côte à 4 mm. de l’apex. Elle est droite intérieure-
ment, mais convexe extérieurement, Elle a 2 mm. d’épaisseur
vers le milieu de son parcours et s’amincit ensuite pour finir
tout près de l'angle interne. Frange brune. Inférieures rouge
feu, avec les poils du bord interne noirs, La frange du bord
externe est noire depuis l'angle anal jusqu’à mi-chemin de
l'apex; à partir de là elle est rouge. Dessous des supérieures
rouge feu, avec la côte et l’apex picotés de noir. Pas de bande
visible, mais une éclaircie jaune à la côte à 4 mm. de l’apex.
Frange noire. Inférieures rouge feu, parsemées d’une multitude
de petites écailles noires. Frange comme en dessus. — Char-
mante espèce, voisine de Scærala F. et R., mais cette der-
nière a une bordure noire aux inférieures. Chili, ma coll.
Descoreba? Rosalinda,n.sp., © 45 mm,— Antennes gri-
ses, pectinées. Ailes supérieures à apex aigu, prolongé. Thorax,
abdomen et ailes supérieures gris, frange concolore. Aïles
inférieures roses, avec la frange gris rosé, et les poils lon-
geant le bord abdominal blancs. De la côte des supérieures,
près de Papex, part une ligne de points mal indiqués, violets,
qui sé continue aux inférieures sous la forme d’un trait violet
traversant l’aile jusqu’au bord abdominal. Entre cette ligne et
le bord externe (aux inférieures) on voit une ligne de points
violets. Un trait cellulaire de même couleur. Dessous des
4 ailes gris clair, avec la base et toute la partie avoisinant les
bords interne et abdominal, blanche. Une ligne subterminale
de points gris à chaque aile. Un point cellulaire aux inférieures,
un trait cellulaire aux supérieures, près duquel naït une grande
tache noir violacé, qui s’étend jusque près du bord externe.
Corps blanc en dessous. Brésil, 2 ©*, ma coll. — Je rapproche
cette espèce de Descoreba simplex Butler, du Japon, mais elle
pourrait peut-être faire un genre à part.
Perigramma Religiosa, n.sp.,c* 28 mm.— Antennes noi-
res, pectinées. Ailes supérieures, depuis la base jusqu’à plus de la
moitié de l’aile, blanches, sauf la côte qui est, avec un prolon-
gement anguleux interne, grise depuis la base jusqu’à 9 mm.
Tout le reste de l’aile est occupé par une bande irrégulière gris
noir, partant de la côte à 8 mm. de lPapex, remplissant tout le
bord externe et se terminant au bord interne à 3 mm. de
l'angle interne. La nervure sous-médiane est marquée de gris
depuis la base sur une longueur de 4 mm. Une petite ligne gris
clair, parfois nulle, presque droite, située sur la partie sombre
de l'aile, va de l’apex au. bord interne, en longeant le bord
externe à 2 mm, de la frange, qui cest sombre comme le fond.
Inférieures entièrement blanches, sauf une bande gris noir de
3 mm, de large, égale dans tout son parcours, qui garnit tout
le bord externe et est arrondie comme lui. Frange grise, ainsi
que les poils du bord interne, ce dernier est parfois teinté de
gris. Corps gris. Dessous des ailes semblable au dessus, sauf
que les parties gris noir sont plus foncées. De plus, aux supé-
rieures, l’apex est légèrement blanc, et la petite ligne qui longe
le bord interne, en dessus, n’est pas visible. La côte des infé-
rieures est finement bordée de noir. Le bord interne (des
inférieures) est assez largement bordé de noir, et une petite
ligne blanche se trouve entre la frange et cette bande noire.
Pérou, ma coll, 3 ©.
Perigramma? Theodora, n, sp., ©? 50 mm. — Antennes
filiformes. Ailes supérieures blanches, avec les nervures légère-
ment teintées de brun pâle et un trait cellulaire de même cou-
leur, La côte est lavée de brun clair, et l'apex recouvert d'une
bande oblique de même couleur qui part de la côte à 10 mm.
de l’apex et vient se terminer au bord externe à 5 mm. de
’angle interne. Frange brun pâle. Inférieures blanches, avec
l’espace avoisinant le bord externe légèrement picoté de brun
pâle et la frange de cette dernière couleur. Front jaune serin,
avec 2 petits toupets de poils de même couleur, épaulettes
brunes, ptérygodes brun päle avec l’extrémité blanche, corps
très robuste blanc lavé de brun très pâle. Dessous des supé-
rieures blanc, avec les nervures et un latge trail discoïdal,…
bruns; la cellule est picotée de brun, La côte et la tache de
l’apex, brunes comme en dessus, sont picotées de brun plus
foncé. De plus, une ligne, formée de points nervuraux bruns
irès apparents, part de la côte à 3 mm, de l’apex et longe le
bord externe à égale distance, mais elle disparaît là où l'aile
devient blanche. Inféricures brun clair, entièrement picotées
de brun plus foncé, avec une ligne très arrondie de points ner-
vuraüx bruns, longeant le bord externe à 5 mm. environ. Be»
dernier de cés points est remplacé par un trait et touche le.
bord interne, qui est blanchâtre. Frange brun pâle, sauf la par
tie correspondant aux nervures, qui est brun foncé. — Cette
espèce fait peut-être un genre à part. Pérou, ma coll,
LE
NATURALISTE 231
Nipteria Semigrisea, n. sp., 52 mm. — Antennes noires,
pectinées, Ailes supérieures blanc grisätre, traversées par deux
lignes, la {re grise, peu apparente, presque droite, part de la
côte à 10 mm. de la base et vient aboutir au bord interne à
8 mm. de la base. La 2° gris brun, droite, part de la côte à 8 mm.
de l’apex et rejoint le bord interne à 8 mm. de l’angle interne.
De plus, le bord externe est assez largement lavé de gris brun,
sur lequel se dessine un liséré subterminal blanchätre. La côte
est légèrement teintée de gris, la frange est brune. Inférieures
blanches, traversées au milieu par une ligne gris brun toute
droite, Le bord abdominal est gris depuis la base jusqu’à la ligne
nommée plus haut, puis blanc jusqu'à l'angle anal. La frange
du bord externe est grise, avec l'extrémité des poils blan-
chätre. L’extrémité des nervures est grise. Front gris, thorax
gris blanc, premier tiers du corps blanc, le reste gris. Dessous
des supérieures blanc, avec la côte, la seconde ligne et le bord
externe, gris brun. Une petite bande gris clair à lapex. La
{re ligne (l’extrabasilaire) ne se voit pas. Inférieures blanches,
avec la ligne centrale gris brun. Une bordure gris brun, étroite,
suit le bord externe, mais elle est éclairée de blanc avant la
frange, qui est gris pâle. La côte est grisâtre, ainsi que les
nervures qui l'avoisinent. Pérou, ma coll, 2 C*. — Cette même
espèce, dans l'Equateur, a tous les dessins et lignes très mar-
qués, uoirs. Les lignes sont plus larges, ce qui {ui donne un
aspect un peu différent. On voit, en outre, une large bordure
noire au bord externe des inférieures, en dessus et en dessous.
Nipteria Minor, n. sp. C* 35 mm. Très voisine de « pana-
ceéa » nobis, mais plus petite et plus pâle, blanchâtre. De plus,
aux supérieures, en-dessus, on voit une 2e ligne partant de la
côte à 5 mm. de la base et rejoignant le bord interne. Cette
ligne est surtout visible sur les nervures. Aux inférieures, on
voit une ligne courbe faisant suite à la subterminale des supé-
rieures ; elle traverse l’aile et au milieu se trouve à 5 mm. du
bord externe. Un gros trait cellulaire aux supérieures, un pe-
tit aux inférieures. Dessous comme chez « panacea ». Pérou,
ma coll. +
Nipteria Erigone, n. sp. ©* 40 min. Très voisine égale-
ment de « panacea », et gris souris comme elle, mais la sub-
terminale part de la côte à 5 min. de l’apex et aboutit au bord
interne à 1 mm. de l’angle interne. Pas de ligne visible aux
inférieures. La ligne des supérieures se reproduit en dessous,
et les inférieures sont traversées en dessous par une ligne
courbe distante de 5 mm. du bord externe. Pérou, ma coll.
Nipteria Tapponia, n. Sp. C* 40 mm. Antennes peclinées.
Aiïles gris très clair, les supérieures à apex aigu. La côte, à
7 mm. de la base, est marquée d’un commencement de ligne
grise; puis vient un trait cellulaire, et enfin une ligne droite
qui part de la côte à 4 mm. de l’apex et vient aboutir au bord
interne à 5 mm. de l'angle interne. Une ligne presque droite
traverse entiérement les inférieures à 6 mm. du bord externe.
Dessous plus clair que dans les espèces précédentes, avec la
répétition des lignes du dessus et un trait cellulaire aux 4 ailes.
Brésil, ma coll.
Hygrochroma Viola, n. sp. c*' 35 mm. Voisine de « Ne-
mora » Druce. Antennes pectinéces. Ailes blanc jaunâtre, tra-
versées par une ligne droite, non ondulée, partant de lapex
des supérieures et finissant au milieu du bord interne des infé-
rieures. Cette ligne est jaune verdâtre et est éclairée en dehors
dans tout son parcours par une fine ligne blanche qui elle-
même est ombrée en dehors de noirâtre, surtout aux supé-
rieures. Deux traits obliques, jaune verdâtre, partent de la
côte des supérieures, le 1er à 5, le 2€ à 10 mm. de l’apex et
vont vers le bord externe ; mais ils sont courts, le 4er à 2 mm.,
le 2e, 4. Une ligne de même couleur part de la côte à 5 mm, de
la base. Elle va d’abord vers le bord externe, mais au tiers de
son parcours elle fait un angle droit et vient aboutir au bord
interne à 4 mm. de la base. Toute la partie qui longe le bord
externe, aux supérieures, est gris noiratre, éclairée d’une ligne
de taches violettes situées entre chaque nervure, Un petit point
cellulaire noir. On xoit aux inférieures une ligne ondulée blan-
che, assez vague, ombrée de jaune intérieurement, Elle part
de l'apex, qui est légérement noirâtre, et vient aboutir à
l'angle anal. Pas de point cellulaire aux inférieures. Les ailes
sont inégalement striées de gris à la base, à la côte et vers
Vangle interne des supérieures, et aux inférieures près de la
ligne centrale. Frange des supérieures grise, des inférieures
jaune verdâtre. Corps blanchâtre, jaune ensuite. Dessous
jaune serin, la base des supérieures est fortement striée de
brun jusqu’au point cellulaire qui est plutôt un trait. La ligne
droite du dessus traverse également les 4 ailes, mais elle est
sunplement noire. Le bord externe des supérieures est large-
| ment teinté de gris noir, et à la côte près de l’apex on voit une
teinte de rouille. Frange grise. I/apex des inférieures est noi-
râtre, et donne naissance à uneligne roussâtre, peu marquée,
qui va rejoindre l’angle anal, en longeant le bord externe.
Frange jaune, grise à l’apex. Province dé Cauca (Colombie),
ma coll.
Nota. — Dans le « Naturaliste » du 15 septembre 1892, au
sujet d’« herbita capucina », après la phrase : « Aux infé-
rieures se voient 2 lignes droites », etc.; ajouter : l’une tra-
verse les ailes dans leur milieu, l’autre longe tout le bord ex-
terne de très près (2 à 3 mm.), mais sans avoir sa courbure, —
Au sujet de « Cidaria Fima », il faut lire : les supérieures ont
1 bandes vert olive, au lieu de : 7 lignes. — A propos de « Dre-
panodes Valeria », lire : les lignes extrabasilaire et subtermi-
nale des supérieures, et la ligne des inférieures, sont étroites
et un peu plus foncées que la couleur du fond. Il est bon de
noter également que la subterminale des supéricures, qui
forme un angle près de la côte, est ensuite droite jusqu'au
bord interne, quoique sa direction soit oblique. — Quant à
« Nipteria panopea », il y a des individus dont tout le fond
des ailes est blanc sale, avéc une bordure grise aux 4 ailes,
n'ayant que de 3 à 5 mm., suivant la place, mais c’est bien la
même espèce. Les « Nipteria » varient tellement d’wx individu
à Pautre de la méme espèce qu’il est très difficile d’en donner
une bonne description.
P. Taierry-Miec.
Thalera Spumosaria, n. sp. — 25 millimètres. Supéricures
un peu allongées, à bord terminal droit, inférieures avec un
angle central. Dessus des quatre ailes d’un blanc brillant,
semé de marbrures et avec des lignes vert d’eau, savoir : aux
supérieures deux lignes transversales presque droites, assez
larges, à peu près au premier et au second tiers de l’aile, Aux
inférieures, la première ligne manque, le point cellulaire la
remplace et la seconde ligne fait un coude prononcé précisé-
ment en face de l'angle central. Côté jaune coupé de vert,
franges blanches marbrées de vert d'eau comme le fond des
ailes, dessous blanc verdâtre brillant, sans dessin apparent,
avec la frange concolore et une légère teinte rosée à la base
et à la côte des supérieures,
Antennes, pectinées jusqu'aux extrémités, vert rosé ; palpes
et front jaune olive ; vertex, collier et thorax vert mélangé de
blanc; dessus de l’abdomen, dessous du corps et pattes, jau-
nätres.
Deux spécimens dont un bien frais, de Loja, 1891.
Thalera Eximia n. sp. — 23 millimètres. Supérieures à
bord terminal un peu arrondi. Inférieures avec un angle cen-
tal. Dessus des quatre aïles vert foncé uniforme, chaque aile
contenant un petit point cellulaire brun et deux lignes jau-
nätres ; la première, extrabasilaire, arrondie ; la seconde, coudée
au delà de la cellule dans les supérieures et en face de l’angle
central dans les inférieures. Côte brune, bord terminal des
ailes liséré de brun, franges brunes coupées de jaunâtre,
Antennes ciliées brunes, pales et front jaune terne, ptéry-
godes vertes, dessus de l'abdomen et dessous du corps jau-
nalres.
Un ©" des environs de Loja, 1889.
Anisodes Melanochrysus n. sp. — ©* 40 © 46 milli-
mètres. Dessus des ailes d’un beau jaune foncé presque entié-
rement envahi par des slries et des dessins lice de vin,
Ceux-ci sont formes : 1° d’une large bande centrale commune
contenant à chaque aile le point cellulaire noïr, et 2 d’une
ligne subterminale contenant une série de points noirs, bien
indiqués dans la Q. Côtes et franges lie de vin. Cette espèce,
comme beaucoup du même genre, doit étre extrèémement va-
riable. Dessous des quatre ailes jaune terne avec les dessins
du dessus brun pâle. Antennes filiformes. Thorax couleur du
dessus des aïles; corps et pattes comme le dessous,
Un o” pris en octobre 1886 à Loja, et une © de la méme
localité, 1890.
Sterrha Virgenpamba n. sp. — 27 à 29 millimètres.
Supérieures à apex aigu et légèrement falqué. Dessus des supé-
rieures jaune citron, ochracé dans quelques exemplaires. Une
première ligne incomplète part du bord interne et s’arrète vers
le milieu de l’aile. Cette première ligne manque dans plusieurs
exemplaires. La seconde, dont le point de départ est à peu
près le centre du bord interne, traverse l’aile en faisant un
coude à la hauteur de la cellule. Dans six des individus que je
possède, ces lignes sont brun ochracé, et extérieurement à la
seconde ligne: Paile est plus ou moins marquée de jaune fer-
238
LE NATURALISTE
rugineux, avec les franges concolores. Dans un septième indi-
vidu, cette seconde ligne et presque toute la partie extérieure
de l'aile ainsi que les franges sont d’un beau rose vif. Enfin,
un huitième spécimen n'indique qu’une trace de la ligne prin-
cipale en rose. Il est donc probable que cette espèce varie
comme notre Sacraria européenne. Dessous des supérieures
comme le dessus, mais en teinté atténuée. Inférieures blanc
crème, franges concolores. Antennes péctinées dans le ©”, fili-
formes chez la ©.
Cinq «* et trois © des environs de Loja, 1887 et 1891.
Erateina Tibicina, n. sp. — 31 millimètres. Supérieures à à
bord terminal arrondi, inférieures étroites, oblongues et éga-
lement arrondies. Dessus des quatre ailes noir mat avec une
tache blanc jaunâtre sur chaque aile. Aux supérieures cette
tache, médiane, oblongue, s'étend très peu sur la cellule puis
surtout entre les 4, 3 et 2; aux inférieures elle se rapproche
plutôt du bord abdominal, s'arrondit davantage, commence
après la cellule et se place entre les 4, 3, 2 et 1. Milieu des
bords internes bordé de blanc jaunâtre. Franges noires. Des-
sous des ailes comme le dessus maïs les taches sont mieux dé-
limitées ; en outre chacune de ces taches est réunie à la côte
par un trait jaunâtre, la partie interne des supérieures est en-
tiérement blanche, enfin les inférieures sont finement bordées
de blanc et ont les nervures blanches puis un petit point jaune
au-dessus de l'angle anal. Le lobe appendiculaire a le centre
noir et une large bordure blanche. Tête, thorax et antennes
noirs, collier avec quelques poils jaunes, abdomen noir fine-
ment annelé de blanc et une touffe de poils blanc jaunâtre à son
extrémité.
Un c* pris à Loja en aout 1886.
Cette espèce se place à côté d'Erateina Siliquata Gn.
Nipteria Aethiopissa n. sp. — 53 à 59 millimètres. Aïles
entières, supérieures un peu allongées, inférieures arrondies.
Dessus des quatre ailes noir brun uniforme, les supérieures
traversées par une large bande blanche, généralement amincie
vers l’angle interne; cette bande n’atteint ni ce dernier ni la
côte. Les inférieures sans autre dessin qu’une bande subter-
minale plus foncée, fondue dans le fond de l'aile. Franges abso-
lument concolores. Dessous d’un noir plus pâle que le dessus
avec les nervures bien marquées en noir foncé; les supérieures
avec la partie centrale interne de l’aile blanche (la côte reste
noire) un point blanc à la base et une éclaircie blanchätre à
l’apex. Inférieures avec une ligne subterminale de chevrons
blanchäâtres, un point cellulaire noir à cheval sur un trait blan-
châtre et deux points basilaires blancs. Dans plusieurs spéci-
mens ces dessins se distinguent à peine. Trompe jaune, palpes,
tête, antennes {pectinées), thorax, abdomen et pattes noir brun.
Huit spécimens des environs de Loja, 1885 à 1890.
Cette espèce se place peut-être à côté de Cosmetodes Joaria
Gn. que je ne connais pas.
Nipteria Sororcula n. sp. 44 millimètres. Cette espèce,
à part la ‘taille, ressemble en dessus tellement à la précédente
qu'au premier abord on pourrait les confondre mais les dessous
différent totalement. Dans Sororcula le dessus est le même que
dans Aethiopissa, la bande transversale blanche étant pourtant
un peu plus étroite et plus droite que dans la plupart des spé-
cimens de cette dernière espèce. Mais les dessous sont fort dif-
férents. Alors que, dans Aethiopissa, toute la partie centrale
interne de l’aile est blanche et la côte noire, les supérieures,
dans Sororcula, sont traversées entièrement par une simple
bande blanche bien délimitée. Cette bande, qui coupe la côte un
peu avant le milicu, s’élargit aussitôt après la cellule et atteint
le bord interne avant l’angle. Un trait plus clair part de la
côte à la limite de la cellule, et l'apex n’est marqué d'aucune
tache. Franges concolores.
Comme dans Aethiopissa le dessous des inférieurs a l’indica-
tion d'une bande sinuée blanchâtre, subterminale ; mais ces ailes
sont en outre marquées, dans Sororcula, d’une ligne transver-
sale noire, zigzaguée, très nette et coupant l’aile en deux, le
point cellulaire noire restant à l'intérieur de cette ligne. Le
reste comme dans Aethiopissa sauf le dessous du corps, plus
clair,
Un c7 des environs de Loja, 1889.
Nipteria Tironaria, n. sp., 34 millimètres. — Petite esp ce
encore fort voisine des deux précédentes. Dessus d’un noir pro-
fond uniforme avec la bande usuelle blanche aux supérieures,
Cette bande située entre la côte et l'angle interne n'’atteint tou-
jours ni Pun ni l’autre : elle est droite et plus arrondie que dans
les deux espèces précédentes. En dessous, cette bande reparait
à la même place, cesse un peu plus près de l'angle interne qu’en
dessus ct se prolonge jusqu’à la côte. Reste de l’aile noir gris,
apex teinté en clair. Dessous des inférieures d’un noir eris un
forme avec une ombre transversale plus foncée, notamment à la
place du point cellulaire. Franges concolores.
Trompe jaune. Palpes, tête, antennes (pectinées), corps ct
pattes de la couleur du fond. g
Deux c* des environs de Loja, 1890.
Nipteria Pellucenta, n. sp., 35 à 38 millimètres. — Bord
terminal assez droit aux supérieures, arrondi aux inférieures.
Ailes semi-transparentes ; les supérieures d’un blond roux pâle
uniforme avec la côte ct la frange plus claires et deux lignes
sombres transversales assez droites coupant l'aile aux premier
et second tiers environ et plus rapprochées l’une de l'autre au
bord interne qu’à la côte. Ces lignes ne sont distinctes que
dans les individus bien frais, et leur écartement varie quelque
peu suivant les individus. Inférieures blond pâle uniforme avec
la frange concolore. Dessous comme le dessus, maïs plus pale)
aux supéricures.
Palpes, antennes (pectinées),
ns
5 o* pris dans les environs de Loja, de 1889 à 1891.
Ne Costistigmata, n. sp., #8 à 50 centimètres. —
Dessus des quatre ailes d'une jolie teinte gris brun mordoré,
uniforme; les supérieures avec un trait brun à l'extrémité de la
cellule et deux taches costales brunes, également éloignées du
trait cellulaire, l’une vers la base, l'autre vers l’apex. Inféricures
avec les dessins du dessous se voyant par transparence. Franges:
concolores.
Dessous des supérieures avec le centre comme au-dessus;
mais la côte et le bord terminal plus mordorés et couverts de
stries brunes. Dessous des inférieures également d’un mordoré
plus soutenu, entièrement couvert de stries, avec le point cel=
lulaire bien marqué et, extérieurement à lui, une ligne arrondie
de taches brunes. Franges d'un mordoré souténu.
Trompe jaune, vertex cireux et jaunâtre, tête, antennes (pec=
tinées sauf aux extrémités), thorax, corps et pattes gris brun.
Trois c* des environs de Loja, 1887 et 1890.
Nipteria Secturata, n.sp., 53 millimètres. Bord terminal.
des quatre ailes très légèrement anguleux. Dessus des quatre
ailes d’un gris blond uniforme, sans autre dessin que les lignes
transversales du dessous qui semblent même ne se voir que
par transparence. Côtes des supérieures d’un ton plus souten
notamment à la base.
Dessous des aïles gris, scuné d’atomes bruns mordorés. Les
supérieures avec un petit point situé à l’extrémité supérieure
de la cellule et une ligne transversale brune, à peu près droite;
partant du milieu du bord interne pour atteindre la côte un peu
avant l’apex. Inférieures partagées en deux par une ligne égas
lement brune, traversant l’aile du milieu du bord abdominalà
l’apex et avec la cellule plus claire, marquée de brun des deux c
côtés à partir de la base. Franges concolores, dessus et des=
sous.
Trompe jaune pâle. Palpes, tête, antennes (pectinées), thos
rax et pattes gris cendré; abdomen gris blond. 1
Un ©* pris aux environs de Loja, 1891.
Nipteria Dividua, n. SP, 31 millimètres. — Dessus d’un gr
soutenu avec la partie supérieure de la côte, le bord termina
et la frange blanchâtres dans les supérieures. Celles-ci onten
outre un point eellulaire et quelques petites taches brunes
l’apex. Inférieures avec le point cellulaire à peine distinct et la
frange blanchâtre coupée de brun à l'extrémité des nervuress
Dessous des supérieures blanchätre avec la côte et l’apex un
peu ferrugineux et striés de brun. Une ligne droite d'unbr
ferrugineux part du milieu du bord interne et atteint Pap
marqué d’un gros point noir. Dessous des inférieures gris s0
tenu, entièrement strié de brun et traversé dans son mili
par une large ligne brun foncé qui part du milieu du bord abs
dominal pour atteindre le bord terminal un peu en dessous de
l’apex. Franges comme en dessus. Le dessous des quatre aile
avec le point cellulaire bien indiqué,
Trompe jaune cireux, vertex jaunâtre; palpes, tête, antenné
(pectinées jusqu'aux extrémités), thorax, corps et pattes g gris.
Un ©! des enxirons de Loja, 1889.
Les lignes transversales droites du dessous donnent à cc
espèce ainsi qu'à la précédente un aspect tout particuliers
P. DocniN.
4
tête, thorax, corps et pattes
Le Gérant: ÉmizEe DEYROLLE.
PARIS. — IMPR: F. LEVÉ, RUE CASSETTE, 17.
14 ANNÉE
PISTES D'ANIMAUX SUR UN ÉCHANTILLON DE GYPSE
DE MONTMORENCY
. M. Alphonse Milne Edwards a récemment fait don au
“laboratoire de géologie du Muséum de très nombreux
% échantillons provenant des collections de M. J. Desnoyers,
F et dont beaucoup ajoutent à leur grande valeur historique
4
Ÿ
“un très sérieux intérêt scientifique. Dans cette série figu-
Ë rent des blocs de gypse des carrières de Montmorency
. présentant à leur surface des traces de pas d'animaux.
| Nos lecteurs ont sous les yeux le portrait d’un de ces
spécimens maintenant exposés dans la galerie publique
du Jardin des plantes, On y voit des files linéaires
d'accidents équidistants, les uns simplement arrondis,
| les autres rayonnants et tout à fait analogues aux traces
Pur : un sol vaseux.
« L'échantillon représenté est un des plus nets, peut-
«C'est en 1859 que M. Desnoyers informa la Société
ologique de la trouvaille de ces pistes.
«Moici, dit-il, comment j'ai été mis sur la voie de
cette découverte : depuis longtemps, le désir de vérifier
É place le mode d'enfouissement des ossements fos-
: qu'on trouve en assez grande abondance dans les
« plâtrières de la vallée de Door, m'a fait visiter
fréquemment ces carrières et m'a mis à même de pré-
- server de la destruction un grand nombre de débris in-
téressants de ces animaux. Je ne tardai pas à m'aperce-
= woïir que les points les plus riches en ossements, que les
_ surfaces mêmes sur lesquelles des portions de sque-
lettes ou même des squelettes entiers de mammifères et
d'oiseaux avaient été déposés, contenaient aussi des ca-
_ _ LE NATURALISTE, 46, rue du Bac, Paris.
9° SÉRIE — N° 135
ee ——_————…—…———…—…—…—…—…—"—…—"—"—"—"—"—"""—"… —"—"—"—"——"——————
+6) wités en forme d'amandes, disposées par groupes et se re-
15 OCTOBRE 1892
produisant à de certaines distances parfois régulières.Ges
sortes d'amandes étaient toujours imprimées en creux
à la surface supérieure du banc et en relief à la surface
inférieure des bancs supérieurs. Leur forme ét leur gros-
seur étaient très variables ; elles atteignaient quelquefois
plusieurs centimètres de profondeur et de diamètre.Elles
n'étaient jamais complètement détachées des bancs de
plâtre: elles faisaient corps intime avec eux et ne pou-
vaient être, par conséquent, un objet étranger, un fos-
sile quelconque enveloppé dans la pâte du gypse. Elles
ne pouvaient être non plus une concrétion gypseuse, ou
une agrégation minérale comparable aux sylex ménilites
ou aux nodules de strontiane des marnes du même ter-
rain, puisque la partie concave était toujours sur la face
supérieure des couches et la partie convexe toujours en
saillie sous la face inférieure du banc superposé. On en
devait conclure au contraire qu’elles représentaient une
| Gypso saccharoïde présentant à sa surface la trace de pistes laissées par des animaux. Echantillon du Muséum, collection
J. Desnoyers. Moitié de la grandeur naturelle,
j impression passagèrement laissée et ainsi reproduite en
relief, au contact de certains bancs. »
Après avoir hésité longtemps sur la signification de:
ces traces, M. Desnoyers remarqua entre les groupes
d amandes des traïnées sinueuses qui ressemblaient à la
trace qu'aurait laissée la queue d’un animal rampant, tel
que les reptiles ou les batraciens.
A force de rechercher, l’auteur rencontra, outre les
traces simplement amygdaloïides, des empreintes d’une
forme définie pouvant être reconnue. Par exemple il en
était de bisulquées de facon à rappeler l'impression
qu’eût laissée sur un sol moule pied des anoplotherium,
De plus grands, soit en creux, soit en relief, partagés en
plusieurs lobes et terminés par des phalanges unguéales,
représentaient complètement les grands doigts des
Ornithichnites si bien étudiés dans le trias du Connecti-
cut par MM. Hitchcock et Deane. D’autres, analogues à
celle qui est ici-même représentée, formée de trois
doigts fort allongés articulés et garnis d’ongles très
pointus, rappelaient la conformation des grands ou des
petits échassiers.
Plusieurs empreintes offraient d’une manière évidente
la forme de pieds de carnassiers plantigrades de diffé-
rentes tailles, « L'une d’elles, dit l’auteur, de la taille
d’un grand chien, avec un large talon, quatre doigts
bien séparés et la trace d’un pouce arrondi, détaché la-
téralement du reste du nied, me représentait le carnas-
sier qu’on a rapporté au genre Pterodon et dont une mà-
choire a été découverte dans les plâtrières de Sannois. »
Comme les traces de reptiles paraissaient être les plus
nombreuses, M. J. Desnoyers s’adjoignit la collaboration
du professeur Auguste Duménil pour en tenter la re-
production artificielle, Grâce aux ressources offertes par
la ménagerie du Muséum on fit marcher ou ramper
divers animaux, tortues, lézards, crocodiles, sur des
vases amenées à un état convenable de consistance, et
on obtint des reproductions tout à fait satisfaisantes des
pistes de Montmorency. C'était, comme on le voit, inau-
gurer une méthode de recherches qui a été reprise avec
éclat dans ces derniers temps par plusieurs savants et
spécialement par M. Nathorst ; il est juste d’en rappor-
ter l’honneur à nos compatriotes.
Depuis l’époque où M. Desnoyers a fait son importante
publication, on n’a guère contioué l'examen des pistes
que peuvent offrir les roches des environs de Paris. C’est
certainement un grand tort et il nous a paru utile d’ap-
peler sur ce sujet l’attention des observateurs.
Stanislas MEUNIER.
LA PEAU DES SERPENTS
A la suite de l’articie publié par M. le docteur Bougon
dansle numéro du 1 octobre du Naturaliste, je crois devoir
vous transmettre mes obvervations au sujet des change-
ments de peau des ophidiens, qui répondent du reste à
son article ou plutôt à sa note complémentaire.
J'habite une région où les divers serpents de France
sont nombreux; toutes les espèces s’y trouvent à peu
près surtout dans les vipères, berus, aspis.
Je trouve tous les ans en nombre des épidermes de
serpents. Et j'ai fait Les remarques suivantes :
Ces dépouilles sont le plus souvent, je dirai presque
toujours, des dépouilles de couleuvres à collier. Je n'ai
jamais trouvé de dépouille de vipère. On les rencontre
un peu partout, jamais en terrain uni, on verra pourquoi
tout à l'heure. On les rencontre dans les endroits expo-
sés au soleil, l'instinct de l’animal doit le porter sans
doute à rechercher une chaleur qui lui permette en sé-
chant rapidement l’épiderme prêt à se décoller, de re-
prendre de suite son état normal extérieur. Dans les
étés froids, humides ou souvent orageux, le décolle-
ment doit se produire plus difficilement, par mouve-
ments brusques et par contractions, Ce qui semble
le prouver, c’est que l’on trouve par ces étés-là des dé-
pouilles contournées, enlacées à des racines, présen-
tant de nombreuses cicatrices et toujours plus ou moins
tronquées. Les étés chauds elles sont plus nettes, sou-
vent absolument intactes et presque toujours sans traces
de coupures. La queue seule dans ce cas est presque
toujours brisée à l'extrémité. L'animal n'ayant pas de
contractions violentes à faire se contente alors du
simple point d'appui donné par sa queue appuyée contre
une racine, une pierre, un objet quelconque.
Il se produit alors deux cas dont l’un, je crois, servira
de réponse à l’article de M. Bougon, 1° la queue sera
LE NATURALISTE
brisée par celui qui voudra prendre la dépouille, ou ®
elle se sera brisée d’elle-même au moment où l'animal,
quittant son point d'appui, sortira de cette dépouille, au
moment précis où la queue aura dépassé le point d’ap-
pui en lui laissant sa dépouille. Seul alors l’épiderme
de cette queue subira, sans être retenu intérieurement,
la traction de tout le corps.
Pour répondre à la petite note en bas de la page, je
dirai que j’ai conservé longtemps une dépouille de cou- “
leuvre à collier absolument intacte, des plombs dé
chasse versés par la gueule s’empilaient à l'extrémité de
la queue comme dans un sac. Elle mesurait 0,87 et pro-
venait de la Dordogne, J'avais trouvé cette dépouille
placée horizontalement sur le mur d’une terrasse. Seul
le bout de la queue disparaissait dans une fente du
mur.
Vte DE Bony.
NOTE SUR LA TERAS FERRUGANA, S. V.
(Papillon du groupe des Tordeuses)
Je me serais décidé difficilement à parler de cette tor-
deuse si vulgaire, si je n’y avais été invité pour deux
motifs :
Nous n’avons pas une bonne description de sa chenille,
voilà le premier; tout récemment on a classé sa che-
nille parmi les chenilles gallicoles, — ce qu’il m’est im-
possible d'admettre, — voilà le second.
Quelques mots d’abord sur l'historique de cette
Teras.
La Teras ferrugana a deux générations par an : la pre-
mière en juillet, la seconde en octobre. La génération
de juillet vit peu de temps : quinze jours, trois semaines
tout au plus.
Les chenilles qu’elle donne vivent en août et sep-
tembre. La génération d'octobre vit au contraire bien.
longtemps — pour un papillon — puisqu'elle passe l’hi-
ver, cachée par terre ou sous les feuilles, ou appliquée À
contre les branches des arbres, et revole en avril et mai.
Les chenilles qui en proviennent vivent en juin.
On peut considérer la chenille de la Teras ferrugana
comme à peu près polyphage, mais ses végétaux de prédi=.
lection sont surtout le bouleau et le chêne. Elle estbeau-
coup plus commune en septembre qu’en juin et on doit
la regarder comme nuisible aux forêts. Ce sont prin=
cipalement les jeunes taillis de deux ans qui ont le plus
à souffrir de ses ravages. Quand on parcourt les bois à
cette époque de l’année, il est bien rare de rencontrer À
de ces jeunes repousses de bouleau qui ne soient infés"
tées de cette bestiole. ;
Rien n’est plus aisé que de reconnaître sa présence
Voit-on à l’extrémité des branches les feuilles TéMASESS
en paquets, liées grossièrement par quelques fils de soie,
déchiquetées, Le à l'intérieur par des excréments »
On peut, sans risque de se tromper, dire : Voilà l’œuvre %
de la Teras ferrugana. 2
Surle chêne, cette chenille agit un peudifféremment. Soit
que les feuilles soient trop grandes ou trop dures et pré 1
sentent trop de résistance pour pouvoir être réunies el
paquet, soit pour tout autre motif, la chenille de ferme
gana se contente de rapprocher deux feuilles à plat, L
maintient par quelques soies et tisse entre ces deux
feuilles une galerie soyeuse, à tissu lâche et espacé, au 4
milieu de laquelle elle se tient presque constamment ét.
qu'elle agrandit selon ses besoins. Les deux feuilles
qu’elle a ainsi réunies sont bientôt attaquées et réduites
à l'état de tulle ou de dentelle,car la chenille a dévoré le
parenchyme et a respecté les petites nervules de la feuille.
C’est ainsi que les choses se passent généralement en
septembre; mais en juin, les feuilles de chêne étant très
tendres, la chenille de Teras ferrugana peut les lier en
paquet et les déchiqueter comme elle le fait pour le
bouleau.
Pour se chrysalider, cette chenille ne descend pas à
terre, ne cherche pas un trou, une ride d’écorce, comme
font tant de chenilles de tordeuses. Elle ne quitte pas sa
demeure et c’est au milieu de feuilles ajourées ou en
loques, parmi ses excréments desséchés et des fils de
soie entremêlés, qu’elle se métamorphose,
Telles sont, tracées rapidement, les mœurs de la che-
nille de la Teras ferrugana. Voici maintenant une des-
cription succincte de ses premiers états :
OEuf. — On sait que les œufs de la plupart des tor-
…deuses affectent la forme d’une calotte très aplatie, dont
la section verticale serait représentée par un arc de
cercle à corde très longue et à flèche très courte.
L'œuf de ferrugana est en forme de calotte pas préci-
sément ronde mais elliptique, Sa surface largement cha-
grinée a l'aspect de la peau de requin; elle est irisée,
Sa couleur est d’un blanc jaunâtre, Il est pondu isolé-
ment ou par petites plaques de deux à douze. Il éclôt
au bout de huit à dix jours,
Chenille. — Jeune, elle est d’un aspect vitreux, lais-
sant voir le vaisseau interne rougeâtre.
Adulte, elle mesure 12" environ de longueur, sur
199,5 de largeur. Elle est d’un vert tendre un peu jau-
nâtre, Le vaisseau interne paraît d’un vert plus sombre
par transparence de la peau,
Elle n’a sur le dos, ni lignes, ni taches; on ne voit que
quelques points luisants : les verruqueux (ils sont conco-
lores). La tête et l’écusson du premier segment sont d’un
noir brillant ; l'écusson est bordé antérieurement de vert
clairet divisé au milieu par une fine ligne blanchâtre; il
est ensuite appuyé de chaque côté de deux petites pla-
ques écailleuses, noirâtres, luisantes, superposées. En-
fin, le dessous présente une ligne ventrale blanchâtre
faiblement indiquée, mais suffisamment distincte. Le
clapet est de la couleur du fond; les poils sont blonds.
Chrysalide. — La chrysalide est d’un brun rougeûtre
etressemble à la plupart des chrysalides de Teras, avec
ses segments abdominaux armés de petites dents et son
—nucron assez large, coupé carrément et armé de pointes
chez les autres espèces.
Reste maintenant la question gallicole, si je puis parler
ainsi.
- I serait bien à souhaiter, quand ils parlent de lépi-
doptérocécidies, que les entomologistes établissent une
distinction entre les chenilles qui produisent des galles
et celles qu’on rencontre par hasard dans des galles, en
un mot entre les propriétaires de galles et leurs loca-
taires. Faute de prendre ce soin, les confusions demeu-
rent, les erreurs se perpétuent.
Parce qu'un certain entomologiste anglais, pour se
procurer telle ou telle espèce de micro, s’est avisé un
jour de récolter le plus de galles possible et a donné
dans un recueil anglais la liste des espèces qu’il avait
ainsi obtenues, il ne s’ensuit pas qu'il faille croire que
les chenilles de ces espèces aient vécu de ces galles :
“divergentes; mais ce mucron me paraît plus courbé que-
LE NATURALISTE 241
Em 0
elles n’en étaient que les hôtes passagers, s’y étaient
blotties, retirées, comme elles l’auraient fait dans un
morceau de bois, d’écorce, ou autre chose, pour passer
l’hiver et s'y métamorphoser,
C'est ainsi que je puis affirmer que les espèces sui-
vantes données comme gallicoles Grapholitha splendidu-
lana, Phthoroblastis argyrana fimbriana et Teleia lucu-
lella, vivent des feuilles de chêne, Steganoptycha corti-
cana vit de feuilles de chêne, d'aubépine, etc., et Gele-
chia scalella vit de bouleau. Elles entrent dans les galles
pour se chrysalider, comme elles pénètrent dans le bou-
chon de liège des tubes de verre où on les a placées, Je
l’ai constaté plus d’une fois.
Quant à la chenille de la Teras ferrugana, il faut abso-
lument la rayer de la liste des lépidoptérocécidies. Non
seulement elle ne produit pas de galle, mais elle ne
cherche même pas à se réfugier dans une galle, puis-
qu’elle se métamorphose à l'endroit même où elle a
vécu, parmi les feuilles qui l'ont nourrie.
Du reste, a priori, à la seule vue de cette chenille, on
peut affirmer qu’elle ne produit pas de galle, Les che-
nilles qui déterminent un renflement sur une partie
quelconque d’un végétal ont un facies tout particulier,
tandis que la chenille de la Teras ferrugana a sensible-
ment la même forme que celle des autres chenilles de
Teras : elle est aplatie sous le ventre avec la région stig-
matale légèrement carénée,
Ayant la même forme, elle a aussi les mêmes mœurs :
c’est-à-dire qu’elle vit dans des feuilles roulées ou at-
tachées ensemble,
P. CHRÉTIEN.
LES RACES DE L'INDE
LES SANTALS
Les Santals habitent le Bas-Bengale. On les rencontre
dans les montagnes qui confinent au Gange. Au nombre
d'un million environ, ils ont établi leurs villages dans
les jungles et dans les montagnes.
Le gouvernement du village est extrèmement simple.
Il est confié à un chef qui est le descendant du fondateur
du village, ou du moins est regardé comme tel. Celui-ci
est assisté par un adjoint, et ce qu’on pourrait appeler
un homme du guet,
Les garcons du village obéissent à des espèces d’offi-
ciers et demeurent jusqu’à leur mariage sous la surveil-
lance du chef et de son adjoint.
Chez les Santals, il n’y a pas de castes, mais seule-
ment sept tribus issues des sept fils de leur ancêtre.
Les fêtes, les chasseset les sacrifices ont lieu en commun.
Chose qui montre bien leur indépendance de la civilisa-
tion brahmanique : ils doivent prendre une épouse, non
dans leur tribu, mais dans une des six autres. L’amour
de la tribu est chez eux extrêmement vif. La plus grande
peine qu’on puisse leur infliger est de les chasser de la
tribu.
Les grands crimes sont punis chez eux de la manière
suivante : le coupable est relégué dans les jungles ; on
lui interdit le feu et l’eau.
Les moindres fautes sont pardonnées à la suite d’une
réconciliation avec la tribu. Le coupable obtient son par-
don dans une fête où il distribue aux hommes de son
clan du vin de riz en abondance.
242
LE NATURALISTE
Quant aux diverses cérémonies qui font époque dans
la vie d'un Santal, elles sont au nombre de six :
1° L’admission d’un nouveau-né dans la famille, A
cet effet, on observe un rite secret dont l’un des princi-
paux points consiste en ce que le père place sa main sur
la tête de l’enfant, en répétant le nom de la divinité an-
cestrale.
2° L’admission dans la tribu. Cette cérémonie est pu-
blique et a lieu trois ou quatre jours après la naissance
de l'enfant. On rase la tête de ce dernier et on boit en
commun le vin de riz.
39 L'admission dans la race. Quand l’enfant a atteint
sa cinquième année, on invite les amis de la famille, à
La religion des Santals est une religion toute de
crainte et de terreur. Ils ne voient partout que des
dieux méchants. Chaque race, chaque tribu, chaque fa-
mille a son dieu que tous doivent adorer. Ils recon-
naissent en outre une foule de démons, sans compter
les esprits des ancêtres auxquels ils font des offrandes,
les esprits des rivières, des puits, des montagnes et une
multitude d'êtres invisibles dont il faut apaiser la colère.
Le soleil paraît aussi être l’objet d’un certain culte de
leur part, En somme, leur culte est celui de la Nature.
Leurs dieux particuliers habitent les vieux arbres
appelés Sais. Ces arbres donnent à leurs hameaux un
aspect sombre et mystérieux. Ils se rendent propices
a CC
Groupe de femmes Kachin, en Birmanie.
quelque tribu qu’ils appartiennent, et l'enfant est mar-
qué au bras droit de points distinctifs.
4° L'union de deux tribus par le mariage. Cette céré-
monie est célébrée quand le jeune homme est en âge
de choisir la jeune fille, A la fin de la cérémonie, les
femmes du clan de la jeune fille broient du charbon de
bois brülant avec un pilon de la maison en signe du bri-
sement des premiers liens de la famille ; puis elles l’é-
teignent avec de l’eau, pour marquer la séparation de Ja
jeune épouse de sa tribu.
Les Santals respectent leurs femmes et ne prennent
presque jamais de seconde épouse, si ce n’est pour en
avoir un héritier.
5° La séparation de la race, Cette cérémonie, qui prend
place après la mort, consiste à brûler solennellement le
corps du défunt.
6° La réunion du mort avec ses pères. On fait flotter
autant que cela est possible, sur la rivière Damodar,
rivière sacrée de la race, trois fragments du crâne du
défunt.
ces divinités spéciales en leur offrant du sang de bouc;
de coq ou de poussin, Si le sacrificateur ne peut se pro=
curer d'animal, il en est réduit à offrir à ses dieux une
.fleur rouge et un fruit rouge.
Dans certains de leurs hameaux, de peur que la mau-
vaise chance leur fasse manquer l'arbre sur lequel re:
posent les esprits du village, ils dansent autour de tous
les arbres, et de la sorte, ils sont sûrs d’avoir rendu
hommage à leurs divinités.
Puisque nous parlons de Santals, le lecteur nous saura
gré de nous écarter de notre sujet et de pousser unes
pointe jusqu’en Birmanie, pour lui présenter un group@
de femmes Kachin, dont le costume est particulièrement
curieux. Il remarquera l'espèce de turban qui ceint leur
tête et leur costume notablement masculin. Entrer dans
des détails au sujet de leurs mœurs, nous écarterait de
l'Inde, à laquelle nous bornons nos notes ethnogras
phiques.
Hector LÉvEILLÉ.
ve
RER TV
Æ Ve re
al oÉT
La Bouche et les Organes buccaux chez lesArthropodes
(Suite et fin).
Si au lieu de nous souvenir des ouvrages classiques d’anato-
mie comparée, nous abordons la critique d’ouvrages spéciaux,
nous constatons encore l'insuffisance de la recherche.
Huxley dans son histoire naturelle de l’Ecrevisse ne se con-
tente pas de la terminologie ancienne, mais adopte quelques-
uns des termes créés par H. Milne Edwards ct en ajoute quel-
Ques-uns qui lui ont paru nécessaires. Il considère comme des
appendices de la tête, l’épistome, les mandibules et deux pai-
res de mâchoires ou maxillipèdes, ils feraient partie de la série
— des appendices thoraciques. Huxley veut qu’une ligne de dé-
“narcation soit tracée centre la tête ct le thorax cette ligne
étant située entre le somite qui porte les secondes mächoires
ct celui qui porte les premiers maxillipèdes.
Si, au lieu d'admettre cette division qui résulte d’un groupe-
ment artificiel des appendices entre eux, on examine de plus
près la disposition des organes, si on étudie chez l’Ecrevisse
(Moy. Figures ci-jointes) la position des insertions des appen-
dices céphalo-thoraciques, on remarque que les insertions des
“44 1. — S lèvre supérieure; © lèvre inférieure; K joue;
Le ,palpes labiaux; B ouverture buccale; Sé extrémité anté-
-— ricure du sternum.
# Fig. 2. — Les lettres ont la même signification que dans la fi-
sure précédente; € cc” ceinture calcifiée circum-buccale ou
—cpistadale. Un des palpes labiaux a été enlevé.
?
“naxillipèdes sont absolument comparables par leur position à
celles des membres ambulatoires, qu’elles sont situées successi-
“rement le long et tout près de la ligne sternale et que les insér-
mtions des mâchoires font suite à cette série. Les mâchoires sont
| rejetées dans une position plus latérale, mais non dans des plans
plus rapprochés de la bouche. La ligne transverse perpendicu-
lave au grand axe de l’animal et qui joint les insertions des
—mächoires les plus antérieures est dépassée en avant par
l'extrémité antérieure du sternum; tous ces appendices appar-
“tiennent à des somites sternaux ct déjà à ce point de vue ies
mächoires sont intimement groupées avec la série des maxillipé-
des; ct par suite avec la série des appendices ambulatoires.
D'autre part la structure des mäâchoires ne diffère pas
-morphologiquement de celle des maxillipèdes. Huxley sans
“entrevoir la contradiction avec lui-même s’évertue à démontrer
1eS ressemblances jusque dans le détail et sa démonstration,
quipoussée à l’extrème entraine l’homologation d’articles secon-
daives douteux, prouve cependant qu’il n’y à aucune raison
“d'établir unc ligne de démarcation entre les maxillipèdes et les
mäâchoires.
— Au point de vue physiologique onpourrait encore ajouter que
les maxillipèdes ont des fonctions masticatrices plus indiquées
que celles des mâchoires. Le troisième maxillipéde présente en
effet un deuxième article creusé à son bord interne d’une
gouttière large dont les deux bords sont armés d’une rangée
de crochets ou de dents. Les mâchoires au contraire ne sont
armées que de soies délicates qui ne paraissent pas capables
d'intervenir puissamment dans la division des aliments. Ce der-
mer argument n'aurait qu'une faible valeur s’il était fourni
autrement qu'à titre accessoire, mais une dernière preuve et
plus évidente est celle qui résulte de l'étude anatomique du
squelette de la bouche.
L’extrémité sternale antérieure dépasse, comme nous l’avons
si
AS » tit né
LE NATURALISTE
243
dit, la limite d'insertion des maxillipédes. Or à une faible dis-
tance en avant de cette extrémité commence une charpente
squelettique circum-buccale qui n’a été remarquée jusqu'ici par
aucun observateur, dont Huxley n’a apercu qu’une partie sans
comprendre ses rapports anatomiques. Il est nécessaire pour
arriver à la description de cette charpente squelettique d’établir
brièvement la description de la bouche de l'Ecrevisse et des orga-
nes qui méritent vraiment le nom de pièces de la bouche. Si
aprés avoir écarté les maxillipèdes et les deux paires de mà-
choires nous considérons les attaches .des mandibules, nous
remarquons qu’elles ont leur insertion dans une région fran-
chement céphalique et qu’elles sont articulées avec la carapace
antérieure préorale qui, dans la région voisine de la bouche,
mérite le nom d’Epistome. La bouche consiste en une ouver-
ture en forme de fente, dirigée dans Je sens du grand axe de
l'animal. Cette fente un peu élargie antérieurement est limitée
en avant par un lobe charnu en forme de cœur, en continuité
de tissu avec les piliers musculeux quilimitentla fente latérale-
ment. Ce lobe charnu est la lèvre supéricure, situé par consé-
quent au-dessous des mandibules et avec elles dans une posi-
tion postérieure à celle de l’épistome. C’est à dessein que nous
évitons la dénomination de labre pour éviter une confusion
possible par le rapprochement avec des descriptions existantes
pour d’autres types d’arthropodes; les trois termes épistome,
labre et lèvre supérieure ont été quelquefois indifféremment
employés pour désigner la pièce médiane la plus apparente
située en avant de la bouche.
Lorsque la pièce médiane semble unique, il y a lieu de re-
chercher sa véritable signification morphologique, quand deux
pièces sont apparentes, nous venons de voir qu'il n’y a pas
lieu de les confondre sous un nom quelconque, quand il yena
trois comme dans Je cas de certains insectes, la distinction
s'impose encore mieux.
En arrière de la fente buccale se trouve, chez l’'Ecreyisse, un
autre lobe charnu plus petit qui est aussi en continuité de tissu
avec les piliers ou les joues de la bouche. Ce lobe représente
la lèvre inférieure ; il faut ici proscrire le nomde langue ou de
languette qui a sa raison d’être dans le cas des insectes comme
synonyme d’hypopharynx et en regard du terme d'épipharynx.
Les joues et les lèvres sont recouvertes d'une même mem-
brane chitineuse en continuité avee la charpente chitineuse de
l'intestin. Cette membrane fournit de chaque côté non loin de
la lèvre inférieure une expansion lamellaire bordée d’une ran-
gée de cils. Ces deux expansions méritent le nom de palpes
labiaux; chez les Crustacés où on les a vues grandes, dévelop-
pées au point de recouvrir une partie du bord postérieur des
mandibules, on a dû les ranger dans la catégorie des mâchoires
sans même se préoccuper deleurinsertion, et cela surtout quand
il manquait à l’arthropode considéré une paire de ces mächoires
réclamée par le système théorique. Dans d’autres cas lorsque
ces palpes labiaux étaient génants et surnuméraires, il n’en était
pas question.
Ces dispositions ne sont pas spéciales à l’écrevisse, on les re-
trouve chez le Homard, chez le Crabe, et si l’on passe à des
crustacés apiropodes comme la Lygie par exemple, on retrouve
encore ce que nous constatons ici, une bouche pourvue d’orga-
nes buccaux proprement dits (lèvre supérieure, lèvre inférieure
et palpes labiaux dont le nombre peut varier) ct pourvue en
outre de pièces masticatrices dont les plus constantes sont les
mandibules.
Une étude anatomique plus minutieuse de la bouche de
l'Ecrevisse vérifie encore mieux les interprétations précédentes.
Nous trouvons dans l’épaisseur de la lèvre supérieure quatre
lamelles calcifiées, symétriquement disposées et qui sont reliées
à une véritable ceinture de petites pièces calcifiées disposées
autour de la bouche dans les parois des joues et des lèvres. Ce
squelette oral envoie un prolongement axial dans la lèvre in-
férieure et d’ailleurs un prolongement dans l’un et l’autre des
palpes labiaux de telle sorte que toute la charpente calcifiée de
la bouche forme un appareil unique indépendant du squelette
qui soutient les appendices ambulatoires ou masticateurs.
Quelles sont les relations de ce système squelettique avec le
système des apodèmes ou avec les pièces calcaires internes non
apodémiennes, nous ne pouvons encore le préciser ct la ques-
tion n’a pas ici d'importance immédiate.
Nous avons retrouvé le cercle épisternal ou pharyngien chez
d’autres Crustacés, mais nous devons attendre pour publier les
conclusions générales, qui peuvent ètre tirées de ces remar-
ques, que les documents que nous possédons actuellement
soient complétés par l’étude d’un plus grand nombre de Crus-
tacés.
244
Les essais de classification générale pourraient cependant
réussir par la seule analyse des maxillipèdes. Une telle
classification sera possible dans un groupe restreint, elle
s’obtiendra dans ces limites à la suite de résultats nets et pré-
cis comme ceux qui ont été fournis dans le travail de M. Beau-
regard sur les insectes vésicants, mais d’autres considérations
auront une importance majeure pour l’arrangement des grou-
pes. Il faudra mener de front l’étude comparée des maxillipè-
des, de tous les appendices, et celle aussi du nombre et de la
réduction des somites. La tâche est considérable et il semble
qu'un essai partant de la comparaison du système nerveux con-
duirait plus vite à une classification méthodique. Le test des
crustacés se solidifie de bonne heure, les groupements gan-
glionnaires se font dans les régions du corps où la dépense de
force l’exige et dans celles où les organes des sens sont loca-
lisés. Mais il faudrait en même temps l’étude comparée des
systèmes nerveux larvaires.
Il vaut donc mieux dans le cas des arthropodes, en se souve-
nant des extrèmes différences qui se présentent dans l’aspect du
système nerveux quand on passe de la larve à l'adulte, prendre
surtout en considération les caractères extéricurs et spéciale-
ment, pour l’arrangementdes groupes secondaires, les caractè-
res des maxillipèdes et des appendices. Des tentatives dans
cette voie doivent être précédèes de la revision des données
anciennes dont chacun sentait certainement lesembarrassantes
incertitudes et que nous avons essayé d'entreprendre en indi-
quant certaines causes d'erreurs et une nouvelle direction de
recherche.
Remy SamrT-Lour.
UN ARBRE MERVEILLEUX
Un correspondant du district de Dhwrbunga envoie le
récit suivant à l’Indian Daily News, au sujet d’un arbre
extraordinaire de ce district :
Un arbre nn, situé au village d’Arui à quelques milles
de distance du quartier général, excite une grande
émotion parmi les habitants du village et est l’objet du
culte et de la vénération d’un grand nombre. Une foule
assez nombreuse vient de villages éloignés et même du
district de Mozufferpore, dans le but d’obtenir l’eau qui
tombe à grosses gouttes de l’arbre à toute heure. L’eau
est pure et regardée comme un spécifique contre la gale,
les maladies de peau et les maladies intérieures. Aussi,
suivant cette opinion, on en prend journellement. La
foule entoure l’arbre constamment avec des vases. La
croyance générale est que cet arbre est rare et que son
eau peut être utilisée de diverses manières. Cet arbre
existe depuis longtemps, mais ce n’est que depuis
quelque temps qu’on lui connaît cette propriété. Il n’y
a, en effet, que quelques jours que l’arbre donne une
telle quantité d’eau. Un témoin oculaire rapporte qu’à
la partie inférieure de l’arbre se trouve une étroite ca-
vité située un peu au-dessus de la racine et que l’eau
s'écoule de la cavité en formant des espèces de sources
et de ruisseaux, tant elle est abondante, Le possesseur
du sol, une femme, a placé un gardien qui, à toute
heure, veille sur J’arbre pour éviter sa desiruction, à
raison du concours quotidien des visiteurs. Chacun peut
prendre librement de l’eau.
Les Indiens pensent que le phénomène est dû à
quelque divinité cachée au-dessous de l'arbre qu'ils
adorent comme une chose sacrée, ou comme l’expression
d’un pouvoir divin; et il ne serait pas étonnant que les
crédules Hindous en vinssent à bref délai à consacrer
cet arbre comme leur dieu ou un temple du dieu, Les
musulmans ignorants regardent aussi l’arbre comme le
réceptable ou le lieu de dépôt de quelque saint enterré
dessous. Toutefois les hommes éclairés de ces deux
LE NATURALISTE
St,
classes y voient un phénomène dû aux lois de la nature
etrien de plus, Cet arbre merveilleux fait l’objet de
toutes les conversations dans les milieux indigènes.
(Straits Chronicle-Malacca.)
On le voit, il s’agit d’un Arbre à pluie. L'arbre en
question est peut-être un Sponia ou un Eugenia.
Le Monde des plantes.
Suites à la Flore de France
DE GRENIER ET GODRON
(Suite.)
ALISMACÉES R. Br.
Damasonium polyspermum Cosson
Notes sur quelques plantes nouvelles ou critiques,
p. 47; Willkomm et Lange Prodr. fl. Hisp., I,
p. 159; Nyman Conspect. fl. Europ., p. 679;
K. Richter P7. Europ., p. 20; D. stellatum Da-.
lech. var. polyspermum Loret et Barrandou, F1. de
Montpellier, p. 617. — Exsice. : Billot F7. Gall.
et Germ. exsicc., n° ?538; Reliquiæ Maill.
n° 2039. — Sect. Damasoniastrum Cosson (Loc.
cit.). — Pédoncules radicaux, solitaires ou 2-4, .
dressés ou ascendants; Feuilles toutes radicales,
3-5 nervées, très longuement pétiolées, oblongues,
atténuées à la base, plus rarement subtronquées,
quelquefois linéaires. Fleurs disposées en -cime
ombelliforme unique ou en ? verticilles lâches..
Fruits plus grands que dans le D. stellatum. Car
pelles T-9, rarement 6, à peine striés, @ bec non
distinct du carpelle. Graines nombreuses (18-25)
dans chaque carpelle, petites, oblongues, droites.
— Juin-juillet.
HaB. HÉRAULT : mares à Agde et à Roquehautes |
près Vias (herb. R., Cosson, Barrandon, Gaston
Gautier). *
Aire géographique. — Espagne : province de
Cadix, à Puerto de Santa-Maria et Jerez; Algérie
(sec. Battandier et Trabut Flore de l'Algérie). — La
Sicile est aussi mentionnée par K. Richter (/oc. cit.)x
comme habitat du À. polyspermum, mais c’est sans
doute par confusion avec le D). Bourgæi Coss
indiqué en Sicile d’après Gussone.
Le 2). polyspermum se sépare des D). stellatums
ct Bourgæi par les carpelles plus grands, au nombre
de 7-9 dans chaque fruit et par le nombre des
graines dans chaque carpelle (8-10 au minimum, @
non 1-5).
COLCHICACÉES DC.
floræ Neapolitanæ Prodromum appendix quinta É
(1826), p. 411; Ardoino F7. des Alpes-Maritimes,
p. 865; Ces. Pass. e Gibelli Comp..A. Ital., p. 164
Rouy Annotations aux Plantæ Europe, p: É4
LE NATURALISTE 245
C. arenarium Gren. et Godr. #7. de France,
p.170 (p.p.), non Waldst. et Kit. »ec Koch. —
Sect. Æucolchicum Boiss. — Bulbe de 2-3 centim.
de diamètre. Une, très rarement plusieurs #eurs
naissant du bulbe et paraissant avant les feuilles
remplacées par des gaines membraneuses. Feuilles
linéaires-lancéolées, obtuses, de longueur variable
(4-8 centim., ou 10-15, ou 15-20, selon les va-
riétés). Périgone de 8-20 centim., à tube de lon-
gueur très variable, mais ordinairement 3-5 fois
plus long que le limbe rosé, de 3 à 5 et même
6 centim. de longueur, à divisions Jancéolées, ou
lancéolées-oblongues, ou largement linéaires-
oblongues, inégales, + veinées longitudinalement
et transversalement ou non. Etamines 6, dont 3
“plus courtes, toutes insérées à la même hauteur;
filets dilatés vers la base; styles égalant à peu près
les étamines ou sensiblement plus longs, à stigmates
claviformes et recourbés. Capsules elliptiques, ordi-
mairement solitaires, rarement 2-3, de la grosseur
d'une noisette, acuminées aux deux extrémités, enve-
loppées par trois feuilles et mürissant au printemps
de année qui suit la floraison. — F1. : fin d'août-
“octobre ; fr. : mars-mai.
Cette espèce polymorphe présente en France les
deux variétés et la synonymie suivantes :
Var. genuinum (C. arenarium Gren. et Godr. (1),
6. longifolium Castagne Catal. pl. Murseille,
D: 135, non Loret; C. Provinciale Loret ir Bullet.
Soc. bot. de France, NT, p. 459). — Fleurs à tube
allongé, à divisions du limbe oblongues ou linéaires-
oblongues, à stries non ou peu ondulées, peu vei-
nées transversalement; styles souvent presque une
fois plus longs que les étamines; capsules très atté-
nuées à la base (2).
His. : ALPes-MARITIMES : Menton, au cap Mar-
im; Nice, au Mont-Gros et à Saint-Roch; Grasse
(Ghambeiron) ; Antibes; Cunnes (Loret); Golfe-
Juan (Thuret) ; l’'Estérel; monte jusqu’à 1.200 m.
d'altitude sur les montagnes au-dessus de Menton
(Ardoino). — Var : Collobrières (Chambeiron); 4es
Maures, au Luc (Lerb. R., Huet), versant nord de
laSauvette (3) (kerd. R., Hanrÿ); Toulon, l'Agon-
her-Revest (lerb. R., Auzande). — Boucxes-pu-
RHÔNE : collines sèches autour de Marseille (Roux,
Blaise); Lords des champs à Saint-Giniez (herb. R.,
Autheman) ; bois de pins et lieux incultes à Mar-
tignes (herb. R., Autheman). — VAUCLUSE : Car-
pentras (Féraud).
Var. Castrense (CG. Castrense Larambergue 2x
(1) Pour les plantes de Provence, car la plante de Corse est
le C. Corsicum Baker.
(2) Var. OEthnense (C. œthnensæ Tinco ap. Gussone F1.
Sicc synopsis, Il, p. 818). — Différe seulement de la var.
gemwinum par les fleurs souvent naissant plusieurs du même
bulbe et à tube plus court ou à peine plus long que le limbe.
— Cette variété pourrait se trouver en Provence.
(3) La plante de cette localité est identique à nos exemplaires
de C. Neapolilanum du mont Morrone dans les Abruzzes
(Italie).
Bullet. Soc. bot. de France, I, p. 688; F. Schultz
Herb. norm., n° 364; C. longifolium Loret ap.
Loret et Barrandon #7. de Montpellier, éd. 1, non
Castagne). — Fleurs plus petites, à tube allongé, à
divisions du limbe plus oblongues, à stries très
ondulées, veinées transversalement, styles dépassant
peu les étamines les plus grandes; feuilles souvent
plus nombreuses que trois, moins longues et un peu
moins larges que dans la var. genuinum et toujours
dressées (1).
HAB. : GARD : la Tessonne près du Vigan (herb.
R., Anthouard). — HÉRAULT : assez commun dans
les prés, les lieux vagues et humides (herb. R.,
Loret). — Tarn : prés à Lalangerie près Castres
(kerb. R., de Larambergue). — Lor-ET-GARONNE :
rives du Gers à Layrac (herb. R., Ch. Arnaud).
— Cette plante doit être recherchée aussi dans les
départements de l'Aude, de l'Aveyron, du Lot, de
Tarn-et-Garonne et du Gers.
Le C. Neapolitanum se distingue du C. arena-
rium Waldst. et Kit., avec lequel l’a confondu Gre-
nier dans la Fore de France par les styles recourhés
au sommet (et non droits), à stigmates non briève-
ment capités et à peine plus gros que le style, mais
épais et claviformes, le périgone à tube sensiblement
plus grêle et plus long relativement au limbe, les
fleurs moins nombreuses (1-2 et non 2-5) (2), les
capsules moins ovales, plus oblongues et moins atté-
nuées au sommet; i: diffère du C. alpinum DC. par
les styles flexueux, les stigmates allongés, clavi-
formes, les fleurs plus grandes, les capsules plus
grosses, entourées par trois feuilles, le bulbe en-
viron une fois plus gros; il se sépare enfin du
C. autumnale L. par les capsules une on deux fois
plus petites, non obovales-enflées, atténuées aux
deux extrémités, toutes les étamines insérées à la
même hauteur, les styles non crochus-enroulés, les
feuilles bien plus étroites, obtuses.
Merendera filifolia Cambessèdes 2» Mé-
moires du Muséum d'histoire naturelle, XIN,
p. 319; ÆEnum. pl. Baléares, p. 147, n° 585;
Willk. et Lee Prodr. f. Hisp., 1, p 193 ; Barcelo
(1) La largeur et la longueur des feuilles sont très variables
dans cette espèce. La var. Kochü (C. Kochü Parlat, C. arena-
rium Koch. non W. et K.) ne se distingue de la var. genuinum,
dont elle a les divisions périgonales à strics non ondulées, que
par les feuilles plus courtes (8-10 centim. de long) et plus
étroites (6-7 millim. de large). — La var. Parlatoris (C. Parla-
toris Orph.) a des feuilles encore plus étroites (3 millim. de
large sur 10-12 centim. de long).
(2) Le C. Corsicum Baker Journ. of Linn. Soc. XVII,
p. 431 (1880), qui a tout à fait le port du C. arenarium W. et
K. (non auct.), s'en distingue par les styles, droits également,
aplatis au sommet et à stigmates longuement claviformes, les
capsules plus grosses, encore plus arrondies à la base et brus-
quement contractées au sommet en mucron court. — Cette
sous-espèce du C. arenarium se rencontre en Corse dans les
montagnes entre Bastia et Saint-Florent, dans les châtaigne-
raies de Saint-Pierre de Venaco, de Vico, du bassin supérieur
de Liamone, dans la vallée du haut Tavignano, à la bergerie de
Morro-Cinto (Marsilly); à Bonifacio; Porto-Vecchio (Reve-
lière); à Bastélica (herb. R., Reverchon, Plantes de la Corse
(1878), n° 33, sub. C. arenario W. et K.).
246
LE NATURALISTE
y Combis Flora de las islas Baleares, p. 435;
Marès et Vigineix Cut. pl. Baléares, p. 263; Bat-
tandier et Trabut Æore de l’ Algérie, p. 144; Bul-
bocodium vernum Desf. F1. Atlantica. — Plante à
bulbe petit, enveloppé de funiques noirâtres, émet-
tant une fleur, grande, rose. Feuilles étroitement
linéaires ou subfiliformes, canaliculées en dessus,
d’un beau vert, paraissant peu après la fleur ou en
même temps qu'elle, enfermées dans la spathe avec
la fleur ; onglets très longs, mais plus courts que les
feuilles; divisions du périgone obovées ou lancéo-
lées-aiguës. Capsule ovale-oblongue ; graines globu-
leuses, très courtement mucronces, finement cha-
grinées, 2-4-sériécs.
Has. — Boucxes-pu-RHÔNE : Martigues : le
long de la côte entre Lauron et Carro (herb. R.,
Autheman) ; cap Couronne (Roux).
Aire géographique. — Îles Kaléares : Ma-
jorque, Minorque, Ivice; Algérie (1). :
Cette espèce se distingue du M. Bulbocodium
Ram. par les caractères soulignés dans la diagnose.
| (A suivre.) G. Rouy.
TÉRATOLOGIE
ANOMALIES ET MONSTRUOSITÉS CHEZ L'HOMME
ET LES ANIMAUX
Sous le titre de Précis de Tératologie (2), M. L. Guinard
vient de publier à la librairie Baillière, un volume fort
Courbures anormales du Rachis. Cyphose, Scoliose et Rachi-
tisme.
(4) Herb. R., Cordier, Debeaux, Battandier, H. Gay.
(2) Précis de Téralologie, anomalies et monstruosités, chez
l’homme et chez les animaux, par L. Guinard ; 1 vol. de 550 p.
avec 273 fig. int. dans le texte, prix 8 francs, franco 8 fr. 65,
chez Baillère et aux bureaux du journal, 46, ruc du Bac.
intéressant et bien concu sur cette science des monstres:
La Tératologie, ébauchée par Meckel et par Et. Geoffroy.
Saint-Hilaire, a été en fait, constituée par H. Geoffroy
Saint-Hilaire. Cette science ne date guère que d'une
Monstre eusomphalien, Céphalopage.
Squelette d'un fœtus humain rachitique.
cinquantaine d'années. Il n'existait pas d'ouvrage élés
mentaire traitant exclusivement de la science des
monstres, et c'est cette lacune que M. Guinard a voulu
combler; ce n’est pas seulement un traité classique, c’est
un ouvrage qui pourra être lu par tous ceux qui s’intés
ressent aux choses de la nature et à {out ce qui s’y raps
porte ; l’auteur n’a eu qu’un but, qui est de faciliter et de
vulgariser un peu la connaissance et l'élude des
sciences tératologiques.
Sous le titre de généralités, nous trouvons d'abord um
Appendice caudal observé chez un enfant à la clinique
Gosselin.
chapitre consacré aux définitions, court chapitre qui
son importance et qui précise la distinction entre Pa
malie et la monstruosité. Les monstres dans l’antiqu
ont donné lieu à d'absurdes préjugés, à des. erre
dont la production était complètement en dehorsA
lois naturelles. Il est donc intéressant de lire ces com
dérations historiques. Quelles sont les causes des an0
lies? Influence des parents, transmission héréditai
altérations pathologiques de l'embryon, etc., toutes
LE NATURALISTE
la production des monstres, les explications probables
de la formation des principales monstruosités, les lois
“des variations, l'étude des limites et de la fréquence des
anomalies, l’auteur passe à la classification des anoma-
lies et des monstruosités.
Les nains, dans quelque espèce. que ce soit, sont des
DL
LS
ln
(
| ADS Monstre triple, bi-iniodyme.
individus arrêtés dans leur développement normal et
E-
présentant, par conséquent, une taille inférieure à la
aille minimum des sujets de l'espèce à laquelle ils
ppartiennent, Chez l’homme l'étude des nains est des
à curieuses. Les nains entre eux sont ordinairement
Veau hydrocéphale.
L
imféconds, mais mariés à des sujets bien conformés, ils
Le avoir des enfants. Toutefois on cite le fameux
général Tom Pouce, qui a épousé une petite naine et
qui la rendit mère d’un enfant qui vécut deux ans. Le
plus petit nain connu est celui qui, à 37 ans, mesurait
43 “centimètres. Un autre nain célèbre, connu sous le
nom de Bébé, mesurait en venant au monde, 18 centi-
mèlres. Le contraire du nanisme est le géantisme. Les
géants les plus grands qu’on ait observés sont : un Fin-
landais, du nom de Caianu, qui atteignait 283 ; un Au-
| trichien de 2255; un Kalmouck, de 2254; un Irlandais
\de 231.
Le Squelette et l'appareil de la locomotion offrent de
[nombreuses et fréquentes anomalies; colonne verté-
Ibrale, tête, membres, thorax, constitution des os,
muscles ; ere le cerveau et le cervelet sont le siège
de Certaines anomalies. Dans les appareils des sens, on
rencontre encore des anomalies : albinisme, mélanisme,
productions cornées, développement anormal des poils,
| anomalies des yeux, des paupières, etc. Dans les appa-
| freils de la digestion, de la circulation, de la respira-
L
M phrodisme donne matière à un long ne
empli de documents curieux. La troisième et dernière
19
PS
—1
partie de l'ouvrage, traite des monstruosités vraies, de
leur classification, de leur description.
En un mot, ce traité offre d’un bout à l’autre un grand
intérêt,
il est bourré de documenis réels, dont bon
Tête de mouton barbarin à quatre cornes.
nombre sont inédits. Ajoutons à cela que l'ouvrage est
orné de 273 figures, dont nous reproduisons ci-contre
quelques-unes,
MM. Baillière
que nous devons à l’obligeance de
: grâce à l'esprit de vulgarisation qui a
Tête osseuse de bœuf franqueiro (Brésil).
présidé à la rédaction de cet ouvrage, ce volume ne
peut manquer de figurer dans toutes les bibliothèques
de tous ceux qui s'intéressent aux sciences.
PAIGEY.
LES INSECTES UTILES DE CHINE
Nous extrayons d’un article paru dans un journal du
Tonkin la note ci-après sur les insectes utiles de la
Chine :
C’est aux Tuileries que le célèbre agronome Olivier
de Serres, en 1601, planta les vingt mille mûriers
blancs, sur la demande de François I°' et Catherine de
Médicis.
Notre institution remonte à 2700 ans avant J.-C. La
femme de l’empereur Hoang-Ti eut alors, la première,
l’idée d’élever les vers à soie et de confectionner, avec
le produit de cette culture, des vêtements pour habiller
le peuple, que gouvernait son auguste mari.
Cette invention eut un tel résultat, qu’elle s’est propa-
gée aujourd’hui dans tout l’univers sur une échelle de
plus en plus grande. Malgré la laine et la fourrure que
nous fournissent les animaux, la soie reste et restera
248
toujours un article de luxe dont nul ne peut se passer,
lorsqu'il a le moyen de s’en procurer.
Chez nous, nous sommes toujours très reconnaissants
envers nos bienfaiteurs, nous avons pour l’inventrice de
la science séricicole un vrai et perpétuel culte. Ainsi,
outre les temples élevés en son honneur dans tous les
coins de l’Empire, tous les ans, à l'époque de l’éclosion
des vers à soie, sa Majesté l’Impératrice se rend, en per-
sonne, avec toute sa suite, et en grande pompe, au champ
du Mùrier pour faire des sacrifices à la déesse qui fut
épouse de l’empereur Hoang-Ti.
Après la cérémonie qui a eu lieu au temple, Sa Ma-
jesté, suivie des dames d'honneur, cueille, au milieu
des champs et entourée des femmes des cultivateurs,
quelques feuilles du müûrier, puis elle dépose elle-même
ces feuilles surle panier où se trouvent les nouveau-nés
et la Souveraine clôt la fête en dévidant, devant le peuple,
un cocon de ver à soie comme pour donner l’exemple,
eten distribuant les récompenses aux personnes les
plus méritantes qui lui ont été signalées parles autorités
du district chargées ,de veiller à la culture des vers à
soie.
Cette cérémonie, une des plus importantes de l’année
que Sa Majesté ait à accomplir, est un grand encourage-
ment pour la population séricicole; en présence du
labeur de la Souveraine, elle n’ose négliger le sien. C’est
une question capitale dans un pays essentiellement
agricole comme le nôtre. Un vieux proverbe dit : « Un
cultivateur paresseux fait mourir dix hommes de faim;
une femme qui ne tisse pas verra dix individus mou-
rant de froid. » Ce proverbe prouve combien l’encoura-
gement est nécessaire et il montre également que la
culture du ver à soie etle tissage appartiennent exclusi-
vement aux femmes.
En Chine, l’époque de l’éclosion coïncide toujours
avec les premiers coups de tonnerre du printemps. Au
bruit de ses détonations on veille sur les œufs soigneu-
sement préparés jusque-là, et à partir de ce moment on
peut compter les éclosions jusqu’au 5° jour au plus.
La qualité de notre soie etle moyen de sa fabrication
sont aussi trop connus pour que j'aie besoin de les énu-
mérer ; mais je tiens à vous signaler une particularité
qui, je crois, n’existe que chez nous, et dont la décou-
verte remonte à l’antiquité.
C’est le son de la soie. Avant que mes compatriotes
eussent inventé l’art de travailler Ja soie et de l’em-
ployer à la fabrication des étoffes, ils avaient trouvé le
secret de la faire servir à la musique, et d’en tirer les :
plus doux et les plus tendres sons,
Du temps même de l’empereur Pou-Hi (3000 ans
avant Jésus-Christ), ils firent un instrument qui ne con-
sistait qu'en une simple planche d’un bois doux, sec et
léger, sur laquelle ils avaient tendu plusieurs cordes en
fil de soie qu’ils avaient jointes ensemble en les tordant
dans leurs doigts. Peu à peu, ils faconnèrent la planche;
elle fut courbée en voûte, et on y garda certaines di-
mensions. Les cordes furent filées avec plus d’art; les
fils de soie qui les composaient furent comptés, et l’on
en détermina le nombre selon les différentes grosseurs
désirées. Ces cordes, pincées légèrement, rendirent ainsi
tous les sons, graves, aigus ou moyens, suivant le degré
de tension qu’on leur donnait et le nombre des fils dont
elles étaient composées.
Telle est en substance l’origine de nos premiers ins-
truments de musique Kim et Ché, inventés tous les deux
LE NATURALISTE
par le même auteur et à la même date, et qui rendent,
l’un et l’autre le son propre de la soie. | Ù
Je passe maintenant à l’apiculture et rapidement.
On élevait très peu d’abeilles dans l’antiquité, mais
sous les trois premières dynasties de la Chine on se mit,
à cultiver avec ardeur les abeilles domestiques. Avant que
Cadmus eût porté des lettres aux Grecs barbares et que
Minos eût donné des lois à l'ile de Crète, la table des
empereurs de Chine, ainsi que celle de nos princes,
étaient {couvertes chaque jour de plusieurs sortes de
mets, de viandes avec des gâteaux de miel et de froz
ment.
On distingue chez nous trois sortes d'abeilles ; les
abeilles des forêts, les abeilles des rochers et les abeilles
domestiques. Les premières sont plus grosses et d’un
jaune se rapprochant du gris, les secondes sont presque
noires et les dernières jaunes comme les vôtres.
Quand au miel, il est blanc-jaune, plus ou moins
clair, suivant les endroits; il varie également de saveun
et de parfum.
Aujourd’hui, les abeilles domestiques sont moins
nombreuses en Chine ; l'hiver, trop rigoureux dans Ie
Nord, et l'été, trop pluvieux dans le Midi, rendent la
conservation des ruches trop difficile. Une autre raison
encore plus évidente, la cause plus sérieuse de cet abam
don, c’est la culture des abeilles sauvages. À
Celles-ci se logent sous les arbres, dans toutes les
provinces du Midi, et à moitié en terre dans les pros
vinces du Nord, Nos habitants méridionaux placent leurs
ruches dans des endroits exhaussés, secs et aérés, pou
leur épargner les incommodités de l'humidité et de Ja
trop grande chaleur. Ceux du Nord, au contraire, les
placent dans des endroits enfoncés, abrités et tournés a
midi. Le paysan regarde comme un point essentiel dem
laisser ni trop ni trop, peu de miel aux abeilles, poux
qu’elles ne deviennent pas paresseuses ou stériles, où
qu’elles se voient réduites à l’état d’épuisement.
Tonexc-Ki-ToNcG.
CHRONIQUE
r
+ 18 À
Le Pyrèthre et les punaises. — Tout le monde connai
de nom tout au moins, le fameux Pyrèthre du Caucase, don
poudre est une infaillible panacée contre les insectes paras
de l'espèce humaine. Une espèce intéressante, le Pyretho
cenerarifolium, congénère de la plante caucasienne et jouissi
des mêmes propriétés qu’elle, est en ce moment l’objet
portantes cultures aux États-Unis. En Californie seule e
121 hectares sont actuellement consacrés à l’anéantisse
futur des puces, punaises et autres bestioles analogues
culture demande beaucoup de soins et d'abondantesi
tions. Les touffes qui atteignent soixante-dix centimètres
hauteur, sont plantées à soixante centimètres les unes
autres en lignes espacées de 1,25. On peut faire la pr
récolte au bout de trois ans. La dessiccation est très délica
c’est d'elle que dépend la teneur en essence et par,su
valeur insecticide du produit. C'est égal, on peut direua
justesse que, si jamais le nouveau monde cherche des poux di
la tête des’ indigènes de la vicille Europe, ce sera, pol
détruire. 3
La farine du lait. — Une très curieuse plante que le Sida
asialica, parente de la mauve, donc une malvacée, et S
très industrieuse. Sa vertu réside surtout dans sa racmes
Vous l’agitez, cette racine, dans un vase rempli de
xous avez fait bouillir; vous l'y agitez jusqu’à ce que le lait
s'épaississe, car tel est l'effet de ce battage. Alors laissez
refroidir, puis mettez en bouteille et attendez quatre jours.
Ouvrez la bouteille : plus une goutte de lait dont vous l'aviez
remplie; au lieu de lait, une espéee de farine que vous n’y
aviez pas mise! C’est de la farine de lait, en laquelie le lait
liquide s’est transformé par l’industrie de la racine de sida.
Quand vous voudrez une tasse de lait, vous prendrez une
cuillerée de cette farine et la jetterez dans l'eau bouillante :
eau et farine ainsi mélangées reproduiront le lait, que vous
vous admimistrerez à la manière ordinaire.
Inutile d'insister sur l’intérèt qu’il y aurait à introduire chez
mous, ne füt-ce que pour en expérimenter les propriétés, la
racine de cette malvacée.
Billets de banque en ramie. — La Banque de France
va mettre en circulation les billets imprimés sur du papier de
amie. Ce papier, qui a de sérieux avantages sur celui dont on
“se servait précédemment rendra l’imitation plus diflicile encore
“jueupar le passé. On a observé, du reste, que ce nouveau
“modèle des billets de banque n'a pas encore été émis.
L'occasion est donc favorable pour signaler aux agriculteurs
“chaux industriels français, les grands avantages qui devaient
résulter pour la richesse nationale, de l’importation, de l'accli-
“natation, de la inanufaction de la ramie.
——Floraison de la Victoria regia au Muséum de
] S. — Jusqu’alors, ceux qui désiraient voir en fleurs la
Wictoria regia, la fameuse plante aquatique autour de laquelle
ia déjà éte fait tant de bruit qu’il ést inutile de rappeler ici
sa description, n'avaient rien de mieux à faire que de traverser
Manche et d'aller visiter les serres de Kew.
Aujourd'hui, ce déplacement n’est plus nécessaire, car la
nte, cultivée avec succès au Muséum d'histoire naturelle,
en fleurs actuellement.
Lc-fait est assez rare et mérite d’autant plus d'’ètre signalé,
la disposition de la serre qui est affectée à cette culture
“mauvaise. Etroite, ombragée par les galeries et par un
mbrement de plantes qu'on loge là, faute de place, on ne
dit trouver de plus mauvaises conditions pour arriver à
ünbon résultat dans la culture de cette charmante Nymphéa-
céeIndépendamment de la floraison, la végétation est très
belles; quelques feuilles atteignent jusqu’à 1,20 de diamètre.
La Victoria regia n'avait pas fleuri au Muséum depuis 1867.
—…_Eau-de-vie de Sorbes. — Le plus souvent, on abandonne
“aux.crives les fruits du sorbier, mais on peut en tirer de l’eau-
device. A cet effet, on cueille les baies quand elles sont müres,
ones met dans un baquet, on les écrase avec un pilon et on
“erse de l’eau bouillante par-dessus. On remue bien et on
Maiïsserefroidir jusqu’à ce que le thermomètre centigrade marque
12%226 degrés. Nouvelle addition d’eau chaude à laquelle on
méêle 2 0/0 de levure de bière; brasser et laisser la fermenta-
tion s'établir.
“Quand cette fermentation est complète, on distille. Mais l’eau-
de-vie de cette première distilation est faible et a une odeur
désagréable, on la purifie avec du charbon de bois pulvérisé à
Jdose de 4 kil. par pièce de 228 litres. On bouche ensuite le
tonneau, on remue trois ou quatre fois par jour, on filtre le li-
quide sur de la flanelle et on distille de nouveau.
Le produit obtenu alors est agréable.
Un arbre monstre. — À ajouter à la liste déjà longue des
monstruosités végétales : il existe dans la Charente-Inférieure,
à Saint-Sauveur, un orme qui présente, à 1 mètre du sol,
6 m. 50 de circonférence.
[M Pertronc est nu jusqu’à une hauteur de 12 mètres et c'est de
ce point seulement que partent horizontalement trois énormes
branches. Le tronc s'élève de nouveau sans ramifications à une
hauteur de 7 mètres. L’arbre mesure au total trente-cinq mètres
Vebilrecouvre de sa ramure l’habitation près de laquelle il a été
planté !
L’ortie contre le coulage des füts. — Ce n'est qu’en
|étéque les fûts se dessèchent et perdent par leurs fonds les li-
quides qu’ils contiennent, surtout en voyage ; c’est aussi pen-
dant la même saison que le remède au mal est facile à trouver.
IL, s’agit, dès qu’une futaille perd de son contenu, de la frotter
| dans ses parties jälées et aux joints des pièces de fonds, avec
|quelques poignées d’orties vertes. On frotte plus ou moins, se-
-|lon la gravité de la perte; enfin on obtient toujours un bon ré-
- [sultat et en quelques minutes.
u Cest de la grande ortie qu’il est ici question, plante que tout
- [le monde connait et qui se fait craindre de tous. On la rencontre
partout, et puisque nous en parlons, nous ajouterons qu’on se
|trouvarait bien de la servir aux vaches qui ne s’en montrent ja-
LE NATURALISTE
249
mais rassasiées et qui, ainsi alimentées, donnent un lait très
gras.
Vente publique de livres d'histoire naturelle. — Les
lundi 21 et mardi 22 novembre 1892, aura lieu à Paris, maison
Sylvestre, salle 3, 28, rue des Bons-Enfants, à 8 heures du soir,
la vente publique des livres d’histoire naturelle de la biblio-
thèque de feu Grognot, membre de plusieurs sociétés savantes.
Le catalogue de cette vente sera adressé franco à toute demande
faite à M. Emile Deyrolle, naturaliste, 46, rue du Bac, Paris,
expert chargé de la vente.
Les personnes qui ne pourraient, assister à la vente peuvent
adresser leurs ordres d’achat à l'expert qui se chargera d’exé-
cuter leurs ordres (commission de 5 0/0 sur le prix d’achat).
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G. MaLLOIZE) à
Le Gérant: Émis DEYROLLE.
PARIS, — IMPR. F, LEVÉ, RUE CASSETTE, A1,"
"# Tnnombrable est le hate des végétaux qu’on peut
—“ «utiliser comme salades! Avec de l'huile, du vinaigre et
_ quelques condiments, le règne végétal presque tout
“entier, pourrait y passer. 4
#à Dans l’estet le nord-est de notre pays on consomme au
à . .
feuilles en rosette de deux composées qui croissent |
)
| #
|
Fig. 1. — Lampsane, Lampsana communis.
bondamment dans les lieux cultivés, les jardins et les ;
psana communis L. est une des plantes fe plus répan-
es de la flore francaise : on la rencontre partout. On
reconnait facilement à ses feuilles inférieures lyrées,
“olèes ou légèrement dentées. Les tiges hautes de 2 à
8 décimètres sont dressées, rameuses, pubescentes ou
l presque glabres. Les fleurs jaunes sont dienesce en pani
cule lâche et dressée; les fruits sont dépourvus d’ai-.
grette et marqués de stries très fines. La racine est
annuelle.
LE NATURALISTE, 46, rue du Bac, ans,
+ TVR
2 SÉRIE — N° 136G
printemps et au commencement de l'été les jeunes | teurs.
1% NOVEMBRE 1892
La valeur comme salade de la Lampsane est sujette à
caution et montre une fois de plus que tous les goûts
sont dans la nature. Les rosettes foliaires très jeunes ne
laissent pas que d’être agréables au goût, mais il faut se
dépêcher de lesconsommer, sans quoi elles se recouvrent
rapidement de poils durs et piquants contre lesquels peut
seul lutter un palais cuirassé. Il est vrai que la chicorée
sauvage dans les mêmes conditions ne manque pas d’ama-
même à Paris.
Faut-il parler de la culture de la Lampsane ? Inutile,
Fig. 2. — Laitue vivace, Lactuca perennis.
car on la trouve partout autour de soi, constituant une
mauvaise herbe. Si cependant en voulait à tout prix la
cultiver, il suffirait d’en recueillir des graines et de semer
avant l'hiver sans aucune précaution préalable.
L'autre plante est de nature plus relevée, encore que
le goût en soit toujours fade. Il est vrai que, si l'on ne
recherchait que les salades à saveur relevée, le compte
en serait bientôt fait. C’est de la laitue vivace (Lactuca
perennis L.) que nous voulons parler. Bien moins ubiquiste
tçue la précédente, elle ne se plaîit que dans les sols lé-
gers et crayeux. En Champagne elle agrémente les mois-
sons de ses jolies fleurs violettes qui tranchent sur le
ton glauque des feuilles; dans l’ouest de la France sa
présence délimite merveilleusement les petits bassins
calcaires enclavés dans les schistes ou les granites.
Les caractères généraux de cette plante sont ceux des
laitues. Les feuilles sont molles, glauques, très glabres,
les inférieures profondément découpées, les supérieures
lancéolées, lobées ou entières, embrassant la tige par
deux oreillettes arrondies bien marquées. La tige haute
de 3 à > décimètres est dressée, arrondie, rameuse au
sommet. L’inflorescence est formée d’un corymbe lâche,
étalé et terminal; les fleurs sont longuement pédicel-
lées, d’un bleu violet élégant, larges de 3 à 4 centimètres.
Les fruits (graines) terminés par un long bec qui sup-
porte une aigrette blanche, sont finement ridés en tra-
vers, pourvus de côle saillante et d’une large bordure
mesurant environ 2 centimètres de longueur. La souche
est épaisse et vivace.
La culture n’en a pas été essayée, que nous sachions,
car la consommation dela laitue vivace est toutelocale, et
dans la région où on la rencontre elle est généralement
abondante. Si l’on voulait la tenter on aurait recours au
semis avant l’hiver. Au printemps on recueillerait la
quantité voulue pour la consommation et on laisserait
monter quelques pieds à graine. On pourrait également
enlever dans les champs quelques jeunes individus et
les repiquer.
L'Eclavolle (c’est le nom qu’on donne en Champagne à
cette plante) donne une salade agréable, qui n’est pas à
dédaigner, de beaucoup supérieure à l’insipide doucette
ou müäche, et qui ne présente pas les inconvénients de la
Lampsane.
P. Harror.
Les Congrès internationaux d'anthropologie et de Zoologie
A MOSCOU
Deux importantes réunions scientifiques internationales ont
eu lieu cette année dans la vicille capitale de la Russie : la
onzième session du Congrès d'archéologie et d'anthropologie
préhistorique (du 13 au 20 août) et la deuxième session du
Congrès zoologique (du 23 au 30 août).
Le Congrès anthropologique a réussi de tous points, grâce à
l'infatigable énergie de l’initiateur du Congrès le professeur A.
Bogdanoff. Ouvert sous le patronage du grand-duc Serge
Alexandrovitch qui a assisté à plusieurs de ses séances, le
Congrès avait constitué son bureau ainsi qu’il suit. Président :
prince Galitsin; vice-présidents : baron Osten-Sacken, A. Bog-
danoff (Russie), Chantre (France), R. Virchow (Allemagne),
Kollmann (Suisse), V. Smith (Danemark) et baron de Loë
(Belgique); secrétaire général : Anoutchin; secrétaires : Tik-
homiroff, Troutovsky, H. Virchow et baron de Baye. Plus de
200 membres ont pris part aux travaux du Congrès. Dans ce
nombre se trouvait une vingtaine de délégués étrangers, dont
la moitié Francais.
Parmi les nombreuses communications qui ont été faites au
Congrès nous ne mentionnerons que les principales.
M. Virchow a prononcé un discours sur les modifications sur-
venues dans les problèmes à éludier par les Congrès préhisto-
riques, dans lequel il s'est cfforcé de démontrer que les pro-
blèmes immédiats sont purement archéologiques, car l’anthro-
pologie générale n'est pas encore suffisamment avancée pour
pouvoir fournir des données précises sur les causes des varia-
tions dans les caractères physiques des différentes races. Le
baron de Baye a fait une communication intéressante sur
Vart de la sculpture en France à l’âge de la pierre; il y dé-
montre la différence entre la sculpture de l'époque paléolithique
et celle de l’époque néolithique. Un important mémoire de
M. Bogdanoff lu au Congrès et intitulé : Quelle est la race la
plus ancienne de la Russie ? résume les travaux poursuivis pen-
dant vingt-cinq ans par l'éminent doyen des anthropologistes
russes sur les ossements des « Kourgans » (tumuli funéraires)
de la Russie. Le type cranien le plus ancien que l’on rencontre
en Russie, type nettement dolichocéphale, à tête allongée, est
le même que celui de la population ancienne de l’Europe cen- :
LE NATURALISTE
tale. Il y a donc eu jadis une race primitive homogène qui
s’étendait depuis la Suisse jusqu’en Suède, depuis la Baltique
jusqu’à l'Oural, et dont le berceau est probablement dans la.
basse vallée du Danube. Ce travail a provoqué des débats très
vifs entre l’auteur et MM. Virchow,comte Bobrinsky, Kollmann, «
Sergi et autres. On peut considérer comme une sorte de com
plément, ou plutôt comme suite aux travaux de M. Bogdanof},
ceux que M. Zograf a entrepris sur la population russe actuelle.
Il en à communiqué au Congrès les résultats dans une Nofe sur
les types anthropologiques des Grands-Russiens, où il établits
pour la Russie centrale, l’existence de deux types principaux &
un type blond, dolichocéphal, de grande taille (type slavo=
lithuanien) et un autre, brun, brachycéphale et de petite taille
(type ouralo-altaïque). Autour de ces types se groupent plu=
sicurs variétés secondaires ou intermédiaires.
Différentes questions épineuses relatives à la craniolocie etM
à la craniométrie ont été soulevées et discutées au Congrès par
MM. Sergi, Kollmann, Virchow, Zograf et autres. Ces discus—
sions ont abouti à la constitution d'une commission qui tàchera
d'amener une entente internationale sur les méthodes et les
procédés anthropométriques.
Une autre Commission a été nommée pour répondre à la pro-
position de M. Chantre, relative à la réforme de la nomencla=
ture des peuples de l'Asie. Outre une communication sur Ce
sujet, M. Chantre a entretenu le Congrès des résultats de ses
dernières recherches archéologiques et anthropolosgiques dans
le Caucase et l'Arménie.
Notons encore les communications intéressantes du baron de
Loë sur l’âge du bronze el les premiers âges du fer en Belgique
celle du prince Poutiatin intitulée : Des traces de morsure sum
les ossements de l’âge de la pierre; les savants mémoires de!
Nikitin et de Tchernycheff, sur l’époque quaternaire en Russie
de Savenkoff et d'Eleneff, sur l’époque paléolithique en Sibérie
de V. Smith, sur les rapports entre les antiquilés russes et
scandinaves, etc.
Après la clôture des travaux du Congrès, le bureau à pro-
posé Constantinople ou Athènes comme lieu de la prochaine
session, en 1895.
Le Congrès de zoologie qui a suivi celui d'anthropologie
n’était pas moins intéressant. Dans la séance administratives
après un chaleureux hommage rendu à la mémoire du regretté
de Quatrefages par M. Bogdanoff, le bureau a été constitué
ainsi qu'il suit : Président : comte Kapnist; présidents d’hons
neur : À. Milne-Edwards (France), prince Albert de Monaco
(Monaco), Jenting (Hollande), Studer (Suisse), R. Vircho
(Allemagne), Brusina (Autriche), A. Kovalevsky, Raztsvétoft}
A. Bogdanoff et prince Galitsin (Russie) ; vice-présidents : baron
de Guerne, R. Blanchard, Schlumberger (France), H. VirchoW
(Allemagne), Halil-Edhem-Bey (Turquie), Tchoussof, Koje
koff, Anoutchin, Tikhomiroff, Von Kenel, Morokhovets
Kachtchenko, Miller et Kholodkorsky (Russie); secrétaire gé
néral : Zograf.
La séance d'ouverture a été marquée par la communication,
pleine d'intérêt de M. A. Milne-Edwards, délégué du ministère
de l’Instruction publique, sur les Mammifères du Tibet. Après
avoir rappelé ce qui a été fait par les voyageurs russes et frans
cais, comme Prjevalsky, Sévertsoff, Fedtchenko, l'abbé A
David, Harmand, Bonvalot et le prince d‘Orléans, pour la com
naissance de la faune de l’Asie centrale, du Tibet et de VI
Chine, le savant directeur du Muséum a fait une rapide esquis
des formes nouvelles de mammifères découvertes dans ces
rages; en terminant, il a exprimé l’espoir que des rechercht
nouvelles des voyageurs, qui nous ménagent encore bien
surprises, feront bientôt définitivement connaître la faune
l'extrême Orient. Cette communication a été suivie de celle
M. Jentink, Suwr les formes disparues des grands mammifè
et surtout sur le grand Rhinocéros blanc (R. Simus) de
frique, décrit par Burchell en 1817 et aujourd’hui compl
ment disparu. Puis M. H. Virchow a lu une note sur le wi
lus de l'œuf dans la série animale et M. Studer a parlé su
faune des îles de l'hémisphère austral. Parmi les principi
communications faites dans les séances ultérieures nous
lerons les suivantes : M. Wilkins (1), Sur la faune de
centrale; c’est la délimitation d’une province zoologique
ciale, appelée Touranienne, qui forme une partie de la se tion
méditerranéenne de la zone paléarctique de Wallace etc
prend la région Ouralocaspienne (jusqu’au 47e degré de
tude), le Turkestan occidental et oriental, une partie
_ (4) Ce savant russe distingué est mort prématurément |
ques jours après la clôture du Congrès.
LE NATURALISTE
province de Transcaspienne et le Pamir; Ochanin, Sur les li-
miles el les divisions de la zone paléarctique d’après les études
“sur les hémiptères; Grève, Sur la distribution géographique
des carnassiers ; Bedriaga,lsur les vipères européennes ; Kholo-
dkovsky, Sur la théorie du mésoderme el sur la métamérie;
Brusina, La faune des dépôts tertiaires des environs d’Agram
“et ses rapports avec la faune actuelle de la Caspienne; baron
de Guerne, Sur les campagnes scientifiques du yacht l’Hiron-
delle, dirigées par le prince de Monaco; un clair et intéres-
sant exposé des résultats zoologiques, et un résumé des tra-
vaux déjà publiés en partie dans le bel ouvrage entrepris par
le prince de Monaco; Bunge, Résullats zoologiques de l’expé-
dition dans les îles de la Nouvelle Sibérie ; A. Bogdanoff, De
Putililé des jardins zoologiques; Morokhovets, Sur la globu-
line et le protoplasme: Dourdoufi, Sur le rôle des insectes dans
Vétiologie de certaines maladies ; Korsakoff, Sur le rachitisme
artificiel ; Zograf, Sur l’origine des arthropodes; Girard, Sur
quelques particularités de la nomenclature zoologique; R.
Blanchard, Rapport sur la nomenclature des êtres organisés,
“qui fait suite au premier rapport sur la même question, sou-
ris par l’auteur au Congrès de Paris en 1889 (cette communi-
cation a été suivie d’un vote sur les règles de la nomencla-
ture); A. Kovalevsky, Sur les organes excréteurs chez les
— Arthropodes lerrestres, mémoire important accompagné de
—hplanches; Cosmovici, Sur le système aquifère dans la série
&
ie
“animale, étude critique, etc.
Après la clôture du Congrès, le bureau a pris, à l’unanimité,
deux décisions importantes : 1° désignation d’un comité per-
—manent des Congrès zoologiques internationaux, qui siégera à
Paris et dont un grand nombre de membres sont Francais;
adoption de la langue francaise pour les débats et les publi-
cations des comptes rendus de tous les Congrès ultérieurs. Il
a décidé en outre que le prochain Congrès se réunirait à Leyde,
en 1895.
—Mers la fin de session, on a recu la nouvelle d’un don gra-
cieux de 5,000 roubles que faisait aux deux Congrès l'Empereur
…deRussie, et d’un autre don de 2,000 roubles fait par le grand-
duc héritier. En outre, sur la proposition du grand-duc Serge,
“Empereur accordait la permission de toucher au Trésor une
Msomme de 15,000 roubles pour les besoins des Congrès. Une
“commission spéciale, présidée par M. Milne-Edwards a décidé
d'employer une partie de ces sommes considérables à la fonda-
“tion de deux prix, en l'honneur du Tsar et du Tsarevitch. Ces
prix seront décernés aux travaux d'anthropologie et de zoologie
— pendant les sessions des Congrès correspondants (1).
Ta place nous manque pour énumérer toutes les fêtes qui ont
eu lieu pendant la durée des deux Congrés, toutes les visites
“aux Musées et aux autres établissements scientifiques de Moscou,
“aux expositions de géographie, d'anthropologie, de zoologie,
—…dacclimatation, etc. Le grand-duc Serge a donné une soirée
Dire, à laquelle assistaient tous les membres du Congrès.
La municipalité de Moscou, la direction du Jardin zoologique
ont donné des banquets superbes et plusieurs autres réceptions
et diners ont eu lieu en l'honneur des membres étrangers du
Congrès. Les délégués et les membres français ont été l’objet
dune attention particulière; ils peuvent se flatter d’avoir ren-
“contré partout l'accueil le plus fraternel, souvent même en-
ihousiaste; à maintes reprises on leur à fait de véritables ova-
_ tions. J. DENIKER.
“SOCIÉTÉ PHILOMATIQUE DE PARIS
(1er TRIMESTRE DE 1882).
M: Hexnequy expose une classification des œufs des animaux,
en se basant sur la constitution de ces œufs. L’œuf peut passer
“par trois états différents : l’état d'oocyle ou d’ovule primor-
dial constitué par une masse protoplasmique renfermant un
noyau; l'état de méloocyte dans lequel le vitellus nutritif se
dépose dans le protoplasma qui se recouvre d’enveloppes se-
condaires produites par le follicule ovarien ; l’état d’époocytle dans
lèquel l’œuf expulsé de l'ovaire, s’entoure de matériaux nutri-
tifs albumine et d’enveloppes secondaires (coquille). I’œuf
peut arriver à maturité sous ces trois états différents; il est
(1) Quelques jours avant, dans une des séances du Congrès
anthropologique, les membres de ce Congrès ont fait une
Souscription pour la fondation d’un prix d’anthropologie, en
Phonneur du grand-duc Serge; ce prix sera décerné par l’As-
-. ++ russe pour l’avancement dessciences, nouvellement
créée,
généralement fécondé à l’état de métoocyte; rarement à l’état
d’époocyte (Amphibiens anoures). Au pointde vue de la propor-
tion et de la disposition du vitellus nutritif contenu dans l’œuf,
on peut diviser les œufs en : alécithes (Spongiaires), sans vi-
tellus nutritif ; komolécithes (Mammifères), renfermant une pe-
tite quantité de vitellus nutritif intimement mélangé au proto-
plasma : mirolécithes (Amphibiens), dans lesquels le vitellus
nutritif plus abondant est encore mêlé au protoplasma, mais
prédomine au pôle végétatif : amictolécithes (Oiseaux), dans
lesquels le vitellus nutritif est complètement séparé; cenbro-
lécithes (Insectes) où le vitellus nutritif est au centre; ecbolé-
cithes chez lesquels le vitellus nutritif est placé en dehors de
l'œuf sous une enveloppe commune (Cestodes). — M. E.-L.
Bouvier signale des plexus thoraciques artériels dans le
Phoque commun ; par leur structure, ces plexus rappellent ceux
des cétacés, mais ils sont situés en dehors de la cavité thora-
cique et prédominent surtout à droite ct à gauche de la co-
lonne vertébrale. — M. A. PerriN étudie les muscles des ex-
trémités inférieures de quelques Sauriens (Uromastix, Varan
Lézard, Gongylus); ces muscles sont décrits dans tous leurs
détails et leur fonction mécanique est rigoureusement indi-
quée par l’auteur. — M. E. ne Pouzareues décrit l'appareil gé-
nilal mâle du Cochon d'Inde, en insistant spécialement sur les
relations que présentent avec le canal évacuateur, les diverses
glandes qui constituent l'appareil. — M. Léon Varrcanr étu-
die une Limande dans laquelle l’œil gauche, au lieu d'occuper
le flanc droit du corps, s’est arrêté à la partie supérieure de la
tête, sur la ligne médiane. — M. Pauz Gaugerr attribue l'au-
totomie des Araignées à un réflexe dû au froissement dou-
loureux qui se produit lorsqu'on saisit ces animaux par les
pattes. Quand on arrive à saisir ces animaux sans provoquer
chez eux de sensation douloureuse l’autotomie des pattes ne se
produit pas. — M. Gaubert étudie en outre Les pièces buccales
de divers Arachnides : les Phrynes présentent sur la face in-
terne des mâchoires des pièces analogues à læ lame pharyn-
gienne supérieure des Arraignées ; sur la 2e paire de mä-
choïire du Scorpion, on trouve des formations identiques. —
M. E. L. Bouvrer étudie les Paguriens recueillis sur les côtes
de la mer Rouge par M. le D° Jousseaume. Ces Paguriens
comprennent dix espèces dont une est nouvelle pour la science
(Paguristes Jousseaumei) ; la plupart sont répandus dans toute
la région indo-pacifique, mais deux espèces cependant (Dio-
genes pugilator et D. denticulatus) se trouvent dans les eaux
de l’Altantique oriental. — MM. Mie Epwarps et E.-L. Bou-
vier observent que les Galathéides abyssaux du genre Diply-
chus ne naissent pas au stade zoé comme les formes côtières
de la méme famille, mais beaucoup plus tard et certaine-
ment même après le stade métazoé. Si un retard dans l'éclo-
sion peut être utile à la conservation de l’espèce, on doit con-
sidérer ce retard comme une faculté compensatrice qui permet
à l'espèce de se perpétuer en dépit du petit nombre d'œufs que
pond l'animal. — M. Conresean montre que l’antialbuminose
de Kühne el Chittenden ne se forme réellement pas dans la
digestion gastrique, mais est un produit des manipulations
auxquelles on se livre pour l'obtenir. — M. Contejean étudie en
outre la sécrétion pylorique du chien, et observe que cette sé-
crétion est acide et renferme de la pepsine.
LA CLASSIFICATION DES SERPENTS
Duméril, l’'éminent erpétologiste du Muséum, fils lui-
même d'un des deux auteurs de l’Érpéthologie générale;
lui qui, dès le berceau, avait passé toute sa vie, pour
ainsi dire, au milieu des serpents, avouait textuetlement
ceci : « La classification des serpents est la pierre
« d’achoppement de la zoologie. » Pourquoi cela? Ah!
c’est parce que voilà des animaux dont l’organisa-
tion est réduite à sa plus simple expression : une tête à
l'extrémité d’un boudin effilé à l’autre bout! où trouver
des caractères différentiels, là où il n’y a pas d'organes?
Heureusement, ouvrez leur bouche, écartez les mâchoires
vous y verrez des dents offrant, pour la classification, une
ressource inespérée, car elle est des plus importantes.
Il y a des serpents venimeux et des serpents non veni-
19
©Oc
ra
meux. Les premiers ont des crochets et les seconds n’en
ont pas. Les crochets sont de longues dents fines, recour-
béesen arrière, dontla pointe est souvent ramenée en avant
creusées longitudinalement d’un conduit pour le venin :
conduit ouvert en sillon chez les protéroglyphes; conduit
fermé en canal, au moins dans le haut, chez les soé-
noglyphes (de ÿ\ÿgn ciselure ou sillon). Les serpents non
venimeux n’ont pas de conduit pour le venin : ce sont
des aglyphes.
Bien que les serpents venimeux diffèrent généralement
des aglyphes par leur aspect extérieur, comme la vipère
diffère de la couleuvre, la nature a ménagé entre eux
une transition remarquable, Il existe des serpents veni-
meux, semblables aux couleuvres en apparence, dont les
crochets sont au fond de la bouche, au lieu d’être en avant,
creusés d’un sillon et jamais d'un canal : ce sont les
opisthoglyphes.
Passons aux aglyphes, aux serpents non venimeux. Là,
pas de crochets en avant ni en arrière; pas de dents à ve-
nin non plus à la mâchoire inférieure : il n’y en a pas chez
un seul des serpents connus jusqu’à ce jour. Mais il ya
des aglyphes qui ont des dents ordinaires aux deux mà-
choires, ce sont les aglyphodontes ; et des aglyphes qui
n'en ont qu’à une des deux màchoires seulement, ce sont
les apotérodontes.
Voilà donc 3 divisions pour les serpents venimeux
et 2 divisions pour les serpents non venimeux. Toutefois,
comme ces derniers sont bien plus nombreux que les
autres, on à divisé les aglyphodontes en une douzaine
de familles, très distinctes les unes des autres, en se
basant tuujours sur la dentition.
Une classification, fondée sur les dents, est très com-
mode : ouvrez la bouche d’un serpent mort, et vous con
naissez non seulement la division dont il fait partie, mais
encore sa famille. C’est une classification artificielle,
puisqu’elle est basée sur un seul caractère ; mais elle se
trouve être, par hasard, tout à fait naturelle. Ce résultat
inattendu est extrêmement remarquable.
La physiologie nous apprend que les serpents ne mà-
chent pas leur proie ; or, les dents étant faites pour mà-
cher, il semble que les dents jouent, dans leur vie,
un rôle bien secondaire, Mais voilà que la taxonomie
nous apprend que, chez les serpents, les dents jouent un
rôle essentiel dans leur classification naturelle : tous les
serpents, dont les dents sont semblables, se ressemblent
absolument. Au point de vue philosophique, que de ré-
flexions cela suggère à l’esprit! Par le fait, si les dents
ne servent pas à la mastication, puisque les serpents
n'ont pas de molaires, c’est qu’elles servent à autre chose.
Elles jouent effectivement le rôle d'armes offensives, de
lance empoisonnée; elles jouent le rôle de mains, pour
saisir et retenir leur proie ; elles jouent le rôle de muscles
rétenteurs, dans l'acte de la déglutition ; elles jouent en-
core d’autres rôles peut-être, Quoi de plus naturel de voir
alors, que les serpents,qui se nourrissent d’animaux morts
empoisonnés, aient une conformation générale un peu
différente de celle des aglyphes? Leur mode d’attaque
n’est pas le même, leur proie est parfois toute différente.
Si les besoins à satisfaire ne sont pas identiques, quoi
de plus naturel que tout le reste du corps en subisse les
conséquences, dans une certaine mesure ?
D' Boucox.
LE NATURALISTE
CONTRIBUTIONS
À L'ÉTUDE DE LA FAUNE ENTOMOLOGIQUE RUTNAITE
LÉPIDOPTÈRES
Nous n’avons rien sur la faune des Lépidoptères roumains,
excepté un commencement de catalogue avec la description
détaillée des espèces crépusculaires (Latr.) connues en Eu-
rope, qui n’a pas du tout lintérêt que nous poursuivons *
Je ne puis pas dire que jai collectionné tous les papillons
de la Roumanie, mais je possède déjà un bon nombre d’échan=«
tillons qui me permettent de les classer et de les indiquer:
Et encore, le temps ne m'a permis de déterminer que less
Achalinoptera (Blanch.) et un très petit nombre des Chalinop=
tera. Donc, je profite de faire connaïtre ceux que je viens
de classer leur nombre montant à 70 individus, et bientôt
J'espère présenter aux entomologistes une liste plus compléten
des papillons crépusculaires et nocturnes qui ne manquent
pas, malheureusement, dans notre pays.
J’ai suivi, dans leur arrangement, la classification des Lépi
doptères francais par M. E. Berce **, et dans l’ordre nas
dans son catalogue méthodique.
I
Rhopalocères (Dumeril).
(Diurni. — Achalinoptera).
Jusqu'en ce moment, je possède des genres de toutes les
familles de Rhopalocères, excepté de celle des LiBYTHEIDÆ Gt
HesPeripæ. Pourtant, j’ai apercu ces jours derniers (juil=
let 1892), dans les localités montagneuses d’Agapia et Pipirigs
(dép. de Neamtz) des spécimens d'Hespérides que je nai pas
pu attraper; donc, bientôt, j'aurai une collection presque
complète, en ce qui concerne la totalité des familles.
A. SUCCINOTI 4
Deux des quatre familles renfermées dans cette section dem
Rhopalocères, sont fort bien représentées en Roumanie.
Famille des Paprrronipæ (G.).
Je ne possède pas, mais j’ai vu des espèces du genre Parà
nassius (Labr.). Au contraire, nous avons du :
a) Genre Papilio (Linné).
1° P. Podalarius (L.), var. Feisthamelli (Dup ). Nos spécis
mens sont généralement bien plus grands que ceux de la faune
française.
20 P. Machaon (L.). Toujours plus grand que le grand
Porte-Queue français, et à cause de cela, nos spécimens pas
raissent bien plus colorés, les espaces inter-nervuraux ayänk
plus d’étendue. Enfin, la tache de l’angle anal est d'un rouge
ferrugineux bien plus prononcé.
b). Genre Thaïs (F.). |
30 T. Polyxena, var. bi-punctala (n. v.). Nos spécimens,
cueillis sur les bords des forêts du département de Doroh
différent de la variété Cassandra par la présence de 2 tach
rouges costales sur le dessus des supérieures, et de 3 au
au-dessous, dont une — la plus petite — près de la base
Enfin, l’espace limité entre les lignes noires des bordures fes=
tonnées du dessous des ailes n'est pas rouge, mais jaunes
orangé. ‘4
Famille des Prerinx (G.).
Nous avons des représentants de tous les genres de cetl
famille.
a) Genre Leuconea (Donzel).
4° L. Cralægi (L.). Les spécimens roumains sont bien plus
volumineux, et quelques-uns sont bien plus blancs que ceux
de la faune française.
50 L, Cratægi, var. alepica (nov. var.). Nous avons, à Jass f
un plus grand nombre de Piérides gazées, aux ailes grisé
transparentes, dépourvues complètement d’écailles (alepica)
chrysalide de cette variété est jaune, tandis que celle de.
pèce est blanche.
*) Archives de l'Association scientifique el littéraire dk
Jassy, 1892.
**) Faune entomologique française. Papillons (Lépidoptères
Paris, Em. Deyrolle, 1867. : 0
+ b) Genre Pieris (Schrk.).
— Les Piérides de la faune roumaine ont une coloration dor-
sale légèrement dorée.
60 P. Brassicæ (L.). La coloration spécifique de l’angle
—apical de la Piéride du chou est noire-dorée. J'ai un éc han-
_ tillon qui a cet angle coloré en noir pur.
MD D Rapz (L.).
80 P. Napi, var. Napaeæ (Esp.). À nos spécimens manquent
presque complètement les nervures noirâtres du dessous des
. inférieures.
r €) Genre Anthocharis (B.).
m……J0 A, Tagis, var. Bellezina. Nos exemplaires présentent aux
inférieures et dessus des dessins en noir, dus à ia coloration
—wcrdätre prononcée du dessous, coloration qu’on voit par
PL “transparence. Les individus © ont, en plus, aux supérieures et
dessus, une petite tache près du bord interne (terminal), et la
em tiche costale des mêmes ailes, passant par une nuance insen-
“cible, arrive au bord costal. Probablement, nous avons une
autre variété.
—. «) Genre Leucophasia (Stph.).
109 Z. Sinapis, var. Diniensis (Bdr.), trouvée jusqu’à pré-
“sent dans les localités montagneuses (Juillet 1887. Agapia).
e) Genre Colias (Fab...
4 119 C. Hyale (L.). Nos spécimens sont d’un jaune de soufre
plus foncé, et le noir bien prononcé.
Ho C. Hyale, var. flava (Husz.). Nos spécimens ressemblent
un peu à ceux de la Hongrie, décrits dans l’Enfom. Nachr.,
883, p. 134, par Husz; 1 coloration du fond des ailes étant
d'un jaune vif et les taches de la bordure étant de même très
larges, et sur quelques spécimens formant une bande presque
continue. J’ai un exemplaire avec le fond blanc, et comme
| “généralement, les © des Colias sont blanches ou à coloration
plus pâle, je crois que c’est une © de la variété flava.
140 C. Chlorocoma. Diffère de Hyale par la coloration jaune-
pile et par la bordure noire, plus étroite, des supérieures, et
presque nulle des inférieures. Autrement, on dirait que c’est
“la varitté flava ©.
120 C. Edusa (F.) ©. Nos exemplaires sont bien plus colorés
ën jaune-orangé, et je les ai péchés seulement au mois
’août.
f) Genre Rhodocera (Bdv.).
“15° R. Rhamni (L.). C’est une espèce fort résistante à la
mort.
Famille des LycænDx (G.).
_ Nous avons des représentants de tous les genres de cette
famille.
a) Genre Thecla (Fab.).
160 Th. Rumaniæ (n. sp.). Le dessus des ailes est d’un
brun noir, avec une rangée antémarginale de trois taches
ives, effacées sur les supérieures, très prononcées sur les
érieures, tout comme chez Th. Pruni (L.) ; le dessous des
supérieures, d'un brun un peu doré avec une ligne ondulée
âtre, comme chez l’espèce Roboris (Esp.) où Evippus
: * God.), ayant près du bord terminal trois tout petits points
D, surmontés d’une ligne bleue, et aux inférieures, une
_ ligne fauve plus large et plus colorée vers l’angle anal, bordée
Supéricurement de sept points noirs surmontés d’ares bleus, et
féricurement, de quatre points noirs triangulaires, excepté le
second, en partant de l’angle anal, qui est presque en totalité
leu, et tous, bordés par une double ligne, la première bleue,
Ja seconde noire. Au-dessus de l'angle anal, une toulle de
| poils blancs. Tout le bord abdominal des ailes est poilu.
A … b) Genre Polyommatus (Lat.).
| EU P. Hippothoë (L.) ?: Nos spécimens ont les nombreux
| points noirs du dessous des ailes ocellés (Forêts d’Oglinzi,
| “5raoût 1892.)
Bb CN 180 P. cupreus (n. sp.). Ressemble un peu au P. Gordius
(Esp.). Supérieures d'un fauve cuivré très vif, avec une large
bordure noire, ornées de huit très gros points noirs, dont deux
| sur le disque et six extérieurs, formant une ligne flexueuse ; la
base et la côte, teintées de noir à reflets verdâtres, et une bor-
dure antimarginale d’un rouge brique avec 5 points noirs
} marginaux. Dessous des supérieures d'un fauve rouge avec
| 9 points noirs, gros et ocellés de jaune, et une bordure mar-
ginale large, cendrée, secondée intérieurement, à partir de
angle anal, de trois traits et un tout petit point noir. Dessous
des inférieures d'un gris cendré parsemé de tout petits points
noirs et orné d’une bordure antémarginale étroite, rouge-
| jaune, due à une série de lunules de cette coloration. (Forêts
| du monastère de Neamtz, T août 1892.) :
LE NATURALISTE
1O
©
©r
c) Genre Lycæna (F.).
19° L. Ægon (S. V. God). De différentes tailles. Fort com-
mune. La bordure des supérieures est d’un noir doré. Remar-
quable surtout par la couleur vert métallique des points noirs
situés près de l'angle anal. Il y a des échantillons avec la série
marginales de taches fauves, presque effacée sur les inférieures.
Enfin, la frange blanche n’a pas la même largeur chez tous
les individus.
200 L. Icarus (Rott.) ou Alexis (S. V.). Différe des spécimens
francais par la coloration bien plus prononcée des taches
fauves triangulaires et même par la configuration des points
noirs ocellés.
219 L. Corydon (Scop. God). Comme différence des spéci-
mens français, nous trouvons, chez cette espèce, une bordure
brune et pas noire, et le dessous des supérieures d’un gris-
argent prononcé, de sorte que les points noirs ont un iris blanc.
Enfin, la coloration des lunules des inférieures, comme tou-
jours, est bien plus vive.
Famille des ErxcinInx (G.).
a) Genre Nemeobius (Steph.).
220 N. Lucina (L.). Seulement dans les localités
gneuses et boisées. (Août 1892. Monastère Neamtz.)
B. SUSPENSI
De même, deux des quatre familles de cette section de Rho-
palocères sont fort bien représentées dans la faune de la
Roumanie.
monta-
Famille des AparuripÆ (G.).
De cette famille, c’est seulement cet été (2 juillet 1892), dans
la vallée de Pipirig (départ. Neamtz.) que j’ai pu en cueillir une
espèce :
a) Genre Apatura {Fab.).
23° A. Ilia (S. N.), var. Clylie (Hb.). Avec cette différence
que le reflet n’est pas rosé, et l’œil des supérieures est secondé
par une tache blanche.
Famille des Nymprazinæ (G.).
Cette famille est assez bien représentée dans ma collection,
ct je possède presque toutes les espèces de Vanessa.
a) Genre Limenitis (Fab.),
240 L. aceris. Nos spécimens ressemblent en tout au Neplis
aceris de la Turquie, même tout en ayant les caractères du
genre Limenitis.
b) Genre Vanessa (Fab).
250 W. Levana, var. Prorsa (L.). Rien de diflérent.
260 V. C. album (L. God). On rencontre des spécimens avec
une teinte plus orangée, quand ils ressemblent à nos V. poly-
chloros.
210 V. polychloros (L. God). Diffère des spécimens français
par la coloration fauve plus foncé des ailes.
28° V. Urticæ (L. God).
290 V. Urticæ, var. alba (n. var.). Je dois faire une variété,
car nos spécimens ont les éclaircies costales d’une coloration
blanche et non point jaune, et même la tache noire discoïdale,
inférieure est éclairée extérieurement de blanc et point de
jaune.
300 To (I):
31° V. Antiopa (L.). Nos spécimens ont toujours la bordure
blanche, et dans les auteurs, il est indiqué que cette coloration
se trouve seulement sur les individus ayant passé l’hiver.
320 V. Atalanta (L. God). Remarquable par la bande trans-
verse des supérieures qui est le plus souvent rouge et non rouge
brique.
330 V. Cardui (L. God). Toujours avec cette différence que la
coloration est plus vive, et que, vers la base des supérieures,
il y a une tache rouge, visible surtout au-dessous.
c) Genre Melitæa (Fab.).
34° M. Diclynna (Esp.). Mon échantillon diffère en ce qui
concerne les dessins du dessous des inférieures. Comme il a
été un peu abimé en l’attrapant, je le laisse sous cette dénomi-
nation jusqu’à ce que j'aie l’occasion d’en avoir un autre. Je
l'ai trouvé dans la vallée de Pipirig (2 juillet 1892).
350 M. Athalia (Esp.). Trouvé dans la vallée du Monastère
Agapia (fin d'août 1892).
d) Genre Argynnis (Fab.).
360 À. Selene (S. V.). Trouvé dans les forèts de Darahani
(Dép. Dorchoi). N
370 À. Euplhrosine (L.). Trouvé dans les forèts d’Olinzi, où
une fois, j’ai trouvé aussi l’espèce Selene. ;
38° À. Aglaja (L.). L'exemplaire ©* de notre faune difière,
par la coloration blanchâtre de la frange, au lieu de jaunûtre.
Le point du milieu de la rangée des taches discoïdales est, sur
256
mon échantillon, à peine marqué; ensuite, la double ligne
marginale est plus foncée, chaque ligne ayant plus de largeur
que sur l’échantillon francais. ] Pau
L’exemplaire ® ayant de même la base des ailes plus teintée
de noir verdâtre, diffère encore du Nacré français par la cou-
leur plus foncée, par l’absence totale du point du milieu de la
rangée des taches discoïdales des inférieures, par la coloration
blanchâtre de l’espace compris dans la concavité des lunules
qui bordent les ailes et qui donnent à ces taches l'aspect ocu-
liforme.
J’ai capturé ces exemplaires, fin juillet 1889, dans les forêts
du monastère d'Agapia, — localité montagneuse.
390 À. Paphia (L.). Diffère de l'espèce française par les taches
marginales qui se touchent et la tache radiale de la première
rangée; — celle qui se trouve dans l’espace limité en arrière
par la nervure radiale — est bien plus petite que sur l’échan-
tillon francais. Enfin, le dessous de l’angle apical est à peine
glacé de vert. Jar
40° À. Paphia (Q), var. nigricans (n. var.). Différe de la
® nommée par Esper — Valesina — par l’absence des taches
blanchâtres costales sur les supérieures. Mon spécimen doit sa
couleur noirâtre à l'étendue prononcée des taches, aux dimen-
sions du corps entier, bien plus supérieures, et à la dernière
rangée de taches marginales qui se touchent, même sur les
inférieures; de là le nom de nigricans que je lui donne.
Tout comme Valesina, elle se rencontre dans les mêmes en-
droits que À. paphia, mais bien plus rarement (Vallée d’Aga-
pia, 22 juillet 1889).
419 À. osea (n. sp.). © Nos spécimens ressemblent, par
la grandeur du corps, à l'A. paphia nigricans (Q). Le dessus
des supérieures est d’un jaune d’or, traversé par quatre ran-
gées de taches noires, dont la terminale est presque effacée ;
le dessous, d’un jaune d’or bien plus pâle. Trois quarts du des-
sous des inférieures à partir de la base, d'un verdâtre entre-
coupé de trois lignes argentées, une basilaire de longueur
moyenne par rapport à la médiane, plus petite, et à la der-
nière, la plus longue; lignes qui croisent obliquement toute la
largeur des ailes, à partir du bord antérieur jusqu’à l'angle
anal ; le reste est d’une coloration rosée, transparente, laissant
voir les taches noires du dessus, de sorte que ce tiers des infé-
rieures paraît parsemé de taches oculifères à pupille noire et
à prunelle rosée (Forêts d’Oglinzi, 1891).
42e À. pandora (S. N.). Je l’ai attrapé, accouplé avec l'A.
paphia (Juillet 1892. Forêts d’Oglinzi).
Dr Léon. C. Cosmovrcr,
(A suivre.)
SOCIÉTÉ ZOOLOGIQUE DE FRANCE
Séance du 42 avril 4892. — Sous le titre d’Observations
ornithologiques, M. Vax KemPEN relate un certain nombre de
faits relatifs aux mœurs des Oiseaux. Il signale notamment la
grande vivacité de l’Epervier, l’accoutumance au bruit chez le
Corbeau, et certaines habitudes qui dénotent chez le Paon un
assez grand développement de la mémoire.
S€ance du 26 avril. — M. Xavier RaspalL proteste de
nouveau contre la Destruction des Oiseaux inseclivores, qui
est autorisée par arrêté préfectoral dans plusieurs départements :
chaque année, dans le département de Lot-et-Garonne, plu-
sieurs millions de ces utiles auxilaires sont capturés et livrés
au commerce; dans le département de Meurthe-et-Moselle, on
a détruit à la raquette en deux mois, dans deux forêts com-
munales, plus de 13,000 oiseaux insectivores. L’auteur demande
que lapplication de la loi sur la chasse ne soit plus laissée à
l’arbitraire préfectoral.
Séance du 49 mai, — MM. À. Raruxr et A. Lucer étu-
dient la Davainea proglotlina, téniadé de petite taille qui pro-
voque des épizooties meurtrières chez les Poules. Ils montrent
que le ver complet ne compte pas moins de cinq anneaux et
qu’il a pour hôte intermédiaire la Limace et probablement
aussi quelque autre Mollusque. — Les mêmes auteurs décri-
vent les expériences et les observations qu’ils ont faites sur
quelques Nenialodes parasites du genre Heterakis; ils signa-
lent l’'Heterakis perspicillum dans l'intestin de nombreux Galli-
nacés (Poule, Dindon, Echäs) et dans l’albumen de l’œuf de la
Poule et PH. Papillosa dans les cœcums de l’Oie domestique
LE NATURALISTE RTE 1140
. lules plates et à contours sinueux mais dépourvu des flagellums
et du Tragopan; ils ont pu suivre le développement direct Ge -
la première espèce mais ils l’ont suivi dans la Poule pour la
seconde. — Dans ses Notices parasitologiques, M. RaïzrreT
décrit un Cysticercus 'pisiformis à six ventouses, un Anoplo-.
cela curriculi (du Lapin de garenne) à coloration ardoisée et.
des échancrures latérales sur les anneaux ovifères du Dipyli- «
dium caninum, autre téniadé qui vit dans le Chien; il signale
ensuite quelques hôtes nouveaux de divers Téniadés, ainsi.
qu'un Trichocéphale trouvé dans l'intestin du Furet. —
M. Paul Harres sépare des Dendrocéles pour les rapprocher
des Rhabdocëèles, les Turbellariés diploblastiques dont l'appareil
intestinal est constitué par trois branches principales. Il divise
ces Triclades en trois groupes, suivant qu’ils vivent dans la
mer, dans les eaux douces ou sur la terre. — M. G. Josepn
étudie l'influence de l'éclairage sur la disjonction des organes”
visuels, leur réduction, leur atrophie complète et leur compen-
sation chez les animaux cavernicoles. « Pour compenser la
perte de la vision, dit-il, la nature semble avoir eu recours au
sens du toucher. Ainsi, chez un Coléoptère (Anophthalmus
capillatus) et chez une araignée (Siro cyphopselaphus) on
trouve à la place des yeux un poil tactile fin porté par une petite
granulation : à l’intérieur de celle-ci s’étend un nerf très exigu
partant du ganglion infra-æsophagien. » —M. Emize TOPSENI
relève quelques notes histologiques au sujet de Leucosoleni
coriacea, éponge calcaire qui couvre de son réseau, sur n0S*
côtes, la face inférieure des pierres et les parois des grottes. JIM
signale dans cette espèce un ectoderme continu formé de cel
â
que Sendenfeld attribue à tort à toutes les éponges calcaires. M
Il décrit dans le mésoderme deux sortes de cellules : des cel=
lules granuleuses ou digestives et des cellules sphéruleuses. Ce
sont ces dernières qui servent de réservoir nutritif, et l’auteur
à pu y constater de l’amidon; elles donnent en outre à chaque
colonie la coloration qui lui est propre et qui peut varier du
rouge vif à une teinte verdâtre des plus prononcées.
Séance du 24 mai. — Après avoir fait remarquer que les.
espèces d’Oiseaux dont le mâle participe à l’incubation doivent
être considérées comme de très rares exceptions (Fauvette à
tête noire), M. Xavier RasPaIL rapporte qu’un Pinson mâle.
poursuivit l'incubation des œufs et veilla aux besoins des
petits après que sa femelle eut disparu; il ajoute que pareil
fait se produisit au Muséum pour un couple de Faisans d'Am-
herst dont la femelle fut trouvée morte sur le nid. —
MM. E. Cnevreux et J. pe GuerNe décrivent sous le nom de
Gammarus Delebecquei un Amphipode nouveau recucilli par
M. Delebecque dans une profonde dépression du lac d’Anv
necy. Si l’on fait abstraction du Gammarus locusla, espèces
marine qui peut remonter très loin dans les cours d’eau, on n@
connaissait jusqu'ici dans les eaux douces françaises que trois
représentants du genre (G. pulex, 4. pictaneus, et G. rhipi=
diophorus).
Séance du 44 juin. — M. P. S. ne MacaLuars donne la
description du Tænia cuneata qu’il a trouvé au Brésil dans le
duodénum de la Poule. — M. L. von Grarr étudie l’organisas
tion d’une planaire (S{ylochoplana sargassicola) recueillie par
l’Hirondelle dans les Sargasses; cette planaire est un animal
vraiment pélagique, que les courants ont amené de la pleine
mer jusque dans les Sargasses. È
Séance du ?8 juin. — MM.S. A. Popper et J. RICHARD.
décrivent un Copépode nouveau, le Diaplonus Schmackeri,
recueilli par M. Schmacker dans le lac Tahoo, en Chine. —
D'après les observations de M. Xavier Raspaiz, il résulte que
la moyenne de la durée de l'incubation chez le Bruant jaune
est de treize jours, et que le temps nécessaire à l'éducation des
jeunes dans le nid ne dépasse pas sensiblement dix jours. :
Séance du 12 juillet. — M. C. W. Snires étudie briève=
ment l’organisation et la morphologie de deux parasites, 16
Tœnia Giardi ct le T. expansa.
Séance du 26 juillet. — M. A. RarrzieT a recueilli dans.
les urines d'une malade atteint d’hématuric des œufs de Gyn6«
cophorus hæmalobis. À l’intérieur des œufs de ce trématode.
s’agitait un embryon que l’auteur étudie complètement et qu'il
a pu suivre assez longtemps après l’éclosion. — M. RAPRAïE
BrancraRD donne la synonymie et la morphologie comparatives
de quatre espèces de Nephelis qui habitent les eaux douces de
diverses contrées de l’Europe.
E -L. BouvIER.
LE NATURALISTE
à L'ÉTAGE DE LA CRAIE
4 SES ROCHES, SES TERRAINS, SES FOSSILES
Parmi les matériaux du sol que nous foulons, l'un des
plus importants et des plus populaires, est assurément
Ji Craie. Tout le monde connaît cette matière blanche,
“d'un beau blanc mat, qui sert à tracer, sur le tableau
“noir, des figures géométriques et dont l’accumulation,
“iormant les falaises de la Manche, a fait donner à l’An-
“eleterre le nom d'Albion. L'histoire géologique de la
3 est, quand on l’approfondit, des plus intéressantes,
d' nous allons en tenter l’esquisse succincte, mais fidèle.
*
x +
Et d’abord, la craie constitue, sinon la totalité, du
“moins une part essentielle de cette vaste formation qu’on
mppelle, de son nom, le Crétacé supérieur. D’après la
“méthode la plus naturelle, nous étudierons en premier
jeu les caractères « pétrographiques » de cette formation,
uis ses caractères « paléontologiques », enfin les carac-
ères «stratigraphiques » ; la nature des roches, la forme
les fossiles, la disposition des couches de terrain, tel
st l'ordre que nous adoptons.
le « Crétacé supérieur » n’est proprement l'éfage de
lCraie que dans le nord de l’Europe. On verra que
“ioute la partie méridionale du continent découvre, aux
“inêèmes niveaux, du calcaire pur et simple. On sait d’ail-
leurs que la Craie n’est autre chose qu’une sorte de cal-
aire, un calcaire — qu'on nous permette l’expression,
digéré par les Foraminifères. Lorsque effectivement on
observe de la poussière de craie sous le microscope, une
nultitude d'éléments figurés s'offrent aux yeux : ce sont
| les Carapaces minuscules de mollusques inférieurs, les
| Foraminifères, dont la plupart appartiennent au genre
“Cglobigerina ». Ce sont ces infiniment petits qui, com-
pensant le volume par le nombre, ont édifié de leurs dé-
bris toute une vaste portion du sous-sol terrestre.
la Craie, ainsi définie dans ses traits généraux,
comporte, suivant les localités, d'importantes variations :
Sechargeant de grains verts ferrugineux, elle prend le
| nom de Craie glauconieuse ; associée à l'argile, elle pro-
{“duitla Craie marneuse. Au sommet de la formation, elle
perd sa pureté, sa compacité, sa belle couleur blanche,
Prend une teinte jaunâtre, se durcit, et se décompose en
gros grains de la grosseur d’un pois (pisolithe) d’où la
dénomination de Calcaire pisolithique, étendue à toute la
formation qu’elle caractérise,
Nous venons de citer les diverses variétés de Craie dans
Pordre même de leur superposition : én effet, la Craie
&glauconieuse » est à la base, reposant directement sur
leCrétacé inférieur (sables verts du Gault); au-dessus
Stétend la Craie « marneuse » ; enfin la Craie proprement
dite, la Craie « blanche » est surmontée par le « Cal-
caire pisolithique » ou Craie jaune, qui couronne le tout.
Dans la région sud, comme nous le reverrons en strati-
graphie, on trouve, en place de ces roches, un Calcaire
ordinaire (pierre à bâtir), caractérisé par de grands
fossiles, appartenant à une classe éteinte de mollus-
ques, et qu'on nomme des Rudistes, — Citons en outre,
pour être complet, la Craie-tufau (Craie tufacée), offrant
la consistance d’un tuf, c'est-à-dire d'un agglomérat
sableux, plus ou moins meuble.
\
[ee
2
1
Craie, nous devons citer le silex et la pyrite ou sulfure
de fer.
Le silex se rencontre surtout dans la Craie blanche,
où il forme des alignements réguliers de rognons nodu-
leux, parallèles à la stratification, On voit là, généra-
lement dans ces rognons, les derniers vestiges d'animaux
— de « spongiaires », peut-être, — dont le squelette se
serait fondu, en quelque sorte, englobant le corps
en décomposition d'une atmosphère siliceuse. Quoi qu'il
en soit, la variation de teinte de ces silex est un cri-
terium empirique assez commode pour déterminer l’âge
des couches, établir des niveaux dans cette masse
crayeuse homogène. Il y en a de gris et zonés, d’autres
blonds et translucides, d’autres absolument noirs. — Les
plages de galets, si communes sur le littoral de la Man-
che, sont littéralement le déversoir des silex, qui, d'abord
enchâssés dans la craie des falaises, se déchaussent de
leurs alvéoles, tombent au pied, puis sont roulés et fa-
eonnés en boulets par les vagues, qui les rejettent sur le
rivage.
Quant à la pyrite ferrugineuse, elle se présente sous
forme de baguettes, ou de globules radiés, d’un ton d'or
(pyrite jaune), ou d’un ton d'argent (pyrite blanche).
(A suivre.) Maurice GRIVEAU.
LES ALPES FRANÇAISES (1)
M. Albert Falsan, l’auteur distingué de tant d'ouvrages
sur la Géologie de la France, vient de publier, chez
MM. Baïllière, un nouveau volume surles Alpes Françaises,
en tant que montagnes, eaux, glaciers, etc... Dans le
courant de cette année, le même auteur avait rédigé, en
collaboration avec quelques savants spécialistes, la Flore
et la Faune de ces mêmes Alpes. La grande chaîne des
Alpes, dit l’auteur dans sa préface, au lieu de se déve-
lopper suivant une direction rectiligne, constitue un
système orographique complexe; mais le changement
d’allure, malgré son importance, ne brise pas l’unité
de la chaine de cette longue suite de montagnes. Les
Alpes occidentales sont toutes en rapports intimes avec
les Alpes centrales et orientales : partout le synchro-
nisme des soulèvements, partout, on reconnaît des for-
mations similaires, des séries de fossiles à peu près
identiques, des indices climatériques presque pareils.
Nous trouvons dans l’ouvrage de M. Falsan un tableau
fort bien fait donnant la disposition schématique des
principales divisions des Alpes, d’après leurs noms géo-
graphiques et la nature de leurs roches. L'auteur,
après avoir rappelé les côtés attractifs des Alpes, étudie
l'influence des cimes élevées sur la formation des gla-
ciers et des cours d’eaux. Deux chapitres sont consacrés
à l’histoire du soulèvement des Alpes, à ses consé-
quences, à la géologie dynamique. |
Les roches éruptives des Alpes occidentales sont prin-
cipalement des roches granitoïdes, des diorites, des
amphibolites, des euphotides, serpentines, etc. Les
Alpes sont peu riches en minerais précieux; on signale
toujours toutefois les belles pépites d’or natif décou-
vertes en 1852, dans un petit filon d’arséniate de nickel,
dans le Lias de La Motte-les-Bains. Malheureusement,
(1) Le Alpes Françaises, À vol. avec 51 figures dans le texte,
broché, 3 fr: 50, franco 3 fr. 85 (en vente aux bureaux du
Parmi les substances accessoires qu’on trouve dans la | journal.)
LE NATURALISTE
Passage de la Rivoire, chemins de fer de La Mure.
Bourg de Saint-Véran, le village le plus élevé de France.
ce ne fut qu'un simple accident minéralo-
gique, sans suite. M. Geyneard a révélé un
fait intéressant, c’est la diffusion du platine
dans un grand nombre de minerais.
Il est curieux de connaître et de compa-
rer l'altitude des principaux sommets des
Alpes et de leurs cols les plus importants.
Sans parler du mont Blanc dont l’alti-
tude de 4,810 mètres nous est apprise dès
l’âge le plus tendre, sur les bancs du ly-
cée, l’aiguille du Tour a 3,537 mètres, les
Grandes-Jorasses 4206, le mont Maudit 4471,
le mont Blanc de Courmayeur 4756, etc...
Parmi les cols, le col de Valante (2810), le col
d’Agnel, 2700 mètres, muni d’un hospice, le
col de Saint-Véran (2900 mètres), où se trouve
le village le plus élevé de France.
L'étude de l’hydrographie rend plus évis
dentes les dispositions des chaînes princi-
pales et secondaires, car la direction des
cours d’eau est forcément la conséquence des
formes orographiques de toute région. Cer-
tains torrents ont creusé une partie plus où
moins longue de leurs lits, au milieu des
schistes noirs et friables du lias. On ne peut
s'empêcher de contempler avec effroi, au
fond de ces sombres abîmes,fles eaux bons
dissantes ; l'aspect de ces sites laisse une im=
pression profonde dans l'esprit de tous. Pour
traverser ces régions pittoresques, on à dû
multiplier les travaux d'art. Aïnsi au pas
sage de la Rivoire, dont ci-contre la figure,
la voie ferrée, tracée en corniche, sur des pen:
tes vertigineuses, semble suspendue au-dessus
du vide. Les grands lacs, si abondants en
Suisse et dans le nord de l'Italie, ne sont,
dans les Alpes françaises, que de rares ex
ceptions: les bassins lacustres des Alpes
Cottiennes et des Alpes Maritimes sont plus
LE NATURALISTE 259
tôt des étangs que de véritables lacs. Les lacs tem-
poraires sont produits par des éboulements de terrain
ou de glace, qui ont barré les vallées. C’est ainsi que,
dans la nuit du 15 septembre 1219, la chaussée se rompit
sous Ja pression d’un vaste lac appelé lac Saint-Laurent ;
un torrent dévastateur se précipita avec violence dans
la vallée, et Grenoble faillit être emportée et détruite.
Après avoir parlé des cascades, des sources minérales
et thermales, etc., M. Falsan passe à l’étude des glaciers,
puis à des considérations sur les climats, sur l’action
des agents atmosphériques des glaciers sur le sol, et
enfin sur la météorologie et la climatologie des Alpes
françaises.
Voici un bon livre dont il est agréable d’enregistrer
lapparition; il est de plus orné de 51 figures dans le
exte, ce qui le complète bien. Nous reproduisons ci-
contre deux figures de l’ouvrage, dont nous devons les
élichés à l’obligeance des éditeurs.
LIVRES NOUVEAUX
… Produits naturels commerçables. Les produits végétaux
alimentaires (1).
D.
M. Émile Dubois vient de faire paraître à la librairie Doin
aseconde partie de son histoire des produits naturels com-
mercables. Le premier volume paru traitait des produits ani-
Maux alimentaires: l'ouvrage qui paraît actuellement s'occupe
des produits végétaux alimentaires. Il est encore une troisième
«partie, dont l’apparition est prochaine, qui traitera des ma-
«iières premières industrielles, et qui terminera cette histoire
“iles produits naturels commercables.
l'ouvrage sur les produits végétaux alimentaires est divisé
en matières alimentaires, condiments et excitants, sucres, bois-
“sons, produits dérivés de fermentation. Ce volume qui est
“accompagné d’une cinquantaine de figures trouvera placé dans
“li bibliothèque de l'amateur, du curieux, et surtout dans celle
“déPindustriel et du commercant, qui tous sont intéressés à
Connaître l'histoire des matériaux dont ils font usage, ainsi
que des falsifisations dont ils peuvent être l’objet.
Les maladies cryplogamiques des céréales,
par Jean Loverpo (2).
“L'auteur de ce traité, professeur à l’école agronomique d’A-
thènes, a cherché à réunir dans ce livre ce qu’on connaît
Sur ies plus importants microparasites végétaux de nos cé-
cales. Comme céréales l’auteur comprend blé, seigle, maïs, orge,
avoine, sorgho ; le millet, le riz et le sarrasin ne présentent
pas. daffections parasitaires bien importantes. M. Jean Lo-
xerdo expose nettement l’histoire de ces microparasites, décrit
leur mode de vie, les effets et les remèdes connus pour les
combattre, ainsi que l’histoire des maladies qu’ils provo-
quent, etc. L'auteur a su réunir et commenter tout ce qui avait
Été écrit, toutes les expériences qui ont été faites sur ce sujet,
ete n’était pas une mince besogne. Malgré les 35 figures
quissont jointes au texte, il nous semble qu'un plus grand
nombre de figures eût été nécessaire, car, chacun le sait, la
meilleure des descriptions ne vaut pas un dessin. À part cette
critique, l’ouvrage de M. Jean Loverdo est un livre utile à
posséder, utile à consulter.
(1) Les produits végétaux alimentaires, par Émile Dusois.
Un volume in-18, de 450 pages, avec 45 figures. Prix : franco
4 fr. 35. Du même auteur, paru précédemment. ‘Les produits
animaux alimentaires. In-18 de 360 pages. Prix : franco
kfr. 35 (en vente aux bureaux du Journal).
(2) Les maladies cryplogamiques des céréales, par Jean Lo-
VERDO. Un volume broché, prix : 3 fr, 50, franco 3 fr. 85 (en
vente aux bureaux du Journal),
Manuel d’Ichthyologie française (A), par le Dr Emile Morau.
Le D’ Emile Moreau est l'auteur du bel ouvrage bien connu
sur l’histoire naturelle des Poissons de France en 3 gros vo-
lumes ; mais on demandait un travail beaucoup moins étendu
un simple volume, facile à emporter en voyage, c’est ce but
que le Dr Moreau s’est proposé ct qu’ila pleinement atteint.
Ce manuel n’est pas le résumé de son grand ouvrage, il est
conçu sur un tout autre plan, et, disons-le, il est d’un usage
beaucoup plus facile. A la table des noms scientifiques, latins
et français, se trouve jointe celle des noms vulgaires des es-
pèces, en faisant suivre chaque nom vulgaire de l’indication dé
la localité dans laquelle il estusité. Trois planches destinées à
. montrer la disposition de la plupart des pièces squelettiques,
qui entrent dans la composition dela tête chez différent types
de Poisson osseux, ont été ajoutées au texte.
La Lépidochromie (2).— Le Dr S** vient de publier une petite
brochure sur la Lépidochromie ou art d’imprimer les papillons,
par un procédé nouveau. Cette brochure n’a que 10 pages;
mais en ces quelques pages, ilest dit et bien dit tout ce qu’il
faut faire pour imprimer les papillons et pour réussir dans
cette opération. En suivant scrupuleusement les conseils de
l’auteur il sera facile d’obtenir en peu de temps des bonnes
épreuves, «et, dit le Dr S***, quand vous aurez achevé votre
œuvre, vous conviendrez que le résultat est réellement supé-
ricur à toutes les iconographies connues, » Cette brochure
contient sept figures en nature et vaut 0,60.
CHRONIQUE
Gibiers exotiques=, La liste est loin d’en être
close; après l'Afrique qui envoyait l’autre jour ses anti-
lopes, voici l'Australie qui expédie en Angleterre, con-
gelés et tout prêts à être mis à la broche, toute une
galerie zoologique. Il y avait un peu de tout dans ce
premier envoi adressé aux casseroles métropolitaines
canards, sarcelles, dindons, cygnes noirs; hanguroos,
lièvres, pigeons. Les gourmets vont décider si le gibier
des antipodes a le fumet et la délicatesse de chair qui le
caractérise dans notre hémisphère. En réalité régal de cu-
rieux ou de blasé que toute cette viandaille congelée : ce
n’est pas demain qu’un gigot de marsupial détrônera un
cuissot de chevreuil, et le pigeon australien, ne rempla-
cera pas de sitôt une modeste caille, servie « sur canapé »,
comme on dit chez les gargotiers du high life.
Action des antiseptiques sur le bacille du
choléra. — Désireux d'étudier l’action de diverses
substances sur la vitalité du balle du choléra, le
D' RoseneL à fait une série d'expériences, bien simples,
qui consistent à plonger l'aiguille de platine contenant
sur son bec une culture pure de bacilles, dans divers
milieux antiseptiques et de contrôler ensuite la viabilité
du bacille dans un milieu nutritif. Il est arrivé à un ré-
sultat qui, au point de vue pratique, peut avoir une cer-
taine importance, On sait que le bacille du choléra ne se
trouve pas dans le sang, qu’il siège sur la couche super-
ficielle de l’intestin ne pénétrant pas plus profondément
que la couche musculeuse,
Tous les accidents du choléra dérivent de l’intoxication
par la sécrétion bacillaire. Si donc l’on pouvait trouver
(1) Manuel d’Ichthyologie, par le D'E. Moreau, 1 vol. de
650 pages, prix 8 francs broché, 8 fr. 15 franco par poste (aux
bureaux du journal.)
(2) La Lépidochromie, ou art d'imprimer les papillons, 1 br.
av. 1 fig. en nature, 0,60 franco (aux bureaux du journal).
260
un antiseptique qui tue le bacille, sans intoxiquer l’or-
ganisme, le spécifique du choléra serait trouvé.
L'auteur ayant expérimenté une série de substances,
fut frappé par l’action énergique de l’acide tymique, qui
déjà à 1 pour 1,000 arrête le développement bacillaire,
4 grammes d’acide tymique pour 4 litres d’eau peuvent
être sans inconvénient introduits dans l'intestin humain
et retenu pendant 5 minutes. Cet antiseptique peut faci -
lement être expérimenté sur l’homme.
Gisements d’or à l’île de Formose. — Le
consul d'Angleterre à Tamsui vient d'adresser à son gou-
vernement un rapport sur la découverte de gisements
d’or à Formose. La quantité enregistrée à la douane
(15,833 L.) représente, paraît-il, à peine le dixième de
l’or qui a été réellement exporté, chaque passager indi-
gène en emportant en fraude.
Découverte d'uranium, — Le dernier courrier
- du Sud-Afrique apporte la nouvelle que l’on a découvert
sur la ferme de Wiklipbank, appartenant au syndicat des
mines d'argent de White Bank, un filon d'argent donnant,
en outre, une haute teneur dece métal rare et précieux :
l'uranium.
Un bloc de minerai de 30 tonnes. —Ilya
une quinzaine de jours, il a été extrait dela mine Scotia,
appartenant à la Compagnie Carnegie, à Bellefontaine,
Pennsylvanie (E.-U.), un bloc de minerai de fer mesu-
rant 5 m. X 4 m. etpesant 30,000 kilogrammes.
Nouvelles mines de plomb en Alsace.—0Ona
découvert dans les environs de Thann, près Mulhouse, à
Steinbach, des mines de plomb d’une grande richesse.
Ce plomb est argentifère et contient une assez grande
quantité de métal précieux. Une Société s’est formée et
a commencé les premier travaux. On s’attend à des ré-
sultats très satisfaisants.
Chamois et marmottes. — Le nombre des cha-
mois a légèrement augmenté en Suisse dans la partie
française. Dans les districts de Roestocke et de Kurfisten
on a constaté des émigrations de chamois. Quelques can-
tons ont été autorisés à faire détruire les vieux chamois
mâles. Ainsi ilen a été tué douze à Gruyère.
Le nombre des marmottes s’est également fort accru
dans ces districts l’année dernière.
Les saumons de la Columbia. — La majeure
partie des saumons vendus aux États-Unis sous forme de
conserves, dans des boîtes, des cans de fer-blanc, vient
des eaux de la Columbia, séparant le territoire de Wa-
shington de celui de l’Orégon, où la pêche et la prépara-
tion de ces poissons s’exécutent pendant trois mois
environ de l’année, en hiver. Chaque cannery, chaque
établissement de préparation, occupe 200 ou 300 bateaux,
montés chacun par un pêcheur qui doit fournir l’'embarca-
tion et payer le marinier chargé de la manœuvre, Les ba-
teaux semettentencampagnele soir, munis d’un grand filet
à mailles de 20 centimètres, garni à son bord supérieur
de flotteurs en bois de cèdre rouge, qu’on tend en travers
du fleuve non loin du point où il se jette dans le Paci-
fique, pour barrer le chemin aux saumons remontant en
eau douce. Chaque bateau prend en une nuit de 45 à
30 saumons, pesant en moyenne 20 à 21 kilogs, car les
usines ne se donnent pas la peine de travailler les pois-
sons pesant moins de 13 à 44 kilogs. On en prend même
parfois de 38 à 39 kilogs. Le pêcheur recoit, en moyenne
LE NATURALISTE
3 fr. 75 par saumon, mais il doit payer son marinier au,
quel il donne d'ordinaire 125 à 130 francs par mois. Les,
pêcheurs propriétaires de leurs bateaux et de leurs filets
se font ainsi de 5,000 à 7,500 francs par an; les autres.
ont à payer sur cette somme la location du matériel, ce
qui diminue considérablement les bénéfices. Tous les
bateaux apportent chaque matin leurs prises de la nuit
à la cannery où on les recoit et les porte en compte.
L'apprêt des saumons est confié à des Chinois, et chaque
cannery en occupe plusieurs centaines. Les uns enlèvent
en trois coups de couteau la tête, la queue et les organes
intérieurs des Saumons, et ces poissons, glissant sur un
plan inclinés, tombent entre les mains d’autres opéra=
teurs qui les font cuire, en enlèvent la viande, et l’intro-
duisent dans les boîtes de fer-blanc. En 1890, les 23
usines qui fonctionnaient sur les bords de la Columbia,
ont traité 429,300 saumons, chiffre supérieur à celui de
1889, année où on n’en avait traité que 321,314. La seules
localité d’Astoria, dans l'Orégon, a expédié en 1890,
1768 chariots de saumons aux villes situées sur le Mis-
souri.
Nouvelle société d’apiculture, — Il se produit,
actuellement un mouvement très marqué en faveur de
la rénovation de l’apiculture en France. Dans un certain
nombre de départements, des sociétés agricoles se sont
constituées pour propager les ruches à cadres mobiles
et les méthodes modernes de culture des abeilles. Parmi
les plus récentes, nous citerons la Société d’apiculture
de l’Aisne dont la création a été provoquée par M. Fei
cher. Cette société compte déjà 185 membres; c’est um.
noyau déjà solide pour assurer son avenir.
Le phylloxéra dans la Champagne. — Le
comité directeur de l'association syndicale de défense
contre le phylloxéra instituée dans le département de la
Marne, a décidé que des recherches seraient faites dans
toute l’étendue du vignoble champenois. À cet effet ila
divisé le vignoble en seize circonscriptions dans lesquelles
des équipes spéciales font des fouilles, qui jusqu’à ce
jour ont amené la découverte de 11 taches phylloxériques\
dans les localités suivantes : Mesnil-sur-Oger, Mardeuilk«
Soilly, Moussy, Marsy, Nesle-le-Repons, Damery et Va - |
ciennes. Ces taches ont été détruites aussitôt leur décous
verte et les propriétaires ont été indemnisés. La surfa! |
totale soumise au traitement d'extinction est heureuse
ment peu étendue et n’atteint pas 2 hectares. Si ces men
sures ne suffisent pas à arrêter complètement l’invasiolM
phylloxérique, en tous cas elles permettront à la Cham
pagne de conserver longtemps son ancien vignoble.
Un chevreuil albinos. — Des chasseurs ont
aux États-Unis, près Crawford Notch, un chevreuil co
plètement albinos. Il était exceptionnellement gras
très haut sur pattes. De mémoire d'homme, on n’avai
encore vu de chevreuil albinos dans ces parages.
La baleine du golfe de Gascogne, — Dep
huit ans, paraît-il, une baleine vit dans les eaux du g0
de Gascogne. Elle se promène dans les parages et se ail
voir de temps en temps, mais sans se laisser approcher; |
les marins lui ont donné la chasse à plusieurs reprises,
sans succès. Quand cette baleine s'approche des cô
le poisson fuit au plus vite. C’est probablement à la pr
sence du cétacé dans le voisinage de l’embouchune,
l'Adour qu'est due l’abondance de petites aloses près
Bayonne, abondance si considérable qu’il suffisait C EX
«|
» (1
2.
ON ;
nn.
ne
LE NATURALISTE
jeter à l’eau un récipient quelconque pour en relirer uu
grand nombre.
Mouvelle espèce de Coléoptère du genre
Clytus. — M. A. Théry, de Saint-Charles (Algérie),
“vient de décrire une variété nouvelle de Clytus, dans le
“hiulletin de la sociétété entomologique de France :
CLvrus ARIETIS, V. Cloueti, var. n. — M. L, Clouet des
Pesruches, a capturé, à Lambersart, près Lille, une
“curieuse variété de Clytus arieits, qui a été nommée
…(ioueti. La fascie qui se trouve à ; Vépaule est divisée en
deux par le calus huméral et réduite ainsi à un point du
L côté du bord marginal et à une petite ligne du côté de la
suture. Les deux fascies, qui, sur les deux élytres, pren-
ment, par leur réunion, la forme d’un accent circonflexe,
ont complètement disparu. Ces variations donnent à l’in-
L’engrais de poisson de mer. — Si en agricul-
re on savait tirer parti de bien des choses que l’on a
sans cela, Ainsi le iron de mer peut très utilement ètre
“ulilisé comme engrais. Nous avons lu dans un journal
JsSavant agronome, qui écrit, est le réservoir général de
vie végétale et animale de notre globe. L’agriculteur
poisson, il s'agirait pour l’industrie de convertir tout
és débris de poisson en une masse poudreuse, sèche et
icolore. Cette industrie vient de se créer dans plusieurs
“Doris du nord de l’Angleterre, au moyen des morues
—échées sur les côtes de Norwège. On en extrait d’abord
Vhuile, puis la chair qu’on fait sécher et saler pour la
“conservation. On réserve pour fabriquer de l’engrais, les
têtes, les queues, les épines dorsales et la ciarpeale
osseuse, Le tout séché, puis réduit en poudre constitue
‘un guano inodore renfermant de 90 10 0/0 d’azote;
12-0/0 d'acide phosphorique et 2 0/0 en potasse. Le
_guano de hareng et de sardine dose, 5,90 d’acide phos-
“phorique et 10,48 de potasse. Les essais ont eu lieu sur
des avoines et ont donné d'excellents résultats. Avec un
complément de potasse, cet engrais peut être utilisé
pour certaines plantes, notamment les légumineuses, le
lin, les houblons, etc. Très facile à répandre, le guano de
“poisson se dissout très promptement grâce à sa qualité
hygrométique. Au prix de 22 francs les 100 kilos il est à
recommander pour tous les genres de culture, ainsi que
Va constaté M. Crispo, directeur du laboratoire d’Anvers
(Belgique), surtout au moment des semailles pour obte-
mix une prompte assimilation.
ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance du 49 septembre. — M. Brown-Séquard présente
une note de MM. God et Marinesco, sur le centre respiratoire
bulbaire. Ce centre est constitué par une association de cellules
nerveuses, placée dans la partie profonde de la moitié inférieure
du bulbe, de chaque côté des racines de l'hypoglosse, et dont
les voies centrifuges ne se croisent pas, mais descendent direc-
tement dans la moelle. — M. Duchartre présente une note de
M. Gaston Bonnier sur l'influence de la lumière électrique con-
tiuue el discontinue sur la structure des arbres, dans les feuilles
et les jeunes tiges; cette influence provoque des modifications
importantes pour l’éclairage continu, le végétal semble alors
gêné par la respiration, l’assimilation et la transpiration sans
arrêt.
Séance du 3 octobre. — Note de M. A.-B. Griffiths sur
une globuline respiratoire, contenue dans le sang des Chitons,
Cette substance chargée d'oxygène est incolore. De là son nom
d’achroglobine auquel lPauteur ajoute 6 pour la distinguer de
l’achroglobine du sang de la Patelle. — M. Duchartre présente
une note de M. Gaston Bonnier sur l'influence de la lumitre
électrique sur la structure des plantes herbacées. La lumière
directe est nuisible au développement normal des tissus, par
ses rayons ultra-violets. Sur les plantes cultivées sous verre, on
constate un développement exubérant, verdissement plus intense
des feuilles, coloration plus foncée des fleurs. Si les plantes
résistent à cet excès d’assimilation sans arrêt, les nouveaux or-
ganes formés ont une structure différente de celle des premiers,
et les feuilles, quoique riches en chlorophylle, sont moins dif-
férenciées.
Séance du 10 octobre. — Note de M. Marey sur le mou-
vement du cœur étudié par la chronophotographie. Un cœur de
tortue est détaché et placé dans les conditions de la circulation
artificielle, et tous ses mouvements sont photographiés les uns
après les autres. La couleur rouge du cœur n'étant pas photo-
génique, le cœur est préalablement blanchi au pinceau avec de
la gouache. On obtient ainsi la reproduction exacte des dépla-
cements et des changements de forme des oreillettes et des ven-
tricules. Comme on Le voit la chronophotographie est un pré-
cieux complément de la méthode graphique. — M. Duchartre
présente une note de M. L. Géneau de Lamarlière sur la respi-
ration, la transpiration et le poids sec des feuilles développées
au soleil et à l’ombre. Des feuilles de même espèce développées
au soleil ont une respiration et une transpiration plus intenses
que celles qui se sont développées à l’ombre. Le rapport du
poids sec au poids frais est supérieur chez les feuilles dévelop-
pées au soleil. — M. Duchartre présente une note de M. Auguste
Oger sur l’action de l’humidité du sol, sur la structure de la
tige et des feuilles. Les variations obtenues par ce procédé sur
des individus de même espèce intéressent la taille de la plante,
le port, la ramification, l’inflorescence ct la constitution de la
structure interne. En un mot, on obtient expérimentalement,
dans une espèce donnée, des modifications de même ordre que
celles qui servent à caractériser des espèces voisines, adaptées
les unes au sol humide, les autres au sol sec. — M. Duchartre
présente une note de M. Walliam Russell sur la structure du
tissu assimilateur des tiges chez les plantes méditerranéennes.
Dans les climats tempérés, c’est aux feuilles qu'est dévolu le
rôle le plus important dans l’assimilation ; dans les régions tro-
picales, c’est le parenchyme vert des tiges qui supplante celui
des feuilles, trop exposées à la dessiccation. Ce dernier fait a
également lieu, pour les plantes des Garrigues de la région mé-
diterranéenne. — M. Daubrée présente une note de MM. L.
Duparc et L. Mrazec sur quelques bombes de l’Etna provenant
des éruptions de 1886 et 1892. L’analyse montre qu’il y a ana-
logie des plus complètes entre les nouvelles bombes et celles
de 1886. — M. Duchartre présente une note de M. Ant. Magnin
sur la végétation des lacs des monts Jura. Cette flore ne compte
qu’un petit nombre d’espèces, pour la plupart plantes sociales,
dont la distribution est réglée par l’influence de la profondeur.
A.-E. Mazarp.
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648. der Säugethiere.
649.
‘650.
pp. 10-15.
9
Zi)
DESCRIPTIONS DE LÉPIDOPTÈRES NOUVEAUX
Spargania longipalpata n. sp. — ©*50 mm. Antennes
filiformes. Cette espèce estexcessivement voisine de Tesserulata
F.etR., pl. 431, f. 39, la coupe desailes, les dessins sont sembla-
bles, aux différences ci-après : aux supérieures, la 2e bande rouge
vineux, à partir de la base, est séparée par du vert dans son
milieu et forme 2 taches; aux inféricures, il y a, comme chez
Tesserulala, les 2 taches blanc jaunâtre près de l’apex, et la
bande de même couleur qui part de la base et traverse les ailes
par leur milieu sur une longueur de 15 mm., mais la tache
ronde qui se trouve entre l'extrémité de cette bande et le bord
externe n’existe pas dans mon espèce. Enfin, les palpes qui ont
1 1/2 mm. chez Tesserulala, sont d’une longueur relativement
démesurée (3 mm.) dans l’espèce du Pérou,
Pérou, 2 c* identiques, ma coll.
Nipteria Viatrix n. Sp. — © 33 mm, Antennes grises, pec-
tinées. Dessus des 4 ailes gris cendré, avec la frange concolore;
au milieu des supérieures se voit une tache blanche, ronde de
4 mm. de diamètre. Dessous des # ailes blanc grisätre depuis la
base jusqu’à la moitié de l’aile, le reste gris cendré ainsi que la
frange. La tache blanche du dessus des supérieures réapparaît
en dessous. Corps et pattes gris, front jaune roux.
Chiriqui, ma coll,
1292
LE NATURALISTE
Nelo solimara n. sp. — c* 30 mm. Antennes noires, pec=
tinées. Aïles supérieures noires, ainsi que la frange. De la
base de ces ailes part une large us rouge feu qui suit le
bord interne pendant 10 mm. Elle a 5 mm. dans sa plus grandes
largeur, et vers la base elle est séparée de la côte (ous ï
noire) par un espace blanchâtre, transparent, formé probable=
ment par le renflement d'une nervure. À 5 mm. de l’apex, tout.
près de la côte, nait une petite tache jaune, carrée. Inférieures
rouges feu, avec une ‘bande externe noire, courbe, onduléer
intérieurement, large de 2 mm. Frange noire. Dessous des
superieures, comme en dessus, mais le rouge est moins vif,
plus jaunâtre. Une ligne jaune suit la côte depuis la base pen=
dant 8 mm. La tache carrée jaune est plus grande qu'en des
sus. Enfin, au bord externe, depuis l’apex jusqu’à mi-chemin
de l'angle interne, on voit 4 ou 5 petits traits jaunes danse
sens des nervures. Inférieures rouge jaunâtre, avec les ner-
vures marquées de jaune, et la bordure noire du dessus, mais
cette bordure est interrompue par du jaune, entre chaque
nervure. Franges des 4 ailes noires en-dessous. Front jaune,
ptérygodes teintés de rouge, corps gris, annelé de jaune
en-dessous ; pattesrayées longitudinalement de noir et dejaure,
Province de Cauca (Colombie). 3 ©*, ma coll. d
Sabulodes ornatissima n. sp. — © 34 mm, Antennes
filiformes. Aïles brun café. Supérieures avec une bande blan@
grisâtre, d'un dessin très irrégulier, et picotée de brun, lon
geant toute la côte, qui est brune. Cette bande a enwro
k mm. de large. Du côté intérieur de cette bande, près de la
base, se voit un trait violâtre, qui part du bord interne à 3 mm.
de la base et suit la bande claire. Il a 3 mm. de-long. Puis
vient une tache brune (à 6 mm. de la base); toujours sur là
bande. Cette tache, qui ressort sur un fond blanc grisâtre, est
entourée d'un petit cercle brun de 5 mm. de diamètre. Plus
loin la bande est maculée de stries brunes. Enfin, de la côte"à
3 mm. de l’apex, part un bande en zigzag, gris blanchätre, qu
va jusqu’au bord interne. Elle est d’abord concave, pendant
2 mm. puis droite pendaat 1 mm., puis concave à nouveau pers
dant2 mm. (Les espaces la isséslibres par ces 2 concavités
Papex et au bord externe, sont brun café). Depuis cet endro
elle est excessivement mince et touche le bord externe pendant
4mm. Après elle s'élargit pour former une bande concaye qui
vient se terminer au bord interne à 3 mm. de l'angle internes
Cette bande est ombrée extérieurement de violet, qui s’appuie
lui-même sur un espace brun café qui garnit l’angle interne:
Aux inférieures, on retrouve la même bande, mais moins\irres
gulière. Elle part de la côte à 3 mm. de l’apex, et va toucherle
bord externe vers son milieu. À cet endroit elle est très mince,
puis elle s’élargit à nouveau et vient se terminer au bord
abdominal à 2 mm. de l'angle anal, près duquel elle est omb
extérieurement d’un trait violet de 5 mm. de long. La band
est séparée du bord externe, .de l'apex à l'angle anal, parid
brun café, sauf au milieu de ce bord. Enfin il faut noter qu
cette bande est un peu zigzaguée dans son côté interne. M
frange des # ailes est blanc jaunâtre, traversée dans toute
longueur par 2 fines lignes brunes. Le bord abdominales
garni de poils blancs. Un petit point cellulaire noir aux
ailes, visible aussi en dessous. Dessous des 4 ailes bla
grisâtre, légèrement sablé de brun. De la côte des supérieure
à 3 mm. de l’apex, part une bande brun café large de 3 mn
nettement arrêtée en dehors, et parallèle au bord externe,.
est blanc grisätre. Cette bande se dirige vers l’angle inter
mais se perd aux 2 liers de son parcours. Aux inférieures,
voit une trace de bande partant de la côte près de l’ape
disparaissant vers le milieu du bord externe, dont elle est sé
rée par du blanc grisâtre, comme aux supérieures. Franf
grises, avec un point brun à l’extrémité des nervures ; la pa
extéricure de la frange est légèrement tentée de brun, surtol
aux inférieures. Front et ptérygodes brun café, thorax
blanchâtre, dessus du corps brun café, dessous gris bl
châtre, ainsi que les pattes, tibias des postérieures un
renflés. .
Pérou, 1 c* coll. P. Dognin, obligeamment communiqué
lui.
4
P. THierryx-M1eG.
4000
0
G =: CAR
- 400
Le Gérant: Émize DEYROLLE.
PARIS. — IMPR. F, LEVÉ, RUE CASSETTE, 11.
14 ANNÉE
2° SÉRIE — N° 137
15 NOVEMBRE 1892
DES DEUX SŒURS RADICA ET DODDICA
‘Ces deux nouveaux monstres, rappelant les frères sia-
mois, ne viennent pas de Siam; ils sont natifs d’Orissa,
dans l'Inde, et la description en est adressée au Scien-
tifie American, auquel nous l’empruntons ainsi que le
dessin ci-contre. Ces monstres ont été examinés récem-
mént à Pooana :; ils sont visibles à l'aquarium, en atten-
dant qu'ils remplissent leur engagement à l'Exposition
mêmes. Ils ont reconnu dans la suite qu’il était préféra-
ble de vivre en bonue intelligence ; graduellement leur
intelligence se développa, ils rase que lorsque
l’un deux avait du mal, l’autre ériait souvent de douleur
sympathique; aussi, comprirent-ils que cette vie de
larmes ne pouvait continuer et qu’il était indispensable
de faire une paix durable, ce qui est bien ainsi mainte-
nant, Ils sont intelligents pour leur âge ; ils ont appris
l’anglais depuis 3 mois, et, quoiqu'ils ne disent encore
que quelques mots, ils prouvent qu ils le comprendront
BORBIEteMENt sous peu.
LES DEUX SŒURS RADICA ET
nationale de Chicago. Ces deux enfants se nomment
“Radica.et Doddica, ce sont deux petites filles de 3 ans et
“demi à ce jour et sont vraiment de beaux enfants, Ces
“deux êtres sont soudés d’abord par une attache osseuse
flexible de poitrine à poitrine et, en dessous, ont aussi
une connexion viscérale ; il y; a un seul ombilic. Si des
“aliments sont donnés à l’une, l’autre s’en montre satis-
“faite; si un médicament est pris par l'une, l’autre peut
“en ressentir les effets, mais non dans la même propor-
“ion que celle qui l’a reçu. Un fait très curieux à signaler,
c’est que lorsque l’une commence une phrase, l’autre la
finit. Quand ils dorment, l’un des enfants est étendu sur
le dos, l’autre sur le côté, ce qui est une preuve de la
‘grande flexibilité de leur attache, Ces enfants sont heu-
‘reusement très bons amis maintenant; ils se queen
‘rarement; mais, lorsqu'ils étaient plus jeunes, il n’en
était pas tojouts ainsi, et leurs goûts n'étaient pas les
LE NATURALISTE, 46, rue du Bac, Paris.
|
DODDICA
D’après le nouveau Précis de Tératologie}(1) de L. Gui-
nard dont nous rendions compte dans un dernier
numéro du Journal, ces monstres doivent entrer dans la
catégorie des Xiphopages, et des Thoracopages. Les frères
siamois, Chang et Eng, représentaient le véritable type
des Xiphopages; dans ce genre, chaque cage thoracique
osseuse appartient à chacun des individus composants,
sans aucune fusion d’organes entre les deux sujets. Les
monstres d’Orissa dont nousnousoccupons, présentent ce
type, et de plus le type thoracopage, caractérisé par la
jonction d’un plus ou moins grand nombre de viscères
appartenant à la zone supérieure de l'abdomen.
(1) Précis de Téralologie par L. Guinard, 1 vol. avec
272 fig. dans le texte, prix 8 fr., franco 8,65 (aux bureaux du
Journal).
264
CONTRIBUTIONS |
À D'ÉTUDE DE LA FAUNE ENTOMOLOGIQUE ROUMAINE
LÉPIDOPTÈRES
(Suite.)
Famille des Saryrinz (Gr).
De cette famille, je possède des espèces des genres suivants;
a) Genre Arge (Bdv.).
43° A. Galathea (L. God). Dans les champs de Bahiceni,
département de Botochany.
44 À. Galathea, var. Galene (Och.). Dans la forêt d’Oglinzi
(départ. de Neamtz), j'ai attrapé une Demi-Deuil avec une co-
loration plutôt gris-chocolat que noire, le tout nuancé d’un peu
de jaune, sans yeux sur le dessus des inférieures et même
dessous, si ce n’est deux, presque effacés, près de l’angle
anal. Donc, cette espèce ressemble un peu à la variété Galene.
b) Genre Ercbia (Bdv.).
450 E. Epiplron (Knock). Espèce de montagne (Agapia 1889)
qui diffère un peu de l’espèce type par une continuité de la
bande ferrugineuse des supérieures sur les inférieures, et au-
dessous de ces dernières se trouve une légère bande antitermi-
nale plus claire, correspondant à celle du dessus, bande sé-
parée du reste de l’aile par un trait blanc, costal, et un point
blanc, rejeté un peu vers le milieu.
Les individus © ont les points noirs pupillés de blanc; la
bande du dessous des inférieures presque séparée, par une
ligne blanche, du reste de la surface des ailes; enfin, les
franges sont blanches et brunes alternativement, coloration
qu’on apercoit rarement sur les individus mâles. Probablement,
nous avons une variété de l'Epiphron.
460 E. Medea, var. Blandina (L. God). Diffère, ou du moins
les spécimens de Roumanie se caractérisent par la présence
constante de 3 points oculiformes sur les supérieures, l'inter-
médiaire manquant toujours, et la bande blanchâtre basilaire
du dessous des inférieures est, le plus souvent, à peine mar-
quée; tandis qu’on apercoit, au-dessus des dernières, près du
bord terminal, 3 yeux bien pupillés de blanc; dessous, sur la
bande blanchâtre antéterminale, on voit toujours à points
blancs. Ce n’est qu’alors qu’on s’apercoit que même, au-dessus
des inférieures, il y a 5 points oculiformes dont deux tout
petits, marginaux.
470 E. nigra (n. sp.). Cet été, assez souvent, j’ai attrapé,
dans la forêt d’Oglinzi, une espèce d’Erebia, que j'ai nommée
nigra, vu la coloration brun-noir uni des aïles, divisées par
les nervures. Sur les supérieures, dessus et dessous, il y a deux
yeux noirs non pupillés. Rien sur les inféricures.
c) Genre Pararge (H. 3).
480 P. Mæra (J: God), var. uni-pupillala (n. var.). Sur nos
spécimens, l'œil apical noir des supérieures est petit, uni-
pupillé, et non bipupillé ; ensuite, le dessus n’est pas surmonté
d’un autre petit œil. Au-dessous des inférieures, les yeux sont
bien plus petits, non contigus et très cflacés au milieu de la
coloration totale des ailes.
499 P., Ægeria, var. Meone (Hb. God), var, alba (n. var.).
Les taches des ailes sont blanches, et les 4 yeux noirs pupillés
des inférieures ne sont pas situés sur des taches, maïs ont
chacun un iris jaune, très étroit, excepté le premier, celui du
bord costal, qui a un iris large.
d) Genre Epinephele (Hb.).
509 E, Janira (L. God.). Rien de remarquable, si ce n’est la
coloration du dessous des inférieures, qui n’est pas gris-Jau-
nâtre, mais gris-doré.
510 E, cinerea (n. sp.). Aïles cendrées. Les supéricures ont
le disque plus foncé et velu, à reflets verdâtres-bleuâtres,
quand on les observe au ras de vue, et un œil apical, parfois à
iris légèrement fauve, presque toujours pupillé. Les inférieures
dentées, d’un cendré uni. Dessous des supéricures jaune-doré,
entouré de cendré, avec l’œil du dessus bien plus prononcé,
Dessous des inférieures d'un cendré légèrement rosé, portant
deux points bruns inégaux (Forêts d’Oglinzi. Août 1892).
52° E, Hyperanthus (L. God). Quelques-uns de nos spéci-
mens ont la tige des antennes annellée de gris et de brun, mais
d'une facon imperceptible, et la coloration totale du corps est
d’un brun-cendré luisant; sur chaque aïle, deux points noirs
très petits, et l’iris des yeux est blanc au lieu de jaune. Pro-
bablement nous avons une variété de l’'Hyperanthus dans le
bois des montagnes (Pipirig, 1892).
LE NATURALISTE.
530 E, Erebiformis (n. sp.). Aïles d’un brun-jaunâtre. Les
supérieures ont le disque marqué d’une légère tache fauve et
portent une bande marginale de même nuance, plus ou moins
divisée, et un point noir pupillé, à l’angle apical. Les infé-
rieures, dentées, d’un brun uni. Dessous des supérieures d’un
jaune-ocre, bordé légèrement de gris avec l’œil pupillé, tout
comme chez l’espèce Lycaon ou Eudora. Dessous des inférieures
cendré, coupé en travers par une bande antémarginale plus ou
moins ocracée. Mon exemplaire, trouvé dans les champs de“
Bahiceni (1er juillet 1890), ressemble au genre Erebia par la“
bande fauve des supérieures et par l'aspect du dessous des
inférieures. De là le nom d’Erebiformis que je lui ai donné. -
e) Genre Cœnonympha (H. S.).
540 C. Iphis (S. V.). Rien de remarquable.
550 C. Pamphilus (L. God). La coloration n’est pas tou:
jours jaune fauve; le plus souvent, elle est d’un fauve pâle.
560 C. Pamphulus, var. bi-pupillata (n. var.). L’œil apical du
dessous des supérieures bien plus grand que de coutume, à
iris large et bien prononcé, est bi-pupillé de blanc. On dirait
deux yeux avec un seul iris.
Donc, jusqu'à ce jour, j'ai collectionné en Roumanie
56 espèces de Lépidoptlères Rhopalocères, parmi lesquelles
5 sont nouvelles et. 8 sont des variétés. 1
Dr Léon. C. Cosmowrcr.
(A suivre.)
LA PIPENGAILÈE
Tout récemment, un membre de la Société nationale
d'agriculture présentait à ses collègues une note rela-
tive à un légume cultivé en grand dans un but alimen-
taire, à l’île Maurice. La Pipengaille, Pipengaye ou Papen=
gaye dont il s’agit est une cucurbitacée connue des.
botanistes sous le nom de Luffa acutangula. Ce dernier
nom lui vient de son fruit qui est parcouru dans toute sam
longueur par des côtes qui le rendent anguleux. 4
Le Luffa est indigène des régions tropicales de l’Asie,
on le rencontre dans les Indes orientales, le Bengale, le
Sikkim, à Ceylan, à Macao, à Manille, à Java, à Bornéo,
On le retrouve en Australie, aux Samoa, à Tahiti. Il pa=
raîtêtre seulement naturalisé en Amérique et en Afrique;
quoi qu'il en soit, c’est une plante fréquemment cultivée,
dans une grande partie des régions chaudes de l’ancien.
et du nouveau continent.
À quoi reconnaît-on la Pipengaille ? c'est une plante à.
tige grimpante, atteignant 3 à 6 mètres et même plus,
glabre marquée de 5 angles ; les feuilles d’un vert pâle,
longues et larges de 15 à 20 centimètres, arrondies, pals
mées, sont fortement échancrées à la base, fortement,
nerviées et portées par un long pétiole, robuste, angu= ]
leux et scabre; les vrilles sont allongées, légèrement ven
lues, entières ou plus rarement divisées. Les fleurs
mâles et femelles sont axillaires. Le fruit est long de
15 à 30 centimètres sur 6 à 10 d'épaisseur, en forme de
massue, obtus ou à peine aigu au sommet, non verr
queux, chargé de 10 côtes aiguës, uniformément coloré
ou quelquefois teinté d’une nuance plus foncée au soms
met des côtes, Les graines jaunâtres puis noires ou noË
râtres sont ovales, rugueuses, non ailées, longues d’un
centimètre environ sur 7 et 8 millimètres de largeuL…
et deux d'épaisseur. D:
La Pipengaille n’est pas une inconnue pour les amateurs
de produits coloniaux et depuis longtemps déjà elle
cultivée en France, plutôt, il est vrai, à titre de curiosi
qu’au point de vue alimentaire. Au Muséum la cultu
s’en fait sans difficulté et on arrive même à obtenir
fruits qu’on pourrait utiliser.
La culture peut être faite de la manière suivante : se-
mer les graines sous châssis dans la première moitié de
coffre et par panneau. Les tiges une fois développées
sont fixées à de longues perches. Dans le courant de
juillet on peut recueillir les premiers fruits et la récolte
peut être continuée fort avant dans le mois de septembre.
— MM. Paillieux et Bois, qu’on est heureux de rencontrer
quand il s’agit d’un légume curieux, pensent qu’il « suffi-
—rait de quatre pieds de Pipengaille, auxquels seraient
donnés les soins d'usage, pour fournir chaque semaine
un plat à la table d’une famille ».
En France, la Pipengaille qui demande une température
E |
La Pipengaille {Luffa acutangula).
douce et peu variable, s’accommoderait sans nul doute ai-
sément des côtes de l'Océan et du climat du Midi.
Dans les régions tropicales on la cultive en rangées,
chaque pied étant distancé de 1 m. 20. Elle y donne, au
dire de Rheede, 2 récoltes par an.
Comment peut-on consommer le fruit du Luffa ? Rox-
burgh conseille de le manger bouilli avec du beurre et
du sel : dans ces conditions il ne serait pas inférieur aux
petits pois. À la Réunion on opère de la facon suivante :
le fruit pelé et débarrassé de ses graines, est fricassé avec
la moîitié d'un oignon et assaisonné au besoin d’un filet
LE NATURALISTE
- mars en ayant soin de ne conserver qu’un seul pied par
265
de vinaigre. Il paraît que, préparé de cette manière,
il constitue un mets agréable, délicat mais de faible sa-
veur, Il est probable que la Pipengaille ne sera jamais
qu'un légume de fantaisie dont l’usage devra être aban-
donné aux gens qui n’en ont pas de meilleur à leur dis-
position.
Mais les usages du Luffa ne sont pas limités à l’alimen-
tation. Dans l'Inde la racine, soumise à une décoction
prolongée, passe pour un remède souverain contre le
choléra : c’est du moins Rheede qui l’affirme ; elle pro-
voque l’expectoration et agit merveilleusement contre les
tumeurs abdominales, Le fruit, après macération dans
l’eau, est un vomitif énergique ; l’huile retirée des graines
est usitée contre certaines affections cutanées. Dans la
Pipengaille tout est utile; c'est une plante à plusieurs
fins.
Depuis quelques années on utilise en France les fibres
qui constitutent une grande partie du fruit, comme
éponges de toilette. On en fait même des pantoufles
légères.
Ce que nous venons de dire du Luffa acutangula s’ap-
plique de tous points à une espèce voisine le L. cylin-
cy
(a
Fruit de Pipengaille.
drica qui n’en diffère que par ses fruits non côtelés, ses
graines lisses et bordées d’une membrane ailée. Les
quatre autres espèces connues dans le genre Lujffa n'ont
pas recu d’applications économiques.
P. HArI1oT,
266
LES ANCIENNES RACES DE L'EUROPE
Je lis dans un article de M. Deniker (1), qui rend compte des
travaux des congrès internationaux d'anthropologie et de z00-
logie, à Moscou, les renseignements suivants : « Un important
« mémoire de M. Bogdanoff, lu au Congrès et intitulé : Quelle
« est la race la plus ancienne de Russie? résume les travaux
« poursuivis pendant vingt-cinq ans par l'éminent doyen des
« anthropologistes russes, sur les ossements des Kourgans de la
« Russie. » La conclusion de ce travail est exprimée comme il
suit : «Il y a donc eu jadis une race primitive homogëne, qui
s'étendait depuis la Suisse jusqu'en Suède, depuis la Baltique
jusqu’à l’Oural, et dont le berceau est probablement dans la
basse vallée du Danube. » |
Il me paraît intéressant de rapprocher cette conclusion tirée
d’une suite d’études craniologiques, de l'opinion que j'étais con-
duit à exposer dans un article intitulé « Les Scolotes » et pu-
blié le 18 juin dernier, dans la Revue scientifique (2).
Par une méthode toute différente de celle qui est la base du
travail de M. Bogdanoff, ma recherche entraîne la méme interpré-
tation pour des documents d’ordre divers. Au lieu de considérer,
comme l’éminent savant russe, les caractères anthropologiques
au point de vue anatomique, de prendre en considération la
dolicocéphalie ou la brachyocéphalie, j'ai recherché les carac-
téres communs des peuples qui habitaient l’Europe au début
des périodes historiques, en étudiant les caractères ethnogra-
phiques enfouis dans les légendes obscures et souvent mal
interprétées, dont les écrivains grecs nous ont transmis la subs-
tance, et en tirant des déductions d'une critique comparée de
ces documents et de faits de l’ethnographie moderne.
Sous le nom de Scolotes j’ai désigné ces hordes sauvages qui
formaient la race primitive des habitants de l’Europe, et j’ai
dû combattre l’ancienne hypothèse de l'invasion d’une Europe
déserte par une marée humaine venue du Sud-Orient. M. Bog-
danoff pense que le berceau de la race primitive est dans la
basse vallée du Danube. 11 semble, en effet, que sur les bords
du Danube cette race se soit montrée plus compacte et
plus stable, ait pris une importance dont les « Kourgans »
attestent la réalité, mais il parait difficile d’assigner une con-
itrée d'origine déterminée. J'ai préféré soutenir l’hypothèse
d’une migration venue des régions scandinaves, d’une migra-
tion qui établit une parenté avec les ancêtres des adorateurs
d’Odin. Ceci n'implique pas, sur le point essentiel, l'unité de la
race européenne primitive, une divergence de vues avec
M. Bogdanoff, car si j'ai écrit dans l'étude sur les Scolotes les
lignes suivantes : « Nous admettions que l'invasion scolote fut
« en germe dans les territoires compris de la Finlande à l’'Oural,
« et descendit en éventail pour atteindre de l'angle oriental de
« l’Inde à Pangle occidental de l'Espagne... » J’ai ajouté un peu
plus loin : « Quels sont les territoires occupés par les Scolotes
« au moment où l’histoire enregistre leur existence, au mo-
« ment où leurs dispersions, leurs remous, leurs ségrégations en
« tribus dissidentes, leurs mélanges ethniques à la suite des en-
« lèvements qu'ils pratiquèrent ou subirent, n’ont pas encore im-
« mobilisé les hordes scolotes. Ils occupent les vallées de trois
« fleuves, les plus grands de l’Europe, le Danube,le Dnieper et
« le Don... » Et enfin en conclusion : « Il fut un temps où les
« Scolotes de la petite Russie et ceux de la Celtique confon-
« daient leurs troupes sur les bords du haut Danube, »
Si je reviens sur ce texte, ce n’est point pour réclamer la
priorité, mais pour avoir le plaisir de constater la conformité
des conclusions tirées de deux études faites indépendamment
l'une de l'autre et aboutissant à une sanction réciproque par la
diversité des méthodes. Le travail de M. Bogdanoff n'a été pu-
blié, du moins à ma connaissance, que lors des réunions du
Congrès de Moscou ; le mien était imprimé dès le 18 juin 1892.
J'ai donc l’avantage de la date antérieure, mais il est certain
que M. Bogdanoff, qui à travaillé vingt-cinq ans pour réaliser
une œuvre documentée et importante, ne s'est nullement ins-
piré de mes conclusions, pas plus que je ne me suis inspiré des
siennes.
J'ai des raisons de maintenir l'hypothèse de la migration
Nord-Sud, et quelques-unes ont été exposées, trop brièvement
peut-être, mais avec une prudence encore nécessaire. La com-
munauté d’origine des anciennes races de l'Amérique du Nord
et de la race scolote semble se rattacher à cette hypothèse,
(1) Le Naluraliste, n° 136, 4er novembre 1872, p.202:
(2) Les Scolotes. Revue scientifique, n° 25, 18 juin 1892,
LE NATURALISTE +
mais les recherches craniologiques sont nécessaires pour plus
de certitude.
En raison de l’autorité scientifique de M. Bogdanoff, j’admets,
quant à présent, que son opinion relative à la patrie d'origine
de la race primitive est la meilleure, et je souhaite qu’à la suite
âe travaux et de discussions capables d’éclaircir ce point déli-
cat, M. Bogdanoff soit encore vainqueur. Quand les adversaires
sont des amis, il y a plus de joie à perdre la bataille qu’à la
gagner.
Remy Samr-Lour.
CONTRIBUTION A LA GÉOLOGIE DU CONGO
Au cours de l'intrépide expédition qu'il vient d’ac-
complir en Afrique, M. Jean Dybowski a recueilli un
certain nombre d'échantillons de roches qu’il m'a fait
l’amabilité de m'adresser. Une carte, relevée avec le plus
grand soin, a permis de reconnaître la situation d’où
proviennent les différents spécimens et de conclure par
conséquent de leur examen un premier aperçu sur la .
constitution géologique d’une région sur laquelle rien
n’a encore été publié.
L'itinéraire suivi entre Bembé, sur l’Oubangui, jus-
qu’au Bled el Konti est très peu sinueux et se dirige sen-
siblement du sud au nord avec une légère inclinaison
vers l’est; ses deux extrémités sont situées, la première
par 3° 07 20” de latitude nord et 17° 30° 00” de longitude
est et la seconde par 7° 26’ 30" latitude nord et 47°54 10",
longitude E ; il représente environ 360 kilomètres.
De l’origine du chemin parcouru, nous avons des.
échantillons représentant le seuil de Bangui; ils consis-
tent en une granulite blanche, à grains très fins renfer-
mant très peu de mica et des géodes de quartz parfai-M
tement crictallisé. Des infiltrations ferrugineuses onés
pénétré dans les fissures, et la surface des blocs est
souvent très ocracée. En lames minces, les veinules fer:
rugineuses encadrent les grains quartzeux d’une ma
nière très exacte.
On doit sans doute trouver l’origine de ces accidents
dans les amas épais et continus de limonite globulifère
des environs de Bembé et qui recouvrent une grande
surface dans la région. 1
Il est possible de faire des lames translucides dans
les roches de cette immense formation, et l’on constate
alors leur structure éminemment concrétionnée. En cer:
tains points, l’oxyde de fer y a empâté des quantités de
grains quartzeux très anguleux et de très petites dimen:
sions.
Le minerai dont il s’agit et dont l’âge géologique pas
raît très récent, est exploité activement dans toutes les
régions habitées par les Dakoas; M. Dybowski nous
envoyé un spécimen du fer obtenu, qui paraît très mal=
léable et assez pur, On retrouve la même formation sus
perficielle dans le pays Yabanda, et la collection coms
prend des scories de fourneaux résultant de son
traitement mélallurgique. ‘2108
Il faut conclure des spécimens que j'ai étudiés, que là
route suivie par M, Dybowski recoupe trois massifs
roches cristallines auxquelles ne paraît associée aus.
cune formation stratifiée. F
Ils se présentent :
A Zouli, par 5°46 30" de latitude N. et 17°31’20 de loi
gitude E; à Yabanda et au Mont Crampel, extrémité no
du voyage. .
Zouli. — De Zouli, nous ne pouvons étudier qu'untré
beau gneiss noir surmicacé, à feuillets très minces.
LE NATURALISTE 267
coupe mince (fig. 1) montre au microscope un mélange |
Fig. 1. — Gneiss noir surmicacé, à feuillets très minces, de
Zouli. — 1. Quartz granulitique. — 2. Orthose. — 3. Micro-
celine. — 4. Mica noir. — 5. Sillimanite en petits prismes
très actifs. — 6. Sphène. — 7. Fer oxydulé. (Grossissement
de toutes les figures 80 diamètres).
très intime de quartz granulitique, de mica noir, d’or-
‘those et de microcline avec de nombreux minéraux acces-
Soires, Parmi ceux-ci, les plus nettement visibles sont
le fer oxydulé, parfois très bien cristallisé, la sillimanite
“en petits prismes très actifs, le sphène, le zircon sou-
vent localisé dans le mica, l’apatite, la cordiérite et plu-
sieurs autres. La figure 2 permet de voir l'allure de la
même coupe dans la lumière polarisée.
"ail
Fig. 2. — L’échantillon de la figure précédente, vu en lumière
polarisée : même signification des chiffres.
Yabanda. — Le second massif rocheux dont M. Dy-
bowski a recueilli des échantillons concerne les Hauts
Plateaux, le pays des Marbas et les environs de Yabanda.
La roche fondamentale y paraît être une granulite
parfois très schistoide qui se délite en tables assez
minces. Dans cette roche à grains très fins, le mica est
en toutes petites paillettes. Le feldspath, abondant, se
teint en beaucoup de points de nuances rosées ou jau-
nâtres ; il comprend de l’orthose et du plagioclase. En
lame mince (fig. 3), le microcline se signale de tous les
LE:
À
Fig. 3. — Granulite trés schistoïde des hauts plateaux du pays
des Marbas. — 1. Quartz. — 2. Feldspath. — 3. Mica.
côtés. On distingue des grains de sphène et de petits
zircons bien cristallisés et très nombreux.
La figure 4 représente une autre variété de la même
roche.
Fig. 4 — Granulite à grains fins constituant un monticule
au sud de Yabanda. — 1, Quartz. — 2. Orthose.— 3, Micro-
cline. — 4. Plagioclases. — 5. [nclusions opaques.
A la surface de l’un des échantillons de granulite de
cette région se montrent des petites protubérances
blondes, translucides, alignées suivant certaines direc-
tions, plus ou moins ramifiées et présentant assez d’ana-
268
logie avec certaines fulgurites pour que j'aie cru, à
première vue, avoir affaire à la trace d'un coup de
foudre. Un examen plus attentif porte toutefois à y recon-
naître un effet spécial d’altération qui se reproduit du
reste, quoique d’une façon moins caractérisée, sur un
des fragments provenant du seuil de Bangui.
Près de Yabanda, c'est-à-dire à 200 kilomètres en-
viron au nord de Bembé, M. Dybowski a recueilli un
quartzite schistoide oligistifère, qui ressemble intime-
ment à certaines itabirites du Brésil et qui renferme
des nodules de peroxyde de fer. L’oligiste qui, dans
la roche se montre au microscope (fig. 5) sous la
Fig. 5. — Quartzite schistoïde oligistifère des environs ‘de
Yabanda. — 1. Quartz. — 2. Oligiste passant par place à la
limonite.
.forme d’un fin réseau entre les grains de quartz, passe
en mains endroits à la limonite; et c’est sans doute la
principale origine du minerai de fer récent qui se re-
trouve ici sur une vaste surface et qui reproduit tous les
caractères de celui que nous citions plus haut, aux envi-
rons de Bembé. Outre le quartz, j'ai trouvé dans le mi-
nerai des grains très nets de feldspath triclinique.
Pic Crampel. — Enfin, le massif du Pic Crampel paraît
constitué par des roches cristallisées, plus anciennes
que les précédentes.
Le sommet de la montagne consiste en un très beau
gneiss à mica noir dont les feuillets, dans le petit échan-
tillon que j'ai sous les yeux, sont très contournés et peu
parallèles entre eux,
Le mica y fait de petits nids où les paillettes sont
remplacées par des cristaux épais. Le feldspath, remar-
quablement abondant, est fort grenu et d’une limpidité
exceptionnelle. À la loupe, on y reconnaît nettement le
mélange de l’orthose et des plagioklases,
La roche, vue en lame mince (fig. 6) au microscope,
sous un grossissement de 80 diamètres, présente une
structure éminemment granulitique. Le mica y est en
lamelles très écartées les unes des autres, peu larges et
de nuance brunâtre ou verdâtre, se colorant très bril-
lamment dans la lumière polarisée, Le quartz est assez
difficile à distinguer du feldspath sans l’emploi de la
lumière polarisée; il constitue des grains très arrondis,
LE NATURALISTE
noyés dans les silicates. Outre l'orthose, on observe
beaucoup de microcline remarquablement riche en in-
Fig. 6. — Gneiss au sommet du Pic Crampel, vu dans la lu-
mière polarisée. — 1. Quartz en grains arrondis.—2. Orthose.
— 3. Microcline. — 4. Mica noir. — 5. Fer oxydulé.
clusions localisées dans les régions centrales de chaque «
grain, Ces inclusions ont, en divers points, des formes
très remarquables de cavités cylindroïdes plus ou moins
contournées. De nombreux minéraux se présentent en
microlithes disséminés dans la masse. C'est comme
roche subordonnée à ce gneiss que je signale un quart-
zite talcifère, dont la figure 7 indique la structure. ;
à |
Fig. 7. — Quartzite talcifère subordonné au gneïss, au sommet,
du Pic Crampel. — 4. Quartz. — 2. Lamelles de talc. =
3. Granulations opaques.
On doit considérer comme un accident de gneiss dont
le Pic Crampel est constitué, une roche presque entiès
rement quartzeuse, de structure très grenue, dans las
quelle on reconnaît à la loupe de rares lamelles micas
cées noirâtres ou brunâtres.
À
LE NATURALISTE 269
A ——
Au-microscope, en lame mince, on voit que le quartz
est en grains irréguliers, engrenant les uns dans les
autres et admettant en mélange des lamelles de mica
extrêmement petites, orientées d’une manière sensible-
ment uniforme dans la masse de la roche. Souvent les
lamelles sont enveloppées dans la substance quartzeuse
comme de véritables inclusions.
Ÿ La grosseur des éléments quartzeux varie suivant les
échantillons de cette roche. M. Dybowski a recueilli au
sud de Makorou, c’est-à-dire vers la base du Pic Crampel,
un fragment qui fait le passage au quartz hyalin pro-
“prement dit, dont plusieurs fragments figurent dans la
collection.
«Une roche très intéressante, dont nous n'avons qu'un
tout petit échantillon, consiste en une diorite quartzi-
fère recueillie « dans une déclivité de terrain, auprès
‘ un filet d’eau ». :
En lame mince, surtout avec Je concours de la lumière
«polarisée, on reconnaît aisément l’amphibole hornblende
“rès brillante, associée à du plagioclase et au quartz.
“Le quartz est riche en inclusions sphéroïdales. C’est une
_ belle roche, dont la présence dans la localité offre un
_wif intérêt.
“Le sol d’une vallée dont les sommets environnants
sont ferrugineux laisse émerger un bloc dont M. Dy-
owski a prélevé un échantillon. C’est une roche blanche,
_schistoïde et à grains très fins. À la loupe, on y dis-
très nettement de fines paillettes micacées. Les
| éssais chimiques y font reconnaître le mélange, en
_ grains très fins, du quartz et du feldspath orthose. C’est
“une microgranulite schisteuse, voisine de diverses va-
“riétés de leptynites comme on en connaît, par exemple,
dans le massif du Mont Rose, dans celui du Mont Blanc
| eten Laponie.
Au microscope (fig. 8), en lumière naturelle, la roche
| Fig: 8. — Microgranulite schisteuse du pays situé entre Mako-
| rou et Yabanda. — 1. Quartz. — 2, Orthose. — 3. Mica tal-
queux.
| se montre très transparente el avec une structure très
uniforme. Les inclusions opaques, très fines, y sont fort
… |nombreuses et dessinent, dans la masse, une sorte de
| réseau irrégulier.
La schistosité de cette belle roche est accompagnée
d’une orientation uniforme de la plupart de ses élé-
ments cristallins. Il en résulte que la préparation s’é-
claire et s’assombrit d'ensemble pour des directions
déterminées du plan de polarisation.
M. Dybowski a recueilli, à la surface du sol, un frag-
ment d’une roche qui paraît se rattacher directement
à la précédente et en constituer un produit d’altéra-
tion par voie de dissolution du mica talqueux et d'une
portion de feldspath, ainsi que par rubéfaction. Il en ré-
sulte une masse schistoide, mais très poreuse et ocracée,
qui présente au microscope la structure granulitique
avec amas de substances opaques et noires, correspon-
dant à des paillettes du minéral décomposé.
À ces roches, qui semblent jouer le rôle le plus
important dans la structure du pays, sont associés des
quartzites talcifères dont un échantilon, pris à 6 kilo-
mètres au sud du bloc précédent, se rapproche d’une
manière très singulière des itacolumites du Brésil. Un
minéral talqueux y est associé au quartz en petites la-
melles uniformément orientées et qui contribuent d’une
manière évidemment très efficace à La production de la
structure schisteuse si visible dans J’échantillon (V. la
fig. 9).
Fig. 9. — Quartzite talcifère, entre Makorou et les Hauts Pla-
teaux. — 1. Quartz. — 2. Orthose. — Mica talqueux.
En somme, le massif du Pic Crampel sé montre comme
formé de gneiss et de talcschistes recoupés de filons
dioritiques et accompagnés de formations évidemment
très épaisses de roches quartzeuses, grésiformes, talci-
fères et souvent schisteuses.
Stanislas MEUNIER.
LE GALIPOT DE CEYLAN
CORYPHA UMBRACULIFERA
Genre de Palmiers
Cette plante est une des plus magnifiques du genre
des palmiers. Son tronc s’élève à la hauteur de 20 à 30
mètres, couronné par un faisceau de grandes et belles
feuilles, formant une cime en parasol d’environ 15 mè-
270
—
tres de diamètre. Ces feuilles ont tant d’ampleur qu'une
seule peut couvrir quinze ou vingt hommes, et les dé-
fendre de la pluie. Les Indiens s’en servent pour couvrir
leurs maisons, et pour établir des tentes. C’est de ces
mêmes feuilles que sont composés les livres des Mala-
bares : ils écrivent dessus en ÿ traçant, avec un stylet de
LE GALIPOT DE CEYLAN
fer, des caractères qui pénètrent l'épiderme et deviennent
ineffacables. Avec la base de ces mêmes feuilles les
femmes font des capotes, des chapeaux, etc. Le tronc
sert à faire des pieux pour les palissades, Les fruits sont
très nombreux, lisses, verdâtres, d'environ un pouce et
demi de diamètre, d’une chaire blanche , succulente, un
peu amère. On polit les noyaux : ils servent à faire des
LE NATURALISTE | .
colliers, qui, peints en rouge, imitent le corail. Les
spathes rendent, lorsqu'on les coupe dans leur jeunesse,
une liqueur, qui, séchée et durcie au soleil, est un vo
mitif employé par les femmes pour provoquer l’avor-
tement. Une sorte de sagou est préparée de la moelle du.
tronc. Le suc des branches fructifères est aussi un vo
mitif et employé contre les morsures des serpents. Des
tits pots et autres ornements sont faits avec les noyat
SOCIÉTÉ ZO0LOGIQUE DE FRANCE
(MÉMOIRES, T. V. PARTIES 2 A 4)
Dans une longue et minutieuse étude, M. Sucnerer décr
les hybrides rencontrés à l’élal sauvage dans l’ordre des Pas
LE NATURALISTE
271
Sereaux ; ces hybrides sont nombreux, mais n'ayant point été
constatés de visu, l’auteur les présente tous comme très hypo-
thétiques. — M. Xavier Raspaiz donne la description d'une
série de pontes d'oiseaux anormales au point de vue de la colo-
ration et de la forme des œufs. Ces pontes sont au nombre de
treize et proviennent de huit espèces de passereaux (corneille,
merles, etc.); leurs « œufs s’éloignaient tellement sous tous les
apports de ceux qui leur sont ordinaires qu'il aurait été im-
possible de les déterminer » si l’auteur n'avait pu capturer la
femelle sur le nid. — M.F. Mocquarn donne une nouvelle
contribution à la faune herpétologique de Bornéo d’après les
Matériaux recueillis par M. Chaper. 11 décrit notamment deux
genres nouveaux dont l'un ({diolophis) appartient aux reptiles
ophidiens, et l’autre {Chapernia) aux amphibiens anoure. —
M: Cr. Oserraur étudie une collection de Lépidoptères formée
sur la côte de Malabar et à Ceylan par M. Emile Deschamps ;
cette collection très variée ne compte point d'espèces nouvelles,
…nais elle à été recueillie avec beaucoup de soin, M. Deschamps
ayant dessiné les chenilles sur le vivant et suivi leur métamor-
mphose jusqu'à l’âge adulte. — M.-J. M.-F. Braor donne la
description d’un très grand nombre de Diplères nouveaux
recueillis dans les diverses parties du monde. — M. R. Montrez
étudie l'hisfoire naturelle du Tyroglyphus mycophagus d'après
“des individus qui puliulaient sur le cadavre du hanneton. Aprés
avoir étudié complétement le caractère extérieur de l'acarien,
“lauteur observe que l'espèce présente deux sortes de femelles,
June vivipare et l’autre ovovivipare, cette dernière renfermant
déjà des larves hexapodes ou octopodes. Le Tyroglyphe se
…rouve déjà sur le hanneton vivant qui porte par conséquent,
…aumoment de sortir de terre, « les acariens qui le dévoreront
plus tard, après sa mort, aussitôt la ponte effectuée ». —
MJures Ricuarp décrit trois Cladocères nouveaux du Congo,
“dont deux (Grenialdina et Guernella) appartiennent à des genres
“nouveaux. —M. L. B. pe Kernervé relate ses observations sur
apparition provoquée des éphippies chez les Daphnies. Les
éphippies sont dues à l'épanouissement de la membrane qui se
“détache, dans la chambre incubatrice, pour servir d’enveloppe
“protectrice aux œufs d'hiver, c’est-à-dire aux œufs fécondés. Les
_ jeunes Daphnies nées d’un œuf abrité dans l’éphippie sont
décondes par elles-mêmes, c’est-à-dire sans fécondation préa-
able, et si les conditions sont favorables, «les générations pour-
Hontse succéder durant des mois, pendant des années même,
sans le secours d’aucun mâle ». Dans quelles conditions appa-
maitront, alors les éphippies c'est-à-dire les générations dues à
une fécondation préalable ? c’est le problème qu’étudie l’auteur,
ebkconformément à des observations antérieures, il constate
queces générations nouvelles apparaissent quand deviennent
défavorables les conditions de nutrition, c'est-à-dire quand les
infusoires et autres organismes inférieurs, qui servent de nour-
miure aux Daphnies, sont devenus beaucoup plus rares. —
MM J. pe Guerre et J. Ricrarp étudient, d’après les matériaux
mecueillis par la Melifa, les Cladocères et Copépodes d'eau douce
desenvirons de Rufisque; ils décrivent notamment plusieurs
espèces nouvelles ; ils signalent, parmi les Cladocères, Labsence
de genres cosmopolites, tels que les daphnies et les Sinoce-
Phalus, parmi les Copépodes, l'absence de tout représentant de
la familles des Harpactides. — Dans quelques remarques sur
les Cyclopides, M. Apam Lanpé précise les caractères et les
affinités de nombreux Cyclopes polonais. — M. RapnaEz BLAN-
Car donne la description de la Xerobdella Lecomtei, Hiru-
dinides qui est localise dans les Alpes d'Autriche. C’est la seule
Sängsue terrestre qu’on ait jusqu'ici trouvée en Europe, mais
Ses affinités étroites avec les Hæmadipsa, Sangsues terrestres
des Philippines et du Japon, portent l’auteur à penser « qu’entre
VHimalaya, patrie des Hæmadipsa, et l'Autriche patrie de la
Xerobdella, on trouvera quelque jour d’autres Sangsues ter-
reStres ». — Ces Sangsues, écrit Lecomte qui les découvrit, se
trouvaient isolées sous des pierres, à l’endroit d’une petite car-
rière abandonnée depuis longtemps, au tiers environ de la hau-
teur d'une montagne des environs de Léoben, haute Styrie.
Elles étaient enroulées sur elles-mêmes, dans une petite cavité
Sphérique ou plutôt ovalaire d’un centimètre et demi, sur un
centimêtre à paroi lisse et comme foulée. L’humidité était celle
ordinaire. à la terre. Au repos dans leur trou, elles avaient un
aspect gélatineux; extraites de leur demeure, leurs mouvements
étaient lents, le temps, il est vrai, était un peu frais ce jour-là.
Le lendemain, en ouvrant la boîte de fer-blanc où elles avaient
passé la nuit en compagnie d'Helir fruticum, que l'une d’elles
était encore occupée à sucer, je les trouvai d’une vivacité
extrème, s’attachant fortement à la boîte ou àla main. Leur
forme est très élancée, leur longueur de 35 à 6 centimètres et
L
4
d
leur couleur d’un noir foncé. » — Les recherches de M. L.
Jour sur l'anatomie de la Waldheimia venosa sont relatives
à l'appareil digestif et au système musculaire, mais elles ren-
ferment surtout d’intéressants détails sur l'appareil circulatoire
de ce grand brachiopode. Cet appareil est tout entier lympha-
tique et a pour centre propulseur essentiel une sorte de cœur
impair situé en arrière sur la face dorsale de l’estomac; la
lymphe qui provient de nombreuses lacunes péristomacales et
périntestinales est attirée dans ce cœur; elle en est chassée
peu à peu et sort par trois conduites : 1° une lacune dorsale
œsophagienne qui communique avec les bras et leurs cirrhes,
20 deux vaisseaux proprement dits qui descendent l'un à droite
l’autre à gauche de l'estomac pour se rendre dans les glandes
gémtales; un cœur lymphatique supplémentaire setrouve inter=
calé sur le trajet de ces vaisseaux. Après avoir irrigué les
bras et les organes génitaux, la lymphe est conduite dans la
cavité générale.
MM. Drouer er CHaper décrivent les Unionidæ du voyage
de M. Chaper à Bornéo. Les représentants de la famille, déja
connus dans la région, étaient jusqu'ici fort peu nombreux ;
les auteurs en décrivent huit espèces, toutes nouvelles, sauf
une. Plusieurs d’entre elles ont des formes originales. L’Unio
radulones présente des plis et des rugosités, l'Unio lingulatus est
encore plus allongée que l’U. productus de Java: lUnio Trompi
est très nettement caractérisée par sa petite taille, sa forme
générale et sa surface rugueuse ; enfin le Pseudodon œneolus se
faitremarquer par les plis bien caractéristiques que présentent
les jeunes. — Dans une Note préliminaire sur les Foramini-
fères draqués par S. À. le prince de Monaco M. Sc#LUMBERSER
étudie quelques méliolides ramenés par la drague dans les
parages des Açores. Il figure notamment de belles coupes de la
Planispürina bucculenta et de la Polytrema miniaceum.
E.-L. Bouvier.
CHRONIQUE
d’Histoire naturelle de Paris.
— Cours d'Anatomie comparée. — M. G. Pouchet, profes-
seur, commencera ce cours le mardi 8 novembre 1892, à
neuf heures trois quarts du matin, dans la salle des
cours du laboratoire d’Anatomie comparée, rue de Buf-
fon, n° 55, et le continuera les jeudi, samedi et mardi de
chaque semaine à la même heure, Le mardi et le jeudi,
le professeur exposera l’organisation des Animaux in-
vertébrés autres que les Arthropodes. Le samedi, confé-
rence pratique à la même heure. Les élèves, pour suivre
ces conférences, devront se faire inscrire à l’avance au
laboratoire d'Anatomie comparée. Le laboratoire d’Ana-
tomie comparée du Muséum est ouvert pour la dissection
des Animaux de pays et exotiques, tous les jours, de dix
heures à quatre heures.
Coléoptère nouveau pour la France. —
M. le Dr Chobaut a communiqué la note suivante à la So-
ciété entomologique de France : « Je signale à la Société
une espèce nouvelle pour la faune française : Otiorhyn-
chus Brancsiki Stierl., qui a été pris dans le massif du
Saint-Bernard et que l’on ne connaissait encore que de
Hongrie. L'espèce a été déterminée par M. le D" Stierlin
lui-même, en sorte qu’il ne peut y avoir de doute à ce
sujet. D'ailleurs, ce savant m’écrit à ce propos : « Votre
individu ne diffère nullement des exemplaires de Hon-
grie que je possède. » (Lettre du 4 mai 4892.) À ce pro-
pos, je ferai remarquer que O. Putoni Stierl., décrit de
Gap et d’Embrun (Rev. d'Ent., 1891, p. 143), se trouve
également au mont Ventoux (Vaucluse), à partir de
1,500 mètres d'altitude, maïs surtout dans le voisinage
du sommet. J'ai pris cette espèce, en juillet, soit sous les
pierres, soit en battant les Pins à crochet (Pinus unci-
nata). »
Un nouveau laboratoire pour l’étude de
l’Histoire naturelle. — Le professeur Dohrn, de la
Ruseéum
272
Station zoologique de Naples, a concu, il y a déjà assez
longtemps, un projet que favorisait l’empereur Frédéric,
alors qu’il était prince impérial, et qui consiste dans la
construction d’un vaste steamer installé comme labora-
toire flottant pour l’étude de l'Histoire naturelle sur l’O-
céan même, Le professeur Dohrn a fait, il n’y a pas long-
temps, une série de conférences en Allemagne, dans le
but de recueillir des fonds, mais il n'a pu encore mettre
son projet à exécution. « Je n'ai pas le moindre doute,
dit-il, qu'un laboratoire de ce genre sera construit un
jour et qu'il aidera au développement de l’union entre
les marines des différents gouvernements, »
La greffe du Châtaignier sur le Chêne. —
Le Châtaignier est un arbre essentiellement sylvicole
aussi sa culture ne réussit-elle pas partout. On a, à dif-
férentes reprises, essayé de le greffer sur le Chêne, mais
il n’y a jamais eu dans cette tentative d'union, qu'un
demi-succès. La greffe en fente au collet ou sur bifur-
cation a bien réussi, mais le fruit s’est toujours montré
vide. M. Naudin, d'Antibes, a été plus heureux dans ses
expériences, ou semble devoir l’être. Le Quercus Mirbeckü
(Zeen des Arabes) s’est bien comporté à la greffe à œil
dormant, avant l'hiver, au collet ou un peu au-dessus, Le
Chêne Zeen, très commun en Algérie, se rapproche par
son feuillage du Châtaignier; aussi une de ses formes a-
t-elle été élevée au rang d’espèce sous le nom de Quercus
castanæ-folia. Cet arbre vient dans tous les terrains,
même calcaires, secs ou humides, pourvu qu’il soit abrité
des fortes gelées d’hiver.
Premières vignes plantées dans le Mor-
bihan, — L'honneur en revient à un député du dépar-
tement, M. de Lamarzelle, ainsi que vient de le constater
la commission des prix culturaux. Le cidre est, on le
sait, la véritable boisson des cultivateurs de la Bretagne.
Mais il ne faut pas oublier que Ja flore du département
du Morbihan rappelle, par certains détails, celle du lit-
toral méditerranéen. Ce n’est pas sans étonnement qu’on
y rencontre des arbres délicats comme le grenadier, le
chêne-liège et d’autres essences non moins frileuses.
C’est ce qu'a compris M. de Lamarzelle, qui, sur sa terre
de Keralier, à Sarzeau, a été le premier à avoir confiance
dans la culture de la vigne. Il vient de présenter à la
commission de visite des exploitations rurales, 30 hec-
tares de vignes, dont il a su tirer un parti très avanta-
geux en le livrant à la fabrication de l’eau-de-vie.
La rareté des fusains verts et panachés,
— Les Fusains sont employés couramment à Paris pour
les garnitures et les décorations. Les froids rigoureux de
J’hiver de 1890 les ont rendus si rares que le prix en a
décuplé. Bon nombre d'amateurs cherchent l’emploi de
leurs terrains, Dans le Midi et dans l'Ouest, quelques
ares plantés en boutures de cet arbuste toujours vert,
partout où les hivers rigoureux ne sont pas à craindre,
rapporteront à un moment donné de beaux bénéfices.
Les Fusains ont gelé aux environs de Paris en 1870-1871-
1879-1880 et 1890 (Jardin).
Le Battarrea phalloïdes, — Le Batlarea phal-
loides Pers, est un champignon gastromycète des plus
remarquables dont l’aire de dispersion à la surface de la
terre est considérable, mais qui n’est commun nulle
part, Il est signalé en Asie et en Amérique, et en Europe
on l’a rencontré seulement en Angleterre et dans les en-
virons de Naples : il n’avait encore jamais été trouvé en
France.
LE NATURALISTE
M. Ernest Olivier vient d’en découvrir plusieurs exem
plaires aux Ramillons près de Moulins (Allier). 4
La présence de ce champignon dans le centre de la
France est un fait botanique important. (Voy. Rev.
scient, du Bourb.et du Centre de la Fr. T. V, p.201,pl. IV.)
Protection des Oiseaux de paradis à la
Nouvelle-Guinée. — Dans la Nouvelle-Guinée alle-=
mande, on vient de prendre des mesures pour protége
les Oiseaux de paradis, Une nouvelle loi est entrée en vis
gueur; elle accorde seulement des autorisations spé-
ciales pour la chasse de ces beaux Oiseaux. Cela contri
buera à restreindre notablement le commerce de leurs
dépouilles. Les Paradisiers avaient beaucoup diminué
dans cette région de l’île où, cependant, plusieurs es-
pèces viennent nicher.
La chasse au faucon dans l’Inde. — Le capi
taine Bidulph, des lanciers du Bengale, possède cinq
faucons, qui ont fait merveille l’hiver dernier à Kohat
et dans le voisinage, Ils ont tué, pour le compte de leu
maître : 10 hérons, 3 houbaras, 1 butor, 2 oies sauvages,
79 canards (malarts, souchets, siffleurs, canards à iri
blanc, milouins, chipeaux, etc.), 18 ibis noirs, 9 canards
casarka, 407 sarcelles, 32 vanneaux, une bécassine
5 bécassines sourdes, 5 perdrix grises, 29 pièces diverses,
soit en tout 301 victimes. !
Un corbeau blanc. — Il existe au château de
Hénencourt (Somme), un corbeau élevé en cage et entiè
rement blanc. Ce phénomène est d’autant plus digne de
jeunes, dont les quatre autres étaient absolument noirs:
Une ville bloquée par les loups. — La ville
de Tikhvine, dans le gouvernement de Novgorod, vien!
d’être bloquée par d'immenses troupes de loups, qui
poussent la hardiesse jusqu’à entrer dans la ville et
tant de Tikhvine ne sort dans la rue qu’armé jusqu'a
dents, Le gouvernement impérial a ordonné quum
bataillon d'infanterie, une sotnia de cosaques et 300 chass
seurs procèdent à une chasse monstre de ces fauves.
Hommage à Pasteur, — Les membres de
Section de Médecine et de Chirurgie viennent d’adresse
à M. le Président de l’Académie des Sciences la lettr
suivante :
« Paris, 1 novembre 1892.
« Monsieur le Président, 4
«M. Pasteur aura soixante-dix ans le 27 décembre
prochain.
« La Section de Médecine et de Chirurgie a pe
qu’elle devait prendre l'initiative de célébrer ce glorie
anniversaire. Si la Médecine et la Chirurgie doivent
M. Pasteur une admiration et une reconnaissance sans.
bornes, nous savons que l’Institut tout entier est
dans le même sentiment.
« Nous venons donc provoquer, parmi nos confrères
de l'Institut et parmi ceux qui, dans le domaine des )
recherche scientifique ou de la pratique de leur art, ont
bénéficié des travaux et des découvertes de M. Pasteur,
une souscription pour offrir à notre illustre compar
triote, à l'occasion de ce jubilé, un souvenir et un hoMs }
mage, ra
LE NATURALISTE
« La Section de Médecine et de Chirurgie se cons-
titue, à cet effet, en Comité de souscription. M. Duclaux
a bien voulu s’adjoindre à nous, et M. le professeur
Grancher accepte les fonctions de Secrétaire du Comité.
Nous venons prier nos confrères d’adresser leur obole
aux bureaux du Secrétariat de l’Institut.
«Veuillez, Monsieur le Président, agréer nos senti-
ments de haute considération.
& Les membres du Comité :
WMarry, CHARcOT, BROWN-SÉQUARD,
BoucHARD, VERNEUIL, GUYON, DUCLAUX. »
« Le Secrétaire :
« GRANCHER. »
Je crois être l'interprète des sentiments de nos con-
frères, dit M. le Président après la lecture de cette
lettre, en ajoutant que l’Académie sera heureuse de
Slassocier à la manifestation proposée en l’honneur de
notre illustre confrère, M. L. Pasteur.
…._ ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance du 1% octobre. — Note de M. A. B. GRIFFTHS sur
lestissus nerveux de quelques invertébrés. A l’état frais, ces
Hissus donnent à l’analyse des matières albuminoïdes, des léci-
thines, de la cholestérine, de la neurokératine (Mollusques),
neurochitine (Insectes), de la cérébrine, une faible proportion
“de sels minéraux et une moyenne de 11 à 13 0/0 d'eau. — Note
deM: Sraxiscas Meunier sur quelques roches recueillies par
leprince Henri d'Orléans sur la basse Rivière Noire, au Tonkin.
Ce-sont principalement des calcaires noirs; les uns friables,
les“autres compacts et cristallins, auxquels sont associées des
“roches éruptives, telles que porphyres, épidote, serpentine et
Ophite. — Note de M. Jures Wezscx sur les étages miocènes
“de l'Algérie occidentale, qui fixe l’époque du dernier souléve-
ment.de l'Atlas à la fin du Miocène supérieur.
Séance du 24 octobre. — M. SCHUTZENBERGER présente
unenote de M. P. Mrquez sur le rétablissement de la forme
“dite spongiale, chez les Diatomacées, qui s'obtient par divisions
successives, sans fécondation préalable ni conjugaison. —
Mons Lacaze-Durmers présente une note de M. Azp. LaBsé
suules Hématozoaires des Vertébrés à sang froid. L’auteur
Soccupe uniquement du groupe des Pupanidium, dont les ca-
ractères légitiment la création d’un groupe auquel il donne le
nomde Hémosporidies, et complètement différent des Sporo-
zodires, groupe auquel appartient le Cytamaba ranarium. —
Mne Lacaze-Durmiers présente une note de M. E. Yunc sur
l'influence des lumières colorées, sur le développement des ani-
maux. Par des expériences multiples, l’auteur est parvenu à
préciser le rôle des rayons thermiques, lumineux et chimiques.
M Mirrne-Enwarps présente une note de M. S. Jourdain
sure mode de fixation des larves parasites hexapodes des Aca-
miens. Chez certaines de ces larves, le rostre se prolonge en
unetrompe irrégulièrement ramifiée, dont le rôle serait sem-
blable à celui des Stromatorhizes des Sacculines. — M. Mrie-
EnWwarps présente une note de M. EnouarD Pierre sur la
caverne de Barassempony. Dans cette caverne, de l'époque
Solutréenne et magdalénienne, se rencontrent à côté les uns
dés autres, des débris de mammouth, d’éléphant indien.
Lerenne y est rare. — M. Arserr Gaupry présente une note
deM. MarcezrN BouLe sur un squelette d’Elephas meridionalis
découvert dans les cendres basaltiques du volcan de Senèze
(Maute-Loire). — M. Daugrée présente une note de M. R. ZriL-
zer\sur les empreintes du sondage de Douvres, pour le tunnel
SOus-marin. Parmi ces empreintes ramenées d’une couche
houillère à 352 mètres de profondeur, se trouvent celles de Ne-
Mropteris rarinervis et Nevr. Scheuchzeri, qui se rapportent à la
région supérieure du houiller moyen.
À. E, Mararp.
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F. Hepaticæ africanæ. (Fortsetzung.) PI. X-
G, MALLOIZEL.
LE NATURALISTE
1.54 L !
| Cidaria Abpiciflava n. sp., 45 à | 48 mm. — Dee Le. 0
rieures brun foncé uni, parcouru par de larges lignes verdâtres,
à bords plus clairs, zigzaguées ct irrégulières. Six partent dé
la côte, la quatrième s'arrête à la médiane; la cinquième est
bordée de jaune paille extérieurement, la subterminale
sixième émet un trait jaune paille qui va droit à la pointe
l’apex. La nervure médiane est garnie de fines écailles blanches
et rouge brique; le bord terminal est liséré à l’intérieur de
jaune, à l'extérieur de rouge brique, Frange brune.
Dessus des irférieures noir, Papex largement garni de j jeu
vif sur ses deux côtés. Frange noire.
Dessous des quatre ailes noir brun uni; les supérieures cou
pées de jaune à la côte, avec deux petits points à l'extrémité e
lapex et une large tache irrégulière également jaune dans là
pointe de aile. Les inférieures avec un simple petit roi
jaune à l’apex. Frange concolore.
Antennes filiformes. Tête, pattes et corps brun noir. !
Trois © pris.dans la vallée de la Zamora dont un en se}
tembre 1886.
Lobophora Rosula n. sp., 27 mm.— Supérieures larges
allongées à l’apex; inférieures petites, avec un repli abdominal:
Cette jolie petite espèce a le fond des supérieures vert marbrt
de noir et de blanc; leur dessin est complété par une trés lare
bande extrabasilaire rose qui s’arrête un peu avant la côte, in
long trait rose apical qui finit dans l'aile sur une éclairei
blanche ; enfin, à l’angle interne, une tache rose qui longéd
bord interne et rejoint souvent la bande extrabasilaire
petit point cellulaire noir, Frange grise semée de poils no
Dessus des inférieures blanc pur brillant avec la fran
concolore.
Dessous des supérieures grisètre, plus noir à l'apex, ave
Pindication de l’extrabasilaire du dessus et une large a
subterminale plus claire. Enfin un petit point cellulaire cha
série de fines taches claires terminales.
Dessous des inférieures comme le dessus mais avec quelqu
stries brunes. Antennes filiformes. ;
Sept o* pris aux environs de Loja en 1889 et 1890.
Cidaria Alboseripta n. sp., 30 à 32 mm. — Dessus d
supérieures brun marron, traversé par plusieurs ligne
blanches très nettes , dont les principales sont :
presque droite, l’extrabasilaire en forme ‘d'M aplat,
ligne centrale formant un grand VW dont la pointe atteint pr
que le bord terminal au centre de l’aile. Ces trois lignes
traversées par un trait central tout droit et les deux dernière
sont de plus réunies par d’autres petites lignes plus oumon
marquées suivant les individus. L’un de mes spécimens a
le centre presque blanc. Tous ‘ont encore un point cel
noir, cerclé de blanc, une fine ligne subterininale blanche
enfin une série de petits points terminaux également blancs.Æ
frange brun roux est coupée par une touffe de poils clairs
Pextrémité de chaque nervure.
Le dessus des inférieures est blanc sale brillant à
frange concolore et lextrème pes parepis HRarque de
surtout vers l'angle anal. G
Le dessous des supérieures est gris, plus pâle vers is à
noirâtre à l'apex avec la ligne centrale dessinant un gran
comme en dessus. Une série de {traits blancs placés! entré
nervures remplacent la subterminale du dessus. Point «
laire bien indiqué. Frange comme en dessus. L2
Dessous des inférieures blanc sale saupoudré A. :
avec un point cellulaire, une ligne subterminale peu dis
l'extrême bord et la frange comme en LEE. Se
de roux.
Huit spécimens, dont cinq bien frais pris aa la ségion
Loja en 1890.
Cette espèce est voisine de Lygris Hyroglyphicata, Mass
P. DocnIN.
Le Gérant: Émize DEYROLL
PARIS. — IMPR. F; LEVÉ, RUE CASSETTE, AJ.
ur.
TR
C1
14° ANNÉE
2° SÉRIE — N° 13S
1% DÉCEMBRE 1892
LES RUPICOLES
Mu Les Rupicoles, plus connus sous le nom de Cogs de
roche, ont été réunis aux Manakins dans la famille des
Pipridés. Les premiers naturalistes, qui ont étudié ces
7174
AU 4
LES
(oiseaux, ont publié à leur sujet des fables invraisem-
blables et contribué à propager sur les Rupicoles des
idées complètement fausses qu’il n'est plus permis
{d'admettre aujourd’hui. Croyant voir en ces oiseaux une
certaine ressemblance avec les Gallinacés, ils leur ont
donné le nom de Coqs de roche, les plumes qui retom-
À bent en panache des deux côtés de la queue et la huppe
“|en forme de crête qui recouvre la tête d’une des espèces
|leur ayant fait comparer le Rupicole au Coq vulgaire.
LL!
LE NATURALISTE, 46, rue du Bac, Paris.
Barrère, qui le premier mentionna cet oiseau dans =_mitivement sur ces oiseaux.
son Essai sur l'histoire naturelle équinoxiale, le décrit
ainsi : Coq sauvage, habitant les rochers, de couleur jaune
et portant une créte composée de plumes.
On a poussé plus loin le rapprochement entre les Ru-
picoles et: les Gallinacés, et Sonnini a prétendu qu’ils
ont l'habitude de gratter la terre, de battre des ailes et
RUPICOLES
(En haut, à droite, le Rupicole du Pérou. — En bas, le Rupicole orangé)
de se secouer comme les Poules. Les Français habitant
la Guyane, trompés par les apparences, ont adopté eux-
mêmes pour ces oiseaux la dénomination de Coq de
roche où Coq des bois. I1 suffit d'examiner les pattes des
Rupicoles, qui ont une certaine analogie avec celles des
Martins-Pêcheurs et des Grimpeurs, pour se convaincre
qu’il leur est difficile de gratter la terre comme les Gal-
linacés. Les observations faites par des naturalistes
consciencieux ont bien modifié les idées admises primi-
19
=
Les deux principales espèces sont : le Rupicole orangé,
Rupicola crocea (Vieillot), le Rupicole du Pérou, Rupicola
Peruviana (Latham). Ces deux espèces offrent une cer-
taine ressemblance par la coloration orangée de leur
plumage, mais le Rupicola crocea, qui habite la Guyane,
a le plumage d’une teinte orangée uniforme, tandis que
l’espèce du Pérou est plus grande, a les ailes et la queue
noires, le croupion gris ardoisé; sa huppe diffère égale-
ment : au lieu de se prolonger sur tout le sommet de la
tête, elle est placée en avant, en forme de touffe. La
queue est beaucoup plus longue, les plumes ne sont pas
coupées carrément et celles des ailes ne sont pas fran-
gées.
Goudot (1), qui a observé cette dernière espèce, dit
que ces Rupicoles vivent par petites bandes dans les fo-
rêts, où ils se plaisent dans les clairières, mais ne grat-
tent jamais le sol. Les indigènes, qui les nomment Gallo
de montana (Coq de montagne), lui avaient certifié que
leur chant ressemblait à celui du coq domestique, mais
il a pu s'assurer que ces oiseaux n’ont qu’un cri rauque
et aigu qui n’a aucun rapport avec celui du Coq.
On peut dire que l’aistoire de ces oiseaux, telle qu’elle
a été écrite par les premiers ornithologistes, n’est qu'un
tissu d’erreurs : ainsi le Coq de roche ne gratte pas la
terre à la manière des Gallinacés; quant à son nid, Son-
nini a prétendu qu’il le construisait grossièrement avec
de petits morceaux de bois sec, et Lesson (Traité d'orni-
thologie) dit que ce nid est formé de büchettes assem-
blées; c’est encore une erreur qu’il importe de rectifier :
le nid des Rupicoles de Cayenne et du Pérou ressemble
à celui de nos Grives; il est arrondi, composé de fibres
et de racines et consolidé extérieurement par un enduit
de terre délayée; l’intérieur est garni de fibres végétales
très fines, Enfin les œufs du Rupicole du Pérou ne sont
pas, comme on l’a dit, blancs, arrondis et semblables à
ceux du Pigeon, mais très luisants, d’un blanc jaunâtre,
marbrés de taches brunes et de taches d’un gris violacé,
plus nombreuses et formant une couronne vers le gros
bout. Le Rupicole orangé construit son nid, d’après de
Humboldt, le long des parois des rochers, dans les cre-
vasses des blocs de granit; les œufs sont blancs, cou-
verts de points noirs.
Ces oiseaux se nourrissent de graines et de baies de
divers arbustes ; leurs mouvements sont brusques et
saccadés. Richard Schomburgk, qui a observé les mœurs
du Rupicole orangé, prétend qu'ils se réunissent sur les
rochers pour s’y livrer au plaisir de Ja danse et qu’il eut
le bonheur de jouir de ce spectacle : « Toute une bande
de ces oiseaux, dit-il, était en train de danser sur un
énorme rocher; sur les buissons des alentours se trou-
vaient environ une vingtaine de spectateurs, mâles et
femelles ; sur le rocher même était un mâle qui le par-
courait en tous sens, en exécutant les pas et les mouve-
ments les plus surprenants, Tantôt il ouvrait ses ailes
à uoilié, jetait sa tête à droite et à gauche, grattait la
pie ‘re de ses pattes, sautait sur place plus ou moins lé-
gèrement; tantôt il faisait la roue avec sa queue, et d’un
pas grave se promenait fièrement tout autour du rocher
jusqu'à ce que, fatigué, il fit entendre un cri différent
de sa voix ordinaire et s’envolàt sur une branche voi-
sine, Un autre mäle vint prendre sa place, il montra
aussi toute sa grâce et toute sa légèreté et finit, lui
aussi, par céder la place à un troisième, » On ne saurait
(1) Magasin de zoologie, 1843.
LE NATURALISTE
trop, je crois, se mettre en garde contre ces récits qui
ne sont le plus souvent que le fruit de l'imagination des
voyageurs. N’a-t-on pas attribué également le même
penchant pour la danse à un échassier, l’'Ombrette du Sé=
négal, qui se livrerait à une pyrrhique grotesque lors
qu’elle rencontre un de ses congénères? Il convient dé
n’accepter qu'avec réserve ces récits empreints d’exagé
ration et de ne voir dans ces prétendues danses que les
ébats auxquels se livrent les mâles dans la saison des
amours, danses qui dégénèrent fréquemment en com
bats meurtriers,
Albert GRANGER.
LES PROPORTIONS DU CORPS HUMAIN
4° Quand un homme debout étend horizontalement les
bras, il suffit de mesurer la longueur qui s'étend d’
bout d’une main à l’autre, pour avoir la hauteur de son
corps. L'erreur commise, si elle existe, est par excès.n
2° On peut encore avoir la taille d'un homme en mul
tipliant par 6,5 la longueur de son pied. En multiplian
par 7, on a une limite maxima; en multipliant par 6 or
à une limite minima ; c’est entre ces deux limites qu'os
cille la taille réelle, Cette mensuration donne des résultats
plus justes chez l’homme que chez la femme.
3° Du bout du menton à la racine des cheveux, il ya
trois fois la longueur du nez. Le front n’a pas souvent
longueur du nez, parce que ce dernier organe n’est pas
toujours placé au milieu de la hauteur de la figure. Mal
gré une foule de différences individuelles, on peut di
que, généralement, le front est plus petit que le nez,t
que le nezest lui-même plus petit que le bas de la fi
gure, Chez les personnes qui n’ont plus de dents, la di
tance du nez au menton peut être si réduite, que le bout
du nez somble vouloir rencontrer le menton, dont
pointe avance comme le bout d’un patin écossais, C?
chez les femmes que l’on rencontre les fronts les pl $
bas, Chez certaines femmes le front n’atteint que le tiers
de la longueur du nez, même quand les cheveux sont
relevés par une ne à la chinoise; mais c’est l’excep:
tion. 4
&° L’oreille a la longueur du nez. Elle est située à Ja
même hauteur que ai quand la tête est bien droi
regarde l'horizon ; un peu plus haut, pourtant, Entre
deux yeux il y a place pour la longueur d'un œil
général, les commencants les dessinent trop rappro
l’un de l’autre,
5° Les artistes estiment que, chez un beau type Hi
main, latête est comprise 7 fois et demie dans la hauteu
totale du corps. En réalité, jamais la tête n’est com
prise plus de 7 fois dans la taille de l’homme, sauf chez
certains jeunes gens longs et minces, à tête toute petite
Regardezles passants : presque tous ont de grosses
sur de petits corps; beaucoup ont un tronc épais eb
courtes jambes, et réalisent ainsi le type de Tartarin
Tärascon. Chez eux, la hauteur du corps entier"att
à peine six fois celle de la tête.
6° Certains artistes de petite taille, peignent le |
humain ramassé comme le leur ; cle que d’autres,
taille élancée, dessinent les hommes plus élevés”
l'Exposition de 1889, je contemplais le Christ deva
late, où tous les personnages ont le core un peu À
eu égard à la dimension de leur tête, à la les r
tronc, etc, J'entendis faire autour ds moi la réflexion
suivante : « Je suis sûr que ce peintre est de petite
taille, » Reste à savoir si le fait est exact. On peut s’en
assurer en regardant comment est bâti le célèbre peintre
hongrois qui est l’auteur de ce magnifique chef-d'œuvre.
Dr Bouconx.
LES DINOSAURIENS D'AMÉRIQUE
LE CLAOSAURUS ET LE CERATOSAURUS
M. Marsh, le célèbre paléontologiste des États-Unis,
prépare actuellement un grand ouvrage sur les Dinosau-
riens d'Amérique. Les documents qu’il possède sont si
nombreux qu'il a pu faire exécuter de belles planches
b représentant, sous forme de restaurations, les squelettes
L.
Fig, 1. — Restauration du Claosaurus annectens, Marsh, au
& 1/18e environ de la grandeur naturelle.
“peu près complets d’un grand nombre de genres el
d'espèces. J'ai eu le plaisir de feuilleter Les albums de
M Marsh dans son laboratoire de Yale College à New-
Haven, et je peux déclarer que l’apparition de la mono-
“craphie des Dinosauriens d'Amérique produira une
‘grande sensation dans le monde des naturalistes. En at-
tendant, M. Marsh publie un choix de ces restaurations, à
wneéchelle plus petite, dans l'American Journal of science.
Nous avons eu connaissance, de cette manière, de
Paspect étrange du Triceratops, du Stegosaurus et d’autres
reptiles géants de l’époque secondaire. Tout récemment,
M° Marsh à donné les figures de deux autres Dinosau-
riens, le Claosaurus et le Ceratosaurus. Je les ai fait repro-
duire pour les lecteurs du Naturaliste, qui liront avec in-
térêt un résumé de l’article écrit par M, Marsh pour
accompagner ses belles planches,
Claosaurus du Crétacé et Ceratosaurus du Jurassique
sont deux Dinosauriens gigantesques pouvant être pris
comme types des deux ordres principaux de cette elasse
de Reptiles, Le premier est, en effet, un Ornithopode, le
LE NATURALISTE
Dune Dre SR Es Us RE Ne ER See RO ER BR EEE
277
second, un Théropode. Ils représentent assez bien, en
Amérique, les Iguanodons et les Mégalosaures du vieux
monde,
Chacune des restaurations de ces Dinosauriens a été
faite d’après les restes d’un seul individu trouvés au
même point,
Le Claosaurus annectens, Marsh (fig. 1), était herbivore;
il avait un crâne long et étroit; la région faciale était
particulièrement développée, Le prémaxillaire et le pré-
dentaire étaient probablement recouverts d’une partie
cornée.
Les orifices nasaux sont énormes. M. Marsh pense que
le Claosaurus devait posséder une glande nasale, analogue
à celle du Monitor et de quelques Oiseaux actuels. Les
orbites sont également très grandes, avec un contour
triangulaire. Un fort quadrato-jugal unit le jugal et l'os
carré,
La mâchoire inférieure est remarquable par l'aspect
rugueux du prédentaire, par la puissance du dentaire et
par la petitesse de l’angalaire et de l’articulaire.
Les dents ne se trouvent que sur le maxillaire et le
dentaire. Elles ressemblent à celles du genre Hadrosaurus
décrit par M. Cope et elles sont aussi nombreuses que
dans l’Hadrosaurus, où M. Cope en a compté plus de deux
mille sur une seule tête. |
Les vertèbres sacrées sont au nombre de neuf. Les
vertèbres caudales, au nombre d’environ soixante. Les
cervicales sont fortement opisthocèles et les onze pre-
mières portent de petites côtes. Les vertèbres caudales
sont munies de chevrons très développés, dénotant une
queue puissante, bien conformée pour la natation.
Dans la région dorsale, en-
tre les côtes et les épines
neurales, sont des tiges os-
seuses, ou tendons ossifiés ;
elles deviennent plus nom-
breuses et plus développées
dans la région sacrée, à partir
de laquelle on les voit dimi-
nuer graduellement pour dis-
paraître au niveau de la
trente - cinquième vertèbre
caudale. Ces tendons ossifiés se voient très bien sur la
gravure. M. Dollo a décrit pareils organes dans l’Iguano-
don.
Les membres antérieurs sont, plus encore que dans les
autres Ornithopodes, très réduits par rapport aux
membres postérieurs, L’omoplate, de forme assez parti-
culière, présente, à son bord antérieur au-dessus de la
face articulaire pour le coracoïde, une forte protubé-
rance, avec une facette qui semblerait indiquer l’exis-
tence d’une clavicule. Le coracoïde est très petit, Les os
du carpe sont incomplètement ossifiés. La main, compo-
sée seulement de trois doigts et d’un pouce rudimen-
faire, avait une forme très allongée. Les phalanges on-
guéales portaient des sabots et non des griffes, Malgré sa
forme et sa position, le membre antérieur ne servait donc
pas à la préhension.
Dans le bassin, il faut noter la présence d’un prépubis
très développé tandis que le postpubis est rudimentaire,
Le tibia, plus court que le fémur, est uni étroitement
à l’astragale, Des deux rangées des os du tarse, une seule
parait être ossifiée, encore est-elle très réduite, Les
pieds n’ont que trois doigts se terminant par de larges
sabots,
NE.
EEE
( poc--2
Le Claosaurus avait environ dix mètres de longueur et
cinq mètres de hauteur dans la position où il est repré-
senté dans la figure 1, Il a été trouvé dans le Wyoming
par MM. Hatcher et Sullins, au milieu des couches de
MA
Fig. 2. — Restauration du Ceratosawrus nasicornis, Marsh, au
1/18° environ de la grandeur naturelle,
Laramie, où il gisaiten compagnie d’autres Dinosauriens
et d’une population de tout petits Mammifères.
Le second Dinosaurien que nous présente aujourd’hui
M. Marsh, le Ceratosaurus nasicornis, est beaucoup plus
ancien. Il provient des fameuses couches jurassiques,
dites à Atlantosaurus, du Colorado. C'est une forme de
Théropode, c’est-à-dire de Dinosaurien carnivore ; il faut
voir en le Ceratosaurus un des nombreux ennemis des
Dinosauriens herbivores.
La tête du Cératosaure est très grande comparativement
au reste du squelette. Vu en dessus, le crâne a le con-
tour d’un cräne de crocodile, Latéralement, de grandes
ouvertures rappellent plutôt le crâne d’un lézard, dont
les os nasaux porteraient une expansion tranchante, en
forme de hache, La surface de cette curieuse protubé-
rance est très rugueuse, creusée de sillons vasculaires ;
elle devait supporter une corne puissante ayant servi
d’arme défensive et offensive.
L'œil était protégé par une protubérance osseuse des
frontaux venant recouvrir l'orbite,
Les maxillaires sont garnis chacun de’quinze grosses
dents tranchantes indiquant clairement le caractère
féroce de l'animal. Ces dents ont la même forme que
dans le genre européen Megalosaurus.
Les mâchoires inférieures n'étaient unies, dans leur
partie antérieure, que par du cartilage.
Les vertèbres offrent des particularités très remar-
quables, Les cervicales sont planes en avant, concaves
en arrière. Les dorsales et les lombaires sont biconcaves.
Le sacrum est formé de cinq éléments vertébraux. La
queue élait très puissante, munie de longs chevrons et
bien conformée pour les besoins de la natation.
Les membres antérieurs sont plus petits que les
LE NATURALISTE
membres postérieurs, Les doigts, au nombre de quatre
étaient armés de griffes puissantes.
Les os du bassin sont parfaitement soudés entre eux.
Une particularité bien curieuse réside dans la forme.
dilatée de l’extrémité distale des os pubiens. M. Marsh
pense que cette disposition devait permettre à l’animal
de s’asseoir plus solidement et avec plus de facilité sur
son train de derrière, le centre de gravité de l’animal
devant être situé directement au-dessus de la région des
os du pubis. |
L’astragale n’est pas soudé au tibia. Les métatarsiens
sont soudés entre eux comme les os du bassin. Il y a là
un caractère rappelant les oiseaux actuels, et qui devait
assurer beaucoup de solidité au membre postérieur. Les
phalanges terminales du pied étaient, comme celles de
la main, garnies de griffes puissantes.
Le Ceratosaurus devait avoir à l’état vivant environ
7 mètres de longueur et # mètres de hauteur. 1
Telles sont les deux“
curieuses créatures que.
M. Marsh vient de nous
faire connaître. Dans un
prochain numéro, je pré-
senterai à mes lecteurs,«
les restaurations de Di=
nosauriens plus étranges
encore.
Marcellin Bouze.
NES)
SET
SA Pre ee RE
nr rare
NOTE SUR UN OPHIDIEN
APPARTENANT au genre Eulænias
Eulænia præocularis N. sp.
Description. — Petite espèce ‘à tête un peu déprimée. Corps
arrondi et queue relativement courte. Rostrale plus largeq
haute. Internasales étroites en avant et aussi longues que les
préfrontales. Frontale à cinq pans; sa longueur égale celle dela
suture interpariétale. Susoculaires assez étroites. Pariétales
échancrées postérieurement. Ouverture de la narine située entr
la première bien développée, est en avant en rapport avec deu
postoculaires, supérieurement avec la pariétale et inférieur
ment avec la sixième et la septième supérolabiale. Supérola®
le contour inférieur de l'orbite, Neuf à dix paires d’inférola
biales ; les six premières sont en rapport avec les inter-sous
tale et l’extrémité de la suture interpariétale. Une pairede
squames gulaires, suivie de cent quarante gastrostèges. Plaq
anale non divisée. Queue finement terminée, ayant presquelle
quart de la longueur totale et garnie en dessous, par soixant®
=
E.
—
A
A
[e]
ED
A
o
=)
ad
a
le]
[=
=
Cal
(e]
Le!
SI
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2
E
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ns]
Die
=
=
œ
nm
Q
S
Le.
œ
[=]
@-
œ
el
Longueur totale du plus grand individu.
Longueur, du bout du museau à l'anus. *
Longueur de "la queues". Mu" 0,082
Coloration. Tête brune en dessus, cette teinte s’étend.sumles
larges taches bordées de noir. Les préoculaires, les posto
laires et la partic située derrière lestemporales sont jaunes
supérolabiales également de cette dernière couleur sont bord
de noir en arrière. Le cou est orné de chaque côté par cinq"
six bandes verticales noires et à contour anguleux ; suiviesssu
le restant du tronc par trois séries de petites taches dem
couleur, formées par des traits longitudinaux. Une raïe Wer
brale jaune à peine plus claire que la teinte du fond;p
naissance derrière les pariétales, entre la tache occipitall
4 LE NATURALISTE
279
continue jusque sur la queue. Les régions inférieures sont d’un
jaune pâle. Les gastrostèges portent de chaque côté un point
noir, formant deux séries parrallèles.
Observations. L'Ent. præocularis (1) présente par la forme
du corps et la coloration de la tête quelque ressemblance avec
VBut. scalaris Cope, et l'Eut. phenar, id., mais on peut facile-
ment le distinguer de ces derniers par les caractères suivants:
1iète plus déprimée ; 2° présence de trois préoculaires. Le
Muséum possède deux individus identiques de cette espèce, re-
cueillis dans les marais de Belize par la commission scien-
tifique.
F. Bocourt.
LA ROSE SOYEUSE
(Rosa sericea Lin.)
Parmi les roses asiatiques, si intéressantes à de nom-
breux points de vue, il n’en est pas une qui présente
“autant de particularités remarquables que la rosesoyeuse.
“Cette singulière espèce, qui ne semble pas avoir encore
Q 0
AN pt]
SE 09
>
Ÿ
Sz-Tschwan et du Kansou oriental. Les échantillons vi-
vants que nous avons pu étudier nons ont été obligeam-
ment offerts par M. Maurice de Vilmorin et proviennent
de graines récoltées au Yunnan, par l’abbé Delavay.
C'est dans son pays natal un buisson peu élevé, pro-
bablement de croissance un peu lente, dont tous les
organes végétatifs varient d’une facon-extraordinaire.
Les rameaux peuvent être, en effet, complètement iner-
mes ou très aiguillonnés. Les aiguillons présentent une
forme toute spéciale et des dimensions qu’on ne retrouve
dans aucune autre espèce ; ils sont très aplatis, large-
ment triangulaires, accompagnés ou non de soies rouges
trè s nombreuses qui recouvrent tous les entre-nœuds.
Les folioles habituellement au nombre de neuf peuvent
être velues sur les deux faces ou sur la face inférieure
seulement ou bien encore la pubescence est limitée aux
nervures et même quelquefois à la côte. Leurs dents
sont simples ou composées. Les mêmes variations se
retrouvent dans l’appareil floral.
LA ROSE SOYEUSE. — 1. Rameau florifère. — 2. Rameau de l’année montrant les aiguillons et les soies.
quitté les jardins botaniques, mériterait bien certaine-
ment d’être introduite dans les cultures d'amateurs.
Elle habite la chaîne de l'Himalaya dans toute son
étendue, les provinces chinoises du Yunnan, du
* (4) L’Eut. præocularis ainsi que V'Eut. scalaris, sont repré-
me cou Miss. Sc. du Mexique, I!° partie, pl. LVI.
ge 1 et 8. . :
Nous venons de voir que les aiguillons ont une forme
toute spéciale, Le nombre des pièces de la fleur qui
dans toutes les Roses connues est de cinq se réduit ici à
quatre. Le Rosa sericea est un type tétramère, exemple
unique dans tout le genre, Cette singularité n’est pas
la seule qui caractérise ce curieux type asiatique, A
l’aisselle des feuilles se développe presque toujours un
280
bourgeon qui produit habituellement deux feuilles
entourées d’écailles dans leur partie inférieure et don-
nant naissance à leur aisselle à une seule fleur termi-
nale. Entre cette fleur et la feuille supérieure ou la
feuille unique (quand il n’y en a qu’une) apparaît un
bourgeon qui, dans le courant du même été, produit une
rosette de feuilles et prolonge l’axe florifère. La fleur
paraît terminale, mais lors du développement du bour-
geon axillaire elle est rejetée sur le côté. Quant à l’axe
florifère il s’allonge avec une extrême lenteur et n’est
composé que d’entre-nœuds tellement courts qu’on pour-
rait presque les considérer comme nuls. Il n’est pas
extraordinaire qu'un ramuscule florifère, long de trois
centimètres, ait déjà fleuri une douzaine de fois.
Nous disions que le Rosa sericea méritait d’être cultivé
par les amateurs. Dans la région méditerranéenne il se
plairait à merveille ; dans l’ouest de la France il est fort
probable que, planté contre un mur dans un endroit
‘bien ensoleillé, il résisterait et donnerait des fleurs.
Au jardin botanique de Kew il en existe un pied attei-
gnant près de quatre mètres de hauteur et couvrant une
large surface de mur.
Puisque nous parlons de Roses asiatiques nous ne
voudrions pas passer sous silence quelques autres espè-
ces, les unes assez fréquemment cultivées, les autres qui
ne sont pas encore sorties des jardins de l’extrême
Orient. Citons dans le premier cas la Rose microphylle
(R. microphylla Roxb.) de la Chine et du Japon, dont le
fruit rappelle celui du châtaignier, d’où le nom de Rose
châtaigne sous lequel elle est connue; la Rose lisse
(R. lævigata Mich.) aux larges fleurs blanches et simples
qui sous le nom de Rose Camélia est abondamment
cultivée sur le littoral de la Méditerranée et fait son
apparition aux halles chaque hiver; la Rose à bractées
(R. bracteata Wendl.) dont une variété horticole Maria
Leonida se rencontre encore sur les marchés ; la Rose
de Banks (R. Banksiæ B. Br.) à fleurs blanches ou jaunes,
connue sous le nom de R. Viola à cause de l’exquise
odeur de violette que répand une de ses formes ; la Rose
multiflore (R. multiflora Thunb.) caractérisée par ses
petites fleurs blanches ou roses ou même purpurines
disposées en panicule très fournie, etc. Plus connue
encore est la Rose du Japon (Rosa rugosa Th.) qui, sous
de nombreuses formes à fleurs simples ou doubles,
contribue à l’ornementation de nos jardins. Ce nombre
déjà respectable de roses asiatiques pourrait encore
s’augmenter. C’est ainsi qu'il serait intéressant de cul-
tiver en Europe le À. Beggerana à fleurs blanches et à
odeur de punaise qu’on rencontre à fleurs doubles dans
les jardins du Turkestan, et le R. Webbaia dont la cul-
ture est pratiquée depuis longtemps déjà en certains
points de l’Asie,
à P. Harior.
CONTRIBUTIONS
À L'ÉTUDE DE LA FAUNE ENTOMOLOGIQUE ROUMAINE
(Suile et fin).
Il
Hétérocères (Dumeril).
(Chalinoplera).
Je vais indiquer le petit nombre de spécimens que j’ai déter-
minés et toujours dans l'ordre de la classification ci-dessus
mentionnée,
LE NATURALISTE
vers leur bord interne. Ressemblent à Liparis auriflua, exce
à ceux indiqués, comme existant dans la collection
Famille des SPaiNcnx (B.).
a) Genre Acherontia (O.).
1° A. Atropos (L. God). Jouissent d’une très grande viva-
cité.
b) Genre Sphinx (0.).
20 S. Ligustri (L.). Dans mon jardin, fin juin 1892.
c) Genre Deiïlephila (O.). ;
3° D. Galü(S. V.). Comme différence, la coloration générale,
qui est plutôt noirâtre qu'olivâtre. ;
d) Genre Macroglossa (O.).
4° M. nigra (n. sp.). Lépidoptère fort commun aux mois de
mai et de juin, à vol fort rapide en plein jour et à l’ardeur du
soleil. Aïles supérieures d'un noir corbeau, sans taches. Les
inférieures d’un fauve roux, presque transparentes, avec là
base un peu obscure et une bordure terminale fine, noire. Téten
et thorax gris, fort poilus; abdomen de la couleur des supé=
rieures. Les poils latéraux de la base de leur queue d’oiseau ont
la même coloration grise que le thorax.
Famille des Sesunx (A. S.).
Genre Sesia (F.). J
50 S. Empiformis (Esp.). Une seule fois, je l’ai attrapé, vers
le soir, couché sur une feuille de rosier (20 juin 1892).
Famille des Zxeænidx (B.).
Genre Zygtena (F.).
60 Z. Achilleæ, trouvé dans les forêts du département de
UE
Z. Meliloli (Esp.), var. Dahurica (B.).
FR de Neamty.
Famille des Syxromx (A. S.).
Genre Syntomis.
80 S, Phegea (L.). Nos spécimens ont les ailes d’une colo-
ration bleue-noire et plutôt noire que bleue, et le corps vert,
au lieu d’avoir la coloration des aïles, comme c’est le cas.
Famille des CHeLoninx (B.). 4
a) Genre Chelonia (Lost).
90 Ch. Caja (L.). Nos spécimens sont volumineux, et less
bandes des ailes très larges.
109 Ch. Villica (L.). J'ai un c* et deux Q portant différem=
ment les taches des inférieures. Sur le 7, la première rangée
de taches — rangée basilaire — est représentée par un seul
point noir médian. La deuxième rangée, par quatre points,
dont le premier — en partant du bord abdominal — est moins.
prononcé que le second, qui a plus d’étendue et qui est plus
prononcé que le troisième et le quatrième, ce dernier étantMde
plus petit.
Sur une des ®, la premicre rangée de taches est représentée"
par une ligne portant trois suillies du côté de l'angle basilaïres
la deuxième rangée porte quatre points tous plus prononcés
que sur le c. \ 4
L’autre © porte trois points noirs espacés, comme première
rangée de taches, et seulement les deux points abdominaux di
la seconde rangée; enfin, la tache de Pangle externe (ou sul
rieur) est coupée par des taches jaunes, moins prononcées qi à
sur l’autre ©.
Donc, il y a des différences entre les espèces roumaines et
celles de la faune francaise.
119 Ch. Aulica (1L.). ‘Avec une plus belle coloration (Départ
Dorohoi). = fi
b) Genre Spilosoma (Stph.) ou Arctia (Bdv..). ;
19° Sp. fuliginosa (L.). Rien de différent. -
130 Sp. Urticæ (Esp.), var. quadri-punctata (n. var.) Ailes
blanches, presque transparentes. Sur les supérieures, deux
petits points noirs aux extrémités de la cellule et deux autres
dans les forêts “a
l'anus qui est blanc et les ailes presque transparentes. B
ont encore cinq points noirs sur la ligne médiane et le long
de la face tergale de l'abdomen. d
Famille des Liparinx (B.). : 410
Genre Liparis (0.). :
149 L. dispar (L. God). Nos spécimens ressemblent en 5 t
E. Berce (loc. cit., p. 169, vol. Il); leur coloration étant.di
gris blanc, légèrement nuancée de jaune et presque.
aucune ligne transverse, surtout chez les femelles. La
fermée, comme c'est le cas, par une lunule noire ; or Ch
les ®, cette lunule est réduite à deux points noirs, surml
d'un petit circonflexe :
450 L. salicis (L.). Forêts du département de Dorohoï(!
460 L. auriflua (S. V.). Nos spécimens n’ont pas dep
noirs sur les supérieures. E
LE NATURALISTE
Famille des Bomeycnx (B.).
a) Genre Bombyx (B.).
1° B. Neustria (L.). Fort commun. Mon échantillon a une taille
Plus petite, probablement due à son éclosion dans mes boîtes.
18° B. Quercus ©? (L.). Nos échantillons ont une nuance
brune-ferrugineuse, bien moins foncée que sur le Quercus
type, et différent encore par la ligne coudée, régulièrement
arquée, qui est très étroite, excepté vers le bord interne, où
elle devient fort large occupant presque toute l’étendue de ce
Mord:; espace coloré en jaune, tout comme chez la variété
Spartii (Hb. Dup.). Enfin, le point blanc du disque des supé-
ricures nest pas véritablement cerclé de noirâtre,
b) Genre Lasiocampa (Lab.).
19 L. Quercifolia (L.). Nos spécimens mériteraient une des-
cription détaillée ayant une coloration différente et même va-
“riable d'un individu à un autre.
Famille des SATURNIDx
Genre Saturnia (Shk.).
200 S. Pyri(S. M.) ou Pavonia major (L.). Nos spécimens
Ont plus de 120 millimètres, régulièrement 140 millimètres,
Famille des Carocarinz (B.).
Genre Catocala (Schr.).
240 C. Elocata (Esp.). Les inférieures de nos échantillons
wnt-une coloration rouge bien plus prononcée.
| Famille des UrartTEeRYD 2 (G.).
Genre Urapteryx (Leach.).
220 U. Sambucaria (L.). Rien de remarquable.
Parmi le petit nombre d'espèces de Chalinoptera (22 es-
jèces) que je viens de déterminer, il y en a une nouvelle et
“une variété. Dr Léon C. Cosmovrcr.
LA TERRE
ES MERS ET LES CONTINENTS, GÉOGRAPHIE PHYSIQUE, GÉOLOGIE
ET MINÉRALOGIE, par FERNAND PRIEM, 1° fascicule (1),
grand in-8 de 184 pages.
L'ouvrage dont le premier fascicule vient de paraître,
281
fait partie de la série des Merveilles de la nature de Brehm,
La rédaction en a été confiée à M. Fernand Priem, pro-
fesseur au Lycée Henri IV, déjà connu du grand public
par d'excellents ouvrages classiques ou de vulgarisation.
M. Priem s’est visiblement inspiré de l’Erdgeschichte de
Neumayr qui est le chef-d'œuvre du genre. Ila ainsi
porté à la connaissance du grand public un grand
nombre de faits ignorés jusqu'ici en France, en dehors
des spécialistes.
Dans le présent fascicule, l’auteur, après avoir fait
connaître les résultas généraux de la Géologie, s’occupe
de l’état présent de notre planète et des phénomènes qui
modifient actuellement cet état. Il étudie successivement
la place de la terre dans l’univers, l'atmosphère, les conti-
nents, les mers, la répartition de la chaleur, puis viennent
les modifications subies par l’écorce terrestre sous l’ac-
tion de l’atmosphère, de la mer, des eaux courantes et
d'infiltration, des torrents, des glaciers et des volcans.
Ces divers chapitressont écrits clairement; la lectureen
sera facile aux personnes les moins familiarisées avec les
études géologiques. D'ailleurs l'ouvrage est parfaitement
illustré, nous donnons ci-contre deux figures extraites
de cet ouvrage. Ce premier fascicule renferme 225 fi-
gures. Beaucoup de ces figuresont été empruntées au
Traité populaire de Neumayr; les autres sont des
clichés ayant déjà paru dans diverses publications de
la maison J.-B. Baïillière., Une remarque qu’on peut faire
à propos de ce livre et d’autres publications similaires,
c'est que leurs auteurs ne sont pas suffisamment au cou-
rant des ressources que pourrait leur procurer la phy-
siographie de leur propre pays. On va chercher bien loin
Vue d'un glacier de Norwège, montrant la glace moulée exactement sur les parois.
(1) Le volume sera complet en 4 fascicules à 2 fr. 15; le pre-
er fascicule est paru (2 fr. 15, franco 3 fr.;) on peut souscrire
dès maintenant pour l'ouvrage entier, dont on recevra les fas-
cicules au fur et à mesure des apparitions. Prix pour l'ouvrage
entier 11 francs, franco 11 fr. 85, chez J.-B. Baillière, éditeur,
et aux bureaux du Journal.
des exemples de phénomènes d’érosion, des divers as-
pects topographiques, des vues de cavernes ou de vol-
cans. Or la France est le pays du monde le plus varié et
le plus riche en phénomènes naturels de toutes sortes.
Les gorges du Tarn sont aussi belles que la plupart des
LÉ
NATURALISTE
canons américains ; les cavernes des Pyrénées ne re-
doutent aucune comparaison; les volcans du Plateau
de M. Priem. À en juger par le premier fascicule que
nous avons sous les yeux, ce sera -un ouvrage bien supé-
Stalactites et Stalagmites de la grotte d'Adelsberg.
central sont plus instructifs que les volcans actuels.
Cette réflexion ne saurait rien enlever au mérite du livre
rieur aux ouvrages de vulgarisation déjà publiés en
France. M.B.
SOCIÉTÉ BOTANIQUE DE FRANCE
Dans Une nouvelle contribution à l’histoire botanique de la
Truffe, M. A. Chatin fait connaître deux Kamés de Bagdad
qu’il appelle, l’un Terfezia Hafizi, l'autre T. Metaxasi ; le pre-
mier à des spores de 20 millièmes de millimètre de diamètre et
au nombre de huit dans chaque thèque, tandis que la seconde
n’a que six spores, ou moins, par thèque, et leur diamètre
atteint 30 à 32 millimètres.
Quant au Kamé de Smyrne, c'est le Terfezia Leonis décrit
jadis par Tulasne.
L’auteur établit un curieux parallèie entre les T'erfaz ou Ka-
més d'Afrique et d’Asie et les Truffes d'Europe. Les premiers
s'étendent des Deux-Siciles et d’Espagne en Asie et en Afrique,
sur 15° de longitude, limités entre le 40° et le 280 de latitude,
par conséquent sous un climat chaud Les Truffes ont une aire
de dispersion moins étendue et sont confinées entre le 440 et le
41° degré de latitude, par conséquent dans un climat tempéré.
Au point de vue de la composition chimique, la proportion du
phosphore et de l’azote est double dans les Truffes, Mais les
Terfaz sont plus abondants, et tandis que leur prix sur les ma-
chés de Smyrne est de 0 fr. 20 à 0 fr. 30 le kilog.,la Truffe du Pé-
rigord vaut sur les lieux de production 15 francs en moyenne.
Dans une Note sur le Maillea Urvillei Parl., M. Michel Gan-
doyer conclut que cette plante est identique au PAleum arena-
rium dont elle représente une forme trapue à épi court, à grains
très larges et glauques. M. Héribaud, Joseph, présente des Ad-
dilions à la flore d'Auvergne, qui contiennent une trentaine de
plantes inconnues encore dans la région, et un grand nombre
de localités nouvelles de plantes rares, Il signale plusieurs
régions du département du Cantal comme étant encore mal
connues, notamment le sud des cantons de Maurs et de Mont-
saloy. M. Bazot dans sa Nole sur le Linaria minor Desf., in-
dique qu’il a récolté cette plante dans la Côte-d'Or, par exemple,
en dehors des plaines, au milieu des bois et à des altitudes va-
riables, dans des lieux secs, incultes et rocailleux, I1 en résulte
pour lui, que cette espèce n’habite pas uniquement des stations
artificielles comme l'a admis M. A. de Candolle. M. J. A. Bat-
tandier dans une Note sur quelques plantes d'Algérie, distri
buées autrefois par Bourgeau, Kralik et Cosson conservées dans
l’herbier de M. P. Marès, signale un certain nombre d’échan=
tillons rares contenus dans cet herbier dont vient de s'enrichin
l'herbier de l'École de médecine et de pharmacie d’Alger, Il
revise en outre la détermination de plusieurs de ces précieux
exsiccatas. L’antiseplique préconisé pour la conservation des
objets d’hisloire naturelle, par M. Jules Poisson, est l'acide salis
cylique employé dans la proportion de deux grammes par litre
d'eau. Avec un liquide ainsi constitué, l’auteur a réussi à con
server en bon état, depuis 1883, un échantillon complet de Saxt
fraga crassifolia. D’autres essais, faits plus récemment, lui Ont
donné d'aussi bons résultats. Il sera ainsi facile aux voyageurs
de se procurer ce liquide conservateur, qui a en outre l’avans
tage de ne ne coûter que 0 fr. 05 le litre. M. le général Paris
dans une leltre à M. Malinvaud, demande aux bryologues de
tous les pays, de vouloir bien lui indiquer les ouvrages postés
rieurs aux Synopsis de K. Muller, et de W. P. Schimper, rens
fermant la description d’espèces nouvelles, non mentionnées
dans l’énumération qui accompagne sa lettre. Il prie, en outre
ceux qui ont décrit des espèces nouvelles, de vouloir bien lux
envoyer un échantillon é{udiable de leurs espèces, pour lui face
liter la rédaction du Nomenclator bryologicus auquel il travailles #,
Les Observations critiques de M. A. Le Grand sur les Fumarid
Ji Genista purgans et Ranunculus chærophyllos, tendent
à prouver : 1° que le Fumaria media n’est pas une forme OU
un synonyme du Æ. officinalis; 20 que le Genista purgans est
classé, tantôt dans un genre, tantôt dans un autre, suivant
qu'on considère ses feuilles inféricures comme trifoliéesou
simples, ce. qui tient à ce que, dans ces groupes, la différen-
ciation est fort délicate; 3° enfin l’auteur nomme R. chaerophyl=
los var. asplenifolius une forme remarquable par les lobes des
feuilles courts, obovales-oblongs. Cette forme, très voisine de
la variété cinerascens Fréyn., ne semble pas avoir été signalée
encore en France. Dans une communication sur la Nomencla=
ture binäire en botanique, M. D. Clos présente une critiq (
û
|
4
T]
| LE :NATURALISTE 283
historique relative à l’origine de la nomenclature binaire. En-
suite il insiste sur ce que, dans le système de Linné, chaque
éspèce devait avoir, cutre son nom spécifique légilime, un nom
“spécifique trivial et non pas un nom spécifique ou trivial. Enfin
il demande si on ne pourrait pas choisir, à titre d’adjectif, spé-
cifique ou trivial, dans la phrase assignée à chaque espèce dé-
“couverte par un contemporain de Linné, le mot le meilleur,
Suivi du nom d'auteur abrégé, afin d’atténuer le déni de justice
appliqué à ceux qui ont répudié la nomenclature binaire.
Sur la coloration accidentelle de la fleur du fraisier commun,
ME. Guinier a fait cette observation intéressante, qu'un pied
“de cette espèce, récolté prés du lac d'Annecy, qui avait deux
où trois fleurs purpurines, a donné par coulants et par semis,
des pieds dont les fleurs, en vieillissant, deviennent plus ou
moins purpurines, contrairement à ce qui se produit d’ordi-
naire dans les fleurs, qui sont d’un blanc teinté de rose, où
c’est surtout au moment de l’épanouissement que la coloration
est le plus accentuée.
Dans une note ayant pour titre : Contribution à la Flore de
—[r'ance et de Corse, M. Alfred Chabert signale un certain
à nombre d’espèces qu’il a recueillies dans la Savoie, les Pyré-
“nées-Orientales et surtout en Corse. Parmi ces espèces figure
VEpilobium palustre L. var. Alpinum Lap. qui a été signalée
& jadis par Lapeyrouse dans les Pyrénées, mais qui n’avait pas
des retrouvée par les botanistes francais. Dans la seconde par-
m…mdedes Extraits de leur rapport sur quelques voyages en Algérie,
MM. J.-A. Battandieret L.. Trabut présentent-les diagnoses d'es-
è Péces nouvelles en même temps que l’énumération de quelques
£ - plantes, non encore D RGE en Algérie. Les espèces nouvelles
_ appartiennent aux genres
…Alriplez, Salsola, Allium ‘Platanthera. MM. Boudier et J. Ca-
_mus donnent une liste des plantes recueillies dans la vallée du
| Sausseron (Seine-et-Oise). Cette liste qui comprend une cen-
ine de plantes montre la richesse de cette vallée encore à
+4 explorée. Dans une Nofe sur des feuilles des Senecio sa-
ittifolius Baker, MM. P. et H. Duchartre décrivent certaines
particularités présentées par la plante que M. Ed. André a
rapportée de l'Amérique du Sud. Longues de un mètre, les
«icuilles du S. sagittifolius présentent deux larges membranes
ioliacées, paralléles entre elles, cet fixées sur leur face supé-
eure allant du milieu du pétiole jusqu'au-milieu du limbe.
Dans ces deux ailes les faisceaux libéro-ligneux ont leur liber
tourné l'un vers l’autre. D’après M. André, les expansions fo-
liacées seraient inégalement développées, suivant les individus
ébmanquent même sur quelques-uns. M. Ed. Jcanpert signale
des localilés nouvelles des plantes des environs de Paris. Dans
_une communication sur les causes de variation de la densilé des
© bois, M. Émile Mer explique la différence de constitution entre
@ bois de printemps et le bois d’été, et montre que la zone
“dé pour les Conifères comprend les vaisseaux à section carrée
baplatie, et pour les Chènes une partie seulement de la zone
breuse qui fait suite à la rangée des gros vaisseaux. D'après cet
auteur, contrairement à ce que l’on admettait, notamment avec
‘Hartig, l’activité chlorophyllienne s’exagère au printemps, mais
me l’activité génératrice s’exagère en même temps, ilenrésulte
bproduction de grands éléments dont les paroisrestentminces.Au
“contraire, en été généralement l’activité génératrice se ralentit,
vies éléments formés restent petits et peuvent, par suite, acqué-
lib des parois épaisses, bien que l’assimilation ait diminué.
. Mer attribue l’aplatissement tangentiel. des éléments exté-
urs de. la zone ‘d’été, non plus à la pression de l’écorce,
comme Sachs et H. de Vriès, mais à un arrêt de développe-
ent des parois radiales dû à un ralentissement d’activité dans
Puissance génératrice. Quant au rapport entre les zones de
temps et d'été il est sensiblement constant. Enfin la rela-
LA entre la densité du bois et la largeur des couches. ne peut
e généralisée : Vimprégnation de tanin et de résine aug-
nente la densité du bois, aussi l’examen de la structure ne
saurait, dans tous les cas, donner l’évaluation de la densité d’un
boïs : il faut alors recourir aux recherches directes. Dans une
autre communication, M. Mer traite de l'influence des décorti-
cations annulaires sur les végétaux des arbres. Les effets pro-
duits dépendent : 4° de la largeur de l’annélation; 2° de sa si-
tation ; 30 de la structure du bois; 40 de la situation du sujet ;
50 de la grosseur du sujet; 6° de la vigueur végétative; 70 de la
protection exercée sur le bois dénudé; 8° de la disposition du
sujet à se couvrir de branches au-dessous de l’annélation;
enfin, 90 de la disposition des racines à se souder à celles des
sujets voisins. L'examen interne lui a montré que, dans la ré-
gion annelée, une zone périphérique se dessèche, l’eau ne peut
plus monter que par la portion centrale si elle est perméable,
: Thlaspi, Vicia, Anthemis, Lactuca, :
l'arrèt de développement se fait dans la région supra-annuläircs
il peut se former une nouvelle couche ligneuse aux dépens de
l'amidon qui, formé par les feuilles ne peut franchir l'anneau,
dans la région infra-annulaire l’activité génératrice cesse aussi-
tôt après Popération. Diverses circonstances, telles que l’accu-
mulation de la réserve amylacée, la soudure :des racines avec
celles d’un sujet voisin, etc., peuvent retarder la destruction
d’un arbre décortiqué, mais néanmoins il est voué à une mort
plus rapide que dans les conditions normales. M. P. Duchartre
dans une Nofe sur une monstruosité du Physostegia virginiana
Beth. signale une anomalie dans la disposition des feuilles,
prcduite par suite dé la torsion de la tige. Pour l’auteur, cette
torsion est due à l'inégalité de croissance en longueur des deux
côtés opposés d’un même entre-nœud, inégalité qui avait pour
effet de relever obliquement le plan des nœuds, d'autant plus
qu'elle-même était plus forte. Et de plus, il croit qu’au lieu d’un
arrêt, comme l’admet M. Magnus, il y a eu prédominance
d’allongement sur l’un des côtés d’un entre-nœuds. Dans des
Observations sur le groupe des Leontopodiwm. M. A. Franchet
insiste sur l’intérêt présenté par le Leontopodium alpinum qui
se rencontre hétérogame en certains centres, tandis qu ailleurs
ses capitules sont dioïques, toutes les transitions entre ces
deux états ayant d’ailleurs été rencontrées, ce qui montre
qu’on ne saurait y voir de différences génériques. De plus, le
L. alpinum n’étant représenté en Europe que par un état par-
ticulier de l'espèce (forme hétérogame), on est fondé à croire
que son centre de dispersion est dans l'Asie centrale et orien-
tale, puisque c’est là seulement qu'on le rencontre sous ses
divers états. L’auteur présente les diagnoses des diverses es-
pèces de Gnaphalium, appartenant au groupe des Leontopo-
dium, dont-huit viennent de l’ancien monde et deux du Nou-
veau Monde. MM. P. Ascherson, A. Engler, K. Schumann et
J. Urban proposent aux botanistes les quatre résolutions sui-
vantes relatives à la nomenclature :
I. La priorité des genres el des espèces datera de l’année 1152,
resp. 17153.
Il. Les Nomina nüuda et seminuda seront rejetés, des figures
données sans diagnose ne pourront fonder la priorité d’un
nom de genre.
III. Les noms degenre semblables entre eux seront conservés,
quand même ils ne se distinguent que par la désinence.
IV. Tels genres, ou grands ou généralement connus, conser-
veront leurs noms, qui, à la rigueur, seraient à rejeter. Ajou-
tez que, pour quelques-uns de ces genres, la nécessité de chan-
ger, en vertu de la priorité, les dénominations acceptées jus-
qu'à présent, n’est pas hors de doute.
M. Alph. de Candolle accepte ces propositions dans un®
lettre explicative publiée par le Bulletin.
Dans des recherches sur la destruction du Champignon para-
sile produisant la molle, maladie du champignon de couche,
MM. Constantin et Dufour sont arrivés, après des essais por-
tant sur une centaine de cultures, à cette conclusion que l’a-
cide sulfureux exerce un effet destructeur très énergique sur
les spores du parasile. En conséquence ils recommandent le
traitement par l’acide sulfureux qui est facilement applicable
dans les carrières, n’exige qu’une interruption de quarante-huit
heures dans la culture et n’occasionne qu’une faible dépense.
G. CraAuvreauD.
LES PTÉROPHORES
Les Ptérophores sont de petits Lépidoptères aux cou-
leurs assez ternes et généralement dédaignés des collec-
tionneurs, qui se différencient des autres membres de
la famille par un caractère singulier (fig. 1) : les ailes
inférieures, au lieu d’être plus ou moins arrondies, sont
découpées profondément en trois parties, recouvertes de
petites écailles et munies de très longs poils qui leur
donnert l’aspect de plumes, dont l’axe est figuré par une
nervure médiane; les ailes supérieures présentent aussi
une forte incision, mais qui ne les entame qu’à moitié,
Les pattes sont extrêmement longues et grêles, ainsi que
les antennes ; le corps est si léger, qu’un Ptérophore peut
se poser sur des fils d’araignée presque invisibles.
281
Dans les bois, vers les mois de février et mars, juin,
juillet, mais surtout en automne (septembre et octobre),
en battant les broussailles, on fait envoler très souvent
le Pterophorus monodactylus L. (P. pterodactylus Hübn.).
Le vol est saccadé et irrégulier. mais peu rapide, et il
Fig. À. — Ptérophores (1. Pterophorus Adactylus; 2. Pt. Ochro-
dactylus ; 3. Pt. Lithoxylodactylus; 4, Pt. Rhododactylus ;
5, Pt. Tesseradactylus; 6. Pt. Acanthodactylus; 7. Pt. Didac-
tylus; 8. Pt. Actodactylus;9. Pt. Calodactylus ; 10. Pt. Phæo-
dactylus).
n’est pas fort difficile de le suivre de l'œil, d'autant plus
que le Ptérophore en question ne franchit pas un grand
espace ; mais, lorsqu'il se pose à nouveau, il est presque
impossible de le retrouver, quelquefois même lorsqu'on
a les yeux dessus ; c’est que le Papillon a complètement
changé d’aspect (fig. 2); ses ailes inférieures et supé-
rieures se sont repliées exactement comme un éventail
qui se ferme, en formant une ligne perpendiculaire à
l’axe du corps (on dit que c’est à cette particularité que
fait allusion le terme spécifique monodactylus), Dans cette
position, le papillon ressemble d’une facon frappante à
un débris végétal quelconque, nervure de feuille, aiguille
de pin desséchée, etc., accrochée par hasard aux objets
LE NATURALISTE
avoisinants; ses couleurs ternes, grisätres, brunâtres,
tachetées de blanc, aident encore à l’illusion, Il est diffi-
cile de s’en rendre bien compte en regardant une figure,
même aussi exacte que possible, qui est forcément dé-
pourvue de l'entourage; mais quand on cherche des Pté-
Fig. B. — Pterophores (1. Pterophorus Mictodactylus; 2: Pt
Pterodactylus; 3. Pt. Ptilodactylus; 4 Pt. Zophodactyluss
5. Pt. Xanthodactylus; 6. Pt. Tetradactylus; 7. Pt, Galactor
dactylus ; 8. Pt. Pentadactylus; 9. Pt. Spilodactylus ; 10. 0#
neodes Hexadactylus. :
rophores dans un bois, à moins d’être prévenu et d’avoi
regardé l'endroit précis où s’est posé l’animal, il est pour
ainsi dire impossible de le retrouver. C’est encore uw}
cas de ce moyen de défense particulier que j'ai appel
l’homochromie avec le milieu (couleur protectrice des
glais et des allemands), moyen défensif qui se prése
très souvent chez les Papillons (1), L’automne esta
24 2
(1} Voir dans le Nafuraliste mon article sur les moyen
défense des Arthropodes, numéros 71 et 72, 1890 ; Plateau
ressemblance protectrice chez les Lépidoptères européens; au
méro 412, 1891; Cuénot, Les moyens de défense de quelques
Lépidoptères nocturnes.
Lo”
y n
e L E
NATURALISTE
285
saison particulièrement favorable aux Ptérophores mo-
nodactyles, puisqu'ils peuvent se dissimuler plus fa-
cilement au milieu des débris végétaux si nombreux à
cette époque.
Taylor et après lui Plateau qui ont parlé des moyens
“défensifs des Pterophorus pentadactylus et monodactylus,
“trouvent que ces animaux, lorsqu'ils volent, ressemblent
à des akènes de Composées emportés parle vent; j'avoue
Wavoir jamais été frappé de cette ressemblance, au
moins pour les espèces que j'ai vues ; d'autant plus que
dans les bois les akènes de Composées n’ont pas préci-
| émet l’occasion de voler. Je crois que cette ressem-
“lance, si elleexiste, est toute fortuite et sans significa-
_ tion; on pourrait dire, bien plus justement, que le
Ptérophore au vol rappelle tout à fait une Tipule (Dip-
mère), mais je crois encore que c’est là une pure coïnci-
dence mécanique.
l’homochromie n’est d’ailleurs pas le seul moyen dé-
les” si longues et si grêles, celles-ci se détachent
spontanément et restent dans la main, tandis que le pa-
pillon délivré par ce moyen héroïque s’enfuit au plus
“vite (1). C’est un cas d’autotomie évasive, tout à fait com-
“de leur fragilité, mais par une contraction musculaire
flexe qui amène leur rupture.
mOn voit que les Ptérophores, assez insignifiants d’ap-
“parence, offrent cependant quelque intérêt lorsqu'on les
“éxamine au point de vue biologique.
Ds
L. Cuévor.
LIVRES NOUVEAUX
“inuel pratique des cultures tropicales el des plantations
des pays chauds (2), par P. Sagot, ouvrage publié après sa
“mort et complété par M. E. Raoul.
Nos colons sont toujours fort embarrassés lorsque, désireux
de-rompre avec la vieille routine, ils cherchent des renseigne-
ents sur les exploitations qu'ils pourraient utilement entre-
endre; ils ne savent où puiser le moindre document et sou-
ent, sinon toujours, après avoir fait quelques expériences in-
tueuses, ils se découragent, abandonnent la place, ou font
à qu'ont fait leurs prédécesseurs, végétent, ne pouvant faire
eux.
“De là le peu de succés de nos colonies.
L'ouvrage que vient de publier M. Raoul, qui a repris tous
ocuments réunis pendant bien longtemps par le regretté
ot et y a ajouté de très nombreuses observations qu'il a
tés sur place, dans les voyages qu’il à faits dans toutes
colonies françaises, est appelé, à notre avis, à rendre des
…rvices incalculables à nos colons, en les renseignant pré-
| sur ce qu'ils peuvent faire pour tirer parti du sol,
“Qui ne demande qu’à produire. ‘
Bon nombre des cultures qui, autrefois, faisaient la richesse
| A contrées tropicales comme la vanille, la canne à sucre, ont
“été plus ou moins remplacées par des produits que le vieux
Monde a su obtenir à des prix moindres, De là des ruines
énormes, qui n’ont pu étre évitées, parce que nos colons n'a-
aient pas de renseignements sur les plantes nouvelles capables
de remplacer celles dont les produits étaient devenus ruineux
à obtenir.
Dans tous les pays, l'ouvrage qui vient d’être publié est ap-
pelé à rendre des services immenses; il sera, pour tous ceux
(1) Signalé par Fredericq, Revue scientifique, t. 39, 1887.
“(2) Un fort volume de 780 pages, avec une préface de
M. Maxime Coenu. Prix : 12 fr., et 12 fr. 85, franco (aux bureaux
du journal). ‘
de nos colons qui le connaïtront, un guide précieux auquel ils
devront le bien-être et peut-être la fortune; il fera plus pour
Paccroissement de linfluence francaise que les plus grandes
expéditions, parce qu'il permettra à nos courageux compa-
triotes, qui vont dans les colonies chercher un champ vaste et
nouveau pour y utiliser leur intelligence et leurs capitaux,
d'éviter les mécomptes de tentatives aléatoires qui peuvent les
décourager, et les renscignera sur le meilleur parti à tirer des
contrées qu’ils vont habiter, mettant à leur service les expé-
riences faites par leurs devanciers:
Semblable ouvrage ne saurait être trop tôt répandu; nous
voudrions même que, sans tarder, le ministère des colonies en
envoyât un certain nombre dans chaque station française, afin
qu’ils puissent être consultés sans tarder par nos compa-
triotes.
ACADÉMIE DES SCIENCES
Séance du 34 octobre. — M. Milne-Edwards présente
une note de M. Edm. Perrier sur la morphologie du squelette
des Etoiles de mer. Dans cette étude, le savant professeur du
Muséum examine les différentes modification des pièces squelet-
tiques des bras et du disque dans les cinq ordres d’Etoiles de
mer (Forcipulata, Spinulosa, Velata, Paxillosa, Valvata).
M. Duchartre présente une note de M. Léon Guwignard sur l’ap-
pareil sécréteur des Copaifera. Cet appareil existe sous des
formes différentes, dans la racine, la tige et les feuilles et, de
plus, leur origine est toute différente de celle des laticiféres.
M. Duchartre présente une note de Ant. Magnin sur la sexua-
lité et la castration parasitaire, et sur le développement de
l’'Ustilago antherarum, dans les rudiments staminaux des diffé-
rents Lychnis, et de l'Ustago Vaillantü, dans les étamines
athrophiées du Muscari camosum. M. Fouqué présente une note
de M. J. Seunes sur le Dévonien et le permocarbonifère de la
haute vallée d’Aspe. La succession de ces terrains paléozoïques
est la suivante : Permien, Houiller, Anthracifère, Framien,
Cifélien, Coblentzien. M. Milne-Edwards présente une note de
M. le commandant Bienaimé, sur le voyage du transport-aviso
la Manche en Islande, à Jan-Mayen et au Spitzberg. Les résul-
tats de cette expédition au point de vue de l’histoire naturelle
sont des plus intéressants surtout pour ce qui concerne la
Botanique cryptogamique.
Séance du 7 nouvembre. — M. Milne-Edwards présente
une note de M. J.-A. Cordier sur l'anatomie comparée du
feuillet et de la caïllette dans la série des Ruminants. Dans
cette étude, l’auteur montre par quelles séries de transfor-
mations l’estomac intestiniforme des Caméliens, passe à la
forme compliquée des Bovidés, en passant par celles que pré-
sentent les Tragules, les Cervidés, les Antilopidés et les Ovidés,
M. de Lacaze-Duthiers présente une note de M. E. Hecht sur
quelques moyens de défense des Eolidiens. Les papilles qui
couvrent ces Nudibranches, portent à leur extrémité des sacs
cnidophores qui renferment des nématocystes. Ces sacs cnido-
phores communiquent avec le sommet des cœcums hépatiquss
correspondants. Une seule espèce d'Eolidien, le Calma glau-
coïdes est dépourvu de sac cnidophore. M. 4. Gaudry présente
une note de MM. P. Fischer et D. P. Ahlert sur l’évolution de
l'appareil brachial de quelques Brachiopodes. Les recherches
des auteurs ont porté sur des échantillons dragués près de la
Terre de Feu par la Romanche. Leurs conclusions sont : 1° que
les Terebratella sont des formes arrêtées avant.leur complète
évolution; 20 que les Magellania forment un type définitif com-
prenant deux groupes, l’un constitué par des espèces boréales,
l’autre par des espèces australes,
A. T. Mazaro.
CHRONIQUE
Muséum d'histoire naturelle.
Cours de Zoologie. — M. Léon Vaillant, professeur, ou-
vrira ce cours le jeudi, 1er décembre 1892, à une heure, dans
l’'amphithéâtre du rez-de-chaussée des galeries de Zoologie et
286
le continuera à la mème heure les samedis, mardis et jeudis
suivants. Le professeur traitera de l’organisation, de la phy-
siologie et de la classification des Poissons (Ile partie du cours)
tant de l’époque actuelle que fossile. Il étudiera plus particu-
lièrement les Acanthoptérigiens dits Pharyngognathes (Labres,
Scares, etc.), en insistant sur la répartition géographique des
espèces, leur utilité dans l’économie GORE dans l’in-
dustrie, etc.
Cours de Botanique. — M. P.-H. Van Tieghem, ‘professeur,
commencera son cours le samedi, 3 déeubre 1892, à huit
heures et demie du matin, dans l’amphitéâtre de la galerie de
Minéralogie, et le continuera les mardi, jeudi et samedi de
chaque semaine à la même ‘heure. Le professeur exposcra la
Morphologie, la Physiologie et la classification des Cham-
pignons. Il insistera sur les espèces vulgaires, utiles ou
nuisibles. ;
Cours d'Entomologie. — M. Emile Blanchard, professeur,
commencé son cours le mercredi, 30 novembre 1892, à une
heure, dans la nouvelle galerie de Zoologie ; il le continuera
les lundis, mercredis et vendredis suivants, à la même heure.
Le professeur traitera des caractères zoologiques, de l’orga-
nisation, des métamorphoses et des mœurs des Insectes, des
Arachnides et des crustacés. Dans la première partie du cours
il exposera comment la science s’est constituée.»
Exploration Foa. — M. Edouard Foa continue son explo-
ration des territoires au Nord du Zambèze, depuis le 31e degré
longitude jusqu’ au 33e. Il à longtemps séjourné chez les Agoas,
indigènes noirs qui sont encore à l'état primitif. Vêtus de
peaux de bêtes, armés d’arcs, de flèches et de sagaies, ils sont
toujours en guerre avec leurs voisins ; le pillage, le vol, le
meurtre sont leur pratique constante. Ils vivent de racines.
Le préhistorique dans le Gers. — Jusqu’à ce jour, ce
* département n’avait pas donné d’objets préhistoriques, per-
sonne n’y ayant fait de recherches sérieuses. MM. Daiïignetor
et Longe apportent une riche collection de haches de pierre
polie et simplement taillées dont les unes ont la forme de
l'instrument chelléen. Il en est destrès grandes et très grossiè-
rement faites. Toutes ont été trouvées à la surface du sol, et
portent la marque spéciale laissée par les instruments de fer
qui ont labouré ou remué la terre. (Revue d’anthr'opologie.)
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LE NATURALISTE
214.
245.
716.
24%.
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Hystrix, ein Glutinbildner ?
Archiv für Mikrosk. Anal. 1892, PP. 320-324.
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The Ibis. 1892, pp. 530-533.
nebst Beobachtungen an andern Schwammlarven:
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Mittheil. Zool. Stal. zu Neapel. 1892, pp. 408-440.
Miltheil. Zool. Stat. zu Neapel. 1892, pp. 505-518.
Hämatein-Thonerde. |
Miltheil. Zool. Stat. zu Neapel. 1892, pp. 480-504. |
von Kaiser Wilhelms- Land. |
Journ. für Ornithol. 1892, pp. 254-265. |
Minchin, E.-A. Notes on the Cuvierian Organs of Ho®
lothuria nigra. PI. XVII.
Ann. Mag. Nat. Hist. 1892, pp. 273-283.
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des Dammes beim Menschen. PI. XV. 3
Archiv für Mikrosk. Anat. 1892, pp. 264-286.
Pocock, R.-J. Liphistius and its bearing upon thé
Classification of Spiders.
Ann. Mag. Nat. Hist. 1892, pp. 306-314.
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colare nei Selacei. PI. XXIX-XXXI.
Mittheil. Zool. Stat. zu Neapel. 1892, pp. 441-479.
Reichenow, Ant. Zur. Vogelfauna von Togoland
Nachtrag.
Journ. fir Ornithol. 1892, pp. 233-235.
Samassa, Paul. Zur Histologie der Ctenophoren
PI. VILI-XII.
Archiv für Mikrosk. Anal. 1892, pp.157-242.
À
dula carotica. Pl. XVI-XVII.
Archiv für Mikrosk. Anat. 1892, pp. 281-319.
:
|
à
}
Journ. für Ornithol. 1892, pp. 213-214. 4
ved in the Vicinity of Foochow and Swatow in Soi L
eastern China. PI. XII. L
The Ibis. 1892, pp. 471-503.
Tristram, H.-B. Note on Nestor norfolcensis, Pelz,
The Ibis. 1892, pp. 557-558.
G. MALLOIZEL: ‘à
Le Gérant: Émize DEYROLLE.
PARIS. — IMPR. F, LEVÉ, RUE CASSETTE, 11.
…. 14° ANNÉE 2e SÉRIE
15 DÉCEMBRE 1892
N° 139
LE PAPILIO ARTIMACHUS
M. J. Dybowski, l’intrépide voyageur chargé, en 1891,
par le gouvernement, d'aller renforcer la mission Cram-
pel, qui a été si malheureusement massacrée, rapporta
du Congo une série de Lépidoptères parmi lesquels le
Papilio Antimachus attire surtout l'attention. C’est le
géant du genre en Afrique car il atteint plus de vingt
centimètres d'envergure. Sa dimension et sa forme
oblongue le rapprochent plutôt des Ornithoptera que des
Papilio; mais son aspect général, avec la disposilion de
ses taches noires sur un fond fauve, le place dans le voi-
PAPILIO ANTIMACHUS femelle, grandeur naturelle :
de.
“Sinage des Pap. Leonidas et P. Ridleyanus également
africains. D’après M. J. Dybowski, la couleur de cette es-
pèce se modifierait d’une facon sensible après sa dessic-
Don. Les tons fauves seraient généralement plus clairs
ant la vie et les teintes du dessous des ailes chan-
éraient davantage encore. Malheureusement, le savant
explorateur Wa pas eu le loisir de prendre un croquis à
laquarelle de l’animal à l’état vivant.
1 Ce superbe papillon se trouve dans l’Afrique occiden-
“le : Gabon, Congo, Ogooué, etc. Quoique anciennement
connue, puisque Drury l’a décrite en 1782, comme ve-
nant. de Sierra-Leone, cette espèce a été, jusqu'en ces
dernières années, une très grande rareté entomologique.
En.1878, on demandait mille francs d'un exemplaire
bien pur, et l’un de nos meilleurs lépidoptéristes icono-
graphes et descripteurs, feu Hewitson, racontait que,
quelques années auparavant, il envoya un chasseur à
Fernando-Po dans le but d'obtenir principalement cet
insecte qui manquait à sa riche collection. Ce voyageur
naturaliste ne lui fit que deux envois contenant chacun
"| un bel exemplaire de P. Antimachus et des Lépidoptères
| communs absolument sans valeur, Par conséquent, ces
LE NATURALISTE, 46, rue du Bac, Paris
individus lui sont revenus à quatre mille francs la pièce,
huit mille francs ayant été employés pour l’accomplisse-
ment de ce voyage.
Cette espèce, d’après les renseignements des voya-
seurs, paraît depuis octobre jusqu'en avril; elle fré-
quente le bord des rivières et de la mer où elle se
pose sur le. sable et la vase. Son vol est lent d’après
M. J. Dybowski.
Jusqu'ici, le mâle seul était connu; la femelle vient
d’être décrite sur un seul individu, provenant du Gabon,
par William Watkins. Nous reproduisons les figures ci-
contre d’après The Entomologist's Monthly Magazine (4).
Elle diffère du mäle par sa taille moindre d’un quart
À, aïle de mâle; B, sewment terminal de l’abdomen du mäle; C, segment
terminal de l’abdomen de la femelle.
environ, par ses ailes supérieures plus arrondies et
moins allongées et par le fond général des ailes qui est
moins garni d’écailles, ce qui le rend plus diaphane.
L'auteur fait remarquer que l’extrémité anale des mâles
est pourvue de pinces cornées tandis que celle de la fe-
melle est simple et fortement pubescente comme chezle
genre Ornithoptera.
Ce sujet, précieux au dernier point, fait partie de la
belle collection de M. Herbert J. Adams de Enfield.
G. A. POUJADE.
VENTE PUBILIQUE
DES COLLECTIONS DE FEU EUDEL
PTÉROPODES, COQUILLES, ETHNOGRAPHIE
Du 23 au 26 jaavier prochain aura lieu à Paris la vente aux
enchères publiques des remarquables collections de feu Eudel,
collections remarquables au double point de vue de la valeur
et de la quantité.
(4; The Entomologisls Monthly Magazine, n° 337, June 1892
p.162 et n°338, p. 189. PI. V.
288 LE NATURALISTE
La collection de Ptéropodes est certainement unique : non
seulement elle est fort importante comme nombre d’espèces et
d'exemplaires, mais elle présente un intérêt scientifique fort ap-
préciable, parce que M. E. Eudel a récolté lui-même tous les
exemplaires, qu’il a noté jour par jour la localité où chaque
sujet a été pris et toutes les circonstances particulières à la
pêche; un monographe trouvera là des matériaux d’une très
grande valeur par leur exactitude.
Dans un résumé écrit par M. E. Eudel nous relevons que sa
collection comporte 151,314 EXEMPLAIRES qui lui ont demandé
514 Nurrs DE PÈCHE ; elle est enfermée dans 534 tubes en verre
grands ou petits, ce qui les a tenus à l’abri de la poussière et
de toute détérioration, tous sont d’une fraîcheur parfaite et
d’une conservation irréprochable. Les déterminations ont la
rectitude que donne un spécialiste fanatique de cette étude.
Dédoubler cette collection ce serait lui ôter un très grand
intérêt scientifique, car chaque espèce est représentée par un
nombre considérable de localités et il est important de con-
server cet ensemble au complet, tel qu’il en démontre la dis-
persion de chaque espèce dansles différentes mers parcourues
par ce navigateur. Cette collection sera donc vendue en un
seul lot, à moins d’avis unanime contraire de la part des ache-
teurs.
Les doubles de la collection de Pitéropodes sont compris dans
un grand nombre de boîtes et de tubes ; là il y a peut-être plus
encore d'exemplaires, ils n’ont pas été comptés, mais tous sont
étiquetés comme date et localité, ce qui est lepoint important,
ils seront vendus par lots.
Les personnes désireuses d’examiner cette collection avant
la vente pourront la voir tous les jours, chez M. Emile Deyrolle,
expert naturaliste, 46, rue du Bac.
La collection de coquilles est également remarquable par le
nombre considérable d'exemplaires et par leur fraicheur sauf
quelques rares exceptions ; auteur ayant récolté lui-même toute
sa collection, il lui était facile de faire une sélection de tout ce
qui n'était pas frais et intact.
Les collections d’ethnographie sont aussi fort intéressantes ;
feu Eudel se trouvait, grâce à ses nombreuses explorations,
dans des conditions particulièrement avantageuses bien authen-
tiques.
Le catalogue de cette vente sera adressé sur demande faite à
l'Expert, M. Emile Deyrolle, naturaliste, 46, rue du Bac, Paris.
La vente aura lieu les 23, 24, 25 et 26 janvier à l'Hôtel des
Commissaires priseurs, salle n° 8, rue Drouot, par le ministère
de M° Léon Tual, commissaire priseur, assisté de M. Emile
Deyrolle, arbitre-expert, 46, rue du Bac, Paris.
Ovula tuberculosa des Sables. du Soissonnais
Les sables du Soissonnais ou de la glauconie moyenne
dont les affleurements sont si importants au nord-est du
bassin parisien sont remarquables par le grand nombre
de gisements fossilifères qu’on y trouve. Il est en effet
peu de points où ces sables soient complètement dé-
pourvus de fossiles et principalement de ce petit Fora-
minifère : nummulites planulata, qui devient même sou-
vent si abondant que la roche parait en être entièrement
formée; aussi, est-ce très justement que cet étage est
souvent désigné par le nom de sables nummulitiques,
Parmi les gisements les plus célèbres et les plus
riches, non seulement en individus, mais encore en es-
pèces, il faut citer, après Le célèbre trou du Han près de
Cuise-Lamotte dans la forêt de Compiègne, de nombreux
trous dans les ravins secondaires de la vallée de l’Aisne
en amont et en aval de Soissons; Bourguignon, près de
Mons-en-Laonnoiïs ; Margival, dans la même région; Cin-
queux, près de Liancourt; etc. Une énumération de tous
les points de ce niveau, capables de retenir les amateurs
de coquilles, serait interminable,
Malheureusement, si les fossiles sont abondants dans
les couches sableuses de Ja glauconie moyenne, il arrive
fréquemment que les coquilles se présentent dans un tel
5
état de fragilité qu’il est impossible de les emporter sans
les briser; certaines espèces sont particulièrement alté-
rées; c'est le cas des rurtitelles qu’on voit en si grand
XL be
Ovula tuberculosa. |
nombre un peu partout; il est extrêmement rare de
trouver un exemplaire complet, la bouche manque |
presque toujours. à |
Les sables nummulitiques qui affleurent sur la rive
7 Léa se
Ovula tubcrculosa,
LE NATURALISTE
gauche de l'Oise aux environs de Creil y sont comme par-
… tout très fossilifères, mais les sablières des environs de
cette ville donnent précisément des coquilles en assez
mauvais état de conservation. Dans la ville même, plu-
sieurs coupes sont très intéressantes à observer, mais
outre les nummulites, toujours innombrables, on ne
trouve guère en abondance que des fragments de rurti-
telles, de crassatelles et de néritines.
Si on remonte la route qui longe la rivière en allant à
Pont-Sainte-Maxence, on passe devant plusieurs escarpe-
ments qui laissent voir les sables de ce niveau, mais ils
“…ne présentent pas là d'intérêt particulier ; cependant,
près du village de Verneuil, connu pour l’abondance des
rognons tuberculeux ou têtes de chats et des sables ma-
gnésiens, il existe une petite sablière qui a donné l’an-
née dernière un exemplaire d'une coquille très connue
mais qu'il est rare de trouver dans un parfait état de
conservation, lOvula tuberculosa. Cette coquille, qui a
dixcentimètres de longueur, n’a aucune fracture, il a
suffi d’un peu de soin dans le nettoyage pour la mettre
en état de figurer dignement dans la collection géolo-
gique du Muséun d'histoire naturelle où les amateurs
pourront désormais l’examiner.
Jai pensé qu'il serait intéressant d’en donner ici la fi-
… gure en grandeur naturelle.
(Ce curieux échantillon a été trouvé à la base de
— l'exploitation de sable, presque au niveau de l'Oise.
Le même gisement a fourni, outre un nombre consi-
—“dérable de : Nummulites planulata, Turritella hybrida,
NT. edita, Cyrena gravesi, Ostrea multicostata, Nerita co-
“noidea, Cerithium papale, Cardium porulosum. etc.
« Henri BoursauLr.
: SOCIÈTÉ DE BIOLOGIE
— Séance du 5 novembre, — Les observations du Dr Ma-
“nucl Leven lui font reconnaître trois phases dans la dyspepsie :
une phase stomacale, une phase intestinale, la troisième œæso-
| ÈS La maladie n’est donc pas localisée à l’estomac. —
… E: Gley a fait sur des chiens des expériences relatives à
{importance de la fonction digestive du pancréas, expériences
“digestives de l’intestin n’est pas toujours eftectif. — Les nou-
cles recherches de MM. J. Héricourt et Ch. Richet démon-
“irent que le singe est rebelle à la tuberculose aviaire. Les
èmes cultures de tuberculose aviaire qui servaient à inoculer
les singes, donnaient la mort aux lapins et aux chiens. —
M. le DA. Henocque étudie la quantité d'oxyhémoglobine du
“sang par le procédé de l’analyseur chromatique. — M. Marot
“étudie un Streptocoque de la bouche, M. Jacques Passy pré-
sente une méthode d'analyse des odeurs complexes, M. Charrin
signale de nouvelles conditions de distributions des microbes
cyaniques.
— Séance du 12 novembre. — M. le Dr Depoux, M. Brown-
Ÿ équard font des communications et des remarques sur les
résultats obtenus par les injections sous-cutanées des liquides
physiologiques dans les cas d’ataxie locomotrice. — M. le
D Ouspenski a étudié les effets d’une méthode analogue pour
le traitement du choléra asiatique. — M. Laveran étudie les
hématozoaires des fiévres palustres, il admet le polymorphisme
duwparasite et explique ainsi les aspects désignés sous le nom
de corps sphériques et de corps en croissants. — Un mémoire
rédigé à la suite des travaux de MM. d'Amore, C. Falcone et
| B:Maramaldi rend compte des effets toxiques constatées par
' Pingestion de l’oxyde de zinc et des altérations produites dans
| IeStissus à la suite de cette intoxication. — M. Abelous rend
compte de ses expériences sur la greffe des capsules surrénales
- chez la grenouille. — MM. Féré, Batigne et Ouvry ont étudié
là sensation de pression chez les épileptiques. — M. Alfred
Gird fait de très intéressantes remarques sur l’étiologie des
ont il semble résulter que le rôle compensateur des glandes |
289
truites de mer ct démontre l’inanité de l'hypothèse d’après la-
quelle la truite de mer serait originairement un métis dé
saumon et de truites de ruisseau. La truite de mer s’éloigne
peu de la côte. — MM. Doléris et Bourges font des recherches
bactériologiques dont les conclusions ont trait à l’opportunité
de l’intervention chirurgicale dans les inflammations pelviennes.
— MM. Charrin et Roger, M. Mallassez communiquent le ré-
sultat d'expériences relatives à la tuberculose. — M. Loisel
étudie les muscles de la radula chez les Hélix. — M. de Va-
rigny rend compte d'observations sur le rythme respiratoire
de quelques poissons.
Remy Santr-Lour.
LE GAMBIR
Uncaria de « uncus », crochet, allusion aux pédoncules.
Gambu:, nom malais.
Patrie — Indes orientales spécialement les îles Nériles
Hollandaises entre Singapore et Sumatra.
Uncaria Gambir est une plante grimpante d'environ
3 mètres de hauteur; les feuilles ovales, lancéolées,
opposées, fleurs roses, en forme d’entonnoir, fruit un-
céolé, graines petites, ailées aux deux extrémités.
Le Gambir, rameau et fleur.
Dans la culture les branches sont pliées en arrière afin
que les feuilles soient produites en abondance,
Bien que cette plante fût connue, sans doute, chez les
anciens de l’Asie du Sud et de l'Est, elle n’était pas vue
290
dans l’Europe avant le xiv® siècle, quand les Portugais
l'apportaient de l’Inde orientale, — Rumphius qui con-
naît l’'Uncaria Gambir sous le nom de Tunis uncatus, dit
que cette plante est nommée chez les Malais Daun Gatta
Gambir, mais n’était pas employée pour la fabrication du
Gambir, F. Lüchiger suppose que Gatta Gambir est iden-
tique avec Katta Kamba, le Catechu dans la langue tamil
et que le Gambir n’était pas distingué jadis du catechu.
Les premiers détails du Gambir nous viennent de Cou-
penes (1780)et en 1807 de William Hunter, qui donne une
description de la plante et l'usage de la drogue. L’in-
dustrie du Gambir se maintient à Singapore jusqu’en
1819. Les Chinois ‘ont ravi l’industrie des Malais. L’im-
portation dans l’Angleterre était, en 1836, 970 tonneaux,
en 1839 de 5,213 tonneaux.
L'officinal est l'extrait épaissi des feuilles : Gambir Ca-
techu (Catechu pallidum, Extractum Uncariæ, Gutta Gambir,
Katagamba, Terra japonica).
Les feuilles et les jeunes pousses des plantes d'environ
143 mois sont récoltés 3-4 fois l’année, puis bouillies dans
des poêles plates d'environ { mêtre de diamètre. Sur cette
poêle est collé avec de la glaise un cylindre d’écorce,
couvert aussi extérieurement avec de la glaise; si l’eau
est bouillante, le cylindre est rempli de feuilles qui sont
bouillies pendant une heure, et elles sont alors pressu-
rées contre l'écorce. Les feuilles sont bouillies une se-
conde fois et pressurées de nouveau. Le contenu de la
poêle est évaporé jusqu’à l'épaisseur de sirop; après
cela la masse est puisée dans des seaux, refroidie et
versée dans des bacs plats et coupée en pièces en forme
de dés, d'environ 3 centimètres d'épaisseur et séchées
à l’ombre. Ces dés sont faciles à concasser, d'une cou-
leur rouge brunâtre d’une surface grenue, intérieur
d’une couleur jaune clair sans odeur, d’un goût astrin-
gent, amer, ensuite douceâtre. Les meilleures sortes parai-
tront cristallines sous le microscope, sont vues aux mar-
chés comme petites pièces; à Singapore le Gambir pa-
raît aussi en blocs de dimensions considérables.
Après le Professeur F. Lüciger une plantation de 7 à
8,000 plantes peut produire 3,020 kilogrammes par jour.
Les plantations sont abandonnées après une culture de
2 à 15 années à cause de l’épuisement du terrain et des
mauvaises herbes. En 1870 sont exportés de Singapore
pour Londres 2,700 tonneaux de gambir en forme de dés
et plus de 50,000 tonneaux en forme de bloc. —L’usage
est principalement dans la teinturerie et la tannerie.
BuYsMan.
BOULES EN NAPHTALINE MONTÉES SUR ÉPINGLE
Pour la préservation des collections
entomologiques
La conservation des collections d'insectes, Coléoptères,
papillons ou autres, est toujours une question impor-
tante. Un grand nombre de produits et de procédés sont
employés, les uns préfèrent l’acide phénique en dissolu-
tion dans la benzine, d’autres l’essence de mirbañe,
d’autres encore l'essence de serpolet, La naphtaline jouit
d’une bonne réputation; ce produit se recommande par
son évaporation très lente, mais constante, et par la
répulsion que les insectes destructeurs manifestent pour
celle odeur. Malheureusement la naphtaline, jusqu'à ce
LE NATURALISTE
Jour, n'élait pas d’un emploi pratique; il fallait, en effet, .
mettre dans le coin des boîtes ou des cadres de petits -
tubes à fond plat, fixés par des épingles, puis déposer.
dans ces tubes de la naphtaline en paillettes. Ce dispo-
Boule en naphtaline montée sur épingle, pour piquer dans les
cadres ou cartons d’insectes, pour la préservation des col-
lections entomologiques (grandeur naturelle).
sitif manquait évidemment de solidité ; au moindre choc, .
les tubes peuvent sortir de leur demeure et occasionner .
dans les boîtes de grands ravages; ce grave inconvénient
à fait souvent rejeter la naphtaline comme produit pré-
servateur. è
La maison Émile Deyrolle, de Paris, vient de fabriquer
des boules en naphtaline montées sur épingle (1) et
pouvant se fixer, à l’aide de celte épingle, dans les.
cadres ou cartons d'insectes, avec autant de facilité
qu'on pique un insecte. Ces boules en naphtaline sont
faites au moule et l’épingle se trouve retenue entre les“
deux parties de la boule. Ce procédé est éminemment
pratique et sera certainement adopté par les entomolo- «
gistes; de plus, le prix de ces boules est des plus mo-
diques : 5 centimes pièce. Voilà plus d’une année que
nous avons expérimenté ces boules, et les résultats.
obtenus sont des plus satisfaisants ; nous sommes heu-
reux de pouvoir en faire part au monde entomologiste..
P. G.
LES AMANITES OU ORONGES
De tous les champignons qui sont entrés dans la con-"
sommation, le meilleur est sans le moindre doute l'O“
ronge vraie, l’'Amanita cæsarea Fr., si estimée des Anciens
qu'ils l'avaient appelée le mets des dieux, L'empereur
Claude affectionnait particulièrement l'Oronge, aussi
est-ce avec un plat d’'Oronges empoisonnées qu'Agrip=M
pine se débarrassa de cet époux qui n'était pourtant pass
bien génant. C’est, au rapport de tous les connaisseurs,
le plus délicat, le meilleur et le plus fin des champi
gnons qu'on connaisse, À Paris, on le voit peu, par
l'excellente raison qu’il est excessivement rare dans les"
bois de la région parisienne : il abonde au contraire
dans le Limousin et dans le Midi de la France où on le.
recueille en été et au commencement de l’automne. Les
noms vulgaires ne lui ont pas été épargnés, ainsi qu'on
peut le voir par la liste suivante : Oronge vraie, jau
d'œuf, Cadran, Dorade, Campagnol, Jazeran, lrandja, Ounés
gal, Doumergal, Roumanel, Dorgne, Chogeran, Mugolo;
Jaone d’iou lrandja.
Sous sa forme typique, l’'Oronge vraie est caractéris
par un chapeau d’abord arrondi puis convexe et plan,
biculaire, à bords recourbés en dessous, nu, luisant, d'une
(1) Boules en naphtaline montées sur épingle, 5 cen
pièce. En vente chez Emile Deyrolle, naturaliste, 46, rue
Bac, Paris.
#
“nuisibles ou inoffensifs pour l'homme sans qu'il soit
LE
belle couleur jaune orangée plus ou moins foncée; lors
de son entier développement, le diamètre du chapeau
atteint facilement de 10 à 14 centimètres: les feuillets
épais, un peu frangés sur les bords, sont d’un beau
Fig. 4. — L'Oronge vraie, Amanita cæsarea.
4 jaune ou de couléur soufre; le pied est plein, spongieux,
—…bulbeux, glâbre, jaune, long de 10 à 15 centimètres; le
: D > 1 Le] 3
collier est large, membraneux, rabattu, persistant et
‘jaune. A sa sortie de terre, l’Oronge est complètement
enveloppée par une vole épaisse, très blanche et persis-
tante; elle a alors la forme d’un œuf.
Le chapeau, comme nous l’avons dit, est générale-
— ment orangé, mais quelquefois il peut être rouge, jaune
où blanchâtre, La chair est blanche et ferme; l’odeur
nulle, la saveur douce et agréable.
“Mais le genre Oronge, s'il fournit le meilleur des
“champignons, produit aussi de terribles poisons, et,
“chose bizare, certains de ses représentants peuvent être
“bien facile de se rendre compte des conditions qui
‘peuvent influer sur cette anomalie,
— Le type de ces dernières espèces est la fausse Oronge,
VAgaric-tue-Mouche (Amanita muscaria Pers.) une admi-
rable espèce, très abondante à l’automne dans les en-
“droits sombres et humides des bois des environs de Pa-
ris. Rien de plus facile que de la distinguer de l'Oronge
“raie par sa volve non persistante et incomplète; son
collier blanc bordé de jaune ; son chapeau d’un beau
rouge-écarlate luisant parsemé de verrues blanches, an-
guleuses; ses feuillets d’un blanc de neige; son pied
blanc, d’abord plein puis creux, portant à sa base des
écailles qui sont les derniers débris de la volve non
persistante. Quelquefois, le collier et le pied sont jaunes
ou jaunâtres, mais dans ce cas, les verrues du chapeau
présentent la même coloration.
Si l'Oronge vraie est le meilleur des champignons, la
fausse Oronge en est certainement le plus beau. Mais,
NATURALISTE
291
comment expliquer ces propriétés si différentes de la
fausse Oronge suivant les gens et suivant les lieux?Il est
certain que, pour avoir mangé ce champignon, bien des
Fig. 2. —’Agaric-tuc-mouche. Amanita muscaria.
gens ont passé de vie à trépas; il n’est pas moins véri-
dique qu'en certains pays, on le mange impunément,
sans aller plus loin qu’à Fontenay-sous-Bois, ainsi que
j'ai pu m'en assurer ces jours derniers. Malgré la beauté
de ce champignon et son aspect appétissant, je ne me
suis pas laissé tenter et n’ai pu me résigner à consommer
les superbes spécimens que j'avais sous la main. Les
Russes le mangent sans inconvénient et le botaniste pa-
risien Mérat affirme que, vers 1820, les gardes du corps
du roi en mangeaient abondamment sans ressentir le
moindre désagrément.
L’Amanitine, le redoutable poison des Oronges, ne se
développerait-il que dans certaines circonstances, sous
certains climats, sur certains sols ? On serait tenté de le
croire. Quoi qu’it en soit, mangez tant que vous voudrez
— si vous avez le bonheur de la rencontrer — l’Oronge
vraie et rejetez sans pitié, malgré ses formes attrayantes,
la fausse Oronge.
On mange encore quelques autres Oronges telles que
VA, ovoidea commun dans le Midi sous le nom de Boulé,
coucoumelle blanche; VA. coccola à chair blanche égale-
ment ; l’Amanila strobiliformis, magnifique espèce,
blanche dans toutes ses parties, qui abonde dans les bois
secs et calcaires de la Champagne; l'A, rubescens usité
dans l’est de la France; l'A. vaginata du midi de la
France où on le désigne sous le nom de gr'isette.
D'autres espèces sont remarquables par leurs qualités
malfaisantes. Ce sont : A. bulbosa dônt une forme
blanche a été souvent prise pour le champignon de
couche ; l'A: verna ou Oronge Ciguë; VA, virosa; l'A. pan-
therina qui peut être confondue avec l’A.rubescens : VA,
venenosa, etc,
292 LE
Le tableau suivant permettra de les reconnaître :
I° Pied avec un coilier.
A Volve persistante.
+ Chapeau strié sur les bords.
a Feuillets d’un beau jaune.
b Feuillets blancs.
—+-+- Chapeau lisse ou strié quand il est
vieux.
a Pied glabre.
b Pied squameux ou floconneux.
1 Odeur à peu près nulle.
2 Odeur vireuse.
a Chapeau convexe ou déprimé au centre. À. verna Vén.
b Chapeau conique, jamais déprimé au centre. À. vürosa Vén.
B Volve ne laissant après sa chute qu’un rebord au-dessus du
bulbe du pied.
+ Chapeau strié sur les bords
a Chair du chapeau jaune sous l’épiderme. À.muscaria Vén.
b Chair non jaune. A. pantherina Vén.
++ Chapeau non strié sur les bords.
a Feuillets libres à la base.
Com.
Com.
A. Cæsarea
A. coccola
A. bulbosa Vén.
A. ovoidea Com.
A.sthrobiliformis Com.
b Feuillets adhérents À. venenosa Vén.
C. Volve très fugace, laissant seule-
ment des écailles à la base du pied.
—+ Chair blanche rougissant À l'air. A.rubescens Com.
IL Pied nu ou sans collier.
+ Pied fistuleux, À. vaginal Com.
P. Harior.
La Flore de l'Inde dans ses rapports avec la
Flore de France
® Lathyrus sphæricus Retz. Moissons, centre, ouest, midi, Corse.
Provinces du Nord-Ouest, montant du Bundelkund et du
Panjab à 1.600 mêtres dans le Cumaou. — D. Europe,
Abyssinie.
Lathyrus pratensis L. (Paris) prés, bois, haies. — Himalaya
occidental, zône tempérée 1.800 ct 2.400 mètres. — Cache-
mir, Garuhal, Simla. — D. Europe, Abyssinie,
Lathyrus inconspicenes L. Midi, moissons. — Cachemir 1.200 à
1.500 mètres Sindh.
Pisum sativum L. Cultivé dans les provinces du Nord-Ouest.
Pisum arvense L. Cultivé dans les provinces du Nord-Ouest
indigène.
Phascolus vulgaris L. Cultivé universellement on ne sait nulle
part clairement s’il est indigène. — D. Cultivé dans les
régions tempérées et tropicales.
Rosacées
Amygdalus communis {. Cultivé dans les parties les plus
froides de l’Inde.
Persica vulgaris DC. Cultivé dans les parties les plus froides
de l’Inde; dans l'Himalaya du nord-ouest au-dessus de
3.000 mètres.
Cerasus avium L. Cultivé, spontané dans les bois, — Cultivé
dans l'Himalaya au-dessus de 2 400 mètres, le plus souvent
naturalisé.
Cerasus padus DC. (Paris) Bois. — Himalaya tempéré de Mur-
ree 1.800 à 2.800 mètres au Sikkim 2 400 à 3.600 mètres.
Bhoutan. — D. A l'ouest jusqu’en Angleterre et de la Sibé-
rie au Kamtschatka.
Prunus insititia L. (Paris). Bois, haies. — Himalaya tempéré
occidental; cultivé ou indigène du Garrohal au Cachemir
1.500 à 2.000 mètres.
Armeniaca vulgaris T. Cultivé etla plupart du temps natura-
lisé dans le nord-Ouest de l’Inde au-dessus de 3.000 mè-
tres et dans le Thibet,
Spiræa Aruneus L. Montagnes. — Région tempérée de l’Hi-
maäalaya central et occidental de Sirmore 3.000 mêtres au
Népal. — D. De l’Europe occidentale au Kamtschatka,
Mandchourie, Japon, est et nord-ouest de l’Amérique.
Rubus saxatilis L. Lieux pierreux, montagnes du Jura, de la
Côte-d'Or, du Centre, Alpes, Pyrénées. — Région tempé-
rée de l'Himalaya occidental, dans la région thibétaine du
Cachemir ou Cumaou 3.000 à 3.300 mètres. Thibet occi-
dental 3.000 mètres. D. Caucase ct a l’ouest jusqu'à
l'Atlantique, Sibérie,
NAPURALISTE
nm \ L. UF Dee 1 lu PSE TE NOR PRE ES
al &r TERRE
Rubus fruticosus L. (Paris). Bois. — Région RE de l'Hi-
malaya occidental 900 à 2.100 mètres. — D. Afghanistan
et à l’ouest jusqu’à l'Atlantique.
Geum urbanum L. (Paris). Bois. — Région tempérée de
l'Himalaya occidental 1.800 à 3.300 mètres de Murree au
Cumaou. — D. Sibérie et à l’ouest jusque dans l’Atlan-
tique. ;
Fragoria vesca L. (Paris). Bois, haies, moissons. — Himalaya
temnéré de Murree au Cachemir 1.500 à 3.000 mètres;
Sikkim 1.800 à 3.900 mètres. — D. Afghanistan, Java,
nord de la zone tempérée.
Variété : nubicola.
Potentilla fruticosa L. Pyrénées. — Himalaya tempéré et
subalpin, du Cachemir 2.400 à 3 600 mètres, au Sikkim
3.600 à 4.800 mètres. — D. Nord de l'Asie, Europe jus-
qu'aux Pyrénées, Angleterre.
Variété : Glabrata Sikkim 4.500 mètres.
Variété : ochreata Thibet occidental 3.900 à
Varicté : pumila.
Variété : Inglisii Cumaou et Thibet occidental 4200 à
4.500 mètres.
Variété Armerioides.
5.200 mètres. |
Potentilla anserina L. (Paris). Lieux humides. — Thibet occi
dental 3.600 à 4.800 mètras, Balti, province du Cachemir
2.200 mètres. — D. Kashgar, nord de l’Asie et de la Perse
à l'Ouest jusqu’à l'Atlantique, nord de l'Amérique, Austra-
lie.
Potentilla multifida L. Alpes, Pyrénées. — Cachemir et Thibet
occidental 3.000 à 4.800 mètres, Passe de Niti, Cumaou
4.900 mètres. — D. Afghanistan jusqu’au Caucase, Europe
septentrionale et centrale, Laponie, Chine, Amérique du
Nord tempérée et arctique.
Potentilla argentea L. (Paris). Lieux secs. — Cachemur, Alibad
2.400 mètres. — D. Nord de l’Asie, Asie-Mineure et à
l’ouest jusqu'à PAtlantique.
Potentilla resptans L. (Paris). Lieux humides. — Cachemir. —
D. Sibérie, Afghanistan jusqu’en Abyssinie, en Euros
jusqu’à l'Atlantique, nord de la Chine, Japon.
Variété : minor.
Variété : trifoliata. |
Potentilla nivea L. Alpes. — Thibet occidental, ÈS alpi-
nes les plus arides de tout l'Himalaya 3.000 à 5.000 mètres.
— D. Caucase jusqu'aux Alpes, régions froides et arctiquess
du nord de l'Europe, de l'Asie, de l’Amérique. Bail de
lady Franklin.
Potentilla supina L. — Sables humides, bords des étangs,
centre. Parties les plus chaudes de l’Inde, du Cachenur
jusqu'aux Nilgiris, monte dans le nord-ouest de l'Himalaya
jusqu’à 2.500 mètres. — Iskardo dans le Thibet occidents
2,100 à 2.500 mètres. — D. Afghanistan jusqu’à l'AUan”
tique, nord de l'Asie, Malacca, nord de l'Afrique.
Sibbaldia L. Himalaya.
Alchenilla vulgaris L. Lieux frais (Paris). Cachemir. — D"
Perse jusqu’à l’Atlantique, nord de Asie et de l'Europe,
Groënland et Labrador. ‘È
Agrimonia Eupatoria L. (Paris). Haies, buissons. — Himalaya
tempéré Murree au Cachemir 900 à 3.000 mètres. Sikkim
2.100 à 3.100 mètres, monts Khasias, mont Mishmi. — D*
Perse jusqu’à l'Atlantique, Sibérie, Java, nord de l'Amés
rique.
5.100 mètres.
Sikkim et Thibet (confins) 5.109 à
(nord- ouest du Panjab) ILE 500 à 2.400 métres. D. Perse
jusqu’à l'Atlantique, nord de l'Asie. :
Rosa centifolia L. Cultivée. — D. Caucase, Assyrie,
Rosa vallica L. (Paris). Lieux secs. Cultivée — D. Europe,
Asic-Mineure.
Rosa indica L. Cultivée. — D. Chine.
Rosa alba L. Cultivée, — D. Caucase,
Cydonia vulgaris. Perse. Cultivé dans le nord-ouest de l'Inde,
— D. Subspontané dans le sud et l’est de l’Europe.
et jusqu’à 3.300 métres dans le Thibet occidental, &
dans le Nord-Ouest de l’Inde, l’Inde centrale et le Dé
— D. De la Perse jusqu’à la région méditerranéenne:
Pyrus communis L. (Paris). Bois. — Indisène dans le Ca
a UE dans le nord-ouest de | 60
LE NATURALISTE 293
pérée de l'Himalaya occidental du Cachemir au Cumaou
3.400 à 3.900 mètres. — D. Turkestan, du Caucase à
l'Atlantique, Sibérie, Chine, Japon.
Cratægus oxyacantha L. (Paris). Haies, bois. — Himalaya
occidental tempéré Murree à Kishtivar 1.800 à 2.700 mé-
tres. — D. de l'Afghanistan à l’Atlantique, Sibérie oeci-
dentale.
Cotoneaster vulearis Lind. Hautes montagnes. — Thibet occi-
dental, Wazuristan 1.500 à 3.300 mètres. — D. Sibérie,
Perse jusqu’à l'Atlantique.
LA MÉSANCE A MOUSTACHE
Panurus biarmicus (Gad.).
Si, parmi les Mésanges, la Remiz penduline est l’une
des moins communes en France, sa congénère la Mé-
- sange à moustache
est sans contredit la
plus rare.
Le mâle a le dos
d’un brun-cannelle
«clair, la tête d’un
… cendré bleuâtre, la
“gorge, le devant du
cou et le haut de la
— poitrine d'un blanc
… argenté, légèrement
… rosé; le reste des
- parties inférieures
d'un roux clair, plus
— foncé sur les flancs;
la face supérieure de
… là queue est noire,
les ailes marquées
d'une bande trans-
-.versale blanche bor-
“dée de noir inférieu-
rement; le croupon
#
et les sus-caudales
| sont d'un beau roux.
| Deux traits d'un
noir velouté qui
naissent de chaque
| 4 côté du bec et des-
| cendent le long du
| cou donnent à cet
| Oiseau une physio-
| nomie bizarre et lui
| ont valu le nom de
“Mésange à mous-
tache où à barbe. La
femelle a les teintes
| du plumage plus
[MMIernes; la mous-
tache n’est indiquée que par un trait blanc.
Gette Mésange a été placée par les Ornithologistes mo-
| “dernes dans le genre Panurus. Linné l'avait nommée Pa-
| us biarmicus, dénomination tirée du nom d’une pro-
vince russe : Biarmis-Permie,
Ces Oiseaux, dont la longueur totale est de 16 à
18 centimètres, habitent le nord-est de l’Europe : la
Grande-Bretagne, les Pays-Bas, la Russie, le sud de la
Hongrie, la Sicile et la Grèce, En France, ils sont fort |
LA MÉSANGE A MOUSTACHE
| rares et de passage accidentel, principalement dans le
Nord et la Somme; ils se sont, toutefois, localisés dans
quelques départements : dans les Pyrénées-Orientales,
l'Hérault, le Gard et à l'embouchure du Rhône.
Les Panures, qu’on appelle aussi Mésanges de roseaux,
recherchent les marais où ils vivent par couples ou par
petites bandes, volant au milieu des roseaux, grimpant
le long des tiges avec grâce et agilité, ou courant sur les
feuilles de plantes aquatiques. Leur nourriture consiste
en Insectes aïlés, en petits Coléoptères et en semences
de jones et de roseaux. « Les mœurs de ces jolis Oi-
seaux, dit Crespon, sont douces et sociables; l’approche
de l’homme ne les effraie guère et ce n’est que lorsqu’on
les chagrine qu'ils se décident à s'envoler à peu de dis-
tance en jetant tous à la fois un petit cri qui est celui
d'appel : tryn, tryn; ce cri peut se comparer au son que
produisent les cordes d’une mandoline quand on la
pince. »
Leur nid est aussi artistement construit que celui de
la Remiz penduline : il est établi dans les roseaux et
les arbrisseaux qui croissent au bord de l’eau, de
forme ovoide très allongée, il est composé de fibres
corticales de diverses plantes aquatiques, de flaments
d'ortie, d'herbes fines, de duvet de chardon et surtout
du duvet cotonneux des saules et des peupliers. La
femelle y dépose cinq ou six œufs courts, blancs et
maculés de quelques points et de’quelques traits fins
d’un noir bleuté. L
Leur beauté et la douceur de leurs mœurs font re-
chercher les Panures par les amateurs d’Oiseaux de vo-
lière, « Il serait à désirer. disait Buffon, que l’on connût
plus exactement les mœurs de ces Oiseaux; leur histoire
pourrait être curieuse, du moins à juger par le peu qu’on
en sait. On dit que lorsqu'ils reposent, le mâle a soin de
couvrir sa compagne de ses ailes; et cette seule atten-
tion, si elle était bien constatée, en supposerait beau-
coup d’autres et beaucoup de détails intéressants dans
toute la suite des opérations qui ont rapport à la
ponte. » Ces prévisions du grand naturaliste ont été
confirmées depuis longtemps : on a pu observer en cap-
tivité les mœurs des Panures et on a constaté qu'il était
difficile de conserver un individu seul, il meurt d’ennui,
et, lorsqu'on possède un couple, la mort de l’un amène
promptement celle de l’autre. « Ces Oiseaux ont l’un
pour l’autre une grande tendresse, dit le comte Gourcy;
le mâle et la femelle sont toujours perchés l’un à côté de
l’autre, et, lorsqu'ils s’endorment, l’un d’eux, le mâle
d'ordinaire, recouvre sa compagne de son aile. Ils se
becquettent et se nettoient sans cesse; la femelle saute-
t-elle en bas de son perchoir, le nâle l'appelle avec co-
lère, à en juger par l’intonation qu’il donne à sa
yoix. »
On est parvenu à conserver ces charmants Oiseaux en
captivité en les nourrissant avec la pâtée des Rossignols,
à laquelle on ajoute des semences de pavot ou des
graines de roseaux; on a également réussi à obtenir leur
reproduction en cage.
Mais si leurs mœurs ont pu être observées en captivité,
la rareté de ces Oiseaux a rendu plus difficile l’étude de
leurs mœurs en liberté. C’est pour ce motif que le
deuxième congrès ornithologique international, réuni à
Budapest, en mai 1891, a clos ses séances par une exeur-
sion au lac de Velenèze et aux marais de Dinnyès dans
le but de permettre aux membres du congrès d’étudier
spécialement les mœurs de quelques Oiseaux localisés
dans ce pays : Échassiers rares, colonies de Hérons et
parmi les Passereaux le Panurus biarmicus.
Albert GRANGER.
LIVRE NOUVEAU
Introduction Lo the study of Mammals living and extinct, by
W. H. FLower et R. LypexkeRr (1 vol in-8° de 760 p. avec
351 fig. dans le texte — London, Apam et Cu. BLacx, 1891)
Voici un livre excellent sous tous les rapports et qui trou-
vera sa place dans tous les musées d’histoire naturelle, comme
dans la bibliothèque de tous les zoologistes qui s’occupent des
mammifères. Depuis l'Histoire naturelle des mammifères do
P. Gervais, qui à vieilli nécessairement, puisqu'elle remonte
à près de quarante ans, on n’a rien pubhié de plus complet au
double point de vue de l'anatomie et de la zoologie de la classe
la plus élevée du règne animal. Les deux auteurs ont admira-
blement résolu le diflicile problème de condenser en un seul
volume ce qui exigcait déjà deux volumes à l’époque de Ger-
vais, tout en mettant le lecteur au courant des progrès les plus
récents de la science.
On ne peut s’empécher, en effet, d'être émerveillé des pro-
grès accomplis par la Mammalogie en moins d’un demi-siècle,
alors que déjà, à l'époque de Cuvier, les naturalistes étaient
persuadés ss connaissaient toutes les espèces de mammi-
fères existant à la surface du globe. Nous sommes encore plus
loin de l'époque où Buffon estimait qu’il n’existait pas plus de
trois ou quatre cents espèces de mammifères Il est vrai que
l'espèce était, pour lui, ce que nous appelons actuellement le
genre. Quoi qu'il en soit, c'est à rois ou quatre mille qu'il
faut estimer aujourd'hui le chiffre des espèces vivantes, sans
compter les variétés, et ce nombre sera plus que doublé si l'on
y ajoute les espèces fossiles qui sont intercalées, à leur place
LE NATURALISTE
espèces, que les naturalistes du commencement de ce siècle
naturelle, dans le livre que nous avons sous les yeux.
Et cependant, certains groupes très répandus et très varia=
bles sous le rapport de la coloration, celui des Ecureuils (Sciu-
ridæ), par exemple, ont été récemment l’objet d’une revision
sévère qui a permis de réduire considérablement le nombre des
avaient fondées sur de simples différences d'âge, de sexe, de
saison ou de climat.
Laissant de côté ces travaux de revision qui nous donnent
une notion plus exacte des genres et des espèces, ou nous font
mieux connaître l’étenduce de leur habitat et les variations que
ces espèces présentent suivant les localités, on peut se faire
une idée des progrès accomplis par la Mammalogie en compa-
rant l’ouvrage de Gervais à celui de MM. Flower et Lydekker.
Des types, mème de grande taille et constituant des genres
distincts, ont été découverts dans des pays dont on croyait la
faune bien connue, l'Asie centrale, par exemple. Il suffira de
citer parmi les singes le Rhinopithecus roxellanæ; parmi les
carnivores l’Ailuropus melanoleucus, tout deux du Thibet; le
grand Cerf nommé Elaphurus Davidianus, provenant de Mon-
golie; le petit Hippopotame de Libéria (Chæropsis liberiensis),
le Zébre du pays des Gallas (Equus Grevyi); de grandes et
belles Antilopes de l'Afrique centrale, etc. Les types de plus
petite taille, si variés parmi les Rongeurs, les Insectivores et
les Chiroptères, accroîtraient considérablement cette liste. Les
mammifères marins (Phoques et Cétacés) sont aussi beaucoup
mieux connus qu'il y a quarante ans.
La partie qui traite de l’organisation des mammifères (ana-
tomic et physiologie), a plus d’étendue ici que dans la plupart
des ouvrages du même genre consacrés exclusivement à la
zoologie. C’est une excellente innovation dont le lecteur, se
plaindra d’autant moins que cette partio cest l’œuvre do
M. Flower dont chacun connaît la compétence en cette ma=
tière. Les travaux récents relatifs à l'oviparité des Monotrèmes,
au mode de placentation des différents groupes de Mammi=
fères, à la dentition de lait des Monodelphes et des Didel=n
phes, etc., sont analysés avec soin.
Les Mammifères fossiles sont également décrits avec plus de
soin ct de détails que dans les ouvrages du même genre. Leur
connaissance devient de jour en jour plus nécessaire aux Z00=
logistes, car il est difficile d'étudier les types vivants sans étu="
dier, en même temps, les types étents qui sont sinon leurs.
progéniteurs directs, tout au moins leurs alliés plus ou moins
éloignés. Cette partie est l’œuvre de M. Lydekker, l’auteur du
Catalogue of Fossil Mammalia in British Museum. C'est dire M
qu'elle est traitée avec toute l'autorité désirable. à
Chaque partie de ce livre, d'ailleurs, est traitée, de la même
manière, par un spécialiste déjà connu par des monographiesh
importantes. Cette facon de procéder, qui tend de plus en plus
à se généraliser, et qui est tout à l'avantage du lecteur, tientà
l'origine de cet ouvrage qui est basé, comme les auteurs ont,
soin de nous en avertir dans la préface, sur les articles de
Mammalogie de la 9e édition de l’Encyclopædia Britannica
C’est ainsi que les Chiroptères et les Insectivores sont dela
main de M. Dobson, les Rongeurs de celle de M. Thomas, les
Singes de celle de M. Mivart, les Artiodactyles de celle de
M. Lydekker. Ce dernier s’est chargé de relier ces différentes
parties entre elles et de les intercaler dans l’article Mammalia.
rédigé par M. Flower pour le recueil sus-mentionné. Le tout,
forme un ensemble bien ordonnancé et qui ne permet guére
de signaler de lacunes, malgré l’origine multiple des documents
ainsi réunis.
Les figures sont gravées avec beaucoup de soin, et un grand
nombre “d’entre elles sont nouvelles. Ce sont, pour la plupart,
esreproductions des excellentes planches qui accompagnent
les Proceedings de la Société zoologique de Londres. Cette ori
gine est indiquée avec soin dans la légende de chaque figure“
c’est là une innovation qui sera très appréciée des zoologistesh
car une figure n’a de valeur, dans un livre de ce genre, qu'au
tant qu'on en peut contrôler l'exactitude et remonter à sOn
premier auteur.
On ne saurait trop louer les éditeurs du soin qu’ils ont donne
à l'exécution typographique de ce livre, et nous serions LEnLe
de leur en demander une édition francaise, si cette traducion
n'était pas à peu près inutile, aujourd'hui que la langue
glaise est comprise, sinon parlée, et lue facilement par
grande majorité des naturalistes francais.
Dr E. TROUESSART.
ACADÉMIE DES SCIENCES
“ Séance du 44 novembie. — M. Friedel présente une
note de MM. G. Bertrand et G. Poürault, sur la matière colo-
ante du pollen. La coloration jaune et orangée est due à la
“hrésence de la Carotine. — M. de Lacaze-Duthiers présente
Lune note de M. Henri Brouho sur deux Myzostomes, parasites
e lAntedon phalangium. Ces myzostomes dénommés spéci-
“liquement, pulvinar et alaluwm, présentent un dimorphisme
«sexuel très prononcé.
“Séance du 21 novembre. — M. Milne-Edwards présente
une note de M. Marcel Baudouin sur les sœurs Radica-Doddica
“dOrissa, fillettes de trois ans, réunies depuis l’appendice
Xiphoïde jusqu'au nombril, aucun des sujets composants ne
“présente d’inversion des viscères. — M. Milne-Edwards pré-
énte une note de M. À. Perrin sur le pied des Batraciens et
“(es Sauriens. Parl’étude des muscles extenseurset fléchisseurs,
Mjauteur parvient à reconstituer l’origine et le mode de divi-
sion. des axes osseux, et conclut que, à partir du fémur, le
yon osseux se divise en deux branches, dont l’externe se
ubdivise elle-mêmeen deux rameaux. — M.Milne-Edwards pré-
mte une note de M. de Saint-Joseph, sur la croissance asy-
étrique chez les Annélides polychètes, chez les Sabellides;
n=seulement le nombre de segments thoraciques est variable
dans la même espèce; mais il arrive aussi fréquemment que le
mbre des segments thoraciques n’est pas égal des deux côtés
bcorps chez un seul et même individu. Il serait encore pré-
aturé d'établir la loi qui doit régir ces variations. — M. Du-
ire, présente une note de M. ÆE. Gain sur l'influence de
lumidité sur la végétation ; l'auteur conclut de ses observa-
ns, que la floraison se trouve retardée soit par le sol sec,
=soit par l'air humide; qu’elle se trouve au contraire hâtée
soit par l’air sec, soit par le sol humide.— M. Duchartre pré-
e une note de M. E. Mesnard sur le mode de production
“parfum dans les fleurs : l'huile essentielle est généralement
Calisée dans les cellules épidermiques de la face supérieure
les pétales et des sépales, et engendrée par la chlorophylle.
huile essentielle se produit en raison inverse du tanin et des
nents dans la fleur. — M. Duchartre présente une note de
P. Vrillemin sur l'existence d’un appareil conidien chez les
sédinées. Ce fait confirme les idées de Tulasne sur l’affinité
nte une note de MM. Rowssel et de Grossouvre, sur la pré-
ce de l’Actinocamax quadratus dans la craie pyrénéenne.
découverte de cette bélemnitelle prouve l’existence du cam-
ien marin dans les Corbières (Saint-Louis, Aude.)
‘ance du 28 novembre. — Note de M. Chauveau sur
istence de centres nerveux distincts pour la perception des
urs fondamentales du spectre. Dans ces centres, des
ules douées d’une sensibilité spéciale pour chaque
leur, ne reviennent pas simultanément à l’activité immédia-
t après le sommeil : c’est l’aptitude à la perception du vert
se réveille la première. — M. Bouchard présent: une note
+ À. B. Griffiths sur les couleurs de quelques insectes.
expériences de l’auteur ont porté sur plusieurs Lépidop-
S; et il a pu extraire de leurs ailes un pigment vert acide
que qu'il nomme lépidoptérique. — M. Milne-Ed-
sprésente une note de M. Gaubert sur un ganglion ner-
des pattes du Phalangium opilio. C'est ce ganglion qui pré-
aux mouvements convulsifs des pattes amputées chez ces
ichnides. — M. Rouvier présente une note de M. P. Thé-
sur les Myxosporidies de la vésicule biliaire des poissons.
ur décrit deux nouvelles espèces de Ceratomyxa. L’une
ilis parasite du Trygon vulgaris, l’autre C. appendicu-
l parasite du Lophius piscatorius. — M. Duchartre pré-
une note de M. À. Prunet, sur l'absorption et la transpi-
Ion dans les plantes atteintes par la gelée. L'absorption est
s réduite, et même nulle, tandis que la vaporisation acquiert
grande intensité, ce qui explique la dessiccation rapide des
unes pousses des plantes gelées. — M. Duchartre présente
note de M. P. Vuillemin, sur l'Œcidiconium Rar'eli genre
uyeau d'Urédinées, parasite des aiguilles du Pinus montana.
- M. A. Gaudry présente une note de M. Ch. Depérel sur la
assification ct les parallélismes du système miocène, en
se, en Bavière, en Autriche-Hongrieet en Italie, comparé
même système en France. —M. Mallard présente une note
M: P. Termier sur l'existence de la microgranulite ct de
LIN lé à
LE NATURALISTE
———————_—————————_—_——"?——————
Protobasidiomycètes et des Urédinées. — M. Daubrée pré-
295
l’orthophyre dans les terrains primaires des Alpes francaises.
La découverte de ces roches donne alors la nouvelle série sui-
vante de roches éruptives. Porphyriles, orthophyres, micro-
granulites (Houiller); nouvelles porphyriles (Permien); mé-
laphyres (Trias). — M. Fouqué présente une note de M. de
Lacvivier sur la distribution géographique, l’origine et l’âge
des Ophites et des Lherzolithes de l'Ariège. Les ophites sont
triasiques ; les Lherzolithes, plus récentes, se rapportent au
Jurassique supérieur.
A.-E. MAraRD.
BIBLIOGRAPHIE
Viallanes, H. Recherches anatomiques et physiolo-
giques sur l’œil composé des arthropodes. PI. X-XI.
Ann. Sci. Nat. (Zool.). 1892, pp. 349-384.
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a Swallow being reared in the same Nest.
The Ibis. 1892, pp. 524-529.
23".
738.
241.
G. MaLLorzer.
DESCRIPTIONS DE LÉPIDOPTÈRES NOUVEAUX
Lobophora Ebriola n. sp., 28 à 30 mm. —- Mème coupe
d’ailes que dans Lobophora Rosula. Dessus des supérieures
vert pâle saupoudré de blanc, traversé dans son milieu par
une très large bande violacée. Celle-ci envahit la côte sur près
de la moitié de l'aile, mais se retrécit beaucoup à son arrivée
au bord interne; sa partie inférieure est souvent traversée par
des traits noirs qui se prolongent parfois jusqu'au bord termi-
nal. La base et la partie subterminale de l’aile sont plus ou
moins envahies de violacé, cette dernière possède en outre une
ligne de points blancs. Enfin une rangée de petits points noirs
terminaux borde l'aile. Frange gris violacé.
Dessus des inférieures blanc sale brillant avec le repli abdo-
minal et la frange concolores.
Dessous des supérieures gris blanchâtre au bord interne,
avec l’indication partielle de la ligne du dessus.
Dessous des inférieures blanc sale saupoudré de noir. Un
petit point cellulaire aux quatre ailes.
Tête et thorax verts, avec mélange de violacé; antennes
filiformes.
Quatre c* des environs de Loja, 4889 et 1891.
Lobophora? Parecida n. sp., 35 mm. — Cette espèce
semble devoir se placer tout à côté de Lobophora Imbricaria K.
et R. (pl. 137, fig. 30); elle s’en distingue en ce que les lignes
des supérieures sont plus larges, en ce que la ligne double du
milieu est plus droite et également espacée au bord interne et
à la côte, enfin en ce que les inférieures sont plus sombres. Ces
dernières sont mème entièrement grises, à franges grises tache-
tées de jaunâtre au bout des nervures, dans l'un de mes spéci-
mens. Dans les deux exemplaires les bandes transversales du
dessus sont l’extrabasilaire, la double ligne du milieu à espace
médian blanc contenant le point cellulaire, la subterminale
coupée de blanc à l’apex et surtout au centre enfin la terminale
qui, comme la frange. est coupée de blanc jaunâtre à l’extrémité
de chaque nervure. Ces bandes sont à contours noirs et centres
clairs plus ou moins lilacés, assez larges et toutes à peu près
parallèle.
Dessous des quatre ailes gris noisâtre; les supérieures avec
l'extrémité de la côte coupée par quatre à cinq points jaunà-
tres, le premier au-dessus de la cellule donnant naissance à un
commencement de ligne, enfin une série de petits points sub-
terminaux. Les inférieures semées d’atomes blancs ét une
transversale indistincte.
A chaque un point cellulaire. Franges comme en dessus,
noirâtres coupées de jaunälre avec nervures.
Palpes proéminents, noirs à extrémités claires; tête blanc
crémeux, thorax et dessus du corps blanc et noir; pattes noires
à extrémités annelées de jaunâtre.
Deux c* pris aux environs de Loja 1890 et 1891,
P. Docxix.
Le Gérant: Émize DEYROLLE.
TABLE DES MATIÈRES
DU SIXIÈME VOLUME DE LA DEUXIÈME SÉRIE
1892
Mammifères, Oiseaux, Reptiles, Poissons
GÉNÉRALITÉS
Albinisme et difformité, P. Fradin. 46
A propos du Myopotame, Dr Trouessart. 153
Chevaux polydactyles (fig.), E. Bouvier. 105
Description de deux Ophidiens et d’un Batracien d’espèces
nouvelles, Dr F, Mocquard. 3)
Deux cas d’albinisme, J.-M. Bertoldo. 19
La classification des Serpents, D' Bougon. 253
La peau des Serpents, Vte de Bony, D' Bougon. 232-240
La Mésange à moustaches (fig.). 293
La Remiz Penduline (fig.), Albert Granger. 53
Le Bison d'Europe (fig.). 9%
Le Caniche (fg.). 231
Le Coypou, rongeur de l'Amérique (fig.), F. de Schaeh. 138
Le grand Pingouin brachyptère (fig.). 205
Le Pélican (fig.), Remy Saint-Loup. 121
L’Hyperoodon (fig.), E.-L. Bouvier. 24-37
Les ancêtres de nos chiens (fig.), Remy Saint-Loup. 102
Les anciennes races de l’Europe. Remy Saint-Loup. 266
Les couleurs des Poissons (fig.), L. Cuénot. 149
Les deux sœurs Raddica et Doddica (fig.). 263
Les jumeaux Tocci (fig.). 22
Les localisations cérébrales des centres du langage (fig.). 133
Les Mammifères à parachutes (fig.), E. de Pousargues. 154-163
Les: Oiseaux utiles. 7
Les Poissons commensaux et parasites (fig.), L. Cuénot. 54
Les proportions du corps humain, Dr Bougon. 276
Les Races de l’Inde (fig.), H. Léveillé. 36-44-65-131-142-187-241
Les Rupicoles (fig.), A. Granger. ; 275
L'évolution sexuelle dans l'espèce humaine, Kæhler,
L'origine arachnidienne des Vertébrés (fig.), E.-L. Bouvier.
L’Ornithorhynque (fig.), G. P. 216
D +
> ©
1 ©
Note additionnelle sur la Tortue bicéphale, Dr C. Girard, 175
Note sur un Ophidien appartenant au genre Eutænia. F. Bo-
court. 219
Note sur un petit Ophidien, F. Bocourt. 132
Note sur la reproduction du Syrrhapte en Europe. F. de
Schaeck. 43
Notes sur quelques Oiseaux, F. de Schaeck. 19
Notices sur quelques espèces nouvelles d’Oiscaux, Oustalet. 218-234
Sur le développement des Axolotls, J.-M. Bertoldo. 15
Sur le pleur de sang chez le Batrochosoma Asio, Cope, Sau-
rien du Mexique, A.-L. Herrera. 11%
Sur l’origine, la direction et la distribution des poils (fig.),
J. Lahille. ÿ
Tératologie, anomalies et monstruosités chez l’homme et les ani-
maux (fig.), Paigey. 246
Un nid de Fauvettes, E. Pissot. 191
LISTE DES PRINC/PALES ESPÈCES DÉCRITES OU CITÉES
Acrobates pygmœus (fig.). 163 | Bison (fig.). 9%
Ægialites hiaticula. 80 | Blennius palmicornis (fix). 49
/Ægithalus pendulinus. 33 | Callyonymus lyra (fig.). 150
Alauda arvensis. 9 | Caranx melampygus (fig.). 53
Alca impennis (fig... 205 | Causus rostratus (n. sd.) 35
Andropadus Alexandri(n.s.). 231 | Chaperma fusca (n. sp.). 35
Anomalurus Celis (fig.). 156 | Cheval f{fig.). 105
Antennarius marmoratus. 151 | Chiens (fig.). 101
Ardea minor, 19 | Cottus scorpius (fig.). 152
Axolotl. 15 | Crex pratensis. 79
Batrachosoma Asio, 14% | Diastrophus rubi (fig.). 47
Belideusariel (fig.). 162 | Dybowskia Kemoensis(n sp). 218
— Senireus (fig.). 162 © Kierasfer acus (fig.). 54
Galeopithecus volans (fig.). 161
Gallinago cocholis. 80
Geophaps. 19
Geotrupes mutator (fis.). 50
Gobius lota (fig.). 149
Hyperoodon. c 31
Hyperoodon rostratus (fig.). 25
Idiopholis collaris (n. sp.). 39
Labrus mixtus (fig.). 149
Lagonosticta Dybowskii (n.
Sp.). 231
Lagopus alpinus. 79
Lepadogaster Candolis (fis.). 150
Lucanus cervus (fig.). ÿ1
Mirafra tigrina (n- sp.). 231 | Syrrhaptes.
Myopotamus Coypus (fig.). 137 | Unca vulgaris (fig.).
Myopotame. 153 | Tropidocionium annulat
Nerophislumbriciformis(fig.). 151 (n. sp.).
Nouveau genre de Siluroides. 91 ! Xenocichla Xavieri (n
Arthropodes
GÉNÉRALITÉS
À propos de la Cochylis, P. Chrétien.
Boule en naphtaline montée sur épingle (fig.).
Contributions à l’étude de la faune entomologique roumaine
D' L.-C. Cosmovici
De la différence du développement chez les insectes coléoptèr re
Louis Planet.
(fig);
Dodo de lépidoptères nouveaux, P. Dognin, P. Thierry
16-33-59-85-107-123-131- 144-169 _183-207-216-
Mieq.
Ornithorhynque (fe.).
Pélican (fig.).
Petaurista tagnanoides (fie
Phyllopteryx (fg.). 1
Picus analis.
Platessa vulgaris (fig).
Ptcromys nitidus (fig.).
Rhodeus amarus (fi.).
Rhombus maquinus (fs)
Rupicoles (fig.).
Scolopax rusticola.
Scorpœna scrofa (fig.).
Scinropterus volucella (fi
Solea variegata (fis.).
r
Deux sphingides nouveaux de l’Asie orientale, L. Austaut.
Difformités observées chez les insectes coléopières (fig),
Planet.
Essais pratiques de destruction d’insectes nuisibles, Decaux.
Forme curieuse de colonies de la Coccinelle à sept points (fi
La Bouche et les organes buccaux chez les Arthropodes, Re
Saint-Loup.
La chenille de l’Allium porrum, P. Chrétien.
La mouche parasite des criquets, Decaux.
La larve et la nymphe de la Harmonia impustulata (fig),
Le Papilio antimachus (fig.), Poujade.
Le papilio Machaon Linné et ses différentes variétés (is
Austaut.
Les appendices des arachnides, A. Goux. A
Les cécidies ligneuses des Rubus (fig.), Émile Ballé. %
Les chenilles Carnassières (fig.), F. Plateau. É
Les chenilles de l’Artichaut, P. Chrétien.
P. Chrétien.
Les chenilles du Chou (fig.),
Les criquets en Algérie.
Les insectes utiles de Chine, Tcheng-Ki-Tong. ,
Les premiers états de l’Erebia Melas, hbst (fig.), P. Chrétien
Les Ptérophores (fig.), L. Cuénot.
L’héliophobus Scillæ, P. Chrétien.
. à
e
”
L’orcheste du Hêtre lg.) E. Pissot. 2
Mœurs et métamorphoses de l’Acinopus picipes oliv., capit
Xambeu.
Ne et métamorphoses de chrysochus pretiosus Fabricit ,
capitaine Xambeu.
Mœurs et métamorphoses du malachius inornatus, Xambeu
Moœurs et métamorphoses du Xyloperta pustulata, Xambeu
Note pour servir à la destruction des Sauterelles en Al
en Tunisie, Decaux.
Note sur la teras ferrugana S. V., P. Chrétien.
Tableaux dichotomiques pour déterminer les lépidoptè
rope du genre Colias, E. Bramson. .
Sur la nomenclature des sarcoptidès psoriques, AR:
Variété de Arctia Caja (fig.), R. Laddineau.
du Gaujoniaria {n. sp.).
a minuscula (n. sp.).
vi escens An. sp.).
ë œubricolor (n. sp.)
C rubellula (n. sp.)
Door (n. sp.).
ropicta (n. sp.).
barata (n. sp.).
nmata (n. sp.).
orta (n. sp.).
| apiciflaya (n. sp.).
alboscripta (n. sp.).
Chanica (n. sp..).
(2. sp.).
186
239
235
235
235
235
235
200
186
LE NATURALISTE 297
Lucanus cervus (fig.). 86
Lycimna cajanuma (n. sp.). 185
Malachius inornatus. 157
Marsypophora dissimili-
pennis (n. sp.). 123
Nelo solimora (n. sp.). 262
Nemoria mollissima (n. sp.). 186
— vitiosaria (n. sp.). 186
Nipteria impunctata (n.
sp.). 217
Nipteria panacea (n. sp.). 211
— valens (n. sp.). 217
— panopea (n. sp.). 217
— semigritea (n. sp.). 237
— minor (n. sp.). 231
“Æ. erigone (n. sp.). 237
-— tapponia (n. sp.). 231
— Œthiopissa (n.sp.). 238
— sorocula (n. sp.) 238
— Tironaria (n. sp.). 238
— pellucenta (n. sp.). 238
— costistigma (n.sp.). . 238
— secturata (n. sp.). 238
— dividua (n. sp.). 238
— viatrix (n. sp.). 262
Orchestes fagi (fig.). 91
Oscydia Dognini (n. sp.). 216
Papilio machaon. 13-14-23-31
Perigamma religiosa (n.sp.). 236
Perigamma Theodora (n.
sp.). 236
Phragmatobia lymphasea
(n. sp.). 16
Pieris brassicæ (fig.). wir
— cratagi (fig.). 71
— napi (ie). 18
— rapæ (fig.). 77
Plusia gamma (fis.). 719
Polla avellana (n. sp.). 23
— mirafloreta (n. sp.). 185
Polythrena croceitineta(n.
Sp). 107
Pterophores (fig.). 284-285
Purpuricenus Kæhleri (fig.). 51
Racheospila pellucidaria
(n. sp,). 206
Racheospila Roseilinearia
(n. sp.). 206
Sabulodes miliaria. 170
— lojanata (n. sp.). 4185
— Sticta (n. Sp.). 185
— franciscata (n.
Sp.). ñ 185
Sabulodes xybuochroma
(n. sp.). 185
Sabulodes ornatissima. 262
Sarcoptides. 175
Satyrus semele (fig.). 211
— circe (fig.). 214
— Hermione (fig.). 214
— Phœdra (fig.). 211
— Dejanira (fig.). 212
Scepsis nigricollum (n. sp.). 123
Scordylia v. album (n. sp.) 216
Scotosia confirmata (n.
sp.). 59
Selenia illustraria. 12
Smerinthus Heynei (n. sp.). 68
Spargania longipalpata (n.
Sp): 262
Sterrha virgenpanilia (n.
sp.). 237
Stigma Isthmensis (n.sp.). 236
Syllexis Chartularia (n.
sp.). 4%
Svllexis extendata (n.sp.). 44
Teras ferrugana. 240 y Triphœna pronuba (fig.). 18
Thabra spumosaria (n. sp.). 231 | Urapteryx hilaris (n. sp.) 217
— eximia (n. sp.). 231 | Xanthia (fig.). 72
Theages nuilosa (n. sp.). : 144 | Xyloperta pustulata. 66
— mamona (n. sp.). 144 | Zonosoma alodia. 16
Mollusques, Rayonnés, etc.
GÉNÉRALITÉS
Classification des Tuniciers. Groupes primordiaux (fig.), F. La-
hille. 59
Description de Mollusques nouveaux, C. F. Ancey. 118
Description d'une nouvelle espèce d’Ampullaire (fig.), Albert
Granger. 97
La psorspermose du Lapin (fig.), Fabre-Domergue. 130
L’Argonaute de la Méditerranée (fig.), E. B. 114
Les diplosomidès (fig.), Pizon. 203-221
Le Trachelius, infusoire cilié (fig.), Fabre-Domergue. 62
Rotifères, organisation et faune de la Roumanie (fig ), D' L. Cos-
movici. 44-58-70-83
Rhizopodes et flagellés (fig.), Dangeard. 98
Sur un curieux type de Transition découvert par Frenzel dans
l'Amérique du Sud (fig.), L. Cuénot. 108
Un mollusque nouveau du Japon (fig.), M. George. 123
LISTE DES PRINCIPALES ESPÈCES DÉURITES OU CITÉES
Actinurus Neptunius (fig.),. 58 | Liminatis milotica. 9
Ampullaria Brohardi (n. s.) Microcosmus vulgaris (fig.). 61
(fig.). 97 | Nenia Orbignyi (n.s.) 178
Argonaute (fig.). 115 | Odontostomus Lemoinei
Astellium spongiforme. 203 (nus) 178
Brachionus (fig.). 10 | Œcistes serpentinus (fig.\. 58
Cercomonas crassicauda Pegea confæderata (fig.). 60
(fig.). 99 | Philodena roseola (fig.). 44
Ciliophrys marina (fig.). 99 | Pscudodidemnum cristalli-
Clavelina rissoana (fig.). fl num. 203
Crambressa palmipes (fig). 53 | Psorospermies (fig.). 130
Cyane Orbignyi (n. s.) 118 | Salinella salve (fige.). 109
Cystodites durus (fig.). 60 | Thylacodes Medusa (fig.). 123
Diplosoma Rayneri. 203 | Tœnia coronula. 9
Distaphia magnilarva (fi.). 61 | Trachelius ovum (fig.). 63
Doliolum (fig. se 60 | Trypanomonas Damlewskyi. 9
Holothuria tubulosa (fig.). 54 | Unio pictorum (fig.). 55
Botanique,
GÉNÉRALITÉS
Atlas des plantes marines des côtes de France. 188
Curieuses soudures d'arbres (fig.), Gadeau de Kerville. 173
Deux salades indigènes (fig.), P. Hariot. 251
Exposition de la société d'horticulture de France mai 1892 (fig.),
P. Hariot. 170
La Carline (fig.), P. Hariot. 199
La Flore de l'Inde dans ses rapports avec la Flore de France,
H. Léveillé. 24-57-292
La Flore ornementale de la Terre de Feu (fig.), P. Hariot. 126
La nouvelle Flore des mousses et des hépatiques, G. Bonnier, 102
La pipengaille (fig.), P. Hariot. 265
. La plante de Neige de Sierras (fig.). 85
La Rose soyeuse (fig.), Hariot. 279
Le Châtaignier (fig.), Henri Joret. 119
Le Camphrier, son produit (fig.), Henri Joret. K 12
Le Chervis (fig.), P. Hariot. 179}
Le fruit de l'hymenæa Courbaril, Linné, Decaux. 202
Le Gambir (fig.), Buysman. 289
Le Talipot de Ceylan (fig.). 269
La Platane, H. Joret. 205
Le potager d'un curieux, P. Hariot. 15$
Les animaux plantes, (fig.), P. Hariot. 31
Les plantes de la Bible (fig.), M. Buysman, 171-188
Les stachys ou crosne de Chine, de France et d'Amérique
(fig.), P. Hariot. 146
Les truffes en Afrique et en Asie (fig.), P. Hariot. 48
L'exposition de printemps à la société d'horticulture de France,
P. Hariot. 106
PR REA Let. 0 TR
… be ne dr at UE NL
39: En He" +
Las : GATE TR
298 LE NATURALISTE | | , ;
Microbes. 224 | Objets quaternaires (fig.), Stanislas Meunier.
Nouveautés botaniques, René Serveaux. 109 | Obula tuberculosa des sables du Soissonnais (fig.), Boursault.
Quelques aliments de fantaisie (fig.), P. Hariot. 21% | Pistes d'anima: x sur un échantillon de gypse de Montmorency
Quelques jours d’herborisation dans l'ouest de la France (fig.), (fig.), Stanislas Meunier.
P. Hariot, 194 | Pluie de pierres d’origine terrestre récemment observées. dans
Renonculacées comestibles (fig.), P. Hariot. 223 l'Aube (fig.), Stanislas Meunier.
Suites à la flore de France de Grenier et Godron, G. Rouy. Sur quelques fossiles africains (fig.), Stanislas Meunier.
81, 93, 128, 138, 165, 197, 207, 219, 229, 244 ;
Sur la graine de l’Ovala (fig.), Fotard ec le 115-133 LISTE DES PRINCIPALES ESPÈCES DÉCRITES OU CITÉES
Sur l'invasion d’une plante américaine (fig.), G. Chauveau, CERN en gallicus (fg.). 193 | Granulite (ig.). L
Un arbre merveilleux, le monde des plantes. 244 | + : Ë
Un dragonnier giga t fig.\, Henri Joret &L SEEN 207 | CR SEE ;
“e gigantesque (fig.), Henri Joret. Camerocomus marmoris (fig.). 192 | Hamites tropicalis (tig.).
LISTE DES PRINCIPALES ESPÈCES DÉCRITES OU CITÉES ne vies nasicornis AE pre (ig.).
ré ; ig.). icrogranulite )
Amanita cæsarea (fig.). 291 |, Lampsana communis (fig). 251 CS) megaceros (fig). 68 Ne norte 1
= muscarina (fig.). 291 | Lathyrus tuberosus (fig.). 214 s
AO AS. 207 | L: ER LÉ Claosaurus annectens (fig.). 2717 | Opale
a Se SR dense F A ER Sp (fig). 3. | Climaccamina simplex (fig.). 193 | Quartzite (fig.).
NÉS en à : ne ne PS Desmoceras Cuvervillei (fig.). 113 | Saccamina Carteri (fig.}s
: … Ds Rs DENLe He DES (fig). 265 | Eudothyra crassa (fig). 193 | Schlænbachia inflata (fig.
zolla caroliniana. 8 | Mentha Mulleriana. 81 = cussyentis (fig. 193 | Septammina Renaulti
Azolla filiculoïdes (fig.). 8 | Merendera filifolia. 245 | Fer météorique (fig.\. 102 _ * dichotomall
Baccharis patagonica (fig.). 427 | Microbes. 22 Gites (fig.) Sr 267 ë
Berberis licifolia (fig.). 126 | Micromeria piperella. 93-129 Fi
Bunium bulbocastanum Olivier (fig.). ” 188-189 Divers Le
(fig.). 215 | Œnanthe pimpinelloides ‘1
Camphora officinarum (fig.). 12 (fig). 9415 | Filets nouveaux pour la chasse (fig.), G: P. £
Carlina acanthifolia (fig.). 199 | Œnanthe peucedanifolia - | Influence de la domination arabe dans la faune te l'Andalousié
Chervis (fig.). 180 (fig.). 215 Salvador Calderon.
Châtagnier (fig.). 119 | Pentaclethra macrophylla Hommage à la mémoire de Chrétien, Louis Brohm. |
Cinnamomum camphora (fig). 12 (fig.). 116 | Le flacon compte-gouttes (fig.). |
Conopodium denudatum Pernettya mucronata (fig.). 127 Le Paradoxe de la vision, D' Bougon. 2
(Gig.). 215 | Pipengaille (fig.). 265 | Les Congrès internationaux d'anthropologie et de Zoologie à
Cordiceps militaris (fig.). 33 | Platanus occidentalis. 205 Moscou, J. Deniker.
Isaria farinosa (fig.). 33 | Primula magellanica (fig.). 126 Nécrologie : G. Garlet. H° FR
Cordyceps sinensis (fig.). 32 | Quercus toza (fig.). joe IRL Quatrefages (Nécrolo see
= sphecocephala Ranunculus ficaria (fig.). 993 Remarques sur l’application de la loi de priorité dans la nomel
(ig.). 92 er AE ee clature zoologique, Dr Ch. Girard. £
Coryphaumbraculifera(fig.). 270 (fis.). 293 Théorie de l’Hérédité, G. L. M.
Colchicum napolitanum, 244 | Rosa scricea (fig.). 279 | Thèses de la Faculté des seciences de on A. D. |
Cynara scolymus (fig.). 111 | Salvinia natans. g | Vente des CORSEROES ct des livres d’histoire naturelle def
Damasonium polyspermum. 24% | Sedum anglicum (fig.). E. Lemoro, d'Eudel. ,
Dracæna draco (fig.). 41 | Senecio Smithis (fig.). 25-126 Chronique
Drimys Winteri (fis.). 128 | Siderites Guillonis. 129 Enr: ; 5 : :
Dryobalanops aromatica. 12 | Siderites hyssopifolia. 138 Académie internationale de géographie botanique.
Ephedra helvetica. | 229 | Stachys affinis (fig.). 16 | Action des antiseptiques sur le bacille du choléra.
Ericaceæ (fig.). 85 — palustris (fig.). 147 Albinisme chez les Scolopacidæ, Van Vrempen.
Escallonia serrata (fig.). 127 — floridana (fig.). 141 | Bacilles du Typhus. S
Euphorbia insularis. 219 | Talipot (fig). 269. | Billets de/banque errant;
— yariabilis. 220 | Terfezia Leonis (fig.). 48. | Chamoïsetmanmottes,
Fagus antarctica (fig.). 121 | Thymus pannonicus. 92 | Coléoptère nouveau pour la France,
— betuloides (fig.). 125-126 | Tirmania ovalispora (fig.). 49) | ACORTENEES ÉHUUIE :
Hètre (fig). 113 | Uncaria Gambir (fig.). 289 | Congrès botanique denis en 1892.
Ha 196 | Veronica elleptica (fig). 127 te objets d'histoire naturelle.
Lactuca perennis (fig.). 251 ! Wahbergia hederacea (fig.). 195 EN . des
Géologie Espèce nouvelle de dindon.
HE 5 : Excursions géologique et botanique.
GÉNÉRALITÉS Exploration Foa.
Contribution à la géologie de Congo \fig.\, Stanislas Meunier. 266 | Exposition de Chicago
Coupe géologique de la colline du Mont Po dans la forèt de Floraison de la Victoria regia au Muséum de Paris.
Chantilly (fig.\, Henri Boursault. 181 | Gibiers exotiques.
Description géologique du Velay (fig.\, A. Goux. 175 | Gisements d’or à l’ile de Formose.
Empreintes problématiques, jurassiques, du pays de Bray Hommage à Pasteur.
_(fig.), H. Boursault. 90 | La Baleine du Golfe de Gascogne.
Etude micrographique (fig.), Stanislas Meunier. 192 | La brunissure de la vigne.
Irrégularités de la surface des terrains calcaires (fig.), H. Bour- La chasse au faucon dans l’Inde.
sault, 9 | La culture des morilles.
La faune du Cambrien inférieur d'Amérique. E. B. 1298 | La farine du lait.
La Terre (fig.), M. Boule. 281 | La fertilité d'un grain de blé.
Le dernier voyage géologique public du Muséum, excursion La greffe du châtaignier sur le chêne.
dans les Vosges (fig.), Stanislas Meunier. 17 | L’Anisoplia horticola.
Le fer météorique de Puquios Chili (fig.), Stanislas Meunier. 102 | L’apiculture en Europe.
Le parc de calcédoine (fig.). 207 | La rareté des fusains verts et panachés. À:
Les Alpes francaises (fig.). 251 | Le Battarea phalloides.
Les Dinosauriens d'Amérique (fig.), M. Boule. 217 | Le commerce des insecticides.
Les habitations primitives, F de Schaech. 163 | L’engrais de poisson de mer.
L’étage de la craie, Maurice Griveau 257 | Le phylloxera dans la Champagne.
Matière singulière recueillie à la suite d’un coup de foudre Le préhistorique dans le Gers. ;
(fig.), Stanislas Meunier. 166 | Le pyrèthre et les punaises. 1%
Nouveau procédé de production de Popale artificielle (fig.), Les empoisonnements par ?If, Sn
Stanislas Meunier, 80 | Le Girafes.
ee + me
hotographie. 172
es. EL ; 234
ons de la mer du Nord. 208
s du soleil annuel. ane
ns de la Columbia. s 260
es de Malacca 234
ire le coulage des fûts. 249
de Quatrefages. 28
toire naturelle de Paris. 28-271-285
pèce de Coléoptère du genre Clytus. 261
iété d'Apiculture. 260
nes de plomb en Alsace. 260
par un insecte (fig ). 88
“nes plantées dans le Morbihan. 212
s oiseaux de paradis à la Nouvelle-Guinée. 272
ologique de France. 198
ifique du Chili. 4172
249
éral de 30 tonnes 260
260
272
prévu u de l'Héliotrope. 172
rnivore. 23%
quée par les loups. : 272
boratoire pour l'étude de Yhistoire naturellie. 271
oration au Spitzberg. 208
vre et de Perdrix. 88
ZOOLOGIE
à des Ophidiens.
} nouveau.
Waldheinina venosa.
bois secondaire.
tubes nerveux.
Culaires chez l’homme.
de quelques Brachiopodes.
ulaires coniques.
soplodon.
e des Cirrhipédes.
oloration du Criquet pélerin.
ryonnaire dans la tète chez l'Axolatl.
ufs des animaux.
olo ogique de Budapest.
la couleur des Chenilles.
es Pamphigiens.
toire bulbaire.
s annélides.
es.
| Glossiphonia tessellata.
iseaux insectivores.
uvelles.
it des Crustacés édriophthalmes.
t des Galathéides
Pun Chalcidien parasite.
Simcra clavipes.
bumine.
es Canaries.
Aix ou peu connus.
arie.
d'une Proncomenia
de l'Oniscus murarius.
a Sagitta
‘ecucillies par Ch. Rabot en Russie et enSibérie.
‘les Daphnics.
Le DR n Hipodes.
e de Cochenille du dattier.
punnors nchus reptans.
“Re, 5 DA
nie des Sciences et Sociétés savantes.
209
256
271
285
148
rue LE NATURALISTE
Étiologie d’une enzootie des moutons.
Excrétion chez les Gastéropodes RHONE
Excursion en Algérie.
Expérience de Sténon sur les Mammifères nouveau-nés.
Faune des eaux douces de lIslande.
Faune des lacs salés d'Algérie.
Faune herpétologique de Bornéo.
Faune malacologique du golfe de Gascogne.
Faune pélagique de Dyrefjord.
Fermentation du sang.
Fibres nerveuses des mouvements des membres.
Filtration de l’eau par les mollusques.
Flore pélagique de Naalsoëffjerd.
Foic chez les Crustacés décapodes.
Fonction digestive du pancréas.
Fonction préhensile du pied.
Formation de l’oxyhémoglobine.
Fourmis de Bornéo.
Galathéides abyssaux.
Glande antennale chez les Orchesteilæe
Glande coxale du Scorpion.
Glandes salivaires de l’Aphrodite.
Globuline incolore.
Globuline respiratoire.
Greffe sous-cutanée du pancréas.
Hématozoaires des fièvres palustres.
Hématozoaires des Vertébés.
Hémocyanine.
Histoire de quelques Coccidies peu étudiées.
Histoire naturelle du Tyroglyphus mycophagus.
Histologie de la glande pituitaire.
Histologie des Leucosolenia.
Hybrides rencontrés à l’état sauvage.
Influence de la lumière sur la coloration des Crustacés.
Larynx du Castor.
La vue chez les animaux cavernicoles.
Lépidoptères de Malabar et ile Ceylan.
Les sœurs Raddica et Doddica.
Mode de fixation des larves d’acariens.
Mœurs du Clinus argentatus.
Monographie des Francolins.
Morphologie du squelette des étoiles de mer.
Mouvement du cœur.
Moyens de défense des Eolidiens.
Muscles des extrémités inférieures.
Myzostomes parrasites.
Nematodes parasites.
Notices parasitologiques.
Nouveau parasite du sang.
Nouveau Rhizopode marin.
Nouvelle espèce de Ganimarus.
Observations ornithologiques.
Œnothera tetraptera (sur P).
Opération de la fistule gastrique.
Organe vibratile chez les Ascidies composées.
Organismes microscopiques des eaux douces et salées.
Origine de deux espèces de Triclades.
Orthoptères de Madère et des Açores.
Ovaire et œuf du Gobius minutus.
Pagures et leurs Coquilles.
Paguriens de la Melita.
Paguriens de la Mer Rouge.
Paguriens des Canaries ct du Sénégal.
Paguriens des côtes de France et de Norvège (sur quelques).
Parois stomacales de la Grenouille.
Peignes des Scorpions.
Phases dans la dyspepsie.
Physiologie du pancréas.
Pièces buccales des Arachnides.
Pieds des batraciens et des sauricns.
Pinnaglobine.
Piaques céphsliques des Ophidiens.
Plexus thoraciques artériels.
Pontes d'oiseaux anormales.
Production des diverses galles végétales.
Pupine.
Quelques entomostracés d’eau douce de Madagascar.
Racines du nerf alaire chez les Coléoptères.
Reproduction des Hannetons.
Revêtement des larves de Libellules.
Revision des Biloculines des grand fonds.
>
300 LE NATURALISTE
Sangsue de cheval, du nord de l'Afrique. 9 | Nomenclature binaire en botanique.
Sangsues. 271 | Note sur le Maellea Urvillei.
Sécrétion pylorique chez le chien. 88 | Note sur quelques Ectocarpus.
Segmentation de l’œuf chez les Batraciens. 177 Ophrys pseudo-speculum (sur IE
Stellérides nouveaux du voyage de l'Hirondelle. #1 Origine des matières colorantes de la vigne,
Synonymie et distribution géog. du Diaptomus Alleraudi. 9 | Palniers à branches dans l’Inde.
Système nerveux de la Simule. 97 | Parasite des Sauterelles.
Système nerveux des Crustacés. 52 | Parfum dans les fleurs.
Systèmes nerveux des Neritidés. 158 | Parties germinatives du Trapa, Nelumbium et quelques guttr 1
Système nerveux larvaire de Stratcomp. 74 Phénomène présenté par le Mangnifera indica.
Tennocéphale parasite. 183 | Plantes au soleil ou à l'ombre.
Tenniadé de petite taille. 256 | Plissement des terrains secondaires.
Tenniadés à ventouses armées. 41 | Polyembryonie chez le tinectpoum.
Théorie des feuillets et le parablaste. 148 | Quelques plantes d'Algérie.
Thyroïdectomie chez le rat blanc. 232 | Statique végétale.
Tissu conjonctif réticulé. é 28 | Structure ct affinités des Cephalotaxus.
Tissus nerveux de quelques invertébrés. 213 | Structure ct aflinités des Tachycarpus.
Toxicité comparée des métaux alcalins. 198 | Sur les feuilles des suecio sagittifolliés.
Tuberculose aviaire. \ 289 | Sur le Linaria minor.
Unionidæ de Bornéo. 271 | Tissu assimilateur des tiges.
Vaccination tuberculeuse sur le chien. 111 | Transpiration de la fleur.
Vers de terre et tuberculose. 183 | Trois plantes de la Sarthe.
Vitalité des organismes microscopiques des caux. 1% | Truffe au point de vue chimique.
Vaisseaux des fleurs de Lactuca. }
BOTANIQUE Vaisseaux des fleurs du Taraxacum deus leon”
. a \ 4
Action du chlorure de sodium sur les plantes littorales,. 52 en de la densité des bois.
Activité cambiale dans les arbres. 64 CCRCEENEMANESe
Algue perforante d’eau douce. 198 | Voyage botanique en Algérie, 1890-91.
Algue vivant dans les racines de Cycadées. 209 ;
GÉOLOGIE
Appareil mucifères des Laminaires. 52
Apparcil sécréteur des Copaifera. 285 | Age des couches à Hippurites dilatatus.
Caractères distinctüifs de l’Ophrys arachnitiformis. 20 | Alvue permienne.
Champignon parasite du Champignon de couche. 283 Argile à Silex.
Champignon du seigle enivrant. 20 | Bouches de l’Etna. ©
Champignon parasite des Acridiens. 28 | Calcaires crétacés sup. de la vallée d'Aspe.
Chélidoine et feuille à Fumeterre. 232 | Caverne de Barassempony.
Coloration accidentelle de la fleur du fraisier. 283 | Classification du système éocène.
Constitution des bois de printemps et d'automne. 14 | Coquilles terrestres tertiaires dans le tuf volcanique du Luxem
Contribution à la ffore de France et de Corse. 283 bourg.
Cyclamen double. 20 | Couches à Terebratula diphyia.
Dates de quelques vieux herbiers. 20 | Couches traversés par le canal de Panama.
Désarticulation des conidées chez les Péronosporécs. 20 | Courants marins en France.
Espèces nouvelles de Streptothrix. 88 | Craie de Chartres.
Espèce nouvelle du genre Muscari. 20 | Crâne d’Anthracotherium minimum.
Espèces nouvelles pour la France. 31 | Deux crinoïdes nouveaux.
Etat coccoïde d’un Nostoc. 209 | Deux ruminants de l’époque néolithique.
Etude des rubus en France. 156 | Devonien et permo-carbonifère de la vallé d’Aspe.
Evolution de l’appareil sécréteur des Paplionacées. 20 | Diatomées du bassin de Paris.
Extrait chlorophylliens. 148 | Diverses formes d’Ammonites.
Feuilles développées au soleil ou à lombre. ÿ 261 | Eaux souterraines dans le haut Sahara.
Fleurs monstrueuses de safran. 156 | Echouements de grands Cétacés.
Flore cryptogamique de la Terre de feu. £ 157 | Echinides nouveaux ou peu connus.
Flore d'Algérie. 157 | Empreintes du sondage de Douvres.
Flore d'Auvergne. 282 | Kocène tunisien.
Flore de Provence. 157 | Espèces d'Hippurites (sur les).
Florule des causse de Blandas. Roguecs, etc. 20 | Espèces de Scalpellum.
Forme nouvelle de l’Antennaria dioica. 157 | Etage Santonien.
Fumarine dans une Papavéracée. 168 | Faune d’oiseaux pliocènes du Roussillon.
Genre Myxotrichum. 156 | Formation de Cordiérite.
Germination de l’Araucaria Bidivilli. 28 | Forme sénérale de l’écorce terrestre.
Germination du Bupleurum aureum. : 157 | Fossiles dans le terrain azoïque.
Gonolobus condurango (sur le). 31 | Géologie de Bornéo.
Greffe des Crucifères. 158 | Géologie de l'Asie centrale.
Croupe des Leontopodium. 283 | Géologie du chemin de fer de Dijon à Chälons.
Histoire botanique de la Truffe. 156, 282 | Gisement de calcaire et Bulemus Hopei.
Histoire des Garcinia. 88 | Gites calaminaires.
Histoire de la Truffe. 159 | Grès de Belen.
Humidité du sol sur la structure des plantes. 261 | Hôte intermédiaire de l’Echinorhynchus gigas.
Humidité sur la végétation. 295 | Libytherium du terrain pliocène d'Algérie.
Hyÿbrides Cymnadia et Orchis. 20 | Mächoirede felis.
Influence de la lumière électrique sur les plantes. 261 | Mächoirc de Phoca groenlandica.
Laticifères dans une olacacée. 20 | Massif d’Allauch.
Longévité des bulbilles hypogés de l’Albunis roseum. 36 | Métamorphose du vers à soie.
Maladie de la vigne. 183 | Microgranulite et orthophyre dans les Alpes.
Maladie des Champignons de couche. 1% | Note sur le Ramulina Grimaldi.
Maladie du blanc de Champignons. 111 | Nouveau Macaque fossile.
Matière colorante du pollen. 295 | Nouveau type fossile de Rongeur.
Membrane cellulosique des végétaux. 28 | Oolithes du bathonien et du bajocien. 2
Monstruosité du Physostégia virginiana. 283 | Phénomènes de recouvrement. À
Myxosporidie des poissons. 295 | Position stratigraphique de la craie des Corbières et dé‘
Nature du terrain sur la végétation. 148 vence.
Er
dus dépôts marins de l’époque romaine. 26
nomorphes de France. 209
k ions du Trias. 148
oels du Tonkin. 273
ls ophitiques du Sud de la Tunisie. 96
allés dans les alluvions quaternaires et Rhinocéros. 209
s minérales de l’Auvergne. 97
a$ jurassiques de Normandie. 97
errns devonien et carbonifère à Visé. 158
ir découvert à Montsaunes. 158
of: llecand aux Canaries. 124
ke dans l'Ariège. 74
BIBLIOGRAPHIE
os qui suivent les noms d'auteur reportent aux numéros de classement
des articles bibliographiques.)
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ténzel J., 406. — Guerne (de) et Richard J., 320. — Hallez P ,
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— Osborn H.-Y., 552. — Richard J., 320. — Saint-Loup
— Wooûä-Mason et Alcock A., 172,
e, Physiologie, Biologie, etc. — Adeclung N.-V., 495.
CM. 383, 384. — Alcock A., 496. — Anderson 0. -A., 385. —
2O:, 497. — Apäthy J., 102. — Ballowitz E., 223, 306, 500. —
ini, 383. — Barrois Th., 501. — Bateson; W., 502. — Boddaul F.-E.,
, 506. — Benno Were 386. — Bertkau Ph., 115. — Fe
Boden J. S., 232. — Bodington A., 509. — Bonome A., 388.
MID -L., 426, 127. — Brandes G., 382. — Brunn A., 513, 514.
0:, 392. — Camerano L., 393. — Ciacco G.=W., 394. — Cog-
H— Colucci C., 242. — Cuénot L., 133. — Dendy A., 521. —
., 520. — Driesch H., 12. — Durham H.-E., 136. — EberthJ.,
K:, 400. — Edgeworth J.-H., 401. — Ehlers E., 402. —
03: — Erlanger V. R., 710. — Ewart J.-C., 317. — Freund
Sari R., 249. — Gage S.-H., 250. — Gaubert P.. 407. —
., 251. — Gard AÀ., 525. — Gmelin, 526. — Greenwood M.
M., 528, 714. — Hardy W.-B., 412. — Hasse C., 413.
H:, 531. — Henneguy S.-F., 20, 144. — Hepburn D., 323.
Oscar, 414. — Ihéring H. 534. — Kanthack A.-A., 335,
kowstrom A., 416. — Kramer A., 418.— Kukenthal W., 419.
540. —La Valette Saint-Georges, 420.— Liebreich O., 721. —
:, 543. — Ludwig H., 150, 422. — Maas O., 424, 723. — Mac
; 259. — Maggiora A., 260. — Martin Saint-Ange 28. — Mar-
423, — Matschinsky N., 328. — Maury M., 29, 152, — Meltzer
— Michael von Lenhossék, 264. — Müllenhoft K., 268. —
400 — Müller V., 285. — Nagel W., 128. — Oppel Ab. 333.
L., 135. — Pizon A., 157. — Rauvier L., 161. — Raffaele 10e
O., 326. — Rawitz B., 555. — Richard J., 272. — Robin
= Rosseter T.-B., 39. — Salvioli J., 276. — Sanarelli J., 11.
D, 558. — Schaper A., 133. — Schlampp K.-W., 137. —
5 132. — Schrocder van ‘der Kolk, 438, 439. — Shore L.-E.,
C., 167. — Solger B., 340. — Spraw son F.-C., 232. —
H:, qu. — Stewart C., 563, 564. — Struchell M. 342. —
6, 47. — Valenti G., 283. — Viallanes H., 737, 138. —
4%, ST. — Vitalis Müller 285. — von Wagner F., 572. —
139. — Weldon W.-F.-R., 286. — Werner F., 347. — Wié-
> 446. — Welder H., 447. — Wilhem E., 436. — Wilson
…— Woodward A.-S., 346. — Woodward M.-F., 574. —
00 Ziegler H.-E. 49, 287. — Ziegler F., 287. — Zimmer-
: — Zoja R., 449. — Zykoffin W., 348.
es, coelentérés, etc. — Braem F., 309. — Carpenter
519. — Cuénot L.. 10. — Cunningham J.-T., 134. — Fag-
246. — Garstang W., 14. — Gregory J.-W., 319. — Hal-
1) Harmer S.-F., 143. — Hincks Th., 145. en Et.,
d Otneff A., 417. — abbe A., 25. — Lang A., 540. — Lever LL
| Ne Lendenfeld R., 541. ENT? O., 123. — Minchin E. “AR 265
bre , 331. — Rath O., 554. — Samassa P., 132. — Schnetder
M —Topsent E., 282, 510. — Zelinka C., von 50. — Zoja R., 449.
tinodermes, — Bell Jeffrey F., 3. — Butshli O., 392. — Cuénot
312. — Dreyer F., 399. — Durham H.-E., 136. — Dreisch H., 12.
rne (de)J., 142. — Francois Ph. 255. via E, 150. —M: aren-
to . — Meissner M. 495. — Minchin E.-A., 27. — Perrier
{S. —Beddard F.-E., 2, 224, 503, 504, 305. — Benham W.-B., 114,
à | Benno Wandollek, 387. — Blanchard R, #4, 118, 119, 122, 228.
Fland Benham, 229, — Collin A., 395. — Giéenvwood M, 40822
4
1 LA
12
Le Ê LE NATURALISTE
Eee —_—_—_—_——————————————————————————————————————
301
Graff., 139, 140. — James Léon, 118. — Joubin et François Ph., 255. —
Kraemer A., 418. — V. Linstow 326. — Marenzeller E., 548. — Maury
M.,29.— Mégnin P., 30. — Michael von Lenhossek., 264. — Michaelsen
W., 153. — Moniez R., 31, 330. — Niel E., 33. — Pison A., 157. — Du
Plessis, 33. — Saint-Rémy G., 40, 215, 339.— Shipley A.-E., 219. — Sta-
delmanr H., #%1. — Vaillant L., 344. — Whelpley, 48. — Wilson Ed.-
B., 740.
Insectes. — V. Adelung N., 495. — André E., 221. — Antipa G.-R.,
499. — Bedel Louis, 225. — Bigot J.-M.-F., 116, 117., Bolivar J., 233, —
Butler A.-G., 515, 516, 706, 707, 108. — Camilla Cu 238. — Carpenter
G.-H., 310. — Decaux, 11. — Distant W.-L., 522. — Eckstein K., 316.—
Ehlers E., 402. — Emery M.-C. 244. — Fleïscher A., 711, 712. — Gage
S.-H., 250 — Gahan C.-T., 524. — Gaubert P., 407. — Giard A., 252. —
Gorham H.-S., 527. — Hallez P., 529, 411. — Henking H., 531. —
Henneguy S.-F., 144. — Hepburn D., 323. — Holland W.-J, 21, 711.—
Kirby W.-F., 535, 536. — Kracpelin K., 148. — Lewis George, 26. —
Lucet A., 160. — Mc. Lachlan Robert, 546. —Mayer P. 724, 125. — Ne-
lapa A., 332. — Packard Alp.-S., 35. — Peytoureau A., 480 — Pic, 269.
— Pocock R.-J., 553, 129. — Raiïlliet À. ct Lucet À., 160. — Raspail X.,
162. — Schneider A., 431, 433. — Skuse F.-A., 43. — Spuler A., 442. —
Targioni, Tozzetti Ad., 281. — Viallanes H., 127. — Villard L., 283.
Crustacés. — Abbc J.-J. Kicffer., 305. — Aurivillius C., 703. —
Bernard H.-M.,.508. — Bouvier E.-L., 125, 126, 127, 130, 239, 240, 247,
— Brandis G., 389. — Camerano L., 393. — Chevreux Ed., 129, 130,
131, 239. 240. ECC -Q.,9. — Dendy AÀ., 521.— Dollfus A. 315: —
Güerne (de) J., 16. 17. — V. Häcker 410, 528. — Kieffer (abbé) 256,
719. — La Valette Saint-Georges, 420. — Man (de) J.-G. 5417. — Mar-
garet Robinson, 261. — Marchäl P., 151. — Milne-Edwards A., et Bou-
vier, 427. — Moniez R., 154. — Normann R., 550. — Ortmann A., 334.
— Rath O., 336. — Richard J., 16, 17, 272, 338. — Schneiïder A., 435. —
Viallanes H., 138. — Voigt W., 445. — Weber M,, 313.— Weed ClI., 345.
Mollusques. — Apstein C., 112. — Asajiro-Oka, 222. — Benney W.-
G., 123. — Boog-Watson, 235. — Bottger O., 42. — Brockton-Tomlin,
237. — Chichester-Hart H., 311. — Crosse H., 396, 397. — Dall W.-H.,
243. — Dean G.-W., 313. — Deschamps E. 314. — Drouet M., 398. —
Erlanger R., 710. — Fischer P., 397, 405. — Godwin-Austen H., 713.
— de Guerne J. et Richard J., 45. — V. Ihering H., 534.— Kolbet W.,
257. — Krause A., 5317. — Ludwig H., 544. — V. Moellendorff O., 266.
— Monterosato T., 428. — Morlet L., 267, 429, — Moynier de Villepoix,
155. — Rawitz B., 555. — Richard d., 15, — Schmacker B. et Büttger
O., 42. — Schmith E.-A., 561, 562, — Strade W.-S., 566. — Thicle J.,
443, = Watson Boog, 225.
Reptiles, Poissons. — Ambrose J., 1, 111. — Anderson O.-A., 385.
— Belloc E., 226. — Blanchard R., 121. — Bocourt E., 231. — Bou-
lenger G.-A., 5, 6, 7, 124, 236, 307, 510, 511, 704, 705. — Coggoi A., 241.
— Ewart J.-C., 317. — Giard A., 525. — Grimm O., 409. — Hasse C.,
413. — Hertwig O., 41%. — Krantz T., 149. — Mac Bride E.-W., 259. —
Mc’Intosh, 545. — Martin R. et Rollinat R..262. — Merriam C., 549. —
Oppel A., 333. — Osborn L., 135. — Ott H., 456 — Raffaele F., 730. —
Rollinat R., 262. — Southwell Th., 278. — Stejneger L., 44. — Stewart
E., 563, 564. — Vaillant L., 171. — Valenti G., 284. — Woodward A.-S.,
515. — Ziegler E. et Ziegler F., 287.
Oiseaux. — Alessi St., 701. — Baker I., 113. — Berlepsch H. 227.
— Cherrie G.-K., 8. — Clarke-Eagle Wm., 709. — Clarke J., 132. —
Davison R., 135. — Evans W., 137. — Fore Mme 248. — Godman, #41.
— Grant O., 141. — D'Hamonville 252, 322. — Hargitt E., 19. — Hartert
E., 530, 715. — Harting J.-E., 324. — Kerr-Graham, 147. — Klinkowstrom
A., 416. — Kæœnig A., 720. — Lorenz T., 258. — Lydekker R., 722. —
Macpherson H.-A., 27. — Meyer A.-B., 126. — Müllenhoff K., 268. —
North A.-J., 34. — Rabé, 159. — Ralfe P., 210. — Raspail X., 371. —
Reichemow Ant., 271, 731. — Rippon R., 556. — Rogeron G., 38. —
Rothschild W., 557. — Salvin et Godman, 41. — de SchaeckF., 163.
-— Secbohm H., 164, 165. — Sibrec J., 166. — Sjüstedt Y., 234. — Steele
Elliot J., 341.— Stewart Ch., 168. — Stiles Ch., 169. — V.Thébault, 170.
— De la Touche J.-D., 735. — Tristram H., 736. — Wolley-Dod Ch., 741.
Mammifères. — Brézol H., 128. — Geoffroy Saint-Hilaire, 138. —
Huet J., 22. — Hutton F.-W., 532. — Hyde I.-H., 23. — Jentink F.-A.,
533. — Kükenthal W., 339. — Lydekker R., 327. — Thomas Oldfeld,
561, 568, 569. — Revicw A., 337. — Robinson A., 273. — Sclater P.-L.,
559, 560.— Stcere J.-B., 280. — Stirling E.-C., 565. — Symington J.,
343. — Tuckermann F., 45. — Woodward M.-F., 574.
Botanique
Généralités. — Ascherson P., 663, — Bonnet Ed., 83. — de Can-
dolle Alph., 459. — Scott H., 101. — Suringar W.-F.-R., 104.
Anatomie, physiologie.-- Aubert M.-E., 664. — Bastit E., 106.—
Belageff W.-C., 82. — Belzung E., 195, 452. — Borzi A., 290. — Busse
W., 391, — Briosi G., 390, — Campbell D.-H., 456. — Chodat R. et
302
Mme Balicka-Ilwanowska, 457. — Clarke W.-A., — 581. — Cohn J.,
582 — Dahmen, Max 201. — Daniel L., 90. — Franck B:., 675. — Gui-
gnard Léon, 295. — Hauptfleisch P., 678. — Hoveler W., 677. — Heckel
E. et Schlagdenhauffen F., 254. — Hezelmayer F., 95.— Hildebrand F.,
680.— Heinricher E., 96, 585. — Hemsley W.-B., 463. — Huber M.-J.,
587. — Iwanowska Balicka (Mme) 457. — De Janczewski E., 467. — Klatt
F.-W., 205. — Klebahn H., 683. — Koch-Ludwig 589. — Kruch O.,
297. — De Lagerheim G., 686. — Lindau G., 97. — Linton E.-F., 590.
— Mangin L., 469. — Molisch Hans, 99. — Moore, spencer L.-M., 591,
592. — Poirault Georges, 211, — Oltmanns F., 212. — Russell W., 214,
472. — Schlagdenhauffen Fr., 254. — Schultz A., 698. — Trabut L., 219.
— Van Tieghem P., 476.— Wakker J.-H , 107-108.
(Phanérogames). Botanique systématique, flores, ete. —
Baker E.-G., 81. — Barclay A., 576. — Barton E.-S., 517. — Bennett A.,
196. — Bevers E.-A., 578. — Bocrlage J.-G., 84. — Bolle C., 669. —
Botanical Magazine, 86, 197, 198, 579. — Brauntt, 291.— Britten J., 580.
Buffham T.-H., 670, 671. — Buchenau F., 292. — Campbell D., 456. —
Camus E.-G., 200, 272. — Castracane K., 456. — Dammer U., 293. —
Diétel P., 674. — Engler A., 202, 294, 460. — Franchet A., 203, 461, 583.
Freyn J., 318. — Hambuy F.-J., 462, 584. — Hemsley W.-B., 463. —
Heinricher. E., 585. — Huth E , 679. — Hildebrand K., 680. — Knuth
P., 684. — De Lagerheim G., 466, 686. — Linton E.-F., 590. — Mars-
hall E.-S., 206. — Masclef A., 207. — Morc A.-G., 208. — Von Mueller
209. — Murray R.-P., 210. — Niedenzu F., 300. — Nowers J.-E., et
Wells J.-G., 468. — Oudemans C., 693. — Pax K., 202, 294, 460. —
Reiche K., 695. — Rouy G., 213. — Rogers M.-W., 595. — Schinz H.,
413. — Schumann K., 202, 460. — Schweinfurth G., 301. — Stahl E.,
917. — Trabut L., 105, 249. — Urban 294, 30% — Weiss K.-E., 598. —
Wells J.-G. 468.— White J.-W., 220.
Cryptogames. — Arnold KF., 288. — Baker J.-G., 450. — Barclay
À., 19%. — Bastit E., 106. — Batters E.-A., 451, 665. — Bennett A.-W,.,
453. — Berlese N.-A., 288, 666, 667, 668. — Bescherelle M.-E., 289,454.
— Bornet Ed., 85,.455. — Burchard O., 199. — Chatin Ad., 87. — Cooke
M.-C., 88, 89, 458. — Dangeard P.-A., 673. — Dictel P., 674. — Des-
tirée (Caroline) 91. — Dixon H.-N., 92. — Gasilien (le Frère) 93. — Ha-
riot P., 20%, 676. — Hastings W.-N., 94. — Hennings P., 46%, 465. —
Hue (l'abbé), 588. — Humphrey J.-E., 296. — Karsten P.-A., 684. —
Klcbahn H., 662, 683. — Leuduger-Fortmorel G., 298. — Macchiati L.,
299, — Magnus P., 687. — Masse G., 410, 471, 688, 689. — Miyoshi M.
98. — Mobius M., 690. — Morland H., 691. — Müller J., 593, 692. —
Niel O., 100. — Oudemans C., 693. — Pearson W.-H., 594. — Peglion
v., 69%. — Reimbold Th., 696. — Reinke J., 102. — Sauvageau C., 218.
Sernander R., 215, 474. — Setchell W.-A., 475. — V. Solms Laubach
H., 302. — Somers J., 103, 216. Stephani KF., 596. 699. — Terracciano
À., 303. — Terry W.-A., 597. — Wager H., 4717. — Ward H. Marshall,
PARIS. — IMPRIMERIE F. LEVÉ, RUE CASSETTE, bye
LE NATURALISTE
418. — Warnstorf C., 100. — West W., 109, 599. — Wright,
— Yatabe R., 110. , “ti
*
Géologie, Minéralogie. Paléontologie
‘4
Arnaud, 173. — Aubert, 50. — Baret Ch., 68. — Becke E., 41
cher C.-E., 601, 602. — Blake J.-F., 603.— Boule M.,480. — Bonn
234. — Buchanan J.-Y., 52. — Bulman G.-W., 604. — Chaper
Clarke M., 1174, 605. — Cole G.-A.-J., 606. — Collot, 53. — Cool
607. — Cortèse E., 350. — Cross et Eakins L.-G., 608. — Daub
— Davison C., 607. — Decke W., 611. — Depéret Ch., 351. =
fano G., 352. — Dollfuss G.-F., 353, 487. — Douvillé H., 54,
— Eakins L.-G:, 608. — Favre E. et Schardt H., 355. — Eùt
55. — Filhol H., 177, 178. — Foord A.-H., 56. — Foote A.-E
Fournier E., 356. — Franchi S., 351. — Krech Fr., 358, — F#
51, 359. — Frossard Ch., 360. — Garwood E.-J,, 58. — Gaudry
— Gilpin E., 59,180. — Glass N., 60, — Gonnard F., 61, 361. —G0
J.-G., 610. — Gregory J.-W., 612, 613. — Hick Ch., 62, 863
Honeyman D.-C-.L., 63, 64, 181. — Horne, 630. — Hunt A.-R,,
— Irvine R., 71. — Kunz et Weinschenk, 616. — Jaeckel Otto
Jannetaz Ed., 363. — Jukes-Browne, 617. — Kilian W., 65, 18
ston R., 66. — Kinkelin K., 364. — Lacroix E. et Baret Ch,,
croix À., 67. — Linck G., 482. — Lister J.-J., 69. — Lockwot
618. — Lotti B., 366. — Lydekker R., 70,619, 620, 621, 722.
C., 183, 367, 368, 622, 623, 624, — Martin J., 184. — Mayer-EM
— De Mercey, 369. — Merrell G.-P. et Packard R.-L., 310."
L., 371. — Milch L., 483. — Millot L., 185. — Minchin E
Murray J. et Irvine R., 71. — Nathorst A.-G., 626. — New
72. — Newton R.-B., 627, 634. — Nicoli E., 13. — Ocehlert D
— Oppenhcim P., 628. — Osann A., 373. — Owens W.-G., 62
kard A.-S., 74. — Packard R.L., 370. — Parandier, 374. —
Horne, 630. —Péron, 484. — Petersen J., 186, 187. —PenardÆ
Pockels F , 485. — Poole H.-S. 75. — Preston H.-L., 631. —Æ
632. — Ralph S., 188.— Ramond G., 486. — Ramond G. et D
187. — Rigaux, 354. — Rollier, 316. — Russell J.-C., 371. — Rule
16, 11. — Sarasin Ch., 488. — Sauvage E., 189, 190. — SchardtH}
— Selwyn A., 318. — Seunes J., 379, 380, 381. — Séward A,
Sharman et Newton, 634. — SomervailA., 635. — Souheur
Starkl G., 490. — Steinmann G., 78, 491: — Strombeck
Stuart-Menteath P., 492, 493. — Toucas A., 79. — Upham
Wagner R., 637. — Walker J.-P., 638. — Waters A.-W., 639:
chenk, 6146. — Zeiller R., 191,192. — Zujowitch J.-M., 193. M
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RALIS
DES SCIENCES NATURELLES
AVEC LEA COLLABORATION DE MM.
ALLARD, membre de la Société entomologique de France.
ANCEY, membre de la Société malacologique de France.
AUSTAUT, membre de la Société entomologique de France.
BATAILLON, préparateur à ia Faculté des sciences de Lyon.
POCOURT, conservateur des galeries de zoologie du Muséum de Paris.
BOIS, assistant de Culture au Muséum d'histoire naturelle de Paris.
BONNET (D'), attaché au laboratoire de Botanique du Muséum de Paris.
BONNIER (Gaston), professeur à la Sorbonne.
BOULE, attaché au laboratoire de paléontologie du Muséum de Paris.
BOURSAULT, géologue.
BOUVIER. agrégé de l'Université, docteur ès sciences.
BRONGNIART (Ch.), assistant au Muséum d'histoire naturelle de Paris,
CHAUVEAU, agrégé de l'Université.
CHRÉTIEN, membre de la Société entomologique de France.
COLOMB, préparateur de Botanique à la Sorbonne.
COSMOVICI (D'), de Jassy.
COSTANTIN, maitre de conférences à l'Ecole normale supérieure.
CUÉNOT, docteur ès sciences, chargé de cours à la Faculté des sciences de Nancy:
DAGUILLON, agrégé de l'Université. D at
DANGEARD, chef des travaux de botanique à la Faculté de Caen.
DECAUX. membre de la Société entomologique de France.
DENIKER, bibliothécaire de Muséum de Paris.
DUFOUR, docteur ès sciences.
FABRE-DOMERGUE, directeur du laboratoire de Concarneau.
FOLIN (Marquis de), membre de la mission scientifique du Travailleur
Talisman,
GADEAU DE KERVILLE, membre de la Société zoologique de France,
GIARD, chargé de cours à la Sorbonne.
GIRARD (D'), de Washington.
GIROD (D: Paul), professeur à la Faculté des sciences de Clermont-Ferrand.
GOUX, du Muséum d'histoire naturelle de Paris.
GRANGER (A.), membre de la Société linnéenne de Bordeaux.
GUTMAN, ancien élève de la Faculté des sciences d'Odessa.
HARIOT, attaché au Muséum d'histoire naturelle de Paris.
ct du
PLANET, membre de la Société entomologique de France.
- PLATEAU, professeur à l'Université de Gand.
-ROUY , ancien vice-président de la Société botanique de France.
IHECKEL (D' Ed.), professeur à la Faculté des sciences de Marsoille.
JORET (EL.), ancien jardinier en chef du gouvernement au Sénégal
JOUSSEAUME (D), ex-président de la Société zoologique de Er
KŒHLER (D'). chargé de cours à la Faculté des sciences de Lyo
LAHILLE, docteur ès scicuces. ! mx
LECOMTE (H.), agrégé del'Université.
LÉVEILLÉ (H.), professeur au collège colonial de udichéry.
MAGAUD D'AUBUSSON, membre de la Société zoologique de Fra
MALARD, préparateur au Muséum d'histoire naturelle. de Paris.
MALINVAUD, secrétaire général de la Société botanique de France.
MALLOIZEL, secrétaire bibliothécaire au Muséum de Paris. 5
MAURY, membre de la commission géogra-exploratrice de la Répu
MÉNÉGAUX., agrégé de l'Université.
MEUNIER (Stanislas), assistant de Géologie au Muséum de Perl
MOCQUARD (F.), assistant de Zoologie au Muséum de Paris.
OUSTALET!. assistant de Zoologie au Muséum de Paris. :
PATOUILLARD, membre de la Société botanique de France.
PIZON (A.), attaché au Muséum d'histoire naturelle de Paris:
POUJADE, du Muséum d'histoire naturelle de Paris.
POUSSARGUES (E. de), préparateur au Muséum d'histoire natu Il
PRIEM. agrégé de l'Université, 1
QUATREFAGES (de), professeur au Muséum de Paris.
RABAUD (Et.), licencié ès sciences naturelles.
RAILLIET. professeur à l'Ecole vétérinaire d'Alfort.
SAUVINET, assistant de Zoologie au Muséum de Paris. T1
SAINT-LOUP (Remy), maitre de conférences à l'Ecole des Haute
SCHAECK (F. de), attaché au Muséum d'histoire naturelle de Paris”
TROUESSART (D'), ex-directeur du Muséum d'histoire naturelle
VAILLANT, professeur au Muséum de Paris. |
XAMBEU (Cap°.), membre de la Société entomologique de Krance»
ETC., ETC.
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